2016 01 The Maccabees Cigale Billet« Qu’est-il advenu du Rock Indie que nous aimions tant ? En 2016, il ne reste quasiment plus un seul groupe anglais de rock « à guitares », perpétuant la tradition post punk / indie façon 90’s qui vaille vraiment la peine d’être écouté, alors que, il y a seulement cinq ans, nous nous enthousiasmions encore sur tout un tas de jeunes artistes qui nous paraissaient prometteurs… Prenons par exemple le cas de The Maccabees : Il y a 5 ans, The Maccabees étaient nouveaux et excitants, avec deux excellents premiers albums sous la ceinture, et avaient livré une prestation live impeccable en première partie de Editors à Madrid. Depuis, les albums moyens se sont accumulés (enfin il y en a eu deux...), et leur réputation a sombré, un peu à l'image, justement, de tant de groupes d’un rock anglais dont l’horizon semble d’être Coldplay à la place de Coldplay. Reste néanmoins l'envie de savoir s'il y a encore un avenir pour The Maccabees, pour ce genre de musique, ou si, au contraire, voilà une branche du Rock qui est définitivement morte...

2016 01 29 Johnny Lloyd La Cigale (10)… Ce n'est pourtant pas forcément une excellente idée, pour mon premier concert de l'année 2016, d'aller voir sur scène un groupe qui est sur la pente descendante, voilà ce que je me dis en attendant, accoudé à la balustrade de la Cigale, que la fosse se remplisse (le balcon est fermé ce soir, preuve qu’on n’attend pas une affluence démentielle !)…

19h45 : la première partie, Johnny Lloyd ne va certes pas me conforter dans l'idée d'un avenir pour le "rock à guitares", tant on a l'impression d'écouter pendant 30 minutes un enchaînement de morceaux que l'on connaît depuis toujours. Une sorte de rock à l'américaine qui rappelle un peu, en moins commercial et en beaucoup moins incisif, ce que Razorlight pouvait faire à l'époque, et ce d'autant plus que la voix du grand échalas frisé rappelle par instants celle de Johnny Borell, justement… Ce n'est pas mauvais, non, c’est même plaisant… d'une manière totalement anodine… Alors que la référence de ce style de musique serait un Springsteen, où est donc la putain de passion là-dedans ? On est les premiers à apprécier la concision, mais pourquoi couper systématiquement toutes les chansons au bout de trois minutes alors qu’elles n’ont pas encore eu le temps de décoller ? Et puis, n'enchaîner que des morceaux mid-tempo (avec quelques-uns plus lents au milieu, quand même !), c'est chercher des coups, non ?

Finalement, même si ça a pris du temps, la Cigale a fini par se remplir d'un public assez typique des concerts "Indie Rock", justement : massivement des trentenaires parisiens, la plupart en couple... Nous échapperons donc à l'effet sinistre d'une salle à moitié vide, et le public s’avérera même assez passionné par la musique de The Maccabees pour que l’ambiance soit réellement bonne ce soir !

2016 01 29 The Maccabees La Cigale (14)Il est juste 21h quand les six musiciens de The Maccabees (eh oui, les cinq musiciens officiels sont accompagnés par une jeune femme aux claviers) montent sur la scène de la Cigale, plongée dans l’obscurité… et qui restera finalement très peu éclairé tout au long du set : même si on n’en est pas au minimalisme en termes de lumières d’Echo and The Bunnymen par exemple, il est clair que la bande à Orlando Weeks préfère la discrétion sur scène, pour, du moins on le suppose, laisser à la musique le maximum de place. On attaque avec une version énervée de Marks to Prove It, plus convaincante que sur l’album car déchaînant d’emblée une belle excitation dans la fosse. Me voilà rassuré au moins sur ce point : The Maccabees n’en sont pas rendus à faire de la soupe genre Coldplay ou du prog comme le pénible « Given to the Wild » le laissait craindre. Mais quand déboule en troisième position, le Wall of Arms de l’excellent album du même nom, et qu’il est interprété de la même manière, disons speed et emphatique, je commence à me dire que beaucoup de la beauté des chansons du groupe, et pire, de ce chant si particulier d’Orlando Weeks reste sur le carreau, sacrifié en faveur d’une efficacité assez mécanique…

Tout le monde autour de moi a l’air de prendre du bon temps, mais j’ai du mal à trouver de l’originalité à ce concert qui bastonne un peu trop, ou pas de manière appropriée. Mais finalement, la mayonnaise prend, sans doute grâce à l’enchaînement du festif Can You Give It avec le très « Arcade Fire-en » Spit It Out, d’ailleurs sommet indiscutable du dernier album : j’ai un peu l’impression de me retrouver dans les 80’s quand débutaient des groupes comme U2 ou Big Country, avec leur rock « héroïque » qui n’était pas encore taillé pour les stades. La sensation est enivrante, certes, mais on ne peut décemment pas dire qu’on n’entende quoi que ce soit de nouveau ce soir.

2016 01 29 The Maccabees La Cigale (53)L’autre problème, c’est qu’ensuite la passion se refroidit, l’énergie retombe. The Maccabees nous proposent de terminer, y compris sur leur rappel de quatre chansons entamé après 1h05 de concert, sur des titres plus mesurés, plus… sophistiqués… sauf que, encore une fois, le chant d’Orlando Weeks n’est pas mis en valeur par la sono pour réellement porter des morceaux plus singuliers : je pense particulièrement à Toothpaste Kisses, chanson inaugurale de la carrière du groupe, qui m’a presque paru gênant ce soir. On se quitte sur un Pelican assez ordinaire, et avec le sentiment d’une soirée en demi-teinte. Je dois néanmoins reconnaître l’énergie dont on fait preuve les musiciens, en particulier les deux guitaristes (s’agit-il de deux frères, je ne sais pas ?), qui n’ont jamais été avares d’interactions sympathiques et bon enfant avec le public…

Si The Maccabees est toujours un groupe relativement intéressant en 2016, ils ne m’ont aucunement rassuré sur leur avenir à moyen terme (pourquoi pas une carrière solo pour Orlando Weeks, voilà qui serait intriguant ?), ni sur la situation du Rock Indie…

Ou alors, je ne sais pas, c’est peut-être moi ? »

 

Les musiciens de The Maccabees sur scène :

Orlando Weeks : chant

Hugo Harry William White : guitar

Felix White : guitare, chant

Rupert Jarvis : basse

Sam Doyle : batterie

+ piano et claviers

 

La setlist du concert de The Maccabees :

Marks to Prove It (Marks to Prove It – 2015)

Feel to Follow (Given to the Wild – 2012)

Wall of Arms (Wall of Arms – 2009)

Kamakura (Marks to Prove It – 2015)

Ribbon Road (Marks to Prove It – 2015)

Love You Better (Wall of Arms – 2009)

Young Lions (Wall of Arms – 2009)

Precious Time (Colour It In – 2007)

Can You Give It (Wall of Arms – 2009)

Spit It Out (Marks to Prove It – 2015)

Silence (Marks to Prove It – 2015)

First Love (Colour It In – 2007)

X-Ray (Colour It In – 2007)

No Kind Words (Wall of Arms – 2009)

Grew Up At Midnight (Given to the Wild – 2012)

Something Like Happiness (Marks to Prove It – 2015)

Encore:

River Song (Marks to Prove It – 2015)

WW1 Portraits (Marks to Prove It – 2015)

Toothpaste Kisses (Colour It In – 2007)

Pelican (Given to the Wild – 2012)

Ce compte-rendu a déjà été partiellement publié sur mon blog manitasdeplata.net