Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

10 juin 2020

Kevin Morby - Jeudi 20 Juin 2019 - Cabaret Sauvage (Paris)

2019 06 20 Kevin Morby Cabaret Sauvage Billet

Quand on a écouté pour la première fois "Oh My God", le cinquième album de l'Américain Kevin Morby, on s'est dit qu'on allait enfin pouvoir arrêter de pleurer la disparition de Leonard Cohen, et peut être même d'attendre aussi un nouveau Bob Dylan : voilà un petit gars qui cochait toutes les cases, les doigts dans le nez, des textes narquois bien troussés au lyrisme fiévreux. Paris avait bruissé de la rumeur d'un grand concert lors de son passage précédent au Point Éphémère, il ne fallait donc pas manquer l'apparition de ce nouveau messie au Cabaret Sauvage, sold out pour le coup.

2019 06 20 Sam Cohen Cabaret Sauvage (2)

19h40 : Sam Cohen, c'est un bon pote à Kevin, qu'il produit et accompagne à la guitare électrique sur scène, et cela lui vaut, nous dit-il, de mettre les pieds pour la première fois en France, et à Paris : les meilleurs croissants de sa vie, cette salle trop, trop française, sa femme qui va acheter des vêtements qu'on ne trouve qu'ici, etc. Sam est content, et son set de 40 minutes va lui valoir un accueil sinon délirant, mais tout au moins chaleureux du public parisien, patient et attentionné. De quoi se faire de bons souvenirs, donc. Musicalement, Sam Cohen, c'est un peu curieux : des morceaux mid-tempo pour la plupart, pas extraordinairement originaux, mais qui se terminent presque à chaque fois par un long solo de guitare convaincant, parfois même très beau. On voit que le solo de guitare, c'est son kif à Sam : pourquoi pas ? Quand on a compris le plan, on patiente gentiment pendant chaque chanson en attendant ce final électrique. Une belle chanson atmosphérique (Unconditional Love) suivie par deux titres plus rock, plus mémorables aussi (Dead Rider, puis Let the Mountain Come to You) élèvent le niveau. Ah, j'ai oublié quelque chose d'important, pour la suite : le groupe (celui de Kevin, hormis le bassiste, donc...) joue superbement bien, créant une belle ambiance posée et raffinée. Ça laisse bien présager de la suite.

2019 06 20 Kevin Morby Cabaret Sauvage (1)

20h40 : le chapiteau atypique et charmant du Cabaret Sauvage, avec sa scène un peu basse, est bien plein pour ce démarrage inhabituellement tôt du set de Kevin Morby. Le public est, sans surprise vu le genre musical, plutôt pas très jeune, et plutôt poli et bien éduqué, mais la salle bruit d’une douce excitation qui est généralement la marque des concerts importants. Le grand Kevin monte sur scène sur les dernières notes d'un blues traditionnel que notre manque de culture en la matière nous empêche de reconnaître : il est vêtu d'un costume de scène noir, brodé un peu partout de motifs de couleurs et portant dans le dos le cri de l'album "Oh My God" ! Le OMG band, c'est sept autres musiciens, dont Sam à la guitare, deux choristes à la voix stupéfiante et un saxophoniste black époustouflant (tous les trois malheureusement relégués au fond de la scène vu sa relative étroitesse pour accueillir tout ce beau monde…). A ce groupe viendront se joindre à la fin du set le bassiste de Sam aux percussions et un trompettiste. Bref, Kevin fait dans le Big Band cette fois, ou plutôt la Rolling Thunder Review pour rester dans les images dylaniennes. Et, alors que Kevin attaque un Congratulations enflammé, on réalise que le son produit par tout ce joli monde est fantastique : ample, subtil, puissant

Kevin, grand échalas au visage juvénile, est visiblement aussi un grand nerveux, arpentant sans cesse la scène curieusement décorée de fausse neige en coton dans laquelle sont dissimulées de petites bougies électriques du plus bel effet (on est un peu ironiques là, pour le coup). Les pieds de micro sont quant à eux joliment ornementés de roses fraiches, rouges et blanches, que Kevin distribuera lui lui-même aux dames du public à la fin, une heure quarante minutes plus tard.

2019 06 20 Kevin Morby Cabaret Sauvage (10)

Ce qui est fort avec les chansons de Kevin Morby, et qui est la marque des vrais compositeurs, c'est qu'il suffit de les avoir écoutées une fois pour les mémoriser : chaque morceau de ce début de concert soulève l'enthousiasme, et on se laisse docilement entraîner dans cette atmosphère d'offrande spirituelle qui, soutenue par des chœurs féminins puissants, rappelle en effet notre cher vieux Len. OMG rock n roll vient enflammer tout cela, et prouve que Kevin sait faire parler la poudre quand il le faut : les constructions électriques des deux guitares de Sam et Kevin vont ainsi régulièrement porter le set vers une douce frénésie, qui me fait regretter que, justement, Cohen, et même le Dylan de ces dernières décennies, n'aient pas fait porter leurs chansons par un groupe aussi jeune et intense que ce OMG Band, qui peut transformer le moindre refrain intimiste en tuerie.

C'est avec No Halo que le set s'élève vers ce que nous qualifierons de "sublime" : chaque phrase, chaque note se transforme en or pur, nous sommes tous suspendus à la Musique, dans cet état de grâce qui est la marque des grands, non des très grands concerts. O Behold, magistral moment d’intense beauté, enfonce le clou, et nous ne redescendons plus vraiment de notre petit nuage (…de coton) : « O behold the hole in my soul / Cannot be filled and it cannot be sewn up / And o behold the hole in my heart / Devil will come for us, try to tear us apart… ». Kevin déblatère un moment, nous racontant son passage au Point Éphémère devant 150 personnes (a priori beaucoup plus que sur les autres dates de sa tournée !), et son affection pour Paris consécutive à ce premier succès. Nothing Sacred / All things Wild, que nous chantons tous avec Kevin, soit en chœur, soit silencieusement dans notre cœur (« When you were young / You used to plea to make me believe / Nothing sacred (ooh, ah), all things wild… », des larmes plein les yeux…), clôt la première partie du set, consacrée au dernier album.

2019 06 20 Kevin Morby Cabaret Sauvage (20)

Une fois bouclé ce chapitre d’émotion intense, on retourne maintenant aux albums précédents, avec une sélection goûteuse de titres qui passent bien sur scène, qui rockent ou qui swinguent : City Music met de la joie dans les cœurs et des fourmis dans les jambes, le blues - classique mais sur lequel le saxophone part dans un délire magnifique – de Dry Your Eyes, ou encore, lors d’un rappel particulièrement bien enlevé, les pics lyriques et frénétiques de Parade et la sensualité nostalgique de Harlem River font merveille. Kevin n’arrête pas de répéter qu’il est particulièrement heureux de sa soirée (« je n’ai jamais eu autant de gens à un concert à Paris ! »), mais nous aussi, Kevin, nous aussi : tu nous as offert l’un des concerts les plus profondément beaux, les plus intensément musicaux que nous ayons eus cette année à Paris.

Le Cabaret Sauvage se vide très, très lentement, personne n’a envie je pense de retourner à la réalité, après cette démonstration magistrale de la puissance de l’inspiration. Sur la sono, quelqu’un a eu la brillante idée de nous passer le Rock’n’Roll du Velvet, comme pour nous rappeler, que, eh oui, notre vie a bien été sauvée par le Rock’n’Roll. Et que Kevin Morby s’inscrit de plein droit dans cette Histoire-là…

 

La setlist du concert de Sam Cohen :

Man on Fire (The Future’s Still Ringing in My Ears – 2019)

I Can't Lose (The Future’s Still Ringing in My Ears – 2019)

Something's Got a Hold On Me (The Future’s Still Ringing in My Ears – 2019)

Spinning Love (The Future’s Still Ringing in My Ears – 2019)

Let The Sun Come Through My Window

Unconditional Love (Cool It – 2015)

Dead Rider (The Future’s Still Ringing in My Ears – 2019)

Let the Mountain Come to You (Cool It – 2015)

Waiting For My Baby (The Future’s Still Ringing in My Ears – 2019)

 

La setlist du concert de Kevin Morby :

2019 06 20 Kevin Morby Cabaret Sauvage (18)

Congratulations (Oh My God – 2019)

Hail Mary (Oh My God – 2019)

Savannah (Oh My God – 2019)

Piss River (Oh My God – 2019)

OMG Rock n Roll (Oh My God – 2019)

Seven Devils (Oh My God – 2019)

No Halo (Oh My God – 2019)

O Behold (Oh My God – 2019)

Nothing Sacred / All Things Wild (Oh My God – 2019)

Beautiful Strangers (Single – 2016)

City Music (City Music – 2017)

Dry Your Eyes (City Music – 2017)

I Have Been to the Mountain (Singing Saw – 2016)

Cut Me Down (Singing Saw – 2016)

Dorothy (Singing Saw – 2016)

Encore:

Parade (Still Life – 2014)

Harlem River (Harlem River – 2013)

Cette chronique a déjà été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs Manitasdeplata et Benzine Mag.

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05 juin 2020

Vox Low / J.C. Satàn / Jessica 93 au Festival des 15 Ans de New Noise - Vendredi 14 Juin 2019 - Trabendo (Paris)

2019 06 14 15 Ans New Noise Trabendo Billet

C'est la fête du "nouveau bruit" au Trabendo. Bière et food truck en écoutant Nine Inch Nails alors qu'un semblant de chaleur semble enfin réconcilier Paris avec ce mois de Juin difficile. Bon, expliquons-nous : c'est l’excellent magazine New Noise, combattant valeureusement depuis 15 ans au service de la musique indépendante, qui organise un festival pour son anniversaire dans ce bel endroit, à la fois Rock et convivial qu'est le Trabendo. Et ce soir, la célébration du bruit à la française a fière allure puisque nous pourrons écouter J.C. Satàn et Jessica 93, précédés par Vox Low, jeune groupe à la réputation grandissante.

