Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

01 septembre 2017

Pixies - Mercredi 23 Novembre 2016 - Zénith (Paris)

2016_11_23_Pixies_Zenith_Billet« Ce mercredi 23 novembre, nous avons assisté au Zénith à une sorte de renaissance : Pixies (ou les Pixies, comme on dit en France), ont napalmé la salle et son public extatique, (presque) comme ils l’avaient déjà fait en septembre 1990, lors d’une soirée qui avait traumatisé à l‘époque une partie des spectateurs présents… Et ça, vu que l’on parle DU groupe de Rock le plus important – et le plus brillant – du début de années 90, c’est quand même une excellente nouvelle, en cette époque où, entre le Brexit, Donald Trump et François Fillon, on a désespérément besoin de bonnes nouvelles.

Mais revenons un peu en arrière : il est 18 heures, j’arrive devant le Zénith alors qu’il y a moins de dix personnes dans la queue devant moi, les portes s’ouvrent immédiatement, et cinq minutes plus tard, je suis tranquillement installé à la barrière, entre les micros de Frank Black et de Joey Santiago, soit la place idéale pour profiter d’un concert des Pixies. Et c’est d’autant plus plaisant que je me trouve entre deux types passionnants, avec lesquels les conversations – sur The Cure, vu qu’ils en sont fans absolus –, ou sur Gorillaz, Ludwig von 88, les Ramoneurs de Menhirs, etc. égaieront l’heure et demi d’attente qui suivra. La salle se remplit très, très lentement, c’en est presque inquiétant (d’ailleurs il n’y aura pas encore grand monde à 19h30 pour la première partie !), et Mimie (Punk Chou de son nom de famille) nous rejoint devant sans difficulté. Bref, nous sommes de bonne humeur, et prêts à 100% !

2016_11_23_FEWS_Zenith__10_19h30 : ils s’appellent FEWS (WTF ?), ils se décrivent sur Facebook comme jouant du ”post-post-punk” et du ”motorik noise-pop”, quoi que ce soit que ça signifie, ils sont a priori Suédois mais basés à Londres… et ils ont de drôles de tronches, bien allumées (je pense surtout au clownesque chanteur – guitariste avec sa langue en coin et sa tête qui n’arrête pas d’osciller… freaky !). Musicalement, même si on craint beaucoup au démarrage parce que les basses sont trop fortes et les guitares inaudibles, c’est en fait une sorte de noise façon My Bloody Valentine débité sur un rythme accéléré – ferroviaire, dirait-on ! – et quand même relativement uniforme. Une uniformité entre les morceaux qui joue rapidement en défaveur de FEWS, malgré quelques belles montées d’intensité. Bref, ce n’est pas encore un groupe vraiment mémorable, mais c’est quand même une première partie des plus acceptables. Ah ! Et eux aussi jouent à peu près dans l’obscurité : on sent que c’est une mode qui revient fort, et j’ai une pensée amicale pour l’ami Robert en train de s’escrimer dans la fosse des photographes pour essayer d’en tirer quelque chose.

Installation rapide du matériel des Pixies, et à 20h30 précise, Frank Black, Joey Santiago, David Lovering et… Paz Lenchantin (désormais remplaçante officielle et permanente de Kim Deal) déboulent avec… Where is My Mind?... soit quand même un début furieusement culoté, puisqu’il y a sans doute une partie raisonnable du Zénith – désormais comble – qui est venue avant tout pour entendre le seul tube (à mèche longue, le tube) des Pixies !  Frank semble avoir repris un peu de poids, même s’il est élégamment vêtu de noir, et il a des petites lunettes qui lui confèrent un air docte : pour le moment, son chant est… normal, dirons-nous, on va devoir attendre un peu pour entendre les fameux cris de goret égorgé, alternant avec les rugissements de fauve extra-terrestre.

2016_11_23_Pixies_Zenith__22_Joey paraît parfaitement normal, presque classe, et il est assez difficile d’imaginer que notre ami sort juste d’une cure de désintoxication, dont l’annonce en septembre dernier avait – légitimement - inquiété les nombreux fans des Pixies. David est l’habituel ”pilier” derrière ses fûts, l’homme ordinaire qui ne sortira de sa réserve, comme d’habitude, que pour chanter le jovial La La Love You, principal (seul ?) moment de légèreté dans un set qui visera la majeure partie du temps à l’incandescence. Quant à la petite nouvelle, l’Argentine Paz, elle est clairement complètement à sa place dans le groupe, aussi bien musicalement – excellents vocaux décalés et un peu faux, comme on les attend – qu’humainement : il semble en effet régner sur scène une sorte d’harmonie entre les musiciens, voire une bonne humeur qu’on n’avait jamais constatée auparavant… Même s’il ne faut clairement toujours pas espérer beaucoup d’exubérance… ni même le moindre mot envers le public durant l’heure et quarante minutes du set !

2016 11 23 Pixies Zenith (8)Bon, alors, une fois Where Is My Mind?... derrière nous, on peut se consacrer aux choses sérieuses : Frank Black fait monter doucement la pression – voir la belle reprise ”classique” du Winterlong de Neil Young – mais on débouche quand même très vite l’enivrante fiole aux élixirs à fort degré d’alcool : « You are the son of a… MOTHER FUCKER ! », tout le monde se retrouve à hurler sur l’épique Nimrod’s Son, et c’est le signe que j’attendais, qu’on attendait depuis l’improbable reformation en 2004 : les Pixies sont de retour. La guitare de l’impeccable Joey Santiago nous cisaille les nerfs et nous taraude les tympans – oui, ce soir, le son était FORT quand on était au premier rang au Zénith -, et le gros Francis se remet à couiner au lieu de chanter. La pression dans mon dos augmente, là où quelques minutes plus tôt, on se plaignait presque d’être à un concert civilisé avec trop de vieux dans la salle. Car le fait d’être broyés contre la barrière par un public en furie, alors qu’on a la tête qui vibre et les oreilles qui vrombissent sous l’assaut sonique, c’est la vraie expérience Rock’n’Roll d’un set des Pixies, non ?

La setlist, forcément brillante, de près de quarante morceaux, enchaînés quasiment sans pause comme à la grande époque, jusqu’à l’épuisement sensoriel, est principalement centrée sur ”Doolittle” – joué en intégralité, me semble-t-il, y compris le merveilleux Tame avec cette hystérie qui fait basculer le morceau vers l’abandon total de toute raison -, et sur le dernier album, ”Head Carrier” fort honorable, avec de beaux moments pop (Oona, The Tenement Song) : il y a aussi, et heureusement, les inévitables brûlots des débuts, de ”Come On Pilgrim” et de ”Surfer Rosa”… Rien de ”Indie Cindy”, et peu de choses de ”Bossanova” et de ”Trompe le Monde”. Et pas de Planet of Sounds (pourquoi, mon dieu, pourquoi ? C’est mon morceau favori !), pas de Gigantic non plus, comme quoi la plaie Kim Deal n’est pas aussi refermée que Frank Black le prétend…

2016 11 23 Pixies Zenith (13)Le principe du set est un va et vient entre les pics furieux des morceaux les plus extrémistes (l’enchaînement de Crackity Jones, Baal’s Back, Tame et Hey par exemple ne laissera personne indemne…) et les vallées plus accueillantes des chansons mélodiques. Evidemment, pendant les moments d’intensité incontrôlable, la situation s’avère physiquement difficile : à un moment, j’ai cru voir Mimie verser une larme à ma droite, mais je me suis rendu compte que c’était de pure joie ! A ma gauche, mon voisin – armoire à glace - dégageait les envahisseurs, qui manifestaient des velléités de nous déloger de notre place privilégiée, en entamant un pogo brutal. Quant à moi, arrimé à la barrière, je me laissais complètement aller à savourer cette incroyable madeleine de Proust au piment rouge et à la tequila : les Pixies étaient à nouveau là… certes moins absurdement méchants, moins radicaux, mais quand même toujours à l’avant-garde de l’extrémisme alternatif. (Bon comme les Pixies sont toujours les Pixies, ils arrivent toujours à faire des fausses notes, à jouer et à chanter approximativement, voire même à foirer complètement le début d’une chanson, comme lorsqu’ils abandonneront l’intro de Um Chaga Lagga… mais honnêtement, ça fait partie du deal, et je ne pense pas que ça pose un problème à qui que ce soit !).

Le set se clôt à 22h00 pile, par le doublé parfait de Debaser (« I am un chien andalou-cia… ») et U-Mass (« It’s educational », adlib…). Les oreilles sifflent, le bonheur brille dans les regards épuisés : Pixies !

Puis ils reviennent, très vite, pour Vamos et l’habituelle démonstration à la guitare de Joey Santiago (bon, il ne se roulera plus par terre…) : « Estaba pensando sobre viviendo con mi sister en New Jersey, Ella me dijo que es una vida buena alla, Bien rica, bien chevere, Y voy! Puñeta! ». Et comme c’est une manière trop festive de nous dire au revoir, ils préfèrent nous noyer dans la fumée et dans les lumières blanches pour une excellente version de grand, du très grand morceau abstrait qu’est Into the White, sur lequel Paz Lenchantin fait mieux qu’évoquer le spectre bizarre de Kim Deal : « Deeper than your sleepy head, ain’t nothing to see, ain’t nothing in sight, into the white! ».

2016 11 23 Pixies Zenith (51)Ça devrait être mon dernier concert de l’année 2016, et honnêtement, après la révolution Girl Band il y a seulement quelques jours, comment mieux finir une année aussi déprimante qu’en célébrant à nouveau l’extrémisme sonique des Pixies ?

”There was a guy,

An under water guy who controlled the sea,

Got killed by ten million pounds of sludge,

From New York and New Jersey (…)

The creature in the sky

Got sucked in a hole,

Now there's a hole in the sky (…)

If man is five, if man is five, if man is five,

Then the devil is six, then the devil is six,

The devil is six, the devil is six and if the devil is six,

Then God is seven, then God is seven, the God is seven:

This monkey's gone to Heaven”

 

Et je dédie cette soirée aux climato-sceptiques, aux ultra-libéraux et aux curaillons de tous bords. Fuck Trump and fuck Fillon ! »

 

2016 11 23 Pixies Zenith (90)Les musiciens de Pixies sur scène :

Black Francis – vocals, rhythm guitar

David Lovering – drums

Joey Santiago – lead guitar

Paz Lenchantin – bass guitar, vocals

 

La setlist du concert de Pixies :

Where Is My Mind? (Surfer Rosa - 1988)

Brick Is Red (Surfer Rosa - 1988)

Break My Body (Surfer Rosa - 1988)

Nimrod's Son (Come On Pilgrim – 1987)

Mr. Grieves (Doolittle - 1989)

Blown Away (Bossanova – 1990)

Winterlong (Neil Young cover)

La La Love You (Doolittle - 1989)

Ana (Bossanova – 1990)

All the Saints (Head Carrier - 2016)

Here Comes Your Man (Doolittle - 1989)

Gouge Away (Doolittle - 1989)

Bel Esprit (Head Carrier - 2016)

2016 11 23 Pixies Zenith (95)Tenement Song (Head Carrier - 2016)

Isla de Encanta (Come On Pilgrim – 1987)

I've Been Tired (Come On Pilgrim – 1987)

Oona (Head Carrier - 2016)

Monkey Gone to Heaven (Doolittle - 1989)

All I Think About Now (Head Carrier - 2016)

Caribou (Come On Pilgrim – 1987)

Subbacultcha (Trompe le Monde – 1991)

Wave of Mutilation (Doolittle - 1989)

Rock Music (Bossanova – 1990)

Crackity Jones (Doolittle - 1989)

Baal's Back (Head Carrier - 2016)

Tame (Doolittle - 1989)

Hey (Doolittle - 1989)

Classic Masher (Head Carrier - 2016)

Cactus (Surfer Rosa - 1988)

No. 13 Baby (Doolittle - 1989)

Um Chagga Lagga (Head Carrier - 2016) (Intro only; aborted)

Something Against You (Surfer Rosa - 1988)

Broken Face (Surfer Rosa - 1988)

Debaser (Doolittle - 1989)

U-Mass (Trompe le Monde – 1991)

Encore:

Vamos (Surfer Rosa - 1988)

Into the White (Complete ‘B’ sides – 2001)

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21 août 2017

Girl Band / Preoccupations - Samedi 19 Novembre 2016 - Trabendo (Paris)

2016 11 19 Preoccupations Girl Band Trabendo Billet« Ce soir, ce n'est pas pareil. Qu'hier, mais aussi que la plupart des autres soirs. Car ce soir il y a, à nouveau, du DESIR. Ce foutu désir qui a fini par s'émousser depuis 1974, depuis la première fois, à 17 ans. Au fil de plus de 40 ans de nuits éphémères qui se sont malgré tout muées en routine. Car la vie est chienne, qui use ce qu'on aime le plus : avec l'âge, quelque chose se perd, la peau se fait plus épaisse, le cœur bat moins vite, le plaisir est moins fort. Et surtout le désir moins pressant...

