1977 09 The Clash Bataclan Invitation« Voilà, c’est avec ce concert là que tout change. Cela fait de nombreuses semaines que les singles des Pistols tournent en rotation lourde sur nos platines dans la résidence de l’Ecole, et nos voisins nous haïssent. L’album des Saints, "Stranded", puis celui des Clash aggrave notre cas. J’ai décidé que le mouvement punk était pour moi. Je me confectionne mes premiers t-shirts fluo, me coupe les cheveux, et me balade dans Paris avec mes badges. Daniel, mon copain guitariste, abandonne temporairement l’étude du luth pour repasser à la guitare électrique et apprendre les riffs de base des brûlots de "The Clash". Ce jeudi soir, nous sommes tous deux là, devant le Bataclan, pour une soirée dont on pressent qu’elle va entrer dans la légende.

Les jeunes gens qui attendent l’ouverture des portes font peur aux passants parisiens qui n’ont encore jamais vu de punks. L’ambiance est tendue, nous entrons au bar du coin, où nous tombons sur… les Clash en train de boire des bières et de jouer au flipper. Paul Simonon perd sa partie et me laisse la place sur la bécane : c’est con, c’est tout simple, mais le Rock est ce soir-là bien loin des Who, Stones et autres que je vénérais encore il y a deux mois. Quelque chose a changé, et il n’y aura plus de retour en arrière pour moi. Le rock que j’aime, désormais, ce sera celui-ci, je le sais, le rock de la rue, joué par des gens comme moi, pas par des stars inatteignables. Maintenant, même si le concert des Clash était mauvais, le principal était advenu. Mais ce concert, il va être loin d’être mauvais.

Dans la salle, curieusement, l’atmosphère est moins dangereuse qu’on pouvait le craindre, ou l’imaginer en repensant aux images entrevues çà et là des concerts punks à Londres. Et les jolies punkettes de Lou’s qui ouvrent pour le Clash, seront traitées avec beaucoup de bienveillance par le public. Respect, même si ce respect est probablement plus gagné par le look et l’attitude des filles que par leur musique, assez dispensable.

1977 09 The Clash Bataclan 01Et puis ça y est : nous sommes en plein centre, au second rang, idéalement placés entre Joe Strummer qui éructe à ma droite et Mick Jones qui mouline des riffs impeccables sur la gauche. Daniel ne perdra d’ailleurs pas de vue les doigts de Mick Jones sur son manche, et me fera une démonstration une fois de retour au dortoir ! Bon, ça commence sévère avec le sublime London’s Burning, et l’énergie qui se dégage de ce combo guerrier est décoiffante. La musique de The Clash n’est pas particulièrement violente, on est loin des Stooges ou même des Sex Pistols, non, elle est juste incroyablement pleine de rage, de fierté, d’un sens de la rébellion incendiaire, enthousiasmant. Joe postillonne comme un diable épileptique, Mick est par contre l’image parfaite du rocker classieux. Paul est impeccable avec sa basse portée très bas et son look élégant. Le nouveau batteur tape comme un forcené. Curieusement, pas vraiment de pogo dans le public (le pogo est cette nouvelle danse verticale inventée par les Anglais pour dévaster les salles de concert), les Parisiens paraissent plutôt fascinés par ce qui se passe sur scène, par cette absolue nouveauté que constitue cette musique inouïe.

1977 09 The Clash Bataclan 02Je connais par cœur chaque chanson de l’album, et je suis surpris de voir qu’une bonne moitié de la setlist est consacrée à des chansons inconnues, mais qui sonnent encore mieux que celles de l’album : visiblement, le groupe n’a pas de problème de créativité ! Clash City Rockers en particulier nous fera vibrer, Daniel et moi. Beaucoup d'enthousiasme - envahissant - autour de nous, et nous devrons nous écarter un peu pour laisser les jeunes punks exprimer librement leur joie et éviter de prendre un mauvais coup...

Bon, le set ne durera pas très longtemps, mais l’enchaînement rapide de chansons brèves jouées à fond provoque en nous un effet de satisfaction intense : nul ne songe à protester quand le groupe quitte la salle sur une reprise de London’s Burning transformée pour l’occasion en Paris is Singing.

Comme dans un rêve, nous quittons le Bataclan, mais il nous est difficile de nous éloigner si vite, de quitter les groupes de punks qui zonent encore autour de la salle. Les automobilistes qui passent trop près du trottoir ont d’ailleurs la désagréable surprise de voir leurs portières lattées à coups de Doc Martens. Nous repérons de loin des teddy boys venus chercher la castagne avec leurs nouveaux ennemis punks, nous décidons finalement qu'il vaut mieux regagner notre banlieue...

Oui, Paris ce soir a chanté, mais c’est le monde tout entier qui chante avec moi, alors que je rentre vers Châtenay-Malabry : j’ai rencontré LA musique de ma vie. »

Pas de photos sur le Net de cette soirée mythique, hormis ces quelques clichés de l'agence Shooting Star... Merci aussi à Daniel qui a rafraichi certains souvenirs de cette nuit-là.

 

Les musiciens de The Clash sur scène :

Joe Strummer – lead vocals, rhythm guitar

Mick Jones – lead guitar, vocals

Paul Simonon – bass guitar, backing vocals

Nicky "Topper" Headon – drums

 

1977 09 The Clash Bataclan 03La setlist du concert de The Clash :

London's Burning (The Clash – 1977)

Complete Control (Single – 1977)

1977

Protex Blue (The Clash – 1977)

(White Man) In Hammersmith Palais

Capital Radio (Capitol Radio EP – 1977)

Hate & War (The Clash – 1977)

City of the Dead

The Prisoner

Police and Thieves (Junior Murvin cover) (The Clash – 1977)

I'm So Bored With the U.S.A. (The Clash – 1977)

Clash City Rockers

Janie Jones (The Clash – 1977)

Garageland (The Clash – 1977)

White Riot (The Clash – 1977)

1977

What's My Name (The Clash – 1977)

Paris Is Singing