1978 10 The Stranglers Bataclan Billet

Les Stranglers sont un groupe qui me fascine, et ce depuis leur étonnant premier album, “Rattus Norvegicus”, presque du rock progressif joué par des « vieux » plus agressifs pourtant que les plus jeunes punks : un cocktail surprenant et excitant. Et depuis, ça n’a fait que s’améliorer, avec les deux albums suivants, et en particulier le génial “Black and White” qui vient de sortir, et qui m’a convaincu d’aller ce vendredi à ma salle favorite de Paris, le Bataclan, qui m’a déjà offert quelques concerts mémorables – les Doctors of Madness, The Clash…

Après une première partie française qui ne marquera pas notre mémoire (Extraballe), voilà les Etrangleurs de Guildford sur scène : émaciés, tendus, presque… antipathiques, ils sont bel et bien « punks », malgré leur âge un peu plus avancé que la moyenne des jeunes groupes apparus depuis un an et demi.

Ça démarre incroyablement fort avec Ugly : sur une basse tellurique, Hugh Cornwell vomit littéralement son agressivité, sur ce texte ultra-provocateur typique des débuts des Stranglers : « I guess I shouldn't have strangled her to death / But I had to go to work / And she had laced my coffee with acid / Normally I wouldn't have minded / But I'm allergic to sulphuric acid / Besides she had acne / And if you've got acne / Well, I apologise for disliking it instensely / But it's understandable / That ugly people have got complexes /I mean, it seems to me / That ugly people don't have a chance… »… alors que, de manière presque surréaliste, le clavier divin de Greenfield vient poser des notes célestes (bon, j’exagère un peu…). C’est un démarrage en forme de claque, non, de véritable aller-retour dans notre face.

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« I feel like a wog people giving me the eyes / But I was born here just like you / I feel like a wog / Got all the dirt shitty jobs… » : le niveau d’agressivité qui se dégage du groupe est assez stupéfiant. « Maintenant je sais pourquoi, vous, les Français, vous aimez tant les escargots… il suffit de voir à quelle allure vous vous trainez dans les rues de Paris ! » se moque JJ. (le Frenchie qui hait visiblement les Frenchies)… Et ça continue, après I Feel Like a Wog, par d’autres morceaux extraits des deux premiers albums : Burning Up Time, Hanging Around – avec sa mélodie superbe, presque euh… romantique -, London Lady – frénétique -, etc. que des merveilles de méchanceté et de brutalité. Je dois dire que même dans la salle, je trouve qu’on n’est pas aussi détendus qu’on a pu l’être à d’autres concerts punks ces derniers mois : bref, les Stranglers, et leur public, c’est pas des rigolos ! Cela dit, le son est impeccable, chaque instrument bien clair, et les voix bien audibles, ce qui distingue quand même le groupe de la concurrence.

No More Heroes, une vraie tuerie, l’un de mes morceaux préférés de ces dernières années, enchaîné avec un Something Better Change brutal, sur lequel Hugh Cornwell vitupère particulièrement concluent brillamment cette introduction du set qui a déjà mis une bonne partie du public à genoux…

On ne doit pas être loin de la moitié du set, il est grand temps d’attaquer la pièce de résistance, le nouvel album, le redoutable “Black and White”, avec ses ambiances morbides, baroques, mais aussi plus complexes, plus ambigües aussi que les provocations sexistes des deux premiers albums. Et là, je dois dire que je suis estomaqué, dès l’attaque de Curfew : c’est encore du brutal, certes, mais c’est aussi surréaliste, dissonant, dérangeant… En un seul mot : magnifique… car ces diables de Stranglers sont de super musiciens – Dave Greenfield aux claviers mène la danse, et se compare aisément à un Ray Manzarek, tandis que l’odieux Jean-Jacques Burnel déverse nous un son de basse néanderthalien qui nous cloue au sol !

Voici un groupe exceptionnel, qui combine la folle originalité et la rage du punk avec un vrai génie des compositions, dans ce qui est déjà une sorte de sommet du rock en cette fin des années 70. Death and Night and Blood, avec sa mélodie superbe et ses pics d’hystérie, et le génial Nice’n’Sleazy, assorti d’un solo déchire-tympans de Greenfield aux synthés, soit mes deux titres préférés de l’album, sont interprétés avec une furia maximale : je suis littéralement en larmes au milieu du pogo infernal au premier rang, et je selle un pacte de sang avec les Stranglers, un pacte qui tiendra, je l’espère, des années…

Après le break « rock’n’roll » hurlé de 5 minutes, le set se termine par le sublime Toiler on the Sea, grand morceau plus du tout « progressif » du coup, tant la basse de Burnel cisaille les tripes : les Stranglers nous entraînent dans des aventures maritimes échevelées, au milieu de pirates et de fantômes hargneux. Sublime…

Oui, ce soir, je viens de voir un groupe qui, d’un coup, compte énormément pour moi, qui touche tous mes points sensibles, qui remplit toutes mes attentes. Un peu plus de sympathie envers leur public (il faut avaler les « Taisez-vous ! » méprisants de Burnel quand nous exprimons un peu trop bruyamment notre enthousiasme…) aiderait quand même le groupe à séduire un plus grand public, auquel la qualité de ses chansons le destine. Un groupe à suivre, indiscutablement…

 

Les musiciens de The Stranglers sur scène :

Hugh Cornwell – guitare, chant

Jean-Jacques Burnel – basse, chant

Jet Black – Batterie

Dave Greenfield - Claviers

 

La setlist du concert de The Stranglers : (Remarque : manque le rappel)

Ugly (Ratus Norvegicus – 1977)

I Feel Like a Wog (No More Heroes – 1977)

Burning Up Time (No More Heroes – 1977)

Bring on the Nubiles (No More Heroes – 1977)

Hanging Around (Ratus Norvegicus – 1977)

London Lady (Ratus Norvegicus – 1977)

No More Heroes (No More Heroes – 1977)

Something Better Change (No More Heroes – 1977)

Curfew (Black and White – 1978)

Do You Wanna? / Death and Night and Blood (Black and White – 1978)

Nice'N'Sleazy (Black and White – 1978)

Threatened (Black and White – 1978)

Sweden (All Quiet on the Eastern Front) (Black and White – 1978)

Tank (Black and White – 1978)

5 Minutes (single – 1978)

Toiler on the Sea (Black and White – 1978)