2019 06 14 Vox Low Trabendo (9)

20h25 : Vox Low (étiqueté "post-punk pour dark-floor" dans la publicité pour le festival), pratique en effet un post rock mâtiné de post punk - la basse en avant dans la bonne tradition Joy D. : sur une rythmique métronomique, une guitare et / ou des synthés (vintage a priori, avec un son souvent remarquable...) qui déchirent la chape de plomb, et quelques vocaux minimaux qui participent à un sentiment lancinant de plongée sans fin dans un abîme glacé. Les textes – en anglais – sont d’ailleurs apparemment nourris par la littérature de SF la plus intelligente (le groupe cite Dick et Dantec…). Le résultat est souvent vraiment beau, parfois un tantinet longuet quand certains morceaux s'éternisent un peu trop, et qu'on finit par perdre la concentration requise par cette musique. Pour être vraiment exceptionnel, Vox Low devrait soit occasionnellement vraiment lâcher la bride et laisser sa musique exploser, soit au contraire aller plus loin encore dans la perfection métronomique obsessionnelle. 1h05 satisfaisante, qui recueille une large approbation de la part du public du Trabendo (un public familier du groupe et conquis à l'avance ?) : voilà une belle entrée en matière pour la soirée...

Mon sentiment que chaque groupe a amené son public se confirme lorsque je vois que la salle se renouvelle complètement pendant l'installation du matériel de J.C. Satàn.

2019 06 14 JC Satan Trabendo (7)

22h : la première chose qui me vient à l'esprit quand Arthur tire ses premiers riffs de la soirée de sa guitare et de l’ampli Orange juste en face de moi, c'est : "P... ! Je n'ai pas entendu quelqu'un jouer aussi fort depuis Gedge de Wedding Present en 1989 !" Ayant admis que ce soir, on perdrait un peu d'acuité auditive, il ne reste plus qu'à profiter d'un concert où tous les voyants sont dans le rouge. Arthur, c'est un peu notre Ty Segall à nous : virtuose de la gratte, passant du rock stoner au punk sans oubler le rock garage, Arthur fait un show intense, qui réjouit autant la vue que les oreilles (enfin, ce qu'il nous en reste...), du pur rock’n’roll vraiment furieux et tout joyeux à la fois. Le seul problème ce soir, mais il est de taille, c'est que les voix sont complètement inaudibles de là où nous sommes placés, devant la scène, ce qui empêche de rentrer totalement dans le set. Mais il est clair que ça n'empêchera pas les fans, les vrais, de transformer le Trabendo en un ballroom en folie : le mosh pit est bien allumé, mais on restera dans la joie et la bonne humeur, heureusement. Arthur s'humecte le gosier au Single malt 12 ans d'âge, Paula – la chanteuse - est à genoux quand elle n’est pas au micro, Romain cogne ses fûts comme un damné…, et d'un coup le set décolle complètement : metallic KO, my man, metallic KO ! J.C. Satàn ("garage-stoner-pop jésuférienne") va jouer une heure complète, soit 10 minutes de plus que prévu, et nul ne s'en plaindra. Une belle démonstration de puissance de la part d'un groupe qu'on n’est pas loin de qualifier d'exceptionnel. Mais un set de forcenés qu'on aurait certainement plus apprécié si on avait pu profiter du chant...

2019 06 14 Jessica 93 Trabendo (4)

23h25 : C’est avec vingt-cinq minutes de retard sur le programme que Geoffroy Laporte lance le set de Jessica 93, réduit ce soir encore à sa seul personne… ce qui est un peu malheureux car il nous a souvent semblé que la musique de Geoffroy s’enrichissait, s’ouvrait au contact d’autres musiciens, sans même parler d’adopter une plus grande décontraction sur scène, qui permet à la musique puissante de Jessica 93 de mieux respirer. Mais bon, faisons contre mauvaise fortune bon cœur, et laissons-nous entraîner par le maelstrom de sons que nous offre notre Geoffroy, sacré maître du "cold-grunge outre-périph" pour attirer le chaland ! On connaît le rituel : sur des beats pré-enregistrés, Geoffroy construit d’abord des boucles de basse et / ou de guitare, sur lesquelles il interprétera ensuite les parties de guitare et / ou de basse de chaque morceau, et chantera. C’est fascinant à voir, sans aucun doute, parce que ça permet au spectateur de toucher du doigt l’architecture sonore de la musique, et sa fascinante complexité. Mais, comme pour J.C. Satàn précédemment, l’équilibre mal dosé entre ce fameux ampli Orange et la sono fait que la voix est quasiment inaudible au premier rang, et que l’équilibre entre les différentes couches sonores construites par Geoffroy est régulièrement mis en péril : bref, le spectacle offert par Geoffroy est superbe, mais pour apprécier la musique de Jessica 93 à sa juste valeur, ce ne sera pas pour ce soir. Heureusement, les aficionados à nos côtés au premier rang, qui connaissent tout le répertoire par cœur, s’en donnent à cœur joie, et l’ambiance générale restera à l’allégresse et à la ferveur. On pourra bien sûr regretter le choix habituel de Geoffroy de se dissimuler derrière ses cheveux : même si l’on comprend bien qu’il n’ait pas envie de se faire photographier, il y a quand même un effet de barrière entre l’artiste et son public qui l’adore, qui n’est pas des plus plaisants. Sinon, rien à redire à cette musique puissante, sorte de croisement contre-nature entre Nirvana et The Cure, ni à l’intégrité musicale de Jessica 93.

La soirée se termine, mais personne n’a vraiment envie de quitter ce cocon de bruit extrême qui nous semble à nous tellement confortable, tellement accueillant. Allez, une dernière bière avant de rentrer ? La nuit est encore si tiède… et le bruit si nouveau…

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30 mai 2020

Fat White Family - Jeudi 13 Juin 2019 - Elysée Montmartre (Paris)

2019 06 13 Fat White Family Elysée Montmartre Billet

Ah ! La Fat White Family ! L’Angleterre éternelle, celle qui n’a pas nullement besoin de Brexit pour être singulière, à la fois profondément dérangée et paradoxalement attirante. Il y a l’attitude très rock’n’roll des musiciens, à base de drogues dures et d’une incontournable arrogance, mais surtout une musique difficile à classer, entre guitares punks et danse frigorifiée. Le nouvel album, "Serf’s Up!", est d’ailleurs très réussi, comme du LCD Soundsystem profondément neurasthénique mais aussi ouvert aux grands espaces morriconiens. Il est donc logique que FWF remplisse désormais complètement une salle de la taille de l’Elysée Montmartre, une salle de taille conséquente, accueillant des groupes déjà consacrés.

2019 06 13 Murman Tsuladze Elysée Montmartre (12)

19h55 : Des Français qui honorent la Géorgie (à moins que ça ne soit l’Azerbaïdjan, mes notions linguistiques trouvent leurs limites dans ce coin de l’ex-Union Soviétique « entre la Mer Noire et la Mer Caspienne »…), pourquoi pas ? Un trio (guitare et claviers, basse et claviers, machines) arborant noms et vêtements "exotiques", jouant une musique refusant - et c'est plus que louable – le folklore et les étiquettes : de l'électro aux vagues sonorités slaves, du rock orientalisant quand Murman Tsuladze nous la joue dur, des poussées disco pour faire danser le public - amis et familles ont l'air d'être dans la salle -, pourquoi pas ? On parle tantôt en français tantôt en… langue locale (mais quelle langue locale ?), on fait pas mal de vannes pas forcément très drôles. Ça dure 40 minutes, un peu trop longtemps sans doute car l'inspiration est inégale. Murman quitte peu à peu ses vêtements, et des filles dans la salle crient « à poil », c'est un juste retour des choses après toutes ces années de machisme. Mais, à force d'hésiter entre viande et poisson, voire même de choisir l'option végétarienne, tout ça n'a pas grand goût. Bref, on aime bien le concept – le post-soviétisme, en mélangeant une ironie vaguement surréaliste et de vraies ambitions musicales - derrière Murman Tsuladze (le groupe), mais sa réalisation laisse encore à désirer.

21h05 : c’est avec une quinzaine de minutes de retard sur l’horaire prévu que le septette originaire de Peckham, un quartier particulièrement agité du Sud-Est londonien, monte sur scène. Les musiciens sont quasi alignés sur scène, avec Lias Saoudi au centre, son frère Nathan aux claviers tout à droite de nous, et Saul Adamczewski, le second chanteur, à la droite de Lias (donc à notre gauche, si vous me suivez…). Fat White Family, c’est une troupe bigarrée, collectionnant les looks improbables, certains d’une maigreur évoquant l’usage abusif de substances illégales… Mais tous les regards sont attirés immédiatement – et resterons fixés pour toute l’heure et dix minutes qui va suivre – sur Lias, hiératique dans son costume, la boule à zéro et le regard perçant, sans qu’aucun sourire ne se dessine sur son visage.

2019 06 13 Fat White Family Elysée Montmartre (5)

Le set démarre par When I Leave, clairement pas l’un des meilleurs titres de "Serf’s Up!", et pourtant… ! Pourtant… sur scène, cette musique acquiert une puissance incroyable : est-ce l’effet des guitares, beaucoup plus présentes que sur disque, ou bien la voix de Lias, plus autoritaire, plus impérieuse plutôt, ou bien encore la cohésion de ce groupe bizarre, assemblage disparate qui me rappelle – sans que je sache vraiment pourquoi – les Bad Seeds des années les plus vénéneuses de Nick Cave ? En tout cas, il est clair que FWF est capable de transcender en live même les chansons les moins impressionnantes de son répertoire.

Les deux titres suivants effectuent le traditionnel flashback qui rassurera les spectateurs nostalgiques des débuts plus chaotiques du groupe, mais c’est au quatrième morceau, l’irrésistible Fringe Runner que Lias passe aux choses sérieuses : ayant déjà tombé la veste (la chemise suivra bientôt, et le reste du concert sera assuré torse nu…), Lias descend dans la fosse au contact avec son public déjà passablement déchaîné et orchestre le chaos général. Sur Fringe Runner, les similitudes avec LCD Soundsystem sont frappantes, sauf que James Murphy est sans doute trop intellectuel, trop nourri de références pour parvenir à ce type de musique totalement viscérale, que FWF produit naturellement… A la fin, Lias nous lâchera enfin son premier sourire !

