Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

02 octobre 2018

Hanni El Khatib - Mardi 10 Octobre 2017 - La Cigale (Paris)

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale Billet« C'est toujours un bonheur que de découvrir pour la première fois un artiste sur scène, il y a la curiosité, l'espoir d'une vraie surprise, un peu encore de l'excitation des premières fois. Hanni el Khatib, que j'ai découvert bien tardivement à l'époque de son excellent troisième album, fait partie des gens qui intriguent : un drôle de mélange entre sincérité garage et mélodies accrocheuses, séduisantes même souvent. La "hype" Hanni el Khatib est désormais un peu retombée à Paris, mais ce n'est pas plus mal.

2017 10 10 Gabriel Auguste Cigale (6)Comme deux premières parties sont prévues ce soir, la Cigale se remplira lentement, on le sait bien, d'un public typique du concert rock parisien un peu pointu (mais pas trop) : des hipsters, des gentils couples autour de la trentaine, quelques fans plus grisonnants heureusement. Moi, posté sur ma rambarde de droite, je réfléchis aux vertus rassérénantes de la musique en période de trouble. Un vœu pieu ?

19h55 : Gabriel Auguste a un look passablement seventies mais quand même assez bizarre : pantalon et chaussures de ville, blouson jaune satin, moustache straight et longs cheveux blonds... sa musique est du soft rock, sur des tempos moyens qui évoquent l'un de ces fameux groupes de bal populaire de mon enfance (qui m'ont largement traumatisé) jouant plutôt mal des chutes des albums de Pink Floyd. La voix est particulièrement médiocre, et l'impression générale est d'une sorte de variétés françaises pas trop intéressantes. Heureusement ça ne dure qu'une vingtaine de minutes. Passons...

2017 10 10 Fantômes Cigale (4)20h30 : un duo cette fois sur scène, ils sont français aussi, ils débutent (expliquant que c'est leur première tournée...), et ils s'appellent Fantômes. Et c'est quand même déjà plus ça : au début on a même l'espoir d'un truc vraiment intéressant. C’est le batteur qui chante surtout, pas très bien mais bien dans le ton du truc, un bricolage approximatif mais original. Le guitariste n'a rien d'un virtuose et la guitare est un peu sous-mixée. C'est frais et nerveux, comme on aime, cependant au bout d'un moment, on peut trouver que les morceaux manquent quand même de consistance et de structure. Ce n'est pas si facile que ça paraît de jouer "arty" en fait. Le fan club de Fantômes est dans la salle, l'ambiance est amicale, mais le groupe n'est clairement pas encore prêt. Le dernier morceau, plus énergique, permet de se quitter sur une note positive. Sinon, une anecdote curieuse : avant de commencer à jouer, les deux musiciens se sont serré la main comme s'ils venaient juste de faire connaissance, là, sur scène. Un rituel ?

20h20 : un scorpion noir sur fond rose est projeté sur l’écran au fond de la scène, c’est la pochette de “Savage Times”, le dernier album de HEK, comme on appelle Hanni El Khatib, peut-être parce que c’est plus simple, ou bien parce que ça fait plus américain : finalement il n’y a pas trop de patronymes arabes, voire pas du tout, dans le Rock ! Mi-palestinien, mi-philippin, lourdement tatoué, Hanni a fière allure, un mélange peu courant de charme, de sensualité et de décontraction furieusement rock’n’roll. Il est accompagné d’un trio disparate, entre guitariste au look de nerd, bassiste bien garage et batteur jeunot bien propre sur lui. La Cigale est maintenant bourrée jusqu’à la gueule, et l’ambiance est chaud bouillante. On est parti pour un bon concert de Rock qui sent sous les aisselles : HEK attaque fort avec Baby’s OK, le son claque, le groupe est efficace, la voix est parfaite, c’est tout bon.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (6)Ce qui est magique avec HEK, c’est que même les morceaux qu’on ne connaît pas accrochent immédiatement, et qu’avant qu’ils soient même finis, on sait chanter le refrain et on s’amuse : est-ce que c’est un gage de la trop grande simplicité de cette musique, qui oscille en permanence en rock des origines (on sait que les Zombies et les Beatles furent une grande inspiration de Hanni à ses débuts), déflagrations garage-punk et soul-disco populaire ? Ou au contraire, est-ce le plus beau témoignage de son universalité ?

Mais le plaisir de chanter les irrésistibles Moonlight ou Melt Me sera un peu gâché par l’irruption sur scène d’un spectateur du premier rang, qui vient se plaindre des agissements de quelques individus éméchés et violents dans la fosse… C’est assez inattendu, et on voit que Hanni ne sait pas trop quoi dire : on est quand même dans un concert garage / punk, il me paraît difficile de reprocher à des membres du public de trop bouger, non ? Cependant un peu plus tard, il semble que la situation dégénère, le groupe s’interrompant en plein milieu du très BlackKeysien Dead Wrong du fait des altercations au premier rang. Bon, j’ai sans doute bien fait de m’installer comme je le fais désormais toujours à la Cigale, sur ma coursive latérale… Bref, le service d’ordre intervient, vire – assez gentiment – les fauteurs de trouble, et le set peut recommencer.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (16)Bon, c’est bien joli tout ça, mais je trouve le set un tantinet trop gentil, trop tiède, avec un Hanni un peu dilettante, en deçà de ce qu’on pouvait attendre… HEK lit-il dans mes pensées ? En tout cas il nous offre alors un Come Down d’anthologie : « If the God’s gonna come down / You better come now / Because if he ain’t going to come / I’m going to do what I want ! » J’ai les poils et les cheveux qui se dressent, l’émotion me submerge, putain ça c’est en enfin du rock’n’roll, ça tord les tripes ! Et il enchaîne aussitôt avec : « When you dead in your grave / No more women will you crave / I'll be glad when you dead, you rascal, you! »… Un truc qui me dit quelque chose… Mais oui, c’est cette Vieille Canaille chantée par Gainsbourg !

A partir de là, HEK et ses hommes passent la surmultipliée et le concert bascule complètement du côté obscur – et jouissif – de la force. Hanni et Hayden descendent à tour de rôle et plusieurs fois dans le public, il y a un mosh pit généreux qui se forme au milieu de la Cigale, et la température est au moins montée de 1000 degrés centigrades. Les dernières vingt minutes seront mémorables, un peu comme un concert des Fleshtones ou des Black Lips avec de (bien) meilleures chansons. Partout dans la salle, et même au balcon, les gens sont debout, dansent et chantent, alors que les vagues de pogo déciment la fosse. Hanni semble enfin s’être lâché, il rayonne littéralement et fait honneur à son excellente réputation sur scène. Un doux chaos règne sur la Cigale, et je n’ai absolument pas envie que cet état de béatitude musicale prenne fin…

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (54)… mais, alors qu’il nous avait promis, le fourbe, de continuer à rocker jusqu’à ce qu’on le vire de scène, le voilà qui plie les gaules après moins d’une heure de set ! Alors, là, je ne suis pas d’accord ! Mais pas du tout ! Bon, ils reviendront pour deux rappels tout aussi irrésistibles, avec en particulier l’ultra-dansant Two Brothers, qui nous laissera forcément d’excellente humeur, malgré la brièveté de ce concert.

En sortant de la Cigale, je me fais le serment de ne jamais manquer, dans la mesure du possible, un passage de HEK en ville. C’est tout simplement trop bon pour s’en passer ! »

 

Les musiciens de Hanni El Khatib :

HEK – voice, guitar

Ron Marinelli – drums

Adrian Rodriguez – bass

Hayden Tobin – guitar, keyboards

 

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (90)La setlist du concert de Hanni El Khatib :

Baby's OK (Savage Times – 2017)

Mangos and Rice (Savage Times – 2017)

Moonlight (Moonlight – 2015)

Melt Me (Moonlight – 2015)

Till Your Rose Comes Home (Savage Times – 2017)

The Teeth (Moonlight – 2015)

Paralyzed (Savage Times – 2017)

Dead Wrong (Will the Guns Come Out – 2011)

This I Know (Savage Times – 2017)

Come Down (Savage Times – 2017)

You Rascal You (Will the Guns Come Out – 2011)

Loved One (Will the Guns Come Out – 2011)

Pay No Mind (Head in the Dirt – 2013)

Family (Will the Guns Come Out – 2011)

Encore :

???

Two Brothers (Moonlight – 2015)

Encore 2 :

???

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02 juillet 2018

Sparks - Dimanche 1er Octobre 2017 - Gaîté Lyrique (Paris)

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique Billet« "Hello soldier boy," / oh boy, shes spewing out her propaganda, propaganda / Might makes right, though you're wrong / you're right to fight her propaganda, propaganda, propaganda…

Il y a dans la vie des petits cadeaux qui arrivent juste au bon moment. Quand la vie paraît ingrate, que les difficultés s’amoncellent, soudain le ciel vous envoie un hippopotame dans votre piscine, par exemple. Ou bien un tableau de Hieronymus Bosch. Ou bien, plus trivialement mais à peine, la chance de pouvoir assister en 2017 à un concert de Sparks formule 1974. Celle de “Propaganda”, celle du bonheur peut-être. Nous n’y croyions pas vraiment, mais nous l’espérions quand même un petit peu. Nous, Virginie, Clément et moi, mais aussi une bonne partie du public parisien pas très jeune qui a rempli la Gaîté Lyrique à craquer en ce dimanche soir… Il faut dire que “Hippopotamus” est un bon album de Sparks, un peu plus commercial que la plupart de ceux qui l’ont précédé : je veux dire un peu moins singulier, un peu moins clivant, et avec des guitares. Même que Ouï FM diffuse régulièrement l’irrésistible Edith Piaf, quelque chose d’inédit depuis le succès français de When I’m With You dans les années 90. Est-ce la conséquence du succès de FFS il y a deux ans ? En tout cas, Ron et Russell Mael dégustent cette année un (petit) succès populaire dont ils ont été privés depuis plus de 30 ans, c’est mérité, ils en sont heureux, et nous aussi. Pour eux, et pour nous, comme une récompense à notre fidélité depuis… “A Woofer in a Tweeter’s Clothing”, soit 1972 dans mon cas !!!

2017 10 01 Mister Moonlite Gaité Lyrique (4)20h15, alors que j’ai réussi à atteindre le premier rang, sur l’extrême gauche malgré une arrivée tardive, un drôle d’hurluberlu monte sur scène. Il s’appelle Mister Moonlite, et il chante des chansons de variétés anglaises typiques des années 50-60, je dirais au jugé, vêtu d’un costume de mauvais goût, un bouquet de roses à la main, et accompagné par un disque vinyle qui tourne sur un électrophone derrière lui. Il chante, plutôt bien, des chansons d’amour un peu ridicules, un peu funky parfois, et aussi des chansons de Science-Fiction (prétend-il, et c’est vrai que l’une de ces chansons parle de Stephen King). C’est très anglais, plutôt drôle et charmant, mais comme ça durera plus de vingt-cinq minutes, la plaisanterie ne sera plus trop amusante au bout d’un moment. Tiens, quelque part, ça me rappelle les aberrations des premières parties des Stranglers, à la grande époque. 

21h05, tout le monde commence à s’impatienter à force de supporter de la variété italienne sur la sono, quand Ron et Russell déboulent, accompagné d’un quintet de jeunes gens – dont le fameux Mister Moonlite, qui officiera aux claviers dans le fond de la scène. Deux guitaristes, une batterie aux dimensions impressionnantes : c’est confirmé, Sparks nous revient cette année dans une configuration traditionnellement rock, pour la première fois depuis le milieu des années 70 ! What the Hell Is It This Time?, sorte de citation de l’époque “Propaganda” envoie du bois : nous n’avons jamais entendu encore Sparks comme ça sur scène. Tout le monde est vêtu de maillots rayés, même Ron (qui a quand même la cravate !), façon marins de chez Jean Genet. Ron paraît de plus en plus émacié, fragile même, on s’inquiéterait presque pour sa santé, mais, bien sûr, il sera égal à lui-même ce soir, c’est-à-dire absolument impassible, hormis lors de son traditionnel “Ron Moment”. Russell, en culottes de golf et chaussures laquées, garde son habituelle préciosité, et continue à pouvoir monter dans les octaves de manière insensée malgré l’âge qui s’avance. RAS de ce côté-là !

