1984 06 éVoid JoBurg 03

« Je viens de débarquer dans mon nouveau pays d’adoption, l’Afrique du Sud, et je me suis rué dès le premier jour dans ce qui semblait un bon magasin de disques de Hillbrow, le quartier branché de Johannesburg, afin de me familiariser avec le rock sud-africain. Immédiatement, un nom, bizarre : éVoid, sur la pochette d’un disque qui semble être en tête des hit-parades rock du pays. J’achète, j’écoute : pas mal, un mélange malin entre post-punk / early new wave et les rythmes zoulous dont l’Afrique du Sud blanche est si fière apparemment. Malgré une production déficiente, l’album, très court, séduit. Surprise, je découvre que éVoid joue le soir même au Market Theatre de Jo’Burg, qu’on me présente comme l’un des principaux lieus de contestation artistique et intellectuelle en Afrique du Sud. Et il reste des places… ! Accompagné de ma collègue de chez ESSO, Catherine, me voilà donc à mon premier concert sud-africain !

L’ambiance générale est à l’amateurisme,  le public – intégralement blanc – est jeune, féminin (les frères Windrich qui ont fondé éVoid ont des allures de minets qui plaisent aux filles…), et sur scène, le groupe est plus "sympa" que véritablement impressionnant. Mais comme j’ai décidé d’abandonner en émigrant mes "standards" européens, il y a en fait tout pour passer une agréable soirée : une musique plaisante, mélange de genres et non dépourvue de gimmicks accrocheurs… si l’on passe rapidement sur les coupes de cheveux très "garçons coiffeurs londoniens" et les "déguisements" africains d’un groupe de petits blancs pas forcément crédibles en costume de zoulous… Ceci dit, ne sous-estimons pas, avec notre arrogance européenne, le courage qu’il faut à la jeunesse sud-africaine, dans un pays aussi corseté, pour défendre des idées anti-apartheid : éVoid est un peu un groupe de frimeurs, certes, mais ne manque pas d’audace… Et c’est d’autant plus une bonne nouvelle de voir que leur musique "multiculturelle" recueille les suffrages du grand public : les choses changent…

Les meilleurs moments de la soirée seront évidemment les titres les plus accrocheurs de l’album : tout d’abord Shadows, la chanson la plus riche émotionnellement du groupe, un vrai voyage à travers une Afrique du Sud qui me fait déjà rêver ; ensuite Taximan, une chanson rapide, légère et fun… et même le "tube" I am a Fadget – qui me laisse plus sceptique et me paraît assez maladroit dans son genre "afropop" -, mais qui, avec le support d’un public enthousiaste, passe bien la rampe en live. Bref, un premier contact certes pas bouleversant, mais pas honteux non plus…

« I had the strangest dream / In the bundi bush of Africa / In the shadows / The lion hunting down the lover / Burning with hunger » (Shadows)

 

Les musiciens de éVoid sur scène :

Lucien Windrich – guitar / keyboards / vocals

Eric Windrich – guitar / keyboards / vocals

Wayne Harker – drums