2019 06 13 Fat White Family Elysée Montmartre (13)

Billy’s Boyfriend, morceau assez atypique, vient calmer le jeu un instant, mais un instant seulement. Après Hits Hits Hits, c’est l’apothéose de la soirée avec le terrassant Feet, d’une majesté époustouflante, le genre de chansons qui illumine littéralement l’année musicale (un gag néanmoins, au moment de démarrer Feet, on se rend compte que le frangin Nathan a disparu, visiblement sorti de scène d’urgence pour un "natural break" pressant !).

A partir de là, disons que l’Elysée Montmartre aura basculé dans la frénésie. D’ailleurs le service d’ordre, sans doute plus très habitué aux "vrais" concerts de Rock, panique visiblement devant le flot pourtant pas très nourri de slammers. Lias entre régulièrement dans la foule pour exciter ses fans. Quand on en arrive au formidable single - avec ses connotations T-Rex très excitantes -, Tastes Good with the Money, Lias a d’ailleurs été complètement englouti dans la fosse, laissant la scène libre à… l’ami Baxter Dury qui nous fait là une belle apparition surprise !

2019 06 13 Fat White Family Elysée Montmartre (23)

C’est ensuite le tour de I Believe in Something Better, un titre certes bien troussé mais qui n’attire pas plus que ça l’attention sur l’album, mais devient une claque magistrale sur scène. Le set se termine – quoi, déjà ? – par un dernier coup d’œil dans le rétroviseur avec un Is It Raining in Your Mouth en forme d’apothéose. Et le groupe disparaît dans les coulisses…

Il n’y aura pas de rappel, et la salle mettra longtemps à se vider tant nul n’a envie de mettre déjà fin à la soirée. J’imagine que les fans purs et durs de la première heure vont regretter les sommets d’énergie punk qu’atteignait le groupe sur scène à sa "grande époque", mais il faut admettre que, dans cette nouvelle maturité, ou tout du moins cette apparente stabilité que le groupe semble avoir trouvée après un quasi éclatement, et après un possible sevrage des drogues dures, Fat White Family reste l’un des groupes les plus importants de sa génération.

Bref, si vous n’étiez pas là à l’Elysée Montmartre ce jeudi 13 juin, eh bien disons que vous avez eu salement tort ! »

 

2019 06 13 Fat White Family Elysée Montmartre (40)

Les musiciens de Fat White Family sur scène :

Lias Kaci Saoudi – vocaux

Saul Adamczewski – guitare, vocaux

Nathan Saoudi – claviers

Adam J. Harmer – guitare

Sam Toms – batterie

Adam Brennan – basse

Alex White – claviers, saxophone, flûte

 

La setlist du concert de Fat White Family :

When I Leave (Serfs Up! – 2019)

Tinfoil Deathstar (Songs for our Mothers – 2016)

I Am Mark E. Smith (single – 2014)

Fringe Runner (Serfs Up! – 2019)

Bobby's Boyfriend (Serfs Up! – 2019)

Hits Hits Hits (Songs for our Mothers – 2016)

Feet (Serfs Up! – 2019)

Touch the Leather (single – 2014)

Goodbye Goebbels (Songs for our Mothers – 2016)

Whitest Boy on the Beach (Songs for our Mothers – 2016)

Cream of the Young (Champagne Holocaust – 2013)

Tastes Good With the Money (Serfs Up! – 2019)

I Believe in Something Better (Serfs Up! – 2019)

Is It Raining in Your Mouth? (Champagne Holocaust – 2013)

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25 mai 2020

Peter Perrett - Lundi 3 Juin 2019 - Café de la Danse (Paris)

2019 06 03 Peter Perrett Café de la Danse Billet

Il y eut une époque, pas forcément bénie, où pour devenir une légende du Rock, un haut niveau de consommation de drogues, une accumulation de frasques, et la perspective de mourir le plus jeune possible constituaient un chemin obligé, le talent n’étant qu’accessoire. Peter Perrett, que très peu de gens connaissent encore, surtout en nos contrées, avait tout pour devenir une telle légende, si ce n’est qu’il avait en plus ce talent de songwriter qui le distinguait de ses pairs, et le faisait régulièrement comparer à Lou Reed ou à Bob Dylan. Après la séparation beaucoup trop prématurée de ses Only Ones, et de graves problèmes de santé dans les années 80, le sort de Peter en paraissait jeté. Mais tout n’est heureusement pas logique, et voilà qu’au XXIème siècle, notre homme est reparu, travaillant désormais avec son fils Jamie, et une fine équipe (… qui enregistra temporairement sous le nom de Strangefruit) qui constitue son nouveau groupe : presque une seconde vie, avec un premier album en 2017, “How the West Was Won”, et, incroyable mais vrai, déjà un nouvel album, à paraître, “Humanworld”. De quoi rameuter au Café de la Danse tout ce que Paris compte encore de vieux rockers comme nous, nostalgiques d’une certaine attitude – cuir et lunettes noires, morgue et élégance, ce genre-là…

2019 06 03 Laurent Blot Café de la Danse (1)

19h45 : on ne s’y attend pas forcément aussi rapidement après l’ouverture des portes, quinze minutes auparavant, mais voilà que déboule sur scène Blot (Laurent Blot, en fait), songwriter français armé de son courage face à la salle bien remplie et plongée dans le noir (il demandera qu’on rallume brièvement pour voir le public assis sur les gradins…), et de sa guitare électrique. Un exercice éminemment difficile, on le sait, mais dont Blot se dire avec panache : avec une voix élastique et versatile, un jeu de guitare original et surtout des chansons qui tiennent bien la route, il gagne rapidement notre attention, et même notre respect (… même s’il y a quelques individus bruyants dans la fosse qui gâchent un peu le moment…). Un petit tour loin d’être ridicule du côté des Beatles (All My Loving) nous dévoile ses sources d’inspiration. On espère avoir bientôt des nouvelles de Blot !

2019 06 03 Fun Time Café de la Danse (5)

20h35 : alors qu’on attend l’arrivée de Peter, c’est un duo qui apparaît sur scène. Lui est guitariste et elle chante, en plus d’être blonde et belle. Ils se présentent comme Fun Time (« Rien à voir avec Iggy Pop », commente le dit guitariste), et ils nous offrent un set très court d’un petit quart d’heure, où ils interprètent souvent à deux voix des chansons que l’on peut qualifier de “classiques”, un peu folk, un peu country : rien de déplaisant, mais rien non plus de particulièrement saillant. Ils terminent avec une belle reprise de Don’t Let Me Be Misunderstood, qui évoque peut-être un peu trop la version que Lana Del Rey en a fait il y a quelques années. Un mini-set peu mémorable… sauf que quand le groupe de Peter Perrett monte sur scène, nous nous rendons compte que lui, c’était Jamie Perrett, et qu’elle – maintenant au violon et claviers – c’est Jenny Maxwell, ex-Strangefruit, justement…

2019 06 03 Peter Perrett Café de la Danse (2)

21h : La première idée qui vient à l’esprit quand Peter Perrett (… et non, ami français facétieux, rien à voir avec notre vieil amuseur national, Pierre Perret et son “zizi”…) se plante derrière son micro juste devant nous, c’est : « Mon dieu, qu’il est petit !! ».  Immédiatement suivi de « My god, how old does he look !! ». Mais à quoi nous attendions-nous, donc ? A 67 ans, une vie d’excès et une santé précaire vont difficilement vous faire paraître dix ans de moins que votre âge, même si vous vous teignez les cheveux en noir ! Mais qu’importe le physique, quand on a le talent de compositeur de Peter, et que cette voix sexy et narquoise, qui distinguait les Only Ones du reste de la foule “new wave” de ces années-là, semble absolument inchangée ? Le set démarre de façon parfaitement envoûtante avec un Baby Don’t Talk en crescendo de puissance, datant de la première tentative de réapparition de Peter sous le nom de “The One”. Trois minutes parfaites, et c’est gagné : on sait qu’on ne sera pas déçus, ce soir !

Peter enchaîne alors les chansons de son album précédent, “How the West was Won”, ce qui permet de faire le point sur toute cette aventure : d’abord, le Café de la Danse est rempli de fans, de vrais, qui connaissent leur songbook de Peter Perrett, ce qui garantit une ambiance parfaite de complicité ; ensuite, Peter a la chance de pouvoir désormais s’appuyer sur un groupe magnifique, centré sur ses deux fils, Jamie en brillant guitar-hero, et Peter Jr. à la basse (tous deux ont fait partie d’ailleurs d’une version des Babyshambles…), un groupe qui conjugue énergie tranchante et classe folle. Enfin, Peter lui-même semble désormais la parfaite incarnation du “British Gentleman”, humour pince sans-rire et élégante légèreté comprise.

2019 06 03 Peter Perrett Café de la Danse (14)

Une petite parenthèse avec deux titres des Only Ones (From here to Eternity et surtout The Whole of the Law), et la seconde partie du set sera consacrée aux chansons du nouvel album qui sortira à la fin de la semaine, que le public ne connaît donc pas, mais qui vont se révéler d’une parfaite efficacité : intro avec un Once is Enough très rock, moment absolument enchanteur sur un Heavenly Day qui sera probablement pour tous le sommet de la soirée, puis grand moment d’excitation avec un Master of Destruction, qui est d’ailleurs surtout une chanson de et par Jamie. War Plan Red clôt le set dans une belle ambiance (logiquement) rougeoyante.

On attend le rappel, un peu stressés par l’horloge qui tourne, en sachant que 22h30 est l’heure du “strict show curfew”, et on ne sera pas déçus : l’ultra-classique (en fait LE titre de gloire des Only Ones) Another Girl, Another Planet débouchera sur un The Beast encore plus accrocheur, avant la cerise sur le gâteau, une belle (on aurait aimé dire une “longue”…) jam sur le What Goes On du Velvet, déchirée par de superbes éclats de guitare offerts par Jamie, décidément en pleine forme ce soir et responsable des meilleurs moments du concert.

