Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

28 juillet 2019

Car Seat Headrest - Samedi 26 Mai 2018 - Trabendo (Paris)

2018 05 26 Car Seat Headrest Trabendo Billet« On ne célébrera jamais assez les vertus du bruit quand il sort d'un ampli de guitare poussé à fond, et quand le type au manche n'en est pas un (de manche). On ne répétera jamais non plus assez qu'un bon vieux power trio des familles (guitare + basse + batterie) reste la manière la plus magistrale de faire du rock. Ce soir au Trabendo, en 45 minutes, Naked Giants ("a band from Seattle", comme ils le clament avec fierté, et ils ont raison…) nous ont rappelé quelques évidences du même tonneau...

2018 05 26 Naked Giants Trabendo (17)...Et nous ont du même coup donné beaucoup, beaucoup de plaisir. Bloqués au sommet des années 90, au moment du passage de relais entre Pixies et Nirvana, avec un soupçon de Presidents or the United States pour le goût des mélodies pop et pour la fantaisie, et une touche de blues stoogien pour épaissir le tout, Naked Giants est un groupe incroyable sur scène : ils sont drôles, sympathiques, redoutables musiciens, et ils nous distribuent dans le désordre le plus séduisant passages bruitistes, rythmes déconstruits, accélérations punks, et riffs puissants. Grunge not dead, mais un grunge qui a troqué le désespoir pour un solide appétit de vivre. La fosse du Trabendo danse un grand sourire aux lèvres, chaque chanson accroche, le bassiste (Gianni) invente des danses inédites, le guitariste (Grant) se roule par terre comme il faut et le batteur surpuissant (Henry) gère aussi l'ambiance. Ce soir je ne sais pas si nous avons eu la chance de découvrir un grand groupe de demain et je m'en fous un peu. Car nous avons restauré une fois de plus notre foi en le rock'n'roll.

Aller revoir sur scène Will Toledo et son Car Seat Headrest après la sortie du remake réussi de son classique "Twin Fantasy", c'est courir le risque de la déception qui abimerait l'amour que nous portons à ses albums, tant l'on sait l'imprévisible caractère de cochon de notre jeune génie. Mais bon, la vie est un risque, non ? Et puis la soirée est déjà sauvée par Naked Giants. Sans même parler du plaisir de rencontrer en chair et en os l’un de mes jeunes et talentueux éclaireurs sur Sens Critique : ce genre de jeunesse enthousiaste et curieuse de tout, c'est diablement rassurant, non ?

2018 05 26 Car Seat Headrest Trabendo (37)21h00 : Will Toledo rentre sur scène, et vient se poster au centre derrière un mini clavier sur lequel il lance une intro quasi électro, fascinante, excitante. Autour de lui, son supergroup se met en place. Supergroup, oui car nous avons droit ce soir à Car Seat Headrest moins Ethan (le talentueux guitariste, fatigué de tant tourner, se reposerait…), plus Naked Giants, avec Gianni et Grant tous deux aux guitares. Et ça, ça va faire beaucoup de différence, et nous offrir le meilleur set de Will Toledo que j’aie pu voir jusqu’à présent ! D’une part, parce que le groupe ainsi constitué a une puissance stratosphérique, et élève indiscutablement les morceaux de Will très loin de l’indie rock un peu maigrelet d’où il vient (ceci dit sans aucune connotation négative…). D’une autre parce que Will, qui n’a plus à se soucier de jouer de guitare désormais, juste de chanter et d’ajouter quelques notes aux claviers, paraît beaucoup plus euh… détendu. Je dis “détendu”, je me comprends, je veux dire que nous aurons droit au cours de l’heure et demi du concert à : 1) un vrai (demi-)sourire (un seul…) 2) une phrase exprimant un peu de préoccupation pour le public qui s’écrase sur la scène basse du Trabendo vu la pression du mosh pit en fusion derrière 3) plusieurs pas de danse et deux ébauches de pogo ! Ouaouh ! Fun ! Fun ! Fun ! A noter aussi que Will a rasé son début de barbiche qui ne lui allait pas trop bien et a retrouvé son look austère d’éternel étudiant trop sérieux, à la limite de l’autisme.

2018 05 26 Car Seat Headrest Trabendo (90)Le set démarre de manière très puissante avec une reprise inattendue du Waves of Fear de Lou Reed, une connexion intéressante je dois l’admettre avec le travail de Will. On entre dans le cœur du sujet avec Bodys, de “Twin Fantasy”, puis avec la première explosion générale de joie et le premier pogo collectif du roboratif Fill In the Blanks. Le programme est annoncé, on revisitera ce soir les titres à haut niveau d’anxiété de “Twin Fantasy” et on se remettra dans l’ambiance, la bonne, avec les morceaux jouissifs et consensuels de “Teens of Denial”. Et vous savez quoi ? Eh bien, ça me va bien comme ça… comme d’ailleurs visiblement à l’ensemble du public d’un Trabendo dépassant les limites admises de température (plaintes récurrentes des musiciens, en bons Américains habitués à la climatisation généreuse de leur pays…).

Maud Gone permet de reprendre son souffle sur cette chanson bouleversante : « I know there's a full moon every night / When I dress black, it snows white ». Je vois autour de moi les fans absolus de Car Seat Headrest qui connaissent bien entendu chaque phrase de leur idole par cœur, ils / elles chantent en vibrant de douleur et d’extase. Et je suis alors absolument certain que si le concert va être aussi réussi ce soir, c’est grâce à ce public exceptionnel que Will rassemble désormais. Un peu comme pour un Morrissey à sa grande époque, voici des gens pour qui les mots de Will ont un vrai sens : Car Seat Headrest parle directement au cœur d’un jeune adulte de 2018. Au cœur mais aussi aux jambes : Destroyed by Hippie Powers, puis Drugs with Friends sont des tueries, propulsées par la guitare magique de Grant. La situation au premier rang devient difficile, entre la chaleur et la pression, on est bien loin du set bien trop calme du Divan du Monde l’année dernière. C’est le moment de tous gueuler ensemble : « Drugs are better with Friends are better with… » adlib, l’un de ces gimmicks irrésistibles qui enchantent dans les chansons de Will.

2018 05 26 Car Seat Headrest Trabendo (103)Henry joue son rôle d’amuseur public et fait monter des spectateurs sur scène, histoire de mettre de l’ambiance. J’imagine que ce genre de démonstration doit un peu crisper Will, mais il fait contre mauvaise fortune bon cœur, ce soir il ne va pas nous gâcher la fête et quitter la scène de rage. America (Never Been) est un bel hommage à nos doutes et nos désillusions, un beau cadeau que Will nous fait : « This is heaven but heaven is hard / Because your lover is listening to music you don't know / And you're tangled up in the headphone wires / You know our problems, they don't end / Just because we get boy/girlfriends ». Bon, on en arrive au fantastique Drunk Drivers / Killer Whales, le moment que tout le monde ici chérit, j’en suis sûr, où une grande chanson de désespoir s’envole au firmament sur le fameux singalong final dont on voudrait qu’il ne s’arrête jamais : « It doesn’t have to be like this / It doesn’t have to be like this / Killer Whales, Killer Whales… ». Après ce sommet, Nervous Young Inhumans clôt proprement le set principal.

Le long rappel sera principalement consacré au monstrueux Beach Life-In-Death, sommet épique de “Twin Fantasy”, avec ce fameux break crié au milieu (cette fois crié par le public, mais pas par Will, ah ah…) et son final accéléré parfait pour le headbanging ou le pogo. « Oh please let me join your cult / I'll paint my face in your colors / You have a real nice face / I had an early death / The ocean washed over your grave / The ocean washed open your grave… ».

Voilà, c’est fini, on peut quitter la fournaise du Trabendo pour la très relative fraîcheur de la nuit parisienne, après un détour par le stand de merchandising pris d’assaut. Quitter le Trabendo avec notre cœur temporairement réparé. Parce que nous savons que nous ne sommes pas seuls face à la dureté du monde, Will écrit et chante pour nous tous ces mots tellement douloureux et compliqués, et il tente à lui tout seul de racheter nos âmes.

2018 05 26 Car Seat Headrest Trabendo (114)« The ancients saw it coming / You can see that they tried to warn them / In the tales that they told their children / But they fell out of their heads in the morning / They said sex can be frightening / But the children were not listening / And the children cut out everything / Except for the kissing and the singing / When they finally found their home / At Walt Disney studios / And then everyone grew up / With their fundamental schemas fucked / But there are lots of fish left in the sea / There are lots of fish in business suits / That talk and walk on human feet / And visit doctors, have weak knees »

Reviens vite nous voir, Will, nous avons tellement besoin de tes mots. Mais n’oublie pas ramener quand même ton supergroup ! »

 

Les musiciens de Naked Giants sur scène :

Gianni Aiello: bass, vocals

Grant Mullen: guitar, vocals

Henry LaVallee: drum kit, vocals

 

La setlist (aprpoximative et incomplète) du concert de Naked Giants :

Twist (R.I.P. – 2016)

SLUFF (SLUFF – 2018)

TV (SLUFF – 2018)

Slow Dance II (SLUFF – 2018)

Pyramids (R.I.P. – 2016)

Everybody Thinks They Know (But No One Really Knows) (SLUFF – 2018)

Ya Ya (R.I.P. – 2016)

 

2018 05 26 Car Seat Headrest Trabendo (109)Les musiciens de Car Seat Headrest sur scène :

Will Toledo – vocals, guitar, keyboards

Andrew Katz – drums

Seth Dalby – bass

Gianni Aiello: guitar, vocals

Grant Mullen: guitar, vocals

Henry LaVallee: percussions

 

La setlist du concert de Car Seat Headrest :

Waves of Fear (Lou Reed cover) ('The Ending of Dramamine' intro)

Bodys (Twin Fantasy – 2011/2018)

Fill in the Blank (Teens of Denial – 2016)

Maud Gone (Monomania – 2012)

Destroyed by Hippie Powers (Teens of Denial – 2016)

(Joe Gets Kicked Out of School for Using) Drugs With Friends (But Says This Isn't a Problem) (Teens of Denial – 2016)

Cute Thing (Twin Fantasy – 2011/2018)

America (Never Been) (How To Leave Town EP – 2014)

Drunk Drivers/Killer Whales (Teens of Denial – 2016)

Nervous Young Inhumans (Twin Fantasy – 2011/2018)

Encore:

Beach Life-In-Death (Twin Fantasy – 2011/2018)

Chronique publiée originellement sur Benzine Mag et mon blog www.manitasdeplata.net

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17 juillet 2019

Baxter Dury - Jeudi 17 Mai 2018 - Casino de Paris

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris« Notre année 2017 avait été indiscutablement marquée par le récit homérique de la chute et de la récupération de Baxter Dury, purement et simplement largué par sa douce et tendre, et qui a pris le monde entier à témoin de la cruauté des femmes et de la méchanceté de la vie. On a beaucoup ri, mais aussi beaucoup dansé sur les mélodies retorses de son “Prince of Tears”, il était donc impensable de ne pas aller voir comment Dury Jr. allait faire revivre ce petit miracle de rage, de désespoir et d’humour sur scène… Le Casino de Paris, salle décadente et défraîchie paraissait d’ailleurs le lieu idéal pour accueillir ce psychodrame un peu sordide, et nous nous réjouissions donc à l’avance de cette soirée !

Paris a de faux airs estivaux - même si les températures restent vraiment fraîches, mais (en est-ce la conséquence ?), peu de Parisiens se sont décidés à venir biberonner ce soir en notre compagnie... Heureusement que l'on y retrouve des amis pour nos éternelles conversations sur le passé, le présent et l'avenir du Rock'n'roll. Et avec le “Blackstar” de Bowie sur la sono, il y a de bien pires manières de tuer le temps.

