2000 11 Thomas Fersen 01

« Au cours de ces dernières années, je me suis peu à peu réconcilié avec le rock français, mais surtout avec la "nouvelle chanson française", moins sujette d'ailleurs à copier-coller les grands frères outre Manche ou outre Atlantique. Thomas Fersen, j'ai même eu un véritable coup de cœur pour son album "4", avec ses paroles malignes, ses mélodies tenaces et son joli mauvais esprit "punk des faubourgs"... Ce qui explique ma présence ce soir dans une banale salle des fêtes de la proche banlieue ouest, en cette bonne ville de Colombes où habitent ou ont habité d'ailleurs pas mal de mes vieux potes de concerts. Non pas que je m'attende à en voir aucun, bien sûr, cultivant le même amour que moi pour Fersen !!

Mais avant Thomas, il nous faut supporter une première partie, Dit Terzi : Dit Terzi, c'est le nouveau groupe de Claire Diterzi, relativement connue pour sa première formation de folk-punk, Forguette Mi Note. Et il faut bien dire que, en fait, ce sera plutôt une bonne surprise que ce petit set décalé, souvent surprenant et courageux, baignant dans un humour féminin assez inhabituel et donc bienvenu.

Public forcément sage dans les fauteuils, pas de tension dans l'air, le concert de Thomas Fersen démarre en douceur. Le Thomas est entouré comme prévu d'un petit groupe de musiciens professionnels, efficace mais, et je m'en rends compte rapidement, pas tout-à-fait assez rock pour que je n'aie pas un peu honte d'être là, que je ne me sente pas vaguement traître à mes racines. La surprise de la découverte live, c'est bien plutôt de Fersen lui-même qu'elle vient : loin de l'image de maladroit, empoté, légèrement déviant un peu propret de ses pochettes de CDs, Fersen dégage en effet sur scène une atmosphère nettement plus "malsaine", une sorte d'arrogance un peu timide d'ancien petit punk pas  très net, de clodo cold wave un tantinet déchiré... Est-ce qu'il prend des trucs chimiques, le Thomas ? Ou est-ce qu'il est naturellement comme ça, chafouin,  retors, défait ? En tout cas, on sent bien dans la musique que quelque chose patine, on n'est jamais - et c'est tant mieux, d'ailleurs - dans le show professionnel, dans l'exécution parfaite de chansons impeccables, il y a cette impression tenace de "à côté de la plaque", renforcée par les mauvaises blagues entre les morceaux et l'air vaguement sournois qu'il arbore, le Thomas. Du coup, sa musique devient moins drolatique, clairement plus noire, et on n'y retrouve pas nos petits : jamais content, que je suis... Une heure trente de set entre deux eaux, avec les quelques plaisirs attendus quand même (la chauve-souris, etc.), mais toujours cette impression de noirceur dépenaillée, jusque dans une reprise de Piaf à la fin.

Arrivé avec beaucoup d'espoir en ce concert de Thomas Fersen, je ressors donc avec un peu de déception… Résumons : une certaine timidité, alliée à la nonchalance des ex-punks frustrés... une orchestration qui tombe malheureusement plus du côté de la variété sage que du rock (...qui pointe plus nettement son nez sur les disques !). Bref, le charisme compliqué de l'interprète se combine mal avec le manque de panache des musiciens, et le concert sera resté une adaptation à la scène des fantastiques chansons de Fersen. Ceci dit, je critique, je critique, mais ce fut quand même une bonne soirée...  En sortant, je me demande si Fersen ne devrait pas essayer de devenir notre Tom Waits national - le grand, celui de "Rain Dogs" - plutôt que de continuer à diluer son aigreur naturelle dans des blagues parfois faciles et quelques gouttes d'eau de rose. »

 

Note : Pas non plus de photos de ce concert à Colombes, mais une belle photo prise quelques semaines plutôt lors d'un concert de Thomas Fersen à Noisiel...