Une heure et demie fort sympathique qui nous rappelle ce que la “classe Rock” signifie, une heure et demie qui remet Peter Perrett à sa juste place dans l’histoire de notre musique, sans doute trop tard pour qu’il connaisse le moindre succès commercial, voire même trop tard pour que la postérité retienne son nom... Mais, en le voyant sur scène ainsi, visiblement heureux d’être entouré de ses fils, et de pouvoir nous proposer de nouvelles et excellentes chansons à nous, qui lui sommes restés fidèles, on est prêts à parier que Peter n’a aucun regret. »

 

2019 06 03 Peter Perrett Café de la Danse (22)

La setlist du concert de Peter Perrett :

Baby Don't Talk (The One song)

How the West Was Won (How the West Was Won – 2017)

An Epic Story (How the West Was Won – 2017)

Hard to Say No (How the West Was Won – 2017)

Troika (How the West Was Won – 2017)

Sweet Endeavour (How the West Was Won – 2017)

Living In My Head (How the West Was Won – 2017)

From Here to Eternity (The Only Ones song)

The Whole of the Law (The Only Ones song)

Once Is Enough (Humanworld – 2019)

Heavenly Day (Humanworld – 2019)

Love Comes on Silent Feet (Humanworld – 2019)

Love's Inferno (Humanworld – 2019)

Master Of Destruction (Humanworld – 2019)

48 Crash (Humanworld – 2019)

War Plan Red (Humanworld – 2019)

Encore:

Another Girl, Another Planet (The Only Ones song)

The Beast (The Only Ones song)

What Goes On (The Velvet Underground cover)

Cette chronique a déjà été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs Manitasdeplata et Benzine Mag.

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20 mai 2020

Altin Gün / Pond / Courtney Barnett - Dimanche 2 Juin 2019 - Festival We Love Green (Bois de Vincennes)

2019 06 02 We Love Green J2 Bois de Vincenne Billet

On ne se fait pas trop d'illusions non plus sur la programmation rock de We Love Green, mais 2019 est plutôt un bon cru dans ce domaine, et cette seconde journée vaut surtout par son contingent venu des Antipodes : Pond, Courtney Barnett et Tame Impala...

14h : ... mais on commence par voyager un peu moins loin, on va d'abord en Turquie en compagnie du groupe hollando-turc Altin Gün (qui signifie a priori "l’âge d’or") qui défraie pas mal la chronique depuis quelques mois. Seul problème, ils vont devoir jouer devant un public des plus réduits, entre l'heure "matinale" de leur programmation et la chaleur aujourd'hui infernale qui règne devant la Scène de la Prairie. Mais dès les premières notes, on est rassurés, ce funk oriental à la fois dansant et rêveur colle parfaitement à l'ambiance estivale du jour.

2019 06 02 Altin Gün We Love Green J2 (19)

Cinq jeunes musiciens motivés et heureux d'être ensemble sur scène dans ce "Parisian Summer", et pour les Turcs du groupe, peut-être aussi loin de la dictature d'Erdogan que l'on imagine mal goûter cette musique occidentalisée d'une jeunesse pervertie. Merve Dasdemir, la charmante chanteuse rousse, qui nous a gratifié d'un joli "coucou" à son arrivée, attire tous les regards, tandis que Erdinc Ecevit Yildiz, chanteur, joueur de saz – un instrument traditionnel turc - et claviériste, a un look un peu dark, décalé avec la musique sensuelle et festive du groupe. Quelques morceaux organisent savamment la rencontre entre tradition et modernité, et s'avèrent les plus passionnants. Le groupe sait aussi faire monter l'intensité, mais le set d'une heure n'échappe pas complètement à un léger sentiment d'uniformité, ou tout au moins de répétition. De plus, on peut être réticents devant l'usage systématique de claviers au son très seventies, fatigants à la longue. On imagine toutefois ce jeune groupe plus convaincant dans une petite salle que dans ces conditions extrêmes. Bravo en tous cas d'avoir vaillamment relevé le défi de l'horaire et de la température !

2019 06 02 Pond We Love Green J2 (35)

15h30 : sur la scène de la Canopée, les premiers représentants du Rock Australien, Pond, attirent beaucoup de monde, eux. Et, quand on connaît mal le groupe, hormis son histoire commune avec celle de Tame Impala (puisque les deux groupes ont eu nombre de musiciens en commun), on ne s'attend pas vraiment au spectacle offert par Nick Allbrook, leader flamboyant, mini star absolue, entre gouaille rigolarde, théâtralité affirmée, excès en tous genres, etc. Si l'on marche dans son jeu, le concert de Pond devient une fête, on oublie les facilités musicales qui rappellent un peu INXS à l'époque de son triomphe planétaire, et on s'amuse… Pond joue plusieurs titres extraits de leur dernier album, "Tasmania", qui sont plutôt impressionnants, et immédiatement accrocheurs. A la fois inspiré, avec de belles envolées lyriques, dansant et parfois très rock (chaque fois qu'il s'empare de sa guitare, Nick nous expédie un solo foudroyant !), voici un set roboratif, qui soulève un profond enthousiasme dans le public.

Maintenant il faut courir pour ne pas manquer le début du set de Courtney Barnett, principale raison de notre présence aujourd'hui, avec dans la tête le souvenir de son très beau concert au Casino de Paris en novembre dernier. Heureusement Courtney joue sous le chapiteau de la Clairière, à deux pas...

2019 06 02 Courtney Barnett We Love Green J2 (2)

16h20 : Courtney est en formation trio aujourd'hui, donc avec un son plus "basique", mais qui finalement met bien en valeur son remarquable jeu de guitare. Une fois encore, on est frappés par l'assurance qui se dégage désormais de la jeune femme, qui prend un plaisir visible à l'exercice de la scène. Bien supportée par sa section rythmique, elle se laisse aller à de régulières exhibitions façon "guitar hero" sur le devant de la scène, à la plus grande joie du public qui hurle de satisfaction. La set list est une version raccourcie de celle de la dernière fois, avec un bon équilibre entre les titres des deux albums, auxquels vient s'ajouter la nouvelle chanson, Everybody Here Hates You, avec son final en crescendo. C'est pourtant toujours le radical I'm not your Mother, I’m not your Bitch qui est le point culminant du set, parfaite expression des revendications féminines et affirmation puissante d'une rockeuse qui n'a rien à envier à ses confrères masculins, au contraire... Le set se termine au bout de 55 minutes sur l'enchaînement parfait de Nobody Really Cares if you don’t Go the Party et du plus grand succès de Courtney, Pedestrian at Best. Courtney confirme donc haut la main qu'elle est désormais à un niveau qui la rend incontournable pour qui aime le rock bruyant et intelligent à la fois… tous sexes confondus !

Il est 17h15, plus de cinq heures à tuer devant des artistes qui ne nous intéressent pas outre mesure, avant la prestation de Tame Impala : il vaut mieux déclarer forfait... On aura bien une autre occasion de voir Kevin Parker sur scène cette année ! En tous cas, avec 80.000 spectateurs et ses deux jours sold out, We Love Green 2019 est clairement un succès...

 

2019 06 02 Courtney Barnett We Love Green J2 (15)

La setlist du concert de Courtney Barnett :

Avant Gardener (How to Carve a Carrot into a Rose EP – 2013)

City Looks Pretty (Tell me who you Really Feel – 2018)

Small Talk (new song)

Need a Little Time (Tell me who you Really Feel – 2018)

Nameless, Faceless (Tell me who you Really Feel – 2018)

I'm Not Your Mother, I'm Not Your Bitch (Tell me who you Really Feel – 2018)

Small Poppies (Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit – 2015)

Depreston (Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit – 2015)

Everybody Here Hates You (new song)

Elevator Operator (Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit – 2015)

Nobody Really Cares If You Don't Go to the Party (Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit – 2015)

Pedestrian at Best (Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit – 2015)

Cette chronique a déjà été publiée partiellement à l'époque du festival sur lesblogs Manitasdeplata et Benzine Mag.

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15 mai 2020

Yak / IDLES / Metronomy / Sleaford Mods - Samedi 1er Juin 2019 - Festival We Love Green (Bois de Vincennes)

2019 06 01 We Love Green J1 Bois de Vincennes Billet

Ce samedi 1er juin est - enfin - notre premier vrai jour d'été à Paris, et ça tombe plutôt bien (enfin pour ceux qui ne craignent pas le cagnard et les 30 degrés à l'ombre...) puisque c'est aussi le premier jour de We Love Green, joli festival au message écologique. Il est 14h, la petite foule, qui deviendra grande, envahit tranquillement le Bois de Vincennes, et on va débuter notre mini marathon - qui s'apparente quand même à un slalom pour qui est fan de Rock et souhaite éviter certains artistes par trop éloignés du genre - par nos amis de Yak, qui vont devoir affronter l'indolence de ce début d'après-midi pour tenter d'instaurer leur habituelle intensité. A noter, et c'est notable, l'attitude fort sympathique et cool d’Oliver Henry Burslem, le leader du groupe, qui vient discuter avec le premier rang avant son soundcheck.

2019 06 01 Yak We Love Green J1 (23)

14h40 : il y a évidemment une différence radicale entre un concert de Yak devant un public convaincu et passionné, et un set de 40 minutes devant deux rangées de fidèles (nous…) avec, derrière, des “tourists” qui tuent le temps. Oliver entame son set de manière très décontractée, au point qu'il semble même peu impliqué : entre son mégaphone qui ne fonctionne pas et dont il devra se passer, et son orgue à laquelle il touchera peu, Oliver semble surtout décidé à jouer lui aussi au touriste et profiter de son après-midi ensoleillée et de sa soirée (foot et bière, parierait-on ?). Un avantage quand même pour nous, la possibilité dans cette atmosphère décontractée de bien profiter de ses chansons - les nouvelles en particulier -, dont la complexité est mieux honorée ainsi qu'au milieu d'un moshpit frénétique... Il reste qu'on est forcément un peu frustrés,.., jusqu'à ce qu’Oliver se décide, au bout d'une petite demi-heure à resserrer les boulons et à envoyer un peu de bois. Yak nous enchante enfin, tout le monde a le sourire. Pour finir en beauté, Oliver fait monter sur scène Ferdinand (12 an), à qui il confie sa guitare : ravissement général bien sûr, et c'est vrai que c'est un joli geste. Les 40 minutes se referment ainsi dans une allégresse conviviale.