2018 05 17 Matt Maltese Casino de Paris (22)20h03 : un jeune homme sage et poli s'installe devant un clavier, accompagné par un batteur et un bassiste, et nous régalera 30 minutes durant de chansons mid tempo pas toujours très captivantes, et surtout chantée d'une voix qui est tout sauf convaincante. J’ai un flashback : mais oui, mais c’est bien sûr, j’ai déjà vu ce petit gars tout gentil, en solo, au Point Ephémère, il y a un peu plus d’un an de cela… et j’avais alors bien apprécié son set intimiste et plein d’émotions. Mais ce soir, Matt Maltese a vraiment du mal à placer sa voix (même si cela s’améliorera vers la fin…), et on pourrait même dire qu’il chante mal, ce qui est rédhibitoire pour un genre de pop douce, un peu soul parfois, basée sur des textes et des ambiances... suaves et sophistiquées. Si la fin du set voit une amélioration au niveau des compositions et de l’interprétation, et que le dernier morceau est enfin séduisant, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est vaguement anodin et dispensable. Une petite déception par rapport à ce que j’attendais de Matt.

Surprenant : c'est l'ami Jarvis Cocker qui s'installe discrètement en retrait, dans l'obscurité, pour nous offrir un DJ set étrange. Dans une ambiance spectrale créée par les lumières tantôt rouges, tantôt bleues, tandis que l'équipe de Baxter Dury installe le matériel, Jarvis nous offre une promenade étonnante, à travers des genres musicaux inattendus, voire improbables, en partant d'abord plutôt du côté des musiques américaines. Jarvis danse et s'amuse, sirote son verre de vin rouge, le public reste globalement indifférent. Les lumières s'animent, la musique devient plus dansante, il me semble que de plus en plus de spectateurs ont reconnu Jarvis… Qui nous fait explorer, chanson inconnue après musique absconse, sa riche discothèque personnelle. On termine sur un titre en français, lui aussi inconnu au bataillon. Dommage surtout que tout cela se soit un peu trop éternisé… Merci quand même, Jarvis...

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (27)21h45 : Le public a commencé à manifester bruyamment son impatience, et je me dis que le set de Baxter Dury sera forcément court, puisqu’il ne reste guère que 1h15 jusqu’aux 23 heures. Le personnage qui déboule alors sur scène ne correspond pas tout-à-fait à l’image de dandy décavé que je me faisais jusqu’alors de lui : certes, Baxter a revêtu le costume-cravate de circonstance, certes il porte une barbe de plusieurs jours, mais son attitude semble directement héritée de 1977, soit l’époque où son papa triomphait dans les charts. Oui, ce mélange d’ennui, d’arrogance, de provocation minable – les bisous  bruyants, la bouteille de vin rouge, qui sera vite torchée, et le verre à la main, l’indifférence envers le public, les poses ravagées et excessives au micro : punk’s not dead ! Et la manière rageuse, avec une électricité un peu mauvaise, dont les titres – magnifiques – de “Happy Soup” sont balancés d’entrée de jeu, on est quand même assez loin du crooner cynique qui remonte la dune brûlante de la vie que “Prince of Tears” avait imposé. Et vous savez ? C’est très bien comme ça ! Je me prends au jeu, et je caresse un rêve étrange : et si Baxter nous offrait un petit hommage filial et sa version à lui de Sex and Drugs and Rock’n’Roll, ça aurait de la gueule, non ?

Pendant que Baxter écluse sa bouteille de rouge, tantôt au verre, tantôt au goulot, jetons un coup d’œil au groupe qui l’accompagne : dans le fond, à gauche un jeune guitariste dont le jeu flamboyant va littéralement illuminer les morceaux les plus nerveux ; au centre, le plus vieux pote de Baxter, à la batterie (combien d’années d’amitié, déjà ? Baxter nous l’a dit mais je ne m’en souviens plus…) ; à droite, un autre jeune en costard, grand échalas qui vient juste de se marier, apprenons-nous. Devant, trois claviers, Baxter étant entouré de deux jeunes et jolies créatures, dont Madelaine Hart, juste devant moi : elles sont surtout chargées d’assurer l’importante contribution vocale féminine aux chansons de Baxter. Et sur le brillant et hypnotique Porcelain, nous avons même droit à l’apparition au micro de Rose Elinor Dougall : « Porcelain boy / You're just a lonely motherfucker / Porcelain boy / I don't give a shit about you… »

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (51)Porcelain, justement, marque le début de l’interprétation intégrale de “Prince of Tears”, forcément le gros morceau de la soirée, qui ravit évidemment le public (même si le balcon du Casino de Paris est à demi vide, la fosse est bien pleine, complète paraît-il…)… et qui marque un basculement du concert pas forcément bénéfique. Car les petites vignettes absurdes, cruelles et drolatiques de l’album s’avèrent assez frustrantes sur scène : moins rock, trop courtes, faisant définitivement moins de sens, ces chansons aux mélodies pourtant bien troussées emportent le set vers un autre univers, moins rock, moins intense… même si Letter Bomb marque une tentative de Baxter de relancer la machine… euh infernale.

Au bout d’une heure à peine, le set principal est bâclé, et Baxter a abandonné la pose punk depuis un moment, et se révèle désormais affable et souriant… à mois que cela ne soit l’influence de la bouteille de vin rouge éclusée ? Aurait-il le vin joyeux, l’ami Baxter ? Toujours est-il qu’on aurait bien aimé que Miami, en conclusion, soit porté par une vraie rage… Car « I'm the turgid fucked-up little goat / Pissing on your fucking hill / And you can't shit me out / 'Cos you can't catch me / 'Cos you're so fat / So fuck ya / I'm Miami ! », accompagné de quelques glaviots bien gras millésimés 77, ça aurait quand même eu de la gueule, non ?

Le rappel commence bien, avec un Cocaine Man nerveux, mais se conclut trop vite avec Prince of Tears, bien trop évident et sans grande âme. Il est 23 heures, et la petite troupe plie bagages, alors qu’il me semble qu’un second rappel moins formel aurait permis de conclure la soirée sur une plus high note.

Bref, même si tout cela était loin d’être mauvais, une légère frustration nous envahit au moment de quitter la salle. Et un doute : Baxter serait-il plus un artiste à savourer sur disque qu’en live ? »

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (86)La setlist du concert de Baxter Dury :

Isabel (Happy Soup – 2011)

Listen (Prince of Tears – 2017)

Leak At The Disco (Happy Soup – 2011)

Happy Soup (Happy Soup – 2011)

Trellic (Happy Soup – 2011)

Picnic On The Edge (Happy Soup – 2011)

Porcelain (Prince of Tears – 2017)(with Rose Elinor Dougall)

Mungo (Prince of Tears – 2017)

Letter Bomb (Prince of Tears – 2017)

Almond Milk (Prince of Tears – 2017)

Oi (Prince of Tears – 2017)

Wanna (Prince of Tears – 2017)

August (Prince of Tears – 2017)

It's a pleasure (It’s a pleasure – 2014)

Palm Trees (It’s a pleasure – 2014)

Miami (Prince of Tears – 2017)

Encore:

Cocaine Man (Floorshow – 2005)

Prince of Tears (Prince of Tears – 2017)

Chronique publiée à l'époque du concert sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2018/05/20/live-report-baxter-dury-au-casino-de-paris-le-17-mai-2018/

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08 juin 2019

Arcade Fire - Samedi 28 Avril 2018 - AccorHotels Arena (Paris)

2018_04_28_Arcade_Fire_AccorHotels_Arena_Billet« Pas vraiment enthousiasmante, l'idée de voir Arcade Fire jouer dans un lieu aussi immense et sans âme que Bercy, pardon l'AccorHotel Arena, et ce d'autant qu'un certain consensus semble se dessiner à propos de la tournée "Everything Now" autour d'un vague sentiment de "C'était mieux avant !". Bien sûr, il était inévitable que l'incroyable efficacité scénique de Arcade Fire, qui en a fait pendant plus de 10 ans l'une des plus extraordinaires expériences live qui aient jamais été, finissent par s'émousser. En plus, j'ai bêtement loupé l'heure de la mise en vente des places et la fosse m'a échappé. Me voici donc condamné à une place assise en gradins, chose qui me consterne systématiquement.

2018 04 28 Preservation Hall Jazz Band AccorHotels Arena (18)19h45 : Après quelques propos échangés avec l'ami Xavier histoire de faire le "bilan concerts" des dernières semaines et de programmer nos prochaines sorties, me voilà m'asseyant sagement à la place que l'ouvreuse m'indique au moment même où Préservation Hall Jazz Band attaque son set.

La scène est installée au plein centre de la fosse, et surplombée par de grands écrans, ce qui assure une vision correcte un peu partout dans la salle. Le son est plutôt bon, ce qui semble désormais être systématiquement le cas depuis que le Palais Omnisports a été "up-gradé" acoustiquement. L'inconvénient par contre de la scène centrale est que les musiciens tournent forcément le dos à une partie du public. Même si je ne suis pas mal placé du tout, je ne verrai donc Preservation Hall Jazz Band que de côté, sans m'en sentir particulièrement frustré d'ailleurs puisque c'est - quelle surprise - du jazz ! Et que je n'aime pas, je n'aime vraiment pas le jazz... désolé ! Bon je suis capable de reconnaître que tout cela est cuivré, dynamique, même un peu festif en étant généreux. La musique est principalement instrumentale, avec quelques parties vocales çà et là, et personnellement je me fais terriblement suer : je ne vois aucune originalité là-dedans, juste un enchaînement de clichés jazz, entre big band, déchirures un peu free, et coloration funky (bien venue). Et le pire est a venir avec une reprise très laide, presque offensante, du refrain (et seulement du refrain) de "Oh you Pretty Things" : le genre d'hommage dont Bowie se serait bien passé. Et la torture dure une heure (1 heure !)... La soirée commence décidément bien mal...

L'Accor Arena n'est pas complètement remplie, comme quoi Arcade Fire ne joue pas encore tout-à-fait dans la cour des grands, mais ce n'est pas la honte de jouer dans une salle seulement à demi-pleine comme cela fut apparemment le cas lors de certaines dates US du début de la tournée, l'année dernière. Le public est agréablement mélangé, tous les âges sont là, des enfants - eh oui ! - à des sexagénaires, bien entendu, ce qui montre que malgré tout, Arcade Fire a réussi à ratisser large avec son dernier album plus commercial...

La scène carrée centrale est maintenant entourée de cordes, à la manière d'un ring de boxe. Les (faux) logos "commerciaux" de "Everything Now" défilent ou tournoient sur les panneaux lumineux, bref le "concept" est décliné comme il se doit. Nous avons droit aussi à d'infames pubs stridentes qui doivent être du second degré, nous conviant à aller acheter des souvenirs ("notre mémoire n'étant plus ce qu'elle était") ou à nous déplacer autour du ring ! Deux grosses boules à facettes évoquent la période "Reflektor"...

2018 04 28 Arcade Fire AccorHotels Arena (6)21h15 : Même dans une salle de plus de 15.000 places, Arcade Fire n’a – heureusement – pas perdu ses bonnes habitudes : alors que résonne dans la sono une horrible version de la 5ème symphonie de Beethoven, le groupe arrive en traversant le public (vous me direz, vue le placement central du "ring", il était sans doute difficile de faire autrement !). L’ambiance imite celle d’un match de boxe, voire de catch, aux US, chaque musicien étant présenté à son tour sur les écrans vidéo au-dessus de la scène, qui retransmettent dans un style CNN cette longue entrée en scène… Mais ne soyons pas cyniques, tout cela fonctionne au-delà du second degré, et fait formidablement monter la pression, pour lancer le set sur le nouveau crowd pleaser qu’est Everything Now… Un morceau quand même un peu niais, mais qui a au moins l’avantage de faire taper dans les mains et de donner la banane !

Ce soir, Arcade Fire compte dix personnes sur scène, et nous sommes heureux de revoir la petite Sarah Neufeld et son violon magique, elle qui ne fait plus officiellement partie du groupe. Il y a aussi le musicien camerounais Patrick Bebey, dont le riff à la flûte pygmée est la signature de Everything Now, et qui réapparaîtra pour le grand final de la soirée. Peu de changements en fait dans la "mise en scène" d’Arcade Fire : toujours ces échanges d’instruments permanents, toujours Tim Kingsbury en génial trublion chargé de créer du chaos sur scène, toujours la radieuse Régine en icône disco. Et toujours Win en grand géant vaguement torturé, même si l’empâtement guette avec les années qui passent.