... mais ce soir, je vais voir Girl Band, LE groupe qui m'a tétanisé un soir sur You Tube alors que je cherchais l'inspiration, fatigué de ne pas trouver assez de Musique dans la musique que j'écoutais. L'ami Robert avait mis plusieurs "cœurs" à propos d'un concert de Girl Band sur son web site, ce qui ne lui arrive plus très souvent non plus... alors je me suis dit que je tenais sûrement quelque chose de "spécial". Et pour être spécial, Girl Band s'est avéré spécial : pas vraiment descriptible non plus. Une sorte d'excroissance post punk et indus conduite par un front man en pleines convulsions, tout frais sorti (?) de l'asile psychiatrique. Un choc. Et enfin, enfin, de la Musique (m majuscule, là…). Qui fait vibrer, qui fait mal. Qui fait peur. Qui ouvre des portes. Des gouffres sous les pieds aussi.

2016 11 19 Froth Trabendo (3)Bref, ce soir, au Trabendo, c'est important... même si Girl Band est couplé avec Preoccupations, un groupe que l’on qualifiera de "cold wave" brutal, très sympa, mais qui ne joue quand même pas dans la même ligue.

Premier rang bien sûr, un peu sur la droite pour survivre à l’assaut des pogoteurs, de bonnes discussions avec l'ami Robert et l'un de ses potes, photographe, avec lequel on compare nos parcours. Le temps des bilans, putain, le temps des bilans est arrivé.

20h : Froth en apéritif, pour nous mettre en appétit. Inconnu au bataillon. Des Américains, menés par un chanteur visiblement d'origine asiatique - pas si courant que ça, en fait, dans le Rock, c'est bizarre, non ? - et assez féminin. Il chante très mal, mais "plays a mean guitar" (comme écrivait encore il y a peu Leonard...). Sa musique ressemble un peu à du Cure, en moins pop, en moins noir, en plus rapide : le bassiste de Froth ne paye pas de mine mais est impressionnant. En fait je ne sais pas pourquoi ça m'évoque Cure - parce qu'on vient d'en parler ? - parce que ça pourrait être aussi la guitare de Dinosaur Jr. Mais en moins noisy. Assez de comparaisons. Froth, ce sera 30 minutes vraiment très agréables, voilà tout. Un bon apéritif.

2016 11 19 Girl Band Trabendo (57)20h55 : Installation rapide et déjà joliment bruyante du matériel, et les lumières s'éteignent. Je le signale parce qu'en fait, elles vont rester éteintes pendant tout le set de Girl Band. C'est pour dire qu'on n'est pas là pour les photos (... même Robert !). Heureusement qu'on a pu bien voir les musiciens pendant le changement de matériel ! Surtout Dara Kiely, joli garçon blond et déjà un peu empâté, vêtu d'un t-shirt informe sur lequel il va tirer nerveusement pendant tout le set, les yeux un peu dans le vague. Et ça commence par le "meilleur morceau", le plus facile en tous cas, leur reprise insensée de Why they Hide their Bodies under my Garage.  Presque une dizaine de minutes de pilonnage impitoyable par la batterie – Adam Faulkner, le batteur de Girl Band est incroyable, surhumain : c'est dit et je ne le répéterai pas. Sur lequel Dara psalmodie d'un air hébété la fameuse phrase du titre, avant d’entrer en épilepsie et de basculer dans l'hystérie. Et nous avec. Et le mosh pit, sauvage ce soir, comme prévu (mais ça restera bon enfant, curieusement...). Mon voisin de droite, que je ne connais pas, me regarde et fait : "Wow !". Oui, Wow. Rien à ajouter, pal !

A partir de là, les choses vont devenir nettement moins confortables, bien entendu, car la notion même de confort est étrangère à l’esprit de Dara Kiely et de Girl Band : une succession impitoyable de morceaux fragmentés, incompréhensibles, sur lesquels il est impossible de danser mais tout-à-fait indiqué de se jeter en hurlant, la bave aux lèvres, sur les gens autour de vous, ce que va s’employer à faire une bonne partie du public du Trabendo. Kiely hurle de manière continue sur des explosions imprévisibles de guitares grinçantes et de percussions (au sens du mode "percussion" sur votre perceuse à béton), tandis que devant moi, sur la droite, dans le noir, le bassiste frotte inlassablement ses cordes pour reproduire le bruit d’une tronçonneuse bloquée dans l’arbre qu’elle tente de couper. Le genre.

2016 11 19 Girl Band Trabendo (59)Girl Band nous emmène là où peu de groupes ont su nous emmener avant eux (on avait pu espérer ce genre de trip aux débuts de Nine Inch Nails, mais il restait encore trop de calcul, trop de sens du spectacle, trop de complaisance dans le gore, trop "d’américanisme" pour pouvoir faire ça). L’impression de distance un peu frustrante de l’album a disparu, remplacée par une sauvagerie "in your fuckin’ face" qui vrille la tête. La tête, oui, car Girl Band fait de la musique "intello", finalement plus proche de celle de Captain Beefheart ou de The Fall que des habituels punks que nous chérissons. L’orgasme convulsif, qui est l’essence même, l’aboutissement de la montée en puissance de Why They Hide…, est interdit sur la plupart des morceaux de Girl Band, toujours trop concassés, trop libres, trop abstraits, ou simplement trop courts : comme lorsque Dara annonce le dernier morceau, au bout de seulement cinquante minutes… C’est The Cha Cha Cha (je crois), un brûlot punk qui ravit tout le monde, mais s’interrompt au bout de… quarante secondes.

Voilà, c’est fini. Ce sera sans doute le concert de l’année pour moi. Robert me dit, délicieusement blasé, « c’était pas le meilleur concert de Girl Band, mais c’était un BON concert ! ». Tu parles, Charles !

Je n’ai franchement pas envie de rester écouter quoi que ce soit… après ça, car je ne crois pas que quiconque sur terre aujourd’hui puisse jouer après Girl Band, mais je vais le faire quand même… Même si Robert me confie que Preoccupations sont régulièrement chiants en live, qu’ils ont tendance à ronronner… J'aurai bien besoin d'une bière moi, après de telles émotions fortes... Malheureusement, et même si Robert me garde ma place au premier rang, je ne suis pas le seul à avoir cette idée et le bar du Trabendo ressemble à une foire d'empoigne pour le moins décourageante. Tant pis, j'affronterai les préoccupations la gorge sèche !

22h10, il est vraiment très tard quand Matt Flegel et Preoccupations investissent la scène : soit le set sera très court, soit on n'est pas couchés ! Cette fois on a droit à la fumée, merci mes amis Canadiens ! Comme il n'y a que de faibles lumières blanches qui éclairent le dos des musiciens et avec la fumée en plus, ce ne sera pas mieux pour les photos que l'obscurité quasi totale de Girl Band : je range très vite mon Lumix pendant que Robert s'affaire courageusement pour saisir les quelques fractions de secondes où le visage de Matt au centre, ou celui de Daniel Christiansen, le guitariste juste devant nous, sont un peu éclairés... Le set commence, comme le second album du groupe, par Anxiety... sauf qu'on n'entend quasiment pas la voix. Un problème récurrent au Trabendo, je sais, mais qui ne sera pas vraiment résolu au long des soixante-dix minutes du set.

2016 11 19 Preoccupations Trabendo (34)… Rapidement, je comprends pourquoi Robert parle de ronronnement à propos de Preoccupations : même si des morceaux plus rapides, plus agressifs, sans doute extraits de "Vietcong", le premier album que je ne connais pas, viennent relancer l'intérêt, j'ai l'impression qu'une sorte d'engourdissement me gagne. Le manque de forces des compositions, leur uniformité est encore plus critique en live - surtout sans la voix de Matt, me direz-vous... Et les musiciens ont beau jouer dur et fort, on a du mal à accrocher. Rien à regarder non plus dans l'obscurité, Matt manquant clairement de charisme et les autres musiciens étant surtout concentrés sur leur instrument. Dans la fosse, je constate paradoxalement que le pogo est devenu général, même sur les morceaux les plus lents et les plus lourds : oserais-je l'hypothèse sacrilège que les gens ont décidé, tant qu'à faire, de s'amuser entre eux, et de profiter des rythmiques post punks plombées pour organiser une grande party au milieu du Trabendo ? En tout cas, ça marche et l'ambiance est bonne ! Plus on se rapproche de la fin du set, plus Preoccupations resserre les boulons, et augmente la pression, ce qui fait que, insensiblement, je rentre à nouveau dans la musique et je me laisse ballotter par la furie sonore du groupe. Death, le dernier titre, s'éternisera un peu trop avec un faux final à rallonge qui permet quand même d'apprécier une belle démonstration de Mike Wallace, le batteur - jeune éphèbe blond peu vêtu qui cogne comme un sourd - qui nous défonce les esgourdes pour le même prix. Le set se clôt donc mieux qu'espéré, et me laissera un souvenir agréable, même si, il n'y a pas d'illusion à se faire, il était impossible d'enchaîner décemment après "l'expérience Girl Band"...

Il est 23h30, je sors du Trabendo un peu désorienté. Ce n'est pas tous les jours qu'on se prend une bonne claque derrière la nuque, suivi d'un uppercut au menton, et quelques bons coups de pieds dans le ventre. Et qu'on en redemande encore, ensuite.

Ce soir, j'ai vu le futur du Rock'n'Roll, et il faisait peur. Tant mieux ! »

 

Les musiciens de Preoccupations sur scène :

Matt Flegel – vocals, bass

Scott Munro – guitar, synth

Daniel Christiansen – guitar, synth

Mike Wallace – drums

 

La setlist du concert de Preoccupations :

Anxiety (Preoccupations – 2016)

Silhouettes (Viet Cong – 2015)

March of Progress (Viet Cong – 2015)

Select Your Drone (Cassette EP – 2014)

Continental Shelf (Viet Cong – 2015) 

Memory (Preoccupations – 2016)

Degraded (Preoccupations – 2016)

Monotony (Preoccupations – 2016)

Zodiac (Preoccupations – 2016)

Stimulation (Preoccupations – 2016)

Death (Viet Cong – 2015)

Chronique déjà partiellement publiée sur mon blog www.manitasdeplata.net.

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20 août 2017

Palace / A Giant Dog / Goat Girl - Vendredi 18 Novembre 2016 - La Boule Noire (Paris)

2016 11 18 Inrocks Boule Noire Billet« Petite soirée libre un peu inattendue, les filles ayant décidé de descendre un jour plus tôt en Bourgogne : quoi de mieux pour tuer le temps que de passer au Festival des Inrocks, que je ne fréquente plus depuis des années - changement de programmation oblige... ? La Boule Noire, sorte d’annexe de la Cigale, offre ce soir un assortiment a priori sympathique de jeunes groupes plus ou moins débutants... et il reste encore des places. Parfait !

19h30, on n'est pas plus d'une dizaine à rentrer dans cette petite salle adorable que se révèle être la Boule Noire (oui, incroyable, mais c’est mon premier concert en ce lieu pourtant mythique…), ce n'était pas la peine que je vienne si tôt attendre dans le froid. Je patiente confortablement assis en bouquinant, c'est dire que pour la tension "rock", il faudra attendre un autre soir. L'ami Robert se pointe pour photographier Goat Girl, avant de repartir vers d’autres aventures au Petit Bain.

2016 11 18 Goat Girl Boule Noire (22)20h10 les quatre Anglaises de Goat Girl sont jeunes et jolies, mais démarrent mal la soirée :  l'une trébuche en entrant sur scène, l'autre voit sa bière éclabousser partout quand elle l’ouvre. « Loseuses… » murmure Robert… ! Bon, trêve de mauvais esprit, Goat Girl joue un rock un peu garage mais léger, des morceaux courts et assez accrocheurs, sur lesquels la chanteuse pose une voix atone, voire morne qui lasse quand même rapidement : car quand même, être déjà fatiguée de la vie quand on est aussi jeune... Oui, de la vie, il n’y en a guère là-dedans : pas de plaisir visible de jouer, pas de communication avec le public... La comparaison avec Courtney Barnett est compréhensible (le style vocal, slacker et arrogant), mais Goat Girl manque vraiment trop d'énergie. Et c'est dommage car on perçoit un beau potentiel dans les chansons intrigantes, assez originales, surtout quand, occasionnellement, la musique accélère, ou que monte un peu l'intensité... pour retomber aussi tôt ! 25 minutes seulement, et les filles quittent la scène, après un dernier morceau qui s'est aussi achevé trop vite alors qu'il pouvait... mais non ! Pourquoi tant de fatigue, aussi peu d'énergie de la part de jeunes femmes clairement aussi douées ? Un mystère...

2016 11 18 A Giant Dog Boule Noire (33)21 h 00 : On change complètement de registre avec les Texans (d'Austin) de A Giant Dog, combo "punk" (à l'américaine...), avec chanteuse peu vêtue, mais en rouge, et – bizarrement – « encapuchonnée ». (D’ailleurs, quand elle présente le groupe, Sabrina Ellis nous annonce que la traduction de A Giant Dog en français serait « le petit chaperon rouge… » !). Une musique énergique - propulsée par un batteur impressionnant, qui soulèvera l'enthousiasme (démesuré) de deux allumés déjà bien alcoolisés dans la salle - qui se rapproche quand même un peu trop (à mon goût) du hard emphatique mais amusant d'un Meat Loaf - en accéléré, quand même - ou disons, pour être plus gentil avec eux, des Dictators de la grande époque. Sérieusement, ce qui est quand même intéressant avec A Giant Dog, c’est l’espèce de déséquilibre qui se crée entre une musique roborative, qui flirte par instants avec le Glam, et une sorte de mal être, de désespoir ironique qu’on sent chez Sabrina… Bon, le haut fait du set, ce sera malheureusement quand même quand Sabrina est allée vomir un bon coup sur le côté de la scène, avant de reprendre le set comme si de rien n'était ! Original ! Plus sérieusement, A Giant Dog a monté en flèche sur l'échelle de ma sympathie avec une reprise métallisée du génial Angst in my Pants de Sparks : bon, j'étais sans doute le seul à la Boule Noire à connaître, mais j'ai eu mes cinq minutes de bonheur. 35 minutes en comptant un rappel brutal, pas forcément prévu, pour répondre à l'enthousiasme (raisonnable) de la salle. En partant, la chanteuse demande si quelqu'un dans la salle veut être son ami : pour cela il suffit de partager avec elle sa marijuana. Nous voilà prévenus.