2019 06 01 Blu Samu We Love Green J1 (3)

15h30 : j'ai filé sous la tente transformée en étuve qu'ils osent nommer “Scène de la Clairière”, pour assurer une bonne place pour IDLES, et du coup j'assiste au set de Blu Samu, jeune femme belge d’origine portugaise, étoile montante de la très active scène hip hop de Bruxelles... et d'abord un peu intimidée par la taille du public (un "bonsoir" à 15h30 la trahit...). Elle chante plutôt bien, rappe un peu, elle fait preuve d’un bel enthousiasme souriant, et globalement semble satisfaire tous les (très nombreux) jeunes qui ondulent et dansent autour de moi. Pas de musiciens derrière elle, juste un DJ qui gère la musique pré enregistrée. Elle est malheureusement – pour elle - vêtue d'un haut peu commode pour se démener sur scène, et qu'elle doit retenir trop souvent pour l'empêcher de tomber... J'ai du mal à trouver ça passionnant, mais je sais bien que c'est une question de génération et de références... Un duo énergique avec une autre rappeuse d’Anvers, puis un final sur un titre plus accrocheur, Grippa, anime quand même le public, avant qu'elle organise un moshpit un peu surprenant… et un peu vide ! Elle viendra après son set parler à ses fans et se faire photographier, avec une gentillesse qui l'honore…

2019 06 01 IDLES We Love Green J1 (16)

17h : IDLES, ça commence comme il y a 6 mois au Bataclan, par un Colossus en build-up euh… colossal qui plonge le public dans l'hystérie en moins de 5 minutes. Et puis on enchaîne comme à la parade avec Never Fight a Man with a Perm, puis I’m Scum, et alors on se dit qu'on a peut-être déjà trop vu IDLES récemment pour être encore surpris... Sauf que Danny Nedelko nous prend une fois de plus par surprise, et l'émotion nous serre la gorge sur le magnifique refrain hurlé en chœur par le public survolé : « He's made of bones, he's made of blood / He's made of flesh, he's made of love / He's made of you, he's made of me / Unity / Fear leads to panic, panic leads to pain / Pain leads to anger, anger leads to hate / Yeah, yeah, yeah, yeah, ah, ah, ah, ah... », histoire de nous faire oublier une petite heure les imbécilités du Brexit et la laideur des nationalismes triomphants. Pardon d'avoir douté, les gars ! Mark Bowen, très classe en slip Calvin Klein, plonge dans la foule mais en ressort vite pour prévenir le service d’ordre : mauvais esprit, bagarre, pas fun, etc. ! On remarquera d’ailleurs qu'il lui faudra un certain temps pour récupérer son habituelle joie de vivre. Et puis c'est Mother, une version formidable, puissante, rageuse. « Mother... Fucker ! », pour hurler notre colère contre un monde qui a brisé nos mères. Oui, IDLES est grand, très grand. Samaritans enfonce le dernier clou : « The mask of masculinity is a mask, a mask that’s wearing me / …/ This is why you never see your father cry », peut-être la meilleure version que j'en aie entendue sur scène : grandiose, tout simplement. Le moshpit est infernal, mais maintenant joyeux et bon enfant. Mark et Lee font des allers et retours entre la scène et le public. Puis ils feront monter sur scène deux jeunes femmes pour les remplacer aux guitares dans le chaos de Exeter. On termine par l'habituelle hymne antifasciste, Rottweiler, privée cette fois de son final bruitiste, horaire oblige, car il est déjà 18h. Frustration... mais pas trop car ce concert de IDLES a été - pour le moment - le meilleur que j'ai vu d'eux depuis la sortie de "Joy as an Act of Resistance". Un pur bonheur !

2019 06 01 Rex Orange County We Love Green J1 (4)

Après ça, direction la grande scène, pardon la scène de la Prairie, afin d'assurer une place correcte au premier rang pour Metronomy. Mais pour ça, il faut supporter une heure de Rex Orange County, jeune compositeur anglais d'indie pop matinée de sons "contemporains". Beaucoup de petites jeunes filles ravies devant la scène, pour un set que j'ai personnellement trouvé d'une banalité confondante. Pas de voix, pas de présence scénique, des chansons très pauvres, le jeune Alexander O’Connor n'empêchera pas Elton John de dormir, ni même Paddy McAloon (… ou bien Joseph Mount, justement !). Avec de jeunes "héros" de ce niveau, la pop anglaise n'est pas près de retrouver sa gloire d'antan...

 

 

2019 06 01 Metronomy We Love Green J1 (13)

20h45 : Joseph Mount et sa belle équipe sont cette fois en tenue blanche et bleue, mais le set up de la scène reste identique à celui de la dernière tournée... une tournée qui nous avait un peu laissés sur notre faim. Après une introduction instrumentale charmante – Boy Racers ? - où chaque musicien décline ses "credentials" écolo (ou pas), Metronomy attaque fort avec une version revisitée et ramassée de The Bay. Joseph est en pleine forme, plus expansif qu'à l'habitude. La set list est consacrée en grande partie à de nouveaux morceaux, tous très immédiats, très directs, plus puissants et plus rock peut être même que tout ce que Metronomy a fait jusqu'à présent. Basse en avant façon New Order, décollages enthousiasmants, mais toujours ces petits gimmicks de claviers accrocheurs qui sont la marque du groupe. Wedding Bells sera le nouveau morceau qui soulèvera le plus la foule, et sans doute le sommet du set. Joseph affirmera d'ailleurs : « c'est la musique que j'aurais toujours dû faire ! »... Sinon, pour faire plaisir à tout le monde, on intercale les hits : Everything Goes My Way, Reservoir, Old Skool, Love Letters, The Look,... Le set se termine au bout d'une heure par une version sanglante et électrique de You could easily have me, avec deux guitares déchaînées. Le groupe rayonne, les spectateurs dansent dans le soleil et la température qui s’adoucit un peu avec le soir qui arrive. Tout le monde est content. Le nouveau Metronomy devrait plaire à un public plus large, et Joseph semble avoir triomphé de ses démons. A suivre, et avec attention...

On va finir la soirée à la petite scène de la Canopée où Sleaford Mods vont essayer de nous prouver qu'ils sont plus pertinents que les ennemis qu'ils se sont choisis, dans un esprit de rivalité entre groupes très anglais, IDLES. Ça va être dur, mais on est là pour leur donner leur chance...

 

2019 06 01 Sleaford Mods We Love Green J1 (11)

21h35 : on a dû attendre que Sebastian ait fini de faire beaucoup de bruit à côté pour que les mods terribles de Sleaford puissent débuter leur set. Je me dis qu'ils doivent être un peu vénères puisqu’au même moment se joue la finale de la Ligue entre deux clubs de foot anglais, mais peut-être pas, car Jason Williamson va se donner à fond pendant l'heure qui suivra. Bon, ça surprend un peu au début de voir Andrew Fearn, les mains dans les poches à se trémousser tranquillement derrière son ordi, un grand sourire permanent lui barrant le visage. Jason porte donc tout le set sur ses épaules, débitant à la mitraillette ses textes virulents, parsemés d'une infinité de « shit » et de « fuck ». Ce n'est pas vraiment du punk rock, pas du hip hop - et heureusement pour moi -, ça tient de la performance théâtrale, du ballet, du mime. C'est drôle, c'est insolent, c'est vulgaire mais aussi terriblement ambitieux. Certaines expressions, certaines envolées cyniques et gouailleuses évoquent en effet Johnny Rotten - d'où l'étiquette punk, justifiée aussi par la conscience sociale agressive qui nourrit les textes de Sleaford Mods. Par moment, on frôle l'hystérie, peut-être l'extase, au détour d'une explosion de rage ou d'un tour de force scénique. Il est bien sûr difficile de suivre la logorrhée de Jason, et on se dit qu'une bonne connaissance des morceaux permettrait de vivre le set de manière plus profonde,.. mais même ainsi, c'est un spectacle stimulant, original, qui soulève parfois. A 22h35, nos deux Anglais plient les gaules, ils ont l'air vraiment contents de la soirée, surtout Andrew qui n'a jamais quitté son air hilare.

Une belle conclusion d'une belle journée de musique au soleil. On revient bien sûr demain, pour cette fois un passage plus bref, vu la programmation nettement moins stimulante pour nous.

 

La setlist du concert de IDLES :

2019 06 01 IDLES We Love Green J1 (42)

Colossus (Joy as an Act of Resistance – 2018)

Never Fight a Man With a Perm (Joy as an Act of Resistance – 2018)

I'm Scum (Joy as an Act of Resistance – 2018)

Danny Nedelko (Joy as an Act of Resistance – 2018)

1049 Gotho (Brutalism – 2017)

Divide & Conquer (Brutalism – 2017)

Mother (Brutalism – 2017)

Date Night (Brutalism – 2017)

Love Song (Joy as an Act of Resistance – 2018)

Samaritans (Joy as an Act of Resistance – 2018)

Exeter (Brutalism – 2017)

Rottweiler (Joy as an Act of Resistance – 2018)

Cette chronique a déjà été publiée partiellement à l'époque du festival sur lesblogs Manitasdeplata et Benzine Mag.

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10 mai 2020

BEAK> - Vendredi 24 Mai 2019 - Gaîté Lyrique (Paris)

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique Billet

« BEAK>, l’un des secrets les mieux gardés de la musique contemporaine ? Hum, c’est un peu ça, parce qu’un album comme “>>>”, sorti en 2018, aurait dû être un truc énorme, vu ses qualités, et son évidence : on parle là d’une musique qu’on pourrait qualifier aisément, et non sans un peu de provocation, comme “le Pink Floyd des gens intelligents”, et il ne remplit en 2019 QUE la Gaîté Lyrique à Paris. Bon, il la remplit de gens passionnés, de vrais fans qui suivent la nouvelle incarnation de Geoff Barrow (après Portishead) avec un quasi-fanatisme, donc tout ne va peut-être pas si mal pour BEAK>, même si l’on sait que c’est toujours financièrement difficile pour eux après déjà dix ans d’existence.

