2010 11 Yann Tiersen La Riviera Billet

« Après une semaine un peu trop remplie en concerts, et en attendant un week-end "Arcade Fire" avec les amis parisiens, c'est un peu stupide de décider au dernier moment d'investir une soirée de plus dans la musique live, surtout pour aller écouter Yann Tiersen, musicien certes monstrueusement doué mais qui ne correspond pas vraiment - jusqu'à présent du moins - au prototype de la rock star... Syndrome du Français à l'étranger déterminé à aller supporter les artistes nationaux ? Bof... Plutôt curiosité suite à des chroniques plus qu'élogieuses sur les récents concerts et l'album "Dust Lane", faisant toutes état d'une nouvelle tendance plus rock, plus bruitiste, donc plus proche de ma sensibilité musicale. Dommage quand même que je n'aie pas eu le temps de l'écouter, ce fameux album : ce soir, ce sera donc un "concert-découverte"...

2010 11 Lonski and Classen La Riviera 016

... Pour une fois que je ne suis pas en avance (petit retard de l'avion qui me ramène de Hollande...), les portes de la Riviera ont ouvert avant l'heure, et la salle est déjà bien pleine (décidément, je ne comprendrai jamais ce qui fait qu'à certains concerts, les Madrilènes arrivent tôt, alors que la plupart du temps, ils traînent et ne se pointent qu'au tout début du concert !). J'arrive quand même à me trouver une place au premier rang, à l'extrême gauche, devant la sono. (A noter, que, du fait de défection progressive de certains spectateurs, je vais arriver au cours de la soirée à gagner une dizaine de mètres vers le centre de la scène !La scène, pourtant grande, est très encombrée d'instruments, nous aurons clairement droit à une première partie... qui débute d'ailleurs immédiatement ! Un duo guitare - batterie, qui ne me paraît pas espagnol, vu l'accent, et qui joue une musique à la fois "classique" et insaisissable, tantôt introspective, tantôt dure, voire noisy. Les morceaux sont complexes - pas de structure couplet / refrain -, souvent assez beaux. La voix est très juste, intéressante, pleine d'émotion, tandis que le son de la guitare est parfois magnifique de puissance grondante. Pourtant, malgré toutes ces qualités très objectives, le set ne décolle pas, et se déroule dans l'habituelle indifférence polie du public madrilène, qui préfère continuer à converser bruyamment – ce qui est gênant sur les morceaux plus calmes... Le dernier morceau, d'une belle amplitude, verra le duo renforcé aux chœurs par Yann Tiersen et son équipe : pas banal, et plutôt sympathique. 40 minutes quand même d'une musique assez réussie... Sauf qu'il a manqué un petit quelque chose... Mais quoi ? Ah oui, ils s'appellent Lonski and Classen, et sont hollandais.

Entracte… que je prévois rapide, tout le matériel ou presque étant déjà installé. La sono passe le dernier Arcade Fire, et je me laisse aller à rêver au week-end prochain, à ce retour - que je redoute un peu - de mon groupe favori... Malheureusement, tout cela s'éternise, malgré la meute de photographes déjà présents et prêts à shooter dans la fosse...

