2011 07 Lloyd Cole Sala Heineken Billet

« Il y a des équations qui automatiquement produisent des résultats désastreux. Ce soir, je vous propose la suivante : "artiste vieillissant dont le dernier succès remonte à plus de 20 ans + formule acoustique + fans aussi vieux que l'artiste + public assis"... Sans surprise, nous serons tous d'accord pour dire qu'il n'y a qu'une solution logique à celle-ci : "concert mortellement ennuyeux" !

Lloyd Cole nous a foudroyé en 1985 avec son "Rattlesnakes", puis nous a peu à peu endormi au fil d'une carrière - jamais interrompue, comme il le souligne lui-même non sans fierté - surtout basée sur l'éternelle répétition du même, de plus en plus molle. J'étais toutefois très content de le revoir après toutes ces années (16 ans depuis la dernière fois, à la Laiterie de Strasbourg), même sans "vrai groupe" pour le supporter. Une petite surprise quelques semaines avant le concert, qui se voit "récupéré" par le Festival Verano de la Villa, et transféré du contexte "rock" de la Sala Heineken à celui, beaucoup plus "classique", de l'Auditorium Conde de Duque, dans le magnifique bâtiment récemment rénové de Conde de Duque, une ancienne caserne. Et c'est ainsi que nous nous retrouvons, Luis, Marcos, Inés et moi, vautrés dans les fauteuils du troisième rang de ce joli auditorium qui sent le bois neuf ("Ça sent Ikea", sourit Marcos - quant à Lloyd, il se réjouira que "ça ne sente pas la vieille bière d'une semaine au moins, ici !"). A 21 h, un haut parleur nous annonce que le concert débutera dans 10 minutes, alors que l'heure officielle était 22 h ! C'est une bonne surprise pour nous qui sommes déjà là, une beaucoup moins bonne pour tous les retardataires qui arriveront au compte-gouttes et sur la pointe des pieds durant la demi-heure qui suivra ! De plus, les photos ne sont pas autorisées, ce qui va m'obliger à être discret avec mon Lumix, avant de ma faire "chopper" par la sécurité au bout d'une quinzaine de clichés seulement : dommage, on n'aura pas de bonnes photos ce soir !

2011 07 Lloyd Cole Auditorio Conde de Duque 001

21 h 10 : un trio monte sur la scène baignée de lumière blanche, c’est le Small Ensemble de Lloyd Cole, c'est-à-dire Lloyd au centre entouré de deux guitaristes (acoustiques, comme lui, avec quelques incursions à la mandoline et au banjo). J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à reconnaître ce Lloyd de 50 ans, qui n’a plus la « grâce » que l’on a pu parfois concéder au trentenaire des années 90. Je n’attendais certes pas les Commotions, il ne fallait pas rêver, mais je suis quand même tout de suite consterné par ce que j’entends ; des versions très molles, sans aspérités, de chansons autrefois vives et piquantes ! No Blue Skies : la mélodie semble diluée dans un ennui, une routine qui en a réduit toute pertinence, en a éteint toute lumière. Mais le pire, c’est Perfect Skin, autrefois 3 minutes de perfection absolue, aujourd’hui une sorte de soupe sans saveur : la voix de Lloyd n’a pas fondamentalement changé, d’ailleurs elle n’a jamais été particulièrement belle, mais elle a perdu avec les années ce qui faisait son charme, cette sorte d’impertinence acide, elle est devenue atrocement banale. On se réveille un peu avec Like A Broken Record, du dernier album, qui semble fondamentalement « intéresser » plus Lloyd que son ancien répertoire, et qui me paraît une belle chanson…

Il faut aussi parler de ces interruptions permanentes entre deux morceaux, pendant lesquelles les trois musiciens réaccordent systématiquement leurs instruments : c’est amusant au début, mais rapidement fastidieux au possible. Lloyd nous explique que c’est à cause de l’air conditionné dans la salle, bon, on veut bien le croire, mais il ne fait pas si froid que ça, pourtant ! Lloyd lance quelques vannes sympas, mais pas vraiment dignes de ses jeunes années où il avait la langue fourchue et bien pendue. Les premières 50 minutes du set deviennent un calvaire sans fin, voici sans doute le concert le plus inintéressant auquel j’ai assisté depuis des années ! Lloyd nous annonce une pause cigarette d’un quart d’heure, ce qui évidemment ne contribuera pas à faire monter la tension ! Non, cette soirée est belle et bien foutue !

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De retour sur scène dans la même configuration (on aurait pu espérer une seconde partie « destroy »… Non, je plaisante !), le Small Ensemble démarre un peu mieux avec le sublime Are You Ready To Be Heartbroken ? : hélas, plus rien ne subsiste de la cruauté endémique de la version originelle, c’est juste… euh mignon ! Quel contre-sens absolu ! Comment Lloyd Cole a-t-il pu oublier ainsi ce qui alimentait sa musique il y a 30 ans ? Comment peut-il se fourvoyer désormais dans une sorte de easy listening pour quinquagénaires établis ? Au cours des 50 nouvelles minutes qui vont suivre, nous n’aurons de nouveau que peu de raisons de nous réjouir : un 2CV réussi, si, si, d’ailleurs ce sera le meilleur moment de la soirée, et puis évidemment ce Forest Fire, chanson tellement immense que la banalité ambiante n’arrive pas complètement à la détruire. Je crois en fait que personne dans la salle n’entend vraiment Lloyd Cole Small Ensemble, mais est plutôt en train de se repasser dans sa tête la version originale de « Rattlesnakes », source de tellement de plaisir. Un rappel rapide, bâclé même, avec un Lost Weekend à la peine qui ne saurait être une conclusion valable. A moins que… ? Lost evening ? Oui, c’est ça. C’est tout-à-fait ça.

Bon, attablés à la terrasse d’un bar nocturne du quartier, à siroter un tinto de verano, on se dit que tout cela n’est pas si grave que ça. La musique meurt aussi, non ? J’espère seulement que, une fois rentré à la maison, glisser le CD de « Rattlesnakes » dans la platine continuera quand même à être aussi magique… »

 

Les musiciens du Lloyd Cole Small Ensemble sur scène :

Lloyd Cole – guitar, vocals

Mark Schwaber – guitar, mandolin

Matt Cullen – guitar, banjo