2018 04 28 Arcade Fire AccorHotels Arena (10)Il faut maintenant louer la conception de la scène, avec son plateau tournant central, et ses différentes estrades, qui permettent aux musiciens de changer de position et de venir autant que faire se peut au contact de leur public. Les images vidéo et le light show sont tous simplement superbes, et permettent de relayer à 15.000 personnes les petites subtilités et les moments d’émotion qui se perdraient évidemment dans un tel contexte. Bref, Arcade Fire s’est équipé de matériel "state of the Art" pour venir concurrencer U2 sur son terrain ! (Il faut dire aussi que les places n’étaient pas données ce soir…). Grosse déception par contre du côté du son, qui, même s’il est meilleur qu’à l’époque déprimante ayant précédé la réfection de la salle, constituera la grande faiblesse du set ce soir : pas tout-à-fait assez fort, manquant grandement de dynamique, avec les voix régulièrement sacrifiées derrière des effets "in your face" faciles, ce son anémique et brouillon nous privera sans doute de certains moments d’extase.

2018 04 28 Arcade Fire AccorHotels Arena (70)En parlant d’extase… Arcade Fire enchaîne avec Rebellion, afin de rassurer les fans de la première heure : "Funeral" reste le pilier fondateur de la musique du groupe, en dépit des récentes explorations disco ou électro, et nous aurons droit à nos hymnes tant attendus. On peut trouver que c’est néanmoins un peu trop tôt pour dégoupiller la plus belle grenade du groupe, mais au moins, tout le monde dans les gradins est debout et chante en chœur. Debout, ouf ! Le pire est évité et, à l’exception de quelques spectateurs égarés restant assis et se bouchant les oreilles (Mon Dieu ! Mais pourquoi ?), Bercy restera vaillamment debout pendant la quasi-totalité des deux heures et quart du set.

La setlist de ce soir balaie toutes les périodes du groupe, mêlant non sans audace le lyrisme festif des origines (No Cars Go réjouit évidemment tout le monde !) avec la dance music conceptuelle plus récente (Electric Blue, quand même assez ennuyeux, il faut bien l’avouer…), en passant par le pessimisme angoissé de "Neon Bible" : après le décollage radieux de Put Your Money On Me, une chanson que j’attendais tout particulièrement, ce sera d’ailleurs l’enchaînement down tempo de Neon Bible et de My Body is a Cage, rehaussé par des lumières superbes matérialisant la cage autour de la scène désormais débarrassée de ses cordes, qui constituera l’un des plus beaux moments de la soirée… Et la preuve que derrière le gigantisme d’une mise en scène grand public, il reste quand même quelque part un cœur qui bat encore.

2018 04 28 Arcade Fire AccorHotels Arena (96)Si le passage par la banlieue (The Suburbs, bof bof…) n’est pas mémorable, et ce d’autant que Ready To Start n’a plus la vigueur des premiers jours, ainsi planté en milieu de set, Arcade Fire va se rattraper avec un final intense, de toute beauté. Reflektor d’abord, puis Afterlife, et surtout un Creature Comfort épique – avec un son qui, sans être meilleur, devient enfin fort comme on aurait aimé qu’il le soit toute la soirée : Arcade Fire prouve qu’il n’a pas complètement perdu sa hargne au fur et à mesure de l’inflation du succès et des egos.

« We're the bones under your feet / The white lie of American prosperity/ We wanna dance but we can't feel the beat / I'm a liar, don't doubt my sincerity. / Just make it painless / Creature comfort, make it painless »

Après ça, Power Out est sans doute un peu trop évident, peut-être usé par toutes ces années de tournées.

Heureusement, le rappel sera complètement à la hauteur de la réputation du groupe : une superbe version de l’excellent We Don’t Deserve Love (zut, mes voisins se rassoient… Tant pis je reste debout !), un hommage festif à Francis Bebey avec encore le fiston Patrick à la flûte pygmée, qui débouche logiquement sur Everything Now (continued), avant que l’inévitable, mais inusable lui, Wake Up ne vienne réconcilier tout le monde et rappeler qu’il y a dix ans, Arcade Fire planait quand même à des hauteurs autrement plus vertigineuses. Les jazzmen de la Nouvelle Orléans ont rejoint Arcade Fire sur scène, et l’ambiance est clairement à la fête générale, ce qui nous va très bien pour clôturer la soirée.

Tout ce petit monde retraversera la foule en jouant – percussions et cuivres – avant de, paraît-il, terminer le set sur le parvis (je ne sais pas, je ne suis pas parvenu à y arriver à temps…), comme au "bon vieux temps"…

Bref, inutile de jouer les blasés et les nostalgiques : même si le temps a passé et a, logiquement, érodé les aspérités d’un groupe qui joue aujourd’hui avant tout la carte du grand spectacle, la qualité "professionnelle" de ce spectacle, ainsi que la joie toujours aussi visible que les musiciens prennent à interpréter ensemble leurs plus belles chansons, font toujours d’un concert d’Arcade Fire une belle occasion de bonheur. Ce n’est pas si fréquent… »

 

2018 04 28 Arcade Fire AccorHotels Arena (127)Les musiciens de Arcade Fire sur scène :

Régine Chassagne – lead and backing vocals, accordion, drums, percussion, keyboards

Richard Reed Parry – guitar, bass guitar, backing vocals

Win Butler – lead and backing vocals, guitar, piano, keyboards, bass guitar

Tim Kingsbury – bass guitar, guitar, double bass, keyboards, backing vocals

William Butler – synthesizers, bass guitar, guitar, percussion, backing vocals

Jeremy Gara – drums, percussion, guitar, keyboards

Sarah Neufeld – violin, piano, keyboards, backing vocals

Tiwill Duprate – percussion

Stuart Bogie – saxophone, clarinet, flute, keyboards

 

La setlist du concert de Arcade Fire :

Tape : A Fifth of Beethoven (Walter Murphy song)

Tape : Everything Now (Continued) (instrumental version with boxing intro)

Everything Now (with Patrick Bebey) (Everything Now – 2017)

Rebellion (Lies) (Funeral – 2004)

Here Comes the Night Time (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage) (Reflektor – 2013)

Haïti (with Patrick Bebey) (Haitian dancers on stage) (Funeral – 2004)

No Cars Go (Arcade Fire – 2003)

Electric Blue (Everything Now – 2017)

Put Your Money on Me (Everything Now – 2017)

Neon Bible (Neon Bible – 2007)

My Body Is a Cage (Neon Bible – 2007)

Neighborhood #1 (Tunnels) (Funeral – 2004)

The Suburbs (The Suburbs – 2010)

The Suburbs (Continued) (The Suburbs – 2010)

Ready to Start (Damien Taylor Remix outro) (The Suburbs – 2010)

Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) (The Suburbs – 2010)

Reflektor (Reflektor – 2013)

Afterlife (Reflektor – 2013)

Creature Comfort (Everything Now – 2017)

Neighborhood #3 (Power Out) (with 'I Give You Power' snippet) (Funeral – 2004)

Encore:

We Don't Deserve Love (Everything Now – 2017)

The Coffee Cola Song (Francis Bebey cover)

with Patrick Bebey)

Everything Now (Continued) (with Patrick Bebey)

(Also with Preservation Hall Jazz Band)

(Everything Now – 2017)

Wake Up (with Patrick Bebey)

(Also with Preservation Hall Jazz Band.

Followed by reprise of chorus played during slow exit)

(Funeral – 2004)

 

 

Critique publiée à l'époque du concert sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2018/04/30/arcade-fire-a-laccorhotels-arena-le-samedi-28-avril-2018/

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25 mai 2019

The Nits - Vendredi 20 Avril 2018 - Le Petit Bain (Paris)

2018 04 20 Nits Petit Bain Billet« Ah, les Nits, ex-"secret le mieux gardé de la pop", comme les journalistes français avaient trouvé malin de les qualifier à la fin du siècle dernier, avant de peu à peu se désintéresser du destin du trio batave qui n'aura finalement guère été prophète en dehors de son pays ! Pour nous, les fans absolus de ce groupe unique, qui avons eu l'occasion de les voir officier sur scène lors nombre de concerts mémorables, il restera le souvenir de soirées littéralement transies de bonheur, entre chansons parfaites, vivacité espiègle et virtuosité souvent époustouflante. Mais la nostalgie n'étant pas notre registre, c'est la beauté de leur dernier album, "Angst", tentative conceptuelle réussie de faire revivre en musique les souvenirs familiaux, et en particulier ceux de la seconde guerre mondiale, qui nous amène ce soir au Petit Bain, alors que Paris retrouve une joie de vivre printanière après un long hiver glacial et pluvieux.

2018 04 20 Fabio Viscogliosi Petit Bain (3)La queue devant la péniche est composée de fans plus très jeunes non plus, et on entend çà et là des plaintes quand on les informe qu'il n'y aura pas de sièges. Je souris en coin, ravi bien entendu de l'occasion de voir et d'écouter - peut-être pour la dernière fois ? - les Nits dans les excellentes conditions qu'offre le Petit Bain, une merveille de petite salle qui tangue même les jours de gros temps…

19h30 : Fabio Viscogliosi est un chanteur italien dont la moitié du répertoire est en français… ou bien un chanteur français dont la moitié du répertoire est en italien ? Ce n’est pas clair tout cela, puisque alors que Wikipedia le présente comme un "artiste, écrivain, dessinateur et musicien" de la région de Lyon, il a prétendu au cours de son set ne pas parler notre langue… Bon, de toute manière, Fabio chante ce soir en solo, avec l'appui de musique pré-enregistrée qui rajoute un peu d'ampleur à certains de ses morceaux. On peut penser au Murat des débuts, du fait d'ambiances sensuelles et d'un chant plutôt maniéré. Par contre la succession de tempos moyens assez similaires fait que le set ronronne un peu trop malgré la belle voix de Fabio. Les 35 minutes imparties paraissent finalement un peu longuettes, même si le personnage est intéressant…

2018 04 20 Nits Petit Bain (10)20h40 : Henk, Robert Jan et Rob sont là, nos Nits éternels, on a envie de dire inchangés malgré les années qui les ont marqués autant que nous. L’intro, un enchaînement tout en douceur, en subtilité, d’une intense beauté, de l’effrayante comptine de Oom-Pah-Pah (« Catch me, my baby / I'm falling / Out of a tree in your arms / … / Oom-pah-pah men in the bone caves / Oom-pah-pah men get up late / Don't open the cupboard / Don't open the door / I'm afraid ») et de l’élégance feutrée des Nuits, place la barre très, très haut. Bien au-dessus en tout cas du concert un peu décevant de l’Alhambra en 2008 (dix ans déjà !), où Henk était fortement diminué par des soucis de santé. Non, ce soir, ce sont les Nits en très grande forme qui vont nous offrir un concert de 2 heures synthétisant parfaitement leur incroyable talent mélodique et leur aisance scénique. Le son est parfait comme toujours au Petit Bain, la voix de Henk n’a pas pris une ride, et claviers et percussions ont déjà déployé leurs enchantements sur la petite foule hypnotisée.

Henk nous explique dans un mélange hilarant de français (il nous appelle son "dictionnaire" quand nous l’aidons à trouver les mots qui lui manquent…) et d’anglais que le concert de ce soir sera consacré à l’intégralité de "Angst" en intercalant quelques chansons plus connues (enfin, "connues", on se comprend…), avant d’attaquer Flowershop, l’un des deux seuls morceaux traditionnellement pop de l’album. Etant donné l’aspect exigeant, voire austère, du nouveau matériel, et le fait que le public n’a pas l’air de le connaître, on peut avoir quelques craintes quant à l’ambiance de la soirée, mais ce serait mal connaître les Nits ! Chaque chanson est préalablement expliquée avec humour et émotion par Henk (quel moment quand il déroule la photo de ses grands parents émus par la parution de "Tent", le premier album du groupe !), ce qui permet enfin d’en saisir pleinement le sens derrière les paroles souvent abstraites. De plus, comme toujours chez ces diables de musiciens, les morceaux ont déjà évolué, ce sont complexifiés, enrichis, ont été réinterprétés, sont devenus plus accrocheurs : si l’on excepte l’ennui léger dégagé par la rencontre entre Elvis Presley et la Lorelei sur Along A German River, le traitement live rend les chansons de "Angst" plus immédiates, plus charnelles, voire bouleversantes parfois. Et Pockets of Rain, sans surprise, rejoint ce soir les grands morceaux fédérateurs du groupe, avec son juste dosage entre lyrisme menaçant et romantisme !

