Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

10 août 2020

MNNQNS / We Hate You Please Die - Jeudi 3 Octobre 2019 - Maroquinerie (Paris)

2019 10 03 MNNQNS Maroquinerie Billet

« Alors on vient de Rouen, ou de ce qu'il en reste... »

La pertinente introduction de Raphaël, le leader inspiré de We Hate You Please Die, qui ouvre la soirée, est un excellent thème pour ce concert des deux groupes rouennais les plus impressionnants du moment, WHPD donc, et leurs "mentors", ceux qui leur ont donné envie de faire de la musique, MNNQNS (prononcez Mannequins...). Pendant que Rouen, notre Seveso national, stresse sous la menace de vapeurs "nauséabondes mais non toxiques", comme l'a juré le gouvernement, eux sont venus respirer l'air pur de Paris !

2019 10 03 WHYPD Maroquinerie (8)

20h00 : Incroyable entrée en matière, rageuse, névrotique et très inspirée (Melancholic Rain / Rita Baston), pour We Hate You Please Die : on jurerait que c'est l'un des plus beaux brûlots qu'on ait entendus cette année, avec en surplus un vrai supplément d'âme, de l'humour et une certaine théâtralité bien venue ! Raphael, sorte de version miniature de Reda Kateb, si l’on veut, fait le show - et quel show ! - tandis que le trio basse - guitare - batterie, impassible, austère presque, balance les boulons. Avouons-le, c'est exactement comme ça qu'on l'aime, notre musique : énervée, mélodique juste ce qu'il faut, modeste mais quand même spectaculaire. Oh, tout le set ne sera pas au même niveau, mais peu s'en faut quand même : d'ailleurs, sur Minimal Fonction, chanté par la blonde bassiste, Raphael descend dans la salle danser avec les fans et admirer ses comparses de notre point de vue de spectateurs... Barney se termine par une apothéose de cris bestiaux, et on finira les 30 minutes réglementaires par le titre éponyme, rugueuse déclaration d'intention, en conclusion bruitiste. Il y en a qui qualifient la musique de WHPD de garage rock, mais cela nous paraît bien paresseux… WHPD ont déjà acquis une excellente réputation, absolument méritée.

21h00 : le set de MNNQNS, très attendu par une Maroquinerie qui a fait le plein et est chaude comme de la braise, commence dans une ambiance solennelle et sombre, Marc martelant lentement, dans l’obscurité, son clavier avec une baguette, jusqu’à ce que le quatuor tout entier s’installe.

2019 10 03 MNNQNS Maroquinerie (3)

Trois musiciens longilignes à la posture impressionnante, à la beauté et à l’élégance “classiques”, pourrait-on dire : cheveux très longs, vêtements soignés, poses Rock qui semblent bien étudiées, il y a peut-être là un écho au nom du groupe, non ? Heureusement, le batteur, cheveux courts et style beaucoup plus pragmatique, qui va durant tout le concert conduire une bonne partie de la communication avec le public, vient ramener tout ce joli monde à la réalité. Et heureusement aussi, la relative rigidité de la musique de MNNQNS, perceptible déjà sur l’album, explose régulièrement quand les morceaux partent en vrille et que le groupe se laisse aller à la furie sur scène. Et enfin, le grand sourire d’Adrian vient souvent illuminer un visage à la beauté frappante, trop parfaite.

Ce set d’un peu plus d’une heure sera avant tout consacré à cela, qui correspond à la fameuse déclaration d’intention du groupe : « Ecrire la meilleure chanson du monde pour la saloper sans respect ! ». On ne dirait pas encore que les efficaces et jouissives Fall Down ou Desperation Moon, certes très accrocheuses, sont les meilleures chansons du monde, mais la manière dont MNNQNS joue avec les dissonances et les rythmes décalés, sans pour autant sacrifier l’accroche mélodique de refrains convaincants est réellement impressionnante… Même si c’est, répétons-le, quand le groupe pète littéralement les plombs qu’il devient vraiment passionnant.

2019 10 03 MNNQNS Maroquinerie (15)

Plus le concert avance, plus on sent que le set est en train de basculer vers la frénésie, et la belle froideur des débuts n’est plus qu’un souvenir. Le public est très, très chaud, ça se bouscule pas mal et le mosh pit a grossi au point d’envahir presque tout le parterre de la Maro. Mais c’est une reprise superbe du Totally Wired de The Fall – preuve de bon goût - qui va faire basculer réellement le concert. A partir de là, c’est à fond que les musiciens dévalent les derniers morceaux de la soirée, jusqu’à un final réellement grandiose, entre chaos sonique, plongeons dans la fournaise du mosh pit et destruction des instruments ! (Tiens, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un bassiste exploser aussi sa guitare basse – pas la Rickenbacker, rassurez-vous à la fin d’un set !).

De vrais mercis, du fond du cœur et les yeux dans les yeux, de la part du batteur, et il est indiscutable que MNNQNS est un groupe engagé, sincère, et beaucoup plus explosif finalement que sa musique pourrait a priori le faire penser. Tout le public de la Maro semble baigner dans ce bonheur si particulier qui suit un concert Rock – un double, ce soir – parfaitement réussi, et c’est la foire d’empoigne au stand de merchandising.

Bien joué, les Rouennais !

 

Les musiciens de We Hate You Please Die :

Raphaël Balzary – chant, guitare

Joseph Levasseur – guitare, chant

Chloe Barabé – basse, chant

Mathilde Rivet - batterie

 

2019 10 03 WHYPD Maroquinerie (15)

La setlist du concert de We Hate You Please Die :

Melancholic Rain (Kids are Lo-Fi – 2018)

Rita Baston (Kids are Lo-Fi – 2018)

Structure (Kids are Lo-Fi – 2018)

Got the Manchu (Kids are Lo-Fi – 2018)

Kill Your Buddy (Berserker) (Kids are Lo-Fi – 2018)

Minimal Function (Kids are Lo-Fi – 2018)

Barney

Hortense (Kids are Lo-Fi – 2018)

We Hate You Please Die (Kids are Lo-Fi – 2018)

 

Les musiciens de MNNQNS :

Adrian – chant / guitare

Grégoire – batterie

Félix – basse

Marc – guitare / claviers

 

2019 10 03 MNNQNS Maroquinerie (33)

La setlist du concert de MNNQNS :

Intro

Bored in This Town (Advertisement EP – 2018)

If Only They Could (Advertisement EP – 2018)

Fall Down (Body Negative – 2019)

Wire (Down to the) (Body Negative – 2019)

Urinals (Body Negative – 2019)

Drinking From the Pond (Body Negative – 2019)

Limits Of Town (Body Negative – 2019)

NotWhatYouThoughtYouKnew (Body Negative – 2019)

Totally Wired (The Fall Cover)

Desperation Moon (Body Negative – 2019)

Come to Your Senses (Capital EP – 2016)

Tape Counter

Glory Paul

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blog : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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05 août 2020

Mattiel - Mercredi 25 Septembre 2019 - Maroquinerie (Paris)

2019 09 25 Mattiel Maroquinerie Billet

Qu’y a-t-il finalement de plus excitant que d’assister à la naissance d’une nouvelle artiste, dont les albums peuvent laisser espérer qu’elle devienne rapidement quelqu’un d’important ? Mattiel, la jeune ex-graphiste branchée d’Atlanta recyclée en rockeuse pur jus en cuir noir, nous avait séduits avec deux albums qui mettaient en valeur sa voix singulière, héritière paradoxale d’une manière très traditionnelle de chanter la musique américaine. Il convenait maintenant de voir comment elle passait l’épreuve essentielle du live, pour confirmer si oui ou non Mattiel est une vraie graine de star. En rejoignant la Maroquinerie, on se rappelait comment, voici 6 mois et au même endroit, avec un programme similaire, Sharon Van Etten nous avait littéralement emballés. En serait-il de même ce soir ?

2019 09 25 Aurore de St Baudel Maroquinerie (7)

A 20h, la soirée commence assez mal, devant une salle encore quasiment déserte : la jeune Aurore de St Baudel, seule avec son ordinateur, un clavier et une guitare dont elle se servira assez peu, nous chante d’une voix pas trop extraordinaire des chansons qui parcourent une fois de plus l’éternelle carte du tendre de nos vies amoureuses. Un brin d’audace par ci, un peu de sensibilité par là, on ne peut pas dire que ses textes soient insignifiants, mais ils peinent à compenser la banalité de sa musique : une électro à la mode du jour, qui n’arrive jamais à monter en puissance, et qui au contraire s’épuise au fur et à mesure que le set avance. Aurore est charmante, et sympathiquement combattive quand elle s’assied au bord de la scène pour s’approcher de spectateurs qui se refusent à s’avancer vers elle. On apprécie la détermination et l’attitude, on n’est juste pas certains que tout cela soit vraiment passionnant.

20h55 : les quatre musiciens de Mattiel démarrent le set sans elle, les deux guitares font un sacré raffut, en particulier le guitariste rythmique juste devant moi qui en veut à mes tympans : c’est suffisamment rare désormais de voir des groupes jouer fort que cela excite forcément la sympathie, et ce d’autant que le batteur semble perpétuellement heureux de jouer, et que le bassiste impressionne tout de suite par sa présence et son jeu.

2019 09 25 Mattiel Maroquinerie (12)

Je ne m’attendais pas vraiment à un petit déluge d’électricité de ce genre, et je suis ravi quand Mattiel Brown pénètre à son tour sur la scène de la Maro : pantalon de cuir noir, chemisier noir aux manches… créatives, maquillage étrange, avec un contour de paupières se terminant par une perle, coupe courte de cheveux noirs de jais, elle a fière allure, et elle bouge avec une aisance prometteuse. La voix est aussi intéressante que prévu, mais évidemment un peu en retrait par rapport aux guitares, un problème récurrent à la Maro quand on est placé au premier rang.

