1979 07 Talking Heads Palace« Je sais, ou je suis certain que cette soirée restera pour toujours dans ma mémoire de passionné de Rock. Ce soir, nous sommes venus voir au Palace le groupe que je considère le plus innovant, le plus original de sa génération, les incroyables Talking Heads avec leur funk froid et intellectuel, responsables déjà d’albums essentiels, qui les ont déjà inscrits au panthéon de l’histoire de la musique…

… sauf qu’il va se passer quelque chose de complètement impensable : ce groupe immense, génial – n’ayons pas peur des mots – va se faire littéralement balayer par leur première partie, un combo inconnu (pour moi, au moins) qui s’appelle The B-52’s ! On sent quand même avant même que ça commence qu’il y a quelque chose qui se prépare ce soir : nous sommes pour une fois au balcon, et nous distinguons dans la fosse de drôles d’individus venus avec des banderoles et des pancartes portant de drôle d’inscriptions : “Rock Lobster”, “Planet Claire”… késako ?

1979 07 The B52s Palace Paris 01Et puis cinq drôles de personnes montent sur scène : deux filles surmontées par des coiffures improbables (d’énormes choucroutes ?), un chanteur au look rétro armé d’un walkie-talkie, et deux musiciens plus… ordinaires. Et la première chanson commence, et là, mes amis, c’est bien simple : les frissons immédiats, les larmes aux yeux, l’extase, l’excitation, la furie, l’orgasme. Sur un morceau que nous n’avons JAMAIS entendu avant. Planet Claire, ça s’appelle donc, on le découvrira plus tard : les extra-terrestres ont débarqué, ils ont pris nos cerveaux et nos jambes en otage en moins d’une minute, le Palace hébété s’est transformé en un incroyable chaudron en ébullition. Le rythme est irrésistible, punk, dansant, syncopé, totalement moderne et pourtant enraciné dans les origines du rock’n’roll. Le chanteur glapit dans son walkie-talkie, les deux filles font des chœurs qu’on n’a jamais entendu jusqu’à ce jour. On a tous les cheveux dressés sur la tête, il y a plein de gens qui hurlent à la mort de bonheur (hein ? oui !). C’est bien simple, on n’a jamais pris une telle claque par surprise. Le morceau se termine, on pourrait rentrer chez nous maintenant, on y est : au bonheur. Mais ça continue, les morceaux s’enchaînent, un peu moins forts peut-être, mais quand même avec une incroyable capacité à la joie, à l’excitation, à l’originalité. Et de toute manière, le public est maintenant près à tout. Et ce "tout", ce sera l’un des derniers morceaux de la soirée, le fameux Rock Lobster (un single est sorti, apparemment, donc pas mal de gens le connaissent déjà dans la salle – je me rends d’ailleurs compte qu’une bonne partie du public est VENU POUR LES B-52S !!!) : une véritable bombe, plus rock encore (superbe partie de guitare surf), et surtout avec une accélération hystérique sur la fin qui mets tout le monde à genoux. De nouveau, l’extase, la jouissance ! Et puis c’est fini, à peine plus d’une demi-heure parfaite, inoubliable. On pleure, on rit, on a vu le futur du rock’n’roll ce soir.

Après ça, David Byrne et sa troupe vont nous donner un très beau concert, confirmant leur valeur, leur importance, leur talent. C’est a priori la dernière date de la tournée “Fear of Touring” pour supporter le lancement de leur très noir album, “Fear of Music”, et de fait, le concert de Talking Heads sera plutôt sous le signe de la tension, de l’angoisse, du vertige métaphysique qu’autre chose. Impressionnant par moments, mais sans doute beaucoup trop mécanique, froid et tongue-in-cheek par rapport à ce que nous avons vécu en première partie : je n’ai pas le cœur à ça, tout simplement... Et dans la salle même, je ne crois qu’il reste encore beaucoup d’énergie, d’excitation, de foi à consacrer à Talking Heads (et c’est injuste, non ?). Meilleur moment quand même de ce set, une version à la fois enchantée et un peu embarrassante – c’est bien l’idée – de Heaven, qui démontre toute la complexité des concepts malins de David Byrne et de ses Talking Heads…

Ceci dit, le lendemain matin, en repensant à cette soirée, je me rends compte que j’aurai bien peu de souvenirs qui ne soient pas les B-52’s… »

 

Les musiciens de The B-52’s sur scène :

Kate Pierson – vocals, keyboards

Fred Schneider – vocals, walkie talkie

Keith Strickland – drums

Cindy Wilson – vocals, percussion

Ricky Wilson - guitar

 

La setlist du concert de The B-52’s :

Planet Claire (The B-52’s – 1979)

52 Girls (The B-52’s – 1979)

6060-842 (The B-52’s – 1979)

Devil in My Car (new song)

Lava (The B-52’s – 1979)

Hero Worship (The B-52’s – 1979)

Runnin' Around (new song)

Rock Lobster (The B-52’s – 1979)

Private Idaho (new song)

Dance This Mess Around (The B-52’s – 1979)