1976 01 17 Can Bourse du Travail Lyon Billet

« En ce début d’année 1976, j’ai une opportunité impossible à refuser pour un amateur de musique : grâce à la complicité d’une connaissance d’un ami du lycée, nous avons la possibilité de rentrer clandestinement à la Bourse du Travail à certain concerts ! Même s’il m’est difficile d’ignorer l’immoralité d’une telle solution, moi qu’on a élevé dans le strict respect des règles, l’étroitesse de nos budgets d’étudiants ne nous permet pas de faire vraiment la fine bouche. Et c’est ainsi que je me retrouve ce samedi soir de début janvier à me glisser par une porte à l’arrière de la salle de concerts, pour rejoindre le public de Can, alors que le set vient juste de commencer…

Can, je ne connais pas trop, je dois dire, et je me trouve d’abord un peu dérouté de me retrouver d’emblée immergé dans une sorte d’improvisation instrumentale mi-jazzy, mi funky, qui durera une petite dizaine de minutes : orgue acide, basse sautillante, guitare psychédélique… pas facile d’apprécier, alors que je ressens encore le stress d’avoir pénétré dans la salle de manière "illégale". Applaudissements polis du public, ce n’est pas la folie dans la salle ! Heureusement, l’intensité va monter progressivement lors des deux morceaux suivants, avec une accélération bienvenue du rythme, et (enfin !) quelques vocaux sur Dizzy Dizzy, extrait de l’album bien-aimé des fans, "Soon over Babaluma". Mais c’est l’envolée de la guitare électrique frénétique qui permet à ce morceau fantastique de décoller enfin : là, je saisis pourquoi l’on parle aussi positivement de Can !

1976 01 17 Can Bourse du Travail Lyon

« Nous faisons maintenant un entracte de 20 minutes, et puis nous jouerons… », annonce le groupe dans un français très acceptable. C’est dommage alors qu’on commençait enfin à bien s’échauffer !

Chain Reaction, redémarre la seconde partie de la soirée dans le même esprit d’intensité, voire de frénésie, et il n’y a guère que les vocaux – occasionnels - vraiment peu assurés, qui brident la musique de Can et l’empêchent d’exploser littéralement. Malheureusement, on ne restera pas tout le set à ce niveau, et l’étirement des morceaux suivants, avec longues digressions improvisées (?), ou tout au moins plus calmes, fait qu’on a du mal à maintenir un niveau d’attention suffisant, et qu’on a finalement l’impression que le concert évolue en montagnes russes, avec de beaux pics d’émotion, quelques passages très accidentés où la musique devient plus abstraite et menaçante, et de longues plaines un peu mornes…

… et c’est finalement surprenant quand, presqu’à la fin, au bout d’une heure et demie, surgit une chanson que l’on pourrait presque qualifier de traditionnelle, avec une mélodie nostalgique, accrocheuse (Est-ce Vitamin C, le seul titre commercial du groupe ? Je ne suis même pas sûr de l’avoir reconnue !). Et c’est aussi magnifique, même si, il faut bien l’avouer, notre bonheur vient aussi du fait de retrouver un peu nos marques.

Bon, je sors de cette première rencontre avec Can avec des sentiments ambigus : par rapport à la réputation expérimentale du groupe, j’ai trouvé le concert certainement plus accessible au néophyte que je suis que je ne l’imaginais. D’un autre côté, j’ai eu quand même du mal avec les longues plages instrumentales qui me paraissent étirées au-delà du raisonnable.

Un groupe que j’ai néanmoins envie de revoir pour comprendre un peu mieux sa démarche… »

Note : la photo de Can sur scène illustrant cet article a été prise lors d’un concert à Bordeaux en mars de la même année.

Les musiciens de Can sur scène :

Holger Czukay - bass

Michael Karoli - guitar

Jaki Liebezeit - drums

Irmin Schmidt - keyboards

Thaiga Raj Raja Ratnam – vocals

 

La setlist du concert de Can :

First set :

Improvisation ("Citrus")

Red Hot Indians (Landed – 1975)

Dizzy Dizzy (Soon Over Babaluma - 1974)

Second set :

Chain Reaction (Soon Over Babaluma - 1974)

One More Night (Ege Bamyasi - 1972)

Vernal Equinox (Landed – 1975)

Spree

Vitamin C (Ege Bamyasi - 1972)

Full Moon on the Highway (Landed – 1975)