2018 04 20 Nits Petit Bain (32)Et alors, demanderont tous les fans du groupe qui n’ont pas pu être avec nous au Petit Bain, les classiques ? Eh bien, ce fut une fête absolue des sens, chaque morceau étant retravaillé, modernisé pour paraître toujours aussi frais, aussi excitant. J.O.S. Days, l’hommage à l’équipe locale J.O.S., fondée paraît-il par un oncle de Henk, et qui passe toujours cette chanson sur les haut-parleurs du stade avant un match, est le morceau parfait pour mettre tout le monde de bonne humeur. Soap Bubble Box et la fabuleuse Cars & Cars, qui vous froisse le cœur tout en vous élevant l’âme, évoquent magnifiquement la période bénie de "Ting". Nescio, dans l’une des plus belles et plus amples versions que j’aie jamais entendues en live, sera le moment le plus extatique du set, et je jurerais avoir vu des larmes dans les yeux de Robert Jan à la fin ! Sketches of Spain, seul passage électrique du set, a moins de puissance que jadis, mais devient un poignant singalong, hommage aux victimes du franquisme (« In the hills round Zaragoza we're waiting to attack / A knot of dirty men that shiver round their flag / The boredom and the lack of sleep / The tin cans in the mud / Red is the colour of our blood / We never, never / Never, never / Never stop / Never stop… »). A Touch of Henry Moore est une explosion baroque et enthousiaste de sonorités étranges, No man’s Land avec sa superbe évocation des nuits blanches de personnalités (John Lennon, Irina Ceausescu…) est le morceau le plus traditionnellement rock de la setlist, tandis que Port of Amsterdam exploite une veine burlesque et bruyante que les Nits ont un peu abandonnée depuis quelques années.

2018 04 20 Nits Petit Bain (53)En rappel, quoi d’autre que les merveilles inusables que sont Adieu Sweet Bahnhof, l’une des plus belles chansons au monde pour tous ceux qui passent leur vie dans les trains et les hôtels, et la réjouissante In the Dutch Mountains, qui nous permet de conclure cette nuit magique en gueulant : « Mountains ! Mountains ! », ce qui, vous en conviendrez, n’arrive quand même pas tous les jours ?

Et si les Nits restaient en 2018 l’un des plus cadeaux que vous puissiez vous faire à vous-même ? Un cadeau qui mélange subtilement joie de vivre et spleen insondable. Comme n’importe quelle bonne "pop music" devrait d’ailleurs savoir le faire. Et si la musique populaire actuelle ne sait plus le faire, rassurez-vous, la recette n’est pas perdue, elle se perpétue sur les rives de la rivière Amstel… »

 

La setlist du concert de Fabio Viscogliosi :

Quindi (Fenomeno – 2007)

Fenomeno (Fenomeno – 2007)

Rossignol

Odyssée

Le Secret

Dolce

La Plage

Dicembre

Ancora (Spazio – 2002)

 

2018 04 20 Nits Petit Bain (88)Les musiciens des Nits sur scène :

Henk Hofstede (chant, guitares, claviers)

Rob Kloet (batterie, percussions, voix)

Robert Jan Stips (clavier, chant)

 

La setlist du concert des Nits :

Oom-Pah-Pah (In the Dutch Mountains – 1987)

Les Nuits (Les Nuits – 2005)

Flowershop Forget-Me-Not (Angst – 2017)

J.O.S. Days (In the Dutch Mountains – 1987)

Soap Bubble Box (Ting – 1992)

Nescio (Omsk – 1983)

Yellow Socks & angst (Angst – 2017)

Radio Orange (Angst – 2017)

Lits-Jumeaux (Angst – 2017)

Along A German River (Angst – 2017)

Sketches of Spain (Kilo – 1983)

Cow with Spleen (Angst – 2017)

Two Sisters (Angst – 2017)

Cars & Cars (Ting – 1992)

No Man's Land (Doing the Dishes – 2008)

A Touch of Henry Moore (Omsk – 1983)

Pockets of Rain (Angst – 2017)

Port of Amsterdam (Henk – 1986)

Encore:

Zündapp nach Oberheim (Angst – 2017)

Adieu Sweet Bahnhof (Adieu Sweet Bahnhof – 1984)

In the Dutch Mountains (In the Dutch Mountains – 1987)

 

Critique publiée à l'époque du concert sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2018/05/02/live-report-set-tres-chaleureux-nits-petit-bain-20-avril-2018/

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24 mai 2019

Dominique A / My Brightest Diamond - Samedi 14 Avril 2018 - Philharmonie (Paris)

2018 04 14 Dominique A Philharmonie Billet« Week-end un tantinet "institutionnel" à la Philharmonie pour l'ami Dominique A, avec une soirée électrique (celle que, logiquement, j'ai préféré...), et une soirée acoustique en solo, et des amis et invités (Mermonte, My Brightest Diamond) : le "patron" de l'ex-nouvelle chanson française serait-il devenu lui-même une institution ? Connaissant l'animal - et l'appréciant depuis longtemps - je peux affirmer que le risque est nul ! En témoigne le nouvel album, "Toute Latitude", moins réussi que les précédents et en particulier l'éblouissant "Éléor", mais témoignant d'une pugnacité et d'un goût pour la remise en question rassurants.

Ce soir, dans la belle grande salle de la Philharmonie, le public est - sans surprise mais c'est néanmoins encourageant - d'âges divers et variés. Le premier rang, plein centre, n'est pas trop dur à assurer même si quelques quinquas essaient, les malheureux, de me prendre à la course lors du rush final...

2018 04 14 My Brightest Diamond Philharmonie (40)20h30 : My Brightest Diamond, voilà une artiste à côté de laquelle je suis toujours passé, un peu effrayé par l'image de diva un peu perchée qu'elle dégageait. Au vu des cinquante minutes parfaites qu'elle nous a offertes ce soir, ce fut une grosse erreur : une voix stupéfiante, certes plus du côté de la technique de chant classique que de l'énergie rock'n'rollienne, une présence scénique à la fois émouvante et drôle, et des morceaux certes non conventionnels et ambitieux, mais toujours du bon côté du cœur. Entre ballades tourmentées soutenues par de sombres claviers (certaines en français…), envolées lyriques en solo et flashs électriques baroques (malgré des problèmes récurrents d'accordage de sa guitare), nous avons eu droit à un mini récital léger et paradoxalement intense, se terminant de manière sublime en solo sur une déclaration d'amour bouleversante à son fils. Bref, si le look vaguement glam de Shara Nova déconcerte par rapport à sa musique, ce fut ce soir pour moi une découverte majeure. Comme quoi il n'est jamais trop tard. Un nouvel album sort bientôt, je serai au rendez-vous.

21h45 : Deux batteries côte à côte sur scène, ça devient la mode (Oh Sees, King Gizzard...) et ça prouve que l'ami Ané a bel et bien décidé d'aborder ce soir, comme promis, sa musique par sa face la plus rock, la plus bruyante : ça fait plaisir ! Format quintette donc, avec le fidèle et très talentueux Thomas Poli aux claviers et à la guitare, le très démonstratif Jeff Hallam à la basse, et le feu roulant de percussions (ah oui, il y a aussi une petite batterie électronique pour compléter !) assuré par Etienne Bonhomme et Sacha Toorop…

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (3)Comme sur son dernier album, qui va servir d’épine dorsale au set, Dominique A attaque par Cycle : combinaison plutôt équilibrée entre électronique dark et éclats rock vaguement bruitiste, le morceau donne bien l’esprit qui va régner ce soir sur la Philharmonie. Le son est évidemment excellent, avec la voix sans doute un peu trop en avant quand même, et un niveau sonore qui aurait mérité d’être plus élevé. Une version tendue, lyrique, absolument magnifique de La Peau vient très rapidement faire monter la température de la salle, le public répond présent… Dominique prend acte, avec satisfaction : « Ah oui, là, on vous sent, quand même ! ». Je me prépare mentalement pour ce qui pourrait bien devenir le meilleur concert que j’aurai jamais vu du "grand chauve". Sur Les Deux Côtés d’une Ombre, l’une des chansons les plus singulières de "Toute Latitude", franchement sombre pour le coup, Dominique qui pour une fois est sans sa guitare, s’autorise à danser, frôlant la frénésie sur la fin de ce morceau très électro-dark : on le sent désormais libéré de toute cette timidité, ce trouble qui le clouait jadis au sol, ses bras et ses jambes partent dans tous les sens, la transe est proche. Plus tard, il nous demandera : « Ça vous plaît de vieillir ? ». A un spectateur qui lui répondra « Oui ! », il répondra : « Oui, en fait, moi aussi… ! ». Et il est indiscutable que la maturité a apporté chez Dominique A une force impressionnante, qui lui permet de véritablement imposer sur scène ses chansons, pourtant toujours empreintes d’une sensibilité bouleversante. Je remarque quand même que Dominique a du mal à reprendre son souffle à la fin de sa démonstration de danse ! Comme quoi, l’âge n’a pas que des avantages…

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (26)Va-t-en, sans doute ma chanson favorite de la première période de la carrière de Dominique A, nous est offert dans une version tendue, extrême, qui est évidemment enthousiasmante. C’est à ce moment que je perçois pour la première fois le décalage entre l’interprétation offerte par le groupe des "classiques" de Dominique A et l’attente du public, visiblement plus "chanson française". Et ce décalage va empêcher le concert de vraiment décoller à nouveau, comme ça aura été le cas sur la Peau… La preuve évidente de ce décalage, c’est qu’il faudra attendre la (très belle, certes) version de l’Océan pour que les applaudissements redeviennent vraiment intenses : la marque laissée par "Eléor" sur le public de Dominique A est logique, vu la qualité de l’album, mais je trouve que les fans ont du mal à passer à autre chose comme lui souhaite le faire.

Rendez-nous la lumière est le genre de titre fédérateur, classiquement rock et gentiment lyrique, qui permet quand même la réconciliation, mais l’écart s’agrandit à nouveau quand le Commerce de l’Eau ou Exit font à nouveau monter la pression. Corps de ferme à l’abandon donne un dernier tour de vis à l’inconfort, avec son texte terrifiant et son ambiance électronique grinçante. Eléor clôt le set après une heure et demi dans une mélancolie sublime : bon, j’avoue que moi aussi, j’ai le cœur qui se serre sur ce premier finale à haute charge émotionnelle.

Le premier appel est celui des cadeaux au public : d’un côté Au revoir mon amour pour la beauté classique, de l’autre le Twenty-Two Bar pour le clin d’œil au grand succès public manqué de peu, et au milieu Immortels pour l’intensité rock. On se quitte (mais on se doute bien que ce n’est pas définitif…) sur la désormais habituelle version électro-dance du Courage des Oiseaux.

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (48)Moi, j’attends patiemment le vrai rappel, la chanson de Dominique A que je préfère en live, le monstrueux le Convoi… qui déçoit visiblement la majorité des gens qui m’entourent, qui sont sans doute peu familiers avec ce morceau quasi kraut rock, avec son texte sublime, mi Sci-Fi, mi politique : on ne peut s’empêcher de penser à l’enfer que vivent les migrants quand Dominique A chante : « Ils s'échangent des signes comme des mots inconnus / D'un pays qui ne veut rien dire et dont l'histoire s'est perdue… ». Le son enfle, les deux guitares de Dominique et de Thomas cherchent le tourbillon sonique, nous sommes une petite poignée au premier rang à entrer enfin dans la transe recherchée… Mais le morceau s’arrête trop vite, sans atteindre le sublime qui s’annonçait pourtant. Une petite frustration donc, pour finir ce beau set de deux heures.

Dominique A confirme en 2018, après plus de vingt-cinq ans de carrière, qu’il reste ce qui se fait de mieux à la conjonction improbable de la chanson française et du rock noisy moderne. Même s’il n’a sans doute pas le public qu’il mérite (combien de mes copains fans de bruit apprécieraient ce genre de concert, mais n’y viennent pas ?), Dominique A continue obstinément son chemin, avec une conviction politique (écologique, sociale…) et une sûreté du geste artistique qui feraient pâlir bien des musiciens anglo-saxons plus fameux que lui.

