2011 02 Heavy Trash Sala El Sol Billet

« Ai-je jamais vu première partie plus ridicule, plus insignifiante en 36 ans de concerts que Los Caballeros de Düsseldorf ? Honnêtement, et même en considérant sérieusement les célèbres premières parties des concerts des Stranglers dans les années 80 (combat de catch féminin, séance chez le coiffeur, etc.), je ne crois pas… Quatre individus – dont l’un qui porte un soutien-gorge clignotant sur la tête, et une autre une moumoute dissimulant son minou - s'agitent alternativement autour d'une table supportant un bric-à-brac de petits objets électroniques et de jouets (Pikachu - la vedette du show, et le lapin rose de chez Duracell, etc.) et en tirent des grincements, grognements, vagissements, couinements divers. Les sinistres clowns, qui se croient en plus amusants, se congratulent les uns les autres pour leurs remarquables performances. De temps en temps, ils accrochent au rideau du fond de la scène les lettres composant le nom de « Heavy Trash ». Stupide, pitoyable, déprimant de prétention crétine. Il y a quelques décennies, le public les auraient conduits à la sortie de la ville enduits de goudron et de plumes, aujourd'hui tout le monde prend son mal en patience : on rit en criant : « Pikachu, Pikachu ! », mais on se lasse au bout du compte, car ça dure quand même 30 minutes. Triste époque.

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Plus de 10 minutes de retard pour Heavy Trash, et c'est donc presque à minuit moins le quart que Jon Spencer, Matt Verta-Ray et leur trio (.. enfin, ils sont 5 en tout !) attaquent leur set dans une Sala El Sol archi-bourrée d’un public plutôt âgé, et « pointu »  de fans de rockabilly. C’est la première fois que je vois le célébrissime (enfin, si j’ose dire…) Jon Spencer sur scène, n’ayant jamais eu l’occasion d’assister à un set de son fameux The Jon Spencer Blues Explosion, et il est la principale raison pour laquelle j’ai pris mon billet dans l’urgence, deux jours avant (et après avoir lu la chronique élogieuse écrite par mon ami Gilles B sur le récent set parisien du groupe…), mais aussi pour laquelle j’ai convaincu mon ami Juan Carlos de m’accompagner. Je suis ravi que voir que Heavy Trash, ce n’est pas qu’un duo (Jon Spencer + Matt Verta-Ray à la guitare, comme les billets pouvaient le laisser penser), mais qu’ils ont pour les appuyer un second (troisième ?) guitariste, qui joue assis la plupart du temps, mais qui, quand il se lève, est littéralement terrassant, lançant des solos enflammés qui excitent la foule, un contrebassiste et un batteur (le seul qui n’ait pas un look rockabilly, et qui dénote donc par rapport au reste…)  Et tout de suite, on sent que, la perfection sonore de la Sala El Sol aidant, ça va dépoter ce soir ! Trois ou quatre titres maximum pour que la machine se mette en place en petite foulée, et on sent d’un coup une accélération et une montée en puissance qui électrise la salle : ce soir, c’est du PUTAIN DE ROCK’N’ROLL, croyez-moi les amis ! Et peu importe au final que Jon et ses potes soient dans un trip « rockabilly », qui n’est pas forcément la tasse de thé de tout le monde, au final, ce qui compte c’est le talent des musiciens (grand, immense même par instants…) et leur énergie joyeuse – et contagieuse, il suffit de voir les sourires qui ont éclos sur tous les visages autour de moi (Juan Carlos, d’abord estomaqué, se met aussi à rayonner rapidement !). Jon Spencer fait le show, comme prévu, toujours au contact avec le premier rang (malheureusement de l’autre côté de la scène par rapport à là où nous sommes placés…), haranguant la foule tantôt comme un prêcheur illuminé, tantôt comme un commentateur sportif excité de la radio US, mais surtout avec un humour bon enfant sans faille : ce mélange de joie, de second degré, d’élégance aussi, et d’un intense sérieux dans la manière de jouer une musique fondamentalement éternelle comme si elle datait du matin même est la recette du succès (artistique, au moins) de Heavy Trash. Les 50 minutes du set s’écoulent ainsi à toute allure, entre poussées régulières d’adrénaline lorsque la musique s’emballe et plaisir plus « sophistiqué » à observer la virtuosité du groupe : tout le monde bat du pied, hoche de la tête, la foule ondule, certains fans dansent de plus en plus énergiquement, ce qui résulte en quelques poussées brutales, chose très rare à Madrid où chacun est en général très respectueux du confort de son voisin. Je ne connais pas les albums du groupe, je suis donc la progression du set sur une setlist aux pieds du guitariste en face de moi, et, ma culture « punk » aidant, ce sera le morceau Panik, fortement imprégné de cette culture (d’ailleurs Jon a annoncé une chanson jouée « dans l’esprit de 77 ») qui me ravira le plus ce soir. La setlist épuisée, le groupe quitte la scène, mais je ne suis pas inquiet de la brièveté du concert, Gilles B m’ayant annoncé plus de 1 h 20 de set…

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Et en effet, Jon et sa bande remontent sur scène pour se lancer dans ce qu’on pourrait qualifier de « second set », tant la musique est maintenant différente : plus vraiment de rockabilly joué à cent à l’heure, mais une succession pendant une autre demi-heure de morceaux plus lents, plus complexes aussi, qui lorgnent vers d’autres horizons musicaux, dont le Blues. Il faut reconnaître que cette deuxième partie est moins instantanément excitante, hormis le long blues final qui verra Jon enflammer à nouveau le public en faisant chanter tout le monde en chœur. A noter aussi un impressionnant morceau que je qualifierais de « gothique » (on peut alors penser à Nick Cave, par instants…) qui se terminera dans une transe noire, à un niveau sonore impressionnant (j’en vois qui se bouchent les oreilles autour de moi !).

1h20 et quelques, c’est fini, il est presque une heure et quart du matin, Juan Carlos et moi échangeons nos impressions enthousiastes sur ce concert qui a frisé à plusieurs reprises l’excellence, mais qui a surtout été comme un bain de jouvence : on sort dans le froid madrilène rejoindre Inés qui nous attend patiemment en battant la semelle avec sur le visage des sourires radieux… Oui, le rock’n’roll continue à vous sauver la vie, mes amis ! »

 

La setlist du concert de Heavy Trash :

The Loveless (Heavy Trash – 2005)

Gee, I Really Love You (Midnight Soul Serenade – 2009)

(Sometimes You Got to be) Gentle (Midnight Soul Serenade – 2009)

That's What Your Love Gets (Midnight Soul Serenade – 2009)

Pimento (Midnight Soul Serenade – 2009)

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Dark Hair’d Rider (Heavy Trash – 2005)

Kissy Baby (Going Way Out with Heavy Trash – 2007)

Chopt Face

This Day Is Mine (Heavy Trash – 2005)

Way Out (Going Way Out with Heavy Trash – 2007)

Sweet Little Bird (Midnight Soul Serenade – 2009)

Panik

Trouble

They Were Kings (Going Way Out with Heavy Trash – 2007)

Yeah Baby (Heavy Trash – 2005)

Encore

We Got To Go

Punk Rock Mama

Good Man (Midnight Soul Serenade – 2009)

The Pill (Midnight Soul Serenade – 2009)

In My Heart (Midnight Soul Serenade – 2009)