2010 06 Joe Henry Sala El Sol Billet

« Triste mardi à Madrid : la pluie tombe, froide et drue, la température a chuté de 15 degrés en quatre heures, je suis seul à ce concert de Joe Henry, alors que j'ai récemment pris l'habitude d'avoir avec moi Juan Carlos, Luis, Yannick, et surtout Inés (qui devait venir mais est bloquée à Séville)... Mais ce soir, à la magique Sala El Sol, je suis seuuuuuuul ! Pendant ce temps, Gilles B et Jean-Pierre sont au Zénith de Paris pour Them Crooked Vultures, c'est quand même une autre dimension que Joe Henry, et ce, quel que soit le bien qu'on peut penser du beauf' de Madonna... Bon, pour ceux qui ne connaissent pas, et je suppose qu'ils sont nombreux, Joe Henry, c'est une sorte de Tom Waits plus jeune mais aussi moins rugueux, malheureusement, responsable il y a quelques années d'un album magnifique, "Tiny Voices", qui m'avait enchanté. J'avais ensuite laissé tomber ce brave Joe, jusqu'à ce que son passage à Madrid me donne l'occasion de faire le point, avec en particulier son dernier disque, assez réussi ma foi, "Blood from Stars"...

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L'horreur, en entrant dans la Sala El Sol, c'est de constater qu'on y a installé des mini tables et des chaises... J'ai beau être bien placé, au premier rang, je trouve ça déprimant, cette ambiance de concert "adulte" (de "vieux", quoi !). Mon moral descend encore d'un cran... Et c’est à 22 h 40, avec 40 minutes de retard donc sur un horaire déjà tardif (caractéristique de la Sala El Sol) que Joe Henry commence son set. Comme toujours ici (et hormis ces maudites tables et chaises), tout est parfait techniquement : son impeccable, lumières professionnelles (à la différence de bien des petites salles de rock madrilènes), vue facilitée par l’arc de cercle de la scène qui se prête particulièrement bien à la configuration en trio (Joe + contrebasse + batterie) du groupe ce soir (avec l’apparition régulière quand même d’un très jeune saxophoniste en renfort sur certains morceaux ; je me suis demandé d’ailleurs si ce « Levon Henry » ne serait pas le fils de Joe, vu les regards que celui lui jette de temps à autre… ??)). Le set s’engage avec le magnifique Bellwether, extrait du dernier album, et on constate rapidement les forces et les faiblesses de Joe Henry « on tour », les faiblesses dépassant malheureusement les forces… D’abord, le groupe responsable du son magnifique de « Blood From Stars » est donc réduit à son minimum : Marc Ribot, le grand Marc Ribot, par exemple, n’est pas là, et même si ce n’est pas vraiment une surprise, cela laisse à Joe la responsabilité d’exécuter seul toutes les parties de guitare, alors qu’il se contente de jouer de la guitare acoustique en chantant. Le résultat, sensible, est que la musique perd de sa richesse, de son ampleur, de son lyrisme, de son mystère, bref, un peu de tout ce qui fait son pouvoir de fascination. Ne restent, dépouillées de leur magnifique écrin, que les

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chansons de Joe, presque nues (heureusement, le batteur, Jay Bellerose, assure magnifiquement, faisant à la fois le spectacle et les « effets spéciaux » tonitruants qui ajoutent un peu de vie au set)… or, il faut bien l’admettre, les chansons de Joe ne sont pas du niveau, à quelques exceptions près, de celles d’un Tom Waits par exemple. Autre souci, la voix de Joe, qui ne possède pas le grain qu’on peut entendre sur les albums, au point que je me demande si sur disque, on n’a pas surtout affaire à la magie des artifices techniques… Attention, je ne dis pas que Joe chante mal, loin de là, simplement que ce soir, à aucun moment sa voix ne nous fera frissonner : là où j’attendais de la séduction, du romantisme, même noir et bringuebalant, je me rends compte que je n’aurai droit qu’à un blues – jazz classieux et classique, mais légèrement insipide. J’ai parlé quand même de « forces », car il y en a : c’est avant tout dans l’énergie que déploient Joe et son groupe, une énergiesurprenante, forcément séduisante, qui tente clairement d’emporter les chansons vers un registre « live » plus nerveux, et qui de compenser l’absence de profondeur de leur interprétation…

La set list déroule tranquillement – trop tranquillement, oui – une bonne partie de « Blood from The Stars », le sommet étant atteint avec l’enchaînement de Suit On A Frame, et surtout The Man I Keep Hid, le meilleur titre ce soir, et de loin, en tout cas le plus intense. Joe intercale quelques extraits de « Tiny Voices » qui me revient en mémoire alors que je ne l’ai pas écouté depuis plus de 5 ans quand même… et évidemment d’autres chansons extraites de la longue discographie de notre homme (11 albums quand même depuis 1986). Je dois avouer que mon niveau d’intérêt retombe lentement, alors que le concert se termine sur des chansons que je ne

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connais pas, et qui ne tranchent pas particulièrement sur le reste (à part peut-être Our Song, joué en final avant le rappel, une chanson au caractère « politique », inhabituel chez Joe – il s’en excusera d’ailleurs avec élégance). Au final, avec un rappel de trois titres pas plus enlevé, on aura eu droit à 1 h 30 d’un concert bien trop propre, anecdotique, qui ne fait que confirmer malheureusement pourquoi, malgré un indéniable talent, Joe Henry ne fait pas, et ne fera jamais partie de la cour des grands artistes, même méconnus… Oui, malgré l’ovation d’un public nombreux et comme toujours à Madrid très chaleureux, je dois reconnaître que ce set a été une déception : j’aurais adoré dire à mes amis parisiens que j’étais ce soir à une alternative – radicalement différente, mais une alternative quand même – acceptable au show the Them Crooked Vultures, que j’ai pu voir un autre de ces (nombreux) obscurs génies de la musique, mais ce n’était malheureusement pas le cas… »

La setlist du concert de Joe Henry :

Bellwether (Blood from Stars – 2009)

Channel (Blood from Stars – 2009)

Progress of Love (Dark Ground) (Blood from Stars – 2009)

This Is My Favorite Cage (Blood from Stars – 2009)

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Sold (Tiny Voices – 2003)

All Blues Hail Mary (Blood from Stars – 2009)

Lighthouse (Tiny Voices – 2003)

Truce (Blood from Stars – 2009)

Suit on a Frame (Blood from Stars – 2009)

The Man I Keep Hid (Blood from Stars – 2009)

Flag (Tiny Voices – 2003)

Stop (Scar – 2001)

Trampoline (Trampoline – 1996)

Our Song (Civilians – 2007)

Civilians (Civilians – 2007)

Encore:

Scar (Scar – 2001)

Edgar Bergen (Scar – 2001)

Like She Was a Hammer (Fuse – 1999)