Bon, la musique de Mattiel, c’est quelque chose d’assez indécis, ou plutôt mélangé : il y a clairement des racines américaines profondes, entre country, blues et soul, parfois même un peu roots, mais il y aussi une approche “Rock classique à Guitares” qui ratisse large, de Joan Jetts aux White Stripes. Le public de la Maro est rapidement très enthousiaste devant cette approche finalement assez traditionnelle du Rock, et il est vrai plus tellement fréquente depuis une bonne décennie : le groupe dégage une énergie inépuisable, et Mattiel a vraiment la classe quand elle danse sur scène. Seul problème finalement, mais il n’est pas négligeable, les compositions n’ont pas grand-chose d’extraordinaires, et le traitement style “rouleau compresseur“ appliqué par le groupe les dépouille de l’intérêt qu’une interprétation plus sobre leur conférait sur disque.

2019 09 25 Mattiel Maroquinerie (6)

Le fait d’enchaîner la quasi-intégralité de “Satis Factory“, le second album de Mattiel, ne résout pas le problème, et on peine à voir l’intérêt de certains morceaux, comme par exemple Je Ne Me Connais Pas, à l’origine une sorte d’hommage aux yéyés français qu’on aurait pu imaginer pertinent interprété à Paris, et qui tombe parfaitement à plat. Mattiel Brown a beau nous jurer que « Paris est sa ville préférée… », et même ajouter devant nos sourires entendus « Et non, je ne le dis pas dans chaque ville où je joue ! », on a du mal à trouver là-dedans plus que du professionnalisme de bon ton, à l’Américaine.

Plus le set avance, plus un sentiment d’uniformité m’envahit, et le mélange de genre se mue en manque de personnalité. Heureusement, la fin du concert, qui balance les morceaux les plus accrocheurs du premier album, permet de conclure la soirée sur une note plus positive.

Whites of Their Eyes, en rappel, est même très convaincant, et d’ailleurs les musiciens semblent enfin se détendre, échanger des sourires, prendre un vrai plaisir à jouer. Généreuse, Mattiel nous offre un dernier morceau, qui n’était pas sur la setlist : une reprise un peu piétonne du génial White Light White Heat du Velvet Underground. Je suis aux anges, mais en regardant autour de moi, je constate que je suis bien le seul à chanter les paroles de ce classique des classiques : une constatation bien affligeante que cette ignorance de la part d’un public parisien a priori très Rock vis-à-vis d’une chanson aussi essentielle dans l’histoire de la musique…

Bon, le lendemain matin, je recevrai un message célébrant « la naissance d’une future superstar... ». Cela m’a donné l’impression de ne pas avoir vécu le même concert qu’une bonne partie du public de la Maroquinerie, visiblement très enthousiaste. J’ai eu au contraire l’impression de voir un groupe américain assez banal arpenter les terres déjà bien piétinées au fil des décennies passées d’une musique plus trop pertinente de nos jours.

Mais bon, ça, c’est moi, et mon mauvais esprit, sans doute…

 

2019 09 25 Mattiel Maroquinerie (19)

La setlist du concert de Mattiel :

Surf

Send It on Over (Mattiel – 2017)

Not Today (Mattiel – 2017)

Athlete (Satis Factory – 2019)

Heck Fire (Satis Factory – 2019)

Rescue You (Satis Factory – 2019)

Je Ne Me Connais Pas (Satis Factory – 2019)

Millionaire (Satis Factory – 2019)

Food for Thought (Satis Factory – 2019)

Blisters (Satis Factory – 2019)

Bye Bye (Mattiel – 2017)

Berlin Weekend (Satis Factory – 2019)

Keep the Change (Satis Factory – 2019)

Count Your Blessings (Mattiel – 2017)

Five and Tens (Mattiel – 2017)

Encore:

Whites of Their Eyes (Mattiel – 2017)

White Light/White Heat (The Velvet Underground cover)

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30 juillet 2020

Gliz - Mardi 24 Septembre 2019 - Espace B

2019 09 24 Gliz Espace B (10)

Pas facile en France en 2019 d’être un jeune groupe débutant, provincial qui plus est, aussi talentueux et original soit-on ! Nos Jurassiens de Gliz sont en train d’en faire l’expérience, avec, entre autres, peu de soutien encore de la presse écrite (on sait que les fans d’aujourd’hui préfèrent lire des articles sur les Rock Stars mortes des années soixante-dix !), et bien des difficultés à trouver des salles pour jouer à Paris. L’annonce de leur passage à l’Espace B, en première partie des Italiens destroy de The Devils était une bonne nouvelle, jusqu’à ce que l’annulation du concert de ces derniers ne mette en danger cette soirée que nous attentions tant. Heureusement, le set est maintenu, le prix des billets diminué, et Gliz jouera ce soir devant un public – logiquement – clairsemé… mais enthousiaste ! Le bon côté des choses, car il y en a toujours un, c’est que la durée du set pourra excéder celle d’une première partie standard !

20h45 : bienvenue enfin à ce power trio inhabituel, puisque le banjo remplace la guitare, et le tuba la basse, qu’est Gliz, dans la chaleureuse petite salle de l’Espace B ! Ces instruments inhabituels ne doivent pas faire penser à ceux qui ne connaîtraient pas “Cydalima”, le premier album du groupe, que Gliz propose une musique folklorique ou festive… Le groupe carbure plutôt à l’angoisse et à l’insatisfaction… comme toute bonne formation rock qui se respecte !

On attaque avec Devotion, la conclusion plutôt pessimiste de l’album, qui n’est pas la chanson la plus puissante du répertoire, mais permet à la fois au groupe et aux spectateurs de prendre leurs marques. Le son est excellent, voire même magnifique, car, plus clairement que sur disque, on saisit la richesse que la substitution de la basse par le tuba apporte à la structure des morceaux. A l’inverse, la simplicité du son des 4 cordes du banjo - par rapport aux 6 cordes de la guitare - crée une sorte de rudesse, qui met en valeur par contraste le chant émotionnel, vulnérable presque, de Florent. A Mess is gonna Come ajoute le supplément d’âme (noire, l’âme) qu’on attendait, mais une corde de banjo cassée, alors qu’on en est encore au début du set, met en péril le décollage du groupe : comment faire face à ce genre d’incident lorsqu’on n’a pas de roadies sous la main pour réparer ? Heureusement, une spectatrice se propose et se déclare capable de remplacer la corde cassée, tandis que Florent poursuit avec un autre banjo.

2019 09 24 Gliz Espace B (15)

Get Out, et plus encore le quasi-“ledzeppelinien In Limbo permet à Gliz de déployer toute sa puissance, et de transcender le format original des chansons pour leur apporter volume, profondeur,… intensité ! La confirmation que Gliz est un groupe de scène, et que la production, impeccable, de l’album ne dissimulait pas un déficit de conviction. La corde est réparée, mais remontée à l’envers, ce qui ne facilitera pas l’accordage… Le bon esprit qui règne dans la salle ne souffrira pas de ce contre-temps… Pause détente avec un rockabilly ludique et jouissif, pour échauffer encore plus les esprits. Thomas souffre sous son tuba et le plafond trop bas de la salle, les verres d’eau sont indispensables pour tenir le coup. Florent a demandé l’ajout d’une lumière bleue, ce qui soulage de l’ambiance uniformément rouge qui a prédominé : si l’Espace B est un lieu plein de qualités, l’éclairage n’en est pas une…

Florent nous annonce une chanson à propos d’une grotte : en fait, explique-t-il, c’est là la raison pour laquelle les textes de Gliz sont en anglais, parce que The Cave, ça sonne quand même sacrément mieux que “la grotte… Et The Cave, c’est une très grande chanson, qui synthétise parfaitement la démarche de Gliz : émotion, énergie, racines. Le tout à reprendre en chœur, bien entendu. On conclut le set avec The Lion, le pur moment Rock de la soirée : on attend avec impatience de voir le trio interpréter ce genre de morceaux dans une grande salle bien pleine !

On joue le jeu du rappel, sans sortir de scène – après tout, on est entre amis ! Florent nous la fait en solo (ce qui lui rappelle ses débuts, avant que Gliz existe, nous confie-t-il…), avec la bouleversante Cannon. La soirée se termine avec Cydalima, le second grand titre de l’album, célébration d’un magnifique papillon occupé à détruire les sous-bois jurassiens : beauté et horreur mêlées, tout un programme au sein duquel s’inscrit la musique extatique de Gliz.

Un peu moins d’une heure, ce n’est clairement pas assez, mais c’est suffisant pour confirmer le potentiel de ce jeune groupe, qu’on a hâte de revoir devant un public plus conséquent, et donc forcément plus chaud ou plus difficile !

 

2019 09 24 Gliz Espace B (29)

Les musiciens de Gliz sur scène :

Florent Tissot - banjo / chant

Julien Michel - batterie / chœurs

Thomas Sabarly - tuba / chœurs

 

La setlist du concert de Gliz :

Devotion (Cydalima – 2019)

A Mess is Gonna Come (Cydalima – 2019)

Get Out (Cydalima – 2019)

In Limbo (Cydalima – 2019)

King from Nowhere (Cydalima – 2019)

Wild

Fast Lane (Cydalima – 2019)

The Cave (Cydalima – 2019)

The Lion (Cydalima – 2019)

Encore

Cannon (Cydalima – 2019)

Cydalima (Cydalima – 2019)

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25 juillet 2020

The Leisure Society - Mercredi 11 Septembre 2019 - Maroquinerie (Paris)

2019 09 11 The Leisure Society Maroquinerie Billet

Certains se souviennent encore de l'enchantement qu'avait suscité en 2009 la parution de “Sleeper”, le premier album de The Leisure Society. Une décennie plus tard, après un relatif passage à vide qui aura vu le succès promis leur échapper, et après un hiatus de quatre ans, les Anglais reviennent avec leur cinquième et peut-être meilleur disque à date... “Arrivals & Departures”, superbe opus de folk-pop tendre et mélancolique, motivé – comme c’est souvent le cas – par une rupture douloureuse. Un album qui n'a malheureusement pas recueilli le succès qu'il aurait mérité : d'où une Maroquinerie, certes bien remplie, mais pas sold out ce mercredi soir...