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (4)Sauf que là, c’est… Propaganda ! Enchaîné comme il se doit avec At Home, At Work, At Play. Forcément, on fond, on ruisselle, on sourit aux anges, on a un peu les larmes aux yeux. Et c’est comme ça que ça devait être à l’époque : puissant et mélodique à la fois. Post-glam déjà et pré-punk. Je jette un coup d’œil derrière moi à Clément qui arbore un grand sourire. Il y a aussi les mecs habituels du fan club, qui crient : « Merci, Merci ! » à la fin du morceau, ce genre d’ambiance, quoi… Le son est bien fort, je m’inquiète pour mon oreille gauche, à quelques centimètres de la sono… d’autant qu’on sait bien que ça va encore monter en puissance.

Pas sûr par contre que les subtils Good Morning et When Do I Get to Sing My Way bénéficient autant du traitement heavy rock de ce soir, un peu de leur beauté fragile reste sur le carreau, alors l’ambiance redescend d’un cran. Russell annonce des chansons du nouvel album, et un petit hippopotame en peluche lancé de la salle atterrit sur la scène : bien vu ! Missionary Position avec son stomp final un peu lourdingue remplit son contrat de relancer le set. When I’m With You, LE morceau pour les Français, et une version percutante et bruyante de Dick Around rajoutent un tour de vis : les guitares et la batterie déploient maintenant toute leur puissance, je m’éloigne prudemment de la sono pour protéger mon ouïe, profitant de l’espace qui s’est ouvert devant moi.

Les sublimes Edith Piaf et… Never Turn Your Back (souvenirs, souvenirs) déploient leur magnificence. Le solo sur Never Turn Your Back, joué à deux guitares par les deux petits jeunes tout excités est la cerise sur le gâteau. Plus tard, Clément me demandera si je crois que ces jeunes musiciens réalisent la chance qu’ils ont de jouer une musique comme celle-là en 2017… Je ne sais pas, mais en tous cas, ils ont l’air de bien s’amuser… même si l’on se rend compte à quelques petits indices au long du set que Russell doit être un patron plutôt autoritaire !

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (17)My Baby’s Taking Me Home, seul rescapé de “Lil’ Beethoven”, dépare un peu avec son aspect expérimental, mais l’interprétation au marteau piqueur de The Number One Song in Heaven – la voix de Russell est désormais complètement saturée dans la sono – lance le sprint de la dernière ligne droite. Ron fait son ineffable danse grimaçante, et This Town Ain’t Big Enough, dans une version impeccable, donne au set de ce soir une allure de classique éternel : oui, nous sommes bien en 1974, la machine à voyager dans le temps existe ! Heureusement, on sait les Frères Mael ennemis de la nostalgie, et le set se conclut par l’opératique Life with the Macbeths, la voix de la chanteuse lyrique astucieusement remplacée par la guitare électrique,… et les yeux de Ron et Russell définitivement fixés sur le futur !

Deux beaux cadeaux en rappel : d’abord l’apparition de Leos Carax (il y a des gens autour de moi qui n’ont visiblement jamais entendu parler de lui, tristesse, tristesse !) pour l’hilarant When You’re a French Director, et puis une reprise du génial Johnny Delusional, rescapé de l’aventure FFS, qui me fait vraiment, mais vraiment plaisir, Russell reprenant élégamment les parties vocales d’Alex Kapranos. Le concert se termine pied au plancher avec Amateur Hour, bien évidemment, histoire de satisfaire le gros du public.

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (39)Russell et Ron ne se décident pas à quitter Paris qui les idolâtre ce soir : si Russell, on le sait, maîtrise suffisamment le français pour s’adresser à nous dans notre langue, Ron prendra exceptionnellement le micro pour nous dire, en anglais, combien le cinéma français (la Nouvelle Vague) a été une source d’inspiration à leurs débuts, leur a donné l’envie de faire quelque chose d’artistique avec leur musique. Mission accomplie, Ron ! A quand la légion d’honneur pour Ron et Russell, Monsieur Macron ? Allez, on attend encore la sortie de “Annette”, la comédie musicale que Carax et Sparks sont en train de nous concocter, mais pas plus longtemps.

Une heure trente d’un concert que l’on n’espérait plus de la part de nos héros, et la nuit paraît un peu moins noire quand on ressort de la Gaîté Lyrique.

It’s a heartwarming song / For the easily moved / The effect is all wrong / Plain to see I’m not moved

As I stand in the light / Of a shop that is closed / God, I’d love me a fight / There’s no poem just prose

Edith Piaf said it better than me / “Je ne regrette rien” / Pretty song, but not intended for me…

»

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (72)La setlist du concert de Sparks :

What the Hell Is It This Time? (Hippopotamus – 2017)

Propaganda (Propaganda - 1974)

At Home, At Work, At Play (Propaganda - 1974)

Good Morning (Exotic Creatures Of The Deep - 2008)

When Do I Get to Sing "My Way" (Gratuitous Sax & Senseless Violins – 1994)

Probably Nothing (Hippopotamus – 2017)

Missionary Position (Hippopotamus – 2017)

Hippopotamus (Hippopotamus – 2017)

When I'm With You (Terminal Jive – 1980)

Dick Around (Hello Young Lovers – 2006)

Scandinavian Design (Hippopotamus – 2017)

Edith Piaf (Said It Better Than Me) (Hippopotamus – 2017)

Never Turn Your Back on Mother Earth (Propaganda - 1974)

I Wish You Were Fun (Hippopotamus – 2017)

My Baby's Taking Me Home (Lil' Beethoven – 2002)

The Number One Song in Heaven (No. 1 In Heaven – 1979)

This Town Ain't Big Enough for Both of Us (Kimono My House – 1974)

Life with the Macbeths (Hippopotamus – 2017)

Encore:

When You're a French Director (with Leos Carax) (Hippopotamus – 2017)

Johnny Delusional (FFS cover)

Amateur Hour (Kimono My House – 1974)

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25 janvier 2018

Catherine Ringer + Sparks - Lundi 4 Septembre 2017 - La Cigale (Paris)

2017 09 04 Catherine Ringer Sparks La Cigale Billet« On a beaucoup reparlé de Catherine Ringer au cours des douze derniers mois, du fait en particulier de la percée de la jeune Fishbach qui fait joliment écho au travail des Rita Mitsouko dans les années 80-90. Alors, quand la Cigale a annoncé qu'elle fêterait ses 30 ans avec la grande Catherine et avec nos amis Ron et Russell en invités, il m'était impossible de refuser d'être !

Le public est plutôt âgé ce soir, ce qui n'est pas forcément idéal pour l'ambiance, le risque de la nostalgie étant bien présent… On verra bien ! Ce qui est moins drôle encore c'est la table avec les platines qui trône au milieu de la scène quand j'arrive : espérons qu'il ne s'agira là que d'une première partie rapidement expédiée !

2017 09 04 Solo Dicko La Cigale (2)20h : un DJ (Solo Dicko) vêtu d'un T-Shirt rigolo ("Enculé - Paye Moi") attaque un set beaucoup moins désagréable que je le craignais a priori : il remixe plutôt habilement des classiques de la cold wave (Bauhaus) ou du rock anglais (Roxy Music), et le tout est original et dansant. Pas passionnant, surtout pendant 35 minutes, mais correct…

20h55 : Catherine Ringer est sur scène avec un quatuor guitare – claviers – basse – batterie, mais j’ai d’abord un peu de mal à la reconnaître, non pas que ses soixante ans (très proches) l’aient plus marquée que normal, mais elle a de prime abord un côté très sage qui tranche avec notre souvenir d’une Catherine bien déjantée. La première chanson, Senior, est d’ailleurs à proprement parler effrayante, autant par ses paroles (« Senior ? J’adore… ! », OK !) que par la manière extrêmement conventionnelle dont Catherine l’interprète…

2017 09 04 Catherine Ringer La Cigale (3)On attendait avec Clément un set bien rock, on se rend compte à notre grande horreur qu’on va avoir droit à un concert de chanson française traditionnelle (et poussiéreuse…). Et les trois morceaux qui suivent, s’ils permettent à Catherine de bouger un peu plus, et de nous montrer par éclairs des restes de son ancien style scénique, vont malheureusement confirmer l’impression négative de la première chanson. Les compositions sont très faibles, dans un style variétés françaises inintéressant au possible, et le groupe est totalement incompétent, quand ce n’est pas pénible lorsque les nullards font des démonstrations en solo. Incroyablement, le public semble apprécier, et même délirer devant ce set catastrophique : jusqu’où ira donc le fanatisme aveugle ?

Le pire est évidemment quand ce joli petit monde se met en tête d’interpréter des chansons du répertoire des Rita Mitsouko (Don’t Forget the Nite est hideux, littéralement !) : pas de structure, pas de rythme, pas d’inspiration, on est au niveau d’un groupe de bal ou bien de mariages… Là-dessus, peu importe si Catherine chante bien ou mal, mais globalement il faut reconnaître qu’elle se débrouille plutôt bien, même si son registre actuel me la fait imaginer reprenant plutôt Piaf ou Fréhel ! J’ai très envie de me sauver, mais j’espère encore, plein d’illusions, que l’apparition de Ron et Russell changera la donne.

2017 09 04 Catherine Ringer Sparks La Cigale (6)Ce ne sera qu’après une bonne dizaine de chansons, et trois bons quarts d’heure, qu’un roadie viendra installer le clavier de Ron, et que Sparks apparaîtront enfin. Russell, dans un français assez excellent, rendra hommage à Fred Chichin, avant d’attaquer le merveilleux Singing in the Shower… qui constituera mes trois minutes de plaisir au cours d’une longue, longue et pénible soirée comme j’en ai rarement connues. Ron et Russell sont évidemment impeccables, inchangés, et la conjonction des voix de Russell et Catherine fonctionne bien. Live in Las Vegas est déjà un ton en-dessous, parce que le groupe se fait bien trop entendre, et que le public ne connaît pas massivement la chanson (elle n’était à l’époque qu’en bonus sur le CD "Marc et Robert"). When I’m With You, hit français sucré du Sparks des eighties, est complètement déséquilibré par l’interprétation terriblement maladroite du groupe, et loupe sa cible. Et… c’est fini. Ron et Russell se retirent déjà, me laissant au trente-sixième dessous : mais qu’est-ce que je fais donc ici ce soir ?

Il nous reste alors à boire la coupe jusqu’à la lie : une version infâme du merveilleux Marcia Baila, qui a perdu toute sa flamme et son rythme, est un véritable coup de pied de l’âne pour les (rares) vrais fans de rock, ou simplement de musique, qui ont eu le malheur, comme nous, de se pointer ce soir à la Cigale. Mais le fond est atteint avec une interprétation ignoble de Andy, qui, joué par les cancres qui sont ce soir sur scène, est un gloubi-boulga informe.

2017 09 04 Catherine Ringer Sparks La Cigale (51)Une heure trente et quelques de souffrance, tout le monde salue, et, inexplicablement, les fans dans la fosse en réclament encore, ce qui offre quand même une perspective désespérante quant au goût français pour la musique. Heureusement, ça suffira comme ça, et dans un dernier salut avec Ron et Russell, Catherine prend définitivement congés. J’attendais bien sûr C’est Comme ça, mais Clément et moi tombons d’accord pour nous dire qu’il valait sans doute mieux qu’une nouvelle séance de torture nous soit épargnée.

Je sors de la Cigale complètement dégoûté, en jurant qu’on ne m’y reprendrait plus ! Sale début de saison ! »

 

La setlist du concert de Catherine Ringer :

Senior

Fier à Bras

Como Va

Vive l'amour (Ring n’Roll – 2011)

Mandolino City (Les Rita Mitsouko – Marc et Robert – 1988)

Tristessa

Don't Forget the Nite (Les Rita Mitsouko – Re – 1993)

Grande Lessive

Punk 103 (Ring n’Roll – 2011)

Petite Planète

Ce Sale Ton (Les Rita Mitsouko – La Femme Trombone – 2002)

Singing in the Shower (Les Rita Mitsouko – Marc et Robert – 1988) (with Sparks)

Live in Las Vegas (Les Rita Mitsouko – Marc et Robert – 1988) (with Sparks)

When I'm With You (Sparks cover) (with Sparks)

Allô! (Les Rita Mitsouko – Cool Frénésie – 2001)

Marcia Baila (Les Rita Mitsouko – Rita Mitsouko – 1984)

Encore:

Les Bohémiens

Andy (Les Rita Mitsouko – The No Comprendo – 1985)

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15 janvier 2018

Car Seat Headrest / Ty Segall / Slowdive - Dimanche 27 Août 2017 - Festival Rock en Seine (Parc de St Cloud)

2017 08 25 26 27 Rock en Seine Billet« 14h30 : Scène de la Cascade. On doit être cinq à la barrière quand j’arrive, alors que le soleil tape très dur et que, coup de bol, Car Seat Headrest font leur sound check. Will Toledo – qui arbore désormais une ébauche de moustache - nous offre une interprétation low fi mais déchirante d'un titre que je connais mais n'arrive pas à identifier ("It doesn't have to be like this..." Nirvana ? Car Seat Headrest ? ;) ) : en tout cas, c'est plus beau que la totalité du concert du Divan du Monde il y a 5 mois ! Puis Will quitte la scène et c'est au tour du guitariste de nous offrir quelques mesures de Neil Young. Sympa...

