The Godfathers - Mardi 9 Juillet 1991 - Espace Ornano (Paris)
« Ce soir, le Rock était triste, car ses parrains n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. A l’image d’un dernier album médiocre, les Godfathers n’ont pas réussi à provoquer l’enthousiasme d’un public de puristes pourtant conquis d’avance. Un son moins brut, la voix moins déchirante de Peter Coyne, mais surtout une faiblesse croissante des chansons au fil des
années, tout se conjuguait pour que l’on ne puisse dépasser le stade de la sympathie irraisonnée que l’on éprouve pour les perdants les plus enragés… Du troisième album, ne surnagent donc que Unreal World, débarrassé de ses scories psychédéliques, Believe In Yourself et surtout le méchant This Is War : le reste fut presque soporifique !
Et malheureusement, force est de constater que les Godfathers passent à la caisse avec les mêmes éternelles chansons, leur Birth School Work Death et leur Cause I Said So. Et surtout les étourdissantes reprises de Cold Turkey (une pilule vraiment amère) et de Blitzkrieg Bop (un vrai bombardement, de fait !)... Vraiment dommage que ce potentiel, encore vivace et excitant il y a 2 ans, semble s’être évanoui… Ou alors, était-ce
seulement un passage à vide, ce soir ? »
Les musiciens de The Godfathers :
Peter Coyne - vocals
Chris Coyne - bass, vocals
Chris Burrows - guitar, vocals
Michael Gibson - guitar, vocals
George Mazur - drums, percussion, vocals
Les photos sont de Patrick M., merci à lui !
Gwar - Lundi 1er Juillet 1991 - Espace Ornano (Paris)
« La première partie se passe clairement sur la « planète rock 91 » : un jeune groupe de hardcore, à mi-chemin entre Red Hot Chili Peppers et Hüsker Dü fait du bruit à toute berzingue… C’est fou, c’est souvent enthousiasmant, et derrière le jusqu’au-boutisme se dessine un peu d’espoir. C’est drôle et vivement demain…
Gwar, par contre, c’est carrément ailleurs ; entre les fantasmes d’adolescents boutonneux (grosses bites et baston) et les délires d’une heroïc fantasy de carton-pâte. Derrière le Grand Guignol (masques et costumes, combats à la hache, décapitations et énucléations, éviscérations et autres massacres, assortis de copieux jets de « sang » sur les spectateurs), la musique, préhistorique et informe, totalement anodine, importe peu. Par chance pour Gwar, les foudres stupides la censure qui les a dans le collimateur, justifie par contre coup les excès les
plus gratuits, C’est ainsi qu’on peut se délecter de voir Rambo / Captain America étripé après un combat épique, ou bien un prêtre fanatique dûment sodomisé (grandes giclées de « sperme » sur les premiers rangs), ou encore le spectre odieux du puritanisme (une vieille sorcière montée sur béquilles à ressorts) voir ses mamelles flétries arrachées (longues coulées de liquide blanchâtre)… C’est bien sûr drôle, et fatiguant à la longue (plus d’une heure !). Dommage que jamais, cette folie ne soit furieuse… que jamais la poésie, l’étrange, la peur n’aient leur place sur scène : hormis une belle danse avec des torches enflammées exécutée avec hargne et maestria par la seule femme de la troupe, rien de ce spectacle ne vient vraiment frapper l’imagination… Heureusement, à la fin, Gwar joueront quand même une « vraie » chanson (Sick Of You) et nous laisseront dans un doux vacarme, qui nous rappellera qu’il s’agissait ce soir accessoirement aussi de Rock… »
Pixies - Lundi 3 et Mardi 4 Juin 1991 - Olympia (Paris)
« Voilà, on savait bien qu’on ne pouvait pas espérer une répétition du show destructeur de l’année précédente, au Zénith… Des années de Rock nous ont prouvé que les miracles ne se reproduisent pas 2 fois (d’autant que là, cela faisait déjà 2 tournées stupéfiantes, 2 années marquées pat les Pixies !)… Seulement, il y avait Planet Of Sound, le single, le meilleur des Pixies à date à mon avis, l’un des chocs les plus extrêmes que j’ai connus depuis… allez, disons Violent Femmes en 1984… Alors, j’espérais quand même… Mais les Pixies ont changé,
et le premier soir fut la déception, presque évidente ! Le son est devenu gras, lourd, à l’image du physique de Black Francis. Les chansons naguère stridentes et sèches sont comme ralenties. Le cri hystérique inimitable est modulé, incertain, alourdi par les nouvelles chansons un peu bancales, encore inexplorées… Au milieu de tout cela, quelques météores brûlants, déchirants et écrasants : Rock Music en intro, Planet Of Sound en parfait symbole hardcore, Head On de Jesus & Mary Chain en final bref et inouï… De quoi vous mener en dix secondes à la perte de contrôle totale… Ce en quoi, d’une manière ou d’une autre les Pixies ont toujours excellé. Bilan donc mitigé, entre métamorphose et brillante continuité…
Le lendemain fut infiniment meilleur, peut-être par ce que nous savions à quoi nous attendre… Into The White reprit toute sa magie, Alison hurla deux fois pour le plaisir, Debaser fut grand à nouveau, et nous eûmes droit à un second rappel, le totalement fucked up Tame, qui m’envoya presque valser du haut du balcon. Comme quoi la ligne est étroite qui sépare la demi-déception du réel plaisir. Pas d’inquiétude, les Pixies sont toujours en 1991 le seul groupe totalement novateur, totalement différent, et presque toujours totalement terrassant. Ceux grâce auxquels notre cœur bat un peu plus vite.
