2009 11 Rammstein Billet

« "Ouaaah ! Toi, tu vas voir Rammstein ?" : l'étonnement est à son comble chez mes amis. Sans parler du fait que j'ai même pris la peine de réorganiser des rendez-vous importants au boulot pour pouvoir arriver à peu près à l'heure au Palacio de Deportes ce mardi ! C'est oublier que, comme beaucoup de gens, j'ai découvert le nom de Rammstein grâce à David Lynch (« Lost Highway »), et que j'ai toujours eu un goût - un peu bridé - et pour la musique industrielle, et pour les spectacles provocateurs. Même si "Liebe ist für alle da", le dernier et plutôt bon album de Rammstein lorgne un peu trop à mon avis vers le métal grand public, une vidéo sulfureuse sur le Net a attisé mon envie de participer à ce que j'imagine facilement comme une énorme orgie sonore !

Arrivant un peu tard devant le Palacio de Deportes autour duquel s'enroulent des queues impressionnantes - avec policiers autour, voici qui me rappelle des souvenirs, et pas des bons -, je me résigne une fois entré à aller m'asseoir dans les gradins supérieurs, seul endroit où il reste

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quelques places... mais qui offrent l'avantage d'une vue surplombante impressionnante sur l'enceinte toute entière, et d'où le son est d'ores et déjà décoiffant, alors que nous n'en sommes qu'au milieu du set de la première partie... également du métal industriel hurlé et paroxysmique qui remue bien les tripes... mais n'éveille pas grand chose d'autre, ni au niveau du cerveau ni du cœur. Peu d'applaudissements du public indifférent. "We were sent to destroy" clame le chanteur alors que des synthés méchants dévalent la piste, et que deux de ses acolytes martèlent les fûts comme des damnés. Ouais, bon, ok ! De loin, ces petits plaisantins de Combichrist m'apparaissent vêtus de tenues de cuir, genre gladiateurs sado-maso... Chaque morceau est construit sur le même principe : une musique techno destroy pas déplaisante, mais sans aucune originalité, sur laquelle sont clamés ad libidum des phrases définitives du genre : "This shit will fuck you up !". Suivant son humeur, on pourra trouver ça divertissant, drôle ou fatiguant.

Le Palacio de Deportes est blindé, même dans la fosse, vu de dessus, on sent les spectateurs bien entassés. Le public n'est globalement pas très "extrême", et pas particulièrement "metal" dans son look... plutôt des cheveux courts, plutôt des gens de tous les âges, mais un niveau sensible d'enthousiasme, comme quoi, Rammstein ratisse large.

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22 h 00 pile, précision germanique oblige... Difficile de ne pas sentir l'excitation vous envahir lorsque dans le noir, le rideau qui recouvre la scène commence à être déchiré de part et d'autre à coup de pics pour laisser le passage aux deux premiers musiciens (bassiste à gauche, guitariste à droite)  de Rammstein. Puis, une minute plus tard, c'est un chalumeau qui attaque par derrière la lourde plaque métallique au centre, pour y découper un large orifice ovale par lequel entre en scène Tim Lindemann, le chanteur au physique massif et impressionnant (il faut sans doute cette carrure d'hercule des foires pour produire une telle voix caverneuse) : la plaque ainsi spectaculairement découpée s'effondre dans un grand vacarme, les lumières explosent, le rideau finit de s'ouvrir pour dévoiler les 3 autres musiciens à l'arrière plan (une batterie entourée d'une guitare et d'un clavier), et c'est par Rammlied, comme sur le dernier album, que s'ouvre le concert. Malgré le côté spectaculaire de cette intro emphatique, je ne trouve pas que le public ait basculé dans l'hystérie à laquelle je m'attendais : la faute au son, qui, comme la dernière (et première) fois où j'étais dans cette salle, est sourd, et pas tout-à-fait assez fort (moins efficace que pour la première partie, un comble !). Ce problème de son va être peu à peu corrigé au fil de la soirée, mais sans atteindre la perfection, et sans que l'on puisse jamais arriver à l'extase qu'appelle cette musique jusqu'au boutiste, tout au moins là où je me tiens, debout dans les gradins (car tout le monde s'est levé au premier accord, et nous passerons - heureusement - les 100 minutes qui suivront à danser et osciller, sauvés de l'apathie que j'ai vu si souvent régner sur les gradins de telles grandes salles).

Sur scène, le décor - on dirait une vieille usine désaffectée du bloc soviétique, jusqu'aux lumières, déguisées en matériel industriel - comme la mise en scène - centrée principalement sur des flammes et des déflagrations sourdes - sont parfaitement en phase avec l'imagerie "indus" - et la réputation - de Rammstein. Jusqu'aux musiciens qui, depuis mon perchoir, me paraissent vêtus de salopettes d'ouvriers, mais noires et en cuir

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(?), comme revisitées par l'imaginaire d'un tenancier de club hardcore gay. Ce que j'apprécie, c'est que ce décorum mi-rétro, mi sci-fi ne laisse aucune place à la moindre confusion : si la musique de Rammstein est parfois martiale, si les textes en allemand ont évidemment des résonnances douloureuses, il ne plane sur le groupe aucune ambigüité déplaisante, aucune fascination pour une quelconque imagerie nazie ou même militariste.