2017 08 27 Car Seat Headrest RES J3 (16)15h15 : le batteur de Car Seat Headrest ouvre le concert en lançant un sample avec une voix féminine : original ! Will arrive après, faisant comme d'habitude plus ou moins la gueule, mais cette fois, je veux dire à la différence du concert au Divan du Monde, la mayonnaise prend immédiatement. On commence avec Vincent qui n'est pas le morceau le plus catchy mais qui permet au groupe de trouver ses marques et de lancer quelques piques qui atteignent bien leur cible. Fill in the Blank, plutôt musclé permet aux fans de brailler en choeur sur le refrain. Le concert a décollé ! Le morceau suivant, le plus calme du set, est une véritable merveille : on a droit encore à l'utilisation d'un sample de voix féminine sur le refrain, c'est nouveau et ça marche impeccablement. D'ailleurs Will quitte un instant son hiératisme pour manifester un peu de satisfaction ! Ouais ! Mais ce sera logiquement le sublime Drunk Drivers / Killer Whales (bon dieu, "It doesn't have to be like this", c'était ça ! Bien sûr !) qui constituera le sommet du set. C'est beau à en pleurer et tout le monde gueule en chœur : "Killer whales !" Mais ce n'est pas fini, le dernier morceau que je ne connais pas (un fan me donnera le titre après le concert : Beast Monster Thing) est une superbe montée en intensité, culminant par un pétage de plombs complet de Will qui se met à hurler, à hurler, arrache une corde de sa guitare, et visiblement en rage, quitte la scène. Heureusement que c'était la fin de dernier morceau prévu ! En tout cas, grand set de 45 minutes, qui rattrape l'impression mitigée que j'ai eue au Divan du Monde.

Sound check de Ty Segall : Ty installe son propre matériel, et nous offre ensuite quelques fragments sanglants de morceaux. On sent que ça va faire mal ! Réjouissons-nous à l'avance ! Un petit coucou à l'ami Thierry qui m'annonce se préparer à écouter Ty de loin, par prudence...

2017 08 27 Ty Segall RES J3 (12)16h55 : Ty Segall et ses musiciens - tous vêtus de rouge (j'ai un drôle de flashback de Jack White à l'époque White Stripes !) attaquent par Break a Guitar, le premier titre joyeux et roboratif de leur dernier album, le très plaisant "Ty Segall". Autour de moi je sens la pression monter, un mosh pit furieux s'ouvre à deux mètres derrière, la sécurité devant moi commence à stresser en voyant les slammers qui tatanent le public à qui mieux mieux. Tiens, je me rends compte que ça fait longtemps que je n'ai pas été pris au milieu d'une tornade de pogo ainsi. Et ça fait du bien de sentir cette frénésie... Sur scène, les musiciens s'amusent comme des petits fous, il faut dire que le père Ty semble des plus sympathiques ! Sauf qu'à un moment, il se prend un éclat de baguette dans l'œil droit ! Bravement il termine le morceau, mais je suis un peu inquiet pour la suite des événements. Combattif, le voilà qui déclare que le concert n'a pas été terrible jusque-là (ah bon ?), mais qu'ils vont reprendre à zéro et que ça va donner à partir de maintenant. Bon, nous on veut bien, Ty, ok ? Le groupe se lance alors dans Warm Hands (Freedom Returned), avec sa très longue improvisation au milieu : le mosh pit se fait moins pressant, on peut savourer tranquillement le jeu des musiciens, qui, en cercle, concentrés, s'observent et construisent ensemble cette longue divagation musicale. Paradoxalement, alors que leur style musical (une sorte de hard / punk rock) semble totalement différent, ces plages d'improvisation m'évoquent presque un groupe de jazz dans ses œuvres. On arrive à la demi-heure et il est clair que le reste du set est encore indéfini. Ty lance des intros et le groupe essaie de reconnaître ce qu’il veut jouer, ... et tout le monde se marre. Plus tard, c'est plutôt un jeu de devinettes : "Are you a caveman ?" lance Ty à son bassiste, interloqué. Puis c'est au tour du second guitariste d'être interrogé ! Finalement les musiciens comprendront la suggestion du patron ! Le set se termine avec deux brûlots punks qui mettent la foule en joie. Voilà 55 minutes éminemment sympathiques : guitariste virtuose, artiste généreux qui revisite à sa manière les standards du rock bruyant, Ty n'invente peut-être pas la poudre, mais il la fait parler haut et fort.

Je retrouve Clem et Virginie, très enthousiastes quant à ce qu'ils viennent de voir, même s'ils ont pris des coups plus qu'à leur tour. Maintenant il me reste 3 heures à tuer avant Slowdive, sans rien dans la programmation de l'après-midi qui me tente plus que ça. Pourquoi ne pas lézarder un moment dans un transat en écoutant de loin Mac de Marco faire l'andouille sur la Grande Scène ? C'est plutôt cool, surtout que le soleil est caché et que la température est désormais clémente.

Dernière mission de mes deux journées à Rock en Seine 2017, le concert à la Scène du Bosquet de Slowdive, groupe shoegaze, reformé voici 3 ans, à côté duquel j'étais curieusement passé dans les nineties, alors que je suivais assidûment Ride ou My Bloody Valentine, et qui a publié l'un des plus beaux albums de 2017. Pour être certain d'avoir une bonne place, je me faufile au premier rang du "concert" du pénible rapper irlando-américain, Reggie Snow. J'assiste donc aux dernières quinze minutes de son set, sans parvenir à comprendre ce que l'on trouve d'intéressant là-dedans, surtout pour ceux - et ils doivent être nombreux - qui ne parlent pas couramment anglais. Maintenant je dois dire que ça me plait bien de faire de la résistance par rapport à ces nouvelles musiques populaires (et j'adore me moquer de cette mode d'agiter les bras qui semble être le nec plus ultra à un "concert" de rap !). Une bonne heure d'attente encore, heureusement la température est désormais très agréable…

2017 08 27 Slowdive RES J3 (9)20h50 : Bien sûr, bien sûr, les quadras sur scène sont bien loin des jeunes chevelus qui regardaient leurs pompes au début des années 90, et il y a forcément quelques secondes d'adaptation aux belles bacchantes de Neil Halstead comme au format ménagère de Rachel Goswell. Et d'ailleurs, qui suis-je moi, avec mes abdos Kronenbourg et mon crâne dégarni pour juger de l'apparence de musiciens bien plus jeunes que moi ? Et ce d'autant que dès que s'élèvent les premières notes de Slomo, l'effet de suspension de l'incrédulité est imparable : Slowdive en 2017, c'est comme Slowdive en 1993, simplement en mieux. En fait, ce concert sera une claque, d'autant plus forte que je ne l'attendais pas. Un très bel album un peu convenu, comme une réminiscence d'une musique largement oubliée (The Cure de "Disintegration" meets My Bloody Valentine, on va dire pour préciser les choses) ne vous prépare pas à une musique aussi vivante, aussi électrique, aussi éblouissante. Moins dream pop et plus shoegaze à partir de Slowdive, second morceau ce soir, le set va faire la part belle aux "vieux albums" du groupe, ce qui attisera les larmes et les cris de joie de la plupart de mes voisins : c'est que j'ai l'air d'un pied tendre, moi, à découvrir un tel groupe 25 ans trop tard ! Les guitares sont délicieusement distordues et saturées d'effets avec une maîtrise remarquable, et les voix sont comme il se doit à peu près inaudibles (c'est la règle dans ce genre musical, sachez-le) : le gag sera quand sur l'intro de Sugar for the Pill (je crois), Neil demandera à la console de baisser le niveau de sa voix, alors que pour la première fois on l’entendait à peu près clairement.

 

2017 08 27 Slowdive RES J3 (11)C'est que ce qu'on recherche ici, au-delà du doux envoûtement provoqué par des mélodies nostalgiques, c'est le déferlement sonore absolu des guitares, mettant en danger l'équilibre nerveux de l'auditoire, sans même parler de leur ouïe (superbes acouphènes pour moi le lendemain matin, comme à la bonne vieille époque !). Ces explosions nucléaires occasionnelles, accompagnées d'une lumière blanche tétanisante, qui rappellent les attentats sonores de MBV (un degré au-dessous quand même), cristallisent magnifiquement la jouissance sous-jacente à cette musique de fantômes transis. Si l'on a du mal à raccorder cette marée sonore éblouissante avec le spectacle de musiciens visiblement très à l'aise et heureux de vivre un second acte aussi triomphal dans leur carrière, c'est qu'il faut comprendre qu'une musique aussi essentiellement belle, puissante, lumineuse, ne peut être que le fruit de l'expérience. Rachel dédie en souriant Alison (grands cris des fans !) à toutes les femmes qui s'appellent Alison : avec son regard pétillant qui dévisage tour à tour chacun de nous au premier rang, Rachel nous donne la clé du triomphe actuel de Slowdive, l'universalité des sentiments que sa musique exacerbe. Au bout d'une heure beaucoup trop courte mais absolument satisfaisante, on se quitte sur ce qui - je le découvrirai par la suite - est une reprise de Syd Barrett, dans une déflagration sonore atonale qui couronne ce set remarquable.

Nos oreilles ont maintenant besoin de repos, mais notre tête est pleine d'images et de sensations magnifiques. Ce qui est quand même ce qu'on demande à la musique depuis qu'elle existe : nous faire rêver, nous faire dériver vers d'autres mondes, nous rendre sourds... euh, un peu moins ça, peut-être...

Rock en Seine 2017 est mort, vive Rock en Seine 2018 ! »

 

2017 08 27 Car Seat Headrest RES J3 Robert Gil 01Les musiciens de Car Seat Headrest sur scène :

Will Toledo – voice, guitar

Ethan Ives - guitar

Andrew Katz - drums

Seth Dalby - bass

 

La setlist du concert de Car Seat Headrest :

Vincent (Teens of Denial – 2016)

Fill in the Blank (Teens of Denial – 2016)

Maud Gone (Monomania – 2012)

Destroyed by Hippie Powers (Teens of Denial – 2016)

Drunk Drivers/Killer Whales (Teens of Denial – 2016)

Beast Monster Thing (Love Isn't Love Enough) (How To Leave Town EP – 2014)

 

2017 08 27 Ty Segall RES J3 (25)Les musiciens de Ty Segall sur scène :

Ty Segall - guitar, vocals

Emmett Kelly - guitar, backing vocals

Mikal Cronin - bass guitar

Charles Moothart - drums

Ben Boye - keyboards

 

La setlist du concert de Ty Segall :

Break a Guitar (Ty Segall – 2017)

Freedom (Ty Segall – 2017)

Alta

Fanny

Finger (Melted – 2010)

Warm Hands (Freedom Returned) (Ty Segall – 2017)

The Only One(Ty Segall – 2017)

Caesar (Melted – 2010)

Girlfriend (Melted – 2010)

Sad Fuzz (Melted – 2010)

 

2017 08 27 Slowdive RES J3 (31)Les musiciens de Slowdive sur scène :

Neil Halstead - Guitare/Chant

Rachel Goswell - Guitare/Chant

Christian Savill - Guitare

Nick Chaplin - Basse

Ian McCutcheon - Batterie

 

La setlist du concert de Slowdive :

Slomo (Slowdive – 2017)

Slowdive (Single – 1990)

Catch the Breeze (Just for a Day – 1991)

Crazy for You (Pygmalion – 1995)

Star Roving (Slowdive – 2017)

Souvlaki Space Station (Souvlaki – 1993)

When the Sun Hits (Souvlaki – 1993)

Sugar for the Pill (Slowdive – 2017)

Alison (Souvlaki – 1993)

Golden Hair (Syd Barrett cover)(Just for a Day – 2005 reedition)

 

Ces chroniques ont été publiées à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.net

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05 janvier 2018

Band of Horses / Jain / The Kills / PJ Harvey - Samedi 26 Août 2017 - Festival Rock en Seine (Parc de St Cloud)

2017 08 26 Rock en Seine Billet« C'est parfait, Rock en Seine, quand on peut arriver à l'ouverture des portes, peu après 14 h : malgré le temps plutôt agréable - chaud et humide (attention au risque d'averses comme hier...!) - il n'y a encore pas grand monde devant la Grande Scène où j'ai décidé de planter ma tente ce samedi. Je me place donc tranquillement quasi plein centre au premier rang, soit l'une des meilleures places que je n’aie jamais réussi à assurer à un festival… même si l’espace entre les barrières et la scène me semble avoir singulièrement augmenté cette année ! Le programme de la journée est parfait, avec un mélange de genre qui garantit le plaisir, et au milieu le concert des Kills, ceux pour qui je suis venu ce samedi.

