2010 05 Au Revoir Simone Ramdall Music Live Billet

« Si je suis là ce soir avec Inés, dans un Ramdall Music Club aux trois quart pleins d’adolescentes solitaires et rêveuses, sans parler de l’inévitable contingent de jeunes américains qui viennent soigner leur mal du pays au concert de Au Revoir Simone, peut-être pas vraiment à notre place, c’est la faute, la très grande faute de mon ami Gilles. Je me suis assez exprimé sur le sujet pour qu’il soit clair que la « dream pop », ce n’est pas ma tasse de thé, moi qui fait plutôt dans la pop couillue et éméchée (Kaiser Chiefs) ou dans le désespoir post gothique (Editors) – LOL comme on écrit de nos jours. Mais Gilles m'a tellement parlé de ces trois grâces new-yorkaises, qui l’enchantent de leurs mélopées tendres et de leurs synthés « vintage » à chacun de leurs passages à Paris, que je ne pouvais décemment résister à l’annonce de ce concert madrilène… Et ce d’autant plus que l’écoute de leur eau dernier album, « Still Night, Still Light », m’avait rapidement convaincu qu’il ne fallait décidément pas que je m’en tienne à mes préjugés.

Je suis arrivé comme toujours trop tôt au 38 de la Calle Ferraz, et Inés et moi sommes les premiers sur place alors que Madrid profite des 30 degrés qui sont descendus sur la ville après des mois de mauvais temps. On va donc aller écluser un gin tonic à l’un des trois bars de la salle qui se remplit très, très lentement : il n’y a pas de raison de paniquer, il suffit de surveiller la scène – à trois pas de là – du coin de l’œil pour assurer le premier rang.

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Avec pas mal de retard sur un horaire déjà tardif (mais on est à Madrid), les trois jeunes et jolies filles de Au Revoir Simone montent tranquillement sur scène derrière leurs trois claviers alignés comme à la parade. Pas d’autres instruments, mis à part une basse, qui servira pendant un seul morceau entre les mains d’Erika, et aussi une étrange planche de bois qui permettra à Annie de marquer le rythme avec son pied sur deux chansons. Bon, j’ai l’air d’utiliser les prénoms des filles comme si je les connaissais bien, mais en fait je me réfère aux compte-rendus de Gilles pour ce qui est de l’attribution des prénoms (si je me trompe, blâmez-le, lui !) : de droite à gauche, vu du public, nous avons donc Annie, avec ses lunettes, qui serait la moins jolie des trois si elle n’était en fait la plus vive et la plus sexy ; au centre, Erika, la plus grande, qui est devenue blonde et est la chanteuse principale ; et enfin, à l’autre extrémité (enfin, à un mètre de là, les trois musiciennes jouant assez proches les unes des autres…) Heather, la plus jolie, sauf qu’elle est aussi la plus réservée, et qui a la plus belle voix.

Ce soir, pendant une heure bien trop courte, nos New Yorkaises sensibles vont nous interpréter l’intégralité – je crois – de l’album, avec seulement deux titres en plus, un ancien que je ne connais pas, et en dernier, une nouvelle chanson, visiblement plus pop sixties, plus gaie et peut-être commerciale, qui indique peut-être un prochain virage musical pour Au Revoir Simone. La limite de l’exercice, malgré le son impeccable qui permet de bien entendre les trois voix et les trois claviers qui se mêlent, c’est évidemment l’aspect statique du spectacle (je me lasse vite de prendre des photos…) et une indéniable uniformité de l’atmosphère, ce qui fait que la grâce certaine des chansons est quelque peu atténuée par cette (relative) monotonie. La difficulté de ce genre de musique, c’est qu’il faut qu’il se passe quelque chose du domaine du magique, pour que « ça prenne », et, je l’avoue, ça n’a pas complètement pris ce soir pour moi. Je dis pour moi, car à mon côté, Inés paraît transportée, dans un autre monde, fait de douceur et de volupté… Peut-être faut-il avoir 20 ans pour vibrer sur cette musique intime, rêveuse, douce comme un baiser frais dans la nuit (cliché, cliché, j’ai honte !). Sur le brillant All or Nothing, le sommet de l’album, tout le monde chante doucement en chœur dans la salle, comme c’est souvent le cas à Madrid, et c’est d’un coup très beau, très léger, très sensuel.

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A noter quand même aussi un certain nombre de facteurs qui n’ont pas contribué à la réussite de la soirée : d’abord, les demandes répétées d’Annie à ce que personne ne fume dans la salle (“Somos vegetarianas, no fumamos, no bebemos, nos gustan los teclados, somos nerds, lo sentimos” - Annie parle couramment espagnol, et a péroré durant tout le spectacle...), jusqu’à ce que, avant d’entamer le rappel, elle se mette littéralement en colère contre quelqu’un qui n’obtempérait pas. Même si on la comprend parfaitement, cette crise de rage a crispé la fin du concert et a conclu le set sur une note désagréable. Enfin, j’avais derrière moi deux gugusses qui ont jacassé tout au long de la soirée, rendant tout le monde autour d’eux fous : n’étant pas « chez moi », je me suis retenu de leur demander de « fermer leurs grandes gueules » (euh, comment on dit ça, en espagnol, déjà ?), mais je devais avoir une lueur de meurtre dans les yeux… Pour conclure la liste exhaustive des petits désagréments de la soirée, le service d’ordre nous a tous fait dégager de manière assez désagréable, voire brutale, à la fin, nous empêchant de nous emparer des mini-setlists posées sur les claviers, et hors d’atteinte. J’ai pensé un moment tenter un « home run », mais Inés a suggéré que j’allais me faire péter la tronche (du coup, j’ai appris comment on dit ça en espagnol !), j’ai donc baissé les bras…

Au final, une soirée pas assez enchantée à mon goût en compagnie de trois « nerds », comme elles s’auto-désignent constamment, une soirée assurément largement décalée par rapport aux notions classiques de ce qu’un concert rock, un spectacle « doit être ». Disons que ce genre de travail à la marge est précieux, mais nécessite pour s’épanouir des conditions parfaites, ce qui n’était pas le cas ce soir, malheureusement. »