« Maintenant tu les vois / Comme un fleuve naissant au grand jour / Et tu te glisses dans le convoi / Effrayé de mourir d'amour / Et tu te glisses dans le convoi / Dans le fleuve qui emporte tout / Une route s'ouvre devant toi / Qui se fermera derrière nous »

 

 

2018 04 14 My Brightest Diamond Philharmonie (32)Les musiciens de My Brightest Diamond :

Shara Nova : voix, claviers, guitare

Earl Havin : batterie

Vincent Taurel : claviers

 

Les musiciens de Dominique A sur scène :

Dominique A : voix, guitare

Etienne Bonhomme : batterie

Jeff Hallam : basse

Thomas Poli : claviers, guitares, chœurs

Sacha Toorop : batterie, choeur

 

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (89)La setlist du concert de Dominique A :

Cycle (Toute Latitude – 2018)

La mort d'un oiseau (Toute Latitude – 2018)

Pour la peau (Auguri – 2001)

Les deux côtés d'une ombre (Toute Latitude – 2018)

Vers le bleu (Vers les lueurs – 2012)

Va-t-en (La Fossette – 1993)

Le Sens (La Musique – 2009)

Aujourd'hui n'existe plus (Toute Latitude – 2018)

Le Reflet (Toute Latitude – 2018)

Se décentrer (Toute Latitude – 2018)

L'océan (Éléor – 2015)

Toute Latitude (Toute Latitude – 2018)

Rendez-nous la lumière (Vers les lueurs – 2012)

Le commerce de l'eau (Auguri – 2001)

Lorsque nous vivions ensemble (Toute Latitude – 2018)

Exit (Remué – 1999)

Cap Farvel (Éléor – 2015)

Corps de ferme à l'abandon (Toute Latitude – 2018)

Le métier de faussaire (La mémoire Neuve – 1995)

Éléor (Éléor – 2015)

Encore:

Au revoir mon amour (Éléor – 2015)

Immortels (La Musique – 2009)

Le Twenty-Two Bar (La mémoire Neuve – 1995)

Le courage des oiseaux (Un disque sourd – 1991)

Encore 2:

Le convoi (Vers les lueurs – 2012)

Cette critique a déjà été publiée à l'époque du concert sur Benzine Mag

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08 mai 2019

The Limiñanas - Jeudi 29 mars 2018 - Le Trianon (Paris)

2018 03 29 The Limiñanas Trianon« Then one fine mornin' she puts on a New York station / She couldn't believe what she heard at all / She started dancin' to that fine fine music / You know her life was saved by Rock'n'Roll... » Ces mots de Lou Reed avec le Velvet m'ont servi régulièrement de "moto" dans la vie. En particulier pour identifier les musiques réellement "importantes", celles capables littéralement de vous "sauver la vie". Il faut néanmoins admettre, la mort dans l'âme, que, au fil des années, il est devenu de plus en plus rare de ressentir cette fameuse "nécessité"… à ne pas confondre avec le simple plaisir que fait souvent naître en nous la "bonne musique". Rare, oui, sauf ce soir, au Trianon... Mais revenons un peu en arrière...

Il est 18h45 quand les portes du Trianon s'ouvrent, un Trianon sold out ce jeudi soir, ce qui fait vraiment plaisir, même si l'âge moyen dans la salle est à peu près cohérent avec celui de Marie et Lionel Limiñana... Et cela soulève l'habituelle - et inquiétante question : la jeunesse est-elle encore vraiment rock'n'roll en 2018 ?

2018 03 29 The Blow Up Trianon (12)19h37 : The Blow Up, quatuor français, lance la soirée dans un bon esprit rock, on va dire "terrien", ou peut-être traditionnel, si ce n'est intemporel, comme on aime bien dans notre pays. Pas trop d'influences criantes, ce qui est une grosse qualité, mais des vocaux pas au top malheureusement - une faiblesse habituelle en France - même si la plupart des chansons, bien carrées, bien écrites, tiennent correctement ma route. On dodeline gentiment de la tête, on est même heureux quand le tempo s'accélère (pas assez souvent, sans doute), on se prend à rêvasser d’un monde un peu plus rock'n'roll. Le batteur est un poil trop lourd, mais les backing vocals rajoutent çà et là une touche légère bien venue.  Le set de 35 minutes se clôt traditionnellement sur un morceau plus accrocheur, Sexy Seventeen (politiquement incorrect donc) : on ne sait pas forcément quoi en dire, ça ne révolutionnera certes rien, mais c'est bien sympathique.

The Limiñanas, le plus grand groupe de Rock français actuel ? Ça se discute... même si Marie et Lionel s'en défendraient certainement. En tout cas, une superbe expression de ce que peut être l'éthique rock'n'roll au milieu d'un siècle qui semble chaque jour balancer un peu plus l'éthique par la fenêtre. Un couple "normal" qui joue une musique qui devrait être "normale" dans un monde meilleur. Ou plutôt, comme me disait Clem l'autre jour, des gens "vrais". Ce qui fait immédiatement sonner leur musique différemment, et la rend vraiment… exceptionnelle.

2018 03 29 The Limiñanas Trianon (11)20h45 : The Limiñanas ne sont plus un duo, ce soir ils sont sept (7 !!) sur scène. Au premier plan, autour de Marie dont le petit kit est planté glorieusement en plein milieu, et de Lionel, un chanteur à droite, une chanteuse à gauche, puisque Marie et Lionel ne chantent pas, rappelons-le. Derrière ce quatuor, pas moins que deux guitaristes et un bassiste : ce soir, réjouissons-nous, amateurs de gros son (trois guitares électriques à la foi sur certains morceaux, ça décoiffe !), on ne fera pas dans le minimalisme !

Et tout de suite, la version puissante de Ouverture qui euh... ouvre le set, et on sent qu'on est partis pour un grand moment de transe rock'n'rollienne. La batterie de Marie est - stéréotype ultime - un cœur qui bat, violemment, et crée une pulsion vitale sur laquelle le déluge de guitare peut s'abattre. Le Trianon tout entier a commencé à vibrer, à osciller : un coup d'œil derrière moi le confirme, les balcons sont déjà largement debout. Si la structure de la musique des Limiñanas est binaire, basiquement binaire diraient ceux qui ne comprennent pas, si les morceaux sont construits sur la répétition obstinée d'un riff, d'une pulsation, si quelque chose de l'origine "garage rock" perdure indiscutablement, il y a aussi à l'œuvre une beauté terrassante. Une beauté pas aussi perceptible sur disque, mais qui éclabousse ce soir tout le public. Qui crée presque instantanément une sorte de cocon de bonheur au sein duquel on danse, danse, danse…

2018 03 29 The Limiñanas Trianon (46)Peu de spectacle sur la scène : les lumières sont basses, Lionel est concentré sur sa guitare, seule la chevelure rouge de Marie - et son demi-sourire - attire les regards. Au second plan, pourtant, ça s'active furieusement, ça saute partout : les trois musiciens se donnent à fond, prenant un plaisir visible à construire cette sorte de structure sonique qui nous accueille tous généreusement. Au fond, une estrade, éclairée, elle, sur laquelle le personnage énigmatique du clip de Dimanche (costar-cravate un peu ringard) vient se déhancher. Arrive justement le fameux Dimanche et voici Bertrand Belin qui apparaît comme par magie sur scène à la satisfaction générale… même si sa voix, sous-mixée, n’impressionnera pas comme sur l’album… On se rattrape avec une superbe version de The Gift (bon, Peter Hook n’est pas là, lui, il ne fallait pas rêver !), et la tension et l’enthousiasme ne cessent de monter. La musique des Limiñanas n’explose jamais complètement, ce qui peut en frustrer certain : non, le principe est bien de se laisser aller à vibrer de bonheur dans ce tourbillon métronomique dont on voudrait qu’il ne cesse jamais. Avec quand même des pulsions rock garage, donc, qui m’évoquent occasionnellement nos chers Cramps. Et aussi des soieries pop qui enjolivent les chansons.

Anton Newcombe est bel et bien là, lui, pour chanter Istanbul is Sleepy, et est évidemment accueilli par une ovation : ce cercle d’amis fidèles qui entourent notre couple de Cabestany témoigne que nous ne sommes pas tout-à-fait dans le fonctionnement normal du show biz. Et c’est Emmanuelle Seigner qui succède à Anton pour chanter l’entêtant Shadow People ! Nous sommes gâtés ce soir… A partir de là, on est et on reste dans l’excellence permanente. On n’a pas vu le temps passer quand le groupe se retire après guère plus d’une heure dix de set !

2018 03 29 The Limiñanas Trianon (76)Heureusement, les rappels seront généreux : d’abord une rupture de ton avec la jolie comptine psychédélique de Pink Flamingos, puis un retour au Rock pur et dur avec une version habitée (et chantée par Emmanuelle) du Russian Roulette des regrettés Lords of the New Church : bon, admettons que la nostalgie a joué à plein pour moi, et n’en parlons plus ! Le premier rappel se termine sur une version littéralement dantesque de Gloria, et la vieille scie des Them resplendit ce soir comme si elle avait été composée la semaine dernière tout près des Pyrénées. Bien sûr, on braille tous « G-L-O-R-I-A, Gloria », mais ce qui est important, c’est que, alors que sur la scène les musiciens tentent de franchir le mur du son, on sent, oui on sent que… NOTRE PUTAIN DE VIE VIENT D’ETRE SAUVEE, ONCE AGAIN, PAR LE ROCK’N’ROLL !!! Et c’est un putain de soulagement de sentir ça de nouveau.

Le second rappel est aussi intense, mais beaucoup trop court, et nous laissera en train de réclamer, encore et encore, un retour du groupe qui ne reviendra pas…

On sort du Trianon ce soir complètement revivifiés par cette longue décharge de percussions et d’électricité. Imaginez ça, un groupe français, oui, français, capable de nous offrir ce genre d’extase ! Oui, quelque fois, la vie est un miracle… !

 


La setlist du concert de The Limiñanas :

Ouverture. (Shadow People – 2018)

Malamore (Malamore – 2016)

Down Underground (The Limiñanas – 2010)

Prisunic (Malamore – 2016)

Tigre du bengale (The Limiñanas – 2010)

Dimanche (with Bertrand Belin) (Shadow People – 2018)

The Gift (Shadow People – 2018)

Funeral Baby (The Limiñanas – 2010)

Crank

Garden of Love (Malamore – 2016)

AF3458 (Crystal Anis – 2012)

Istambul is sleepy (with Anton Newcombe) (Shadow People – 2018)

Shadow people (with Emmanuelle Seigner) (Shadow People – 2018)

One Of Us, One Of Us, One Of Us… (Traité de guitarres triolectriques – 2015)

Stella Star (Traité de guitarres triolectriques – 2015)

Can

Betty and Johnny (Crystal Anis – 2012)

Encore:

Pink Flamingos (Shadow People – 2018)

Russian Roulette (The Lords of the New Church cover) (with Emmanuelle Seigner)

Angels and Devils

Gloria (Them cover)

Encore 2:

The Train Creep A-Loopin (Malamore – 2016)

Live Report publié à l'époque sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2018/04/01/live-report-transe-rocknrollienne-liminanas-trianon-paris/

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01 février 2019

Editors - Vendredi 23 Mars 2018 - Olympia (Paris)

2018 03 23 Editors Olympia Billet« L'amour des groupes de rock, c'est comme l'amour tout court, ça va, ça vient : on est passionné, on se lasse, on va voir un peu ailleurs, et puis ça peut être la rupture. Ou bien le retour bien sagement au bercail... pour découvrir que tout a changé, que rien n’est plus comme avant… Tenez, prenez le cas d'Editors, ça a démarré avec un gros, gros coup de foudre (“The Back Room”, “An End Has a Start”), avec un très fort sentiment d'urgence qui nous fait nous sentir très jeunes à nouveau. Et puis la musique d’Editors a changé (“In This Light…”), ce qui est bien : il faut varier les plaisirs, éviter de tomber dans la routine, la répétition stérile. Malheureusement les claviers sont devenus envahissants, la voix de Tom Smith a tout envahi, le bon esprit Rock s’est évanoui : on a lâché l'affaire, sans trop de regrets. Et puis voilà, en mars 2018, Editors sort un sacré bon disque ("Violence"), un disque particulièrement inspiré, sans pour autant revenir à ses racines post-punk. Tom Smith continue de regarder ailleurs, assume l'héritage de Bowie, voire même du prog rock, tout en insistant pour sonner “moderne”... et on se sent retomber amoureux. Il faut absolument vérifier ça "sur pièce" : l'Olympia sera l'écrin parfait pour de vraies retrouvailles après un flirt rapide à Rock en Seine en 2016. Le problème évidemment, c'est qu'on n'est pas tout seul sur le coup, et le premier rang est dur à assurer, même en arrivant tôt. Le prix à payer pour retrouver une ancienne passion qui a suivi son chemin sans nous, quoi !