2017 08 26 Ibibio Sound Machine RES J2 (14)15h15 : Ibibio Sound Machine est un groupe d'afro beat d’origine nigériane (via Londres quand même…), soit le mélange attendu de funk ethnique, de jazz cuivré (Fela n’est pas loin, et c’est tant mieux…) et de sons électroniques... mais avec une remarquable chanteuse devant : Eno Williams a tout ce qu'on aime, une voix soul puissante, un charisme souriant irrésistible, et, on s'en rendra compte en particulier sur l'avant dernier titre du set, une capacité rare à monter en intensité. Si je suis d'abord le set d'une oreille distraite, je dois dire qu'il est rapidement difficile de ne pas se laisser gagner par la frénésie rythmique et le bonheur de jouer de ISM ! Le guitariste est particulièrement impressionnant avec ses solos à proprement parler incandescents, les trois cuivres propulsent la machine vers l'avant, mais ce sont évidemment la batterie et les percussions qui modèlent cette musique et lui font atteindre les sommets. Eno harangue la maigre foule dans la lumière solaire de ce début d'après-midi, et le public la suit dans ses danses, ses bras dressés et ses envolées. Au bout de 40 minutes, tout le monde est heureux : quelle magnifique façon de commencer l’après-midi !

2017 08 26 Band of Horses RES J2 (1)Band of Horses n'est pas un groupe à même de susciter un enthousiasme fou, avec sa touche indie US d’origine régulièrement noyée dans le rock américain bruyant le plus standard. Mais bon, comme je ne les ai jamais vus sur scène, c'est une bonne occasion de rattraper cette lacune. A 16h40, le quintet de l’affable Ben Bridwell démarre son set, et on se rend rapidement compte que leur musique est désormais d'une redoutable banalité, avec ses alternances d'arpèges "traditionnellement indies" et d'explosions de "violence" - trois guitares saturées, le batteur qui cogne comme un fou... - des plus convenues. Bon, autant ne pas le cacher, je me suis fait terriblement suer durant les 40 minutes du set de BOH (ils n'auront même pas joué la totalité du temps qui leur avait été imparti, c'est dire...). La voix singulière (en studio) de Bridwell n'a aucune magie sur scène, et les chansons, dont on reconnaît en effet la... "maturité" semblent dénuées de tout caractère. C'est le genre d'expérience live qui peut, un jour de déprime, faire penser que le Rock est une musique morte, sans pertinence ni impact émotionnel. Les deux derniers titres, Noone’s gonna Love You, et surtout l’emblématique The Funeral, titre-étendard de ce que fut un jour Band of Horses, sont accueillis par des applaudissements (soulagés ?) des "vrais fans" dans la foule : pour moi, ils ne font qu’accentuer encore les clichés qui ont précédé, et confirmer l'étendue de la déroute du groupe. Si ça durait plus longtemps, je crois que je pourrais en arriver à haïr ça !

Ce qui confirme l'hétérogénéité de la programmation de la grande scène, c'est que le public se renouvelle complètement après le set. Il n'y aurait donc pas de problème à atteindre le second ou le troisième rang, et j'espère que Clem et Virginie arriveront assez tôt pour me retrouver pour Jain... sans parler de l'amie Punk Chou ensuite pour the Kills.

Jain, j'étais passé à côté en 2015 et 2016, mais je trouve son album plutôt sympathique, entre sonorités africaines, intonations londoniennes (Lily Allen, le ska...?) et électro gentiment commerciale. Mais ce genre de cocktail instable passe rarement bien sur scène, il faut bien l'avouer, donc je ne place pas mes espoirs bien haut ! Je me suis assis pour reposer un peu mes vieilles jambes (encore que je me demande si la position assise n'est pas pire pour moi !), et quand je me relève dix minutes avant le set de Jain, j'ai un choc : la grande scène est quasi intégralement vide, si ce n'est un petit pupitre noir et blanc en plein centre. La Toulousaine ne semble pas avoir peur de se frotter seule aux milliers de spectateurs d'un festival comme Rock en Seine ! Un point pour elle !

2017 08 26 Jain RES J2 (33)18h20 : en effet, Jain est là, seule... oui mais pas pour longtemps ! Le temps d'une petite chanson (relativement) minimaliste, le temps d’un petit discours émouvant de débutante, le temps d'évoquer en nous le souvenir tendre des débuts de Lily Allen, le temps de nous faire croire à un spectacle "pur et dur", le temps de nous faire rêver... et puis les musiciens rentrent sur scène à leur tour, et puis les beats déferlent : tout cela n'était que du bluff, et on aura droit en fait à un très, très vilain show de variétés pour les neuneus (ça me rappelle furieusement Sheila chez Drucker, les plus jeunes ici ne peuvent comprendre…), où chaque chanson est l'occasion – jamais perdue - de faire lever les bras à la foule, de faire sauter les gens en l'air (« Jump ! Jump ! »). Une chose que Jain n’a visiblement pas compris, c’est que pour faire la fête, il faut d’abord que la musique mette les gens d’humeur à faire la fête. Que lever les bras, et sauter en l’air ne se décrète pas. Pire, ne se demande pas ! Non, le pire, ce n’est pas ça, c'est que tout le monde paraît ravi, que tout le monde lève bien gentiment les bras, que tout le monde obéit à la gentille animatrice façon Club Med, que tout le monde s’assied et saute en l’air. Oui, je suis à un concert pour les lemmings. Pas de musique : juste des bandes sur lesquels les musiciens font les clowns. Chaque chanson de l'album perd toute son originalité, sa délicatesse, pour devenir une interminable célébration électro de la bêtise humaine. L'irrésistible Come commence bien avec son riff à la guitare sèche, mais est lui aussi transformé en un immonde prétexte de faire le cirque. La voix de Jain n'est pas si mauvaise, mais elle est la plupart du temps couverte par les beats disproportionnés qui sont sensés donner du plaisir aux foules abruties par les basses. Une nouvelle chanson, Paris, présentée comme un hommage aux victimes des terroristes, semble amener un peu d'émotion bienvenue, jusqu'à ce qu'affiche sur les écrans les noms des victimes : là, excusez-moi mes amis, mais c’est un peu trop, non ? On en arrive enfin à Makeba, elle aussi massacrée par une intro en forme de manipulation des foules (ouh, oui !) et par une outro en singalong sans fin. Le final est l'occasion pour Jain de partir faire du crowd surfing protégée à l’intérieur d’une bulle géante qui l’isole du contact des mains du public : soit une image parfaitement adéquate de la société du spectacle de 2017 et du set de Jain. Le slamming inventé par Peter Gabriel en forme de sacrifice symbolique de l’artiste à la ferveur de ses fans, puis popularisé par les punks comme expression d’un geste destroy, est devenu une sorte de jeu à la Disneyland d’où tout risque est désormais exclu. Safe sex ! Et Jain de faire interminablement applaudir ses équipes, vu que c'est le dernier concert de la tournée. Et ça n'en finit pas. Je me sens au bord de la nausée. Voir ça à Rock en Seine, ça fait quand même mal au c... !  Une heure littéralement horrible, dont j'ai l'impression de sortir sali.

Heureusement il y a maintenant The Kills, soit l'antithèse absolue de toute cette merde. L'esprit rock'n'roll dans sa pureté et son romantisme originaux. Le public autour de moi a encore changé. Et en bien. Clem et Virginie m'apportent une petite bière pour me permettre de tenir, et je me sens déjà mieux.

2017 08 26 The Kills RES J2 (10)20h05 : Alison et Jamie sont là, et moi, comme la plupart des gens qui m’entourent, je suis venu ici pour eux. Ils sont accompagnés par un batteur et un bassiste / claviériste discrets qui renforcent la musique sans jamais l'alourdir. L'excellente nouvelle, c'est que, malgré un dernier album un peu plus middle of the road, The Kills restent sur scène totalement fidèles à leurs principes de faire une musique raide, incandescente, dure... presque comme au premier jour. Si Alison et Jamie ne se font plus face comme naguère, et jouent maintenant plus conventionnellement chacun face au public, la complicité entre eux reste tangible, les sourires sont toujours là, peut-être plus sincères même... La danse sensuelle des chats sauvages est oubliée, mais le pur esprit rock'n'roll est intact. Il suffit de trois morceaux torrides – y compris Heart of a Dog en intro, pourtant extrait du dernier album, "Ash & Ice", mais transfiguré par l’interprétation au cordeau qui en est faite -, pour que tout soit oublié, la bêtise infinie du monde telle que Jain l'a incarnée pendant une heure. The Kills sont l'antidote à la médiocrité et le rock'n'roll sauve toujours des vies. Comme à l'époque d'Elvis. Ou du Velvet. Le set des Kills ce soir sera presque parfait, juste trop court. Black Balloon permet aux fans derrière moi de faire un lâcher de ballons noirs… sans que quiconque y prête la moindre attention… Il est vrai qu’il y aura quelques morceaux moins intenses au milieu du set, mais Jamie et Alison se reprennent vite, et le final est stratosphérique : Pots and Pans, martelé jusqu'à l'extase, puis Monkey 23, pour notre plus grand bonheur. La nuit est enfin tombée, les lumières sont belles, Alison - en blonde décolorée - superbement féline. Alison chante désormais sans aucune timidité et offre un show parfait, vocalement comme physiquement. Jamie se délecte visiblement de chaque son sorti de sa guitare, il rayonne littéralement de plaisir. A la fin, Alison allume - enfin - sa clope, Jamie fait son dernier riff, elle est à genoux devant lui, la tigresse insoumise, le visage rayonnant. Our life was saved by rock’n’roll. Rock'n'roll. On crie tous. La vie a donc parfois un sens.

2017 08 26 PJ Harvey RES J2 (7)Je me tâte pour savoir si je vais rester pour PJ Harvey, sachant que, a priori, ce sera à peu près le même spectacle que celui vu au Zénith il y a une dizaine de mois. Mais, placé comme je suis, je me dis que ce serait vraiment du gaspillage que de ne pas en profiter. Et bien m’en a pris, car PJ Harvey va nous offrir (m’offrir ?) ce soir une sorte de concert parfait, une merveille musicale au service d’une vision politique et humaine clairement affirmée. En fait, dans une direction pourtant bien distincte de celle des Kills, une affirmation haute et claire de l’importance de la Musique dans notre monde en plein naufrage. Une manière digne et sauvage à la fois de lever la tête, voire le poing lorsque nécessaire. Mais qu’est-ce qui a changé dans le "spectacle" de PJ Harvey et de ses neuf musiciens depuis 10 mois ? A 22 heures pile, quand débute la procession – batteries et cuivres – qui ouvre la cérémonie (certains accusent "The Hope Six Demolition project" d’être trop solennel, je comprends pourquoi mais cela ne me gêne pas outre mesure), je pense que, justement, rien n’a changé. Sauf que, rapidement, je trouve PJ elle-même beaucoup plus intense, moins "flottante" comme ce fut un peu le cas au Zénith : en fait, derrière la mise en scène très composée qui régit les ballets des musiciens, leurs changements d’instruments et de place, leurs interventions, on retrouve la PJ intense de ses débuts, même si c’est désormais dans une parfaite maîtrise de son art. Vocalement, le concert de ce soir fut prodigieux, servi en outre par un son parfait, ce qui n’est pas si courant que ça dans un festival. Les musiciens autour de PJ contribuent pleinement à la complexité de la musique, et surtout, contrairement à ce qui se passe généralement dans ce genre d’orchestre, ne se laissent jamais aller à la virtuosité : tout le monde ce soir est dans l’intensité, dans la concentration, dans l’épure, et c’est qui allège fantastiquement une musique qui a été pourtant construite dans la contestation politique, dans la démonstration de force.

