2009 11 The Sounds Billet

« J'ai appris pas mal de choses ce soir :

- d'abord, que la popularité d'un groupe est une chose fort relative : The Sounds, groupe de power pop suédois qui remplit à peine la Maro à Paris, fait salle comble à Madrid, dans une Riviera qui a à peu près les dimensions d'un petit Zénith. Et tout le monde (TOUT LE MONDE !) dans la salle connaît toutes les paroles de toutes les chansons par cœur !

- ensuite, que l'on peut toujours se moquer du rock'n'roll lorsqu'il est pur spectacle (poses outrancières, mèches rebelles, simulation de fellation sur scène, blonde décolorée tatouée et gainée de cuir, toute cette sorte de choses), il convient de bien vite ravaler sa morgue de snobinard lecteur des Inrocks pour avouer que le "rock'n'roll circus", lorsqu'il est vécu avec autant de générosité, d'enthousiasme, de joie, c'est quand même sacrément "fun" !

- enfin que, en Espagne, la limite des 105 dB n'existe certainement pas, vu l'état de nos oreilles lorsque nous sommes ressortis du concert de The Sounds, après une heure trente cinq de rouleau compresseur sonore. On se heure trente cinq de rouleau compresseur sonore. On se serait cru revenus dans les 70's - 80's, avant que le politiquement correct n'ait frappé en France et interdit aux bonnes gens de se faire exploser le cerveau à coup de décharges rock'n'rolliennes !

Flashback : petit moment de panique, quand je constate qu'à 19 h 30, il y a déjà près de 300 personnes qui font la queue devant nous lorsque nous arrivons au milieu du chantier qui entoure la Riviera, salle curieusement blottie au bord de la rivière Manzanares (d'où le nom !)... Un public jeune, féminin dans sa majorité, un peu punk / new wave de par son look... qui me force à admettre la "triste" vérité : pas de concert intimiste en prévision ce soir, mais un grand spectacle populaire en préparation. Et puis, inexplicable miracle, il reste un peu de place au premier rang quand nous pénétrons dans la salle, Sophie et moi, à l'extrême gauche, juste devant la sono : vue superbement dégagée sur la large scène, et puis "nous entendrons bien", je dis, sans me douter de l'agression sonore qui se prépare...

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Première partie : la banane ! Deux New Yorkais hilares - surtout elle, Kim, rictus de malade mentale, déchaînée sur ses fûts, un spectacle à la fois revigorant et peut-être quand même un peu inquiétant, non ? celui d'une forcenée... Lui, Matt, plus aimable, même s'il monte pour un oui pour un non sur sa chaise, sur ses claviers, pour agiter les bras dans tous les sens et faire brailler la foule. Ces deux jeunes gens, Matt and Kim, sont tous simplement bouleversants de joie de vivre, ils irradient le plaisir de jouer, d'être là devant une grande salle qui leur fait la fête. Pendant 10 minutes, je me dis que je tiens là ma meilleure première partie de l'année, peut-être même une première partie mémorable, façon irruption des B-52's pour ceux qui y étaient : la musique est une sorte d'electro simpliste sur un martellement tribal irrésistible, avec des atmosphères décalées et obliques, très arty (voix étrange de Matt) : très impressionnant, très inspiré par moments. Et puis non, il n'y a pas tout-à-fait assez d'inspiration dans les morceaux, de talent dans les compositions pour tenir le challenge jusqu'au bout des 35 minutes du set. Ça reste très beau, excitant, et tout, mais on tourne en rond, et la première impression de génie ne se confirme pas sur la distance. En tout cas, un groupe à suivre !

Première impression tout aussi déconcertante quand The Sounds entrent en scène, les garçons tous seuls d'abord : Jesper Anderberg joue du piano et chante, planqué derrière la scène, et les autres garçons s'instillent en prenant des poses de rock stars / gravures de mode,... on se croirait dans une pub pour un parfum américain pour les djeunss, ça craint un max ! Puis Maja entre en scène, bombe nucléaire blonde, moulée dans un short de cuir, bas mi-résilles, mi-cuir, perfecto noir, et tatouages envahissants sur les bras, visage émacié de poupée scandinave pour

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peep show... le moins qu'on puise dire, c'est que the Sounds ne font pas dans la dentelle. Le son bombarde un maximum, c'est à peine si on distingue quoi que ce soit tant le niveau sonore est dévastateur... mais ça va s'arranger : non, le niveau sonore ne baissera pas, mais les instruments et la voix deviendront plus audibles... Sur scène, c'est une débauche continuelle d'effets propres à exciter la foule : poses sexy de Maja, musiciens déchaînés qui parcourent la grande scène de long en large, il y a un moment où je me demande si je ne suis pas dans un show Disney pour pré-ados tant tout cela ressemble à de la caricature de rock'n'roll, du pur premier degré ou de la manipulation assez putassière... loin, loin de la munificence pop de l'album "Dying To say To You", que j'adore... Le premier titre, c'est le superbe Queen of Apology, sauf qu'il va falloir visiblement s'habituer à ce que cette musique soit jouée au lance-flammes, soit transformée en un spectacle sons et lumières destiné à plaire à tous les minets et toutes les minettes qui hurlent dans la salle bondée... Et ça continue de plus belle, Maja nous la joue femme sévèrement burnée, manipulant ses "toy boys" en dominatrice affirmée, se frottant contre l'un ou l'autre, excitant ensuite la foule comme une Joan Jett qui serait tombée dans le ruisseau et se serait relevée couverte de fange. Oui, The Sounds, contrairement à ce que j'attendais, c'est de la musique vulgaire : autant s'y faire, c'est plutôt Transvision Vamp que Blondie, en fait, si l'on y réfléchit bien... Après une bonne série de morceaux-baston, on a droit à la pause chansons douces, parfaite pour agiter les téléphones portables à bout de bras en rythme (comme pour un concert de U2, si si !) et chanter en chœur. Et ça culmine avec le poignant et irrésistible Night After Night, qui me rappelle vraiment les Bangles (vous voyez le registre...). Des milliers de personnes chantent, et à condition d'abandonner tout esprit critique et second degré, c'est diablement efficace. Maja nous avoue être émue par tant de ferveur, et ça me paraît assez sincère, comme réaction..