2016 11 18 Palace Boule Noire (19)Bon, j'attends quand même quelque chose d'un autre niveau avec Palace (rien à voir avec Will Oldham...), dont le premier album, « So Long Forever », m’a semblé avoir de jolis airs de Foals, sans la folie, un peu trop bien léché sans doute... 22h10 : quatre musiciens à l'air plutôt calme entrent sur scène, devant un public toujours très clairsemé, et attaquent une intro assez alléchante : Leo Wyndham a une vraiment belle voix, presque une GRANDE voix, qui évoque quand même plus Bono avec ses intonations lyriques pour stades que Yannis Philippakis. Il y a aussi un peu de bruit qui va bien à la guitare… Bref, ce n’est pas mal du tout... Sauf que la tendance on va dire lénifiante de Palace va se confirmer au fil de morceaux tous un peu similaires, tous plutôt jolis mais aussi tous trop longs et rapidement lassants. Il me faut vite l'avouer : en l'absence de mélodies vraiment attrayantes et surtout d'intensité, cette musique ronronne littéralement. D’ailleurs des commentaires ironiques et désobligeants s’élèvent de la frange la plus remuante du public… Palace est un bon groupe, qui joue avec une assurance et une maîtrise qu’on n’attend pas d’un groupe débutant, mais sa musique ne présente pas un intérêt foudroyant, une fois qu'on en a compris la teneur, soit une atmosphère bluesy, vaguement américaine, de bon goût, avec de temps en temps un peu de cavalcades (pas trop enlevées) vaguement gaéliques. Les musiciens eux-mêmes ont l'air de se faire poliment suer, je trouve : ils ne font pas trop d'efforts pour animer leur set, ce qui est quand même un comble quand on démarre une carrière, et qu'on devrait être prêt à tout pour convaincre le public... Au bout d'une quarantaine de minutes, ayant terminé leur set list, ils se barrent avec quelques mots sympathiques (« Vous étiez super, on a été très content de jouer ici, bla bla bla… ») qui sonnent faux. Il n'est pas encore 23 h, mais nous n'aurons pas droit à un rappel. Est-ce nous que ne le méritons pas (il y avait pourtant quelques fans enthousiastes au premier rang...) ? Ou bien est-ce Palace qui fait de la musique comme d'autres vont au bureau ?

Finalement cette soirée impromptue s'est révélée fort décevante, comme si le but de la soirée avait été de nous montrer trois manières pour le Rock de mourir (lui qui n'est déjà pas très en forme...) : d'arrogance, de manque d'originalité et de manque de passion. Triste bilan. Heureusement, demain sera un autre jour... »

 

Les musiciens de Palace sur scène :

Leo Wyndham – voice, guitar

Rupert Turner

Will Dorey

Matt Hodges

 

La setlist du concert de Palace :

Intro

Head Above the Water (Chase the Light EP – 2015) 

I Want What You Got (Lost in the Night EP – 2014)

Kiloran (Chase the Light EP – 2015)

Have Faith (So Long Forever – 2016)

Break the Silence (So Long Forever – 2016)    

So Long Forever (So Long Forever – 2016)

Holy Smoke (So Long Forever – 2016)

It's Over (So Long Forever – 2016)

Bitter (So Long Forever – 2016)

Cette chronique a été initialement publiée sur mon blog www.manitasdeplata.net

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19 août 2017

Sting - Samedi 12 Novembre 2016 - Bataclan (Paris)

2016 11 12 Sting Bataclan Billet« Un an déjà depuis l’horreur du Bataclan, et même si nous n’en sommes pas remis, voici le temps des anniversaires et des hommages officiels. Le Bataclan – annoncé comme complètement réformé – rouvre ses portes ce samedi 12 novembre, la veille donc de la date anniversaire du massacre, avec, surprise… Sting ! Une drôle d’idée quand même, tant il aurait été plus pertinent de convier un artiste ou un groupe plus contemporain, mais bon, Sting ce sera… Nous avons décidé Inés et moi d’y être, pour rendre notre hommage à nous et pour « fêter la vie », et j’ai réussi à décrocher un billet malgré la rapidité de leur vente sur le Net quelques jours plus tôt.

Le temps en ce samedi est triste comme seul Novembre sait l’être à Paris, et Inés s’est dévouée cette fois pour aller faire la queue afin d’essayer d’arracher une place pas trop loin de la scène (ce sera chose faite, nous arriverons à nous placer près du centre, au troisième rang environ, ce qui nous offrira une vue très correcte sur Sting et ses musiciens…).

Quand j’arrive Boulevard Voltaire vers les 19h30, le quartier est entièrement bouclé par la police, armée jusqu’aux dents, et seuls les spectateurs et les journalistes (bien sûr…) peuvent pénétrer dans le labyrinthe de barrières métalliques qui mène à la salle. Sur le trottoir d’en face, des dizaines de curieux sont massés, observant… quoi, au juste ? La façade repeinte en blanc de la salle martyr ? Les forces de police ? Les « privilégiés » que nous sommes après avoir déboursés 50 Euros, qui seront heureusement reversés en grande partie à l’association des familles des victimes ? La quelque centaine de mètres avant l’entrée de la salle se fait entre une haie de micros et caméras, chacun pouvant avoir sa minute de célébrité… Je fais l’impasse, pressé de rejoindre Inés.

Quand j’entre dans la salle, c’est le choc : contrairement à ce qui avait été annoncé, à moins que j’aie mal compris, c’est exactement le même Bataclan qui s’ouvre devant moi : mêmes couleurs noir et rouge, mêmes fresques sur les murs, même disposition des lieux… Tout a évidemment été repeint, refait, nettoyé (le parquet a été visiblement complètement remplacé, mais j’évite de penser à quoi il pouvait ressembler après le carnage…)… je suis quand même un peu choqué… Bon, peut-être est-ce mieux ainsi, je ne suis pas sûr, j’aurai besoin d’y repenser à tête reposée.

Une chose qui n’a pas changé, et ça, c’est quand même bizarre (on imagine que les propriétaires de la salle ont touché un bon paquet des assurances…), c’est la chaleur rapidement infernale qui règne : comment a-t-on pu « refaire » la salle sans régler son principal problème technique ? Mystère… Bon, nous prenons notre mal en patience au milieu d’un public qui n’est clairement pas le public « rock » qui aurait dû être là pour rendre hommage aux victimes, mais le public parisien âgé et aisé qu’on pouvait évidemment attendre vu l’affiche. Pire encore, l’arrivée des inévitables politiciens au balcon (je ne saurai dire qui était là, vu que je ne connais pas leurs têtes, mais j’ai entendu circuler le nom de Valérie Pécresse…) déclenche des rafales de téléphones portables. Un peu écœurant…

2016 11 12 Sting Bataclan (13)21h05 : le concert commence, Sting entre sur scène, avec son allure juvénile, qui a visiblement bénéficié d’un bon travail de chirurgie esthétique. Il s’adresse à nous en un français impeccable (même si je le soupçonne d’avoir devant lui un prompteur que je ne peux voir) et nous annonce que nous avons deux missions ce soir : célébrer nos amis victimes de la barbarie et faire la fête. On commence par une minute de silence, puis Sting s’empare de sa guitare acoustique et nous offre une belle version de Fragile, rehaussée par une trompette bien placée. Beau début de set, mon niveau d’attente remonte…

… pour s’effondrer immédiatement : une affreuse version du jadis sublime Message in a Bottle (malgré l’enthousiasme du public en pleine nostalgie) prouve que les affreux tâcherons qui l’accompagnent (les Miller père et fils, deux guitaristes très laids, qui n’ont visiblement rien appris de l’évolution de la musique ces trente dernières années…) sont absolument incapables de même évoquer la subtilité et la force de The Police. Consternant ! Et ce d’autant plus que j’aurais quand même moi aussi vraiment envie de réécouter ces grandes chansons lumineuses… Consternant, mais pas autant que ce qui va suivre : un interminable tunnel de 6 chanson fades, ennuyeuses, hideuses, extraites du dernier album de Sting, qui vient de sortir. Affreux, tout simplement : aussi loin de la Musique (la vraie) que l’on puisse jamais aller, ni mélodies, ni émotions, le vide abyssal. Quand je repense au set merveilleux que Okkervil River a offert à Paris voici moins d’une semaine, je me sens complètement incrédule devant l’allégresse (forcée ?) du public autour de nous ; ces gens ont-ils perdu à ce point la notion de ce qu’est la musique ?

Bon, heureusement, cette visite guidée des ruines de « 57th & 9th » a une fin, et on embraye avec un retour à des chansons plus décentes, même si, une fois encore, l’interprétation les plombe complètement. Driven to Tears est insignifiante, Englishman in New York – sans doute la meilleure chose que Sting ait écrit en solo, simplissime mais efficace – offre l’occasion du sing along que tout le monde attendait (« Be yourself, no matter what they say… »). Puis Sting attaque une chanson en arabe, ce qui est certes digne, mais a aussi des connotations politiquement correctes que je trouve personnellement un peu gênantes… mais qui se révèlera le point le plus élevé du set : Desert Rose nous aura permis d’avoir ce soir une petite poignée de minutes de musique. Every Breath You Take conclut le set sur la note de nostalgie attendue, encore une immense chanson jouée par des tâcherons qui me rappellent les groupes de bal de mon adolescence.

2016 11 12 Sting Bataclan (39)Les rappels – eh oui, il y en aura, Sting jouera une heure et demi, soit une durée à peu près normale, et non la seule heure annoncée le matin même par les medias – enfonceront logiquement le clou du contresens absolu en massacrant le répertoire de The Police de toutes les manières imaginables. Sting exhibe même Henri Padovani (que les années ont autrement plus marqué…) sur un Next To You qui donne envie de redevenir punk pour faire cesser tout cela. Puis, c’est un final en solo, The Empty Chair, assez absurdement dédié dans le contexte de ce soir à un journaliste américain exécuté par les islamistes : je ne sais pas, mais cela ne me semblait pas le moment de tout mettre dans le même sac, pas la peine de voler aux familles des victimes leur douleur en leur demandant de la partager avec d’autres.

C’est fini, mais pas notre calvaire puisque quelqu’un a eu l’idée brillante de terminer la soirée sur une musique déliquescente au piano, histoire de bien encourager la tristesse que tout le monde ressent ou est tenu de ressentir… Derrière nous, quelqu’un pleure d’un vrai désespoir, sans doute un rescapé ou un parent, mais nous ne pouvons que nous sentir salis quelque part par la fausseté de cet hommage convenu, trivial, auquel nous avons assisté ce soir. Je repense aux verres de vin rouge échangés avec Richard Hawley peu de temps après le 13 novembre 2015 et son « Vive la France » simple et vibrant : combien cela sonnait-il plus juste que cette réouverture officielle de ce soir !

Le pire est qu’il faut encore quitter la salle, harcelés sous la pluie par les caméras qui filment la foule, épiant les larmes, par les micros qui nous demandent « alors, c’était comment… ? ».

Consternant, voilà comment c’était… »

 

Les musiciens de Sting sur scène :

Sting - vocals, bass, guitar

Dominic Miller – guitar

Rufus Miller - guitar

Vinnie Colauita – drums

+ Ibrahim Maalouf -trumpet

+ Maël Guezel - percussions

 

2016 11 12 Sting Bataclan (100)La setlist du concert de Sting :

Fragile (with Ibrahim Maalouf) (preceded by one minute of silence) (… Nothing but the Sun – 1987)

Message in a Bottle (The Police – Reggata de Blanc - 1979)

I Can't Stop Thinking About You (57th & 9th – 2016)

One Fine Day (57th & 9th – 2016)

Fifty Thousand (57th & 9th – 2016)

Inshallah (with Ibrahim Maalouf) (57th & 9th – 2016)

Petrol Head (57th & 9th – 2016)

Down, Down, Down (57th & 9th – 2016)

Driven to Tears (The Police – Zenyatta Mondatta - 1980)

Englishman in New York (… Nothing but the Sun – 1987)

Desert Rose (with Ibrahim Maalouf) (Brand New Day – 1999)

Every Breath You Take (The Police – Synchronicity - 1983)

Encore:

So Lonely ((The Police – Outlandos d’Amour - 1978)

Walking on the Moon (The Police – Reggata de Blanc - 1979)

Roxanne ((The Police – Outlandos d’Amour - 1978) / Ain't No Sunshine (Bill Withers cover)

Encore 2:

Next to You (The Police – Outlandos d’Amour - 1978) (with Henri Padovani )

The Empty Chair (57th & 9th – 2016)

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18 août 2017

Okkervil River - Lundi 7 Novembre 2016 - Petit Bain (Paris)

2016 11 07 Okkervil River Petit Bain Billet« Ah, Okkervil River ! Un groupe très peu connu en France, inhabituel, voire hors du commun, que j’ai découvert voici quelques années déjà grâce aux copains, et que je suis fidèlement depuis. Je me souviens en particulier d’un concert incandescent à Madrid, qui avait jeté une lumière différente sur les chansons, très littéraires, de Will Sheff, l’âme du groupe. C’est d’ailleurs ce que j’attends ce soir, le dernier album, “Away”, enregistré par Will avec un groupe entièrement renouvelé, étant un peu moins convaincant que les précédents. On verra bien si la vieille magie peut renaître…

2016 11 07 Old Mountain Station Petit Bain (3)Bien qu'arrivé un peu tard au Petit Bain du fait d'un retour tardif d'Avignon (ah, le boulot !), j'arrive sans problème à me placer au premier rang, le public se tenant curieusement à une certaine distance de la scène pendant le set de la première partie. Jamais vu ça, d'autant que les Parisiens de Old Mountain Station ne paraissent quand même pas bien méchants, et ne jouent pas particulièrement fort. J'ai loupé à peu près la moitié de leur set, mais ils me semblent faire justement un rock américain lyrique, bien dans le style Okkervil River dont ils se déclarent très fans. C'est plutôt pas mal, sauf au niveau du chant, assez approximatif. Du coup, difficile de percevoir un réel potentiel malgré deux dernières chansons emportées et accrocheuses...