Alors, quels furent les moments forts de ce set d’une heure et demi d’une folle générosité ? Je suppose que cela dépendra de la sensibilité de chacun : The Ministry of Defence reste une claque d’une incroyable dureté, The Words that Maketh Murder et surtout White Chalk transcendèrent les versions jamais entendues auparavant, The Wheel déchira littéralement la nuit avec ses solos de saxo dignes de "Fun House", 50ft Queenie montra que PJ pouvait toujours rocker et de manière particulièrement sauvage, To Bring You My Love dut amener les larmes aux yeux de bien des spectateurs devant la grande scène, culminant dans une sorte d’extase cérémonielle orgasmique. Et en rappel, nous eûmes même droit à une version particulièrement électrique de Highway 61 Revisited, une référence pas si absurde que ça pour la Polly de 2017, engagée politiquement et plus furieuse que jamais. Un set extraordinaire, de la part d’une immense artiste, et la meilleure conclusion possible pour ce second jour de Rock en Seine 2017.

Demain sera une aventure différente… »

 

2017 08 26 Band of Horses RES J2 (30)Les musiciens de Band of Horses sur scène :

Ben Bridwell - vocals, guitar, pedal steel, keyboards

Creighton Barrett – drums

Ryan Monroe - keyboards, guitar, vocals

Matt Gentling – bass

+ guitar

 

La setlist du concert de Band of Horses :

Is There a Ghost (Cease to Begin – 2007)

The Great Salt Lake (Everything All the Time – 2006)

The General Specific (Cease to Begin – 2007)

NW Apt. (Infinite Arms – 2010)

Casual Party (Why Are You OK – 2016)

Solemn Oath (Why Are You OK – 2016)

Throw My Mess (Why Are You OK – 2016)

Laredo (Infinite Arms – 2010)

No One's Gonna Love You (Cease to Begin – 2007)  

The Funeral (Everything All the Time – 2006)

 

2017 08 26 Jain RES J2 (22)La setlist du concert de Jain :

Hob (Zanaka – 2015)

Hope (Zanaka – 2015)

Heads Up (Zanaka – 2015)

Lil Mama (Zanaka – 2015)

Come (Zanaka – 2015)

Dynabeat (Zanaka – 2015)

Paris (new song)

Imposter Gadget (Zanaka – 2015)

Makeba (Zanaka – 2015)

 

2017 08 26 The Kills RES J2 (76)La setlist du concert de The Kills :

Heart of a Dog (Ash & Ice – 2016)

U.R.A. Fever (Midnight Boom – 2008)

Kissy Kissy (Keep on your Mean Side – 2003)   

Hard Habit to Break (Ash & Ice – 2016)

Black Balloon (Midnight Boom – 2008)

Doing It to Death (Ash & Ice – 2016)

Baby Says (Blood Pressure – 2011)      

Tape Song (Midnight Boom – 2008)

Echo Home (Ash & Ice – 2016)

Siberian Nights (Ash & Ice – 2016)

M.E.X.I.C.O. (Midnight Boom – 2008)

Pots and Pans (Blood Pressure – 2011)

Monkey 23 (Keep on your Mean Side – 2003)

 

2017 08 26 PJ Harvey RES J2 (33)Les musiciens de PJ Harvey sur scène :

Polly Harvey – vocals, saxophone

John Parish – backing vocals, guitar, drums

Mick Harvey – backing vocals, bass, keyboards, guitar, drums

Jean-Marc Butty – backing vocals, drums, percussion

Terry Edwards – backing vocals, saxophones, percussion, keyboards, guitar

James Johnston – backing vocals, keyboards, violin, guitar, organ

Alain Johannes – backing vocals, guitars, percussion, saxophone

Kenrick Rowe – backing vocals, percussion

Enrico Gabrielli – backing vocals, percussion, bass clarinet

Alessandro Stefana – backing vocals, guitars

 

La setlist du concert de PJ Harvey :

Chain of Keys (The Hope Six Demolition Project - 2016)

The Ministry of Defence (The Hope Six Demolition Project - 2016)

The Community of Hope (The Hope Six Demolition Project - 2016)

Shame (Uh Huh Her - 2004)

All and Everyone (Let England Shake - 2011)

Let England Shake (Let England Shake - 2011)

The Words That Maketh Murder (Let England Shake - 2011)

The Glorious Land (Let England Shake - 2011)

Dear Darkness (White Chalk - 2007)

White Chalk (White Chalk - 2007)

In the Dark Places (Let England Shake - 2011)

The Wheel (The Hope Six Demolition Project - 2016)

The Ministry of Social Affairs (The Hope Six Demolition Project - 2016)

50ft Queenie (Rid of Me - 1993)

Down by the Water (To Bring You My Love - 1995)

To Bring You My Love (To Bring You My Love - 1995)

River Anacostia (The Hope Six Demolition Project - 2016)

Encore:

Highway 61 Revisited (Bob Dylan cover)

The River (Is This Desire? - 1998)

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30 décembre 2017

Alt-J / La Femme / IAM - Dimanche 23 Juillet 2017 - Festival Lollapalooza Paris (Hippodrome de Longchamp)

2017 07 23 Lollapalooza Paris Day 2 Longchamp Billet« Allez, une décision de dernière minute, un coup de cœur immense pour "RELAXER", le troisième album de alt-J, et je prends mon billet pour le second jour de Lollapalooza, un festival que je fréquentais à São Paulo mais dont c’est la première édition à Paris. La météo de ce dimanche est assez inquiétante, avec pas mal de pluie prévue, mais je tente le coup quand même.

2017 07 23 Tom Odell Lollapalooza Paris (34)Arrivée à 15h45 après une marche interminable le long de l’hippodrome de Longchamp, organisée visiblement pour canaliser les entrées, et j’arrive devant "l’Alternative Stage", où je compte m'incruster pour toute la soirée, au moment même où Tom Odell commence son set. Je ne connais rien de cet individu, je l’avoue à ma grande honte (non, pas vraiment…), et je suis bien le seul car le public, majoritairement féminin et amoureux, s'amasse en grande quantité devant la scène. Pas de problème pourtant pour entrer au premier rang en passant par l'extrême gauche, et pour me rapprocher petit à petit du milieu, surtout pour éviter une caméra plantée juste devant moi. Bon, Tom Odell, ce n'est pas du tout honteux, juste terriblement ordinaire, du genre à recycler tout le "classic rock" – Bowie, Elton John, Springsteen – en faisant passer la pilule au culot, je dirais (mais je vais sûrement me faire lyncher en disant ça...). Tom est un blondinet élégant, lunettes noires, costar beige et mèche à la Bowie, il est assis au piano dont il joue tout à fait correctement. Sa musique est ordinaire, je l'ai déjà dit, mais puissante par instants, et surtout jouée avec enthousiasme et générosité, ce qui rattrape pas mal de choses quand même... Il est accompagné par un trio de musiciens plutôt rock, qui portent bien ses chansons. Les filles autour de moi sont ravies, moi je tape du pied et dodeline de la tête gentiment. Je suis rassuré quant aux photos car j'ai entrevu l'ami Robert dans la fosse, le son est bon, je suis bien placé, le festival s'annonce bien à condition que la pluie ne soit pas trop catastrophique. Tom termine son set d'une heure par son tube Another Love, qui évidemment soulève l'enthousiasme, et par une chanson festive qui permet de se quitter en agitant tous les bras. A noter un moment amusant, lorsque Tom lance un hommage à Liam Gallagher, qui doit commencer son concert au même moment sur une autre scène, en commençant à chanter Wonder Wall : plus moyen ensuite d'arrêter le public qui continue à chanter en chœur les paroles du hit d’Oasis ! Voilà Tom obligé d’élever la voix pour affirmer qu'il a lui aussi un hit, certes de moindre renommée : Another Love...

Bon, au suivant !

Les suivants, ce sont les rappeurs de IAM, visiblement attendus avec un immense enthousiasme par le public plus concerné - et marseillais - qui a remplacé les minettes d'obédience britannique devant la scène. Je réalise que ce sera mon premier concert de rap depuis près de 25 ans, depuis que j’ai décroché de ce style de musique qui me parle peu. Mais j'ai personnellement beaucoup de sympathie pour IAM, un groupe que j'ai bien aimé à l'époque des albums "Ombre est Lumière" et de "l’Ecole du Micro d'argent".

2017 07 23 IAM Lollapalooza Paris (35)17h30, c’est donc avec une demi-heure d'avance sur le programme que Akhenaton, Shurik’n et leur bande attaquent le set de IAM. Je suis sceptique pendant quelques minutes, refroidi par les poses, les mouvements des bras, les ondulations qui me semblent tellement caricaturales de cette musique... mais, très vite, quelque chose prend. Quelque chose de magique, même : de l'ordre de l'Amour, de la générosité, de l'intelligence que dégage le groupe, ses textes engagés mais subtils, loin, loin des imprécations actuelles et de la vulgarité triomphante du hip hop moderne. Un vrai classicisme, une orthodoxie - comme ils le chantent eux-mêmes -, qui fait honneur au groupe et à son public. Très vite, c'est l'Ecole du Micro d'Argent (puisque, chance pour moi, la tournée actuelle du groupe revisite cet album mythique…), et je vois les yeux brillants, le sourire presque tendre d'Akhenaton, et je me sens profondément ému. Bouleversé presque. Samuraï en remet une couche, ce set d'IAM est merveilleux. Les quatre rappeurs arpentent la scène selon les codes du genre, haranguent la foule, l'incitent à répondre, mais les stéréotype sont dépassés : c'est fun, c'est brillant, c'est... classique. Il y a bien sûr au milieu quelques morceaux que je ne connais pas (ou peut-être que je ne reconnais pas…), mais l'heure passe comme un rêve. Presque à la fin, ils font évidemment le Je Danse le Mia, tout le monde s'en réjouit, mais le vieux tube amusant est presque anecdotique dans ce contexte. On finit avec le marathon génial de Demain c'est loin, avec le rituel du banc à partir duquel se lancent les rappeurs, chacun à leur tour. C'est un véritable marathon oui, car cela s’étale sur un petit quart d’heure, au cours duquel les textes débordent, percutent par leur richesse, leur pertinence, leur intelligence et leur sensibilité : IAM nous touche une fois de plus au coeur. Akhenaton rayonne, j'ai les larmes aux yeux. Je n'aurais jamais cru que ça puisse m'arriver. Bravo. Et merci.

Il a plu quelques gouttes pendant la fin du set d'IAM, mais ça s'est vite calmé. Pour le moment la météo est plus clémente que prévu, pourvu que ça dure ! Changement complet du public bien sûr pour la Femme : beaucoup de jeunes gens au visage peint font leur apparition. Je gagne quelques mètres vers le milieu. Jusque-là, tout va bien, comme disait l'autre, sauf que j’aborde ce set avec beaucoup de doutes, ayant entendu de nombreuses critiques négatives sur les capacités scéniques du groupe...

