2003 12 Nits 01

« Aaah, les Nits, il n’y a qu’eux (ou presque) pour me tirer de ma semi-retraite des concerts... Et ce d’autant plus que Robert Jan Stips est retourné au sein du groupe après quelques courtes années d’absence, un groupe qui a désormais (à nouveau) un format de quatuor, puisque la blonde Laetitia est restée dans la formation, elle aussi aux claviers. Je profite d’un séjour professionnel – habilement planifié - à Paris pour assister au passage de l’un de mes groupes favoris en live...), cette fois dans un petit théâtre assez vétuste, à deux pas de l’Elysée Montmartre sur le Boulevard Rochechouard, le Trianon. Je suis évidemment assez excité à l’idée de pouvoir retrouver ce soir un peu de la magie des grands concerts de la formation batave, quand, voici quelques années (une décennie au moins !) chacune de leurs apparitions était quasiment stupéfiante...

En première partie, nous avons droit à de la pop française : Tahiti 80, un groupe qui est en train de faire parler de lui jusqu’en Angleterre avec son dernier album, ce qui n’est pas si courant que ça. Je dois dire que, malgré le chant en anglais, certainement plus approprié au style de musique que le français, la formation peine à me convaincre, et que je m’ennuie rapidement assez franchement. Trop atmosphérique, pas assez inspirée du point de vue mélodique, la pop de Tahiti 80 m’a laissé froid ce soir.

Comme souvent, les Nits nous proposent pour le plaisir des yeux une scène originale, cette fois décorée de dizaines de petites lampes de chevet, avec le complément des désormais habituelles projections de vidéos, qui illustrent ou mettent en perspective les paroles de chacune des chansons. Le concert démarre de manière feutrée avec Boy In A Tree, puis c'est le génial The Train, suivi de l’exubérant Bike In Head, puis du nostalgique The Dream, bref le retour de Robert donne visiblement lieu à une sorte d’approche "best of" de la brillante discographie de Nits : les titres extraits du dernier – et assez acceptable – album, "1974" (Aquarium, Doppleganger, Savoy, Expresso Girl, etc.) parsèment la set list sans évidemment rivaliser avec les ultra classiques (Sketches of Spain, dans une version moins émotionnellement puissante qu’autrefois, Nescio, chouchou du public français). Pourtant, peu à peu, je ressens une sorte de manque, une petite déception par rapport aux souvenirs que j’ai des concerts précédents du groupe... Les chansons sont toutes légèrement réarrangées, et ne produisent plus aussi systématiquement ce mélange d’euphorie légère et de romantisme désillusionné... La complicité entre les trois musiciens "historiques" du groupe, Henk, Robert et Rob est toujours aussi évidente, mais ce soir, j’ai l’impression qu’il y a un peu moins de fous rires spontanés comme c'était le cas naguère... Je perçois une indéniable évolution du groupe vers une musique un peu plus adoucie, plus atmosphérique elle aussi, qui prive la soirée de ces pics émotionnels qui faisaient le prix d’un concert des Nits dans les grandes années... Mais je chipote, je chipote : il est clair qu’il y a peu de groupes dans le rock qui opèrent en ce moment à ce niveau de qualité de compositions et de subtilité d’interprétation "ive". Et bien entendu, le final de la soirée sera un vrai plaisir, avec un Rumspringa qui se confirme sur scène comme le meilleur morceau de "1974", et les inévitables (heureusement !) In The Dutch Mountains et Adieu Sweet Banhof...

Je ressors du Trianon conforté dans mon amour pour ce groupe si différent, si exceptionnel, même si ce soir, le concert aura été moins mémorable que d’autres que j’aurai vécus au fil des années. Se pose sans doute la question du "vieillissement" d’une formation qui a déjà tellement donné, tellement exploré aussi de paysages musicaux divers, et qui cherche certainement comment "mûrir" sous les sunlights ! A suivre donc, encore et toujours... ! »