Planet of Sound, pas de doute ! »
La setlist du concert des Pixies du 3 Juin :
Rock Music (Bossa Nova – 1990)
I Bleed (Doolittle – 1989)
River Euphrates (Surfer Rosa – 1988)
Into The White (single – 1989)
The Happening (Bossa Nova – 1990)
Allison (Bossa Nova – 1990)
Velouria (Bossa Nova – 1990)
Palace Of The Brine (new song)
Bone Machine (Surfer Rosa – 1988)
Gouge Away (Doolittle – 1989)
Hang Wire (Bossa Nova – 1990)
Debaser (Doolittle – 1989)
Letter To Memphis (new song)
Planet Of Sound (Single - 1991)
Is She Weird (Bossa Nova – 1990)
Monkey Gone To Heaven (Doolittle – 1989)
The Sad Punk (new song)
Mr. Grieves (Doolittle – 1989)
Blown Away (Bossa Nova – 1990)
Here Comes Your Man (Doolittle – 1989)
Where Is My Mind? (Doolittle – 1989)
The Holiday Song (Come On Pilgrim – 1987)
Motorway To Roswell (new song)
Vamos (Come On Pilgrim – 1987)
Head On (The J&MC Cover)
Photos de Patrick M. Merci à lui !
New Model Army - Mardi 30 Avril 1991 - Espace Ornano (Paris)
« Au premier abord, bien des craintes : la chaleur torride de l’Espace Ornano bourré à craquer d’un public bien craignos (« l’armée des fidèles : Valstar verte et cheveux longs graisseux sur cuir peinturluré), l’intro solo de violon de 10 minutes façon Yes années 70… Gaaargglll !
... Heureusement, la suite est bien différente, et Justin Sullivan s’est fait couper les cheveux, comme pour nous faire plaisir ! Tout de suite, la conviction généreuse des musiciens, leur plaisir évident à jouer leurs chansons devant un public connaissant la moindre parole, l’intégrité évidente du discours pourtant confus (écolo ? réac ? anarchiste ?) font qu’il est impossible de ne pas être conquis : ce soir, New Model Army est exemplaire et irrésistible, comme le sourire édenté et tordu de Justin. De la rage galopante de 51st State à l’intro irlandaise et violonneuse du superbe Vagabonds, du lyrisme post-U2 de Purity à la noirceur punk de Vengeance, en trio tranchant ou en quatuor verbeux, NMA fonctionne à plein régime.
A noter aussi qu’un fan pur et dur assez effrayant (il y a de la folie dans le groupe et ses suiveurs…) me cherchera des noises au début du concert, avant que nous ne devenions les meilleurs amis du monde (… comme quoi, la musique, ça fédère forcément !). Dommage que la chaleur ait été aussi terrassante ! »
La setlist du concert de NMA:
Christian Militia (Vengeance – 1984)
Ambition (No Rest For the Wicked – 1985)
Stupid Questions (Thunder and Consolation – 1989)
Space (Impurity – 1990)
Purity (Impurity – 1990)
Small Town England (Vengeance – 1984)
Green & Grey (Thunder and Consolation – 1989)
Vagabonds (Celtic Intro) (Thunder and Consolation – 1989)
White Coats (Thunder and Consolation – 1989)
All Of This (The Ghost of Cain – 1986)
51st State (The Ghost of Cain – 1986)
Get Me Out (Impurity – 1990)
Better Than Them (No Rest For the Wicked – 1985)
Lust For Power
Notice Me (Vengeance – 1984)
225 (Thunder and Consolation – 1989)
I Love the World (Thunder and Consolation – 1989)
We Gotta Get Out Of This Place / In A Rut
125mph (Guitar Solo Version) (Thunder and Consolation – 1989)
Vengeance (Vengeance – 1984)
Photos de Patrick M. Merci à lui !
