2017 06 10 The Bats Petit Bain Billet« "A l'aide, le band est méchant ! "... "Puutain"... Brandon Hagen, le chanteur de Vundabar nous fait une petite démonstration de son français limité entre deux chansons biscornues, bancales, peut-être même borgnes, mais curieusement pop et furieusement enragées parfois. Sont-ils vraiment méchants - énervés peut-être de ne jouer que devant une poignée de spectateurs ce soir au Petit Bain, en toute première partie d'une soirée quand même destinée à célébrer l'immortalité - ou presque - des Bats ? Ou sont-ils moyennement drôles ? Ou sont-ils insupportablement arrogants et poseurs, comme le pense un autre spectateur avec qui j’échangerai quelques mots après le set ? Difficile de trancher, mais c'est évidemment ça qui est bien. La guitare de Brandon déchire cruellement nos tympans, et ça, c’est bien aussi : entre frénésie punk et délire grunge, pas besoin de choisir, surtout que ces béances d'électricité s'ouvrent au milieu de chansons mystérieusement illuminées de l'intérieur>.

2017 06 10 Vundabar Petit Bain (7)Cette musique a quelque chose de brisé, et les dérapages vocaux de Brandon (qui m’évoquent, nostalgique que je suis, le Partridge des débuts de XTC), les bruits de bouches et clappements de mains ne sont là que pour faire illusion. Oui, on est entre "copains" et on rigole, et les sarcasmes volent bas… mais est-ce que tout ça prête vraiment à rire ? Belle entrée en matière que ces presque cinquante minutes de musique originale, parfois vraiment excitante : une belle surprise et un nouveau groupe à suivre ! (Je sais, je sais, il y en a beaucoup !).

On n'est que début juin mais il fait délicieusement beau sur Paris, et la climatisation du Petit Bain est finalement la bienvenue par rapport à la chaleur dehors. Revoir les formidables Bats 25 ans plus tard justifiait de toute manière de s'enfermer dans une salle - surtout flottante - une si belle soirée.

20h40 : j'attendais désormais avec optimisme François Virot, après un si beau démarrage. Et ce fut terrifiant. Terrifiant comme si, à la faveur d'un voyage temporel complètement foiré, j’étais retourné dans la France profonde des années 70 à écouter l’un de ces "groupes de rock affreux" qui faisaient honte à notre pays. Bon, tempérons : le groupe qui accompagne François Virot assure rythmiquement, et nous offrira quelques moments instrumentaux vraiment sympathiques.

2017 06 10 François Virot Petit Bain (11)Le problème, c'est quand ledit François se met à chanter : là, on parle purement et simplement d'horreur !  François n’a pas de voix du tout, et chante (?) constamment faux : c’est laid, c’est nul, c’est insupportable ! Mais comme son fan club abruti et déchaîné est là dans la salle, à mettre le genre d'ambiance que vous avez subie au mariage de votre beau-frère alcoolique… on va dire que ça passe un moment... jusqu'à évidemment devenir abominable. On aura même droit à un rappel non programmé (Do You Wanna Dance, c’est OK, forcément, mais ensuite Going Up the Country en solo, c’était insultant pour Canned Heat...) qui prolongera les tourments encore cinq minutes. 50 minutes de cauchemar.

Je suis maintenant entouré de fans purs et durs des Bats, ce qui est rafraîchissant, même si je ne souscris que peu à cette fausse complicité avec laquelle l'un d'entre eux me demande de me pousser pour lui faire de la place au premier rang : "Fuck off !". Et même si l'âge moyen du fan est logiquement proche de la cinquantaine - ce qui est un peu déprimant -, cela n'empêchera pas certains de se livrer à des séances de pogo sans doute nostalgiques et assez déplacées. Car un concert des Bats, ce n'est quand même pas tout à fait un flash-back sur l'époque des Sex Pistols !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (9)Il est déjà 21h45 quand les Bats - les musiciens originaux du groupe, c'est assez rare pour être signalé - apparaissent devant nous. Hystérie des fans ! Bon, je dois reconnaître que je suis moi aussi un peu ému, car voilà 25 ans que je n'ai pas vu le fameux quatuor du Dunedin Sound en chair et en os. Je tente de réconcilier mes souvenirs du concert des Inrocks de 1992 (et les photos que l'ami Patrick avait prises) avec les quinquagénaires que j'ai devant moi. Finalement, si le passage des ans a été aussi sévère pour eux que pour nous, on se rend compte que peu de choses ont changé : Robert Scott est toujours une sorte d'ours pas très amène - qui sourit à ses fellows, mais pas au public -, Paul Kean est resté l'âme rock et le joyeux drille du groupe, celui qui communique... tandis que Kaye Woodward, tout de noir vêtue, reste d'une jolie élégance. A la batterie, Malcolm Grant s'est mué en gros monstre barbu, retranché au fond de la scène, et surtout derrière sa frappe peu spectaculaire a priori mais totalement métronomique. Il y a néanmoins ce soir une chose que je n'avais encore jamais vue, c'est que Robert Scott a devant lui une pile de papiers sur lesquels sont écrits en grosses lettres TOUTES les paroles de TOUTES les chansons, et qu'il ne les perd quasiment jamais des yeux pendant qu'il chante ! Des troubles de mémoire sévères, Robert ? Seules exceptions du set : Arvo (chanson inconnue au bataillon, une nouvelle ?), où il n'a pas besoin d'aide, et Mir, évidemment, puisque chanté par Kaye !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (27)Bon, et la musique ? Eh bien, je l'ai compris en découvrant "The Deep Set", tout simplement inchangée !  Les mêmes mélodies innocentes, à la limite du simplisme, mais tellement ensorcelantes au bout de quelques écoutes. La même rythmique obsessive, et obsédante, celle-là même que Johnny Cash inventait il y a plus d'un demi-siècle : ce martèlement du train qui roule, encore et encore, toujours et toujours... Il n'y a guère d'ailleurs que trois ou quatre modèles différents de "chanson des Bats", mais peu importe en fait, le miracle se reproduit à chaque fois : on oscille, on dodeline, on se laisse envahir par cette répétitivité bienveillante, terriblement confortable. Le formidable Antlers, perle du nouvel album, arrive en troisième position, trop tôt alors que je le rêvais en couronnement de la soirée. Smoking Her Wings nous rappelle les ambiances maritimes du formidable "The Law of Things" de 1990 qui nous avait définitivement rendu accros à cette étrange musique du bout du monde : un moment fort en émotion !

