2017 06 23 Bryan Ferry Olympia Billet« La canicule qui a sévi cette semaine s'est un peu calmée aujourd'hui mais Paris semble encore engourdi par l'épreuve. Devant l'Olympia, une longue file de Parisiens bien mis et marqués par les années entre au compte-gouttes, fouille au corps oblige en cette époque troublée. Bryan Ferry est en ville, et j'ai décidé, malgré le prix exagéré des billets, de le voir enfin sur scène... après avoir inexplicablement manqué les passages à Paris de Roxy Music, l'un des rares groupes majeurs de ma génération qui manque à mon "palmarès"...

Cinquième rang un peu trop sur la droite, mais rien de dramatique, je ne me suis pas trop mal sorti du rush sur les places numérotées. Inutile de rager sur la vanité d'un concert de Rock assis...

2017 06 23 Judith Owen Olympia (3)20h pile : Judith Owen ouvre la soirée, au piano et accompagnée par un trio violoncelle - violon - percussions. La voix est majestueuse, style diva soul, mais malheureusement Judith paraît un peu à l’ouest, entre attitudes exagérées mal à propos, communication lourdaude avec le public et une indéniable prétention (peu justifiée, clairement). Ses chansons ne sont après tout que de la "variété internationale" tiède pour sexagénaires (il y en a beaucoup dans la salle, même si je dois me mettre dans le lot !), un mélange de soul stéréotypée et de jazz poli : « les Français aiment le jazz, non ? Alors criez ! » clame notre diva au rabais entre deux balayés de chevelure hilarants... Les textes, pompeux, parlent des sans-abris, du décès de nos parents, de l'avenir de la planète, sans que le ridicule de ces déclarations péremptoires et "concernées" ne semble atteindre Judith. 30 minutes d'insignifiance et d'arrogance conjuguées, résultant dans un mélange d'ennui et d'irritation, sans même parler des quelques démonstrations de virtuosité inutile de la part du trio d'accompagnateurs, et d'une reprise incroyablement hors de propos de Aquarius pour terminer en "beauté". Laid. Consternant. Le public applaudit : est-ce vraiment ce que nous méritons pour avoir atteint l'âge que nous avons et pour avoir envie d'écouter encore Bryan Ferry ?

20h50 : Neuf musiciens sur scène, Bryan Ferry au centre, avec ses 71 ans passés. Stronger Through the Years, Bryan, vraiment ? Sans réelle surprise, les années ont rattrapé le dandy crooner qui nous fit tous et toutes tant fantasmer, surtout dans les années 80 : la voix ne se lance plus dans ces divines circonvolutions décadentes, que nous adorions, et le chant a clairement baissé en intensité, même si l’on sait que Ferry s’est toujours complu à une certaine distanciation classieuse (ou vulgaire ? Les avis varient sur la question…).

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (4)Voici donc Bryan s’appuyant sans vergogne sur un backing band luxueux et professionnel : deux choristes noirs, un clavier, deux guitares, une basse, une batterie, une saxophoniste, qui fait souvent le show et récolte maints applaudissements, et une violoniste. C’est à peine si l’on remarque l’ami fidèle Chris Spedding, lui véritablement accablé par l’âge, qui fait un peu pitié, du coup, obligé qu’il est de laisser les solos à une jeune chevelu au premier rang du groupe. Mais bon, il faut bien admettre que Bryan, une fois passés les débuts de Roxy Music où il n’avait pas encore le contrôle, n’a jamais confronté sa musique à des musiciens notables, et préfère cet espèce de professionnalisme rassurant comme écrin à des chansons qui méritent pourtant bien mieux.

On démarre évidemment dans le plaisir avec le trio The Main Thing / Ladytron / Out of the Blue, avec juste un Slave to Love intercalé pour rassurer les midinettes qui se seraient perdues au milieu de la foule grisonnante : Bryan sait qu’il n’a jamais fait mieux que lors des premières années de Roxy, il n’a plus l’âge de faire semblant. La set list de ce concert de 1h40 (sans rappels, inutile de prétendre qu’on est à concert de Rock, clairement !) ne contient aucune chanson postérieure aux années 80, si ce n’est la sublime et tremblante reprise de Rodgers and Hart, Where and When, qui me fait rêver un instant : et si le meilleur que Ferry pouvait offrir à ses vrais fans, aujourd’hui, c’était une interprétation dépouillée de l’intégralité du sublime "As Time Goes Bye" ?

