1978 05 David Bowie Palais des Sports Lyon 01« Bowie, ah Bowie… ! Y a-t-il un artiste plus important pour moi en 1978 ? Depuis ce jour miraculeux de 1972 où j’ai découvert “The Rise and Fall of Ziggy Stardust”, chacun de ses albums est un événement majeur de ma vie. Si les albums “Low” et “Heroes” ont représenté une évolution majeure du style musical de Bowie (encore une… il y avait déjà eu la rupture funky de “Young Americans”…), il reste l’Artiste le plus passionnant et le plus fascinant de la décennie.

Nous avons réussi à avoir des billets pour le concert du vendredi soir à Lyon (son Isolar II World Tour passait aussi par Paris), et nous voici donc dans la fosse, tremblant d’impatience à l’idée de découvrir enfin « en vrai » la Star absolue de nos vies.

Le set s’ouvre sur un instrumental, Warszawa, et même si c’est un morceau de la seconde face de “Low” que j’aime beaucoup, on a tendance à prendre son mal en patience en attendant que les choses sérieuses commencent. Et c’est le cas avec Heroes, chanson archi sublime sur laquelle s’élève enfin la voix, impeccable, impressionnante de Bowie. Nous ne sommes pas loin du premier rang, au milieu du chaos de la fosse, essayant désespérément de voir Bowie le mieux possible, comme des centaines de fans enamourés autour de nous. Oui, Bowie est beau,sublime même, autant en vrai que sur ses photos dont la diffusion contrôlée empêche la banalisation. Il est clairement dans une position de contrôle total de sa musique, de sa voix, de sa gestuelle, ce qui le distingue du commun des rock stars (il suffit de comparer sa maîtrise du spectacle à la générosité physique d’un Peter Gabriel). Bowie danse pour nous, une sorte de chorégraphie un peu raide dont il nous régale avec partialité et minutie. Bowie communique peu avec le public, juste un « merci » de temps en temps, mais il n’est pas question de s’offrir à ses fans comme on imagine qu’il le faisait en 1972…

Pendant que les chansons des deux derniers albums s’enchaînent, interprétées par un groupe impérial – le trio Alomar – Murray – Davis, fondamental depuis “Station to Station”, auquel Bowie a adjoint l’ex-King Crimson Adrian Belew pour les solos de guitare « à la Robert Fripp », je me rends compte que j’ai du mal à entrer complètement en transe : Bowie est froid, indiscutablement, ce n’est pas un show man au sens rock du terme, plutôt un artiste délivrant une performance conçue, répétée et livrée dans un souci de perfection glaciale. Et du coup, même les chansons que nous adorons paraissent jouées et chantées derrière une vitre épaisse, comme déréalisées. Ou bien c’est peut-être que notre attente était trop forte, et qu’une certaine déception était inévitable ?

1978 05 David Bowie Palais des Sports Lyon 03Et puis, alors que nous ne nous attendions pas, le concert bascule : cette batterie métronomique en intro, c’est l’inoubliable Five Years ! C’est “Ziggy Stardust” ! Six chansons de L’ALBUM ABSOLU jouées dans l’ordre, interprétées dans des versions finalement assez proches des originales. Bowie retrouve sa voie d’E.T. cockney, loin du timbre de crooner élégant des derniers albums. Bien sûr, la rythmique Murray / Davis a quelque chose de légèrement swinguant qui trahit que les temps ont changé, et Belew n’a pas le même style que Mick Ronson, il est plus… froid. Et puis, logiquement, l’enchaînement s’arrête avant Rock’n’Roll Suicide, qui n’aurait plus aucune pertinence à une époque où Bowie célèbre plutôt la résistance amoureuse au flux de l’histoire (ces amants qui s’embrassent devant le Mur) que le nihilisme pré-punk.

A partir de là, Bowie a gagné, notre cœur est conquis. D’ailleurs lui-même semble s’être « réchauffé » et ses sourires aux premiers rangs paraissent moins convenus, moins crispés. Il est temps de terminer cette nuit, qui restera forcément dans nos mémoires, par Station To Station, Stay et TVC15, une célébration en noir et blanc du magnifique Thin White Duke.

Un seul rappel, Rebel Rebel qui est une sorte de parodie cruelle du rock basique (stonien) duquel Bowie est désormais très loin, et c’est fini ! Nous quittons Gerland à la fois assommés (c’était Bowie, bon dieu), mais aussi unanimes dans notre analyse : c’était magnifique, mais c’était quand même assez… froid ! »

Pas de photos disponibles de ce concert, nous nous rattraperons avec de magnifiques clichés pris ailleurs pendant la tournée Isolar II...

Les musiciens de David Bowie sur scène :

David Bowie - vocals, chamberlin

Adrian Belew - lead guitar, backing vocals

Carlos Alomar - rhythm guitar, backing vocals

George Murray - bass guitar, backing vocals

Dennis Davis - drums, percussion

Roger Powell - keyboards, synthesizer, backing vocals (except 11–14 November 1978)

Sean Mayes - piano, string ensemble, backing vocals

Simon House - electric violin

 

1978 05 David Bowie Palais des Sports Lyon 02La setlist du concert de David Bowie :

Warszawa (Low – 1977)

"Heroes" (Heroes – 1977)

What in the World (Low – 1977)

Be My Wife (Low – 1977)

The Jean Genie (Aladdin Sane – 1973)

Blackout (Heroes – 1977)

Sense Of Doubt (Heroes – 1977)

Speed Of Life (Low – 1977)

Breaking Glass (Low – 1977)

Fame (Young Americans – 1975)

Beauty And The Beast (Heroes – 1977)

Five Years (Ziggy Stardust – 1972)

Soul Love (Ziggy Stardust – 1972)

Star (Ziggy Stardust – 1972)

Hang On To Yourself (Ziggy Stardust – 1972)

Ziggy Stardust (Ziggy Stardust – 1972)

Suffragette City (Ziggy Stardust – 1972)

Art Decade (Low – 1977)

Alabama Song (Whisky Bar) (Kurt Weill cover)

Station to Station (Station to Station – 1976)

Stay (Station to Station – 1976)

Breaking Glass (Low – 1977)

TVC15 (Station to Station – 1976)

Encore:

Rebel Rebel (Diamond Dogs – 1974)