Morrissey - Lundi 29 Avril 1991 - Elysée Montmartre (Paris)
« S’il y a une vraie star dans le Rock aujourd’hui, ce n’est pas Mick Jagger, David Bowie ou quelque autre vieux rocker sur le retour, dealant de la nostalgie et des paillettes frelatées, cela ne peut être que Morrissey : lui seul suscite cette adoration absolue habituellement réservée à un James Dean ou à une Marylin. D’ailleurs le billet du concert l’annonce : nous aurons la chance de voir, d’entendre « Morrissey IN PERSON » ce soir, c’est dire ! Le public est jeune, hystérique, bigarré, fleuri (ah ! les Smiths !), et est surtout là pour toucher, pour enlacer, pour
embrasser la star. Le public hurle et gémit de bonheur, émerveillé d’être là, à quelques mètres du Dieu dont les mots sont si beaux et si tristes, ces mots qui ont été murmurés, appris, année après année, comme jadis ceux de Rimbaud ou d’Oscar Wilde. Lui, Morrissey, il rayonne littéralement de cette adoration qui lui est personnellement destinée : il sourit, il rit même, il esquisse deux pas de danse avec quelque chanceux et téméraire qui a réussi à monter sur scène pour l’embrasser. Il nous lance un « Bonjour ! », avant de nous expliquer plus tard que « I cannot speak French ! ». Pas grave, Momo, on n’attend pas de toi que tu parles français, ça ferait même désordre...
Oui, la disparition des Smiths semble avoir dissipé toute malentendu, toute ambigüité : une fois envolé le génie embarrassant du couple Morrissey-Marr et des grandes chansons brûlantes, on peut se consacrer à l’adoration du prince du kitsch, du désespoir et du ridicule, en toute impunité. Mais dieu ! Que tout cela est bon, presque étourdissant ! On découvre aux chansons des ressources mélodiques insoupçonnées (on chante en chœur !), même le groupe de rockabilly est fougueux comme au bon vieux temps… Quant à la voix, elle est impériale… Il faut ajouter que, peut-être parce que ce concert n’est que le second de cette première tournée européenne, il est clair que derrière le son bien rock du groupe, « l’envie » est là...
Grands moments : November Spawned a Monster, Sing Your Life, Our Frank, et surtout Everyday is Like Sunday, où la salle toute entière décolle en pleine hystérie. Les nouvelles chansons paraissent encore meilleures, plus mûres, et l’hommage lors du premier rappel à Johnny Thunders, décédé quelques heures plus tôt, particulièrement appréciable (une reprise de Trash). Pour les fans ultimes du Moz, signalons enfin qu’il portait une chemise rouge pendant le set, sauf pour le rappel où nous avons eu droit à une chemise blanche, qu’il quittera et jettera dans la fosse (aux lions) après avoir conclu le concert par Disappointed...
« Disappointed, nous ? ». Absolument pas : à la fin, le spectre des Smiths est à jamais balayé, et nos doutes (éventuels) dissipés. En regardant autour de moi, j’ai la vive impression que – même si le concert n’a pas tourné au chaos général comme c’est souvent le cas outre-Manche - que pour beaucoup de gens dans la salle, voir Morrissey sur scène est l’un des plus grands plaisirs concevables !
Oui, cette soirée s’est avérée plus excitante que presque tout ce que la musique des 90’s nous offre en ce moment… »
La setlist du concert de Morrissey :
Interesting Drug (Bona Drag – 1990)
Mute Witness (Kill Uncle – 1991)
The Last Of The Famous International Playboys (Bona Drag – 1990)
November Spawned A Monster (Bona Drag – 1990)
Will Never Marry (Bona Drag – 1990)
Sing Your Life (Kill Uncle – 1991)
Asian Rut (Kill Uncle – 1991)
Pregnant For The Last Time (new song)
King Leer (Kill Uncle – 1991)
That's Entertainment (The Jam Cover)
I've Changed My Plea To Guilty (new song)
Everyday Is Like Sunday (Viva Hate – 1988)
Piccadilly Palare (Bona Drag – 1990)
Suedehead (Viva Hate – 1988)
Encore 1:
Trash (The New York Dolls Cover)
Encore 2:
Cosmic Dancer (T Rex Cover)
Disappointed (Bona Drag – 1990)
Photos de Patrick M.
