2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale Billet« C'est toujours un bonheur que de découvrir pour la première fois un artiste sur scène, il y a la curiosité, l'espoir d'une vraie surprise, un peu encore de l'excitation des premières fois. Hanni el Khatib, que j'ai découvert bien tardivement à l'époque de son excellent troisième album, fait partie des gens qui intriguent : un drôle de mélange entre sincérité garage et mélodies accrocheuses, séduisantes même souvent. La "hype" Hanni el Khatib est désormais un peu retombée à Paris, mais ce n'est pas plus mal.

2017 10 10 Gabriel Auguste Cigale (6)Comme deux premières parties sont prévues ce soir, la Cigale se remplira lentement, on le sait bien, d'un public typique du concert rock parisien un peu pointu (mais pas trop) : des hipsters, des gentils couples autour de la trentaine, quelques fans plus grisonnants heureusement. Moi, posté sur ma rambarde de droite, je réfléchis aux vertus rassérénantes de la musique en période de trouble. Un vœu pieu ?

19h55 : Gabriel Auguste a un look passablement seventies mais quand même assez bizarre : pantalon et chaussures de ville, blouson jaune satin, moustache straight et longs cheveux blonds... sa musique est du soft rock, sur des tempos moyens qui évoquent l'un de ces fameux groupes de bal populaire de mon enfance (qui m'ont largement traumatisé) jouant plutôt mal des chutes des albums de Pink Floyd. La voix est particulièrement médiocre, et l'impression générale est d'une sorte de variétés françaises pas trop intéressantes. Heureusement ça ne dure qu'une vingtaine de minutes. Passons...

2017 10 10 Fantômes Cigale (4)20h30 : un duo cette fois sur scène, ils sont français aussi, ils débutent (expliquant que c'est leur première tournée...), et ils s'appellent Fantômes. Et c'est quand même déjà plus ça : au début on a même l'espoir d'un truc vraiment intéressant. C’est le batteur qui chante surtout, pas très bien mais bien dans le ton du truc, un bricolage approximatif mais original. Le guitariste n'a rien d'un virtuose et la guitare est un peu sous-mixée. C'est frais et nerveux, comme on aime, cependant au bout d'un moment, on peut trouver que les morceaux manquent quand même de consistance et de structure. Ce n'est pas si facile que ça paraît de jouer "arty" en fait. Le fan club de Fantômes est dans la salle, l'ambiance est amicale, mais le groupe n'est clairement pas encore prêt. Le dernier morceau, plus énergique, permet de se quitter sur une note positive. Sinon, une anecdote curieuse : avant de commencer à jouer, les deux musiciens se sont serré la main comme s'ils venaient juste de faire connaissance, là, sur scène. Un rituel ?

20h20 : un scorpion noir sur fond rose est projeté sur l’écran au fond de la scène, c’est la pochette de “Savage Times”, le dernier album de HEK, comme on appelle Hanni El Khatib, peut-être parce que c’est plus simple, ou bien parce que ça fait plus américain : finalement il n’y a pas trop de patronymes arabes, voire pas du tout, dans le Rock ! Mi-palestinien, mi-philippin, lourdement tatoué, Hanni a fière allure, un mélange peu courant de charme, de sensualité et de décontraction furieusement rock’n’roll. Il est accompagné d’un trio disparate, entre guitariste au look de nerd, bassiste bien garage et batteur jeunot bien propre sur lui. La Cigale est maintenant bourrée jusqu’à la gueule, et l’ambiance est chaud bouillante. On est parti pour un bon concert de Rock qui sent sous les aisselles : HEK attaque fort avec Baby’s OK, le son claque, le groupe est efficace, la voix est parfaite, c’est tout bon.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (6)Ce qui est magique avec HEK, c’est que même les morceaux qu’on ne connaît pas accrochent immédiatement, et qu’avant qu’ils soient même finis, on sait chanter le refrain et on s’amuse : est-ce que c’est un gage de la trop grande simplicité de cette musique, qui oscille en permanence en rock des origines (on sait que les Zombies et les Beatles furent une grande inspiration de Hanni à ses débuts), déflagrations garage-punk et soul-disco populaire ? Ou au contraire, est-ce le plus beau témoignage de son universalité ?