L’inquiétude me gagne quand je ne vois personne s’affairer autour du matériel d’Okkervil River, installé mais recouvert de bâches en plastique : aurons-nous droit à une « seconde première partie » ? Eh oui, et en plus c’est un set acoustique en solo qu’on nous inflige, soit quelque chose assez proche du cauchemar pour moi. L’auteur compositeur est anglais, se nomme L.A. Salami (hein ? En fait, il semble s’appeler vraiment Lookman Adekunle Salami !), est assez sympathique et

2016 11 07 LA Salami Petit Bain (4)drôle (humour anglais oblige…), et a une voix superbe. Malheureusement, les compositions, monocordes et peu inspirées, ne suivent pas ! Nous aurons droit à quatre looooongs morceaux (sept à huit minutes chacun) traitant systématiquement des misères de l’existence. D’ailleurs il nous avait prévenu : « Cette chanson était déprimante, la prochaine aussi, bref vous aurez compris l’ambiance du set… ». Il y a certes quelque chose de très beau dans ce folk très low key, très posé, équidistant entre Nick Drake et Cohen, avec de temps à autre, des tonalités bluesy… mais vraiment, l’inspiration fait défaut ! Ce qui fait que les 30 minutes qui lui sont allouées paraissent assez interminables. Une déception…

La scène est maintenant étonnamment décorée en paysage d’automne : la toile de fond reprend la pochette de l’album, avec sa myriade d’oiseaux tourbillonnants au milieu de forêts automnales, et autour de chaque pied de micro est enroulée une guirlande feuilles orangées. Ça pourrait être kitsch, mais curieusement, ça ne l’est pas… Il est déjà 21h55 quand Will Sheff et son nouvel Okkervil River pénètrent sur scène, et je suis un peu inquiet : le couvre-feu à Paris étant généralement fixé à 23 h, j’ai bien peur que nous n’ayons droit qu’à un concert réduit. Will, les cheveux et la barbe plus longues, mais toujours vêtu assez classiquement d’une chemise blanche et d’un pantalon de ville, attaque avec le fameux titre d’ouverture de son dernier album, audacieusement intitulé Okkervil River R.I.P., et qui ressemble en effet plus à un titre solo acoustique qu’à un vrai morceau du groupe. Sauf que, sur scène, le morceau décolle avec les interventions subtiles mais décisives de la contrebasse, de la guitare et de la batterie…

2016 11 07 Okkervil River Petit Bain (19)Il va quand même nous falloir attendre la reprise de Unless It’s Kicks – grand titre du génial album “The Stage Names” - pour que le nouvel Okkervil River déploie toute sa puissance. Les premiers cris de joie s’élèvent de la petite foule massée sur le pont du Petit Bain, un pont qui tanguera ce soir assez fortement d’ailleurs, en parfaite adéquation avec la musique de funambule extatique de Will Sheff. Je commence à pressentir qu’après un démarrage un peu en demi-teinte, quelque chose de grand va advenir ce soir.

Et c’est avec A Girl in Port, l’un des morceaux préférés de tous les fans d’Okkervil River, que le concert passe à la vitesse supérieure. La guitare est sublime, la section rythmique impressionnante de souplesse et de puissance : j’adore le petit bassiste qui n’arrête pas de tressauter, voire de pogoter même sur les morceaux calmes. Mais là, c’est un ouragan qui souffle, et tout le monde doit bien admettre que Will a eu raison de changer de groupe : alors que jadis, on trouvait souvent à redire à des orchestrations bancales et des musiciens un peu amateurs, on a maintenant un groupe de haut niveau sur scène, qui combine virtuosité impressionnante (de nombreuses interventions du guitariste provoqueront des cris d’enthousiasme parmi les fans massés derrière moi…) et fraîcheur décapante.

A partir de là, on va partir dans une succession de morceaux d’une intensité croissante, avec un plaisir de plus en plus fort pour nous : je regarde autour de moi, et parmi les gens qui ondulent ou sautent sur place, je vois beaucoup de visages rayonnants, les yeux fermés pour mieux absorber cette musique radieuse. Et les mimiques extatiques de Will Sheff, qu’il m’arrive parfois de juger épuisantes, trouvent désormais leur pleine justification. Je suis quant à moi juste en face de l’ampli de la guitare, et j’ai en plus la joie de profiter d’un son désormais très fort, qui contribue à l’extase générale. Down Down the Deep River, le grand titre jouissif de “Silver Gymnasium” voit Okkervil River accéder au podium convoité des grandes performances live, et For Real conclut le show dans une apothéose sonique et émotionnelle…

2016 11 07 Okkervil River Petit Bain (49)Vite, vite… Pas le temps de souffler, s’ils veulent jouer encore malgré les 23 h passées, Will et ses acolytes ne peuvent pas faire de break. The War Criminal Rises and Speaks commence par un Will perdu avec sa guitare acoustique dans la fosse au milieu du public ravi, et tandis que nous tournons le dos à la scène, les musiciens réapparaissent pour envoyer à nouveau du plomb. Will doit alors s’excuser de ne pas pouvoir jouer tous les morceaux prévus, vu l’heure, et il nous quittera dans un dernier déluge de musique.

A ce stade, alors qu’il est 23h20 et qu’il vaut mieux se dépêcher pour attraper les derniers bus et RERs, je dois dire que je suis soufflé par ce à quoi je viens d’assister. Musicalement au pinacle (tant techniquement qu’émotionnellement), Okkervil River a offert ce soir à tous ceux qui avaient encore foi en Will Sheff l’un de ces grands concerts mythiques dont on parlera longtemps. Oui, Okkervil River est immense, et même si je décide de faire l’impasse sur le stand de merchandising où Will lui-même vend ses t-shirts en devisant avec ses fans enamourés, j’ai le sentiment d’avoir le cœur plus grand ce soir. Rempli de musiques et de mots.

Ladies and Gentlemen, Okkervil River !! »

Les musiciens de Okkervil River sur scène :

Will Sheff: vocals, guitar

Will Graefe : guitar

Cully Symington : drums

Benjamin Lazar Davis : bass

Sarah Pedinotti : keyboards

 

2016 11 07 Okkervil River Petit Bain (77)La setlist du concert de Okkervil River :

Okkervil River R.I.P. (Away – 2016)

Call Yourself Renee (Away – 2016)

Plus Ones (The Stage Names – 2007)

The Industry (Away – 2016)

Unless it’s Kicks (The Stage Names – 2007)

Mary on a Wave (Away – 2016)

A Girl in Port (The Stage Names – 2007)

Judey on a Street (Away – 2016)

Our Life Is Not a Movie or Maybe (The Stage Names – 2007)

Down Down the Deep River (The Silver Gymnasium – 2013)

For Real (Black Sheep Boy – 2005)

Encore:

The War Criminal Rises and Speaks (Don't Fall in Love with Everyone You See – 2002)

So Come Back, I am Waiting (Black Sheep Boy – 2005)

 

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17 août 2017

Slaves - Mercredi 2 Novembre 2016 - Trabendo (Paris)

2016 11 02 Slaves Trabendo Billet« Bien agréable ma foi de retrouver le Trabendo, pour la première fois depuis... juin 2009 ! (Merde alors, tempus fugit !). Une excellente salle pour les "vrais" concerts de rock qui bougent et font du bruit. L'entrée a changé, elle se fait désormais via une passerelle qui surplombe le petit bâtiment rouge, mais sinon la géométrie un peu curieuse de la salle - avec la scène décalée sur la droite - est toujours la même. Ce soir, il y a une chose exceptionnelle ici, une barrière de sécurité pour éloigner le groupe des assauts du public que l'on a sans doute prévu très remuant. Pourtant, alors que la salle se remplit très, très doucement, je vois plutôt des jeunes femmes – public typique des concerts de rock anglais - et des vieux crabes comme moi, sans doute séduits par ce flash-back de l'épopée punk britonne circa 77 (nostalgie, nostalgie...). Je me poste quand même par prudence à l'extrême gauche, ce qui devrait me protéger un peu au cas où le moshpit soit particulièrement agressif ce soir...

2016 11 02 Life Trabendo (13)Slaves, c'est une découverte quand même assez tardive pour moi, mais leur premier album, "Are You Satisfied?", a été l'un des petits plaisirs roboratifs de ces derniers mois, avec des mélodies vigoureuses et un esprit punk anglais rafraîchissant. Le second album m'a paru toutefois moins inspiré : la vieille malédiction des seconds albums aurait donc encore frappé ?

20 h pile, ponctualité anglaise oblige. Life : ils sont de Hull, Yorkshire (une ville qui restera éternellement dans le cœur des vrais rockers pour avoir été le berceau des fantasbuleux Housemartins, rappelons-le aux amnésiques et aux incultes !), et ils jouent du punk rock, by the book. Avec beaucoup (trop) de self-consciousness pour qu'on prenne au sérieux leur (fausse) brutalité et leurs anathèmes contre l'Angleterre, "pays de merde". Bon, c'est loin d'être désagréable, c'est plutôt bien joué (est-ce une qualité, d'ailleurs ?), c'est même plaisant : les types en noir, les crachats, les poses "déstructurées", les pas de danse parodiques, les admonestations, tout ça. Ce n'est malheureusement pas si énergique que cela le voudrait, et surtout, surtout on ne croit pas une seconde à leur spontanéité, à leurs convictions. Je ne pense pas qu'ils iront trop loin, et qu'on dira un jour : "ah, Hull, la ville des Housemartins et de Life ! ". Non, non...

Il y a autre chose d’assez amusant ce soir, c’est qu’il y a une véritable foule de photographes qui se pressent entre la scène et la crash barrier : c’est la foire d’empoigne, et je sens l’ami Robert assez désabusé par rapport à cette situation… Sans parler du fait assez ridicule qu’on a l’impression pendant la première partie qu’il y avait plus de photographes que de spectateurs dans la salle ! Bon, quand arrive 21 heures, le Trabendo s’est quand même à peu près complètement rempli, et je suis satisfait de ma position dans mon coin gauche, juste devant les fûts de Isaac, qui sont placés au ras de la scène : je pense que je ne souffrirai pas trop de l’assaut des slammers !

2016 11 02 Slaves Trabendo (20)21 h 00 : Précédés par une introduction enregistrée qui me semble loucher du côté hip hop, le duo de Slaves entre sur la scène du Trabendo, et le public, désormais bien compact et bien remonté, explose de joie : Isaac martèle ses fûts avec une assurance martiale tout en vociférant dans son micro, tandis que Laurie balance la purée avec sa guitare punky bien lourde et bien distordue. Première réaction : bon dieu, ça fait du bien ! Le son est fort, mais pas excessivement, malheureusement… et surtout l’énergie est bien là ! Quelle différence avec le “punk rock by numbers” de Life ! Avec Slaves, on retrouve la bonne vieille urgence du discours militant de nos chers Clash, modernisé grâce à l’intégration de sonorités heavy metal et d’un phrasé rap… mais le fond du discours reste le même : l’appel à prendre son destin en main (“Take Control !”) dans un pays – l’Angleterre – ou le libéralisme sauvage datant de l’époque Thatchérienne continue à être la règle.

