1988_02_RHCP_Rex_Club_06« Voilà pas mal de temps que le bruit court : ce renouveau du Rock, qui n’est pas au rendez-vous, eh bien, il est en fait bien arrivé… le seul problème, c’est que cette révolution-là, elle est BLACK ! Eh oui, le rap représente depuis quelques années pour les jeunes blacks exactement ce que le punk rock a pu être il y a 10 and pour l’adolescence européenne blanche : un véritable crachat à la gueule de la société et des institutions. Quant à ceux qui n’aiment pas, leur argument reste finalement toujours le même, comme face à Presley en 57, au Floyd en 67 ou aux Pistols en 77 : « ce n’est pas de la musique », « c’est juste du bruit », « ils ne savent même pas jouer », « toutes les chansons se ressemblent », etc. etc. En 1988, pour les jeunes blancs frustrés, il y a donc la possibilité nouvelle d’inventer une sorte de fusion « blanche » entre ce rap qui croît en importance et le heavy metal, qui est depuis des décennies la musique de référence des ados décérébrés : Red Hot Chili Peppers y ajoutent une goutte de funk et un peu d’esprit punk, et voilà leur musique, bâtarde, mais excitante !1988_02_RHCP_Rex_Club_05

Pendant les trente premières minutes (excellentes, voire sublimes) du concert, j’ai fermement cru au miracle : RHCP, c’était exactement de nouveaux Stooges, jouant la musique qu’il fallait jouer en 1988 (le rap, donc…) avec l’Esprit (violence, provocation, dérision…) qu’il a toujours fallu avoir, à quelque époque que ce soit… Et la ressemblance de Anthony Kields (dit « Antwan »), le chanteur, avec l’Iguane de 1970, n’y est pas pour rien… Sans même parler du look 100% Ashtonien de Hillel Slovak, le guitariste, et des sonorités qu’il tire de sa guitare, directement issues de la « Fun House »… La frénésie du public, improbable mélange de branchés venus pour le spectacle (RHCP est connu pour ses outrances scéniques), de blacks, de punks et de fans de Metallica, atteint par instants les paroxysmes de 1977 ! Tout devient alors beau à en pleurer… Les RHCP reprennent Anarchy In the UK ! Flea, le bassiste aux grimaces irrésistibles (« Je n’aime pas du tout qu’on sourit en me regardant ! » a été sa première phrase en entrant sur scène…) chantonne Devil Doll (de X !)… Bref, ils ont tout pour que je les aime…

Le show s’enlise malheureusement un peu après la première demi-heure, dans un funk lourd qui nous laisse quand même le temps de respirer un peu, et d’apprécier le talent des musiciens (si, si, les RHCP jouent bien !)… Avant un final survolté, et un rappel minimal, tant du point de vue vestimentaire (ils sont tous nus, avec juste une chaussette enfilée sur les parties génitales…) que durée : de l’ordre de 30 secondes maxi ! Oui les RHCP nous ont prouvé, ce soir au Rex Club, que c’est eux qui ont les plus grosses…

Longue vie à la musique bâtarde ! »

Merci à Jean-Pierre V pour ses photos...