2019 09 11 Ysé Sauvage Maroquinerie (11)

20h00 : ysé sauvage est une jeune femme de 20 ans, frêle et charmante, d'origine normande semblerait-il, puisqu'elle nous chante son Perfect Home en Normandie. La musique d’ysé est empreinte d'une délicatesse étonnante, et appuyée par une section rythmique solide mais discrète, ysé va nous offrir 35 minutes d'un set assez peu ordinaire finalement, empreint d'une sensibilité "à fleur de peau" tout-à-fait ravissante. Se plaignant d'avoir mis un pull, ou déplorant l'absence d'Anglais dans la salle, elle arrivera à créer une vraie connexion avec le public, une indéniable magie se dégageant de cette musique faussement légère : difficile de ne pas adhérer à ces chansons réellement habitées (comme la dernière du set, une poignante Letter for A, qu’elle nous dit inspirée d’une rencontre dans un train), auxquelles l'intimité de la Maroquinerie offre un écrin parfait. Un très joli moment.

21h10 : Nick Hemming et Christian Hardy, qui sont l’âme de The Leisure Society, sont enfin là, avec une petite dizaine de minutes de retard, soutenus par un trio violon – basse – batterie un tantinet anonyme, et bien sûr sans la flûtiste Helen Whitaker, dont le départ du groupe et de la vie de Nick a généré l’inspiration pléthorique ayant donné naissance au nouveau double album.

2019 09 11 The Leisure Society Maroquinerie (22)

L’enchaînement en intro du trio gagnant You’ve Got the Universe, A Bird a Bee Humanity et God Has taken a Vacation confirme que nous sommes ici pour assister à une célébration de “Arrivals & Departures”, dont onze morceaux seront joués ce soir, au cours d’une set d’une heure vingt-cinq qui laissera donc assez peu de place à des flashbacks sur la discographie passée du groupe. Le son est parfait, la voix bien audible (ce qui n’est pas toujours le cas à la Maroquinerie quand on est au premier rang), et Nick, initialement légèrement sur la réserve, semble se détendre peu à peu : ce premier concert en France marque le début d’une nouvelle tournée, et il y a peut-être une certaine nervosité quant à la réception que le groupe recevra hors de son bastion anglais. L’enthousiasme du public ce soir va clairement rasséréner Nick, qui finira par déclarer qu’il devrait débuter toutes ses tournées par Paris…

Les singles historiques de “Sleeper”, Save It for Someone Who Cares et The Last of the Melting Snow vont ensuite permettre à ceux qui ne seraient pas familiers avec le dernier album de recoller au peloton, mais force est de constater que, malgré toute la bonne volonté de part et d’autre, quelque chose… manque dans cette interprétation sage, fidèle aux versions originales, de chansons qui ont été écrites, composées pour exprimer des sentiments fragiles. On ne peut pas s’empêcher de comparer la relative platitude de ce set avec le petit miracle de ysé sauvage : cette fois, la magie n’opère pas. Oh, il est difficile de ne pas aimer ces mélodies à la fois tendres et sophistiquées, mais finalement, on en arrive à se dire qu’on aurait été aussi bien chez soi à écouter les disques ! Je regarde autour de moi, et je constate que, entre les gens qui jettent un coup d’œil régulier à leur portable et ceux qui discutent discrètement, il est difficile de sentir un niveau d’intérêt élevé, sans même parler de passion envers ce concert.

2019 09 11 The Leisure Society Maroquinerie (29)

La transcription en live d’une musique délicate est évidemment un défi, et le format groupe (…à moins qu’il ne s’agisse de la réserve de Nick qui n’est pas un showman, ni même un artiste simplement un peu charismatique) n’aide pas. Le set ne manquera néanmoins pas de beaux moments – je retiendrai pour la part un touchant Leave me to Sleep – et se terminera (presque) sur une version énergique de Dust on the Dancefloor, qui déversera enfin un peu d’énergie et de festivité sur le public de la Maro. A l’inverse, Beat of a Drum, si efficace sur l’album, sera un véritable flop pour refermer le set.

Le rappel, tout en sensibilité avec I’ll pay for It Now, interprété aux claviers à quatre mains par Nick et Christian, et le mémorable Arrivals & Departures, se conclura sur l’inévitable A Matter of Time, qui nous fera (enfin) chanter avec Nick.

Nous sortons de cette soirée avec un sentiment mitigé : si les chansons sont belles, si la voix de Nick est impeccable, il nous a semblé que The Leisure Society n’ont pas (encore…) trouvé la manière satisfaisante de transposer l’univers sensible de “Arrivals & Departures” sur scène. Gageons qu’au fil de la tournée, ils trouveront le bon équilibre entre respect des chansons et partage avec le public. Un ami me disait à un moment que The Leisure Society lui rappelaient les Nits, et cette comparaison illustre parfaitement la distance qui sépare scéniquement les talentueux Hollandais, qui sont capables de rendre explosive sur scène la moindre mélodie mélancolique, de nos Anglais, qui semblent encore, dix ans après leurs débuts, à la recherche de la bonne formule… »

 

La setlist du concert de Ysé Sauvage :

I Went too Far

Blue (Scénario – 2018)

California (Scénario – 2018)

First Time

Perfect Home

Same Old (Scénario – 2018)

Letter for A

 

2019 09 11 The Leisure Society Maroquinerie (26)

La setlist du concert de The Leisure Society :

You've Got the Universe (Arrivals & Departures – 2019)

A Bird a Bee Humanity (Arrivals & Departures – 2019)

God Has Taken a Vacation (Arrivals & Departures – 2019)

Save It for Someone Who Cares (The Sleeper – 2009)

The Last of the Melting Snow (The Sleeper – 2009)

Another Sunday Psalm (Alone Aboard the Ark – 2013)

The Fine Art of Hanging On (The Fine Art of Hanging On – 2015)

All I Have Seen (Alone Aboard the Ark – 2013)

Fight for Everyone (Alone Aboard the Ark – 2013)

Let Me Bring You Down (Arrivals & Departures – 2019)

Don't Want to Do It Again (Arrivals & Departures – 2019)

Mistakes on the Field, Pt. I (Arrivals & Departures – 2019)

Mistakes on the Field, Pt. II (Arrivals & Departures – 2019)

Leave Me to Sleep (Arrivals & Dpeartures – 2019)

We Were Wasted (The Sleeper – 2009)

Dust on the Dancefloor (Into the Murky Water – 2011)

Beat of a Drum (Arrivals & Departures – 2019)

Encore:

I’ll Pay for It Now (Arrivals & Departures – 2019)

Arrivals & Departures (Arrivals & Departures – 2019)

A Matter of Time (The Sleeper – 2009)

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20 juillet 2020

Oh Sees - Jeudi 5 Septembre 2019 - Bataclan (Paris)

2019 09 05 Oh Sees Bataclan Billet

On est début septembre et ça devient une (excellente) habitude : un an et un jour exactement après leur dernier passage à Paris, les Oh Sees sont en ville. Et la salle qui les accueille est de plus en plus grande, puisque cette fois c'est le Bataclan qui va voir John Dwyer déployer sa musique à géométrie variable : option la plus récente, jazz rock éthéré et psychédélique... qu’on présage évidemment transfiguré sur scène. On ne peut que se réjouir de la popularité croissante en France d’un musicien qui est l’un des plus audacieux et créatifs de sa génération…

2019 09 05 Frankie and the Witch Fingers Bataclan (15)

19h30 : le cadeau inattendu de la soirée, c'est la première partie assurée par Frankie and the Witch Fingers : 45 minutes de plaisir avec un quatuor aussi énervé que virtuose qui nourrit son garage rock aux sources de la meilleure musique seventies. Ça commence donc par des morceaux roboratifs à fond la caisse, assez conformes aux canons du genre, avant de s'ouvrir à de belles - et longues - digressions psychédéliques qui nous emportent, sans se perdre, ni nous perdre nous non plus en chemin. Le guitariste en particulier est magistral, et certaines de ses interventions à la wah wah sursaturée évoquent le style d'un Ron Asheton. Le batteur est une machine infernale et le chanteur au look binoclard approprié fait le taf, même s’il a un côté un peu enfantin surprenant. La fosse du Bataclan adhère totalement au programme, et tout autour de moi, je ne vois que de l'enthousiasme. Final speedé pour bien terminer dans une belle ambiance de folie : même s’il y a un côté un peu scolaire dans cette musique toute en références, Frankie and the Witch Fingers nous ont offert un set réjouissant !

Le set de Oh Sees est prévu pour 21h, mais à peine le matériel installé - par eux-mêmes puisque les Oh Sees n'ont pas de roadies -, John Dwyer lance les hostilités. Il est 20h40, et on prend ça comme un signe qu’il veut nous offrir un set un peu plus long que les 75 minutes prévues à l’origine. On se rend compte immédiatement aussi que, même si on a apprécié l’énergie de la première partie, Oh Sees évoluent eux à un niveau bien supérieur : entre le déluge de percussions proposé par les deux batteurs et la guitare littéralement tellurique de John, sans parler de l’ajout de claviers pour étoffer encore le son, on s’en prend plein les oreilles !

2019 09 05 Oh Sees Bataclan (12)

Comme toujours, le set débute par un enchaînement littéralement terrassant de killers qui embrasent instantanément un Bataclan bien rempli et chaud comme la braise : les slammers sont déjà à l’attaque, le groupe n’a pas eu besoin d’échauffement pour atteindre la zone rouge, le son est très fort et quasiment parfait, même là où nous sommes placés, au tout premier rang – pas de crash barriers ce soir ! – juste en face de John qui officie comme toujours à l’extrême gauche de la scène. The Daily Heavy est le premier morceau extrait de “Face Stabber”, le nouvel album, et confirme ce que l’on espérait : sur scène, c’est du lourd !