Au troisième morceau, Isaac est déjà torse nu, il faut dire qu’il se démène comme un forcené sur son kit, et que le rythme ne faiblit pas. Les exhortations à la révolte fusent, mais dans un esprit bon enfant, sans réelle agressivité, ce qui fait que les nombreux pogos qui font rage au centre de la fosse restent quand même assez civilisés : pas de déclenchement de vraie bagarre comme c’est souvent le cas dans ce genre de concerts, tandis que les slammers, échouant à franchir l’espace entre la barrière et la scène, ont tendance à tourner tranquillement en rond sans venir menacer nos crânes au premier rang. Il faut quand même attendre le grandiose Sockets, le morceau qui invoque le plus les mânes du Punk ’77, pour que la folie explose vraiment dans la salle. The Hunter est le sommet suivant, un morceau redoutable, un peu plus complexe que la moyenne, avant que Cold Hard Floor, sur lequel Isaac tient la basse et Laurie part en vrille sur sa guitare, vienne montrer que Slaves a aussi le potentiel d’évoluer au-delà de sa formule basique actuelle…

2016 11 02 Slaves Trabendo (21)L’irrésistible Cheer Up London, avec son refrain addictif et hilarant (« You’re dead, already dead ! », si, si !) met tout le monde en joie, avant qu’Isaac ne descende s’asseoir dans la fosse au milieu de ses fans, pour un unique moment de calme avant le déchainement final : Where’s your Car, Debbie ?, pour ceux qui savent, les fans de la première heure (je n’en suis pas, je l’avoue en toute humilité…) et surtout le magnifique Hey en conclusion hystérique, une grande chanson, qui permet – enfin – à Slaves de basculer dans le chaos. Trois minutes de bonheur punk, qui finalement engendrent un certain regret : ce set a été sans doute un peu trop maîtrisé pour son propre bien, Slaves ayant la capacité de retrouver la folie intégrale des grands groupes furieux du passé, mais reste un peu en deçà. A moins que ce ne soit ce concert particulier, excellent, qui a manqué d’un soupçon de déraison…

En tous cas, après un peu moins d’une heure de musique – mais c’est la règle quand on joue avec ce niveau d’intensité –, on ne peut que s’estimer satisfaits par Slaves. Espérons qu’ils résisteront à l’usure du succès et du temps, et qu’ils restent longtemps pour nous fournir notre dose régulière d’énergie et de colère ! »

 

Les musiciens de Life sur scène :

Mez – Vox

Loz – Bass

Mick – Guitar

Stew - Drums

 

2016 11 02 Life Trabendo (16)La setlist du concert de Life :

Sugar God

Go Go Go

Rare Boots

Euro Millions

Membership Man

Ba Ba Ba

In Your hands

Popular Music

 

Les musiciens de Slaves sur scène :

Laurie Vincent (guitar, bass, vocals)

Isaac Holman (drums, bass, vocals)

 

 

2016 11 02 Slaves Trabendo (104)La setlist du concert de Slaves :

Intro

How's Amelia? (Sugar Coated Bitter Truth EP – 2013)

Spit It Out (Take Control – 2016)

Gary (Skit) (Take Control – 2016)

Play Dead (Take Control – 2016)

Hypnotised (Are You Satisfied? – 2015)

Dave (Skit)

Despair and Traffic (Are You Satisfied? – 2015)

Rich Man (Take Control – 2016)

Sockets (Are You Satisfied? – 2015)

Lies (Take Control – 2016)

The Hunter (Are You Satisfied? – 2015)

STD's/PHD's (Take Control – 2016)

Take Control (Take Control – 2016)

Fuck The Hi-Hat (Take Control – 2016)

Cold Hard Floor (Take Control – 2016)

Cheer Up London (Are You Satisfied? – 2015)

Steer Clear (Take Control – 2016)

Where's Your Car Debbie? ("Where's Your Car Debbie?" single – 2014)

Hey (Are You Satisfied? – 2015)

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16 août 2017

P.J. Harvey - Vendredi 21 Octobre 2016 - Zénith (Paris)

2016 10 21 PJ Harvey Zenith Billet« Cela fait maintenant combien d'années que je suis P. J. Harvey ? Une grosse vingtaine ? Un peu plus ? Qui aurait cru en tout cas que la jeune femme en colère du rugueux "Dry" deviendrait une artiste d'une telle ampleur, continuant en 2016 à créer des musiques différentes, pertinentes, engagées dans tous les sens du terme ? Ce sera seulement la cinquième fois que je la vois sur scène, ce soir dans un Zénith... qui a peiné à se remplir : un choix de salle certainement un peu ambitieux pour quelqu'un d'aussi exigeant - donc clivant - que l'ex-sauvageonne du Dorset. Mais je compte bien en profiter !

Obligé d'acheter une place dans les gradins, la fosse étant sold out, je stresse un peu à l'entrée du Zénith... en tuant agréablement le temps en compagnie de l'ami Vincent avec lequel j'échange des propos un peu désabusés sur l'état actuel du Rock. Pas besoin de m'inquiéter en fait : personne, lors du contrôle pourtant sérieux à l'entrée (intérieure) de la salle ne se préoccupera de me voir filer vers le premier rang au lieu de remonter vers les gradins. Tant mieux : me voici idéalement placé, presque au centre. Une petite heure et demi d'attente avant P.J., puisque ce soir, alléluia ! Il n'y a pas de première partie...

2016 10 21 PJ Harvey Zenith (7)20h45 : 15 minutes de retard, ce n'est pas beaucoup, mais ça énerve bien le public quand même, tout le monde ayant reçu au moins deux e-mails au cours des derniers jours avertissant que P. J. Harvey serait sur scène à 20h30, qu'il ne fallait pas arriver en retard, bla bla bla... Heureusement, l'entrée en scène des musiciens, en file indienne et frappant sur des percussions ou soufflant dans des cuivres sur Chain of Keys, l'intro du dernier - et excellent - album de P. J., est plutôt spectaculaire... surtout quand on se rend compte que l'un des saxos qui se place dans le fond, devant les batteries, eh bien c'est P. J. ! Elle s'avance ensuite sur le devant de la scène, derrière l’un des micros qui est juste en face de moi (coooool !) pour attaquer le set. Bon, il faut tout de suite évacuer les choses qui risquent de fâcher : la tenue vestimentaire de P. J.... Imaginez un elfe - mais noir - tout droit sorti des rêves humides de Peter Jackson ayant trop abusé de l'hydromel, et vous êtes encore au-dessous de la bizarrerie du truc !  Les petites tresses fixées par des pinces feuillues sur le côté de la tête qui font des petites cornes, les longues manches qui tombent jusqu'au sol, les bottines à semelles compensées un peu "space", les jambes nues très haut (découvrant même à l'occasion un peu de la fesse...), tout cela fleure bon le délire sous acide : on est loin de la rockeuse austère des débuts ou même du look de panthère sexy qui immortalisa P. J. comme symbole de la femme moderne et dure. Je me demande même si ça n'est pas même un peu embarrassant, l'avancée de l'âge commençant à se noter. Et l'attitude scénique de P. J., tout au long du set, une sorte d'extase fascinée vaguement new age, avec des jeux de mains et poses pénétrées, n'arrange rien...

2016 10 21 PJ Harvey Zenith (41)Heureusement, ce mauvais karma est immédiatement balayé par la musique : quand les trois guitares attaquent l'intro cisaillée de The Ministry of Defence, c'est un frémissement intense de bonheur qui me parcourt l'échine - je ne dois pas être le seul : quelle puissance et quelle beauté dans ce début de concert ! Je m'accroche à la barrière pour profiter au mieux de ce qui s'annonce indiscutablement comme l'un des grands sets de la saison. Et les titres de "The Hope Six Demolition Project" défilent, magistraux (quel grand album !) et magistralement interprétés. Sur scène, pas moins de neuf musiciens - qui changent régulièrement d'instruments - et donc deux batteries, trois guitares (souvent), deux claviers et deux ou trois cuivres suivant les chansons : de quoi nous décoiffer avec un son aussi puissant que subtil (encore qu'un niveau sonore un peu plus élevé aurait été souhaitable, comme bien souvent malheureusement en nos contrées...). Il faut dire qu'il y a du beau monde sur scène : d'abord l'une de mes idoles personnelles, Mick Harvey, en congé des Bad Seeds de Nick Cave, faisant élégamment la gueule comme de coutume et brillant aux claviers, basse et backing vocals (avec l'âge, il a quelque chose d'un James Caan vieillissant, je trouve). Ensuite, l'étrange Alain Johannes qui a même apporté avec lui son habituelle guitare bricolée dans une caisse à savon. Enfin, le fidèle lieutenant de P. J., John Parish, que les années ont amaigri, mais qui reste incontournable à la guitare, et qui surveille du coin de l'œil sa princesse, avec un éclair d'inquiétude parfois dans le regard. Mais les autres musicos ne sont pas des manches non plus, croyez-moi ! En fait, c'est même l'excellence très contrôlée de la musique qui peut provoquer quelques réserves : tout est parfait, mais on aurait peut-être apprécié un peu de relâchement, voire un zeste de franche générosité pour pimenter ce concert excessivement dans la maîtrise.

Et ce d'autant qu'on est maintenant entrés dans le "ventre mou" du set, comme me le fera justement remarquer mon voisin, un New Yorkais profitant de son passage à Paris pour être là ce soir : les chansons de "Let England Shake" s'intègrent certes naturellement dans le contexte, mais la magie retombe un peu, le concert prenant alors un peu l'allure d'un vol en pilotage automatique. La concentration de P. J. sur son chant (magnifique) justifie sans doute son immobilité et l'absence de tout échange avec le public, mais tout cela semble de plus en plus froid. Heureusement, les deux titres les plus forts de "The Hope Six Demolition Project", The Wheel et The Ministry of Social Affairs avec ses solos de saxo stoogiens, nous réveillent. C'est alors que...

2016 10 21 PJ Harvey Zenith (87)... John Parish attaque le riff de 50 ft. Queenie, qui fait évidemment basculer le public du Zénith (moyenne d'âge 40 ans, je dirais à vue de nez, donc les débuts de P. J. furent leur initiation au rock dur) dans le bonheur. Même P. J. retrouve presque son sourire avec sa voix "normale", abandonnant pour quelques chansons son nouveau timbre vocal super haut. Trois minutes de bonheur intense, de grand frisson même, qui rappelle combien P. J. a été indispensable quand elle se construisait en héritière de la grande Patti Smith. On enchaîne avec deux joyaux de "To Bring You My Love", avant de revenir encore à "The Hope Six Demolition Project" : le superbe River Anacostia avec ses vocaux très Bad Seeds (justement), est une excellente conclusion à ce set, avec un adieu théâtral de la petite troupe et une sortie en file indienne. P. J. nous a enfin gratifié d'un vrai sourire, qu'on aura quand même attendu pendant 1h25.

Nous sommes prêts pour un bon rappel, avec quelques reprises bien sanglantes, mais P. J. ne nous accordera que deux titres, sans trop de conviction (bon, j'avoue que je n'aime pas trop l’album "Is This Desire"...). C'est dommage, on est passé tout près d'un vrai grand concert, mais P. J. n'était sans doute pas trop d'humeur ce soir (…même si j'ai apprécié que la présentation des musiciens soit faite en français : toujours une marque de respect pour le public, ça !).

Voilà, c’est fini, c’était donc la cinquième fois que je voyais P. J. Harvey sur scène, et les quelques réserves que j’ai émises plus haut n’empêchent un sentiment de plénitude et de force. Voilà près de 25 ans que P. J. tutoie les étoiles, et ça n’a pas l’air près de finir. A quand notre sixième rencontre ? »

 

2016 10 21 PJ Harvey Zenith (35)La setlist du concert de P. J. Harvey :

Chain of Keys (The Hope Six Demolition Project – 2016)

The Ministry of Defence (The Hope Six Demolition Project – 2016)

The Community of Hope (The Hope Six Demolition Project – 2016)

The Orange Monkey (The Hope Six Demolition Project – 2016)

A Line in the Sand (The Hope Six Demolition Project – 2016)

Let England Shake (Let England Shake – 2011)

The Words That Maketh Murder (Let England Shake – 2011)

The Glorious Land (Let England Shake – 2011)

Written on the Forehead (Let England Shake – 2011)

To Talk to You (White Chalk – 2007)

Dollar, Dollar (The Hope Six Demolition Project – 2016)

The Devil (White Chalk – 2007)

The Wheel (The Hope Six Demolition Project – 2016)

The Ministry of Social Affairs (The Hope Six Demolition Project – 2016)

50ft Queenie (Rid Of Me – 1993)

Down by the Water (To Bring You My Love – 1995)

To Bring You My Love (To Bring You My Love – 1995)

River Anacostia (The Hope Six Demolition Project – 2016)

Encore:

The River (Is This Desire? – 1998)

Is This Desire? (Is This Desire? – 1998)

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15 août 2017

Thee Oh Sees - Mercredi 14 Septembre 2016 - La Cigale (Paris)

2016 09 14 Thee Oh Sees Cigale Billet« Deux semaines seulement ce sont écoulées depuis Rock En Seine, ce qui fait que je n'ai pas vraiment une impression de "reprise" avec ce premier concert de la saison 16-17, mais je suis quand même ravi d'être là à la Cigale pour découvrir en live Thee Oh Sees, un groupe dont j'ai carrément manqué la montée en puissance. Thee Oh Sees, c'est aussi la première étape pour moi d'un retour volontaire vers des musiques plus extrêmes, que j'ai le sentiment d'avoir abandonnées ces dernières années, largement d'ailleurs pour des raisons de pacification familiale : il n'est pas si facile pour les autres de partager un appartement ou une voiture avec un fan de musiques bruyantes !

Ouverture des portes à 19h au lieu des 18h30 (hein ?) inscrites sur le billet, mais pas de problème, le soleil brille et la température avoisine encore les 30 degrés en ce chaud été indien que le réchauffement planétaire nous accorde : l'attente sur le trottoir du Boulevard Rochechouard a été plutôt plaisante.

