1982_09_Neil_Young_Ile_St_Germain_Billet« Soyons clairs : ce soir, ce n'est pas n'importe qui que nous allons voir, c'est Neil Young ! Un géant, et l’un des seuls survivants encore crédibles des années 70 et du rêve hippie… Le problème de Neil Young en 1982, c’est que son éternel public semble n’avoir jamais écouté que "Harvest" ou "Déjà Vu" (deux albums magnifiques, mais là n’est pas la question !), et ne connaître ni  "Rust Never Sleeps", ni le fulgurant "Trans", son dernier album, hyper-électrique (…mais sans doute quand même pas très inspiré, c’est vrai…). D’où le malentendu effrayant ce soir entre "le tigre" et son public. Mais revenons un peu en arrière…

Drôle d'endroit pour un concert que cette Ile St Germain, située en face d'Issy les Moulineaux sur la Seine ! L'accès n'y est pas évident, et - on le verra à la fin - en faire sortir plusieurs milliers de personnes à la fin du concert relèvera de la gageure... Il est rapidement évident pour moi, en écoutant les conversations autour de moi que Neil a attiré ce soir un public par trop traditionnel, qui a plus envie d'écouter des morceaux acoustiques extraits de "Harvest" ou "Comes a Time" (cruel contresens sur le billet, d'ailleurs) que… ce que Neil va lui servir…

1982 09 Neil Young Ile St Germain 02… Car c'est - heureusement pour moi - le Neil électrique et énervé auquel nous avons droit : cheveux courts, tenue blanche minimale, on est loin de l'imagerie hippie-folk. Et comme, divine surprise, la seconde guitare est assurée ce soir par Nils Lofgren, l'ex-petit prodige de la 6 cordes, nous allons avoir droit à un beau déluge d'électricité... Le concert commence très, très fort avec l’enchaînement de Don’t Cry No Tears / Everybody Knows This is Nowhere et Cortez The Killer ! je suis aux anges… Mais ce déluge d’électricité n'est visiblement pas du goût des babas autour de moi... Je ricane en moi-même : rien de tel qu'un peu de polémique pour mettre du piment dans un concert ! Vient la pause solo / acoustique - superbe, c’est un fait (Old Man, The Needle and The Damage Done, Comes A Time, un Birds bouleversant au piano,…) - et les sourires reviennent sur les visages de mes voisins. Pas pour longtemps, néanmoins, car alors que le groupe revient sur scène, Neil nous sort un drôle de bidule avec un tuyau dans lequel il chante, déformant sa voix au delà de toute reconnaissance possible. Il entame ainsi la deuxième partie du set, hallucinante, composé de nouveaux morceaux heavy metal discoïde ou de reprises de morceaux connus chantés au vocoder, et peut-être annonciateurs d’un nouveau style pour cet artiste toujours à la recherche d’idées nouvelles… et qui mérite décidément mieux que ce public de l’Ile St Germain, qui ira même jusqu’à huer son idole… Des nouveaux morceaux, je retiendrai particulièrement une longue et flamboyante épopée come Neil a toujours su en composer, qui s’appelle a priori Like An Inca, et qui sera pour moi un pur moment de bonheur… A noter aussi que le Loner n’aura pas joué une seule note de son dernier album en date, "Reactor", et qu’il a donc visiblement déjà l’esprit tourné vers l’avenir et ses expérimentations…

1982 09 Neil Young Ile St Germain 01En dépit (un peu à cause aussi…) de mes altercations avec mes voisins qui ne partageaient pas mon enthousiasme, je ressors de cette soirée avec le sentiment d’avoir vécu un grand concert, presque un concert exceptionnel. Et d’avoir renouvelé mon pacte de fidélité avec ce musicien hors normes qu’est Neil Young ! » Photos : Jean-Pierre V.

Les musiciens du concert de Neil Young :

Neil Young – guitar, piano, voice

+

Ben Keith

Nils Lofgren

Joe Lala

Bruce Palmer

Larry Craigg

Ralph Molina

Joel Bernstein

 

La set list du concert de Neil Young :

On The Way Home (Buffalo Springfield – Last Time Round – 1968)

Don't Cry No Tears (Zuma – 1975)

Everybody Knows This Is Nowhere (Everybody Knows This Is Nowhere – 1969)

Cortez The Killer (Zuma – 1975)

If You Got Love (new song)

Soul Of A Woman (new song)

Are You Ready For The Country? (Harvest – 1972)

Southern Man (After The Goldrush – 1970)

A Little Thing Called Love (new song)

Old Man (Harvest – 1972)

The Needle And The Damage Done (Harvest – 1972)

Comes A Time (Comes a Time – 1978)

Birds (After The Goldrush – 1970)

Beggars Day (Nils Lolgren)

Like An Inca (new song)

Hey Hey, My My (Into The Black) (Rust Never Sleeps – 1979)

Cinnamon Girl (Everybody Knows This Is Nowhere – 1969)

Like A Hurricane (American Stars’n’Bars – 1977)

I Am A Child (Buffalo Springfield – Last Time Round – 1968)

 Sugar Mountain (single B-side – 1969)

----Encore----

Sample And Hold (new song)

Mr. Soul (Buffalo Springfield – Again – 1967)