1974 06 Pink Floyd live« En 1974, le Pink Floyd passe pour moi du statut de groupe fétiche à celui de traître - honni - de la cause musicale : tout cela à cause de ce fameux « Dark Side of the Moon », qui abandonne l'expérimentation sauvage pour ce que je perçois comme un conformisme commercial rédhibitoire. Et de fait, jamais plus je ne suivrai ensuite le groupe, dont je considérerai longtemps le premier disque de "Ummagumma" et la seconde face de "Meddle" comme l'acmé. Pourtant, ce vendredi 21 juin, premier jour de l’été, je me retrouve avec plusieurs milliers de dijonnais et autres bourguignons assis à même le béton poussiéreux de la Halle du Parc des Expositions pour assister à mon premier concert de rock, ce show - jugé à l'époque comme gigantesque et futuriste - du Pink Floyd.

Je suis bien loin de la scène, même si le fait que le public restera assis ou même littéralement vautré pendant tout le set permet une vue bien dégagée sur la grande scène où officient Waters, Gilmour, Wright et Mason parmi ce qui me semble alors une montagne de matériel. Après une très longue intro inconnue (je connais pourtant sur le bout des doigts la discographie du Floyd), on attaque les choses sérieuses : Echoes, l’un de mes morceaux préférés de toute la déjà longue discographie du Floyd. Pourtant, j'ai du mal à me laisser emporter par la musique comme j’y parviens pourtant si facilement dans l'intimité de ma chambre de lycéen avec ma modeste chaine stéréo de lycéen : c'est que le son est mauvais, pas assez fort, confus, pourri par cet espace si peu adapté aux belles émotions que le groupe sait (savait ?) faire naître. Je découvre donc du coup que la malédiction de la musique que j'aime, en ce milieu des années 70, c'est d'être reléguée honteusement dans des lieux qui n’ont vraiment rien d’hospitalier, ni pour la musique, ni pour les spectateurs, traités systématiquement comme du bétail.

Et puis, c’est l’entracte. Oui, une entracte, comme au cinéma. Bon, je veux bien. Alors j’attends comme tout le monde, inconfortablement assis sur le béton dur et poussièreux. Le groupe revient, il y a un écran rond assez spectaculaire qui s’illumine au dessus des musiciens, qui ont maintenant été rejoints par un saxophoniste et des choristes (à ma grande rage de puriste... !). « The Dark Side of the Moon » commence, et l’album sera joué dans son intégralité, et dans l’ordre. Je fais contre mauvaise fortune bon coeur, après tout, c’est mon premier concert, il faut que j’en profite, non ?  C’est quand même assez beau, tout cela, même si j’espère encore un retour vers le passé chéri.

Le rappel, et enfin... Careful With that Axe, que j’adore, avec le cri de Waters, que j’entends pour la première fois « en vrai ». Et là, oui, c’est le bonheur. Mais c’est déjà fini, il est déjà temps de galérer plusieurs heures pour rentrer chez moi, en train, au Creusot. C’était donc mon dépucelage... »

 

Note : la photo illustrant cet article est l'une des rares de la même tournée disponible sur le Net. Il s'agirait d'un cliché pris à Londres quelques mois plus tard.

 

La setlist du concert de Pink Floyd:

First Set:

Shine On (new song)

Raving and Drooling (new song)

Echoes (Meddle - 1971)

Second Set:

Speak to Me (extended tape) (The Dark Side of the Moon – 1974)

Breathe (The Dark Side of the Moon – 1974)

On the Run (The Dark Side of the Moon – 1974)

Time (The Dark Side of the Moon – 1974)

The Great Gig in the Sky (The Dark Side of the Moon – 1974)

Money (The Dark Side of the Moon – 1974)

Us and Them (The Dark Side of the Moon – 1974)

Any Colour You Like (The Dark Side of the Moon – 1974)

Brain Damage (The Dark Side of the Moon – 1974)

Eclipse (The Dark Side of the Moon – 1974)

Encore:

Careful with That Axe, Eugene (Ummagumma – 1969)