2008 12 Isobel Campbell & Mark Lanegan Billet

« Marie-Flore, un groupe de thrash metal toulousain, envahit la scène du Trabendo en poussant des hurlements de damnés, et les boulons commencent à voler. Le chanteur à l'iroquoise peroxydée saisit un seau de cassoulet et... Naaaaan, je rigole ! On recommence... Marie-Flore, une chanteuse folk à la voix douce et aux manières timides commence à chanter dans le noir, un feutre vissé sur la tête. Entre les morceaux, tous pareils, chantés et joués sur le même ton, sans rupture de rythme, elle s'excuse de nous interpréter de nouveaux morceaux pour la première fois ("Ça sera peut-être mauvais..."), et on ne sait pas trop si c'est de l'humour ou de la timidité au dernier degré... Sans doute un peu des deux.

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Le tout est assez joli, et en se concentrant, on peut se laisser emporter dans une songerie pas désagréable, mais je ne suis pas sûr que le tout soit vraiment de la musique très intéressante. 25 minutes, ça suffit, même si on a du mal à ne pas, quelque part, respecter ce genre d'extrémisme (oui, c'en est aussi, de l'extrémisme !).

Ce soir, c'est mon anniversaire, et je suis au concert de Isobel Campbell et Mark Lanegan grâce à la générosité de Gilles P. L'ambiance au Trabendo est ultra-cool, les plaisanteries volent entre nous, même si la salle, pas tout-à-fait remplie, est assez froide.

Bon, il est assez rare que j'aille assister à un concert sans connaître au préalable la musique qui va être interprétée, car cela ne facilite pas, à mon avis, "l'expérience live" quand il faut aussi "travailler" à saisir les chansons, en plus de recevoir la musique et de la vivre. Le "couple" sur scène, ce soir, je les connais chacun séparément, dans des contextes radicalement différents : Isobel au sein de Belle & Sebastian, groupe indie séminal qui fut naguère exceptionnel, et Mark en second couteau suicidaire et effrayant avec les QOTSA - un beau pedigree quand même... Je ne sais donc pas à quoi m'attendre, et la première chanson me saisit littéralement : la voix profonde, sépulcrale même de Lanegan, la mélancolie profonde qui se dégage de la mélodie minimaliste, tout me rappelle Cohen, l'une des mes idoles absolues. On entend à peine la voix gracile d'Isobel, mais franchement, je m'en tamponne le coquillard, je sais déjà que je suis là pour Lanegan, le monstre, la bête, le survivant, le symbole de tous les excès et de toute la noirceur du rock'n'roll. Je me prépare à une soirée-choc, je me concentre pour déguster chaque instant de ce set qui s'annonce magique...

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Et puis, non... en fait, non... La magie ne tiendra pas tout au long des 95 minutes du concert, la faute sans doute à trop de chansons un peu anodines, manquant à la fois de mélodie et de profondeur, sans parler de plusieurs détours vers le blues ou la country des plus classiques, soit des passages simplement plaisants, sans plus, d'où ne se dégage aucune alchimie particulière. Oh, le backing band est bon, pro et discret à la fois, le son presque parfait, ce qui n'est pas toujours le cas, répétons-le, quand on est au premier rang du Trabendo, l'atmosphère dans la salle est recueillie, concentrée, pour optimiser l'écoute de chacun... (sauf à un moment, mémorable, où un abruti ivre viendra semer le trouble, se fera refouler par l'un de nos voisins, ce qui déclenchera une mini-bagarre avec intervention du service d'ordre, etc. mais surtout créera un trouble jusque sur la scène : Isobel ne pourra se retenir d'éclater de rire - nerveux ? - et agiter ses petits poings en l'air pour mimer le pugilat, et même Mark se mettra, vision surréaliste, à sourire - légèrement...). Je me prends à regretter que Lanegan, au lieu d'interpréter les micro-chansons un peu blêmes de notre Ecossaise réservée (il suffit de la voir, dans la pénombre, son violoncelle serré contre elle, attendre que le grizzli à côté ait fini de rugir, de gratter ses croûtes, de secouer sa vermine...), ne nous fasse pas un festival de covers un peu plus risquées, un peu plus musclées. Bon, je comprends bien que le "truc" de cette alliance contre nature, c'est le mélange paradoxal du calme froid et tremblotant d'Isobel et de ses chansons, avec la douleur des plaies purulentes, mais anesthésiées, de Mark (tatouages au mains, position unique qui ne variera pas d'un pouce pendant la concert, regard totalement tourné vers l'intérieur)... mais quand même, quand les guitares tonnent un peu, en rappel, la beauté se fait plus saisissante, plus aiguë, non ?

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Quand nous sortons, dehors, il fait un froid glacial, mais ce tremblement qui nous saisit alors que nous traversons le parking glacé du Zénith pour que je puisse reprendre ma moto et filer dans la nuit de Décembre, oui, ce tremblement, il me semble parfaitement approprié après ce concert étonnant, demi-réussite qui vaut quand même beaucoup mieux que bien des shows carrés et parfaits. »

La setlist du concert de Isobel Campbell & Mark Lanegan :

Seafaring song (Sunday At Devil Dirt - 2008)

Deus ibi est (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Who built the road (Sunday At Devil Dirt - 2008)

Creeping coastline of lights (Leaving Trains Cover) (I'll Take Care of You - 1999)

The false husband (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Ballad of the broken seas (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Keep me in mind, sweetheart (Sunday At Devil Dirt - 2008)

Saturday's gone (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Back burner (Sunday At Devil Dirt - 2008)

The flame that burns (Sunday At Devil Dirt - 2008)

Free to walk (The Gun Club Cover)

Rambling Rose, Clinging Vine (Sunday At Devil Dirt - 2008)

Honey child what can I do? (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Salvation (Sunday At Devil Dirt - 2008)

(Do you wanna) Come walk with me (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Something to believe (Sunday At Devil Dirt - 2008)

The circus is leaving town (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Encore

Come on over (turn me on) (Sunday At Devil Dirt - 2008)

Ramblin' man (Hank Williams Cover) (Ballad Of The Broken Seas - 2006)

Wedding Dress (Mark Lanegan song - Bubblegum - 2004)