Fleshtones - Lundi 22 Avril 1991 - Elysée Montmartre (Paris)
« Impossible de prétendre qu’on va encore voir les Fleshtones en 1991 en espérant autre chose que l’habituel grand happening, la parade brouillonne où l’on ne reconnaît guère les quelques morceaux phares d’une époque glorieuse… Sachant que le meilleur est définitivement derrière nous, mais heureux en tous cas de l’avoir vécu, il ne reste qu’à espérer que l’alchimie aura encore lieu, au moins une fois…
Les Fleshtones repartent donc vaillamment à l’assaut de leur public, vaguement éméchés et défaits… Première constatation : Gordon Spaeth n’est plus là, et son saxo magique est remplacé par deux instruments, il n’y a plus trace de l’orgue grinçante d’autrefois. Ne restent donc des Fleshtones des débuts que le trio Zaremba – Streng – Milhizer, et les petits nouveaux me paraissent avoir du mal à s’adapter aux parades et gesticulations rituelles, ce qui semble mettre Zaremba hors de lui ! Jouant au petit dictateur, ce dernier, assez remonté, ne contribuera pas à mettre l’ambiance à la fête ! Sans l’esprit bon enfant, ce genre de foire sur scène
apparaît vite forcée et finalement peu engageante. Une vague tristesse m’envahit peu à peu, je n’arrive pas à accrocher, même si je reconnais ci et là au milieu de longs medleys des fragments de Ride Your Pony ou The World is Gonna Change…
Et puis les cuivres, houspillés par Zaremba, reprennent le dessus, et la fête reprend des couleurs, et les sourires s’épanouissant à nouveau. Malheureusement, il faut interrompre le concert, horaires serrés de l’Elysée Montmartre obligent, et cela met tout le monde en rage, alors que le moteur commençait à peine à tourner à plein régime. Zaremba bouscule les organisateurs, réinvestit la scène avec son équipe par la salle, et les Fleshtones, coincés par le temps, déchaînent enfin le feu du ciel, en 5 minutes de délire superbe, prouvant s’il en est encore besoin, que le meilleur rock se doit d’être soit dangereux, soit en danger. A la prochaine les gars ! »
The Replacements - Lundi 8 Avril 1991 - Espace Ornano (Paris)
« Paul Westerberg est un grand songwriter, alliant le sens des mélodies à l’acuité des mots, dans une tradition rock’n’roll très pure. En 1991, les Replacements, alcooliques repentis, ont arrêté de faire du bruit qui tue, et jouent les chansons de leur leader avec une honnêteté touchante,
avec juste ce manque d’imagination bien américain qui les empêche d’atteindre le niveau supérieur, l’immortalité peut-être. Alors on en restera avec deux très belles heures de rock, un genre de perte de vitesse à l’heure actuelle… parfois un peu agacés quand même par des plans trop convenus, des stéréotypes inutiles étant donné la classe des chansons. D’autres fois, on se surprend à s’exciter sur les quelques tempos rapides, exécué avec la hargne de ces années punks dont ils sont issus.
Globalement, les Replacements, c’est quand même très beau, et lorsqu’ils reprennent le fastueux Another Girl Another Planet des Only Ones, non seulement on crie de plaisir tant la référence est juste et méritée, mais on ne peut s’empêcher de redouter le parallèle avec ces glorieux perdants… Quant à moi, personnellement, j’ai regretté l’absence de Rock’nRoll Ghost, l’une des choses les plus vraies écrites ces dernières années, et aussi de Anywhere’s Better Than Here, dont la rage frustrée aurait bien conclu deux heures presque excellentes. L’un des concerts de l’année ? Dans le monde imaginaire du Rock, certainement ! »
PS : les photos sont de Patrick M., merci à lui...
The La's - Lundi 25 Mars 1991 - La Cigale (Paris)
« Cela fait quand même un choc de les voir sur scène, avec leur air hyper-juvénile et leur refus de tout look « rock » - Lee Mavers en survêtement informe ! -, et quand les chansons déboulent,
presque toutes époustouflantes, on se dit qu’on tient là quelque chose de vraiment rafraîchissant... Rafraîchissant, mais pas novateur, puisqu’on est en plein recyclage des principes pop et « moraux » des sixties.
