1977 01 Doctors of Madness Bataclan 03

« Depuis plusieurs mois, deux albums-OVNI tournent sur nos platines de très jeunes gens lassés par une musique de plus en plus engoncée dans des concepts fumeux et des prétentions insupportables : les deux premiers albums de Doctors of Madness, un groupe bizarre qui semble retrouver la folie glam, avec un petit quelque chose de désespéré qui convient bien à notre époque. Ce soir, l’excitation est à son comble, au moins en moi : une envie, un besoin qu’il se passe quelque chose de DIFFÉRENT...

... et puis, c’est comme un goufre qui s’ouvre devant nous, en nous. Dans l’obscurité déchirée par les UV, Doctors of Madness entrent sans un mot, et l'on sait soudain que, oui, on a eu raison d’y croire : ce soir, quelque chose d’AUTRE va arriver. Il y a presque la magie de l'arrivée sur terre de Ziggy, comme on se l'est tant imaginée depuis 1972 (5 years !) avec une musique "nouvelle". Une symphonie pour 1977. Pour l’année de mes 20 ans. Kid Strange, géant bleu et tueur bienveillant, des yeux peints sur ses paupières fermées, tel un oiseau de proie dans une redingote déchiquetée, un profil d'angles aigus et de star. Incroyable ! Le premier morceau qui démarre, c’est... leur plus beau, leur plus long : Mainlines ! Quel audace ! Brûler tous les ponts sur quinze minutes d’un voyage halluciné, hallucinants. Oui, je suis déjà au septième ciel. Et, déjà, le violon découpe des lanières sanglantes dans la fumée, l'émotion tord de la même violence les visages des musiciens et du public. Déjà, l'on tangue tous, autour de moi, j’en vois déjà quelques uns qui s'effondrent. Monstrueux, magique, insurpassable.

1977 01 Doctors of Madness Bataclan AffichePuis la musique repart, et je sais que pour moi, elle ne s'arrêtera jamais plus, et peu importent que la set list ait une fin, peu importe que tous les morceaux ne soient pas toujours aussi sublimes. Et quand, à la fin, après une reprise follement pertinente de I am Waiting for the Man, la musique s'achève dans un larsen, une guitare crie seule et se meurt sur la scène désertée : c'est une image qui pour moi symbolisera longtemps le Rock, presque un cliché, mais l’un de ces clichés qui touchent à la vérité la plus profonde. Un robot de métal explose, l’onde de choc renverse la batterie... La guitare abandonnée n’en finit plus de hurler son larsen, qui peu à peu, finit par s’éteindre. Lentement, très lentement. L'énergie folle du concert n’est plus, mais nos oreilles et nos pupilles restent dilatées. Il n'y a plus un bruit au dessus de la foule lorsque les lumières se rallument.

On mettra tant de temps à se séparer des amis ce soir, et je me rends compte que j'ai perdu ma voix en criant, mais, peu importe, je chanterai encore toute la nuit, jusqu'au sommeil. »

Note: pas de photos, pas de setlist, pas grand chose pour immortaliser ce cet fabuleux, malheureusement. Juste une photo de Kid Strange glanée sur le net, et l'affiche de la tournée, gentiment envoyée par Christophe, qui m'a aussi aidé à compléter un peu mes souvenirs...