2010 11 Yann Tiersen La Riviera 024

Et ce n'est qu'à 21 h 30 que Yann Tiersen et son groupe pénètrent sur scène, devant une salle encore une fois étonnamment bondée... Yann est accompagné de quatre musiciens, formant une structure de « rock band » classique : guitare, basse, claviers, batterie... Sauf que bien entendu, tout le monde a plusieurs cordes à son arc, et alterne les instruments, à l'image de Yann lui-même, qui passe de la guitare au synthé (enfin, il bidouille des trucs, moi je ne sais pas trop ce qu’il fait..), sans oublier le violon, bien entendu, qui me semble être son instrument de prédilection : chaque fois qu’il va conduire un morceau avec son violon, l’enthousiasme du public va monter d’un cran, ce qui ne trompe pas. Pas d’accordéon ni de piano donc, ce qui est important, tant symboliquement (on a quitté le domaine de la musique de films pour entrer vaillamment dans l’arène « rock ») que musicalement : l’adaptation au nouveau « format » de titres « classiques », tel Le Quartier ou la Valse d’Amélie (tous deux joués en rappel), tous deux endiablés et absolument méconnaissables, leur confère une nouvelle fraîcheur, loin, très loin de la joliesse un peu clicheteuse et consensuelle qu’on a pu éventuellement reprocher à la musique de Tiersen jusqu’à présent… En fait, dès le début du set, largement et logiquement consacré à « Dust Lane », il est clair que Tiersen et son groupe ont opté pour une orientation « post-rock » : de longs morceaux abstraits, avec des constructions tantôt planantes, tantôt violentes, mais largement orchestrales, les voix étant plutôt des chœurs utilisés comme partie constituante de l’ambiance musicale recherchée. Le résultat de cette démarche, eh bien, c’est que, à mon avis, comme pour tout ce qui est « post rock », on oscille entre excitation sourde (les montées en puissance, les accélérations de rythme) et ennui poli (il m’est difficile de vibrer, je l’avoue, sur une musique purement instrumentale… mais j’admets que d’autres peuvent ne pas être d’accord…). Comme le son est fort et parfait – ah, la Riviera ! -, les lumières plutôt belles, je ne regrette pas d’être venu, et j’attends patiemment les quelques passages qui accrocheront un peu plus mon attention : ce sera une belle interprétation de Kala (encore un vieux titre) avec le support vocal d’un autre musicien, et surtout Palestine, enfin un morceau véritablement excitant, avec son titre épelé et scandé.

2010 11 Yann Tiersen La Riviera 031

Au bout d’une heure cinq seulement, et un niveau de communication réduit au strict minimum (on sait que le Breton n’est pas causant ! Et lui-même a admis que son espagnol était quasiment inexistant…), Yann et sa troupe quittent la scène. On aura quand même droit à deux rappels, qui amèneront la durée du set aux rituelles 90 minutes, et qui seront aussi nettement plus intéressants que ce qui a précédé. A noter une conclusion (A Secret Place) réellement bruitiste, avec le « truc » final des instruments abandonnés par les musiciens en plein feedback : malheureusement, on n’est pas chez My Bloody Valentine, le niveau sonore n’est pas suffisant pour créer l’hypnose souhaitée, et les roadies s’empressent d’éteindre les amplis, ce qui fait quand même « petits bras », non ?

Je récupère une set list que me tend un technicien (par déférence envers mon âge ?), et je sors de ce concert de Yann Tiersen seulement à moitié convaincu : disons qu’il prouve qu’il peut faire du rock, et plutôt bien, mais je me demande si on n’a pas plus « besoin » de lui dans son registre antérieur, plus défricheur, plus marginal par rapport aux courants musicaux populaires. En tout cas, autour de moi, les Madrilènes ont l’air largement satisfaits : l’image de la France n’aura pas souffert ce soir… ! »

 

La setlist du concert de Yann Tiersen :

The Countdown (le Compteur) (La Valse des Monstres – 1995)

Dust Lane (Dust Lane – 2010)

Dark Stuff (Dust Lane – 2010)

2010 11 Yann Tiersen La Riviera 054

Till the End (Dust Lane – 2010)

Amy (Dust Lane – 2010)

Kala (Les Retrouvailles – 2005)

Sur le Fil (On the Wire) (Amélie – 2001)

Le Train (On Tour – 2006)

Ashes (Dust Lane – 2010)

Fuck Me (Dust Lane – 2010)

Palestine (Dust Lane – 2010)

Forgive Me (new song)

Esther (On Tour – 2006)

Encore:

The Best of Times (Sage Francis Cover)

Le Quartier (Le Phare – 1998)

La Valse d’Amélie (Amélie – 2001)

Encore 2:

A Secret Place (Les Retrouvailles – 2005)