2011 02 24 Dean Wareham Teatro Lara Billet

« Galaxie 500 ! Un nom... euh... légendaire... pour au moins 1000 personnes sur la planète ! Mais, à la différence du Velvet, dont Galaxie 500 était directement l'héritier, on ne peut pas dire que ces 1000 personnes ont chacune monté un groupe de rock !!! Il faut dire que la tendance "Velvet 3ème album / Moe Tucker", c'est-à-dire musique asthénique et voix fausses, n'est pas forcément des plus populaires... Bref, un peu plus de 20 ans plus tard, Dean Wareham, qui s'est en outre planté commercialement avec son groupe suivant, Luna, n'en est pas réduit à faire la manche, mais ne remplit pas non plus les stades. Le Teatro Lara, situé dans le quartier "hippie + putes" de Madrid, est un écrin approprié pour une musique marginale par essence, et le public dans le hall a logiquement le look "30-40 ans / bien éduqué" qu'on attend de la part d'ex-fans de Galaxie 500. Ce soir, ce sera un concert assis, avec places numérotées, et j'ai plutôt peur de m'ennuyer que d'autre chose... Et ce d'autant que je suis seul, au premier rang...

D'emblée, alors que le billet annonce un début à 22 heures, on m'annonce des horaires bien différents : à 22 h, le public de la pièce de théâtre qui a précédé sort tranquillement de la salle. Il faut installer le matériel, faire le sound check, et en plus il y a une première partie, donc guère de chance de sortir de là avant 1 heure du matin au plus tôt. Heureusement que demain, c'est vendredi ...

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La salle est un joli petit théâtre assez intime, le seul problème étant que pour moi, placé au premier rang et au milieu, la scène est un peu haute... Par contre, la première partie, c'est une bonne nouvelle : Ringo Deathstarr, soit un groupe qui provoque déjà un petit buzz sur le net, et qui propose une vraie « musique de drogués », un peu dans l'honorable ligne de nos chers The Jesus & Mary Chain. Un trio donc, avec le leader chanteur-guitariste à l’attitude un tantinet autiste qui fait des bruits passionnants sur sa guitare (avec ses longs cheveux bouclés et son visage un peu bouffi, il me rappelle le regretté Jay Reatard…), la bassiste - guitariste mignonne et sympa au look sixties, et le batteur qui frappe dur. Les morceaux sont certes sans surprise - du rock hébété et informe, parfois atmosphérique, parfois violent, sans queue ni tête, et c'est bien comme ça. Il manque juste le niveau sonore, un peu juste, et l'ambiance d'un vrai concert de rock, avec public debout et combattif. Très joli final énervé, qui voit notre guitariste user de la perceuse sur ses cordes, pendant que la musique s’excite notablement. Bon, le problème est que j'ai vu The Joy Formidable il y a deux jours, donc Ringo Deathstarr (quel nom génial !) souffre un peu de la comparaison... Il faudra les revoir dans des conditions plus appropriées. 30 minutes de set, ce qui nous amène à 23 h 05, et au ballet des "roadies"...

23h25 : Dean Wareham est sur scène, et, ô joie, il n'est pas seul, mais en trio, avec un jeune batteur et une belle bassiste blonde (qui s’avérera donc être Britta Phillips, sa compagne). Dès les premières notes, l’illusion est totale : Dean a gardé la même allure classe et juvénile malgré les années qui ont passé, et sa voix reste la même, il chante toujours aussi mal avec ce ton geignard qui en a fait fuir plus d’un, mais qui, curieusement, a contribué à la fascination que Galaxie 500 a exercé sur pas mal d’entre nous. Le son est très proche de celui qu’avait à l’époque Galaxie 500, et Britta chante, elle, plutôt mieux que Naomi Yang : bref, on n’est pas dépaysés, et l’exercice de recréation d’un groupe-culte et disparu depuis longtemps me semble d’un coup parfaitement crédible. Rapidement, cependant, le trio est rejoint par un second guitariste, a priori espagnol. Dean : "On a commencé cette tournée en trio, mais on a trouvé ce type à Valence, et il nous a dit qu'il connaissait toutes les chansons... Et c'est vrai... Alors...". Peu commun, comme histoire, non ? En fait, on se rend compte rapidement que tout cela est des plus sympathique, au fil de dialogues détendus, pince-sans-rire, avec la salle, et en particulier avec un spectateur dont l'accent traduit l'origine germanique, et qui s'évertue à placer son

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grain de sel (un peu pénible, le gars...). A un moment, Dean se moque gentiment de « Bimbo », une marque espagnole qui a évidemment une connotation amusante en anglais : il a même apporté sur scène un emballage de biscuits pour parfaire sa démonstration !