En bout de course, le refus total du spectaculaire (un bon point pour eux...) débouche sur une absence de tension, qui pénalise lourdement ce concert des La’s. Il y a certainement un malentendu là-derrière (à moins que ça ne soit que pure arrogance de la part de Mavers !?), parce que, fondamentalement, le public a besoin d’un minimum de mise en
scène pour atteindre pleinement le plaisir, pour que se crée un évènement qui fasse la différence avec l’écoute confortable du disque chez soi.
On peut donc admirer ce jeune fou pour son talent mélodique indéniable, et sa foi en ses chansons – toutes nues -, mais on ne peut finalement guère le remercier pour les maigres plaisirs qu’il nous accorde sur scène...
A propos, avant ça, Peter Astor nous avait endormi, et Bill Pritchard doucement amusés. Drôle de soirée quand même... »
Photos de Patrick M., merci à lui...
Happy Mondays - Vendredi 1er Mars 1991 - La Cigale (Paris)
« Depuis deux ans, toute l'Angleterre est sur les dance floors, et Paris a fini par suivre... comme d'habitude... Les Happy Mondays, groupe phare du mouvement, débarquent enfin, précédés d'un bon album, « Pills & Thrills », pour deux soirées "rave" à la Cigale (soirées initialement prévues en Février et retardées sans que j’aie bien compris pourquoi, mais avec les Mondays, rien de surprenant...
Une soirée « rave », pour les Mondays, ou bien pour les organisateurs, ça consiste en fait en une heure et quart de disco tonitruante martelée par deux DJs pénibles... suivie par seulement 45 minutes de concert... Un concert basé d’ailleurs sur un bon paquet de « bandes », de musiques préenregistrées, sur lesquelles les Mondays, piètres musiciens et fiers de l'être, s'agitent
et font les fous. On peut regretter de ne pas assister à ça de l'autre côté de la Manche, car on imagine que cela doit donner lieu à de grands moments d'hystérie collective. Mais à Paris, où les 3/4 des spectateurs sont là - comme nous d'ailleurs, admettons-le – plus pour satisfaire leur curiosité que pour se laisser aller à la folie, la « rave » tombe méchamment à plat. Le son est, heureusement, colossal et superbe, mais nos sens ont déjà été un peu émoussés par le bombardement rythmique qui a précédé. Bez a toujours l'air bien atteint, mais l'exiguïté de la scène semble empêcher sa folie de contaminer le reste du groupe, sans parler des spectateurs. Shaun garde toujours sa parka, comme prévu, mais semble peu concerné par le tumulte...
Bref, malgré les chansons qui passent bien la rampe, et quelques moments un peu plus intenses, on sort de là en se demandant si c’était du lard ou du cochon. On ne sait pas très bien à quoi à on a assisté. A une escroquerie (The « Great Rock’n’Roll Swindle » une fois encore...) ? »
22 Pistepirkko - Jeudi 28 Février 1991 - Espace Ornano (Paris)
« L’avantage, pour nos « 22-Coccinelles » de vivre en Islande, ou en Finlande, je ne sais plus, c’est que nul ne trouve rien à redire à ce raccourci spectaculaire qu’ils prennent entre country hippie, surf destroy et je ne sais quoi encore pourvu que ça soit bien « garage » ! On sent que toute la culture rock de ces 30 dernières années a été ingurgitée par 22-Pistepirkko et ressort naturellement comme ça, sans complexes ni logique particulière non plus... ce qui permet à la critique déboussolée de parler de fraîcheur, de musique de dimension humaine, etc. etc.
Début choc pour voir qui va quitter la salle, en quinze minutes de fracas même pas vengeur, simplement systématique, appliqué (Bare Bone Nest), puis visite cool et un peu dilettante des titres plus connus, avec une nonchalance qui frise littéralement le scandaleux : le manque de conviction sur le magnifique Frankenstein est quasi criminel ! L’ennui se met à rôder, personne ne semble vraiment concerné, ni sur scène, ni dans la salle... Et puis, après quelques
morceaux acoustiques plus joviaux, même s’il est difficile de faire le tri entre naïveté et cynisme, tout se met enfin à faire sens. Quelques reprises de standards garage pour nous mettre de meilleure humeur, et la partie finit par être gagnée par 22-Pistepirkko...
Quand même, quels drôles d’oiseaux : un bassiste-organiste qui semble par instants mûr pour la camisole, un batteur virtuose et bob garçon, et puis ce P.K. Karänen à la voix tordue, unique, au look semblant tout droit sortis des photos surannées de Neil Young période « After The Goldrush »... et qui semble toujours hésiter entre froideur ironique et complicité avec son public... »