2018 03 20 Public Service Broadcasting Olympia (28)20h00 : Public Service Broadcasting, ce sont trois Anglais plus un écran sur lequel sont projetés des clips video - disons "historiques" - qu'ils illustrent par un accompagnement instrumental, généralement complété par des extraits de vieux enregistrements de discours de propagande ou de publicités télévisées… Bref un truc furieusement conceptuel, probablement assez “tongue in cheek”, puisque J. Willgoose Esq. (si, si !), un ex producteur de BBC World Service, prétend, je cite, « vouloir apprendre des leçons du passé au travers de la musique du futur » ! On pourrait a priori attendre du post rock façon Godspeed You Black Emperor, mais on est plutôt dans l'exploration - techniquement impeccable, il faut le souligner - de divers genres, allant du krautrock (de plus en plus à la mode) au funk en passant par le rock indie noisy. Le grand attrait de cette musique instrumentale assez austère est la section rythmique, et en particulier une batterie puissante qui confère une vraie vie à ce qui ressemblerait plus sinon à de purs exercices de style : sur le bien nommé Go!, décollage électro-rythmique assez irrésistible en effet, Public Service Broadcasting arrive d’un coup à soulever l’ensemble du public de l’Olympia et recueille les fruits de son obstination. Dommage que tout n’ait pas été du même calibre ! Bref, on a saisi le concept, on a apprécié la virtuosité technique, mais au bout d'une demi-heure on a fini par s'ennuyer un peu. Tout cela est sans doute un peu trop calculé, trop cérébral.

2018 03 23 Editors Olympia (16)21h00 : la belle salle de l’Olympia est pleine à craquer et bruisse d’un indiscutable sentiment d’excitation générale. Même si le public n’est pas tout jeune, je dois admettre que Editors a atteint un certain niveau de popularité, et que sa métamorphose électronique lui a été bénéfique sur ce point-là. Le rideau se lève sur une scène décorée de manière assez impressionnante par une accumulation de formes métalliques vaguement menaçantes. Editors reste basé sur son trio initial, le massif Russell Leech à la basse sur la droite, le redoutable Edward Lay derrière ses fûts, constituant à eux deux une remarquable section rythmique (même si pas mal d’électronique y est ajoutée…), et le spectaculaire Tom Smith, qui me paraît d’entrée bien allumé ce soir. L’irremplaçable Chris Urbanowicz a donc été remplacé depuis cinq ans par la paire Justin Lockey, guitariste transparent et quasi inaudible sur scène (alors qu’il est placé juste en face de moi !) et Elliott Williams aux claviers, invisible d’où je suis… Les lumières sont basses, principalement dans les bleus et les rouges, un cauchemar pour les photos, mais une ambiance spectaculaire garantie !

On attaque avec le stupéfiant (au moins sur l’album…) Hallelujah (So Low), du genre Muse rencontre Peter Gabriel, avec ses attaques soniques dantesques, malheureusement réduites à leur plus simple expression ce soir du fait d’une sono déficiente – ça restera le cas tout le set, ce son vraiment trop peu puissant pour la musique de Editors – et une balance mal faite (défaut rapidement réglé, heureusement). Cette petite frustration digérée, Tom attaque… un titre peu convaincant du faiblard "The Weight of Your Love”, et je me rappelle d’un coup pourquoi j’avais alors abandonné le groupe : cette emphase romantoc à la Simple Minds, même si ça plaît encore à une bonne partie du public, c’est vraiment déplacé à notre époque ! Je serre des dents, me disant que cette soirée a peut-être bien été une erreur…

2018 03 23 Editors Olympia (51)… jusqu’à Violence, magistral, qui s’allonge dans une transe électronique que ne renierait pas New Order, et qui me rassure : le nouvel album n’est pas un leurre, il y a quelque chose qui se passe à nouveau chez Editors. La température dans la salle monte d’un cran, les bras commencent à se lever – toujours un bon signe, ça, les bras qui se lève ! Le set bifurque alors dans une exploration en quatre titres des deux premiers glorieux albums, et il faut bien admettre que, même si nous sommes tous heureux d’entendre à nouveau les mélodies de Munich ou An End has a Start, il ne reste plus grand-chose de la force et de l’urgence sublime sans la guitare d’Urbanowicz et avec la manière histrionique dont Tom les chante : un non-événement, finalement, et cet Editors-là est bel et bien mort et enterré !

Curieusement, car ce n’est pas un titre forcément essentiel dans la discographie de Editors, ce sera In this Light… avec ses synthés sépulcraux qui remettront le concert sur la bonne voie, confirmant que le présent d’Editors est bel et bien électronique, au grand dam de nos cœurs de rockers passionnés pour les guitares bruyantes. Tom Smith est complètement dans l’outrance désormais, dans une théâtralité permanente, qu’on peut juger un tantinet forcée, mais qui a le mérite d’appuyer sur tous les boutons qu’il faut quand il s’agit d’exciter les spectateurs ! Finalement, Tom a gardé ces gestes et ces poses convulsives qui nous rappelaient feu Ian Curtis, mais il a maintenant la présence scénique d’un Peter Gabriel post-Genesis : une référence étonnante, mais qui m’a sauté aux yeux. Et puis c’est ce qui sera pour moi le sommet musical de la soirée, une version stupéfiante de Nothingness, bien supérieure cette fois à celle de l’album. La voix de Tom a désormais des accents soul, et la conjugaison de cette exacerbation des sentiments avec l’orchestration électronique est absolument parfaite : « We wait in line for nothingness / this angel needs some tenderness, tenderness » sera sans doute la phrase de la soirée, celle qui me restera en mémoire toute la nuit. Marrant, il y a à ce moment-là sur scène quelque chose de l’intensité émotionnelle d’un Future Islands… ce qui montre combien Editors a évolué par rapport à ses débuts post punks.

2018 03 23 Editors Olympia (83)The Racing Rats, insignifiant malgré la ferveur du public, confirme encore que Editors a bel et bien passé son chemin, et le set principal se termine sur un Ocean of Light vraiment trop bas du front, trop facile, même si je dois dire que toute l’Olympia est aux anges, et que Editors a complètement gagné les cœurs ce soir. Y compris le mien, en fait.

Un rappel copieux, qui ne commence pas très bien, tant la version solo (à la guitare acoustique) du superbe No Sound but the Wind est gâchée par l’outrance avec laquelle Tom chante : ce cirque théâtral n’est vraiment pas nécessaire quand on a une si belle chanson ! Heureusement, les quatre derniers titres de la soirée seront absolument parfaits : Cold est un morceau sublime, certainement l’un des meilleurs de toute la discographie de Editors, Magazine transcende complètement, grâce à l’enthousiasme des fans (même le balcon de l’Olympia est debout maintenant), son statut de single assez mal choisi, et… Papillon, bien entendu, vient nous inonder de joie, nous mettre même les larmes aux yeux. La nuit se terminera par un Marching Orders springsteenien, idéal pour créer ce sentiment de communion un peu basique qui reste quand même incontournable lorsqu’un concert de Rock est réussi…

En quittant la salle, j’entends les inévitables vieux punks – dont je fais partie, je sais, je sais – déplorer le manque de présence des guitares : ils n’ont pas tort, mais, à condition d’admettre que Editors est un groupe parfaitement de notre époque, préoccupé de modernité, pour le meilleur et pour le pire, force est d’admettre que le concert de ce soir a été une démonstration de force. Tom Smith, même s’il a abandonné les tonalités sépulcrales qui firent sa réputation, et même s’il en fait décidément trop sur scène, reste un chanteur et un showman passionnant. S’appuyant sur de nouvelles chansons ayant retrouvé l’excellence des premières années, Editors est un groupe sur lequel il faut à nouveau compter…

« This life requires another name / oh, I got lucky this time in the hunt for atonement »

Il reste encore tant de chansons tristes à composer… »

 

Les musiciens de Public Service Broadcasting sur scène :

J. Willgoose Esq. – guitar, keyboards

Wrigglesworth - drums

JF Abraham – bass guitar, trumpet

 

La setlist du concert de Public Service Broadcasting :

People Will Always Need Coal (Every Valley – 2017)

Progress (Every Valley – 2017)

Spitfire (Inform-Educate-Entertain – 2013)

Go! (The Race for Space – 2015)

Gagarin (The Race for Space – 2015)

Everest (Inform-Educate-Entertain – 2013)

 

2018 03 23 Editors Olympia (162)Les musiciens de Editors sur scène :

Tom Smith - chant, guitare, piano

Russell Leetch - basse, synthétiseur, chœurs

Edward Lay - batterie, percussions, chœurs

Justin Lockey - guitare

Elliott Williams - claviers, synthétiseur, chœurs

 

La setlist du concert de Editors :

Hallelujah (So Low) (Violence – 2018)

A Ton of Love (The Weight of your Love – 2013)

Darkness at the Door (Violence – 2018)

Formaldehyde (The Weight of your Love – 2013)

Violence (Violence – 2018)

No Harm (In Dream – 2015)

Lights (The Back Room – 2005)

Blood (The Back Room – 2005)

Munich (The Back Room – 2005)

An End Has a Start (An End Has a Start – 2007)

In This Light and on This Evening (In This Light and on This Evening – 2009)

Eat Raw Meat = Blood Drool (In This Light and on This Evening – 2009)

Nothingness (Violence – 2018)

Belong (Violence – 2018)

Sugar (The Weight of your Love – 2013)

The Racing Rats (An End Has a Start – 2007)

Ocean of Night (In Dream – 2015)

Encore :

No Sound but the Wind (Tom solo) (Violence – 2018)

Cold (Violence – 2018)

Magazine (Violence – 2018)

Papillon (In This Light and on This Evening – 2009)

Marching Orders (In Dream – 2015)

 

Compte-rendu publié à l'époque sur le blog manitasdeplata.net

 

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25 janvier 2019

Django Django - Samedi 10 Mars 2018 - La Cigale (Paris)

2018 03 10 Django Django Cigale Billet« Est-ce que quelqu'un se souvient encore en 2018 de la “new rave” et de ses “fluo kids” qui enflammèrent un court instant l'Angleterre dans les années “zéros” ? Encore une vaguelette qui est venue mourir à bout de forces sur la plage désertée de nos exigences musicales. Il y avait pourtant de l'idée dans ce mariage pop - rock - électro pour danser joyeusement sur les ruines d'un monde qui n'était déjà plus guère reconnaissable. Le même genre d'oubli qui engloutit rapidement nos chez Klaxons guette sans doute les ex-prodiges de Django Django, dont le premier album, créatif et amusant, avait éveillé un vague espoir. En 2018, Django Django joue effrontément la carte pop, sans doute pour raviver l'intérêt d’un public déjà fatigué par ses poses avant-gardistes qui n'ont pas débouché sur grand-chose. En 2018, on sait que la révolution ne viendra pas d'eux, on est passé à autre chose : on ne retourne probablement à Django Django guère que pour “danser intelligent”. C'est donc le moment idéal pour aller les apprécier sur scène.

