2011 07 ZZ Top la Riviera Billet

« ZZ Top : un groupe qui a brillé de tous ses feux dans les années 80-90, autant pour de bonnes raisons - un boogie rock bluesy, velu et charpenté, source indiscutable de plaisir immédiat - que de mauvaises - quelques abus d'une imagerie beauf américaine – jolie pépées et grosses bagnoles aux carrosseries rutilantes, les pépées comme les bagnoles - qui m'a personnellement plutôt repoussé ! Heureusement, il y a aussi toujours eu quelque chose de farfelu, de "bigger than life" chez nos barbus, personnages cartoonesques inspirant inévitablement la sympathie. En 2011, ZZ Top n'a plus guère d'aura, ni sans doute de pertinence, sauf que son genre de musique est par nature inusable, éternel, oserais-je dire.

Après beaucoup d'hésitations, je me suis donc décidé à fêter la Prise de la Bastille ce soir à la Riviera, salle a priori parfaite pour une bonne cure de rock basique et bruyant (... Après les Stooges et Motorhead...). Je suis seul ce soir, ZZ Top n'évoquant en effet pas grand-chose pour les "p'tits jeunes" que sont Luis et Juan Carlos !

Ouverture des portes sous le cagnard à 19 h 30, ce qui est sympa - il vaut mieux patienter 1 h 30 dans l'air climatisé de la Riviera -, et un long ruban de chevelures longues et crises, de crânes chauves et lustrés, de t-shirts noirs Led Zep, AC/DC ou... ZZ Top, et de tatouages colorés en évidence sur les biscoteaux bronzés, s'engouffre dans la fraîcheur de la salle. J'assure de justesse le premier rang, sur la droite, malgré mon arrivée tardive. Le plus dur est fait, comme dit toujours mon ami Gilles B !

2011 07 Teloneros La Riviera 009

20 heures : deux quadras (de Barcelone, ils le proclameront à de nombreuses reprises...) montent sur scène, guitare et harmonica, on s'attend à du blues un peu basique, en fait on a droit à de vrais petits comiques (?) qui interprètent en acoustique des reprises de classiques (The Doors, Hendrix, Beach Boys etc.) en les affublant de paroles espagnoles humoristiques. Tout le monde autour de moi se fend la poire, mais, même si aujourd'hui je comprends à peu près bien la langue, ça me paraît consternant (surtout pendant une demi-heure !), tout juste digne d'une fête entre amis. On termine sur une chanson sur Monica Lewinsky, vous voyez un peu le niveau... Passons !

La scène est rapidement prête pour accueillir nos Texans, et elle a fière allure : sans retours pour gêner la vue, une belle batterie au centre, avec gong et têtes de morts pour décorer les fûts, deux micros aux pieds - lumineux en fait - chromés, au format original (imitant le style des pots d'échappement Harley Davidson ?), et de chaque côté, trois amplis carrés curieusement suspendus, comme instables : un mélange de sophistication et de mauvais goût qui exprime bien, je trouve, l'essence de ZZ Top...