Mais non, on est ce soir dans le prévisible, le bien bordé, le nostalgique. Et curieusement, alors que le mauvais coucheur en moi se prépare à râler devant le bon goût synthétique de tout cela, voilà que peu à peu, je tombe sous le charme. Les deux extraits de "Bête Noire" sonnent par exemple particulièrement bien, et une belle mélancolie se dégage du concert. La reprise de Like a Hurricane, illuminée par de pertinents solos de guitare, arrive à sonner comme une sorte de commentaire apaisé sur la fureur de l’original de Neil Young, et ne manque vraiment pas d'atouts. Et si Bryan a besoin d’une petite pause au milieu du set, pendant laquelle ses musiciens assument le spectacle (Tara), je me rends compte qu’on est tous prêts à baisser la garde et à se laisser emporter par la dernière partie du concert, où l’on sait très bien que Bryan va aligner les chansons imparables.

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (23)Et de fait, si In Every Dream… peine à retrouver sa majesté originelle, du fait de la voix de Ferry, une version pétrifiante de If There Is Something balaie tous nos doutes : le spectre de Roxy Music a été invoqué avec succès dans le cadre pourtant "fake" de cette fausse Olympia où il ne sert plus à rien de se référer à Piaf (mais je suppose que Bryan n’est pas au fait de l’histoire de la salle…). Avalon, évident, me permet enfin de courir au premier rang pour profiter du finale, entouré de vieilles Anglaises qui se pâment comme des ados devant les souvenirs de leur turbulente jeunesse. Virginia Plain (tout le monde chante), Let’s Stick Together, Do the Strand et Jealous Guy : que du nanan ! Ne manquait que Street Life et mon bonheur eût été complet. La prochaine fois, peut-être ?

Bref, j’ai sacrifié sans honte ce soir à un péché que je considère pourtant comme mortel en Musique, celui de la nostalgie. Roxy Music fut durant cinq ans un groupe immense, et évoquer cette grandeur passée en compagnie de Bryan aura été un beau moment d’émotion.

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (42)« Shake your hair girl with your ponytail / Takes me right back (when you were young) / Throw your precious gifts into the air / Watch them fall down (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / You used to walk upon (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The hills were higher (when we were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The trees were taller (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The grass was greener (when you were young) »

S’il y a quelque chose à trouver… Tout est dit. »

 

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (116)La setlist du concert de Bryan Ferry :

The Main Thing (Roxy Music – Avalon – 1982)

Slave to Love (Boys and Girls – 1985)

Ladytron (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

Out of the Blue (Roxy Music – Country Life - 1974)

Where or When (Rodgers & Hart cover – As Time Goes By – 1999)

Simple Twist of Fate (Bob Dylan cover – Dylanesque – 2007)

A Waste Land (Boys and Girls – 1985

Windswept (Boys and Girls – 1985)

Bête Noire (Bête Noire – 1987)

Zamba (Bête Noire – 1987)

Stronger Through the Years (Roxy Music – Manifesto - 1979)

Like a Hurricane (Neil Young cover – The High Road – 1982)

Tara (Roxy Music – Avalon – 1982)

Re-make / Re-model (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

In Every Dream Home a Heartache (Roxy Music – For Your Pleasure - 1973)

If There Is Something (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

More Than This (Roxy Music – Avalon – 1982)

Avalon (Roxy Music – Avalon – 1982)

Love Is the Drug (Roxy Music – Siren – 1975)

Virginia Plain (Roxy Music – Single - 1972)

Let's Stick Together (Wilbert Harrison cover – Let’s Stick Together – 1976)

Do the Strand (Roxy Music – For Your Pleasure - 1973)

Jealous Guy (John Lennon cover – The High Road – 1982)

 

 Cette chronique a dèjà été partiellement publiée à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.com