Bon, tout cela est bien joli, mais la musique ? Eh bien, honnêtement, hormis le fait que je me rends compte que j’ai largement oublié en 20 ans les morceaux de Galaxie 500, qui n’avaient donc rien d’immortel, les chansons s’enchaînent joliment sans jamais provoquer grand-chose, ni dans nos cœurs, ni dans notre corps. Voici une musique qui apparaît aujourd’hui bien lisse, et qui a perdu le pouvoir de fascination qu’elle avait pu avoir à une époque (à moins que cette fascination n’ait été que le résultat d’une alchimie fragile au sein du trio d’origine, fondamentalement impossible à reproduire maintenant que ce trio n’existe plus). Le plus intéressant de la soirée, ce sont les beaux solos que prend régulièrement Dean, et qui sont un plaisir (serein) pour les oreilles, mais qui font naître en moi une impression bizarre : finalement, je ne me souvenais plus de cette guitare sensuelle, au son riche et plein, et je me demande s’il ne s’agit pas là plutôt du Dean Wareham d’aujourd’hui, loin de la sécheresse un peu raide du Galaxie 500 de l’époque. Au bout d’un moment, dans le confort des sièges du théâtre, je finis même par piquer du nez et roupiller quelques minutes : la honte ! Le niveau se relèvera quand même vers la fin, avec l’enchaînement de Fourth Of July (ce morceau-là, je ne l’ai pas oublié !) et surtout du Listen, the snow is falling de Yoko Ono, avec la voix de Britta qui retrouve un peu de la magie de l’époque, avant que la douce explosion de la guitare de Dean Wareham ne conclue le set, au bout de 70 minutes... Ce final réussi, d'un coup, me rappelle que Viva Voce a repris le flambeau, et sans doute plus brillamment que Galaxie 500, de cette musique calmement psychédélique, mesurée et hypnotique, dont Lou Reed a posé les bases à la fin des années 60.

En guise de rappel, Dean nous annonce un morceau extrait de "13 Most Beautiful...", son album-hommage à la Factory : c'est Britta qui chante le beau I’ll Keep It With Mine, et même si le fantôme de Nico est bien loin, ça reste charmant. Le morceau qui suit – et conclura le set après 1h20 - me rappelle immédiatement quelque chose : eh oui, surprise ! Il s’agit bien du Ceremony de New Order, superbement repris, sans aucune rupture de ton d'ailleurs, mais avec une puissance que les chansons de Galaxie 500 n'ont pas... Finalement, c’est bien la (triste) conclusion que nous offre la remise en perspective 20 ans plus tard du répertoire de Galaxie 500 : ce soir, les chansons les plus fortes, les plus intéressantes, eh bien, c’était les reprises !

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Il est presque une heure du matin, je suis un peu engourdi, mais je décide d’aller faire un tour au merchandising et bien m’en prend : Ringo Deathstarr est là au complet, et les Texans d’Austin s’avèrent une bande bien sympathique, avec lesquels c’est un bonheur de discuter. Ils sont tous les trois très excités par ce premier voyage en Europe, très heureux de la réception positive de leur musique. Elliott, le leader, est en fait bien loin de l’image « fermée » qu’il donne de lui-même sur scène. Du coup, j’achète leur vinyle, et je me fais prendre en photo par le batteur avec Elliott. Ils me promettent qu’ils reviendront jouer dans une « vraie salle » cet été, et j’espère bien qu’ils tiendront parole. Je sors de cette soirée « différente » littéralement ravi. Une fois de plus, c’est tellement plus excitant de regarder vers l’avant (Ringo Deathstarr) que dans le rétroviseur (Dean Wareham) ! »

 

La setlist du concert de Dean Wareham :

Flowers (Galaxie 500 – Today – 1988)

Pictures (Galaxie 500 – Today – 1988)

Snowstorm (Galaxie 500 – On Fire - 1989)

Temperature's Rising (Galaxie 500 – Today – 1988)

When Will You Come Home (Galaxie 500 – On Fire - 1989)

Decomposing Trees (Galaxie 500 – On Fire - 1989)

Strange (Galaxie 500 – On Fire - 1989)

Summertime (Galaxie 500 – This Is Our Music – 1990)

Don't Let Our Youth Go to Waste (The Modern Lovers cover) (Galaxie 500 – Today – 1988)

Tugboat (Galaxie 500 – Today – 1988)

Blue Thunder (Galaxie 500 – On Fire - 1989)

Fourth of July (Galaxie 500 – This Is Our Music – 1990)

Listen, The Snow Is Falling (Yoko Ono cover) (Galaxie 500 – This Is Our Music – 1990)

Encore:

I'll Keep It with Mine (Bob Dylan cover)

Ceremony (New Order cover)