2008 06 Manu Chao POP Bercy Billet

« "Elle est où la racaille ?" "A l'Élysée !". La foule de Bercy crie. "On va nettoyer l'Élysée au karscher", voilà un programme plutôt sympa, non ? Mais bon, le hip hop de Keny Arkana - apparemment une copine de Manu Chao - ne transcende jamais les slogans politiques de ses textes. Difficile de ne pas sombrer dans une douce somnolence alors que le quatuor (deux voix, une table de mixage et une... guitare, ce qui est inhabituel et bien vu) scande ses morceaux qui nous paraissent tous, à nous les néophytes du hip hop, un peu pareils. C'est évidemment quand la guitare se met à tonner que nous retrouvons un brin d'intérêt ("la voix du peu-ple ! La voix du peu-ple !")...

2008 06 Keny Arkana 004

Rien de honteux dans tout cela, même si, au fil des morceaux, une certaine facilité commerciale transparait dans des mélodies consensuelles qui aident les déclarations politiques à se frayer un chemin dans la foule de Bercy. 50 minutes quand même... Epuisé par les derniers jours de boulot, je dors à moitié sur mon gentil siège, mais Vincent vient me réveiller en m'expliquant que la voix de Keny est une copie pure et simple de celle de Diam's. Voilà, c'est écrit, Vincent, le message est passé.

Les lumières rallumées, c'est un peu bluffant de voir toute la foule massée en contrebas. Je n'arrive vraiment pas à me sentir à un concert de rock quand je viens à Bercy, je dois l'avouer : pas d'excitation pour moi, en tout cas pas trace de ce plaisir aigu qui me saisit régulièrement en rentrant (en courant) dans une vraie salle de rock, cette anticipation quasi enfantine de sensations que l'on se délecte à espérer les plus extrêmes possibles... Non, on est entre copains, c'est sympa, on discute (le blog, les derniers concerts, la santé des amis - c'est de notre âge...), on contemple les familles autour de nous, le public dans la fosse qui devrait être bien chaud ce soir. La sono déverse déjà des chansons de Manu, et alterne avec des textes révolutionnaires (Vincent, toujours au courant de tout, m'explique que nous avons eu droit à l'intégrale de la déclaration révolutionnaire zapatiste !). Je me demande forcément quelle est la proportion dans la foule de véritables altermondialistes, et celle de simples fans de variétés "internationales" qui aiment bien chantonner des "espagnoleries" sous la douche ou dans la voiture pendant les embouteillages matinaux. Deux rangs derrière nous, un spectateur - dans la même tranche d'âge que nous - arbore un impressionnant (et superbe) tatouage du Che : beau... et émouvant. Je ne peux pas m'empêcher d'espérer que ce soit un vrai tatouage, à cette époque où Hollywood investit des millions dans la biographie de l'icône des 70's.

2008 06 Manu Chao 078

"Proxima estaçion : Esperanza" ! La foule y croit, tous les bras sont levés, la musique est un gigantesque catalyseur d'enthousiasme, tous les visages tournés vers la lumière irradient d'une sorte de joie enfantine : c'est simple, le bonheur... Il suffit de conspuer ensemble Bush - en visite à Paris vendredi - et de reprendre un refrain en espagnol qui chante la liberté et l'honneur des pauvres. Et la régularisation des sans papiers. Je me sens quand même un peu à distance de tout cela, même si les pulsations de la foule, réagissant au quart de tour aux accélérations de la musique, sont régulièrement euphorisantes. Non, quelque chose en moi résiste - malheureusement - à cette transe trop prévisible, trop mécanique. Je n'ai aucun doute quant à l'enthousiasme et la sincérité de Manu Chao, et j'adore la manière dont il a "modernisé" (on pourrait dire "globalisé" mais ce serait une insulte à ses opinions politiques) l'héritage de la musique latino (en bon Brésilien, je suis plus dubitatif quant à ses incursions dans la musique - et la langue - brésiliennes, fort éloignées de sa sensibilité). J'ai simplement du mal à vibrer devant un show "rouleau compresseur" conçu pour les foules (... américaines ?). Heureusement, après moins d'une heure, un premier break rétablit la situation : Manu et sa bande disparaissent quelques instants et reviennent pour un enchaînement de chansons plus lentes (magnifique Clandestino, pour moi le clou de la soirée), suivies de "rumbas", dont Manu déplore la disparition progressive dans les rues de Barcelone (Me llaman calle, poignant). A partir de là, le show peut s'accélérer à nouveau, enchaîner des versions plus ou moins réductrices des chansons les plus connues, je suis accroché au train de l'espérance... Jusqu'à la fameuse station, avant le premier rappel. Je profite des lumières superbes (magnifiques totems) sur la scène, de l'enthousiasme général (les tribunes debout du début à la fin), de la générosité de la bande à Chao, qui s'amuse visiblement à allumer le public un peu plus à chaque fois...

