2015 10 Pokey LaFarge Maroquinerie Billet« Un froid inattendu s'est abattu sur Paris, alors que nous ne sommes que mi-octobre, mais peu nous importe, à Clément et à moi, car ce soir nous allons nous réchauffer à la Maroquinerie sur les musiques du Sud des Etats Unis, nous imaginer voici 70 ans ou presque sur les bords du Mississipi avec l'ineffable Pokey LaFarge, qui semble tout droit sorti d'une BD de Robert Crumb, et son sextet South City Three (… now six !).

2015 10 Jake LeBuz Maroquinerie (4)Mais avant ça, 45 minutes de blues avec Jake LaBuz (orthographe à vérifier…), qui commence de manière un peu convenue - donc ennuyeuse - en mode solo acoustique, avant de trouver de manière étonnante une intensité plutôt séduisante, et de finir son set de manière très animée, avec le son de sa guitare bien distordu et le support très enthousiaste de Mathew Meyer, le batteur de Pokey LaFarge : Jake a une voix impressionnante, et même si le set s'enlise par instants dans des morceaux plus faibles, il aura constitué une belle surprise, une belle introduction un peu roots à l'univers musical de Pokey.

2015 10 Pokey LaFarge Maroquinerie (7)21 h 00, ils sont sept sur scène, arborant une étonnante variété de looks : Pokey LaFarge semble évidemment tout droit sorti des années 40, même son visage en lame de couteau ne semble pas de notre époque ;  à sa gauche, un vrai cowboy à la barbe noire hirsute nous régalera toute la soirée de solos stupéfiants d'harmonica ; derrière lui, deux cuivres qui seront sans doute la plus grande source de joie et d'excitation de la soirée, habillés eux aussi très chic - époque Prohibition -, et un contrebassiste rockabilly à rouflaquettes ; à la droite de Pokey, juste en face de Clément et moi, le batteur qui pourrait avoir joué avec les Feelies des débuts, et un guitariste chevelu et frisé qui n'aurait pas dépareillé au sein du Grateful Dead. Bref, une drôle de troupe bigarrée, improbable, mais qui sait clairement jouer et mettre le feu, comme ils le démontrent tout de suite avec Knockin' The Dust Off The Rust Belt Tonight, puis avec le réjouissant Something in the Water. Il y a dans l'air une vraie allégresse de jouer qui se communique rapidement au public de la Maro, complète - ou presque - ce soir : le sourire à la fois enfantin et narquois de Pokey vous donne envie de lui sourire en retour, et quand je jette un coup d'œil à Clem à mon côté, je vois qu'il est déjà tout heureux ! Le son est impeccable, comme c'est très souvent le cas dans cette salle de rêve qu'est la Maroquinerie, et le public très chaud (a priori pas mal d'Américains sont là pour soutenir le "kid from St Louis") : il est clair que rien ne peut ternir cette soirée de bonheur musical simple.

2015 10 Pokey LaFarge Maroquinerie (34)Pokey va donc nous régaler de toute la gamme de musiques "traditionnelles" nord-américaines - skiffle, early jazz, ragtime blues, country, folk, rockabilly - qu'il s'approprie complètement, d'une manière qu'on ne peut que qualifier d'intemporelle : l’aspect exhumation de musique du passé, très sensible sur disque, est beaucoup moins frappant sur scène, où la musique, surtout interprétée avec un tel enthousiasme, est vraiment « vivante » (live, oui, oui…). C'est pourtant avec Goodbye, Barcelona, aux couleurs beaucoup plus « européennes » que Pokey nous touche pour la première fois ce soir : c’est une chanson belle et forte, qui sort du folklore un peu anecdotique (pour nous, non-Américains) qui entache parfois la musique de Pokey. La chanson qui suit est plus surprenante : présentée comme une chanson sur l’héroïne, la Carmelita du regretté Waren Zevon détonne dans la bouche d’un Pokey LaFarge au look de bon élève bien éduqué (« and I’m all strung out on heroin on the outskirts of town… ») ! Underground, sommet du dernier album, confirme que Pokey peut écrire des choses modernes, et les chanter avec une énergie qui tue la nostalgie.

A partir de là, le concert change d’ailleurs de rythme, pour devenir bien plus festif, chaque musicien, dont Pokey lui-même en solo, ayant maintenant l’opportunité de briller au sein de morceaux, souvent des reprises, clairement joués pour exciter le public : Central Time, en conclusion du set, avant le rappel, sera une sorte de consécration de ce bon esprit, mais aussi une brillante démonstration de l’étonnante facilité avec laquelle chaque musicien participe individuellement à l’excellence technique du groupe. En gros, ces mecs (et cette nana, la mignonne et miniature Chloe au saxo) touchent leur bille, et chaque démonstration de virtuosité bon enfant arrache des cris d’encouragements au public emballé.

2015 10 Pokey LaFarge Maroquinerie (48)Ils n’ont joué qu’un peu plus d’une heure, et c’est déjà le rappel. Heureusement, celui-ci durera plus d’une demi-heure, débutant avec une touchante version solo dépouillée de Far Away, avant un enchaînement de reprises étirées, permettant la participation du public au chant, jusqu’à une descente de Pokey dans la fosse.

Energiques, gais, sympathiques, Pokey et sa bande ont rempli leur contrat ce soir à la Maroquinerie : déchirer les images d’Epinal que l’on colle à leur musique revivaliste, et nous communiquer avant tout joie et chaleur, deux ingrédients dont notre vie a bien besoin ! »

 

Les musiciens de Pokey LaFarge sur scène :

Pokey LaFarge - lead vocals, guitars

Adam Hoskins – guitar

Joey Glynn - upright bass

Ryan Koenig - harmonica, washboard, snare drum, banjo

TJ Muller - cornet, trombone, banjo

Chloe Feoranzo - clarinet, saxophone

Matthew Meyer - Drums

 

2015 10 Pokey LaFarge Maroquinerie (141)

La setlist du concert de Pokey LaFarge:

Knockin' The Dust Off The Rust Belt Tonight (Something in the Water – 2015)

Something In The Water (Something in the Water – 2015)

Fan It (Pokey LaFarge and the South City Three song) (Live In Holland – 2012)

Bowlegged Woman (Pokey LaFarge – 2013)

Goodbye, Barcelona (Something in the Water – 2015)

Carmelita (Warren Zevon Cover)

One Town at a Time (Pokey LaFarge – 2013)

Actin' A Fool (Something in the Water – 2015)

Underground (Something in the Water – 2015)

Instrumental

Solo

La La Blues (Pokey LaFarge and the South City Three song) (Riverboat Soul – 2010)

Riverboat Shuffle (Hoagy Carmichael Cover)

Central Time (Pokey LaFarge – 2013)

Encore:

Far Away (Something in the Water – 2015)

Let's Go Get Stoned (Ray Charles cover)

All Night Long (Tampa Red cover)

What's The Matter With The Mill (Asleep at the Wheel cover)

Compte-rendu déjà partiellement publié sur mon blog manitasdeplata.net