2018 03 10 Man of Moon Cigale (9)20h00 : se présenter sur scène sous les auspices de Ghost Rider, passé dans sa quasi intégralité sur la sono avant de jouer la moindre note, est pour le moins... suicidaire : personnellement, je suis déjà entré en transe sur la voix d’Alan Vega quand Man of Moon, duo écossais post-punk / post-rock minimaliste, attaque son set… Oh, ils sont indiscutablement capables de marteler ces vieux clichés bruitistes ténébreux qui marchent encore et toujours sur nos âmes fatiguées ! Mais si la transe tour à tour butée et hébétée a son charme - d'ailleurs la Cigale applaudira plutôt chaleureusement la prestation visiblement sincère de Chris Bainbridge à la guitare et au chant et de Michael Reid à la batterie -, il est impossible de transcender tout cela sans la capacité (que Vega avait, justement) de basculer vers une saine folie, ou, à défaut, de suggérer quelque déviance inquiétante. Trop sage, trop appliqué, Man of Moon nous laisse en rade alors que nous ne demandions pas mieux qu'un petit trip dans l'espace où nul ne nous entendrait crier.

21h00 : Vincent, Jim, Tommy et Dave entament leur concert par un court morceau étrange, un peu psalmodié, que personnellement je ne replace sur aucun de leurs trois albums… mais c’est peut-être ma mémoire qui flanche. Une introduction décalée par rapport à un set qui va être, on va le réaliser très vite, totalement construit pour le plaisir immédiat du public : l’impeccable Marble Skies est joué tout de suite, et pose les bases de l’heure et demi qui va suivre, un enchaînement des titres les plus pop de Django Django, principalementtirés du premier et du troisième albums. Le groupe n’a visiblement plus la tête à l’expérimentation, et n’alternera pas ce soir chansons faciles et électro avant-gardiste.

2018 03 10 Django Django Cigale (16)Les musiciens sont vêtus de blanc et de couleur claire, permettant aux jeux de lumières de jouer avec leurs silhouettes de manière spectaculaire, et le fond de la scène est illuminé en permanence de projections vidéo créant de beaux effets visuels. Malgré l’absence d’amplification sur la scène, tous les instruments passant sur la sono, le son est bon, même si les harmonies vocales “façon Beach Boys” qui caractérisent les meilleurs morceaux du groupe ne seront pas toujours autant mises en valeur qu’elles le méritent. Mais le plus frappant pour moi, oserais-je même parler de déception, c’est la simplification de la texture musicale par rapport aux albums : beaucoup moins de claviers, un son finalement assez traditionnel, on ne peut pas dire que Django Django essaie même de transmette en live l’ambition des meilleurs passages de ses albums.

Surface to Air, chanté par Vincent qui reconnaît avec humour que l’absence de la voix de Self Esteem n’aide pas la chanson, sera une vraie frustration, et je commence à trouver assez irritants les petits cris (gloussements) que pousse Vincent chaque fois qu’il en a l’occasion. Le public de la Cigale, très investi, n’est clairement pas de mon avis, et les titres extraits du premier album, plus baroques, fonctionnent parfaitement comme “crowd pleasers” : Vincent fait rallumer la salle de temps en temps et une forêt de bras se dresse, dans la fosse comme au balcon.

2018 03 10 Django Django Cigale (41)Heureusement arrive le tour de Sundials, la chanson la plus “Beach Boys” de “Marble Skies”, moment superbe qui me plonge néanmoins dans un abime de réflexion : je réalise qu’il y a désormais chez Django Django une ambition “pop classique” qui m’évoque le XTC de la grande époque. Oui, c’est ça, Sundials pourrait être une chanson de Colin Moulding, et, croyez-moi, c’est un sacré compliment dans ma bouche !

Mais l’heure avance, et la setlist se concentre maintenant sur les hits du premier album, à l’efficacité indiscutable : WOR, Life’s a Beach ou Skies over Cairo dispensent la joie dans le public, et nous reviennent facilement en mémoire, six ans – déjà - après l’apparition bruyante et remarquée du groupe.

Un rappel généreux de trois titres, avec le magnifique Champagne – peut-être la chanson la plus réussie de “Marble Skies” – en sandwich entre Storm et l’inévitable Silver Rays en conclusion, qui confirme que Django Django a atteint son objectif : se positionner sur scène comme un groupe de Rock populaire – finalement assez proche d’un Two Door Cinema Club par exemple – et non plus comme un projet musicalement ambitieux (comme c’était le cas à l’époque de Born Under Saturn…).

Quelque part, je trouve ça un peu dommage, même si ce n’est pas très étonnant dans le panorama sinistré du Rock anglais actuel. Bref, je sors de la Cigale en restant vaguement sur ma faim, mais soyons honnête, je fais partie d’une minorité… »

 

Les musiciens de Django Django :

David Maclean (drums)

Vincent Neff (voice and guitar)

Jimmy Dixon (bass guitar, vocals)

Tommy Grace (synthesizers)

 

2018 03 10 Django Django Cigale (76)La setlist du concert de Django Django :

Marble Skies (Marble Skies – 2018)

Shake and Tremble (Born Under Saturn – 2015)

Tic Tac Toe (Marble Skies – 2018)

First Light (Born Under Saturn – 2015)

Surface to Air (Marble Skies – 2018)

Waveforms (Django Django – 2012)

In Your Beat (Marble Skies – 2018)

Sundials (Marble Skies – 2018)

Further (Marble Skies – 2018)

Skies Over Cairo (Django Django – 2012)

Default (Django Django – 2012)

Life's a Beach (Django Django – 2012)

WOR (Django Django – 2012)

Encore:

Storm (Django Django – 2012)

Champagne (Marble Skies – 2018)

Silver Rays (Django Django – 2012)

 

 

Ce compte-rendu a déjà été publié en mars 2018 sur Benzine Mag :

https://www.benzinemag.net/2018/03/15/live-report-django-django-a-la-cigale/

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15 janvier 2019

King Gizzard & The Lizard Wizard - Jeudi 1er Mars 2018 - Bataclan (Paris)

2018 03 01 King Gizzard Bataclan Billet« Finalement, et c’est un vieux de la vieille qui vous le dit, la musique en 2018, ce n’est plus aussi barré que ça a été. D'ailleurs Mark E Smith est mort, ça c'est un signe, non ? Du coup, il faut profiter plus que jamais des rares originaux qui nous restent. De ces types ou de ces groupes qui, en ne se prenant pas au sérieux, savent faire de la musique "savante", ou tout au moins concernée, ambitieuse même tout en souriant. Des types comme l’intense John Dwyer, par exemple, avec ses Oh Sees à géométrie variable mais toujours dans l’expérimentation jouissive. Ou comme le jovial Ty Segall, qui n'a pas peur de rire sur scène. Ou, vous m’avez vu venir, comme les Australiens de King Gizard & The Lizard Wizzard, avec leurs cinq albums publiés en 2017, qui sont passés insensiblement du stade de farfelus furieux pour amateurs de rock garage azimuté à celui de solide espoir pour le Rock de demain. D'où un Bataclan bien, bien complet pour ce groupe qui excite tout le monde sans avoir encore vendu grand-chose au grand public. D’où une ambiance d'attente particulièrement joyeuse à l'intérieur de notre salle Rock tant aimée, le genre d’atmosphère qui redonne foi à ceux qui, comme moi, se déclarent occasionnellement fatigués par le manque de détermination des musiciens contemporains. Dehors il fait encore froid, les derniers restes d'une semaine sibérienne, mais dedans la météo nous prédit un concert chaud bouillant et mouvementé !

2018 03 01 Mild High Club Bataclan (17)19h50 : Mild High Club arrivent avec la crédibilité d'avoir fait un album avec King Gizzard (le jazzy "Sketches of Brunswick East") ... mais vont rapidement, et terriblement, nous décevoir : à la fin de leurs 30 minutes réglementaires, autour de moi, on parle de musique d'ascenseur (« …mais ça passe moins vite qu'un trajet en ascenseur ! ») ou de pizzeria (« …sauf qu'il n'y a même pas de pizza à manger ! »). Alex Brettin a l'air tout gentil et chante ses compos jazzy, lounge, mais molles de chez molles, avec une voix à la limite de la mièvrerie. Les musiciens qui l’entourent n’ont pas l’air plus concernés que cela, et le grand moment de ces 30 minutes trop, mais trop gentilles, c'est quand Stu Mackenzie – avec son look de Viggo Mortensen juvénile - vient jouer de la flûte traversière avec Mild High Club : le public acclame l'effort. Mais l'effort de quoi ? Bref, une drôle d'entrée en matière pour cette soirée !

20h50 : le Bataclan est bourré jusqu’à la gueule (pas de crash barriers, au premier rang on est collés contre la scène) et on retrouve vite son éternel problème d’atmosphère étouffante quand le septette de King Gizzard & The Lizard Wizard lance sa cérémonie. Le début est absolument stupéfiant, n’ayons pas peur des mots : Rattlesnakes, le fameux morceau d’introduction de "Flying Microtonal Banana", représente parfaitement la richesse du projet des Australiens : nous faire sauter au plafond d’excitation tout en gravant des mélodies immédiates dans notre cortex et en flattant notre intelligence grâce à des concepts puissants ! Pas besoin d’avoir déjà écouté la plupart des chansons de King Gizzard pour être capable de les chanter en quelques minutes, ça marche à tous les coups : « Rattlesnake / Rattlesnake / Rattlesnake / Rattles me… », ce n’est certes pas compliqué à reprendre avec Stu, je l’admets. Mais faire basculer la totalité de la fosse du Bataclan chauffé à blanc dans l’hystérie après cinq minutes de concert, ça, ça vous pose un groupe ! Incroyable ce que c’est bon de ressentir ça à nouveau ! Je regarde autour de moi au premier rang, et tout le monde – filles et garçons, jeunes et moins jeunes - me paraît extatique. Je me retourne et je vois que derrière moi, ça saute de partout : la joie est totale !

2018 03 01 King Gizzard Bataclan (10)Bon, mais sur scène, que se passe-t-il ? Au centre, deux batteries aux couleurs italiennes (?) se font face, et Cavanagh et Moore se déchaînent en permanence avec une fureur et une puissance qui propulsent les morceaux du groupe – même les moins "garage" - vers un ailleurs quasi supersonique. Skinner, le bassiste, élément essentiel du moteur de King Gizzard, se retrouve du coup coincé en arrière-plan, et nous le verrons peu, même si heureusement, le son de sa basse est parfaitement présent : il faut dire qu’au Bataclan, même au premier rang, le son est toujours impeccable ! Sur la gauche, Ambrose Kenny Smith, très décontracté, porte à lui seul la responsabilité des claviers, tandis que la plus grande partie de la scène est dédiée aux trois guitaristes, qui vont nous offrir un festival éblouissant durant l’heure vingt cinq du set. Stu Mackenzie concentre logiquement la plupart des regards, et se permet quelques fantaisies scéniques, plantant en particulier sa guitare devant l’ampli situé derrière les batteries, dans un style punk / metal simple et de bon goût... En comparaison avec la légèreté assez joviale de Stu, Joe Walker est lui dans une indéniable austérité – sans même parler de ses interventions vocales, en général théâtrales et sinistres -, tandis que Cook Craig joue la carte de l’élégance discrète. Bref, King Gizzard est un groupe à l’apparence finalement anodine, qui ne laisse en rien présager une musique aussi exceptionnelle, aussi DANTESQUE…

Alors que le concert progresse, et gagne peu à peu en richesse et en profondeur, je suis saisi par de curieux flashbacks : cette musique, qui ressemble parfois à une sorte de prog rock primitif, avec des rythmiques krautrock et des ambiances oscillant entre Moyen-âge et Orient (l’effet durant la première partie du set de ces fameuses microtonalités !), me ramène à mes souvenirs de jeunesse, mes transes aux concerts du Magma de Christian Vander ou de Can, voire de Van Der Graaf Generator quand Peter Hammill testait sa guitare électrique. Il y a quelque chose ce soir de la folie échevelée et de l’ambition un peu naïve du début des seventies, et je me rends compte que ça fait furieusement du bien d’écouter une musique qui n’obéit à aucun formatage, à aucun stéréotype contemporain. Une musique qui n’a littéralement peur de rien, et surtout pas de l’excès ou du ridicule. Il est évident que cette liberté de ton explique l’amour tellement visible que son public porte à King Gizzard…

2018 03 01 King Gizzard Bataclan (20)… mais pas seulement… Car il y a aussi notre furieuse envie, née de l’écoute à répétition de l’incroyable "Nonagon Infinity", de headbanguer, de sauter comme des petits pois mexicains, de slammer, de hurler des anathèmes diaboliques, bref de savourer les joies basiques, voire primitives, du garage rock le plus extrême. Alors, pour nous faire plaisir, King Gizzard and The Lizard Wizard accélèrent régulièrement le set, et nous offrent notre portion congrue d’hystérie. Rien à redire là-dessus, sauf peut-être un arrière-goût de trop peu… ?