... Et c'est là que le bât blesse à nouveau pour moi. A force de simuler des sorties de scènes, de (faux) adieux, des présentations longuettes des musiciens, d'intercaler des morceaux étirés et gonflés pour leur conférer un statut de "clous du spectacle" qu'ils n'auront jamais (n'oublions pas que la musique de Chao est avant tout fragile et aigrelette, et que c'est cela qui fait une grande partie de son originalité et sa séduction), les ficelles me paraissent de plus en plus grosses, la lassitude m'envahit. Pas besoin de ce "gros show", non, décidément ! Alors, quand au bout de 2 h 35 de concert,  après être parti 3 fois et revenu 3 fois, Manu nous promet d'autres chansons, tirées de "Sibérie m'était contée" (c'est-à-dire ce qui m'intéresse clairement le moins dans son travail, un côté chanson à texte qui m'insupporte largement), je me dis qu'il est temps que je tire, moi, ma révérence, avant que les quelques très beaux moments de la soirée soient irrémédiablement gâchés...

2008 06 Manu Chao 083

Il est minuit, et je sors de Bercy avec des sentiments mitigés. Sans doute ce spectacle de Manu Chao a-t-il "payé le prix" de mon allergie pour ce surdimensionnement excessif qui caractérise Bercy et les grands "shows" de rock en général, mais je n'ai pas non plus retenu de tout cela une grande sensibilité de la part de Manu, qui paraît se rêver finalement plus en Springsteen qu'en Marley (malgré les clins d'oeil répétés ce soir au dieu du reggae..!). Qu'est-ce que je suis heureux à l'idée même de retrouver demain la taille humaine d'un Elysée Montmartre pour un "vrai" concert rock ! »

 

Les musiciens de Manu Chao sur scène :

Manu Chao (chant, guitare)

Madjid Fahem (guitare)

Julio Lobos (clavier, chant)

Philippe Teboul alias Garbancito (percussions)(Ex Mano Negra)

David Bourguignon (batterie)

Gambeat alias Jean-Michel Dercourt (basse)

Julio Garcia Lobos (claviers)

Angelo Mancini (trompette)

 

2008 06 Manu Chao 062

La setlist du concert de Manu Chao :

Set 1

Panik Panik (La Radiolina – 2007)

El Hoyo (La Radiolina – 2007)

Peligro (Mano Negra song)

Casa Babylon (Mano Negra song)

Mama Perfecta (Mano Negra song)

Tadibobeira

Mr. Bobby (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

La Primavera (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

Me Gustas Tú (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

Que Paso Que Paso (Radio Bemba Sound System - 2002)

Radio Bemba (Radio Bemba Sound System – 2002)

Bienvenida a Tijuana (Clandestino – 1998)    

El Viento (Clandestino – 1998)

The Monkey (Mano Negra song)

Set 2

Clandestino (Clandestino – 1998)      

Desaparecido (Clandestino – 1998)   

Minha Galera (Clandestino – 1998)   

Me Llaman Calle (La Radiolina – 2007)

Lo Peor de la Rumba

Rumba de Barcelona (Radio Bemba Sound System – 2002)

Inedita

Mentira (Clandestino – 1998) 

Rainin' In Paradize (La Radiolina – 2007)

A Cosa (La Radiolina – 2007)

La Vacaloca (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

Hamburger Fields (Mano Negra song)

Merry Blues (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

Tristeza Maleza (La Radiolina – 2007)

Día Luna... Día Pena (Clandestino – 1998)

Próxima Estación: Esperanza (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

Volver, Volver

Que Paso Que Paso (Radio Bemba Sound System - 2002)

Radio Bemba (Radio Bemba Sound System – 2002)

Encore:

Mala Vida (Mano Negra song)

Sidi H' Bibi (Mano Negra song)

Que Paso Que Paso (Radio Bemba Sound System - 2002)

Se Fuerza la Máquina (Gato Pérez cover)

Bongo Bong (Clandestino – 1998)

Encore 2:

Si Me Das a Elegir (Traditional)

Mi Vida (Próxima Estación: Esperanza – 2000)

La Vida Tómbola (La Radiolina – 2007)

Encore 3:

Te Souviens-Tu? (Sibérie m’était contée – 2004)

Helno Est Mort (Sibérie m’était contée – 2004)

Les Rues de l'Hiver... (Sibérie m’était contée – 2004)

La Valse à Sale Temps (Sibérie m’était contée – 2004)

Le Bruit Du Frigo (La Mano Negra song)

Te Tromper (Sibérie m’était contée – 2004)

100 000 Remords (Sibérie m’était contée – 2004)

Crève La Vie (Nouvelle chanson)