2016 09 14 Magnetix Cigale (8)La Cigale se remplit doucement, d'un public plus jeune, plus hipster que les origines "garage" du groupe ne le laisseraient penser, comme me le fait remarquer l’ami Robert : deux leçons à en tirer, la vaste majorité des gens est venue pour délirer ce soir, et Thee Oh Sees monte en notoriété, ratissant plus large désormais.

19h45 : le duo français Magnetix assure la première partie dans un pur esprit "garage", justement. Agnès est derrière les fûts qu'elle martèle méthodiquement. Stéphane est à la guitare dont il tire les sons distordus qui vont bien (fuzz, reverb quand il faut, l'évangile du Garage Rock), et il chante aussi. Ça peut évoquer un instant les Cramps, mais sans l'outrance ni l'humour. Du coup, même si l'énergie est indéniable, comme les compositions sont peu différenciées, on se laisse rapidement distraire, puis sombrer dans un ennui poli en dodelinant de la tête. 30 minutes de garage "by the book", assez agréable, mais sans surprise... et donc sans grand intérêt.

La Cigale s'est presque complètement remplie pendant que les roadies installent les deux batteries de la nouvelle configuration de Thee Oh Sees, juste au bord de la scène : pas fun pour ceux qui sont au centre au premier rang ce soir ! J'ai bien fait de suivre le conseil avisé de Robert, qui recommandait de se placer sur la coursive - pour éviter d'asphyxier au milieu d'un mosh pit prévisible - et à gauche, John Dwyer étant confiné sur la droite de la scène dans un espace assez réduit devant ses impressionnants amplis.

2016 09 14 Thee Oh Sees Cigale (8)20h50 : alors, ces quatre roadies qui s'affairaient depuis une quinzaine de minutes à régler tout le matériel sur scène, c'était en fait le groupe ? La transition entre balance (le groupe est arrivé tard, leur camionnette s'arrêtant devant la Cigale en même temps que j'y arrivais moi-même...) et concert est ténue : une brève salutation de John Dwyer, et c'est parti ! D'ailleurs les mecs de la Cigale hésitent quelques instants à éteindre les lumières... Finalement, cette simplicité un peu punk sied bien à Thee Oh Sees, quatuor de rock psyché / garage brutal et emphatique, visiblement déterminé à donner un maximum à son public déchaîné... malgré la température ambiante élevée dans la Cigale, une fournaise, un sauna qui rappellera les pires (les meilleurs ?) moments du Bataclan...

Bon, la première chose qui accroche le regard de celui ou celle qui, comme moi, découvre Thee Oh Sees sur scène, c'est le physique étonnant de John Dwyer, une sorte de grand échalas noueux et musclé au visage cartoonesque, dont il accentue d'ailleurs l'étrangeté par des grimaces comiques : John a un jeu de scène bizarre, fait de poses exagérées et de grands pas écartés, les genoux bien haut. Il tient de plus sa guitare (un modèle très 80's, à la forme et la transparence post-moderne / has been) bien remontée au niveau de la poitrine, au point que l'on peut légitimement se demander comment il fait pour en jouer, et aussi bien. Au centre de la scène, les deux batteries côte à côte de Dan et Ryan sont réellement le centre, le cœur battant, le ventre de la musique ce soir : les deux batteurs déchaînés font indiscutablement le spectacle et contribuent à l'hystérie qui se déclenche dès le premier morceau dans la fosse. A droite, Tim, le bassiste au physique ordinaire, contribue à cimenter et propulser cette rythmique toute puissante qui fait naître de grandes vagues d'agitation dans le mosh pit (…en fait la quasi-totalité de la salle...).

S'il y a immédiatement un regret que l'on peut avoir, c'est bien que la guitare tellurique de Dwyer semble au second plan par rapport aux martèlements des deux batteurs : et encore, je suis en face des amplis de guitare, je n'ose imaginer ce que ça peut donner dans le reste de la salle... Un défaut du son qui n'arrivera pas à être corrigé pendant le set, malgré la demande des musiciens. C'est évidemment dommage puisque cette guitare est quand même la raison numéro 1 pour laquelle on aime ce groupe, non ?

2016 09 14 Thee Oh Sees Cigale (40)Bon, sinon, il est indéniable que l'enchaînement continu de morceaux accrocheurs et frénétiques, souvent chantés par Dwyer d'une petite voix haute, est d'une grande efficacité : le sol de la Cigale est redevenu ce vaste trampoline qui caractérise les soirées les plus punks, et les stage divers et slammers se succèdent inlassablement, offrant un spectacle amusant… mais détournant finalement un peu trop l'attention de la musique et de ce qui se passe sur scène ! C'est ainsi que je constate que de plus en plus de jeunes femmes se livrent à cet exercice physique qui fut longtemps l'apanage des mâles, et c'est sans doute une bonne nouvelle pour l'égalité des sexes, sans même parler du fait qu'elles sont quand même plus légères à soulever... Autre surprise, une légère tendance à l'exhibition qui démarre alors qu'un stage diver baisse tranquillement son pantalon, mets la main dans son slip et commence à s'astiquer le poireau de manière provocante avant de sauter dans la foule... Ok ! A partir de là, on pourra montrer ses fesses, ou plus agréable pour moi, exhiber ses seins, le t-shirt remonté pour cacher son visage. Bref, un spectacle ininterrompu, surtout lorsqu'un slammeur imbibé s'écrase la tronche par terre pour avoir trop présumé de la bonne volonté de ses "receveurs"...

Et la musique dans tout ça ? Eh bien, elle est excellente, le groupe alternant brûlots punks ou hardcore, et morceaux plus longs et (un peu) plus atmosphériques. Je crois avoir reconnu du dernier album ("A Weird Exits") Plastic Plant et le sauvage Ticklish Warrior, mais c'est tout... ce qui n'est pas un problème d'ailleurs pour profiter du set. Au bout de quarante minutes, Dwyer annonce qu'il ne reste plus que deux morceaux à jouer, ce qui est un peu raide quand même. Heureusement, le dernier morceau dépassera le quart d'heure ; malheureusement, Dwyer décidera que sa guitare ne fonctionne pas bien et s'arrêtera de jouer - hormis un gargouillis électronique occasionnel sur le mini clavier posé derrière lui sur un ampli -, laissant donc sa section rythmique terminer le concert par un épuisant - et finalement assez ennuyeux - marathon de percussions.

Thee Oh Sees nous abandonnent donc après guère plus de une heure de set, avec ce final très décevant (Robert me confirmera ensuite que Dwyer est coutumier de problèmes techniques plus ou moins sérieux qui l'amènent à jeter ainsi l'éponge...). Le moins qu'on puisse dire est que la frustration est forte, que le public n'est pas content. Malheureusement, malgré de longues minutes à réclamer le retour du groupe, c'est bel et bien terminé !

2016 09 14 Thee Oh Sees Cigale (88)Une assez vilaine conclusion donc pour un set qui a approché à plusieurs reprises l'explosion et la frénésie sans jamais les atteindre tout à fait : une semi déception donc, même si la puissance et l'originalité de Thee Oh Sees ne sont pas à mettre en doute. Un groupe à revoir, espérons-le dans de meilleures circonstances... »

Les musiciens de Thee Oh Sees sur scène :

John Dwyer - vocals, guitar, keyboards

Tim Hellman - bass guitar

Ryan Moutinho – drums

Dan Rincon - drums

Chronique déjà partiellement publiée sur mon blog manitasdeplata.net à l'époque du concert.

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02 avril 2017

Blues Pills / Editors / Sum 41 / Iggy Pop / Foals - Dimanche 28 Août 2016 - Parc de St Cloud / Rock en Seine 2016

2016 08 28 Rock en Seine Billet Jour 3« Pas question d'arriver trop tard cet après-midi de dimanche (troisième et dernier jour de Rock en Seine 2016), car je ne tiens pas à manquer le groupe qu'est aujourd’hui Editors, après des années d'oubli (de ma part) et avec un nouveau line-up par rapport à la grande époque. Je débarque donc à la Grande Scène vers 14h45, je me place au premier rang sur la gauche, ayant repéré que le soleil n'atteignait pas encore ce secteur. Je suis en fait un peu moins bien placé que vendredi, un peu plus excentré mais il n'y a pas de quoi se plaindre : être à la barrière est une garantie de confort physique, ce qui est capital quand on compte passer plus de 9 heures au même endroit sans bouger…

2016 08 28 Blues Pills RES (18)Sur scène, les Suédois de Blues Pills ont entamé un set de classic rock très 70's qui s'avère loin d'être désagréable : certes il y a plus de transpiration que d'inspiration, mais la chanteuse (Scandinave blonde comme on les rêvait lors de notre adolescence) a la voix qu’il faut pour ce genre de musique, tandis que le guitariste soliste (un Français, paraît-il) assure très sérieusement. 35 minutes de tout petit plaisir avec un Heavy Rock à la fois intemporel (un genre de musique un peu oublié de nos jours, sauf des bikers tatoués) et plus très pertinent.

La pause en attendant Editors est une fois de plus sympathique, l'occasion de parler avec des fans belges et anglais qui ne sont pas non plus de toute jeunesse, mais dont la passion pour le rock live est intacte. Rassurant, non ?

2016 08 28 Editors RES (7)16h05, Editors est là, et Tom Smith semble absolument inchangé depuis la dernière fois que je l'ai vu (en décembre 2009, quand même…). Immédiatement, il est pourtant clair que ce "nouveau" line-up (en fait sans Chris Urbanovicz, qui était le grand responsable du “son Editors”), aussi compétent qu'il soit, sonne beaucoup plus ordinaire qu’auparavant. Les vieilles chansons, dont on admirait la sombre beauté, comme Smokers... ou Racing Rats ne dégagent plus particulièrement de magie. Je me dis rapidement que ce sont sans doute les nouvelles chansons, moins extraordinaires pourtant, qui inspirent le plus Tom et son groupe - ce qui est somme toute logique. Bon, un autre bémol : la voix de Tom n'a plus cette splendeur sépulcrale qui nous faisait tous craquer, mais au moins il a conservé une indéniable ferveur dans son chant, qui lui permet de soulever les montagnes. Bref le set est beau, pas exceptionnel, et je me surprends à bien accrocher aux nouveaux morceaux. Clément et Virginie me rejoignent pour me passer une bière, ce qui est vraiment chou de leur part. Sur scène, Tom a entonné un long morceau qui m'est inconnu, très "bowien", mais finalement assez magique, qui fait clairement monter le set au niveau supérieur (a priori, il s’agit de The Pulse, qui rassure quant à l’avenir de Editors…). Et puis, c'est... Papillon, le formidable Papillon, qui enflamme enfin le public avec ses magnifiques décollages électro : oui, c’est enfin l'extase ! Le plus beau moment de Rock en Seine pour l'instant, les frissons, le délire, et tout ça. Comme quoi le bonheur, ça ne tient parfois qu'à une (très) bonne chanson ! Le final de Papillon, étendu pour faire monter l'excitation, se révélera d'ailleurs particulièrement efficace. Le concert se termine joliment avec Marching Orders, extrait du dernier album, me laissant avec l'envie d'écouter à nouveau ce groupe, malgré sa mutation. Oui, même si les albums d’Editors n'ont plus la classe d'autrefois, l'expérience live vaut la peine !

Une petite heure d'attente alors que le jeune public enthousiaste de Sum 41 s'entasse derrière moi. Pas de crainte à avoir néanmoins, le punk rock US des nineties est plus bon enfant que véritablement agressif : pas de débordements de violence anticipés !

2016 08 28 Sum 41 RES (35)17h45, alors que la foule est en plein délire, les punks de Sum 41 investissent en vainqueurs la Grande Scène, et démarrent une heure de set… totalement prévisible : la musique est un mélange incestueux entre le punk rock originel (voir le look du chanteur et du bassiste) - disons la tendance Gen X - et le metal le plus listener-friendly, sans une seule goutte d'inspiration. Quand ça va vite, on se laisse gentiment entraîner par les accélérations, mais quand ça ralentit, et que rien ne cache plus la nullité crasse des compositions et la voix de canard de Deryck Whibley, on s'ennuie ferme. Bon, je dis ça mais tous les petits jeunes ont l'air de bien s'amuser : il y a un mosh pit bien énervé au milieu du public, ça évacue à tout va les crowd-surfers, on chante en chœur et en agitant les mains les refrains pas finauds, on est dans le divertissement bas de gamme, mais le sympa quand même. D'ailleurs Deryck multiplie les attentions, faisant monter des fans sur scène, distribuant de l'eau ou prenant la pose pour les photos. Pas vraiment l'esprit punk, du coup ! Et que je te fais une démonstration du riff de Smoke on the Water, puis de Seven Nation Army (le problème est que là, la foule ne veut pas s'arrêter de chanter…). Et que je te joue une version metal de We will rock you (sic ! Pas punk pour un rond, ça, citer Queen !)... avant de terminer le set par deux "tubes", d’ailleurs extraits de leur tout premier album, que tout le monde connaît, et qui nous laisseront tout de même une bonne impression. Au final, tout cela ne vole pas bien haut, mais ce spectacle très américain est plus sympathique que je l'aurais imaginé.