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21 h pétante, les deux barbus et leur copain moustachu attaquent leur set avec une ponctualité de vrais pros. Car on le sait depuis un bon moment, ZZ Top, c’est du pur spectacle professionnel ! Tout de suite, on est rassuré : même le non spécialiste comme moi trouve ses marques, pas de surprise, on est dans le folklore ZZ Top : les costumes mariachis, les bonnets / bandanas et les chapeaux (Billy Gibbons, le guitariste virtuose et principal chanteur, se fera remettre le sien par deux jolies filles costumées un peu plus tard dans le show...), et ces petites chorégraphies synchronisées entre Billy et Dusty Hill – le bassiste - qui ont toujours réjoui les foules (torrents d’applaudissement à chaque fois...). On aura droit aussi, à la fin du set, à un cigare allumé et fumé par Billy, et à une mini-bouteille de Jack Daniels balancée aux roadies ! Ce qui me surprend agréablement, par contre, c’est le son – excellent – très blues vintage, chaleureux et lustré, sans rien de clinquant ou de faussement moderne, et qui colle parfaitement au registre musical actuel du groupe, largement blues, plutôt traditionnel. Le concert a débuté par Got Me Under Pressure, du classique « Eliminator » (l’un des rares albums de ZZ Top que je connaisse vaguement, ça tombe bien...), histoire de faire parler la poudre, mais se promène ensuite avec une langueur assez sympathique dans un style sans prétention, illuminé par le jeu de guitare élégant de Billy Gibbons (à noter sa curieuse guitare, entièrement décorée à la mexicaine, avec le mot « Cerveza » peint sur le fond). Je dois dire que, au milieu d’un public de fans quadra / quinqua qui boit les chansons comme du petit lait, j’apprécie beaucoup cette leçon de rock classique... même si peu à peu, il faut bien reconnaître que l’excitation faiblit, et que le concert prend un air de routine. Billy et Dusty font leurs petites mimiques, Billy est plutôt affable et s’adresse régulièrement au public, en espagnol et en anglais, les chansons sont jolies, mais bon... Je remarque aussi que la superbe batterie est en fait jouée par Frank Beard (... qui n’en porte pas, de barbe, on le sait...) d'une manière presque surprenante tant elle est peu spectaculaire : est-ce l’âge qui a frappé le batteur plus lourdement que ses collègues, mais, derrière son « engin de mort », Frank est presque effacé, et la musique de ZZ Top mériterait mieux que ce drumming de retraité. Je me concentre donc sur la guitare étincelante de Billy, et ses facéties (et que je te joue seulement de la main gauche...), décidément une pointure : il peut se permettre de reprendre le Hey Joe de Hendrix sans être ridicule ! Une santiag lancée du public atterrit sur scène et amuse beaucoup les faux frères barbus. Au bout de 45 minutes, enfin, on a droit à une accélération, à une tonalité un peu plus heavy metal pour les grandes chansons populaires que tout le monde reprend en chœur, en particulier le très réussi Gimme All Your Lovin’...  Mais comme toujours (ça aussi c’est connu chez ZZ Top), le set sera bouclé en 75 minutes, plus dix minutes de rappel, traditionnellement entamé par le classique La Grange.

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Emballé, c'est pesé, c’était en effet très pro, par moments très beau, avec quand même un manque flagrant d'intensité, provenant sans doute d'un défaut « d’engagement », de passion de la part de ces trois musiciens. Usure de l’âge (les barbes sont grises, voire blanches désormais, les corps marqués par les années) ou excès de contrôle ? Je suis quand même content d’avoir vu ZZ Top au moins une fois... En sortant, je remarque avec consternation que mes vêtements sentent la fumée de cigarette, pour la première fois depuis l’interdiction du fumer : les Espagnols reviendraient-ils peu à peu à leurs mauvaises habitudes, profitant du laxisme des salles, ou s’agit-il d’une exception avec ce public bien plus âgé que d’habitude ? Devant la Riviera, les Harley Davidsons sont alignées par dizaines, brillant dans la nuit, et cette vision me semble une parfaite conclusion pour cette soirée texane. »

 

Les musiciens de ZZ Top sur scène :

Billy Gibbons – guitar, vocals

Dusty Hill – bass guitar, vocals

Frank Beard – drums, percussion

 

La setlist du concert de ZZ Top :

Got Me Under Pressure (Eliminator – 1983)

Waitin' for the Bus (Tres Hombres – 1973)

Jesus Just Left Chicago (Tres Hombres – 1973)

Pincushion (Antenna – 1994)

I'm Bad, I'm Nationwide (Degüello – 1979)

Future Blues (Willie Brown cover)

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Cheap Sunglasses (Degüello – 1979)

My Head's in Mississippi (Recycler – 1990)

I Need You Tonight (Eliminator – 1983)

Hey Joe (The Jimi Hendrix Experience cover)

Brown Sugar (ZZ Top’s First Album – 1971)

Party on the Patio (El Loco – 1981)

Just Got Paid (Rio Grande Mud – 1972)

Gimme All Your Lovin' (Eliminator – 1983)

Sharp Dressed Man

Legs (Eliminator – 1983)

Encore:

La Grange (Tres Hombres – 1973)/ Sloppy Drunk Jam

Tush (Fandango! – 1975)