2019 05 24 TVAM Gaîté Lyrique (10)

Mais revenons à cette soirée où, quand TVAM attaque son set à 20h15, la Gaîté Lyrique est toujours quasiment vide, ce qui nous fait douter de la véracité des affirmations venant de la production présentant le concert comme quasi sold out. TVAM, c’est deux mecs et leur télévision, on va dire : la télé en avant au milieu, ce qui n’est pas idéal pour nous au premier rang, et les deux musiciens de chaque côté en arrière. Ah oui, les images de la télé sont quand même retranscrites sur un grand écran au fond, qui, rapidement, ne fonctionnera pas bien, d’ailleurs. Deux musiciens, c’est à dire un guitariste assez inspiré qui “chante” un peu, ou plutôt qui crie / recite / articule des textes inaudibles à travers un système distordant sa voix, et un autre aux machines. Chaque morceau est construit à partir de beats pré-enregistrés sur lesquels la guitare déverse sa lave électrique brûlante, et l’effet est quand même assez intéressant, voire même par moments très réussi. La musique proposée par TVAM est abstraite mais viscérale, un peu entre le post rock et la noisy pop, avec des accents très noirs, comme dans l’effrayant Porsche Majeure avec ses vidéos de collisions de voitures. Le guitariste casse une corde très tôt dans le set, l’écran dysfonctionne, privant la salle des titres et des paroles des chansons (au cas où cela intéresse quelqu’un…), le set se paralyse un peu à la longue. C’est beau, c’est une démarche intéressante, mais il manque un petit quelque chose. Peut-être un niveau sonore plus conséquent, plus en ligne avec l’approche musicale ?

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (3)

21h30 : le trio de BEAK> s’installe tranquillement sur scène : à droite Geoff Barrow derrière sa petite batterie, au centre, sur une chaise, Billy Fuller, avec ses guitares basses, et à gauche, le seul debout, Will Young derrière ses claviers et ses machines, avec de temps en temps une petite intervention à la guitare. On démarre comme sur le dernier album avec l’instrumental The Brazilian, accueilli par une petite ovation de la salle qui a fini en effet par se remplir, un titre qui pose élégamment les bases du concert : c’est la basse qui est au centre de la musique de BEAK> (ce qui n’est pas si évident lorsqu’on écoute les albums…), la batterie construit à la fois la rythmique et la tessiture autour des riffs de basse, et les claviers / la guitare ajoutent des enluminures, entre gargouillis ironiques et mini-explosions vaguement bricolées. Là-dessus, les deux voix, toutes en retenue et en décalage, de Billy et Goeff. Le son est superbe, les lumières confèrent une ambiance presque intimiste, bref, dès les premières minutes, on sait que ce set va être un immense, mais un immense plaisir !

Avec Brean Down (ces titres !), on passe aux choses sérieuses, si l’on peut dire, car les trois quadragénaires de BEAK> ne se prennent surtout pas au sérieux, et rejettent clairement toute approche “professionnelle” de la musique : par rapport à l’album, on va dire qu’on a moins ce sentiment d’étrangeté – qui concourt certainement à limiter l’impact commercial de BEAK> - et au contraire une bienheureuse impression de simplicité, d’évidence, de pure beauté. BEAK>, c’est un peu la “ligne claire” du Post-Rock, une musique qui fait immédiatement danser et secouer la tête comme aux grands jours du krautrock, avec des mélodies souvent bouleversantes, et des pics d’intensité – toujours très brefs, trop brefs peut-être ? – qui créent une sorte de sentiment de transcendance. Oui, c’est vraiment très beau.

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (15)

Eggdog et The Meader, deux titres plus anciens, nous ramènent un BEAK> un peu plus agressif, plus en angles aigus, mais sur scène, notre trio continue à rigoler, voire à ricaner. Démonstration par Geoff des lumières « achetées pour 80 livres sur e-Bay » qu’il a oublié de brancher au début du concert, mise en boîte des fans qui essaient de communiquer leur amour au groupe, et qui se voient renvoyés dans leurs 22 mètres avec des « on ne comprend rien à ce que vous dites, ne parlez pas tous à la fois, organisez-vous et prenez la queue pour parler en vous envoyant des SMS, etc. ». On sait que Geoff Barrow s’avère parfois une véritable tête de cochon, mais on dirait que ce soir c’est un bon jour, les plaisanteries ne seront pas trop agressives. Geoff doit finalement être heureux de ce succès – même modeste - que le groupe rencontre enfin en France : il nous fera remarquer que la Gaîté Lyrique est la plus grande salle dans laquelle ils auront jamais joué en France, puis, plus tard, rappellera à ses potes que les conditions du concert sont bien meilleures que « l’autre soir… ».

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (18)

Allé Sauvage (traduction Google de Gone Feral, ce qui assez drôle !) est d’une efficacité redoutable, mais c’est la version imparable de Wulfstan II qui montre la force de la formule BEAK>. Autour de moi, la tension est montée, ça headbangue même pas mal, c’est dire si, de cérébrale, la musique est devenue physique. Petit moment de tension quand même, quand le public proteste lorsque Geoff annonce que ce sera « le dernier titre » : le voilà qui nous jette un « alors, si c’est comme ça, C’ETAIT le dernier titre ! Bon, qu’est-ce que vous voulez, que ça SOIT le dernier titre ou que C’AIT ETE le dernier titre ? »… Heureusement, Geoff ne s’énervera pas plus et ne nous privera pas du sommet de la soirée, le titre pour lequel j’étais venu (ou presque…), le merveilleux When We Fall : aucune déception, au contraire, cette chanson à la mélodie magique est encore transcendée par cette lisibilité scénique qu’a BEAK>. Presque les larmes aux yeux, ce coup-ci.

Après, Geoff nous fait le coup – un peu convenu, c’est vrai – du « on n’aime pas ces conneries de rappel, alors on va dire que c’était le dernier titre du set, que vous avez crié pour qu’on revienne, alors qu’on joue maintenant le rappel ». Avant de se raviser : « J’ai entendu dire que Tame Impala ne faisait plus de rappel, alors il faudrait peut-être que nous, on se mette à en faire, non ? ». Le concert se clôt de manière non conformiste avec Life Goes On, un nouveau titre qui va bientôt sortir, et qui s’avère très accrocheur, et quelque part plus commercial presque que tout ce que le groupe a fait jusque-là. Ce qui nous laisse donc avec le sentiment que Geoff et ses potes ne diraient pas non à un peu plus de succès… On ne leur en voudra pas pour ça… mais en revanche, 1 heure de set, c’était quand même un peu court, un peu radin.

Mais bon, on a préféré ne pas protester, pour ne pas énerver Geoff ! »

 

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (31)

La setlist du concert de TVAM :

Psychic Data (Psychic Data – 2018)

Narcissus (Psychic Data – 2018)

Bitplain (Psychic Data – 2018)

Porsche Majeure (Psychic Data – 2018)

Gas & Air (Psychic Data – 2018)

These Are Not Your Memories (Psychic Data – 2018)

Total Immersion (Psychic Data – 2018)

 

Les musiciens de BEAK> sur scène :

Geoff Barrow – drums, voice

Billy Fuller – bass, voice

Will Young – keyboards, guitar

 

La setlist du concert de BEAK> :

The Brazilian (>>> - 2018)

Brean Down (>>> - 2018)

Eggdog (>> - 2012)

The Meader (BEAK><KAEB EP – 2015)

RSI (>>> - 2018)

Allé Sauvage (>>> - 2018)

I Know (BEAK> - 2009)

Wulfstan II (>>> - 2018)

When We Fall (>>> - 2018)

Blackdon Lake (Recordings 05/01/09>17/01/09 - 2019)

Life Goes On (new song)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs manitasdeplata.net et benzinemag.net

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05 mai 2020

The Legendary Tigerman - Mardi 14 Mai 2019 - Sala El Sol (Madrid)

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol Billet

« S’il y en a qui peuvent encore en douter, cette soirée m’aura fourni une nouvelle preuve de l’importance de la salle dans la réussite d’un concert. Il y a un an (déjà !), j’avais été déçu par la prestation de Paulo Furtado (aka The Legendary Tigerman) au Café de la Danse – salle certes sympathique, mais pas rock’n’roll pour un sou ; aujourd’hui, à la merveilleuse Sala El Sol, le meilleur écrin de Madrid pour un bon vieux concert garage avec guitares bruyantes et tout et tout, j’aurai assisté à quelque chose de bien différent, et ce en dépit d’une set list à peu près identique...

22h40 : La petite Sala El Sol n’est même pas complètement remplie, ce qui prouve soit que les Espagnols ont peu d’intérêt pour la musique de leurs voisins d’à côté, soit que la population de Paris compte bien plus de Portugais que celle de Madrid. La vérité tient sans doute à un mélange des deux. Ce qui est amusant, par contre, c’est que le public, comme intimidé devant cette scène basse qui promet une intimité accrue avec les artistes, se tient – sauf moi, vous me connaissez ! – un pas en arrière... Bon, The Legendary Tigerman, c’est toujours un quatuor avec un saxophone en plus de la section rythmique. Paulo est vêtu de blanc comme l’année dernière, et on a toujours au fond de la scène cet écran sur lequel des vidéos accompagnent les chansons. Par contre, point de détail sans doute, mais qui fait une belle différence quand même : Paulo a rasé cette moustache qui le vieillissait et le ringardisait ! Bien joué, Paulo !

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (10)

Le set commence de manière magnifique, avec une version hantée, profonde, de Red Sun, premier extrait purement bluesy de "Misfit", le dernier album en date. Avec le son parfait de la Sala El Sol, les lumières efficaces – même si comme toujours un peu trop dans les roses / violets – et la proximité totale entre spectateurs et artistes qu’offre la scène, c’est tout simplement parfait. The Saddest Girl on Earth fait le taff, mais c’est surtout la version détonnante de son classique Naked Blues – avec vidéo sexy et non politiquement correcte à l’appui – qui me prouve d’ores et déjà que ce soir, on va bien au delà de la prestation un peu mécanique, sans grande âme, à laquelle nous avions eu droit à Paris. Bien sûr, comme on est à Madrid, c’est un peu pénible d’avoir à se farcir le volume sonore élevé des conversations dans la salle, mais heureusement, la guitare et le saxo cachent la plupart du temps cette misère. Paulo demande alors qu’on baisse les lumières : tant pis pour les photos, on n’est pas là pour ça, de toute manière...