On va attaquer la partie la plus sérieuse de la journée, le couronnement de Rock en Seine 2016, avec l'enchaînement de Iggy Pop et Foals : ça devient plus dense derrière moi, même si Clément et Virginie arrivent à se glisser pour une petite conversation sympathique sur les meilleures frites belges du festival.

2016 08 28 Iggy Pop RES (54)19h45 : Iggy ! Iggy ! … Visiblement la grande attraction du festival car le terrain devant la Grande Scène est archi-comble quand le nouveau groupe de l'Iguane prend place sur une zone très concentrée au milieu de la scène : j'avais entendu parler de "petits jeunes", en fait la moyenne d'âge est plutôt de l'ordre de la quarantaine. J'avais entendu dire aussi qu’ils jouaient "dur", et ça, par contre, c’est bien vrai : on démarre avec une version impeccable de Wanna Be Your Dog, et moi, évidemment, je pars en vrille, vous me connaissez ! J'ai par contre l'impression désagréable que, autour, personne ne connaît les Stooges ! Quelle horreur quand même ! Iggy enchaîne avec The Passenger, puis Lust for Life : ça, ils connaissent les gens ! Du coup je me dis que l'Iguane a la classe folle de brûler d'emblée toutes ses cartouches, et qu'il pourra ensuite piocher ce qui lui chante dans sa longue discographie. Ce qu'il va faire, en nous proposant une set list inédite, variée et diablement excitante : la période Bowie y est prépondérante, culminant avec un rarissime et radical Mass Production, lente psalmodie indus qui interloque quelque peu le public. On peut juger de la classe du groupe, capable d'enchaîner sans baisse de régime ni incohérences la disco froide de Sister Midnight, le rockab hystérique de Wild One et la wahwah stoogienne incandescente de 1969 : ces types assez patibulaires sont des tueurs, qui jouent compact, serré et puissant. Il ne manque à mon bonheur qu'un niveau sonore plus élevé !

Et Iggy, me demanderez-vous ? Eh bien, je crois que ce set d’une heure dix, interrompu par une courte pause au bout de 50 minutes, est la meilleure performance vocale de l'Iguane que j'aie pu voir de ma vie : le chant était tout simplement magnifique, que cela soit dans les graves (Sister Midnight ou Nightclubbing...), ou dans le registre lave brûlante  (Search and Destroy, terrible, qui semble avoir encore une fois laissé le jeune public de marbre...). Par contre, pour la première fois, on a pu se rendre compte que, physiquement, Iggy n'y arrive plus !  Boitant bas, souffrant visiblement du dos, Iggy tente de tout donner – comme toujours - à son public, mais doit finalement aller demander une chaise pour s'asseoir quelques instants (sur Nightclubbing !) ! A 69 ans, il est sans doute temps pour lui d’admettre qu'il a assez de pur talent pour ne plus autant s'investir physiquement dans ses sets ! Ceci dit, je dois admettre que son torse nu abîmé d'homme vieillissant est quand même un beau bras d'honneur à la dictature de la "beauté" stéréotypée qui règne de nos jours. Oui, Iggy est finalement vieux, mais il n'a jamais été aussi fort qu'aujourd'hui. Le set se termine d'ailleurs sur une excellente version du rare et radical Down on the Street (extrait du brûlant “Fun House”), un signe qui ne trompe pas : rock'n'roll will never die... du moins tant que nous avons encore Iggy ! D'ailleurs Iggy kidnappe littéralement une spectatrice peu vêtue qu'il a repérée lors de l'un de ses nombreux raids au contact de ses fans : ça, c'est rock'n'roll, non ?...

Le set d'Iggy terminé, une bonne partie du public s'en va et je passe par un moment de doute : était-ce bien raisonnable de programmer mes chouchous de Foals en tête d'affiche, surtout après un Iggy Pop qui aura forcément marqué les esprits ?

2016 08 28 Foals RES (38)Eh bien, à 23h20, la réponse à cette question ne fait pas de doute : c'est un grand oui ! Car Foals vient de renouveler le miracle de l'Olympia, et est donc désormais l'un des meilleurs groupes “live” en activité. Littéralement monstrueux !

… Quelques minutes d'inquiétude donc quand le public d'Iggy déserte la grande scène et laisse beaucoup de vide, que les fans de Foals prendront un peu de temps à remplir à nouveau…. Et quand on constate un dispositif plus léger pour filmer (la louma est démontée, il ne reste plus qu'un cameraman sur le devant) : considèrerait-on à Rock en Seine que Foals n'est pas une véritable tête d'affiche ? Mais, dès leur tonitruante entrée sur scène, Yannis Philippakis - qui le semble avoir forci (bon nous aussi à la fin des vacances, hein ?) - et sa troupe, mettent les points sur les "i" : le son est au maximum (merci, merci !), le light show est magnifique, et surtout, bien sûr, la musique est tout simplement terrassante. Avec une set list assez similaire à celle de l'Olympia (un peu raccourcie bien entendu), Foals prouve dès les 10 premières minutes qu'il n'a pas aujourd'hui de rival sur la planète, quand il s'agit de cogner fort dans un bon esprit rock dur, puis de partir dans des explorations psychédéliques avant de faire danser tout le monde sur ses mélodies chatoyantes : jouer d’entrée de jeu la tuerie qu'est Snake Oil, puis dix minutes plus tard, le tube dance-friendly qu’est My Number, et puis encore partir sur l'un de ces délires furieux où les musiciens se regroupent, se concentrent, pour engendrer une de ces tornades électriques incroyablement brutales qui caractérisent Foals... permet de balayer rapidement la concurrence : même après un set aussi mémorable que celui d'Iggy Pop, Foals est intouchable. Yannis rayonne littéralement de joie de voir son groupe ainsi au pinacle, et remercie ardemment la France de son soutien (il s'excusera ensuite au nom de son pays pour le Brexit...) : on le comprend tant se dégage désormais de Foals une sorte de sensation de toute-puissance, un rayonnement qui est la marque des très grands.

2016 08 28 Foals RES (13)Chaque morceau propose quelque chose de nouveau, de stimulant, d'indiciblement beau, et l’on se laisse bercer dans une sorte d’état extatique pendant une bonne demi-heure sans une seule faute de goût… jusqu’à une version inoubliable de A Knife in the Ocean, qui nous soulève littéralement l’âme – ah, ces ascensions sonores verticales ! – malgré son thème trivialement politique (la nullité et la malhonnêteté de nos politiciens, qu’ils soient français ou anglais, nous a expliqué Yannis…) : on entre alors dans la dernière demi-heure du set, celle des extases à répétition. Inhaler clôt le set principal de superbe manière, Yannis prenant de réguliers bains de foule, allant surfer sans crainte sur les bras amis (comme d’habitude, ce diable d’homme semble n’avoir peur de rien, et il a raison…).

Le rappel est la parfaite tuerie qu’on espérait pour clore Rock en Seine, le nirvana qui assoit la suprématie de Foals sur la concurrence. On attaque par les hurlements de damnés de What Went Down (The Cure rencontre les Black Keys dans un asile d’aliénés, serait ma définition de cette version infernale…), puis on tressaute frénétiquement sur le “math rock” de Cassius, vestige d’une époque où Foals cherchait sa voie dans l’avant-garde, avant de basculer dans l’hystérie générale (Yannis hurle : « Let’s be savage ! ») avec le fabuleux Two Steps, Twice.

Et c’est fini, avec 10 minutes d’avance sur l’horaire prévu, mais nul ne devrait se plaindre tant le set de Foals aura été exemplaire ce soir. Et pleinement satisfaisant.

Je remballe mes petites affaires, il est 23h20, la fatigue commence à se faire sentir, l’air est – enfin – un peu frais, j’envoie des messages à tous les amis qui n’ont pas pu / pas su être là ce soir pour être témoin du triomphe de Foals. Rock en Seine 2016 est fini. Vive Rock en Seine 2017 ! »

 

2016 08 28 Blues Pills RES (5)Les musiciens de Blues Pills sur scène :

Elin Larsson – vocals

Dorian Sorriaux – guitars

Zach Anderson - bass guitar

André Kvarnström - drums

 

La setlist du concert de Blues Pills :

High Class Woman (Blues Pills – 2014)

Astralplane (Blues Pills – 2014)

Black Smoke (Blues Pills – 2014)

Little Sun (Blues Pills – 2014)

Lady in Gold (Lady in Gold – 2016)

Little Boy Preacher (Lady in Gold – 2016)

Elements and Things (Tony Joe White cover) (Lady in Gold – 2016)  

You Gotta Try (Lady in Gold – 2016)

Devil Man (Blues Pills – 2014)

 

2016 08 28 Editors RES (19)Les musiciens de Editors sur scène :

Tom Smith – voice, piano, guitar

Russell Leetch – bass guitar, backing vocals

Edward Lay - drums

Justin Lockey – lead guitar

Elliott Williams – keys, backing vocals

 

La setlist du concert de Editors :

Sugar (The Weight of Your Love – 2013)

Smokers Outside the Hospital Doors (An End Has a Start – 2007)

The Racing Rats (An End Has a Start – 2007)

Forgiveness (In Dream – 2015)

Munich (The Back Room – 2005)

The Pulse (new song)

Ocean of Night (In Dream – 2015)

Papillon (In This Light and on This Evening – 2009)

Marching Orders (In Dream – 2015)

 

2016 08 28 Sum 41 RES (7)Les musiciens de Sum 41 sur scène :

Deryck Whibley – lead vocals, rhythm guitar

Dave Baksh – lead guitar, backing vocals

Jason McCaslin - bass guitar, backing vocals

Tom Thacker – lead & rhythm guitars, keyboards, backing vocals

Frank Zummo – drums, percussion

 

La setlist du concert de Sum 41 :

The Hell Song (Does This Look Infected? - 2002)

Over My Head (Better Off Dead) (Does This Look Infected? - 2002)

Fake My Own Death (new song)

Underclass Hero (Underclass Hero - 2007)

With Me (Underclass Hero - 2007)

Motivation (All Killer, No Filler - 2001)

Grab the Devil by the Horns and Fuck Him Up the Ass (Half Hour of Power EP – 2000)

We're All to Blame (Chuck - 2004)

Walking Disaster (Underclass Hero - 2007)

Pieces (with Smoke on the Water/Brain Stew/Seven Nation Army Intro) (Chuck - 2004)

We Will Rock You (Queen cover)

Still Waiting (Does This Look Infected? - 2002)

In Too Deep (All Killer, No Filler - 2001)

Fat Lip (All Killer, No Filler - 2001)

 

2016 08 28 Iggy Pop RES (4)La setlist du concert de Iggy Pop :

I Wanna Be Your Dog (The Stooges – 1969)

The Passenger  (Lust for Life – 1977)     

Lust for Life (Lust for Life – 1977)

Five Foot One (New Values – 1979)

Sixteen (Lust for Life – 1977)

Skull Ring (Skull Ring – 2003)

1969 (The Stooges – 1969)

Sister Midnight (The Idiot – 1977)         

Real Wild Child (Wild One) (Johnny O'Keefe & The Dee Jays cover) (Blah Blah Blah – 1986)

Nightclubbing (The Idiot – 1977)

Some Weird Sin (Lust for Life – 1977)

Mass Production (The Idiot – 1977)

Encore:

Repo Man (new song)

Search and Destroy (Iggy and The Stooges – Raw Power – 1973)

Gardenia (Post Pop Depression – 2016)

Down on the Street (The Stooges – Fun House – 1970))

 

2016 08 28 Foals RES (26)La setlist du concert de Foals :

Snake Oil (What Went Down – 2015)

Olympic Airways (Antidotes – 2008)

My Number (Holy Fire – 2012)

Providence (Holy Fire – 2012)

Spanish Sahara (Total Life Forever – 2010)

Red Socks Pugie (Antidotes – 2008)

Late Night (Holy Fire – 2012)

A Knife In the Ocean (What Went Down – 2015)

Mountain at My Gates (What Went Down – 2015)

Inhaler (Holy Fire – 2012)

Encore:

What Went Down (What Went Down – 2015)

Cassius (Antidotes – 2008)

Two Steps, Twice (Antidotes – 2008)

 

Ces compte-rendus ont déjà été partiellement publiés, à l'époque, sur mon blog manitasdeplata.net

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01 avril 2017

Bastille / Two Door Cinema Club / The Last Shadow Puppets - Vendredi 26 Août 2016 - Parc de St Cloud / Rock en Seine 2016

2016 08 26 Rock en Seine Billet Jour 1« Mon deuxième Rock en Seine, après ma première tentative en 2015. Deux jours sur les trois cette fois, le vendredi avec Emilie – venue spécialement de Strasbourg pour voir enfin son groupe favori de tous les temps, Two Door Cinema Club – et le dimanche avec Clément et Virginie, la programmation du samedi ne m’enthousiasment pas outre mesure – sans parler de la nécessité de prendre un jour de repos entre les deux, à mon âge ! La météo est clémente – pas de pluie prévue – mais il fait ne pas craindre la chaleur, des températures caniculaires menaçant les organismes les plus faibles.