C’est un plaisir de voir de tout près le travail de John Dwyer, entre sa guitare, ses pédales de son et ses claviers, sans parler de la direction du groupe qu’il conduit “à la baguette, c’est le cas de dire, car il est clair que les quatre musiciens suivent quasiment en permanence les instructions – et les moindres mimiques même – de leur boss, non sans, pourrait-on affirmer, une certaine crainte… Chez Oh Sees, on ne rigole pas avec la rigueur technique et le perfectionnisme musical : ce n’est pas parce que le groupe vient du garage rock que John n’a pas l’ambition d’offrir à son public une expérience esthétique parfaite ! Et c’est encore plus visible quand le concert entre dans la phase expérimentale, constituée de ces longs morceaux où John recherche à créer une véritable transe, entre la pulsation obsessionnelle basse-batteries, les vocaux toujours singuliers, tantôt haut perchés, tantôt hurlés, et surtout les enluminures majestueuses de sa guitare. Henchlock, le sommet jazzy du nouvel album, sera un exemple parfait de cette aspiration insensée vers des hauteurs musicales qui sont désormais bien loin des origines punks de Oh Sees. Mais il faut souligner qu’à aucun moment, on ne sent l’effort des musiciens - tout coule naturellement, tout est source de plaisir – et encore moins une éventuelle arrogance qui renverrait aux jours sombres du Rock Progressif des années 70 : d’ailleurs le public n’arrêtera jamais de danser et de s’agiter, même aux moments les plus abstraits…

2019 09 05 Oh Sees Bataclan (16)

La setlist est très joliment composée d’extraits de nombreux albums différents de la déjà longue carrière du groupe, ce qui varie évidemment les plaisirs, mais permet aussi de vérifier combien l’inspiration de John est restée constante au fil du temps et des changements de genre. Un concert pas loin d’être parfait… jusqu’au moment du fameux (habituel ? dirons les mauvaises langues…) problème technique ! Plus de micro, John s’énerve, commence à débrancher et rebrancher tous les – très nombreux – fils, envoie valser le régisseur qui veut lui donner un coup de main, ordonne péremptoirement à Tim (le bassiste) de venir lui apporter une nouvelle alimentation. La tension est à son comble sur scène – ce qui permet de vérifier combien les musiciens sont anxieux vis-à-vis des réactions de leur leader -, même si depuis la salle, c’est finalement assez amusant (pardon, John !) d’assister à tout ça. Bon, le set redémarre après une petite dizaine de minutes de prise de tête, et on est forcément soulagés que John n’ait pas jeté le gant et quitté la scène.

On fête l’anniversaire de Tim avec un gros gâteau rose, des bisous et un “Happy Birthday enthousiaste chanté par le Bataclan, et on se lance dans la dernière ligne droite de la soirée, qui va permettre à John d’aller encore plus loin dans ses aventures sonores et soniques : jack débranché de la guitare et promené sur les cymbales, usage avant-gardiste d’une inhabituelle flûte électrique (électronique ?), et surtout derniers spasmes extatiques d’une guitare toute-puissante qui a dominé la soirée, entre riffs irrésistibles et solos torrentiels…

Une heure quarante – en comptant, c’est vrai, l’interruption technique -, nous avons été gâtés ce soir, et tout le monde semble sortir satisfait de cette soirée délicieusement assourdissante. Il ne nous reste plus qu’à renvoyer à John Dwyer le seul mot qu’il semble connaître en français : « Merci ! ». Et on se revoit en septembre 2020. Au Zénith cette fois ? »

 

2019 09 05 Oh Sees Bataclan (38)

Les musiciens de Oh Sees :

John Dwyer – vocals, guitar, keyboards, flute

Tim Hellman – bass guitar

Clem Perkins – drums

Paul Quattrone – drums

Tomas Dolas - keyboards

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blog : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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15 juillet 2020

Patti Smith - Mardi 27 Août 2019 - Olympia (Paris)

2019 08 27 Patti Smith Olympia Billet

1975. L'intro stupéfiante de Gloria, et - enfin - notre monde bascule. Après le Velvet, après Bowie, il y a enfin une relève, et on sent que le vieux monde des dinosaures du Rock - les Stones, Led Zep, le Pink Floyd, bref tous ceux que, triste ironie de l'histoire, les jeunes du XXIe siècle vénèrent - est en train de prendre un coup de vieux. La photo de Mapplethorpe, les références à Rimbaud et Dylan : une nouvelle mythologie naît. Comment pourrait-on jamais oublier Patti Smith ?

2019. Soit 44 ans plus tard. Toutes nos illusions ont fondu comme les glaciers sous le réchauffement climatique, et on a du mal à se souvenir de la dernière fois où quelqu'un a prétendu changer le monde - ou même simplement changer UNE personne avec sa musique. Sans doute est-ce pour ça que nous sommes à l'Olympia ce soir, au milieu d'un public qui, c'est assez réconfortant, n'est pas entièrement grisonnant : non pas pour la nostalgie, mon dieu non, car on sait bien que la nostalgie n'a jamais produit d'Art digne de ce nom, mais pour la FOI. Pour la combativité dont nous avons encore plus besoin aujourd'hui.

2019 08 27 Patti Smith Olympia (7)

20h30 : Elle est là, notre Patti Smith : 72 ans, longue chevelure blanche, le visage d'un vieux et noble chef indien et le corps et l'allure d'une rockeuse, en noir et blanc, parfaite. Son "band", c'est avant tout le fidèle Lenny Kaye, le fidèle des fidèles, qui restera toute la soirée très proche d'elle : il a peut-être moins bien vieilli qu'elle, et la même longue chevelure blanche est déjà plus la marque de l'âge qui gagne du terrain. Les trois autres, on ne les connaît que peu, ils seront efficaces tout au long de l'heure quarante du set, mais, n'ayons pas peur des mots, ils ne comptent pas réellement.

People have the Power, ce morceau-hymne un peu en deçà de ce qu'est la grandeur de Patti, est une ouverture logique. Car elle a un message à délivrer ce soir, Patti : plus de temps à perdre, il nous faut nous libérer de nos chaînes - dont la technologie qui nous occupe les mains -, reprendre le pouvoir pour stopper la fin de tout qui se dessine. Face à l'urgence climatique, se rassembler, dans un monde où chacun à sa place. Évident ? Pas si facile à faire ? Bien sûr, bien sûr, mais le rôle de Patti est d'allumer la flamme, de nous conduire sur les nouvelles barricades que nous devons dresser. Patti, c'est la "liberté guidant le peuple", et sa voix, incroyable ce soir, est une clameur à elle seule. Et Paris est "sa place". A la fin, un ami nous confiera que, un mois plus tôt, Patti n'avait pas cette force à Londres : Londres n'a jamais brûlé, n'en déplaise au Clash, comme Paris. Et ce soir, l'Olympia, ce mélange de tous âges et toutes convictions, va brûler pour Patti, avec Patti.

2019 08 27 Patti Smith Olympia (24)

Ghost Dance bat le rappel tribal de nos morts, et il est difficile de ne pas en avoir les larmes aux yeux, ou les cheveux dressés sur la tête : « What is it children that falls from the sky? / Tayi, taya, tayi, aye, aye ». On voudrait déjà que ça ne s'arrête jamais, c'est tellement beau. Nous dansons dans la poussière de nos défaites, car nous savons qu'à la fin, nous vaincrons. Oui, Patti nous conduit sur le sentier de la guerre, et nous la suivons. « We shall live again... ».

Mais Patti est aussi une fan, qui célèbre comme toutes les fans ses Grands Anciens : Hendrix (Are you Experienced?), les Stones (I’m Free, contre les murs qui nous séparent, et aussi dédié à Neal Casal, qui s'est suicidé ce jour même... permettra à Lenny Kaye de prendre le lead), Lou Reed (Walk on the Wild Side), Neil Young (After the Gold Rush, ce chant prémonitoire sur les affronts à Mother Nature, dans une version qui ne rend pas un point à celle du Loner...). La curiosité vient de la reprise fervente et hantée du Beds are Burning de Midnight Oil, dont le texte militant va comme un gant à Patti... même si elle se perd à un moment dans les paroles : tout l'Olympia est debout, parterre comme balcon, on le sait bien tous qu'il n'est plus possible de dormir. Que ferons-nous pourtant de différent en rentrant chez nous ce soir ?

Mais la set list est évidemment surtout riche de ces chansons intenses, uniques, qui ont plus marqué notre inconscient que nous ne voudrions bien l'admettre : car si les albums de Patti, une fois passée la réussite des quatre premiers, ont été reçus dans l'indifférence générale, des merveilles comme Dancing Barefoot - les larmes qui montent aux yeux, encore... - ou Free Money, dont Patti explique qu'elle a été écrite pour sa mère, mais dont elle foire le début et qu'elle doit recommencer, sont désormais inscrites dans notre ADN.

Physiquement, on peut se rendre compte que Patti commence à faire son âge : l'envolée de Free Money l'oblige clairement à faire quelques pas en arrière pour reprendre son souffle. Vocalement, par contre, elle n'a jamais chanté aussi fort, aussi haut, aussi clair, de cette voix de stentor qui appelle à la rébellion.

Le dernier morceau du set est évidemment le très attendu Because the Night, dédié à Fred Sonic Smith, l'Amour, pour toujours... qui pourtant ne nous emportera pas comme espéré. Un peu trop convenu, sans doute... Pas de problème néanmoins, car le meilleur reste à venir.

2019 08 27 Patti Smith Olympia (50)

Le meilleur, ce sera le rappel, absolument superbe, l'incantation magique, survoltée, de Land, dont Patti a "réécrit" les paroles pour en faire un avertissement glaçant : ce que Johnny voit désormais au cours de son trip halluciné, c'est la fonte des glaciers, l'effondrement de la planète. Le crescendo intense de la seconde partie de Land permet au groupe de briller enfin, loin de la virtuosité un peu facile dont il a fait preuve parfois, et Patti se surpasse, pythie tranchante et implacable... Et c'est Gloria qui émerge du chaos, pour le plus grand plaisir de tous. Ça saute de partout, et à côté de moi, une petite fille éberluée contemple ses parents qui pogotent le poing dressé. Naïf, ce combat ?... riront sans doute les cyniques. Pourtant, pourtant, quand Patti crache finalement cette phrase superbe, ce défi fondamental : « Jesus died for somebody's sins... by NOT MINE! », comment ne pas la remercier de savoir, de vouloir aussi, nous rappeler encore et toujours notre devoir de liberté ?