& Then Came The Pain ne souffre pas du tout de l’absence de Phoebe Killdeer – comme quoi ! –, tandis que pour The Saddest Thing to Say, Lisa Kekaula est bien là pour assurer les vocaux, puisque enregistrée en vidéo : je me dis que c’est d’ailleurs ironique, puisque la dernière fois que j’étais dans cette salle, c’était justement pour assister au concert des Bellrays. Il n’y a pas de hasard dans le monde du Rock’n’Roll, juste une imparable logique cachée… Avant ça, Motorcycle Boy a confirmé sa stature de grand morceau mythique (enfin, mythique dans un monde parallèle où le Rock ne serait pas marginalisé…), déclinant impeccablement les clichés du rock garage US pour notre plus grande joie. Gone et Fix of Rock’n’Roll marquent l’arrivée des grands moments de délire entre la guitare de Paulo et le saxophone, mais ça passe comme une lettre à la poste ce soir, ce que j’attribue justement à la fameuse magie du lieu : bien que le public soit plus calme, moins fan de la musique de The Legendary Tigerman qu’à Paris, il règne l’ambiance parfaite pour que s’accomplisse la miraculeuse communion sur les riffs distordus et le saxophone en fusion. Superbe, c’est tout ce qui me vient à l’esprit…

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (34)

Pour chanter avec lui sur la reprise de These Boots…, Paulo a invité une superbe jeune femme tatouée, dont je ne saisirai pas le nom, et qui, même si elle ne connaît pas les paroles de cette chanson légendaire (justement) et doit s’aider d’antisèches judicieusement disposées sur la scène, va conférer ce bon esprit fier et agressif qui avait tant manqué au Café de la Danse avec Maria de Medeiros. Bravo !

Le meilleur de la soirée sera toutefois sa très longue et très généreuse conclusion en rappel, où Paulo s’amuse à extraire à la main de l’intérieur du saxophone des pincées de rock’n’roll, qu’il distribue méticuleusement à chacun d’entre nous au premier rang, nous encourageant à serrer le poing pour que la poudre magique ne s’échappe pas : c’est tout simple et c’est très touchant, très drôle et très beau. Final hystérique à célébrer tous ensemble cet American God ultime qu’est le Rock’n’Roll, et on se quitte après quatre-vingt minutes certes peu originales, mais finalement parfaites.

Il est minuit passé, et alors que je remonte vers Gran Via, il règne sur Madrid une belle atmosphère : il fait encore plus de vingt-cinq degrés, les terrasses sont encore occupées par les gens qui fêtent la San Isidro (le lendemain, non pardon, aujourd’hui même !). Je m’aperçois que j’ai gardé mon poing fermé, serré sur la poudre magique de Rock’n’Roll (et de Blues, quand même) que Paulo a soigneusement déposé au creux de ma main. J’ouvre doucement les doigts, mais rien de s’échappe : je crois bien que cette nouvelle dose est déjà entrée dans mon corps, et est passée dans mon sang. »

 

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (45)

La setlist du concert de The Legendary Tigerman :

Red Sun (Misfit – 2018)

The Saddest Girl on Earth (Misfit – 2018)

Naked Blues (Naked Blues – 2002)

Walkin’ Downtown (Masquerade – 2006)

& Then Came The Pain (Femina – 2009)

I Finally Belong to Someone (Misfit – 2018)

Motorcycle Boy (Misfit – 2018)

Holy Muse (Misfit – 2018)

The Saddest Thing To Say (Femina – 2009)

Gone (Femina – 2009)

Fix of Rock N'Roll (Misfit – 2018)

These Boots Are Made for Walkin' (Lee Hazlewood cover) (With ???) (Femina – 2009)

Dance Craze (True – 2014)

Encore

21st Century Rock 'N' Roll (True – 2014)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur le blog manitasdeplata.net

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30 avril 2020

The Psychotic Monks / Bryan's Magic Tears - Vendredi 10 Mai 2019 - E.M.B. (Sannois)

2019 05 10 The Psychotic Monks EMB Sannois Billet

« Quand on a une révélation, comme celle que j’ai eue en découvrant les Psychotic Monks le mois dernier à l’Astrolabe, il est sans doute normal de vouloir vérifier qu’on n’a pas exagéré, qu’on n’a pas été emporté vers un enthousiasme excessif par une combinaison improbable de facteurs externes aléatoires. Bref, il me fallait revoir les Psychotic Monks sur scène, et très vite. Leur passage à l’EMB de Sannois, pas très loin de chez moi, était l’occasion rêvée de “me pincer” pour vérifier que je n’avais pas rêvé, quitte à affronter une déception. Qui n’aurait pas été la première…

Quasiment personne à faire la queue sur le parking sinistre où se trouve l’entrée de l’EMB, alors qu’il est déjà 20h30, heure de l’ouverture des portes. Pas très bon signe, même si l’on peut supposer que les torrents d’eau qui s’abattent en ce moment sur la région parisienne n’encouragent pas les gens à sortir de chez eux. Par contre, l’EMB est une salle bien faite, spacieuse avec une scène parfaite, et une équipe bien sympathique pour gérer le vestiaire et le bar. Cool…

2019 0 10 Bryan s Magic Tears EMB Sannois (9)

21h : trois guitares, ça fait beaucoup de bruit, et c'est bien agréable, ma foi. Bryan’s Magic Tears attaque dans une tonalité très shoegaze, qui peut évoquer Slowdive. Rythmes entêtés, guitares saturées, voix rêveuses, mélodies envapées mais plutôt séduisantes, ils ont tout bon. Et puis le rythme s'accélère, devient plus mécanique, et le set se met à voler très haut. Le public accroche, quelque chose est en train de se passer. Je me répète que, décidément, en France, on commence à avoir des gens qui savent jouer et qui ont du talent. Malheureusement, quelques morceaux plus faibles font retomber la tension, le public décroche, le miracle est passé, il ne se reproduira plus. Finalement, les 50 minutes du set seront un peu longues... Mais on y a vraiment cru. Bryan’s Magic Tears, il y a quelque chose, indéniablement. Par contre, le nom du groupe, qui fait très pop psyché, Syd Barrett & Co, me semble décalé par rapport au style musical du groupe. Mais je dis ça, je dis rien, hein ?

Remplacement complet du matériel, comme c'est décidemment souvent le cas. Le public est plus clairsemé désormais, c'est un peu inquiétant. On dirait qu'en France, en 2019, on a enfin des groupes de rock, mais on n'a plus de public pour ça… !

2019 0 10 The Psychotic Monks EMB Sannois (3)

22h30 : l’obscurité s’est faite, un drone annonce la venue sur scène de The Psychotic Monks, clairement l’un des groupes les plus intenses – sinon le plus intense – en live de la planète ! Le quatuor s’affaire à triturer ses instruments, petit à petit le son se structure (un peu comme chez God Speed ! You Black Emperor, si l’on veut…), de minces faisceaux de lumière blanche percent occasionnellement l’obscurité : je réalise que j’ai eu de la chance, pour les photographies, à l’Astrolabe qui avait laissé quelques lumières, le groupe joue normalement dans l’obscurité quasi complète. Des explosions occasionnelles commencent à déchirer l’atmosphère, et on sent que se construit la tension, chez les musiciens qui se concentrent, comme pour entrer en transe, comme au sein du public (… en tous cas, la partie du public qui veut bien jouer le jeu, je remarque qu’il y a clairement des spectateurs qui s’excluent très vite du set…).

Quand la batterie se déchaîne, quand des éclats incendiaires de guitare désintègrent littéralement nos sens, quand les corps sur scène se tordent, dans des danses convulsives insensées, le choix est clair et net : il faut décider si l’on veut se laisser emporter par le courant de cette musique torturée mais extatique, et trouver de la jouissance dans cet abandon, ou bien… quitter la salle. Isolation est un exemple type de la musique actuelle de The Psychotic Monks, qui s’est éloignée des courants psyché qui l’abreuvaient encore un peu au départ : un morceau à la fois exigeant de par son absence de construction classique, mais encore “listerner-friendly” grâce à ses passages vocaux où subsiste une mélodie décharnée, à sa base rythmique qui peut évoquer un post punk poussé à bout. Isolation se termine bien entendu en chaos émotionnel, et lance la partie la plus jouissive du set, celle qui voit des rythmiques infernales nous ramener aux plaisirs simples du punk hardcore ou du metal le plus extrême : dans la salle, c’est évidemment la folie furieuse, il y a – même si le public est resté malheureusement clairsemé – un beau mosh pit en fusion. A ma gauche, une fille pète les plombs, alors que son compagnon tente de la calmer : mais peut-on réellement se calmer lorsqu’on a lâché prise et que l’on dérive corps et âme dans cet univers fracassé et infiniment douloureux qu’est la musique de The Psychotic Monks ? Les musiciens viennent chacun à leur tour au contact du public, dans une confrontation qui peut même sembler menaçante, ou bien, comme l’organiste / bassiste, pour venir jouer au milieu du mosh pit. Dans ces moments de frénésie où ne sort plus de notre gorge qu’un long hurlement muet, où la transe est devenue une délicieuse souffrance, on est prêt à juger que The Psychotic Monks ont atteint les sommets.

2019 0 10 The Psychotic Monks EMB Sannois (11)

On entre alors dans la seconde partie du set, la plus exigeante peut-être, celle qui désoriente sans doute le public (…qui s’enfuit d’ailleurs peu à peu…) : la violence qui a précédé s’est tue, et les musiciens construisent lentement une architecture sonore qui évoque bien entendu les chantiers du post punk, même si l’on peut aussi identifier des traces d’un rock progressif à la Pink Floyd. Et, dans le noir omniprésent, s’élève un chant désolé, qui va monter lentement en intensité, jusqu’à la folie, jusqu’à l’épuisement : « There is something shining in my head / And I don’t know what it is ! ». Là, on en est tous à hurler de douleur, d’égarement aussi. La musique est redevenue un chaos intégral, un abîme de douleur, de déraison et de perte. Et tout s’arrête.