Bon, le plus beau moment de la soirée sera pour moi Crumbling Castle, la mémorable ouverture de "Polygondwanaland", avec sa mélodie un peu médiévale et définitivement serpentine… qui sera joué assez curieusement en trois parties, avec des breaks inattendus au milieu. La magie si particulière des morceaux de King Gizzard vient peut-être de cette tendance inhabituelle à superposer parfaitement instruments et parties vocales, créant une sorte de sidération jubilatoire, encore accentuée lorsque les deux ou trois guitares jouent à l’unisson, propulsées par la frénésie infernale de la section rythmique.

On attend alors un couronnement du set avec une série de crowd pleasers extrêmes, mais Stu et ses potes, toujours facétieux, nous offrent une longue conclusion jazzy, plus décontractée, mais pas moins fascinante. Les Australiens nous quittent rapidement, mais non sans avoir photographié le public extatique du Bataclan, sur des « Thank You » préenregistrés. Il n’y aura pas de rappel.

2018 03 01 King Gizzard Bataclan (25)La leçon à tirer de cette claque mémorable que nous venons de prendre est simple : il y a encore et toujours de l’espoir pour le Rock, il suffit simplement de laisser s’exprimer son imagination et de se lancer ensuite sans peur et sans complexes ! Merci à nos nouveaux Australiens préférés de nous rappeler ainsi aux vertus essentielles de la musique. De la musique vivante.

« I don't want to be a crumbling, crumbling, crumbling castle / I don't want to fall into dust / I don't want nothing but to live on / The ache inside my keep spurs me on / I don't want to be visible… »

»

                                                  

Les musiciens de King Gizzard & The Lizard Wizard sur scène :

Stu Mackenzie – vocals, guitar, flute

Ambrose Kenny Smith – harmonica, keyboards, vocals

Joey Walker – guitar, vocals

Cook Craig – guitar, vocals

Lucas Skinner – bass guitar

Michael Cavanagh – drums, percussion

Eric Moore – drums, percussion

 

2018 03 01 King Gizzard Bataclan (89)La setlist du concert de King Gizzard & The Lizard Wizard :

Rattlesnake (Flying Microtonal Banana – 2017)

Greenhouse Heat Death (Gumboot Soup – 2017)

Nuclear Fusion (Flying Microtonal Banana – 2017)

All Is Known (Gumboot Soup – 2017)

Welcome to an Altered Future (Murder of the Universe – 2017)

Digital Black (Murder of the Universe – 2017)

Han-Tyumi the Confused Cyborg (Murder of the Universe – 2017)

The Lord of Lightning (Murder of the Universe – 2017)

Polygondwanaland (Polygondwanaland – 2017)

Crumbling Castle (Polygondwanaland – 2017)

The Fourth Colour (Polygondwanaland – 2017)

Cellophane (I'm in Your Mind Fuzz – 2014)

Robot Stop (Nonagon Infinity – 2016)

Big Fig Wasp (Nonagon Infinity – 2016)

Gamma Knife (Nonagon Infinity – 2016)

The River (Quarters! – 2015)

God Is in the Rhythm (Quarters! – 2015)

 

 

Ce compte-rendu a déjà été publié à l'époque du concert sur Benzine Magazine : https://www.benzinemag.net/2018/03/04/live-report-king-gizzard-the-lizard-wizard/

 

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10 janvier 2019

Mando Diao - Samedi 17 Février 2018 - La Maroquinerie (Paris)

2018 02 17 Mando Diao Maroquinerie Billet« "A poil ! A poil !" crient deux très jeunes femmes derrière moi, visiblement toutes émoustillées par la plastique du beau Suédois sur scène : il vient de quitter sa chemise noire imbibée de sueur, dont les pans n'arrêtaient pas de se coller contre les cordes de sa guitare, et il se livre donc torse nu au désir de ses fans. Je ne peux pas m'empêcher de jubiler devant ce délicieux retournement de situation : les clichés du Rock ont la vie dure, mais l'expression du désir est universelle. A quand le harcèlement sexuel féminin ?...

… Maintenant que la Scandinavie a gagné une solide réputation pour ses polars rudes et complexes, combien faudra-t-il attendre pour qu'elle soit autant reconnue pour ses groupes de Rock ('n'Roll ou pas...) ? Et pourtant, et pourtant, la liste est longue et les genres les plus divers (en faisant l'impasse sur le Métal, également vigoureux près du cercle polaire me dit-on, à moi que ce genre indiffère au plus haut point) : The Raveonettes au Danemark, Kings of Convenience et Turbonegro en Norvège, Leningrad Cowboys, Hanoi Rocks et 22-Pistepirkko en Finlande, The Cardigans, The Hives, Jay Jay Johansen, The Sounds en Suède... Et Mando Diao, justement : très populaire chez eux et dans certains recoins du monde rock (comme en Allemagne, ou au... Japon !), voilà un groupe qui a du mal à percer en France, mais qui draine clairement ce soir à la Maro une bonne partie des expats scandinaves à Paris, vu la petite foule polyglotte massée devant l'entrée de la salle une heure avant l’horaire annoncé des hostilités.

2018 02 17 The OBGMs Maroquinerie (45)20 h : trois blacks et un blanc bien chevelu, et ce n'est pas du putain de hip hop (Halte aux clichés ! Halte aux clichés !), non c'est du putain de punk hardcore des familles : oOoh Baby Gimme More ! The OBGMs, c'est comme ça qu'ils s'appellent, viennent de Toronto, Ontario et vont nous offrir 30 minutes quasi parfaites : des morceaux qui envoient du bois (fragments de baguettes du batteur qui volent bas, d'ailleurs je récupèrerai comme souvenir une baguette presque intacte...), des musiciens qui se donnent à fond, et qui ne manquent pas d'humour. Ça plaisante entre les chansons, ça fait participer le public, et ça ramone méchant quand la musique s'accélère. A la fin le bassiste (chevelu donc) et le chanteur descendent jouer le dernier morceau au milieu du public, le spectacle est total, la Maro est drôlement chauffée : d'ailleurs ça fait un bail que je n'ai pas vu une première partie soulever cet enthousiasme. Ça s'appelle la magie du Rock, des petits gars qui en veulent, qui respectent et aiment leur public et des chansons jouées le pied au plancher : que demander de plus ? oOoh Baby Gimme More !

21 heures passées de quelques minutes : les Suédois seraient-ils moins ponctuels qu'on l'imagine ? Non, voilà nos cinq jeunes musiciens (la trentaine, malgré un succès qui date déjà de plus de 10 ans...) : ils sont vêtus de noir, vêtements cintrés mettant en valeur les physiques de jeunes dieux qu'on attend de leur origine (Halte aux clichés ! Halte aux clichés !). Björn Dixgård, le chanteur et leader depuis le départ de Gustaf Norén il y a trois ans, porte de superbes boots texanes, et évoque un peu un jeune John Lennon qui aurait le sourire de Javier Bardem.

2018 02 17 Mando Diao Maroquinerie (14)Le set démarre par San Francisco Bay, une chanson que je ne connais pas, même si je suis visiblement le seul dans ce cas de toute la Maro, désormais archi bondée et transformée en sauna : toutes les caractéristiques de la musique de Mando Diao sont là, une sorte de classicisme rock un peu passe-partout, des mélodies immédiates que tout le monde est capable de chanter dès le second refrain, et surtout une belle énergie qui transforme chaque chanson en une célébration dionysiaque du rituel rock'n'rollien. Je me rends compte d'un coup que nous ne sommes que trois mâles au premier rang, le public étant constitué d'une large majorité de fans féminines de tout âge, venues chanter ces chansons qu'elles connaissent toutes par cœur et prendre du bon temps en pogotant, "headbangant", et matant joyeusement les attributs des jeunes Suédois. Eh bien, vous savez, moi, ça me va très bien comme ça !

Premier moment de satisfaction musicale avec Dancing All the Way to Hell, même si, comme souvent à la Maro, la belle voix soul et cassée de Björn n'est pas assez audible pour nous, au premier rang... Je suis par contre placé juste en face de la Rickenbaker de CJ Fogelklou, le bassiste au look glitter un peu décalé, et je me délecte de ses lignes de basse élégantes et du son si caractéristique de ce bel instrument. Good Times, au stomp irrésistible amène de larges sourires sur tous les visages, et Björn joue parfaitement son rôle archétypal de sex symbol gentiment provocateur. Mais Mando Diao, c'est aussi de belles accélérations punky, voire garage rock, comme sur The Band, premier incendie de la soirée. Malgré le peu de place vu l'affluence, un petit mosh pit s'est créé au centre, cette soirée prend décidément une allure des plus satisfaisantes !

2018 02 17 Mando Diao Maroquinerie (20)Break Us, très attendu (enfin, par moi !), permet de mieux entendre la voix de Björn, descendu pour l'occasion se frotter à ses admiratrices, mais ce sera l'enchaînement hystérique de Down in the Past et Sweet Ride qui constituera pour moi le sommet d'un set placé sous le signe du plaisir. Patrik Heikinpieti, le batteur, nous invite d'un air furieux à exprimer plus bruyamment notre satisfaction. Il est temps de visiter les hits, les crowd pleasers et de faire basculer la Maro dans un vaste singalong extatique : Gloria - non pas celui des Them - se prête parfaitement à l'exercice. C'est aussi le moment du contact physique, je suis constamment bousculé par des jeunes femmes voulant toucher les musiciens. Le set se termine sur Ochrasy, un morceau mollasson et pas très bien joué, genre U2 imbibé d'Americana, dont je ne comprends pas trop l'intérêt…

Le rappel sera funky et... un peu stonien même, avec les réjouissants Shake et Dance with Somebody, et les poses de Björn et de Jens chantant dans le même micro en rajoutent dans le registre Glimmer Twins. Les musiciens ont du mal à quitter la scène, on serre les mains, on touche les doigts, on fait durer autant qu'on peut la bonne sensation de "communion" dans la joie typique d'un grand "live". Les oreilles sifflent un peu, signe que le volume sonore a été adéquat, il est temps de rentrer...

Mando Diao n'a peut-être pas inventé l'eau tiède, et a sans doute le tort de jouer sagement une partition écrite par d'autres il y a déjà bien des années, de mélanger les genres musicaux au risque de diluer sa personnalité. Mais il le fait avec une générosité, un naturel qui lui permettent de dépasser finalement les clichés dont il s'abreuve. Cette musique est dansante, sexy, superficielle sans doute : mais, soyons honnêtes, n'est-ce pas là la définition même du Rock, tel que les Américains l'inventèrent il y a 60 ans et que les Suédois le pratiquent encore pour illuminer les longues nuits hivernales de Borlänge ? »

 

2018 02 17 Mando Diao Maroquinerie (26)Les musiciens de Mando Diao sur scène :

Björn Dixgård - Chant, guitare

Jens Silverstadt – guitare, chant

Carl-Johan « CJ » Fogelklou – basse, choeurs

Patrik Heikinpieti – Batterie

Daniel Haglund - Claviers

 

La setlist du concert de Mando Diao :

San Francisco Bay (Ode to Ochrasy – 2006)

All the Things (Good Times – 2017)

White Wall (Hurricane Bar – 2004)

All My Senses (Ode to Ochrasy – 2006)

Dancing All the Way to Hell (Good Times – 2017)

Good Times (Good Times – 2017)

One Two Three (Good Times – 2017)

The Band (Bring ‘Em In – 2002)

Mr. Moon (Bring ‘Em In – 2002)

You Got Nothing On Me (« Give Me Fire » - 2009)

Break Us (Good Times – 2017)

Voices on the Radio (Good Times – 2017)

Down in the Past (Ode to Ochrasy – 2006)

Sweet Ride (Bring ‘Em In – 2002)

Gloria (« Give Me Fire » - 2009)

Ochrasy (Ode to Ochrasy – 2006)

Encore:

Shake (Good Times – 2017)

Dance With Somebody (« Give Me Fire » - 2009)

Posté par Excessif à 07:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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