A un moment de cette soirée réussie au-delà de toutes nos attentes, un spectateur a défié Patti : « Lis-nous de la poésie, Patti ! ». « Mais, c'est TOUT de la poésie, mec ! », a-t-elle rétorqué, du tac au tac. On ne saurait mieux dire.

 

La setlist du concert de Patti Smith :

People Have the Power (Dream of Life – 1988)

Ghost Dance (Easter – 1978)

Redondo Beach (Horses – 1975)

Are You Experienced? (The Jimi Hendrix Experience cover) (with riffs of “Manic Depression” and “Third Stone from the Sun”)

2019 08 27 Patti Smith Olympia (53)

My Blakean Year (Trampin’ – 2004)

Dancing Barefoot (Wave – 1979)

Beds Are Burning (Midnight Oil cover)

Beneath the Southern Cross (with instrumental of The Beatles' “Within You Without You”) (Gone Again – 1996)

I'm Free (The Rolling Stones cover) (Lenny Kaye vocal, with 2 verses of Lou Reed's "Walk On The Wild Side" - Tony Shanahan vocal.)

After the Gold Rush (Neil Young cover)

Pissing in a River (Radio Ethiopia – 1976)

Free Money (Horses – 1975)

Because the Night (Easter – 1978)

Encore:

Land (Horses – 1975)

Gloria (Them cover) (Horses – 1975)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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10 juillet 2020

Foals / Deerhunter / The Murder Capital / Two Door Cinéma Club - Dimanche 25 Août 2019 - Rock en Seine (Parc de St Cloud)

2019 08 23 RES J3 Parc St Cloud Billet

Ce dimanche après-midi, alors qu’une nouvelle vague de chaleur s’est abattue sur Paris, c’est aux Français de Cannibale qu’on a demandé de relever le défi d’animer la Grande Scène en tout début d’après-midi, à 14h30 : le seul public massé devant la scène est constitué de fans de Two Door Cinema Club qui veulent être assurés d’une place au premier rang, et les trente degrés sont allègrement dépassés. Heureusement les quadras de Cannibale ont de la bouteille, et aussi du talent, et ils vont batailler ferme pendant trois quarts d’heure. Leur musique ? Eh bien disons, que, un peu dans la lignée de Fat White Family, voici une musique dansante, basée sur des grooves efficaces, qui va néanmoins chercher des ambiances lyriques, cinématographiques, presque, un peu partout autour du monde. Des Antilles aux Balkans, en passant par l’Afrique, il y a de quoi nourrir ces titres enthousiastes, portés par un leader qui ne ménage pas sa peine et impressionne même parfois par sa conviction. Malheureusement, la mission est quasi impossible, et Cannibale peinera à éveiller plus que de la sympathie et quelques trémoussements de postérieurs. On a envie de les revoir dans des circonstances un peu plus favorables.

2019 08 25 Two Door Cinema Club RES J3 Parc St Cloud (2)

16h00 : Two Door Cinema Club, on s’était quittés un peu fâchés après leur passage très moyen au Casino de Paris en février 2017, mais l’énergie et la créativité de leur dernier album, False Alarm, au son synthétique très eighties, nous avait redonné espoir. Eh bien, on avait raison d’y croire, car nos Irlandais pop nous ont offert l’un de leurs meilleurs concerts depuis longtemps. La scène est décorée façon high tech, et Alex Trimble se pointe même malgré la chaleur en polo à col roulé et en costar de polyester, comme dans les vidéos tongue-in-cheek, mi-ringardes, mi-futuristes, qui ont accompagné l’album. On ne peut s’empêcher de remarquer que les cheveux rasés lui vont beaucoup mieux que sa longue chevelure ringarde des années précédentes ! Sam et Kevin, ses deux acolytes, sont eux beaucoup plus relax, et avec l’aide des deux musiciens additionnels (batterie et claviers) rituels, lancent la machine avec Talk, qui a quand même plus une allure de morceau d’échauffement. Et en effet, on passe aux choses sérieuses avec un flashback forcement bienvenu : Undercover Martyn et I Can Talk ont tout d’une belle claque. Two Door Cinema Club balance ses classiques avec une élégance et une énergie qui nous avaient manqué lors de leurs précédents passages. Alex chante divinement, comme toujours, mais il a désormais une vraie aisance qui tranche avec sa timidité passée. Sur scène, tout le monde semble détendu, et on sait que ce genre de pop musique joyeuse, ça passe mieux dans une bonne ambiance. Dirty Air, sommet de False Alarm, confirme la force de son refrain enthousiasmant, et se passe très bien de l’intermède rappé de l’album. Même la soul plastique à la sous-Michael Jackson de Bad Decisions passe comme une lettre à la poste. Satellite évoque toujours furieusement la classe de Heaven 17 et permet à Alex de changer de registre vocal. Something Can Work nous rappelle combien Tourist History a été un bel album, mais c’est le magnifique final sur Sun, à proprement parler lumineux – sans mauvais jeu de mot – qui met tout le monde d’accord : Two Door Cinema Club est à nouveau un groupe qui compte, dans le club assez fermé des gens qui savent encore composer et jouer de la bonne pop musique comme on faisait au siècle dernier de l’autre côté de la Manche.

2019 08 25 The Murder Capital RES J3 Parc St Cloud (6)

17h50 : l’un des groupes les plus attendus du Festival, The Murder Capital, est confiné à la toute petite scène Firestone, mais est accueilli par un public très enthousiaste et motivé. Il faut dire que le buzz a été intense ces derniers mois à Paris, et que l’on attend de la part de ces Dublinois ni plus ni moins qu’ils soient les nouveaux Joy Division ! Un copain nous prévient, d’un air ravi : « On va enfin voir un VRAI concert… ». Le quintette est en effet séduisant, sapé façon prolos irlandais endimanchés, la clope au bec, et arborant les poses punks rituelles pleine de morgue joueuse. Le son des deux guitares décape bien les oreilles, et la basse, tenue par un Gabriel Paschal Blake qui s’avère un showman hors pair et qui est capable de mettre le feu au public en un clin d’œil, est renversante. Il n’y a guère que la voix de James McGovern qui n’est pas, au moins en live, tout-à-fait au niveau. Le set démarre de manière très impressionnante : ces jeunes types ont le style, mais aussi la rage qu’il faut pour ce genre de musique. Oui, on est impressionnés… Malheureusement, on se rend compte peu à peu que les chansons ne sont pas au rendez-vous : tout cela flotte beaucoup dans une sorte de no man’s land indécis, sauvé parfois par des accélérations ou des pics d’intensité, mais on a du mal à voir où ces jeunes gens veulent en venir. Après un Slow Dance interminable, malgré une conclusion électrique, la déception pointe son nez. Le set finira par deux brûlots, qui permettent au moshpit de s’embraser. James rejoint les danseurs, et tout le monde est bien content… Sauf que, quand même, voilà de la musique qui n’est pas au niveau des promesses de ce jeune groupe énergique. Peut-être bien un buzz qui ne durera pas, donc, construit qu’il a été sur des sets intenses, mais manquant de substance.

2019 08 25 Deerhunter RES J3 Parc St Cloud (14)

18h50 : On a traîné un peu pour récupérer la setlist de The Murder Capital, du coup on manque les dix premières minutes du concert de Deerhunter. Dommage, même si trouver une place à la barrière n’est pas trop difficile devant la Scène de la Cascade : Bradford Cox est très impressionnant avec un look féminin désormais totalement assumé : rouge à lèvres, ongles peints, bijoux, chemisier, pantalon et mocassins « pour femme », Bradford semble superbement à l’aise avec son image transgenre, et paraît même moins handicapé par sa maladie. Il chante formidablement bien, alternant numéros de charme souriants, et furie rock’n’roll. Si le dernier album, Why Hasn't Everything Already Disappeared?, nous avait plu mais un peu inquiété avec son insistance sur les claviers, Deerhunter continue sur scène à être un groupe avec des guitares qui font du bruit, et c’est très bien comme ça. Les nouvelles chansons sont clairement plus structurées, plus listener-friendly, que les anciennes (on sait que Bradley rêve d’un succès à la R.E.M. pour son groupe…), mais on voit bien que, au-delà des fans qui sont aux anges, le « grand public » ne suit pas forcément : pas mal de spectateurs quittent la fosse au fur et à mesure que le concert progresse. C’est peut-être logique, vu la singularité du groupe et de son leader, mais c’est dommage. Bradford Cox a pourtant construit une setlist qui fait la part belle à Halcyon Digest, l’album de Deerhunter qui s’est le mieux vendu en France, mais son concert sépare clairement les fans des autres… Cinq minutes avant l’horaire prévu, Bradford jette l’éponge (en fait, il laisse tomber son micro !) après un beau final bruitiste comme on aime. Il nous laisse tous, nous qui l’aimons, un peu orphelins. Espérons qu’on le reverra bientôt.