2017 07 23 La Femme Lollapalooza Paris (32)... mais j'avais tort d'être inquiet... 19h15, une bande de fous furieux entrent sur scène, quelque part entre la gay pride et Au Bonheur des Dames, pour ceux qui étaient nés à l'époque. Un soupçon de délire Béruriers sans la contestation politique : et c'est parti pour une heure roborative de punk rock psychédélique déjanté. Avec on le savait, des incursions "dance", des chansons électro qui rappellent les garçons modernes (mais bien moins que sur l'album...), une touche de variété cabaret un peu ridicule. Bon, ok, ils jouent très approximativement (mais de toute manière le son est pourri), et Clémence chante vraiment mal, même si elle est très jolie. Mais depuis quand les punks sont-ils censés chanter et jouer bien ? Hein, je vous demande ! La Femme nous ont offert une heure de fête, et le public a répondu avec un enthousiasme sans partage, ce qui a clairement élevé le niveau général. Il y a eu beaucoup de cul, de sexe, d'exhibition hétéro, homo et transgenre, beaucoup de couleurs, de paillettes et de strass. Marlon, visiblement branché sous 100.000 volts, a fait un slam courageux. A un moment, ils ont réussi à diviser la foule pourtant bien serrée en deux groupes et à organiser une bataille rangée (pour rire) entre eux – Luca, proclamé "ceinture noire en rock" a été lui-même au milieu du mosh pit organiser tout ça ! C'est dire ce que la Femme peuvent faire quand l'alchimie opère, comme visiblement ça a été le cas ce soir ! A un moment, l'une des choristes est passée au micro, et, vêtue de grandes ailes de papillon, elle nous a offert un moment de chant lyrique, avec une voix parfaite : c'est aussi ça, la Femme, des instants de surprise totale. Bon, la troupe toute entière est bien taraudée par le sexe, en témoignent les nombreuses chorégraphies travesties et assez dénudées qui accompagnent les morceaux, ou encore le conseil lancé par Marlon avant Mycose : « On n'est pas à Solidays, même si c'est le même endroit, il y a pas de capotes partout... Mais bon, prenez des capotes et on y va ! ». Ou encore la blague de cour d’école primaire sur la « grande queue » à faire avant d’aller aux gogues, qui « peut plaire à certains »… Et puis, bien entendu, et heureusement, comme tout concert punk l'exige, nous avons tous sauté comme des petits pois, le sourire aux lèvres, sur les brûlots du premier album (Sur la Planche, bien sûr). Après, je ne dirai pas que cette musique est géniale, et encore moins indispensable : je sais seulement que, ce soir à Lollapalooza, ça a été incroyablement fun...

Il est 20h15, il ne pleut toujours pas, je caresse l'espoir que le set d'alt-J échappe lui aussi aux intempéries. Le public change autour de moi, les Anglais arrivent, logiquement, et c'est tout de suite moins relax (on les connaît, les bâtards...). La nuit tombe doucement, et les roadies installent sur scène un matériel impressionnant : une estrade pour chacun des trois musiciens, entourée de grilles immenses de LED, avec derrière d’immenses panneaux lumineux. On sent la mise en scène à grands moyens, qui tranche avec ce qu’on a vu jusqu’à présent.

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (2)21h00 : la pluie tombe maintenant et le thermomètre a chuté, mais heureusement les conditions restent encore acceptables, surtout protégé comme je le suis dans mon ciré ! Joe, Gus and Thom s’installent chacun dans leur "cage", et attaquent leur set avec Fitzpleasure, premier de nombreux extraits de leur mémorable premier album, "An Awesome Wave". Le son est très fort, mais magnifiquement cristallin et dur, proche de la perfection – ce qui est sans doute plus facile à réaliser lorsqu’il n’y a que trois musiciens, mais bon… La voix très particulière, parfois même agaçante de Joe, contraste vivement avec son apparence physique de gros ours tranquille. A sa droite, donc directement devant moi, souvent caché par ses claviers, Gus est le plus démonstratif des trois musiciens, et il se charge en outre de la communication avec le public, dans un français excellent, presque sans accent.

Il est vrai que alt-J n’a pas une excellente réputation scénique, j’ai lu parfois que le groupe peinait à reproduire la sophistication extrême de ses albums : ce soir, ce n’est pas le cas, et il me semble au contraire que les morceaux bénéficient désormais d’ajouts qui les rendent comme il se doit plus attractifs en live, tout en demeurant spectaculairement "intelligents". La splendeur visuelle des lumières concourt également à l’impression d’une véritable expérience artistique, qui complète parfaitement la richesse musicale des chansons, mêlant une variété de styles en une réinvention moderne de ce que pourrait être le "rock" le plus pertinent de 2017 et des prochaines années.

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (28)Il reste néanmoins que, peu à peu, une certaine monotonie s’installe : si j’y réfléchis, je me rends compte que ce qui cloche, c’est bel et bien la perfection de la mise en scène, de l’interprétation, du spectacle, au détriment de l’enthousiasme et de la spontanéité qui sont quasi absentes du set. Ou plutôt, dès que Joe ou Gus esquissent un pas, un geste, un mouvement vers leur public, on les voit s’interrompre, comme pensant tout bas : « Oh fuck, I am in that cage, so I can’t do that… ! ». Heureusement, la set list s’ouvre alors aux morceaux de "RELAXER", ceux que j’attends le plus. Et Cold Blood s’avère une tuerie, pour moi le sommet du set, sans doute le morceau le plus "accrocheur" que le groupe ait composé. Au total, alt-J interpréteront cinq titres sur les huit de l’album, ce qui n’est pas mal, même si les morceaux les plus aventureux sont délaissés au profit de ceux qui sont plus "typiquement alt-J", à l’exception toutefois du très cinématographique Pleader, qui fonctionne parfaitement en live. Pendant ce temps, la pluie et le froid continuent à gagner du terrain, et c’est presque avec soulagement que j’accueille le hit Breezeblocks qui annonce la fin du concert, après une heure quinze. Pas de rappel, tout le monde se disperse rapidement pour regagner la sortie et la chaleur de son foyer.

Même si alt-J n’ont pas démérité musicalement, et ont même atteint par instants des sommets de beauté, je crois que les souvenirs les plus forts de la journée resteront pour moi ceux des sets de IAM et de La Femme. Une fois de plus, c’est l’inattendu qui survient et qui fait le prix de ce genre d’événements : aucun regret donc, au contraire, quant à cette journée rock ajoutée à l’improviste à mon planning ! »

 

2017 07 23 IAM Lollapalooza Paris (46)Les membres de IAM sur scène :

Akhenaton

Shurik'n

Kheops

Imhotep

Kephren

 

La setlist du concert de IAM :

Nés sous la même étoile (L'école du micro d'argent – 1997)

L'école du micro d'argent (L'école du micro d'argent – 1997)

Samuraï (Shurik'n song) (Où je Vis – 1998)

Bad Boys de Marseille (Akhenaton song) (Métèque et Mat – 1995)

La Saga (L'école du micro d'argent – 1997)

Monnaie de singe (Rêvolution – 2017)

Chez le mac (L'école du micro d'argent – 1997) / Independenza (Independenza EP – 1998) / Bouger la tête (L'école du micro d'argent – 1997)/ Dangereux (L'école du micro d'argent – 1997)

L'empire du côté obscur (L'école du micro d'argent – 1997)

Un bon son brut pour les truands (L'école du micro d'argent – 1997)

Petit frère (L'école du micro d'argent – 1997)

Orthodoxes (Rêvolution – 2017)

Je danse le mia (Ombre est Lumière – 1993)

Demain, c'est loin (L'école du micro d'argent – 1997)

 

2017 07 23 La Femme Lollapalooza Paris (72)Les musiciens de La Femme sur scène :

Sacha Got – guitare, voix

Marlon Magnée - clavier

Sam Lefèvre – basse, clavier

Noé Delmas - batterie

Clémence Quélennec – voix, clavier

Lucas Nunez Ritter – clavier, voix

+ toute une bande d’allumés pour faire le spectacle…

 

Les musiciens de alt-J sur scène :

Joe Newman – guitar, lead vocals

Thom Sonny Green - drums

Gus Unger-Hamilton – keyboards, vocals

 

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (39)La setlist du concert de alt-J (ordre non certain à 100%) :

Fitzpleasure (An Awesome Wave – 2012)

Tessellate (An Awesome Wave – 2012)

Something Good (An Awesome Wave – 2012)

Deadcrush (RELAXER - 2017)

Nara (This Is All Yours – 2014)

In Cold Blood (RELAXER - 2017)

3WW (RELAXER - 2017)

Intro (An Awesome Wave) (An Awesome Wave – 2012)

Every Other Freckle (This Is All Yours – 2014)

Matilda (An Awesome Wave – 2012)

Hit Me Like That Snare (RELAXER - 2017)

Pleader (RELAXER - 2017)

Taro (An Awesome Wave – 2012)

Left Hand Free (This Is All Yours – 2014)

Breezeblocks (An Awesome Wave – 2012)

Ce CR a été partiellement publié à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.net

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25 décembre 2017

Metronomy - Lundi 3 Juillet 2017 - Philharmonie (Paris)

2017 07 03 Metronomy Philharmonie Billet« Après trois concerts successifs de papys et mamys (LOL ?), ça fait du bien de retourner écouter de la musique contemporaine… Et en plus, un concert dans un endroit aussi sélect que la Philharmonie, ça ne se refuse pas, surtout quand il s'agit de Metronomy, le groupe dont chaque concert est forcément du nanan (enfin du moins jusqu'à présent...). Comme le soleil de l'été est revenu sur Paris après un week-end pluvieux et glacial, on ne peut qu'attendre des merveilles de la sensibilité de Joseph Mount dans un tel contexte.

2017 07 03 Denai Moore Philharmonie (2)Si l'entrée dans la salle – grandiose, superbe, n'ayons pas peur de le dire - se fait d'une manière des plus civilisées, je suis quand même plus que surpris quand, une fois à l’intérieur, le service d'ordre nous demande de reculer d'environ deux mètres de la scène ! Décision évidemment absurde pour un concert de rock, puisque nous voilà tous debout (ou assis) comme si nous nous tenions derrière des crash barriers virtuelles, sans la stabilité et le confort que fournissent ces barrières. Bon, encore une expérience ridicule à rajouter au grand bêtisier des concerts. On verra bien le temps que ça durera...

20h35… En première partie, Denai Moore, qu'on nous vend comme un croisement entre Cat Power et Lauryn Hill (hein ?) ... Et qui s'avère une nième chanteuse "cool" à la belle voix qui nous endormira en moins de cinq minutes sur ses mélopées planantes jazzy et de bon goût. Quarante-cinq minutes (oui, oui) d'ennui profond, symptôme d'une époque où le professionnalisme et la mollesse sont en train de reprendre le dessus sur l'émotion et l'inspiration. Je baille, je baille, planté comme un gland au premier rang dans cette posture ridicule qu'on nous impose. De surcroit, comme Denai cache son visage dans l’obscurité et derrière ses cheveux, il est impossible de prendre la moindre photo décente : je souris en remarquant que l’ami Robert Gil semble aussi accablé que moi et ne se bat pas particulièrement pour immortaliser notre mini-diva somnifère. A noter quand même que, au cours du dernier morceau de son éprouvante setlist, Denai laisse chanter sa blonde guitariste, qui s’avère avoir, elle, une voix bien plus intéressante. De toute manière, on retiendra que cette première partie aura été une épreuve mémorable.

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (8)Avant toutes choses, il faut noter que cette tournée “Summer 08” de Metronomy, plus d’un an après la sortie de l’album du même nom, est une belle surprise, le dit album ayant été présenté à l’époque comme une sorte de parenthèse solo de Joseph Mount, qui ne serait pas défendue sur scène par le groupe. Je suis donc doublement ravi de voir le groupe au complet entrer sur scène à 21h45 : le quatuor original, complété comme toujours par un musicien additionnel aux claviers, est vêtu de blanc, sauf Olugbenga qui a enfilé un vêtement traditionnel africain du plus bel effet. Les lumières sont magnifiques, comme c’est d’ailleurs toujours le cas avec le groupe. La disposition des musiciens a changé, les deux claviers (inclinés à la verticale, cela vaut la peine d’être noté !) et la batterie étant maintenant parfaitement alignées au fond de la scène, derrière des vitres qui deviennent opaques ou transparentes suivant l’éclairage, tandis que Joseph et Olugbenga ont tout l’espace de la scène devant pour évoluer. A noter que Joseph a cette fois délaissé les claviers, et qu’il se concentrera sur le chant, la guitare et les percussions (dans la première partie du set).

