2011 04 The Dodos Nasti Club Billet 001

« Après la frustration d'avoir manqué et The Thermals à Paris, et Shout Out Louds à Madrid, voilà enfin une occasion de rattraper ce mois d'Avril désertique : Dodos passent dans un petit club du quartier "bohème" (ou "hippie" comme on dit ici) de Madrid, à deux pas d'un appartement où nous avons squatté, Inée et moi, quelques mois l'année dernière. En fait, j'ai découvert l'existence de ce concert presque par hasard la veille au soir, mais cela m'a semblé une perspective alléchante : il y a eu une époque, il y a 3 ou 4 ans, où les Dodos jouissaient d'une réputation flatteuse dans le circuit de la musique expérimentale. Et puis le buzz s'est éteint, et je n'ai pas suivi leur carrière, mais a priori, on devrait avoir droit à de la musique intéressante...

Quand j'arrive vers 21h30 devant la salle que je ne connais pas encore, il y a déjà une petite queue, je crois que je vais devoir dire adieu au premier rang : bon, comme il s'agit d'un "concert-bonus" par rapport à mes "plans", je suppose que je survivrai à l'outrage ! Mais une fois à l'intérieur (les portes ouvriront avec un quart d'heure de retard, vers 22 h 15), je me rends compte qu'il n'y a personne devant la scène, ce qui fait que je n'ai pas de problème pour me placer à vingt centimètre du micro central ! Il n'y a d'ailleurs pas vraiment de scène au Nasti club (quel nom approprié !), seulement une estrade rehaussée de moins de trente centimètres, sur laquelle on semble avoir eu un peu de mal à caser tout le matériel pour la soirée...!

2011 04 Evols Nasti Club 009

22h30 : trois types pour le moins réservés montent sur scène, ils ont chacun une guitare, deux sont debout, un assis, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne génèrent pas beaucoup d'excitation. La musique qu'ils jouent pendant 30 minutes n'est pas mauvaise, oh non, juste trop plate, trop calme pour qu'on ait au final le sentiment qu'il se passe quelque chose : on est - encore ! - dans l'héritage du troisième album du Velvet, en plus éthéré, avec moins de mélodies, moins de riffs, plus de psychédélisme tranquille, un peu comme du Galaxie 500 sous tranxène. Et quand les morceaux - principalement instrumentaux - semblent prêts à monter en intensité, c'est là qu'ils s'arrêtent. Bon, j'ai du respect pour le trip "on joue pour nous-mêmes, on ne va pas faire la pute pour plaire...", mais encore faut-il qu'il y ait un peu d'idées dans la musique, au delà des boucles de guitares. Ils s'appellent Evols, a priori ils sont Portugais, et je ne leur vois pas un grand avenir, franchement.

Installation rapide et efficace du matériel de Dodos, et, placé plein centre comme je suis, j'ai en fait la batterie juste en face de moi, à moins d'un mètre. Je ne pense pas que le son va être formidable, ce soir !

23 h 15 : le duo de The Dodos (appuyés ce soir par un second guitariste, qui restera quand même très discret...) a fini de faire les réglages et entame le set, j'avais envie de dire "en douceur"... Sauf que, dès le premier morceau, on est enthousiasmé : mélodies lignes claires, belle voix "sensible" de Meric Long (une voix un peu en retrait malheureusement, d'où je suis placé, couverte qu'elle est par les roulements de la batterie et les deux amplis de guitare), rythmique tonitruante structurant les morceaux, voici une équation infernale et originale, qui fonctionne bien mieux que sur disque, en tous cas si je me réfère à mes souvenirs de "Visiter", un album qui ne m'avais pas convaincu à l'époque. En 2011, The Dodos sont désormais très électriques, mais ils sont aussi joyeux, élégants, à l'image de leur mignon leader au look hawaïen, Meric Long. En 2011, The Dodos sont de dignes continuateurs d'une école bien oubliée, celle des Feelies (qui reviennent, paraît-il), un style de musique sensuellement frénétique, chaudement syncopée, qui fait danser toute la salle (le Nasti est bien, bien bourré, et une bonne partie du public est composée de fans qui chantent les paroles - toujours bon signe, ça !

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Ce qui témoigne aussi de la qualité du concert, c'est que, bien que ne connaissant pas les morceaux du nouvel album, "No color", sorti il y a peu, et ayant largement oublié les "classiques" de "Visiter", j'ai le sentiment que chaque chanson me parle, me donne envie de chanter, m'électrise, me donne des fourmis dans les jambes. Un bref coup d'œil au public autour de moi, et je vois sur tous les visages le même plaisir, les mêmes bras qui s'agitent dans tous les sens. Et, ce qui ne gâte rien, la plupart des morceaux comportent un passage percus-riffs-montée en puissance qui fait grimper l'adrénaline et le plaisir. J'apprécie le jeu de guitare très original de Meric, cette manière de combiner arpèges délicats qui construisent des mélodies douces-amères, un peu psychédéliques, avec des riffs secs qui se combinent avec les roulements perpétuels de la batterie en furie. Avec ses 4 fûts de couleurs différentes devant lui, Logan Kroeber est le véritable architecte de la musique des Dodos, il est l'élément "différentiant" du groupe, mais aussi un petit spectacle à lui tout seul. On a du coup l'impression d'un vrai moment de plaisir, avec ces deux musiciens visiblement heureux, communiquant généreusement et en espagnol (limité, mais bon...) avec leur public. On approche de la fin du set, trop court, mais ce doit être la règle de la salle, et The Dodos jouent maintenant leurs titres plus "connus", tirant des cris de joie du public...

Moins d'une heure, et il faut arrêter, mais ils reviendront pour un seul rappel, et boucleront donc un set de 65 minutes, qui nous laissera donc un peu sur notre faim : après tout, pourquoi avoir gâché une bonne demi-heure avec les incompétents de Evols ? Le public trépigne et fait le forcing pour un second rappel, on espère un moment, et puis non, les lumières se rallument, il est minuit vingt, temps de rentrer à la maison. Pas de setlist sur la scène, malheureusement, je passe au stand de merchandising mais Meric et Logan n'y sont pas, j'achète quand même "No Color" en CD pour pouvoir prolonger le plaisir en voiture pendant le trajet du retour...

Tiens, voilà un groupe qui, mine de rien, vient de réintégrer ma "(long) shortlist" de musiciens à suivre. »