2012 10 Godspeed You Black Emperor Teatro Kapital Billet

« Passage rapide à Madrid pour aller chercher mon visa au consulat brésilien, et... Coup de bol, juste ce soir-là, les Canadiens post-rock de Godspeed You! Black Emperor sont en ville ! Je me dis que ça sera moins déprimant de se faire défoncer les feuilles - si tout se passe bien - que de tourner en rond dans une triste chambre d'hôtel, et me voilà donc vers 20h devant le Teatro Kapital, une discothèque apparemment désormais ouverte à la programmation rock. Il fait un temps de chien sur Madrid, guère plus de 6 degrés et une pluie diluvienne : comme c'est en plus la désorganisation totale sur le trottoir - les gens de la salle n'ont visiblement pas encore intégré les règles de base de leur nouvelle activité - cette sortie impromptue s'annonce mal !

Et puis non, malgré une incroyable valse hésitation quant à l'ouverture des portes, tout se passe bien, je récupère mon billet acheté sur le net, et je suis au premier rang, alors que ce n'était pas forcément mon but, maintenant que j'ai décidé de ne plus faire de concerts qu'en dilettante ! La salle est vraiment sympa, encore un petit théâtre avec plusieurs étages de balcons, repeint de manière moderne en noir et blanc, une scène à la bonne hauteur... Bien sûr encombrée jusqu'à la saturation par le matériel impressionnant des Canadiens ! En plus il fait délicieusement chaud, et la sono nous propose un live de Gainsbourg avec une excellente qualité sonore... Sympa, le Poinçonneur des Lilas après une bonne journée de galère ! Je me suis placé sur la droite, vu que la dernière fois, à la Riviera, il m'avait semblé que le travail de David Bryant était le plus passionnant à regarder : c'est déjà un régal en tout cas de contempler l'arsenal de pédales sur la scène !

2012 10 Dead Rat Orchestra Teatro Kapital 006

20h35 : deux espèces de babs primitifs apparaissent au milieu du chaos, et nous annoncent que Godspeed leur a demandé d'ouvrir la soirée : ils ont un look qui déchire - pieds nus, barbes, et tout, et tout ! -mais surtout une variété de trucs bizarres avec lesquels ils vont faire de.... euh la musique : une sorte de guimbarde au look quasi-"préhistorique", un tube « vocal » relié directement à un micro-ampli porté en bandoulière, etc. Ils exécutent ce qui me semble une sorte de folklore grand-breton totalement néanderthalien, qui dérive régulièrement vers une cacophonie pénible... Le duo n’est souvent pas en rythme, les voix (les braillements...) sont parfois fausses,... sans que l'on puisse dire si c'est voulu ou non. Quelques passages "celtes" au violon font certes taper du pied, mais globalement, c'est plutôt laid et pénible, les dissonances continuelles paraissant mal contrôlées : Dan et Nathan nous disent s'appeler Dead Rat Orchestra (punks, les gars?) et s'excusent - en espagnol – pour l'absence d'un troisième larron qui n'a pas pu venir car il vient s'avoir son quatrième enfant ! Un peu surréaliste, tout ça !

Des lumières uniformément oranges qui n'éclairent pas grand chose, des amplis, des chaises et des kits de pédales un peu partout sur scène, une micro-setlist de 4 titres (qu'on présume très longs... dans les 30 minutes chacun, connaissant le groupe...) : mais bien sûr, c'est Godspeed You! Black Emperor...

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21h30 : c'est notre ami David Bryant qui commence tout seul les hostilités ce soir, agenouillé pendant une vingtaine de minutes devant une imposante boite d'effets reliée à un ampli placé au centre de la scène, à moins de deux mètres de moi : toujours aussi joyeux drille, d'ailleurs, David, il ne fera qu'un seul rapide signe de la main, sans un sourire, deux heures plus tard en quittant la scène ! Cette introduction façon ambient music apocalyptique (Hope Drone, ça s’appelle... bien vu !) n'est pas la plus "friendly" qui soit, chaque nouveau musicien entrant en scène s'absorbant à triturer son instrument pour en tirer les sons les plus abstraits et les plus neutres possibles. Derrière le groupe, défilent deux vidéos synchronisées, elles aussi abstraites et grises : ces fameuses vidéos qui, d'après le groupe, sont capitales pour illustrer la musique, se résument au défilement sautillant d’images en noir et blanc, hypnotiques et largement déprimantes, même si le mot « HOPE » apparaitra au début et à la fin du set !