L'intensité du concert monte peu à peu, même si, par nature, la musique des Bats ne renferme aucun moment particulièrement spectaculaire, et surtout nul changement de ton, d'ambiance ou de style. Rooftops soulève les cris d'enthousiasme des fans, et je me dis qu'il aurait pu être composé à l'époque de "Fear of God" : hormis une certaine sûreté du trait, venue avec l'expérience, qui a remplacé le tremblement fragile des premières années, il est encore plus clair sur scène que rien n'a véritablement changé. Free All the Monsters et Boogey Man bouclent brillamment l'heure de concert. Sauf que Robert Scott donne le signal : c'est fini, les Bats quittent la scène, alors qu'il reste encore un titre sur la set list, et alors qu'il n'est pas encore 23 heures ! Pas très sympa, ça, pas très généreux !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (42)Le staff du Petit Bain fait signe que c'est bel et bien terminé, qu'il n'y aura pas de rappel... sauf que, décidément bien contrariants, le quatuor revient pour un Blue bien senti, qui déclenchera une mini hystérie parmi les fans hardcore, mais qui ne nous consolera pas tout à fait néanmoins de ce set vraiment trop court. Bon, ils nous promettent qu'ils reviendront, mais doit-on les croire ? Et nous-mêmes, serons-nous encore là, des souvenirs enchantés plein la tête, un sourire béat sur le visage ?

C'est déjà très fort d'avoir fait ainsi la nique au Temps, mais combien de temps cela peut-il encore durer ? »

 

Les musiciens de Wundabar sur scène :

Brandon Hagen - Guitar and Lead Vocals

Drew McDonald - Drums and Backing Vocals

Grayson Kirtland - Bass and Backing Vocals

 

La setlist du concert de Vundabar :

Acetone (Audiotree Live – 2017)

Chop (Gawk – 2015)

Alien Blues (Gawk – 2015)

Ash in the Sun (Gawk – 2015)

$$$ (Audiotree Live – 2017)

Bust (Gawk – 2015)

Darla (Gawk – 2015)

Reach (Audiotree Live – 2017)

Diver (Audiotree Live – 2017)

Oulala (Gawk – 2015)

Voodoo (Antics – 2013)

 

2017 06 10 The Bats Petit Bain (40)Les musiciens de The Bats sur scène :

Paul Kean – bass, backing vocals

Malcolm Grant - drums

Robert Scott – lead vocals, guitar

Kaye Woodward – lead guitar, vocals

 

La setlist du concert de The Bats :

Supernova (Couchmaster – 1995)

Nine days (The Law of Things – 1990)

Antlers (The Deep Set – 2017)

Smoking Her Wings (The Law of Things – 1990)

Rock and Pillars (The Deep Set – 2017)

Arvo

Two lines (The Guilty Office – 2008)

Rooftops (The Deep Set – 2017)

Block of Wood (Daddy’s Highway – 1987)

Treason (Daddy’s Highway – 1987)

Mir (At the National Grid – 2005)

Walking Man (The Deep Set – 2017)

Up to the Sky (At the National Grid – 2005)

Free All the Monsters (Free All the Monsters – 2011)

Boogey Man (Fear of God – 1991)

Encore

Made Up in Blue (Made Up in Blue EP – 1986)

 

 Cette chronique a déjà été partiellement publiée sur mon blog www.manitasdeplata.net