2019 08 25 Foals RES J3 Parc St Cloud (2)

21h00 : On a patienté une bonne heure et demie devant la Scène de la Cascade pour être sûrs d’être idéalement placés à la barrière pour profiter de Foals qui, n’en déplaise à une frange de rockers qui refuse obstinément d’accrocher à sa musique aussi dansante que furieuse, n’est pas loin de ce qui se fait de mieux scéniquement en 2019. C’est d’ailleurs un peu scandaleux d’avoir relégué un groupe aussi exceptionnel à la Cascade, mais faisons contre mauvaise fortune bon cœur : nous sommes dans des conditions idéales pour profiter d’un set qui va s’avérer tout simplement l’un des meilleurs que nous aurons jamais vus de ce groupe. C’est bien simple, Foals a absolument tout : des chansons accrocheuses qui font remuer les jambes mais aussi cogiter, des musiciens brillants, un leader charismatique qui est une redoutable bête de scène. Et en plus, aujourd’hui, Foals a LA RAGE. Dès l’intro incroyable sur On the Luna, et jusqu’au final traditionnellement math rock de Two Steps, Twice, avec son basculement final dans une hystérie irrépressible, Foals a volé ce soir à des hauteurs stratosphériques, bien au-dessus de tout ce qu’on peut entendre actuellement dans le Rock. Souvenons-nous que nous avons chanté en chœur de joie sur My Number, que le seul morceau qui nous a permis de reprendre un peu notre souffle (un « breather » a dit Yannis) a été le crescendo sublime de Spanish Sahara, et que la nouvelle chanson, Black Bull, extraite du nouvel album à venir, nous a semblé encore plus enragée que le reste !

2019 08 25 Foals RES J3 Parc St Cloud (11)

Bien sûr, Yannis Philippakis est limité dans ses acrobaties par la topographie d’un festival : pas possible de sauter du balcon, ni de passer son temps à surfer sur les bras tendus de ses fans. Il lui reste à venir régulièrement au contact du premier rang, et à nous haranguer pour que nous ne retombions pas en dehors de l’atmosphère de délire extatique qu’il a su créer dès les premières minutes. Oui, Yannis a clairement la rage, et son seul discours sera des plus clairs : « Fuck Brexit ! Fuck Brexit (oui, deux fois) ! Fuck Johnson, Fuck Trump, Fuck Bolsonaro, Fuck Putin ! ». Autour de nous, nous voyons surtout des jeunes, qui sont dans la folie complète et dans le plaisir total, et ça, c’est rassurant : même si l’on sait bien que la Musique ne change pas le monde – ou du moins pas aussi vite qu’on le voudrait -, exprimer une telle colère et un tel enthousiasme en dansant, c’est forcément quelque chose de positif. De révolutionnaire, même...

Il y avait beaucoup de monde devant la Scène de la Cascade, pour célébrer Foals, l’un des groupes les plus importants de notre génération. Mais il en faudrait encore beaucoup plus. Rock en Seine 2019 aura en tous cas permis la réalisation d’un second petit miracle, après les rires de Robert Smith vendredi soir, la colère homérique de Yannis Philippakis. Et ce ne sont pas là des petits plaisirs…

 

2019 08 25 Two Door Cinema Club RES J3 Parc St Cloud (23)

La setlist du concert de Two Door Cinema Club :

Talk (False Alarm – 2019)

Undercover Martyn (Tourist History – 2010)

I Can Talk (Tourist History – 2010)

Are We Ready? (Wreck) (Game Show – 2016)

What You Know (Tourist History – 2010)

Changing of the Seasons (Changing of the Seasons EP – 2013)

Dirty Air (False Alarm – 2019)

Bad Decisions (Game Show – 2016)

Satellite (False Alarm – 2019)

Something Good Can Work (Tourist History – 2010)

Sun (Beacon – 2012)

 

2019 08 25 The Murder Capital RES J3 Parc St Cloud (42)

Les musiciens de The Murder Capital sur scène :

James McGovern – vocals

Damien Tuit – guitars

Cathal Roper – guitars

Gabriel Paschal Blake – bass

Diarmuid Brennan – drums

 

La setlist du concert de The Murder Capital :

For Everything (When I Have Fears – 2019)

More Is Less (When I Have Fears – 2019)

Love, Love, Love (When I Have Fears – 2019)

Slow Dance I (When I Have Fears – 2019)

Slow Dance II (When I Have Fears – 2019)

On Twisted Ground (When I Have Fears – 2019)

Green & Blue (When I Have Fears – 2019)

Don't Cling To Life (When I Have Fears – 2019)

Feeling Fades (When I Have Fears – 2019)

 

2019 08 25 Deerhunter RES J3 Parc St Cloud (24)

La setlist du concert de Deerhunter :

Death in Midsummer (Why Hasn’t Everything Already Disappeared? – 2019)

No One's Sleeping (Why Hasn’t Everything Already Disappeared? – 2019)

Helicopter (Halcyon Digest - 2010)

Revival (Halcyon Digest - 2010)

Desire Lines (Halcyon Digest - 2010)

Take Care (Fading Frontier – 2015)

Futurism (Why Hasn’t Everything Already Disappeared? – 2019)

Plains (Why Hasn’t Everything Already Disappeared? – 2019)

Coronado (Halcyon Digest - 2010)

He Would Have Laughed (Halcyon Digest - 2010)

 

2019 08 25 Foals RES J3 Parc St Cloud (1)

La setlist du concert de Foals :

On the Luna (Everything Not Saved Will Be Lost: Part 1 – 2019)

Mountain at My Gates (What Went Down – 2015)

Olympic Airways (Antidotes – 2008)

My Number (Holy Fire – 2013)

Providence (Holy Fire – 2013)

Spanish Sahara (Total Life Forever – 2010)

Exits (Everything Not Saved Will Be Lost: Part 1 – 2019)

Inhaler (Holy Fire – 2013)

Black Bull (new song)

What Went Down (What Went Down – 2015)

Two Steps, Twice (Antidotes – 2008)

Cette chronique a déjà été publiée à l'époque du concert sur les blogs manitasdeplata.net et benzinemag.net

05 juillet 2020

The Cure / Jeanne Added / Balthazar - Vendredi 23 Août 2019 - Rock en Seine (Parc de St Cloud)

2019 08 23 RES J1 Parc St Cloud Billet

Ce vendredi de Rock en Seine est attendu comme le messie par les dizaines de milliers de fans français de Robert Smith, puisque Rock en Seine redore son blason bien terni par la programmation de 2018. « Seul concert en France de The Cure » : ça a de l'allure, quand même ! Résultat : dès 15 heures, les places du premier rang à la Grande Scène sont chères... surtout à gauche, en face de la future position de ce cher Robert. Placés sur la droite, nous prenons notre mal en patience dans la chaleur de ce retour impromptu de l'été, et tentons de prendre plaisir aux coups de soleil qui s'annoncent.

2019 08 23 Balthazar RES J1 Parc St Cloud (1)

17h05 : Balthazar n'est vraiment pas un groupe de scène. Après leur concert en demi-teinte au Casino de Paris en mars dernier, leur molle prestation sur la Grande Scène en ouverture du premier jour de Rock en Seine 2019 n'est pas fait pour nous rassurer. Une intro catastrophique avec un Blood Like Wine ahurissant de platitude, avant de rentrer dans le vif du sujet - l'album “Fever”, qui est une véritable merveille - et de ne rien réussir à en faire d'intéressant. Bon, le soleil tape fort, il fait très chaud, et l'ambiance n'est évidemment que peu appropriée à cette musique sensuelle, nocturne... mais cela ne saurait constituer une excuse pour mettre aussi peu d'âme et de générosité dans son live. Les musiciens s'énervent un peu devant l'apathie du public, mais honnêtement, à qui s'en prendre ? Avoir recours aux gimmicks habituels - on tape dans les mains, on descend dans la foule, on lance un intermède percussions... - ne change rien à l'affaire : Grapefruit, formidable chanson, n'est que l'ombre d'elle-même, Changes ne réussit pas à allumer la mèche, il faut attendre l'évidence de Fever pour qu'il se passe enfin un peu quelque chose, un peu d'électricité, de tension, qui malheureusement se dilue au fur et à mesure que le morceau s'étire. On finit par Entertainment, un vrai rock rappelant Manchester et la musique "baggy", et on espère d'un coup qu'au moins ce dernier morceau nous laisse sur une bonne impression. Mais rien à faire : le groupe salue, remercie. Il ne s'est absolument rien passé pendant les dernières 55 minutes.

2019 08 23 Jeanne Added RES J1 Parc St Cloud (4)

19h45 : Après le pétard mouillé de Balthazar, il ne faut que quelques minutes à notre grande (et toute petite) Jeanne Added nationale pour nous redonner le goût de la musique. Comme elle l'avait promis, Jeanne a amené avec elle un groupe choral, Accentus, qui ajoute encore de l'ampleur et de la profondeur aux chansons déjà très lyriques de notre Rémoise préférée. L'introduction de son set de 1h05 est très impressionnante, et avec Remake, sur lequelle elle enchaîne un Radiate bouleversant, un déluge d'émotion déferle sur le public. C'est beau, c'est grand, ça fait du bien. Mutate est le tube qu'il faut ensuite pour nous ramener sur terre. Les morceaux dance sont combattifs - finalement Jeanne bouge plus comme une boxeuse qu'une danseuse, et c'est très bien comme ça... Un Back du Summer décharné et réinventé, un bel intermède (Look at Them) a capella avec Accentus, une version impressionnante de A War is Coming, qu'on aimerait voir durer plus longtemps, une mise en musique d'un poème de John Donne (Song 1-2), etc. etc. Imaginative, variée, oscillant entre splendeur émotionnelle et beats agressifs, revisitée avec intelligence, la musique de Jeanne Added n'a jamais paru meilleure que ce soir. Le public est conquis, le contrat est rempli : nous avons une grande chanteuse en France.

2019 08 23 The Cure RES J1 Parc St Cloud (1)

21h00 : les clochettes de Plainsong annoncent l'arrivée de The Cure, apportant enfin la délivrance à la frustration perceptible dans la foule massée devant la grande scène. Il est évidemment rare que Rock en Seine soit le théâtre d'une telle vénération populaire - le concours de t-shirts vintage de The Cure en témoigne -, et le niveau d'attente du public est stratosphérique. Celui de Robert également, allons-nous découvrir : tandis que le groupe a déjà attaqué le morceau, Robert prend son temps, nous observe depuis l'obscurité, arborant un grand sourire mais les yeux remplis d'inquiétude… Qu'attend-il ? Qu'espère-t-il de ce public français qui l'a toujours vénéré ? Plainsong donne le ton : mélancolie, angoisse, vertige existentiel, le Cure éternel. La voix de Robert, d'abord incertaine, se positionne comme toujours au point exact de convergence entre douleur et innocence. Love Song, bouleversant, presque sublime, confirme que le groupe de 2019 n'est pas un cover band de luxe qui joue les grands succès d'un Cure qui n'existerait plus : Intensité, intégrité, intransigeance, tout y est ce soir !