Le bonheur, tandis que Joseph attaque l’intro un peu délirante de “Summer 08”, le bizarre Back Together, c’est qu’au bout de deux ou trois minutes, tout le monde s’avance vers la scène, refermant cet espace honteux créé par les directives stupides du service d’ordre. Nous voilà dans des conditions normales, et ça fait du bien après l’heure d’inconfort que nous venons de vivre. Je suis merveilleusement placé, étant rentré dans les premiers dans la salle, juste devant Joseph, et parfaitement prêt à vivre ce concert, que j’attendais comme le messie, dans des conditions idéales de son – bon, avouons-le, la Philharmonie assure sur ce point – et de vision, sans même parler de l’ambiance festive et bon enfant qui règne…

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (7)C'est, sans surprise, la disco rétro du réjouissant Old Skool qui met le feu aux poudres. On est tous là comme des imbéciles heureux, braillant : « Ya, Ya, Ya, Ya, Ya, Ya », et je rigole en regardant un grand échalas à ma droite qui agite les bras dans tous les sens… avant de me rendre compte que je suis en train de faire exactement la même chose ! Le bonheur, c’est simple comme Metronomy. Surtout d’ailleurs quand retentit l’intro de The Bay, qui reste six ans plus tard mon morceau favori de toute la discographie du groupe : tiens ça fait longtemps que je ne me suis pas senti transporté d’allégresse comme ça à un concert !

Une chose qui me frappe aussi, c’est la joie de jouer et d’être ensemble qui se dégage de Joseph et de sa troupe : là encore, à force de voir des groupes qui font la tête ou qui sont sérieux comme des papes, on en arrive à oublier que la musique est avant tout un plaisir, une joie. La complicité entre les musiciens, les petits clins d’œil entre eux, les mimiques, tout cela contribue à un sentiment général de bien-être que le public partage. Joseph décide alors de passer au français pour nous parler, ce qui est chou, même si son français est rudimentaire : il n’en démordra pas jusqu’à la fin du set, ce qui est encore une belle preuve de gentillesse et d’intérêt envers son public. Il nous rappelle d’ailleurs son premier concert à Paris (je n’y étais pas, mais j’étais au second…), et combien Metronomy a toujours été bien reçu ici.

Et puis, c’est Love Letters avec son refrain simpliste que tout le monde peut reprendre en chœur : si dans l’album, le titre peut fatiguer de par son manque de sophistication, il est indéniable que sur scène c’est un vrai “crowd pleaser”. Olugbenga, qui est depuis toujours le musicien le plus spectaculaire du groupe, avec sa démarche bondissante, son grand sourire perpétuel et ses vocaux haut-perchés, nous régale avec sa basse. Hang Me Out to Dry bénéficie – ce soir, exceptionnellement, puisque nous sommes à Paris, nous annonce Joseph – de la présence de la chanteuse suédoise Robyn elle-même, qui a une attitude scénique convaincante mais assez… originale. Puis Joseph empoigne sa guitare, qu’il a largement ignorée jusque-là, pour injecter dans la pop électronique de Metronomy une belle dose de “rock” supplémentaire.

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (18)C’est alors que je réalise, que, à la différence des concerts précédents que j’ai vus du groupe, Metronomy se concentre désormais sur les ambiances pop mélancoliques et fragiles des trois derniers albums, et délaisse ses origines rythmées. Moi qui attendais l’habituel délire collectif qui concluait les sets du groupe, je dois dire que je ne peux pas m’empêcher de ressentir une légère déception. Injuste certainement, vis-à-vis d’un groupe aussi novateur et généreux, mais c’est comme ça : je me serais bien vu conclure la soirée par une bonne suée façon dance-floor. A la place, j’ai droit à de magnifiques versions de Corine, Night Owl, The Look et Reservoir : soit quatre chansons parfaites, mais qui terminent le set principal sur une note mélancolique et non pas euphorique comme c’était le cas avant.

Et le rappel restera dans le même ton : cette fois, Joseph est à la batterie, et Love's Not an Obstacle conclut la revue presque intégrale de “Summer 08”. Puis Anna vient au micro chanter un Everything Goes My Way qui finit de nous rappeler la grandeur de “The English Riviera”. Une heure et quart de concert, et c’est fini : une fois encore, je me sens un tantinet frustré par l’absence d’une explosion finale qui aurait magnifiquement conclu un set presque parfait. Mais bon, Metronomy a changé, c’est quand même ce qu’on attend de tout groupe réellement important, et on ne va pas critiquer pour ça des artistes qui font preuve d’une telle gentillesse et d’un tel enthousiasme.

Voici donc une belle semi-conclusion d’une saison 2016-2017 riche en sensations diverses, ouvrant presque deux mois de pause avant de nous retrouver à Rock en Seine fin août.

« Because this isn't Paris / And this isn't London / And it's not Berlin / And it's not Hong Kong / Not Tokyo / If you want to go / I'll take you back one day / It feels so good in the bay »

»

 

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (84)Les musiciens de Metronomy sur scène :

Joseph Mount – vocals, guitar, percussions

Oscar Cash – keyboards, vocals

Anna Prior – drums, vocals

Olugbenga Adelekan – bass, vocals

Michael Lovett – keyboards, guitar

 

La setlist du concert de Metronomy :

Back Together (Summer 08 – 2016)

Miami Logic (Summer 08 – 2016)

Old Skool (Summer 08 – 2016)

The Bay (The English Riviera – 2011)

16 Beat (Summer 08 – 2016)

I'm Aquarius (Love Letters – 2014)

My Heart Rate Rapid (Nights Out – 2008)

Mick Slow (Summer 08 – 2016)

My House (Summer 08 – 2016)

Love Letters (Love Letters – 2014)

Hang Me Out to Dry (Summer 08 – 2016)

Lately (new song)

Love Song for Dog (Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) – 2006)

On Dancefloors (Nights Out – 2008)

Corinne (The English Riviera – 2011)

Night Owl (Summer 08 – 2016)

The Look (The English Riviera – 2011)

Reservoir (Love Letters – 2014)

Encore:

Love's Not an Obstacle (Summer 08 – 2016)

Everything Goes My Way (The English Riviera – 2011)

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20 décembre 2017

Blondie - Mercredi 28 Juin 2017 - Olympia (Paris)

2017 06 28 Blondie Olympia Billet« Bis Repetita Non Placent, disaient les Romains dans leur grande sagesse. Donc risque maximal ce soir, alors que je répète à peu près la même formule que la semaine dernière : un artiste que j'ai beaucoup aimé et que je n'ai jamais pu voir sur scène, l'Olympia en format places assises numérotées. Debbie Harry (plus Chris Stein et Clem Burke quand même), 72 ans, après Bryan Ferry. Néanmoins, un bon album sous la ceinture : "Pollinator" qui permet de ne pas décliner Blondie uniquement au passé. Petit problème, une place plutôt au fond de la salle, donc la nécessité de pouvoir sprinter le plus tôt possible vers la scène : je croise les doigts...

2017 06 28 Mustang Olympia (15)20h00 : les trois petits Français de Mustang attaquent un court set de 25 minutes par un instrumental de bon goût : sec, nerveux, en forme de citation respectueuse des Shadows... Je m'apprête à déguster encore une fois une bonne première partie quand, dès le second morceau, chanté en français, ça grippe méchamment : les textes s'avèrent pour le moins surprenants (« j'ai envie de me faire démonter par deux ou trois gitans » - de mémoire -, wtf ?) et le style bascule vers une sorte de variété yé-yé... une impression encore accentuée par la chanson suivante, vilainement et maladroitement funky. Le quatrième morceau me donne le sentiment d'être revenu à mon adolescence provinciale quand je m'enquillais des groupes de bal qui citaient maladroitement Bill Haley and the Comets. Bref, je lâche l'affaire, surpris par tant de mauvais goût. Le set de Mustang se terminera mal, dans une parodie de Rock et après d'autres paroles affligeantes (« je m'emmerde », « dans mon pantalon » ... n'en jetez plus !). Consternant.

2017 06 28 Blondie Olympia (2)20h45 : les fameuses 20 minutes d'entracte de l'Olympia sont encore une fois respectées et on se doute que l'on ne se couchera pas tard ce soir... Les six membres actuels de Blondie - avec donc deux "jeunes" et un "moins jeune", le bassiste Leigh Foxx qui est là depuis la reformation du groupe en 1997, pour soutenir Debbie, Chris et Clem - attaquent l'inoubliable One Way or Another : tout l'Olympia se lève d'un coup (il faut dire que, heureusement, la moyenne d’âge est bien moins élevée ce soir que la semaine dernière pour Bryan Ferry !). On a tenu moins de 20 secondes assis, et c'est parfait pour moi ! Je quitte mon siège sans regrets, et je me rue vers le premier rang... que je ne vais pas réussir à atteindre car la foule des fans s'est refermée devant moi. Je suis quand même à quatre ou cinq mètres de la scène, avec une vue parfaite sur Debbie, donc tout baigne pour profiter du set dans d'excellentes conditions.

On enchaîne avec le classique immortel ("Parallel Lines", cette merveille, encore…) qu’est Hanging on the Telephone, et j’ai repris un peu mes esprits après le stress du rush vers la scène, ce qui me permet de réaliser que… contrairement à ce que pourraient laisser penser les photos bien trafiquées du groupe, les années ont méchamment marqué la sublime Deborah Harry, qui fait clairement son âge, malgré les signes visibles de chirurgie sur son visage. Mais c’est plus encore Chris Stein qui fait peur, paraissant presque un vieillard chenu, en retrait avec sa guitare dont on a l’impression parfois qu’il ne fait pas grand-chose : il faut dire que, en plus de l’âge, le pauvre a souffert des attaques de la maladie orpheline qui l’accable depuis les eighties. Inversement, la machine infernale qu’est Clem Burke derrière ses fûts semble absolument inchangée, la puissance de son drumming reste exceptionnelle, propulsant le power pop des meilleures chansons du groupe.

2017 06 28 Blondie Olympia (17)Fun, premier extrait de "Pollinator", et ma foi une chanson plutôt correcte, me permet de réaliser que presque personne autour de moi n’a pris la peine d’écouter le dernier album du groupe, et que le public est bien donc plus dans la nostalgie que le groupe, qui alternera ce soir les classiques de la fin des années 70 et les morceaux du dernier album. Call Me souffle alors sur les braises de cette maudite nostalgie, mais on sent bien que la voix de Debbie n’a plus la puissance de jadis, et qu’elle a bien besoin du soutien de Tommy Kessler. Kessler, qui cumule avec beaucoup d’efficacité la guitare lead et les backing vocals, est le petit prodige un peu irritant, avec un jeu de guitare spectaculaire mais trop démonstratif, en décalage finalement avec l’esprit du groupe… Pourtant, les spectateurs apprécient clairement ses solos à rallonge ! Debbie a fini par enlever son bandeau assez kitsch avec deux abeilles géantes, et par quitter sa veste, dévoilant les formes opulentes d’une femme mûre. Mais bien sûr, on s’en moque, elle reste pour nous le fantôme intouchables de nos fantasmes d’autrefois.

In The Flesh, l’une des très belles chansons du début du groupe, ne semble pas non plus éveiller beaucoup de souvenirs autour de moi, et c’est bien dommage. Rapture, morceau historique de par son intégration d’un break hip hop dans sa structure rock, met enfin le feu à la salle, mais démontre paradoxalement que le groupe sur scène est loin d’être brillant : peut-être trahi par un son qui manque de clarté et de force, Blondie patauge lors des parties instrumentales – assez étendues, sans doute pour permettre à Deborah de reposer sa voix – et laisse maladroitement retomber la ferveur que les morceaux emblématiques provoquent. Debbie essaie de relancer le public en reprenant joyeusement le superbe Rainy Day Women de Dylan (« Everybody must get stoned ! »), mais en vain : on va dire que la culture générale du public parisien n’est pas très profonde ce soir… Et c’est enfin… Fragments, le sommet de "Pollinator", et le plus beau morceau de la soirée, à mon avis ! Debbie nous demande, nous supplie : « Do you love me now? », et nous crions tous en chœur : « Yes, we love you… ». Très, très chou, tout cela, « Everything Comes in Pieces » … Le morceau décolle à la verticale, même si on apprécierait encore une fois un groupe plus nerveux, plus sec, moins piétonnier… Quand même LE moment de magie de la soirée.

2017 06 28 Blondie Olympia (60)Long Time, remake réussi de Heart of Glass, fait le taff, mais Atomic est, logiquement, le parfait crowd pleaser du set. J’ai un peu les larmes aux yeux, je dois l’avouer, même si Debbie semble régulièrement à la peine pour chanter. Dommage que cette chanson nucléaire soit finalement gâchée par un long solo inutile de Kessler… Le problème est que, à partir de là, assez inexplicablement, le concert va peu à peu perdre son énergie, sa flamme, et devenir presque routinier. Debbie n’en peut sans doute plus physiquement et vocalement, et on sent que tout le monde sur scène, au bout d’à peine une heure, a envie que ça se termine. Heart of Glass, au lieu du couronnement espéré du set, sera un pénible naufrage dans l’ennui, avant que le groupe ne quitte la scène.