2016 08 26 Bastille RES (33)Arrivée avec Emilie vers les 17h15 sur le site, il n’y a pas trop de monde, ce qui permet un passage des contrôles rapides (nous y voyons même l’ami Thierry avec son épouse), et surtout nous donne le temps de prendre un verre dans un bar, puis d’admirer la petite expo d’affiches alternatives… avant de rejoindre la Grande Scène, où nous allons passer la fin de l’après-midi et la soirée. Il n’y a pas non plus foule, mais le premier rang – la barrière - est intégralement occupé, ce qui nous oblige à nous installer “au second rang”, assis tranquillement sur les plaques métalliques placées au bord de la scène : pas idéal, mais je compte bien que des places se libèrent pour Two Door Cinema Club. L’attente commence, pas trop pénible, car, contrairement aux prévisions, le ciel est un peu voilé, et il y a quelques souffles d’air, le tout rendant l’atmosphère respirable.

18h45 pile, ma première journée de Rock en Seine 2016 commence donc avec Bastille, groupe pop anglais clairement chéri par les jeunes filles de 15 à 20 ans qui accueillent leurs héros avec un enthousiasme réjouissant. Bien entendu, Dan Smith, le leader présente le quota requis de “cuteness” pour conférer à son groupe le statut envié outre-Manche de groupe à minettes. Côté musical, le pire est immédiatement à craindre avec une première chanson hideuse, Bad Blood, qui répond malheureusement aussi à toutes nos attentes dans le genre : mélodie creuse, gimmicks ridicules, paroles stéréotypées, pas grand-chose à sauver. Et, même si le set de une heure qui suivra sera un peu moins désastreux, il ne se hissera que rarement au simple niveau de “plaisant” : cette musique n’a aucune substance, elle ne fait que reprendre des idées, des sons, déjà usés depuis longtemps par le rock anglais dans sa version la plus populaire (au mauvais sens du terme), et Bastille n’arrive même pas à compenser son dramatique manque d’originalité par un semblant d’énergie. Quand on n’est pas trop irrité par les bidouillis enfantins aux claviers, on peut quand même admirer la gentillesse du chanteur (qui a même essayé quelques mots en français…) et son engagement vis-à-vis de ses jeunes fans, puisqu’il nous gratifiera d’une courageuse – enfin n’exagérons rien – immersion dans le public. Un premier set médiocre donc, voici un groupe que je prendrai bien soin de ne pas réécouter.

2016 08 26 TDCC RES (17)Une heure d’attente maintenant avant LE groupe que nous sommes venus voir, Two Door Cinema Club…  une heure qui se passera ma foi fort agréablement, grâce à nos voisins très sympathiques avec lesquels nous échangeons des souvenirs d’anciens combattants (des concerts, bien entendu), et grâce aux types de la sécurité, qui nous alimentent aimablement en eau fraîche. Emilie arrive à se placer à la barrière grâce à une défection au premier rang. Tout est donc impeccable pour assister au set… Un petit coucou à l’ami Robert qui continue à arpenter Rock en Seine pour nous en offrir les plus belles images, et nous sommes fin prêts…

20h45 passé de quelques minutes, la Grande Scène est maintenant occupée par un demi-cercle de grands panneaux lumineux, qui prouvent que Two Door Cinema Club ont augmenté leur niveau d’ambition, et qui vont, indéniablement, rajouter du spectacle au set qui va suivre. TDCC, ce l’est plus en fait que le trio Alex Trimble, le chanteur rouquin à la voix stupéfiante, Sam Halliday, le remarquable guitariste au son si caractéristique, et Kevin Baird, le solide bassiste barbu : les autres musiciens ne sont guère que des accompagnateurs pour les tournées… Mais la première surprise de ce soir, c’est indiscutablement le look d’Alex : cheveux longs, barbe rousse et piercing dans le nez, il n’a plus grand-chose à voir avec le presque adolescent trop propret que j’avais découvert à Lollapalooza il y a un peu plus de 3 ans : une affirmation un peu caricaturale de la “maturité” du groupe ? Pourquoi pas, car dès qu’explose Cigarettes in the Theatre, morceau qui ouvrait le premier et génial premier album du groupe – qu’on comparait alors à un “jeune Franz Ferdinand, en plus dansant (sic)”, il est indéniable que nous sommes ce soir face à une formation puissante, qui n’usurpe pas sa place sur la Grande Scène de Rock en Seine. La guitare de Sam Halliday est omniprésente, et devient dantesque dans le contexte spectaculaire de la nuit qui tombe sur St Cloud et du light show superbe qui nous est offert. Two Door Cinema Club est maintenant un groupe qui déménage, soutenu par un son assez énorme mais parfaitement lisible – et je pense combien les nabots de Bastille ont encore à apprendre pour devenir un tant soit peu crédibles face à un public qui n’est pas si différent, dans le fond (jeune et féminin…) : ceci dit, en cherchant la petite bête, certains pourront regretter ces muscles nouveaux chez des gens dont on chérissait la fragilité, mais je ne pense pas que ce soir, on ait envie de bouder notre plaisir. Car les chansons, enfin principalement celles du premier album, “Tourist History” sont toujours absolument irrésistibles, et le bonheur c’est simplement de chanter en chœur et de danser sur – au hasard - Do You Want It All ou sur What You Know.

Le set ne durera qu’une courte heure – les TDCC auraient quand même pu profiter des cinq minutes supplémentaires que le programme leur avait accordées pour nous gratifier d’autres pépites de “Tourist History”, mais bon… La découverte des nouvelles chansons du futur troisième album, à paraître en octobre ne permet pas de trancher : Bad Decisions est un titre funky inégal, sur lequel Alex prend un falsetto qui évoquera la grande époque de Prince et Michael Jackson, tandis que le single Are We ready (Wreck), déjà connu, est efficace dans un style un peu différent de la pop précieuse des deux premiers albums. Bref, on verra bien… En tous cas, tout le monde a l’air content dans le public autour de moi, et je suis prêt à parier que ce set de TDCC restera dans les mémoires comme l’un des meilleurs de cette première journée de Rock en Seine. On a hâte de les revoir pour leur prochaine tournée à l’occasion de la sortie du nouvel album !

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (6)Une heure dix à attendre encore, un peu plus serrés cette fois du fait de l’arrivée des grappes surexcitées des jeunes fans d’Alex Turner – certaines déjà à moitié en larmes ! Je ne suis pas sûr d’avoir envie de (re)voir The Last Shadow Puppets, malgré mon admiration pour Turner et Kane, tant le style musical de leur duo me laisse largement froid, mais nous sommes si bien placés au premier rang de la Grande Scène que ce serait un peu ridicule de déclarer forfait.

23 h 00 passées : le quatuor à cordes s’installe dans le fond de la scène, à gauche – donc loin de nous qui sommes sur la droite – et commence à s’échauffer. Il nous fait donc patienter un peu avant l’arrivée du groupe, et surtout d’Alex et Miles, accueillis par la public de Rock en Seine comme des dieux vivants. Ca y est, ça y va de sa petite larme un peu partout autour de nous, alors que The Last Shadow Puppets explose littéralement sur scène. Soyons clair, ce ne sera pas vraiment un concert ce soir, au sens où il me semble que la musique n’importera pas beaucoup : niveau sonore finalement exagéré par rapport au style musical, voix d’Alex et de Miles pas formidablement mises en valeur, absence d’une construction émotionnelle quelconque, les chansons d’enchaînant rapidement en semblant s’annuler les unes les autres (un défaut d’ailleurs endémique des sets de Arctic Monkeys, je le remarque à chaque fois)… Non, ce soir, nous sommes conviés à la mise en scène carrément outrancière d’une double célébration : celle de la star Alex Turner par son public, et celle de l’amitié absolue, folle même (de l’amour fou ?) par Miles et Alex, qui ne semblent être ici que l’un pour l’autre.

L’heure et demi que nous allons vivre va être assez incroyable, même si la musique avec laquelle The Last Shadow Puppets va tenter de nous assommer est loin d’être aussi bonne que les fans le disent : Alex Turner, en particulier, n’a plus rien à voir avec le post ado coincé et un peu désagréable des débuts, il arpente la scène, se déhanche, provoque, minaude… on ne l’a jamais vu comme ça… et les filles hurlent ! Miles Kane – qui a pris du poids et de l’âge - quant à lui, a adopté une attitude disons “scorsesienne” de mafieux en peignoir, à la fois débonnaire et agressif. Mais c’est quand ils sont dans les bras l’un de l’autre, et ils le seront beaucoup ce soir, que Miles et Alex nous jouent la bromance absolue, presque l’histoire d’amour : inoubliable duo de plusieurs chansons sur un seul micro, dans les bras l’un de l’autre – capturé par une caméra à bout portant assez envahissante – avec échange de bisous.

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (73)Si le psychodrame est aussi puissant, cinématographique presque – dommage que les lumières n’aient pas été un peu meilleures que ce rouge omniprésent, car il y avait des photos spectaculaires à prendre de ces poses extatiques ou provocatrices, parfaitement artificielles, et pourtant curieusement touchantes -, c’est aussi que ce soir est le dernier concert de la tournée des Last Shadow Puppets, donc potentiellement THE LAST ONE EVER, comme le laisse à demi entendre Alex, puisque la “formation” n’existe que sporadiquement – avec un schisme de 8 ans cette fois ! Alors que le set se clôt par une version ultra-fidèle et donc ultra-puissante de Moonage Daydream (inévitable hommage à Bowie, on les aurait détestés de ne pas le faire…), je me surprends à mesurer l’incroyable écart entre le show à l’Olympia de 2008 – où la reprise bowienne était In the Heat of the Morning : les deux post adolescents figés derrière leurs micros sont devenus deux stars déjantées, et si le set s’ouvre et se referme exactement de la même manière, entre Calm Like You et In My Room, on sent tout le drame de l’innocence perdue au cours de ces huit ans. Exactement comme Bowie entre “The World of David Bowie” et “Ziggy Stardust”, Alex est passé de la fragilité arrogante de ses jeunes débuts à une sorte de cynisme triste conjuré dans les excès du spectacle.

Je n’ai pas beaucoup parlé de musique, je me contenterai de noter que The Age of Understatement reste la chanson la plus imparable de The Last Shadow Puppets, et que c’était quand même bien sympa de nous offrir une reprise des Cactus de Dutronc.

Il est une heure moins vingt, commence pour Emilie et moi le lent retour à la maison, au milieu de la foule joyeuse mais inévitablement assommée de fatigue et de musique. Une première journée réussie ! »

 

Les musiciens de Bastille sur scène :

2016 08 26 Bastille RES (19)Dan Smith – lead vocals

Kyle Simmons – guitar, bass, piano, keyboards, backing vocals

Will Farquarson – guitar, bass, backing vocals, keyboards

Chris "Woody" Wood – drums, percussion

Charlie Barnes – guitar, piano, backing vocals

 

La setlist du concert de Bastille :

Bad Blood (Bad Blood – 2013)

Laura Palmer (Bad Blood – 2013)

Send Them Off! (new song)

Things We Lost in the Fire (Bad Blood – 2013)

Fake It (new song)

These Streets (Bad Blood – 2013)

The Currents (new song)

No Angels

Good Grief (new song)

Flaws (Bad Blood – 2013)

Two Evils (new song)

Icarus (Bad Blood – 2013)

Snakes (new song)

Of the Night (Bad Blood – 2013)

Pompeii (Bad Blood – 2013)

 

2016 08 26 TDCC RES (28)Les musiciens de Two Door Cinema Club sur scène :

Alex Trimble – lead vocals, rhythm guitar

Sam Halliday – lead guitar, vocals

Kevin Baird – bass, vocals, synths

Benjamin Thompson – drums

Jacob Berry - rhythm guitar, synths

 

La setlist du concert de Two Door Cinema Club :

Cigarettes in the Theatre (Tourist History – 2010)

Undercover Martyn (Tourist History – 2010)

Do You Want it All? (Tourist History – 2010)

This is the Life (Tourist History – 2010)

Changing of the Seasons (Single – 2011)

Sun (Beacon – 2012)

Bad Decisions (new song)

Something Good Can Work (Tourist History – 2010)

Are We Ready? (Wreck) (new song)

Next Year (Beacon – 2012)

Sleep Alone (Beacon – 2012)

Eat That Up, It's Good for You (Tourist History – 2010)

I Can Talk (Tourist History – 2010)

Someday (Beacon – 2012)

What You Know (Tourist History – 2010)

 

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (82)Les musiciens de The Last Shadow Puppets sur scène :

Alex Turner – vocals, guitar

Miles Kane – vocals, guitar

James Ford – drums, percussion

Zach Dawes – bass, piano, guitar

Tyler Parkford − keyboards, backing vocals

Loren Humphrey − drums, percussion

+ String Quartet

 

La setlist du concert de The Last Shadow Puppets :

Intro (String intro)

Calm Like You (The Age of Understatement – 2008)

Aviation (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Used to Be My Girl (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

The Age Of The Understatement (The Age of Understatement – 2008)

Separate And Ever Deadly (The Age of Understatement – 2008)

My Mistakes Were Made For You (The Age of Understatement – 2008)

The Element of Surprise (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Standing Next To Me (The Age of Understatement – 2008)

The Bourne Identity (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Dracula Teeth (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Miracle Aligner (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Everything You've Come to Expect (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Sweet Dreams, TN (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Bad Habits (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Les cactus (Jacques Dutronc cover)

In My Room (The Age of Understatement – 2008)

(Extended outro)

Encore:

Meeting Place (The Age of Understatement – 2008)

The Dream Synopsis (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Moonage Daydream (David Bowie cover)

 

Ces compte-rendus ont déjà été partiellement publiés, à l'époque, sur mon blog manitasdeplata.net