L'incroyable version de Burn qui suit confirme l'excellence de la formation autour de Robert : l'éternel ami bondissant Simon Gallup à la basse (qui peut faire le show à lui tout seul avec son improbable coupe de douilles et son jean en pièces), Reeves Gabrels dont la guitare volcanique s'est intégrée idéalement dans le son de The Cure, Jason Cooper qui m’a paru ce soir préférer swinguer plutôt que marteler ses fûts (…à moins qu’il ne se soit agi là de l’un des effets positifs d’un son particulièrement clair et équilibré !), ce qui fait régulièrement la différence par rapport à des formations antérieures, et Roger O’Donnell (qui faisait déjà partie du groupe en 1987, rappelons-le, et est revenu il y a déjà presque une décennie…) qui s'amuse comme un petit fou derrière ses claviers. Surtout, surtout, on réalise que ces gens-là, alors qu'ils jouent l'une des musiques les plus tristes qui soient, ont un vrai plaisir à jouer ensemble, et ça, ça change tout.

2019 08 23 The Cure RES J1 Parc St Cloud (17)

Robert enchaîne une version très dure de Fascination Street, mais, paradoxalement, semble enfin (après une petite heure de set, mais on a envie de dire après quarante ans de carrière…) se lâcher, plaisanter, rire même ! On n’en croit pas nos yeux ! Never Enough, avec la participation active du public aux chœurs est sans doute LE moment où l’euphorie prend la main sur la soirée, et la transforme en une magnifique oasis de bonheur partagé. Ce soir, le public, souvent venu de loin et qui n’a rien à voir avec celui habituel de ce festival souvent un peu trop élégant et distant, est parfait, portant attention à chacun des morceaux, chantant quasiment toutes les chansons. Le groupe est, on l’a déjà dit, parfait, s’appropriant les morceaux et les portant parfois dans des directions inattendues (The Forest, un peu plus tard, semblera presque tout neuf !). La mise en scène lumineuse et les projections en fond de scène sont régulièrement étourdissantes de splendeur, et les conditions pratiques du set parfaites aussi, avec une douce température nocturne créant une bienheureuse atmosphère de vacances. Que demander de plus ? Un Robert Smith “in love with us” ? Eh bien, nous allons l’avoir aussi…

From the Edge of the Deep Green Sea est un autre passage incroyablement intense d'une setlist qui tourne beaucoup autour de l’album “Disintegration” (sept morceaux en seront joués), mais n’ignorera pas des titres moins connus du plantureux répertoire du groupe. Play for Today marque le retour en force du public, qui impose ses chœurs sur un morceau qui constituera l’un des plus grands crowd-pleasers de la setlist de ce soir ! La dernière ligne droite mise de nouveau sur les ambiances extrêmes, durcies par un groupe qui ne fait pas de concessions, culminant sur une très belle version du formidable Shake Dog Shake, avant la lente redescente vers les enfers de la dépression de Disintegration.

2019 08 23 The Cure RES J1 Parc St Cloud (25)

Les enfers de la dépression ? Pas sur scène en tout cas, Robert Smith étant de plus en plus hilare et expansif, s’épanchant au micro sur son français qui n’est plus de ce qu’il était, et faisant des blaques : « si vous ne comprenez pas ce que je viens de dire, qui était du français, c’est que vous n’êtes pas Français ! ». Tu parles, Charles !

Retour ensuite pour un rappel de 30 minutes entièrement consacré à des tubes pop, offerts dans des versions à la fois rock et fantaisistes, et se terminant sur le rituel Boys Don’t Cry. Honnêtement, rien de mémorable musicalement dans cette toute dernière partie d’un set de deux heures vingt au total, donc un peu court par rapport aux standards du groupe, mais l’intérêt de cette dernière partie était ailleurs : dans l’attitude de Robert Smith, qui est venu à plusieurs reprises quasiment au contact de son public, sur l’avancée de la scène et sur les estrades latérales. L’avoir – pour la première fois après tant de shows au fil des années où il semblait surtout retranché dans sa douleur et sa tristesse – comme ça à quelques mètres devant nous, grimaçant des sourires timides en regardant enfin en face l’amour que son public lui offre, a été une expérience incroyable… Et, si l’on nous permet une pointe d’irrespect, légèrement traumatisante : car ce gros nounours, aux yeux embués par l’émotion, avait aussi conservé – heureusement – quelque chose d’effrayant, comme l’un de ces monstres trop humains sortis de l’imaginaire de Tim Burton.

Conclusion de la bouche de Robert Smith lui-même après s’être frotté ainsi à son public : « C’était un cauchemar, mais je suis incroyablement heureux !.

Voilà, c’était VENDREDI, et nous étions à nouveau AMOUREUX.

 

2019 08 23 Balthazar RES J1 Parc St Cloud (38)

La setlist du concert de Balthazar :

Blood Like Wine (Applause – 2010)

Wrong Faces (Fever – 2019)

Wrong Vibration (Fever – 2019)

Bunker (Thin Walls – 2015)

Grapefruit (Fever – 2019)

I'm Never Gonna Let You Down Again (Fever – 2019)

Changes (Fever – 2019)

Fever (Fever – 2019)

Entertainment (Thin Walls – 2015)

 

2019 08 23 Jeanne Added RES J1 Parc St Cloud (34)

La setlist du concert de Jeanne Added :

Intro (Chœur Accentus seul)

Remake (Radiate – 2018)

Radiate (Radiate – 2018)

It (Be Sensational – 2015)

Both Sides (Radiate – 2018)

Mutate (Radiate – 2018)

Back to Summer (Be Sensational – 2015)

Look at Them (a cappella, avec le Chœur Accentus) (Be Sensational – 2015)

A War Is Coming (Be Sensational – 2015)

Lydia (Be Sensational – 2015)

Song 1-2 (Radiate – 2018)

Before the Sun (Radiate – 2018)

Suddenly (Be Sensational – 2015)

 

2019 08 23 The Cure RES J1 Parc St Cloud (5)

Les musiciens de The Cure sur scène :

Robert Smith – lead vocals, guitar

Simon Gallup – bass guitar

Roger O'Donnell – keyboards

Jason Cooper – drums

Reeves Gabrels – guitar

 

La setlist du concert de The Cure :

Plainsong (Desintegration – 1989)

Pictures of You (Desintegration – 1989)

High (Wish – 1992)

A Night Like This (The Head on the Door – 1985)

Just One Kiss (Japanese Whispers – 1983)

Lovesong (Desintegration – 1989)

Last Dance (Desintegration – 1989)

Burn (Join the Dots – 2004)

Fascination Street (Desintegration – 1989)

Never Enough (Mixed Up – 1990)

Push (The Head on the Door – 1985)

In Between Days (The Head on the Door – 1985)

Just Like Heaven (Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me – 1987)

From the Edge of the Deep Green Sea (Wish – 1992)

Play for Today (Seventeen Seconds – 1980)

A Forest (Seventeen Seconds – 1980)

Primary (Faith - 1981)

Shake Dog Shake (The Top – 1984)

39 (Bloodflowers – 2000)

Disintegration (Desintegration – 1989)

Encore :

Lullaby (Desintegration – 1989)

The Caterpillar (The Top – 1984)

The Walk (Japanese Whispers – 1983)

Friday I'm in Love (Wish – 1992)

Close to Me (The Head on the Door – 1985)

Why Can't I Be You? (Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me – 1987)

Boys Don't Cry (Boys Don’t Cry – 1980)

Cette chronique a déjà été publiée à l'époque du concert sur les blogs manitasdeplata.net et benzinemag.net

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30 juin 2020

White Fence / Marietta - Mardi 6 Août 2019 - Petit Bain (Paris)

2019 08 06 White Fence Petit Bain Billet

Ce n'est pas forcément judicieux commercialement de programmer le passage d'un artiste pas excessivement connu comme Tim Presley à Paris, durant la première semaine du mois d'août... mais il ne nous viendrait pas à l'idée de nous plaindre de cette opportunité de voir quelqu'un d'aussi singulier... qui plus est dans le cadre délicieux du Petit Bain !

Curieusement ce soir, la scène du Petit Bain a été étendue, au détriment de l'espace dans la salle. Est-ce exceptionnel, du fait du nombre de musiciens prévus sur scène, ou bien serait-ce désormais là la nouvelle configuration de la salle ? 