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... Sauf que c'est là que le concert se met à décoller : l'excellent 4 Songs & A Fight, extrait du dernier (et moyen) album, "Crossing the Rubicon", met le feu aux poudres, et à partir de là, ça va cogner encore plus fort. Le formidable Painted By Numbers m'offre enfin la révélation : The Sounds est un extraordinaire groupe de scène, ce soir, porté qu'il est par l'enthousiasme des Madrilènes, qui ne sont pas loin de constituer un public idéal  (l'excitation intense, sans la violence... un rêve !). Tout le monte chante en chœur les "Nana na", les filles puis les garçons, c'est tout simplement parfait... Oui, je suis frappé par la perfection du moment : une grande chanson pop jouée à fond la caisse, avec tous les potentiomètres sur 11, une blonde qui fait fantasmer les mecs comme les filles dans son cuir moulant (moi, je l'ai trouvée assez masculine, la Maja, genre transsexuel avec les hormones qui déconnent, avec ses pas de boxeur, et ses tatouages "butch")... J'ai jeté tous mes préjugés, et j'admets que le Rock'n'roll, c'est avant tout ça, cette sorte de bêtise géniale, qui d'un coup se met à tout transcender. Et le pire, c'est que ça devient encore meilleur : Living In America, petite merveille d'excitation primaire et bestiale. Le groupe a une dynamique redoutable, on ne sait plus où poser son regard, ça pète et ça gicle de tous les côtés, tout le monde s'amuse, sur la scène comme dans la salle

Ouf, deux minutes de pause pour laisser refroidir les oreilles fumantes, mais on déchante vite... on nous balance dans la sono une nouvelle intro aux infra basses redoutables : ça y est, on est sourds ! Et c'est avec le superbe Tony the Beat que The Sounds nous montre ce que Ting Tings pourraient faire, s'ils étaient plus de deux et lâchaient toutes les amarres... De l'electro rock magistrale, ni plus ni moins, Le niveau sonore a encore monté, on est tous ivres sous les décharges électriques, on a presque hâte que ça s'arrête... Ils font monter sur scène une fille aux cheveux roses pour jouer avec eux... Song With A Mission, puis on finit avec Hope You're Happy Now, conclusion parfaite : tu parles qu'on est heureux... Il ne nous reste plus beaucoup de neurones en état de fonctionner, mais c'était une putain de soirée de putain de rock'n'roll...

Voilà, c'est fini, on a eu droit à pas mal de spectacle : Felix Rodriguez, le guitariste au look de minet, a joué grimpé sur les épaules de son copain, Maja est  venue éteindre les mecs et les filles du premier range (j'en suis sorti tout barbouillé de sa sueur), puis qui, remontée sur scène, s'est essuyé l'entrejambe avec une serviette éponge avant de la balancer aux admirateurs/trices, etc. etc. Je me rends compte qu'il y en aurait à dire encore et encore, mais je vais arrêter là. Vous avez compris que ce soir, c'était l'éternel retour du rock'n'roll qui défilait en ville, et qu'on a tous fini par avoir 15 ans à nouveau. Et ça, c'est le miracle de The Sounds. Play It Loud, baby ! »

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Les musiciens de The Sounds sur scène :

Maja Ivarsson – vocals

Félix Rodríguez – guitar

Jesper Anderberg – keyboards, piano, guitar

Johan Bengtsson – bass

Fredrik Nilsson – drums

 

La setlist du concert de The Sounds :

Crossing The Rubicon (Crossing the Rubicon – 2009)

Queen Of Apology (Dying to Say This to You – 2006)

Seven Days A Week (Living In America – 2002)

Hit Me! (Living In America – 2002)

No One Sleeps When I’m Awake (Crossing the Rubicon – 2009)

Hurt You (Dying to Say This to You – 2006)

Midnight Sun (Crossing the Rubicon – 2009)

Night After Night (Dying to Say This to You – 2006)

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4 Songs & A Fight (Crossing the Rubicon – 2009)

My Lover (Crossing the Rubicon – 2009)

Beatbox (Crossing the Rubicon – 2009)

Painted By Numbers (Dying to Say This to You – 2006)

Dorchester Hotel (Crossing the Rubicon – 2009)

Rock 'N Roll (Living In America – 2002)

Living In America (Living In America – 2002)

Ego (Dying to Say This to You – 2006)

Encore:

Intro- Tony the Beat (Dying to Say This to You – 2006)

Song With A Mission (Dying to Say This to You – 2006)

Hope You're Happy Now (Living In America – 2002)