2015 04 Ibeyi Gaite Lyrique Billet

« Coup de bol d'enfer à l'entrée du concert d'Ibeyi à la Gaité Lyrique, sold out bien entendu, alors que je me pointe les mains dans les poches, ayant découvert la veille au soir le passage des deux jumelles franco-cubaines à Paris pendant que j'y suis, justement : je peux racheter le billet d'un spectateur qui se désiste, et il est encore suffisamment tôt pour pouvoir être au premier rang ! Bon, il faut dire aussi que le public ce soir n'est pas très rock'n'roll, plutôt bobo branché qui ne voudrait surtout pas paraître passionné en se pressant trop vite devant la scène alors que le bar est tellement cool ! Tant mieux pour moi, après tout...

Bon, Ibeyi, j'ai plutôt des sentiments mitigés alors que la critique délire de bonheur en général : il y a des choses que je trouve excellentissimes, comme le très, très beau Stranger /Lover et d'autres qui me barbent un peu. Il est donc essentiel de voir les sœurs jumelles sur scène pour se faire une idée plus définitive...

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C'est aussi mon premier concert à la Gaité Lyrique, une salle qui est entrée en activité après mon départ de Paris en 2009, me semble-t-il. Pas de déception, tout est parfait, l'entrée est belle, la salle de taille moyenne, la scène est juste à la bonne hauteur pour s'appuyer, la clim est à la bonne température. Un vrai plaisir... (... d'autant que le son s'avérera lui aussi excellent !).

20h00 pile, la première partie débute devant une salle encore bien vide (ah ! Ces Parisiens !). Une jeune femme devant une table de mixage, des beats électroniques qui déferlent, des mix amusants de vocaux tirés de sources diverses - le plus original étant un morceau de baile funk brésilien -... et puis, rapidement l'indifférence, puis l'ennui s'installent. Personne ne danse d'ailleurs, cette musique est terriblement banale, ne provoque ni excitation physique, ni stimulation intellectuelle... n'incommode même pas non plus, d'ailleurs. En fait, une sorte de papier peint techno. Les minutes passent très lentement. 20h33, notre "artiste" s'en va, et il y a même une poignée de gens qui applaudissent : soit c'est sa famille, soit les Parisiens sont devenus généreux...

Pas beaucoup de matériel sur scène, deux claviers, quelques percussions, Ibeyi, ça devrait être aussi dépouillé que sur l'album... 20h45 : les voix de Naomi et Lisa-Kainde Diaz s'élèvent dans l'obscurité, les filles ne sont même pas encore montées sur scène que la magie prend. L'émotion est intense, surprenante. Puis elles entrent, souriantes, pour un démarrage a capella sur le devant de la scène : dieu, qu'elles sont jeunes ! On a beau savoir leurs 20 ans à peine, ça fait un choc. Elles allument des bougies, c'est comme à la maison. Le lien avec le public est créé,  une sorte d'intimité toute simple, à la bonne franquette, qui ne retombera pas pendant les courtes 55 minutes qui suivront.

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Lisa-Kainde s'installe aux claviers, Naomi face à elle aux percussions (acoustiques et électroniques), et les sœurs Diaz attaquent leur set avec une décontraction stupéfiante. Tout est immédiatement en place, la voix superbe de Lisa-Kainde, les notes parcimonieuses de son piano, la puissance des rythmes mi tribaux mi electro de Naomi, virtuose du cajón : les chansons de l'album acquièrent ainsi une force impressionnante, décuplée par l'impression de légèreté, de... sincérité, de facilité… Et sans doute surtout par l’extraordinaire complicité émotionnelle entre les deux sœurs, qui ne se quittent pas des yeux pendant l’interprétation des chansons. La fameuse osmose entre jumeaux, je suppose…

Elles nous expliquent l'origine de leur musique, les traditions yoruba, amenées à  Cuba par les esclaves originaires du Benin et du Nigeria. Régulièrement, elles interrompent l'interprétation de leurs morceaux "modernes" pour venir face au public - conquis - interpréter a capella un chant yoruba. Et, contrairement à ce qui se passe sur l'album, le mélange semble ici faire sens, peut être grâce à la spontanéité, au naturel des deux sœurs... souriantes, toutes simples et pourtant tellement talentueuses.

Stranger / Lover sera une légère déception, mais River, Yanira (le prénom de la grande sœur) ou encore Oya, renforcé par de belles projections mystérieuses sur l’écran derrière la scène, seront absolument fascinantes, justifiant complètement la hype autour de Ibeyi. Un dernier morceau a capella en l'honneur de tous les jumeaux dans la salle, un court encore - une nouvelle version de River avec la participation du public aux chœurs... et c'est fini.

Moins d’une heure en tout et pour tout, ça a un goût de trop peu, mais il est difficile d'attendre plus de ces deux très jeunes femmes qui n'en sont après tout qu'à leur premier album, et nous l’ont interprété avec une générosité touchante. »

 

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Les musiciens de Ibeyi sur scène :

Lisa-Kainde Diaz : Voix, Claviers

Naomi Diaz : Voix, cajon, Percussions, Claviers

 

La setlist du concert de Ibeyi:

Eleggua (Ibeyi – 2015)

Ghosts (Ibeyi – 2015)

Lost In My Mind

Mama Says (Ibeyi – 2015)

(Unknown)

I'm On My Way

River (Ibeyi – 2015)

Stranger / Lover (Ibeyi – 2015)

Yanira (Ibeyi – 2015)

Oya (Ibeyi – 2015)

Better In Tune With The Infinite (Jay Electronica cover)

Weatherman (Ibeyi – 2015)

Ibeyi (Ibeyi – 2015)

Encore:

River (Ibeyi – 2015)