2019 08 06 Marietta Petit Bain (26)

20h35 : Marietta, c'est en fait Guillaume Marietta tout seul avec sa guitare acoustique... sauf que c'est trompeur, car à l'aide d'un bel arsenal de pédales d'effets et aussi de musiques préenregistrées, il nous offre un set de près de 40 minutes plein d'électricité et aussi de surprises. Des chansons pas évidentes qui peuvent basculer dans le noise, des textes généralement en anglais mais aussi parfois en français, et même une lecture "édifiante" d'un extrait de ce qui semble un extrait de l'autobiographie de Michael Jordan (si, si !) glorifiant l'effort et l'atteinte de ses objectifs, avant un final bruitiste trop court. Guillaume a demandé qu'on monte le son, qu'on baisse les lumières, qu'on fasse plus de bruit, bref, Guillaume est bien sympathique. Une bonne première partie, un set intriguant…

2019 08 06 White Fence Petit Bain (2)

21h40 : Tim Presley, l’ex-punk Californien recyclé dans le psychédélisme lo-fi, très peu connu dans nos contrées, même s’il fait rappeler qu’il a fait brièvement partie de The Fall (eh oui !) et qu’il est un grand ami de Ty Segall, est entouré ce soir d’un nouveau groupe officiant sous le nom de scène de White Fence : cinq musiciens, dont deux guitaristes, un claviériste qui dégainera rapidement également sa six cordes (ce qui nous offrira des passages flamboyants à quatre, oui quatre guitares électriques !) et une blonde batteuse. Il arbore désormais un vague look de mod anglais de la fin des sixties, avec un mince trait de rouge à lèvres. On m’avait prévenu quant au manque de jovialité de l’animal, qui pouvait plomber ses sets, et je dois dire qu’on ressent immédiatement une certaine tension sur scène, comme si les musiciens étaient particulièrement vigilants quant aux réactions de leur boss à leur boulot ! Ceci s’explique sans doute aussi par le fait qu’il s’agit d’un début de tournée européenne pour un groupe a priori assez récemment constitué…

Tim attaque sans un sourire par l’enchaînement, dans l’ordre, des quatre premiers titres de son dernier album, le très bon “I Have to Feed Larry’s Hawk”, devant un Petit Bain ma foi fort honorablement rempli – et très enthousiaste – malgré mes craintes. Le son est excellent, un tantinet pas assez fort (mais c’est désormais semble-t-il la règle, législation oblige…), et Tim chante étonnamment mal… ce qui ne fait, paradoxalement, qu’ajouter un charme fou à ses chansons cabossées, en guenilles. Je dois avouer que, même si je l’espérais bien entendu, je suis estomaqué par la beauté tremblante qui se dégage de cette musique, qui reste donc infiniment touchante, même en dehors de l’intimité de l’artiste et appuyée par un groupe des plus compétent comme ce soir. La référence à la musique de Syd Barrett, inévitable sur les albums lo-fi, s’estompe dans ce contexte bien plus traditionnellement rock, mais pas l’extrême sensibilité de cette musique d’écorché vif.

2019 08 06 White Fence Petit Bain (12)

Plus le concert avance, plus on sent le groupe prendre de l’aisance, et on voit même l’ami Tim sourire doucement, de temps en temps. Until You Walk est une véritable petite merveille, les guitares bien en avant soutenant sans faille la mélodie comme toujours déconstruite de Tim… Une chose qui peut faire sourire, c’est qu’on ne peut jamais savoir quand une chanson est terminée ou non, tant les œuvres de Presley sont rebelles à la moindre structure traditionnelle, et semblent toujours un peu s’effilocher au fil du temps, pour mieux reprendre parfois, ou pour s’arrêter dans un vague sentiment d’insatisfaction, voire de gêne : faut-il applaudir ou pas ? Allons vexer le fragile artiste en l’acclamant trop tôt alors que la chanson n’est pas terminée ?

Tim nous avoue qu’il n’arrive pas à se souvenir de quand date son dernier passage à Paris, a priori il y a trois ou quatre ans au Point Ephémère, d’après des fans dans la salle. L’ambiance est désormais plus détendue, le public me semble dans sa large majorité apprécier (même si à la sortie, j’entendrai quelques commentaires désagréables et moqueurs sur « ce mec qui ne sait même pas chanter »…), et Tim se permet de louper deux fois le démarrage d’une chanson lancée par la batteuse, avant de planter complément l’intro du dernier titre, Forever Chained, sans pour cela en faire un drame.

2019 08 06 White Fence Petit Bain (51)

Comme nous insistons beaucoup après que le groupe ait quitté la scène, au bout de cinquante minutes seulement, et avec de sincères – semble-t-il – remerciements, Tim revient et nous explique qu’il n’ont rien répété d’autre qu’ils puissent jouer en cas de rappel. Bon, ils vont quand même nous bricoler quelque chose, et attendre ainsi gentiment la quasi heure de concert, ce qui était sans doute le mieux qu’on puisse attendre.

Il n’est pas certain que l’ineffable Tim ait gagné de nouveaux fans ce soir au Petit Bain, mais je pense pouvoir affirmer que tous ceux qui aiment déjà sa musique tellement particulière ont été comblés. Et pourquoi pas, la prochaine fois, un set en commun avec l’ami Ty ? So long, Tim !

 

La setlist du concert de White Fence :

I Have to Feed Larry's Hawk (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

Phone (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

Fog City (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

I Love You (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

Neighborhood Light (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

Until You Walk (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

Can You Blame

Solitude Cola

Run by the Same (Cyclops Reap – 2013)

Live on Genevieve (Cyclops Reap – 2013)

Clue

Lizards First (Family Perfume, Vol 2. – 2012)

Forever Chained (I Have to Feed Larry’s Hawk - 2019)

Encore:

(Unknown)(Michael Hurley on setlist)

Cette chronique a déjà été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs Manitasdeplata et Benzine Mag.

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25 juin 2020

Baby Shakes - Mardi 24 Juillet 2019 - Supersonic (Paris)

Un coup de nostalgie du CBGB de 1976, quand Blondie inventait le Power Pop pendant que les Ramones testaient leur fameuse formule qui allait exploser à la face du monde ? Ce soir au Supersonic, on vous consolera de ne pas y avoir été, ou peut-être d’être trop jeune pour y avoir été… avec les Baby Shakes, un quatuor de punk rock (majoritairement) féminin et new yorkais, qui opère parfaitement dans les règles de l'art...

2019 07 23 The Shazzams Supersonic (2)

Quand j'arrive au Supersonic, The Shazzams, groupe littéralement international vu les nationalités diverses des musiciens, a déjà commencé son set… ce qui est ma foi fort dommage pour moi, car sa musique me semble immédiatement accrocheuse ! Un chanteur - Justin Houser - aux allures de prédicateur de cinéma, un groupe pas tout jeune non plus, et qui joue une sorte de psychobilly - comme on disait à l'époque - sec, nerveux, près de l'os, avec des morceaux qui ont une vraie allure, des morceaux variés et même mélodiques quand il le faut... C’est là du bon rock, intelligent et honnête. Il manque peut-être un zeste d'agressivité ou de folie pour que The Shazzams passe au niveau supérieur, mais voilà en tout cas un très beau début de soirée. Justin nous souhaite bon courage avec la chaleur avant de quitter la scène, mais honnêtement avec la clim du Supersonic et une bière à la main, on est un peu au paradis ici…

2019 07 23 Allie Wilson Supersonic (7)

21h30 : Allie Wilson, c'est un duo français guitare-batterie qui enchaîne des morceaux frénétiques, très courts, dépassant rarement les 2 minutes, dans un esprit un peu punk hardcore pour le moins sympathique. Le batteur est déchainé et fait le spectacle à lui tout seul, tandis que le guitariste chante d'une voix fluette qui se pose joliment sur le tapis de notes émises par la guitare saturée… une voix qui manque quand même d'intérêt à la longue (enfin si j'ose dire...). Bon, les morceaux très, très courts, c'est à la fois sympa - pas le temps de se lasser - mais c'est aussi dur du coup de s'immerger dans la musique : on a un vague sentiment de superficialité, on ressent une bonne dose de frustration… mis à part lors du dernier morceau, le plus énervé et le plus consistant à la fois. 25 minutes plaisantes quand on aime - comme nous - le bruit et la vitesse, mais qu'on risque d'oublier très vite...

22h15 : Ce n'est pas être sexiste ni affreusement machiste, j'espère, que de constater que les trois Baby Shakes sont bien jolies dans leurs tenues pur Rock’n’Roll : chemisiers, jupes courtes, bas résilles et chaussures à talon. Frais, et classe. Derrière, le batteur gagne toute ma sympathie en arborant un t-shirt Undertones tout ce qu'il y a de vintage. Ce soir, nous sommes entre gens de bon goût.

2019 07 23 Baby Shakes Supersonic (70)

Ça démarre fort avec Do What you Want, le genre de chanson dont on est capable de chanter le refrain même si c’est la première fois qu’on l’entend : les deux guitares claquent et cisaillent, la basse swingue élégamment, et le batteur fait un travail de mineur de fond assez démentiel, il faut bien le dire. La voix est malheureusement un peu sous-mixée, ce qui nous prive partiellement du joli timbre acidulé de Mary, la souriante chanteuse. Certes, il n’y a aucune véritable surprise à attendre ce set intense, succession de chansons rapides, illuminées juste comme il faut de chœurs sucrés – soit une référence bien venue aux girls bands des sixties, encore une preuve d’excellent goût ! -, respectant donc à la lettre les canons du genre. La petite foule de spectatrices et spectateurs est conquise, très enthousiaste et « supportive », même si on aurait attendu un peu plus de mouvement, sur scène et dans la salle, pour accompagner une musique aussi gaie et efficace.

Dernière ligne droite impeccable au bout d'une demi-heure, avec un Nowhere Fast mémorable et un Stuck on Blue excellentissime pour conclure 40 minutes d'un set littéralement impeccable. Les filles prennent la pose pour le final à fond la caisse, même si les lumières chiches du Supersonic gâchent un peu l'immortalisation du concert. Un dernier grand sourire de Mary, et c'est fini.

Allez, une belle soirée rafraîchissante au cœur de la canicule parisienne. Nous avons pu rêver que nous étions dans le froid de l'hiver new yorkais, à l’époque où notre musique était encore tellement jeune et pleine d’enthousiasme…

 

2019 07 23 Baby Shakes Supersonic (90)

Les musiciens de Baby Shakes sur scène :

Mary Blount - lead vocals, rhythm guitar

Judy Lindsay - lead guitar, vocals

Claudia Gonzalez - bass, vocals

Ryan McHale – drums

 

La setlist du concert de Baby Shakes :

Do What You Want (Turn It Up – 2017)

All the Pretty Things (Starry Eyes – 2015)

Baby Blue (Turn It Up – 2017)

Tearin' Me Apart

Another Place (Turn It Up – 2017)

Cause a Scene

Just Another (The First One – 2008)

Heart of the City (Nick Lowe cover)

Summer Sun (Starry Eyes – 2015)

Angels

Modern Girl Renegade

Nowhere Fast

Turn it Up (Turn It Up – 2017)

Last Night (Turn It Up – 2017)

Stuck on Blue (Single – 2006)

Cette chronique a déjà été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs Manitasdeplata et Benzine Mag.

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