Mais le plaisir de chanter les irrésistibles Moonlight ou Melt Me sera un peu gâché par l’irruption sur scène d’un spectateur du premier rang, qui vient se plaindre des agissements de quelques individus éméchés et violents dans la fosse… C’est assez inattendu, et on voit que Hanni ne sait pas trop quoi dire : on est quand même dans un concert garage / punk, il me paraît difficile de reprocher à des membres du public de trop bouger, non ? Cependant un peu plus tard, il semble que la situation dégénère, le groupe s’interrompant en plein milieu du très BlackKeysien Dead Wrong du fait des altercations au premier rang. Bon, j’ai sans doute bien fait de m’installer comme je le fais désormais toujours à la Cigale, sur ma coursive latérale… Bref, le service d’ordre intervient, vire – assez gentiment – les fauteurs de trouble, et le set peut recommencer.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (16)Bon, c’est bien joli tout ça, mais je trouve le set un tantinet trop gentil, trop tiède, avec un Hanni un peu dilettante, en deçà de ce qu’on pouvait attendre… HEK lit-il dans mes pensées ? En tout cas il nous offre alors un Come Down d’anthologie : « If the God’s gonna come down / You better come now / Because if he ain’t going to come / I’m going to do what I want ! » J’ai les poils et les cheveux qui se dressent, l’émotion me submerge, putain ça c’est en enfin du rock’n’roll, ça tord les tripes ! Et il enchaîne aussitôt avec : « When you dead in your grave / No more women will you crave / I'll be glad when you dead, you rascal, you! »… Un truc qui me dit quelque chose… Mais oui, c’est cette Vieille Canaille chantée par Gainsbourg !

A partir de là, HEK et ses hommes passent la surmultipliée et le concert bascule complètement du côté obscur – et jouissif – de la force. Hanni et Hayden descendent à tour de rôle et plusieurs fois dans le public, il y a un mosh pit généreux qui se forme au milieu de la Cigale, et la température est au moins montée de 1000 degrés centigrades. Les dernières vingt minutes seront mémorables, un peu comme un concert des Fleshtones ou des Black Lips avec de (bien) meilleures chansons. Partout dans la salle, et même au balcon, les gens sont debout, dansent et chantent, alors que les vagues de pogo déciment la fosse. Hanni semble enfin s’être lâché, il rayonne littéralement et fait honneur à son excellente réputation sur scène. Un doux chaos règne sur la Cigale, et je n’ai absolument pas envie que cet état de béatitude musicale prenne fin…

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (54)… mais, alors qu’il nous avait promis, le fourbe, de continuer à rocker jusqu’à ce qu’on le vire de scène, le voilà qui plie les gaules après moins d’une heure de set ! Alors, là, je ne suis pas d’accord ! Mais pas du tout ! Bon, ils reviendront pour deux rappels tout aussi irrésistibles, avec en particulier l’ultra-dansant Two Brothers, qui nous laissera forcément d’excellente humeur, malgré la brièveté de ce concert.

En sortant de la Cigale, je me fais le serment de ne jamais manquer, dans la mesure du possible, un passage de HEK en ville. C’est tout simplement trop bon pour s’en passer ! »

 

Les musiciens de Hanni El Khatib :

HEK – voice, guitar

Ron Marinelli – drums

Adrian Rodriguez – bass

Hayden Tobin – guitar, keyboards

 

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (90)La setlist du concert de Hanni El Khatib :

Baby's OK (Savage Times – 2017)

Mangos and Rice (Savage Times – 2017)

Moonlight (Moonlight – 2015)

Melt Me (Moonlight – 2015)

Till Your Rose Comes Home (Savage Times – 2017)

The Teeth (Moonlight – 2015)

Paralyzed (Savage Times – 2017)

Dead Wrong (Will the Guns Come Out – 2011)

This I Know (Savage Times – 2017)

Come Down (Savage Times – 2017)

You Rascal You (Will the Guns Come Out – 2011)

Loved One (Will the Guns Come Out – 2011)

Pay No Mind (Head in the Dirt – 2013)

Family (Will the Guns Come Out – 2011)

Encore :

???

Two Brothers (Moonlight – 2015)

Encore 2 :

???