Ce n’est qu’au bout de vingt-cinq minutes que surgit enfin le premier « pic », l’un de ces moments qui sont plus que probablement ce que tous les fans du groupe attendent, et qu’ils accueillent par des cris de joie et un léger headbanging (on n’est pas dans un concert de hard, quand même !). Durant une poignée de minutes, la musique devient terrassante, vraiment forte (au niveau sonore) et vraiment puissante (émotionnellement), et c’est comme un torrent irrésistible qui balaie tout sur son passage, qui nous ballotte sans pitié, puis qui nous emporte... Avant de se calmer, peu à peu, et de reprendre doucement cette sorte d’étonnante recherche -par tatonnements délicats et prudents - d’un nouveau chemin, vers une nouvelle explosion sensorielle. Une expérience unique, sans aucun doute.

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Je ne suis vraiment pas un expert des oeuvres enregistrées de GY!BE, mais il me semble évident que ce qui est joué sur scène s’apparente plus à une longue improvisation collective basée sur les thèmes des morceaux des albums : il est significatif que les fans n’accueilleront qu’une seule introduction avec des cris de joie, celle de Monheim, titre réputé de l’album « Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven » de 2000... C’était sans doute la seule directement reconnaissable, ou en tout cas celle où une mélodie était le plus discernable !

Ils sont huit musiciens sur cette tournée, les instruments traditionnels du rock étant (au moins) dédoublés : deux basses (et contrebasse), deux batteries, trois guitares (et pédales d’effets, bien sûr !)... mais seulement une violoniste, la pétulante Sophie Trudeau – un nom qui sonne bien québecquois, non ? – dont l’énergie extravertie tranche agréablement avec la concentration assez sombre du groupe. Comme la dernière fois que je les avais vus, Efrim Menuk, souvent présenté comme un élément central du groupe, avec son look hippie seventies, m’a semblé se contenter durant deux heures de gratouiller sa guitare d’un air indifférent, assis au milieu de la scène, tandis que David se chargeait de lancer la foudre avec la sienne : curieux... L’apparence générale des musiciens est bien en ligne avec leur démarche radicale, tant musicalement que politiquement, ou tout au moins marginale, et il est amusant de se souvenir que GY!BE a eu des démélés avec la police américaine lors d’une tournée, soupçonnés qu’ils étaient de terrorisme !

Deux heures avec GY!BE, il faut être honnête, ce ne sont pas deux heures de joie expansive ! Il y a même de longues minutes où l’on commence à somnoler alors que se déroule ce qui paraît alors être des boucles interminables, et ce d’autant que, comme je l’ai dit, la partie purement mélodique de la musique est assez limitée. Pire, on n’a pas, comme chez Battles par exemple, la possibilité de se raccrocher à des structures rythmiques stimulantes, on est au contraire en général dans une certaine atonie qui peut s’avérer éprouvante à la longue : j’ai d’ailleurs remarqué que nombre de personnes au premier rang lâchaient peu à peu prise, épuisées par le niveau sonore – de plus en plus élevé alors que le set progressait – mais aussi par la concentration qu’une telle musique exige. Mais, bien entendu, la récompense de tous ces efforts vient quand, d’un coup, tout se met à décoller, à vibrer : sans trop d’emphase, sans avoir recours à aucun artifice du Stadium Rock, sans même le secours des voix, GY!BE se met alors à ressembler à un groupe monstrueux, capable de soulever le monde avec sa musique ! La dernière partie de The Sad Mafioso vera ainsi le set exploser sur une puissante accélération, génératrice de plaisir frénétique général, venant clore de manière infiniment séduisante ce concert « difficile ».

A l’heure où notre musique est de plus en plus marketée, standardisée, absorbée et digérée par le monde qui l’entoure, le Post-Rock de Godspeed est une véritable cure de jouvence, et nous rassure quant à l’avenir : si les musiciens du groupe nous le dépeignent aussi noir, cet avenir, dans leur musique et leurs vidéos, n’oublions jamais que le combat est toujours possible, et que le dernier mot qui clignote sur l’écran gris est « HOPE » ».

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La setlist du concert de Godspeed You ! Black Emperor :

Hope Drone (Allelujah! Don't Bend! Ascend! – 2012)

Mladic (Allelujah! Don't Bend! Ascend! – 2012)

Monheim (Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven – 2000)

Behemoth

The Sad Mafioso (F#A# Infinity – 1997)