Oui, à partir de cette intro lourde, le "spectacle Rammstein" va se déployer, évoquant un monde profondément tellurique, sorte de condensé des forges de Vulcain au sein desquelles de virils opérateurs manipulent matières en fusion, carburants hautement inflammables, et explosifs divers. Chaque chanson, baignée dans une atmosphère lumineuse réussie, est normalement l'occasion d'une mise en scène particulière, presque purement pyrotechnique : longues flammes régulièrement crachées par des dispositifs  divers sur, au dessus  et autour de la scène, voire même permettant aux musiciens de devenir d'hallucinants cracheurs de feu ; feux d'artifice divers, le plus impressionnant s'avérant un "échange de tirs" entre la scène et la console au centre de la salle. Quelques saynètes "amusantes" égayent même deux ou trois morceaux : joli tour de prestidigitation quand l'un des musiciens (le trublion de la bande, entièrement vêtu d'une combinaison pailletée, qui vient régulièrement se moquer du sérieux général du groupe) est roué de coups par le chanteur, tassé au fond d'un wagonnet avant de recevoir sur lui une coulée d'acier fondu... Et de ressortir indemne ! Autre "bon moment", quand Tim arrose d'essence l'un de ses acolytes à l'aide d'une pompe amenée sur scène à cet effet, avant de le transformer en torche humaine que deux pompiers viennent éteindre... Quelques rares métaphores "liquides", par contre, quand Tim à cheval sur un canon rose - phallus géant - inondera la foule de ce qui ressemble à de la mousse, ou, à la fin, quand dans le seul moment de franche poésie du show, l'organiste-trublion partira naviguer sur la foule de bras tendus sur un dinghy : c'est simple, drôle et beau, il fallait y penser... Il faut noter que, en comparaison avec toute cette scénographie impressionnante, le jeu de scène des musiciens reste assez classique et répétitif - la position un genou à terre du chanteur qui "headbangue" -, l'énergie naissant plus du spectacle offert que de la dynamique du groupe lui-même.

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Je n'ai pas encore parlé de musique, et c'est là que le bât blesse, car j'ai eu le sentiment que la musique, ce soir, a été en deçà des attentes de tous : oh, le Palacio tout entier a levé les bras en rythme sur les hymnes de Rammstein, les têtes se sont rituellement agitées, il y a même eu quelques ilots d'agitation au sein de la mer humaine dans la fosse, mais je n'ai , et même la pause romantico-piafienne de Frühling in Paris -, complété parce que j'imagine être une sélection de ses vieux hits - mais je ne suis pas assez familier de sa discographie pour les commenter -, et la soirée s'est terminée au bout d' 1h40 et de deux rappels, par deux morceaux plus "synthés", voire moins extrémistes qui laissaient enfin s'envoler l'imagination, une fois le show pyrotechnique terminé.

Je suis ressorti de là avec un léger sentiment de déception - j'aurais aimé ressentir la folie furieuse des premiers concerts de Nine Inch Nails, qui restent ma référencer en matière de musique indus... Et nous n'avons pas non plus assisté à un spectacle de pure provocation comme le fameux clip "uncensored" de Bück Dich sur YouTube le laissait attendre  -, mais aussi avec l'intense satisfaction d'avoir (enfin) rencontré un groupe singulier que j'avais bêtement ignoré. Je me suis dit que je retournerais certainement voir Rammstein, mais dans la fosse cette fois, pour pouvoir goûter de plus près à l'odeur du métal en fusion. »

 

Les musiciens de Rammstein sur scène :

Till Lindemann (Vocals)

Richard Zven , Kruspe (Guitar)

Paul H. Landers (Guitar)

Oliver "Ollie" Riedel (Bass)

Christoph "Doom" Schneider (Drums)

Christian "Flake" Lorenz (Keyboards)

 

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La setlist du concert de Rammstein :

Rammlied (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

B******** (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Waidmanns Heil (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Keine Lust (Reise, Reise - 2004)

Weisses Fleisch (Herzeleid - 1995)

Feuer frei! (Mutter - 2001)

Wiener Blut (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Frühling in Paris (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Ich tu dir weh (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Liebe ist für alle da (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Benzin (Roserot - 2005)

Links 2-3-4 (Mutter - 2001)

Du hast (Sehnsucht - 1997)

Pussy (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Encore 1

Sonne (Mutter - 2001)

Haifisch (Liebe Ist Für Alle Da - 2009)

Ich will (Mutter - 2001)

Encore 2

Seemann (Herzeleid - 1995)

Engel (Sehnsucht - 1997)

Cette chronique a été publiée á l'époque sur les blogs suivants : http://www.loindubresil.com/archives/2009/11/12/15765657.html et http://concertsrnrm.blogspot.co.uk/search/label/RAMMSTEIN?updated-max=2009-12-03T13:31:00-08:00&max-results=20&start=4&by-date=false