1 heure, et c’est tout. Une heure d’un labyrinthe musical hérissé de tessons de bouteille sur lesquels se sont tranchés nos poignets. Une heure libératrice aussi, qui nous a permis d’affronter nos hantises, nos frustrations, nos fantômes. La musique peut-elle être une psychanalyse sauvage ? Une question inhabituelle dans le Rock, mais une question que The Psychotic Monkeys, un groupe exceptionnel qui conjugue radicalité artistique et honnêteté émotionnelle, nous pose. Et répond, du même coup.

Nous sommes quelques dizaines seulement à leur demander de revenir. Les lumières rallumées, deux des musiciens reviennent nous dire que, non, c’est fini, mais qu’ils discuteront avec plaisir avec nous, après (… sous-entendu après avoir rangé le matériel…). Mais finalement, à part leur dire mon admiration éperdue, de quoi parlerions nous ? La musique a déjà tout dit.

Il ne me reste plus qu’à rentrer chez moi, dans la nuit noire et sous le déluge qui ne cesse pas. »

 

 

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur le blog manitasdeplata.net

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25 avril 2020

girl in red - Lundi 6 Mai 2019 - Boule Noire (Paris)

2019 05 06 Girl in Red Boule Noire Billet

« Quel plaisir de voir cette foule de très jeunes femmes qui se pressent devant la Boule Noire pour applaudir Marie Ulven, la fameuse girl In red, dont les formidables chansons 'indie" dépeignent et célèbrent la difficulté et la fierté d'affirmer sa sexualité à un si jeune âge ! Quelques drapeaux arc-en-ciel dans la foule, et très peu de garçons dans la salle : le contexte est clair, et fait chaud au cœur à notre époque de résurgence hideuse de réflexes homophobes rétrogrades. Et puis, aussi, quelle joie de voir que le Rock peut encore porter les couleurs de l'affirmation de soi, d'une forme, fut-elle pacifique et civilisée, de rébellion contre une société qui hésite bien trop à évoluer ! Oui, dans la salle de la Boule Noire, il y a ce soir une belle ambiance joyeuse, qui nous rappelle, à nous, vieux combattants éreintés, combien il est bon d'être ensemble pour lutter pour un futur meilleur. Mais assez déliré, place à la musique !

2019 05 06 Claud Boule Noire (2)

20h30 : Claud, c'est le nom de scène de ce bout de fille charmante, a priori basée à Brooklyn, et qui, seule avec sa guitare, amorce son set de 25 minutes par un bravache : "Welcome to Coachella!". Avec l'aide de pas mal de musique préenregistrée et d'une voix intéressante, dans le registre un peu classique de l'innocence juvénile, Claud Mintz va nous tenir en haleine sur une suite de chansons certes un peu banales, parfois inutilement lisses, grâce à une discrète mais jolie présence scénique. Elle a une belle bande de fans déjà dans la salle qui mettent l'ambiance, chantent avec elle sur son nouveau titre (If I Were You, je pense…). Sur une chanson romantique, on allume même quelques briquets qui nous ramènent à la belle époque d'avant les téléphones portables. Claud a été forcément acclamée quand elle a demandé comment on dit en français : « I am gay ». Mais le plus chou, c'est quand elle nous a avoué que c'était son premier séjour à Paris, qu'elle était donc allée voir la Tour Eiffel et avait acheté un porte-clé. Je ne sais pas si Claud décollera un jour, mais au moins elle est là, à Paris, devant un public qui l'adore et l'acclame. Combien de gens peuvent-ils en dire autant à son âge ?

Girl in red, c'est quelque chose de hors du commun : ce soir, à la Boule Noire, c'est une évidence qui nous saute aux yeux. Marie, jeune norvégienne de guère plus de 20 ans, a écrit des chansons seule dans sa chambre sur son amour des femmes et, par la grâce des réseaux sociaux, a fédéré des milliers de jeunes filles et de jeunes femmes en Europe, avant même d'avoir publié son premier album. Les salles où elle se produit sont sold out, le public fait la queue plusieurs heures avant pour être au premier rang, tout le monde connaît par cœur les paroles - remarquables d’honnêteté - de ses chansons, alors qu'elles viennent juste de sortir sur Internet : on a fait le test à la Boule Noire ce soir, Marie a diffusé sur la sono la musique de sa dernière chanson, Dead Girl in the Pool, pendant qu'on préparait le matériel sur scène, et les fans ont chanté la chanson tous seuls !

2019 05 06 Girl in Red Boule Noire (10)

21h25 : quatre (très) jeunes Norvégiens vêtus de blanc entrent en scène, précédant Marie, et attaquent 4am. Le public s’embrase instantanément, comme les jeunes filles seules savent le faire. Un long hurlement strident général, puis TOUT LE MONDE CHANTE : « Fuck my thoughts ! I Think too Much ! »… Impossible d'entendre, même devant, la voix de Marie, c'est à peine si on entend le groupe jouer ! Et ça va être comme ça durant les 55 minutes du set ! J'ai l'impression d'être revenu en pleine Beatlemania. ou au moins aux débuts des Smiths… sauf que ce mélange d'admiration quasi aveugle et de familiarité amicale est tout à fait inédit, et bien de notre époque où nos stars ne sont plus des dieux et des déesses inaccessibles, mais des versions plus populaires de nous-mêmes…

Sur scène, le groupe pogote franchement, et on sent une énergie juvénile se déverser sur nous, et être renvoyée immédiatement par le public vers la scène : c’est incroyable ! J’ai le sentiment de revenir aux fondamentaux de notre musique. Marie, elle, saute dans tous les sens avec ses musiciens, elle est hilare, elle est rayonnante : sa musique a des allures de "bedsitting music" - encore un point commun avec Morrissey, même si les textes sont bien plus simples et directs -, introspection existentielle amoureuse, un tantinet dépressive, comprise, mais sur scène c'est une véritable explosion !

Les morceaux ne font guère plus des 2 minutes de rigueur depuis que le Punk a redéfini les règles d’une musique vraiment essentielle. Les guitares carillonnent comme chez les Smiths (again !). Les mélodies, immédiatement accrocheuses, font danser comme le premier album de... disons Two Door Cinema Club (je pense à eux pour cette gaîté communicative, ce sens de la danse…). On touche à nouveau avec girl in red à l'essence profonde du rock'n'roll : une toute jeune personne - avec un foutu talent ! - compose dans sa chambre des chansons apparemment très simples qui ne parlent que d'elle, et d’un seul coup, le monde entier, en dehors de sa chambre, devient une caisse de résonance assourdissante. Summer depression illustre parfaitement cette remarquable ambigüité entre la genèse tourmentée des chansons (« My worst habit / Is my own sadness / So I stay up all night / Wondering why I'm so tired all the time ») et l’allégresse que tout le monde ressent de pouvoir chanter, non hurler ce genre de souffrance – tellement ordinaire, mais aussi tellement importante - tous ensemble dans un concert de Rock.

2019 05 06 Girl in Red Boule Noire (19)

Le problème, c’est que Marie et ses garçons ne sont pas encore tout-à-fait prêts pour la conquête du monde : outre un niveau sonore insuffisant pour couvrir le public, de nombreux problèmes techniques émailleront la soirée, sans parler du fait que Marie semble avoir besoin d’accorder sa guitare à CHAQUE chanson. Et puis, Marie est tellement éberluée par ce qui lui arrive qu’elle ne peut pas s’empêcher de partager sa joie avec nous de longues minutes entre deux morceaux (« Quand je pense qu’il y a si peu de temps, j’étais toute seule dans ma chambre à écrire ces chansons, et que ce soir, je suis ICI… je n’arrive pas à y croire ! »). Au final, je crois bien qu’on n’aura pas eu droit à de la musique plus de la moitié de la soirée, le reste du temps a été consacré à la communication et au réglage des instruments et du son ! Et ça, évidemment, ça coupe l’enthousiasme que l’on ressent lorsque, enfin, le groupe joue : à fond la caisse, avec un enthousiasme communicatif… Bref, tout cela était sympathique, souvent touchant, mais mériterait d’être un peu plus resserré.

Malgré ce bémol, le concert finit magnifiquement, avec I Wanna Be Your Girfriend (« I don't wanna be your friend I wanna kiss your lips / I wanna kiss you until I lose my breath / I don't wanna be your friend I wanna be your bitch / I wanna touch you but not like this / The look in your eyes / My hand between your thighs »), puis avec l’irrésistible Girls (« They're so pretty, it hurts / I'm not talking about boys, I'm talking about girls / They're so pretty with their button-up shirts »).

Les spectatrices auront brandi des feuilles de papier portant l’arc-en-ciel symbolique sur le mot LOVE, auront chanté encore et encore en chœur des mots de tendresse, de désir et de frustration… Elles seront reparties – j’espère – avec la conviction que le monde, cette saloperie de monde que nous leur léguons, sera un peu plus accueillant pour elles. La fête aura été belle, ce soir à la Boule Noire.

Maintenant, on attend de pied ferme le prochain retour de girl in red, avec un album complet et de nouveaux concerts. »

 

Les musiciens de girl in red sur scène :

Marie Ulven – guitare, vocaux

Martin Andersen Dybdal – guitare

Bror Henrik Smith Brorson – guitare

Sigur Berg Svela – basse

Erlend Hisdal - batterie

 

La setlist du concert de girl in red :

4am (chapter 1 – 2019)

summer depression (chapter 1 – 2019)

dead girl in the pool

say anything (chapter 1 – 2019)

dramatic

forget her

watch you sleep

we fell in love in october

rushed lovers

talia (King Princess cover)

i wanna be your girlfriend (chapter 1 – 2019)

girls (chapter 1 – 2019)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs benzinemag.net et manitasdeplata.net

 

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