Le rappel commence bien, avec une évocation sympathique de la part de Debbie de leur jeunesse new-yorkaise, avant une reprise très honorable du You Can't Put Your Arms Around a Memory de Johnny Thunders… qui visiblement n’intéresse personne dans la salle (ou tout au moins autour de moi). Le concert touche le fond avec une version horriblement médiocre de Union City Blue, avant que l’interprétation très molle du pourtant excellent Too Much montre que le groupe n’a plus l’énergie de rien, désormais. On se quittera donc sur un Dreaming convenu et insipide, sur lequel Debbie ne chante quasiment même plus.

Il est dix heures et quart, et oui, on sera couchés tôt ce soir. Bis Repetita Non Placent, en effet… Bon, le plus important est que nos souvenirs n’aient pas été trop gâchés, quand même. Par contre, si Blondie fait encore illusion sur album, l’exercice de la scène n’est plus pertinent à cet âge-là quand on prétend encore jouer du power pop à haute énergie.

« Do you love me now? / My heart is made up of pieces / Do you get it yet? / Can't you see through this? / You know all too well / You cannot make things perfect… »

»

2017 06 28 Blondie Olympia (106)Les musiciens de Blondie sur scène :

Debbie Harry – chant

Chris Stein – guitare

Clem Burke – batterie, percussions, chœurs

Leigh Foxx – basse

Matt Katz-Bohen – claviers

Tommy Kessler – guitare, vocaux

 

La setlist du concert de Blondie :

One Way or Another (Parallel Lines – 1978)

Hanging on the Telephone (The Nerves cover) (Parallel Lines – 1978)

Fun (Pollinator – 2017)

Call Me (Single – 1980)

My Monster (Pollinator – 2017)

In the Flesh (Blondie – 1976)

Rapture (Autoamerican – 1980)

Rainy Day Women #12 & 35 (Bob Dylan cover)

Fragments (an Unkindness cover) (Pollinator – 2017)

Long Time (Pollinator – 2017)

Atomic (Eat to the Beat – 1979)

Gravity (Pollinator – 2017)

Heart of Glass (Parallel Lines – 1978)

Encore:

You Can't Put Your Arms Around a Memory (Johnny Thunders cover)

Union City Blue (Eat to the Beat – 1979)

Too Much (Pollinator – 2017)

Dreaming (Eat to the Beat – 1979)

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15 décembre 2017

Bryan Ferry - Vendredi 23 Juin 2017 - Olympia (Paris)

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia Billet« La canicule qui a sévi cette semaine s'est un peu calmée aujourd'hui mais Paris semble encore engourdi par l'épreuve. Devant l'Olympia, une longue file de Parisiens bien mis et marqués par les années entre au compte-gouttes, fouille au corps oblige en cette époque troublée. Bryan Ferry est en ville, et j'ai décidé, malgré le prix exagéré des billets, de le voir enfin sur scène... après avoir inexplicablement manqué les passages à Paris de Roxy Music, l'un des rares groupes majeurs de ma génération qui manque à mon "palmarès"...

Cinquième rang un peu trop sur la droite, mais rien de dramatique, je ne me suis pas trop mal sorti du rush sur les places numérotées. Inutile de rager sur la vanité d'un concert de Rock assis...

2017 06 23 Judith Owen Olympia (3)20h pile : Judith Owen ouvre la soirée, au piano et accompagnée par un trio violoncelle - violon - percussions. La voix est majestueuse, style diva soul, mais malheureusement Judith paraît un peu à l’ouest, entre attitudes exagérées mal à propos, communication lourdaude avec le public et une indéniable prétention (peu justifiée, clairement). Ses chansons ne sont après tout que de la "variété internationale" tiède pour sexagénaires (il y en a beaucoup dans la salle, même si je dois me mettre dans le lot !), un mélange de soul stéréotypée et de jazz poli : « les Français aiment le jazz, non ? Alors criez ! » clame notre diva au rabais entre deux balayés de chevelure hilarants... Les textes, pompeux, parlent des sans-abris, du décès de nos parents, de l'avenir de la planète, sans que le ridicule de ces déclarations péremptoires et "concernées" ne semble atteindre Judith. 30 minutes d'insignifiance et d'arrogance conjuguées, résultant dans un mélange d'ennui et d'irritation, sans même parler des quelques démonstrations de virtuosité inutile de la part du trio d'accompagnateurs, et d'une reprise incroyablement hors de propos de Aquarius pour terminer en "beauté". Laid. Consternant. Le public applaudit : est-ce vraiment ce que nous méritons pour avoir atteint l'âge que nous avons et pour avoir envie d'écouter encore Bryan Ferry ?

20h50 : Neuf musiciens sur scène, Bryan Ferry au centre, avec ses 71 ans passés. Stronger Through the Years, Bryan, vraiment ? Sans réelle surprise, les années ont rattrapé le dandy crooner qui nous fit tous et toutes tant fantasmer, surtout dans les années 80 : la voix ne se lance plus dans ces divines circonvolutions décadentes, que nous adorions, et le chant a clairement baissé en intensité, même si l’on sait que Ferry s’est toujours complu à une certaine distanciation classieuse (ou vulgaire ? Les avis varient sur la question…).

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (4)Voici donc Bryan s’appuyant sans vergogne sur un backing band luxueux et professionnel : deux choristes noirs, un clavier, deux guitares, une basse, une batterie, une saxophoniste, qui fait souvent le show et récolte maints applaudissements, et une violoniste. C’est à peine si l’on remarque l’ami fidèle Chris Spedding, lui véritablement accablé par l’âge, qui fait un peu pitié, du coup, obligé qu’il est de laisser les solos à une jeune chevelu au premier rang du groupe. Mais bon, il faut bien admettre que Bryan, une fois passés les débuts de Roxy Music où il n’avait pas encore le contrôle, n’a jamais confronté sa musique à des musiciens notables, et préfère cet espèce de professionnalisme rassurant comme écrin à des chansons qui méritent pourtant bien mieux.

On démarre évidemment dans le plaisir avec le trio The Main Thing / Ladytron / Out of the Blue, avec juste un Slave to Love intercalé pour rassurer les midinettes qui se seraient perdues au milieu de la foule grisonnante : Bryan sait qu’il n’a jamais fait mieux que lors des premières années de Roxy, il n’a plus l’âge de faire semblant. La set list de ce concert de 1h40 (sans rappels, inutile de prétendre qu’on est à concert de Rock, clairement !) ne contient aucune chanson postérieure aux années 80, si ce n’est la sublime et tremblante reprise de Rodgers and Hart, Where and When, qui me fait rêver un instant : et si le meilleur que Ferry pouvait offrir à ses vrais fans, aujourd’hui, c’était une interprétation dépouillée de l’intégralité du sublime "As Time Goes Bye" ?

Mais non, on est ce soir dans le prévisible, le bien bordé, le nostalgique. Et curieusement, alors que le mauvais coucheur en moi se prépare à râler devant le bon goût synthétique de tout cela, voilà que peu à peu, je tombe sous le charme. Les deux extraits de "Bête Noire" sonnent par exemple particulièrement bien, et une belle mélancolie se dégage du concert. La reprise de Like a Hurricane, illuminée par de pertinents solos de guitare, arrive à sonner comme une sorte de commentaire apaisé sur la fureur de l’original de Neil Young, et ne manque vraiment pas d'atouts. Et si Bryan a besoin d’une petite pause au milieu du set, pendant laquelle ses musiciens assument le spectacle (Tara), je me rends compte qu’on est tous prêts à baisser la garde et à se laisser emporter par la dernière partie du concert, où l’on sait très bien que Bryan va aligner les chansons imparables.

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (23)Et de fait, si In Every Dream… peine à retrouver sa majesté originelle, du fait de la voix de Ferry, une version pétrifiante de If There Is Something balaie tous nos doutes : le spectre de Roxy Music a été invoqué avec succès dans le cadre pourtant "fake" de cette fausse Olympia où il ne sert plus à rien de se référer à Piaf (mais je suppose que Bryan n’est pas au fait de l’histoire de la salle…). Avalon, évident, me permet enfin de courir au premier rang pour profiter du finale, entouré de vieilles Anglaises qui se pâment comme des ados devant les souvenirs de leur turbulente jeunesse. Virginia Plain (tout le monde chante), Let’s Stick Together, Do the Strand et Jealous Guy : que du nanan ! Ne manquait que Street Life et mon bonheur eût été complet. La prochaine fois, peut-être ?

Bref, j’ai sacrifié sans honte ce soir à un péché que je considère pourtant comme mortel en Musique, celui de la nostalgie. Roxy Music fut durant cinq ans un groupe immense, et évoquer cette grandeur passée en compagnie de Bryan aura été un beau moment d’émotion.

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (42)« Shake your hair girl with your ponytail / Takes me right back (when you were young) / Throw your precious gifts into the air / Watch them fall down (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / You used to walk upon (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The hills were higher (when we were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The trees were taller (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The grass was greener (when you were young) »

S’il y a quelque chose à trouver… Tout est dit. »

 

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (116)La setlist du concert de Bryan Ferry :

The Main Thing (Roxy Music – Avalon – 1982)

Slave to Love (Boys and Girls – 1985)

Ladytron (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

Out of the Blue (Roxy Music – Country Life - 1974)

Where or When (Rodgers & Hart cover – As Time Goes By – 1999)

Simple Twist of Fate (Bob Dylan cover – Dylanesque – 2007)

A Waste Land (Boys and Girls – 1985

Windswept (Boys and Girls – 1985)

Bête Noire (Bête Noire – 1987)

Zamba (Bête Noire – 1987)

Stronger Through the Years (Roxy Music – Manifesto - 1979)

Like a Hurricane (Neil Young cover – The High Road – 1982)

Tara (Roxy Music – Avalon – 1982)

Re-make / Re-model (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

In Every Dream Home a Heartache (Roxy Music – For Your Pleasure - 1973)

If There Is Something (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

More Than This (Roxy Music – Avalon – 1982)

Avalon (Roxy Music – Avalon – 1982)

Love Is the Drug (Roxy Music – Siren – 1975)

Virginia Plain (Roxy Music – Single - 1972)

Let's Stick Together (Wilbert Harrison cover – Let’s Stick Together – 1976)

Do the Strand (Roxy Music – For Your Pleasure - 1973)

Jealous Guy (John Lennon cover – The High Road – 1982)

 

 Cette chronique a dèjà été partiellement publiée à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.com

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10 décembre 2017

The Bats - Samedi 10 Juin 2017 - Petit Bain (Paris)

2017 06 10 The Bats Petit Bain Billet« "A l'aide, le band est méchant ! "... "Puutain"... Brandon Hagen, le chanteur de Vundabar nous fait une petite démonstration de son français limité entre deux chansons biscornues, bancales, peut-être même borgnes, mais curieusement pop et furieusement enragées parfois. Sont-ils vraiment méchants - énervés peut-être de ne jouer que devant une poignée de spectateurs ce soir au Petit Bain, en toute première partie d'une soirée quand même destinée à célébrer l'immortalité - ou presque - des Bats ? Ou sont-ils moyennement drôles ? Ou sont-ils insupportablement arrogants et poseurs, comme le pense un autre spectateur avec qui j’échangerai quelques mots après le set ? Difficile de trancher, mais c'est évidemment ça qui est bien. La guitare de Brandon déchire cruellement nos tympans, et ça, c’est bien aussi : entre frénésie punk et délire grunge, pas besoin de choisir, surtout que ces béances d'électricité s'ouvrent au milieu de chansons mystérieusement illuminées de l'intérieur>.

2017 06 10 Vundabar Petit Bain (7)Cette musique a quelque chose de brisé, et les dérapages vocaux de Brandon (qui m’évoquent, nostalgique que je suis, le Partridge des débuts de XTC), les bruits de bouches et clappements de mains ne sont là que pour faire illusion. Oui, on est entre "copains" et on rigole, et les sarcasmes volent bas… mais est-ce que tout ça prête vraiment à rire ? Belle entrée en matière que ces presque cinquante minutes de musique originale, parfois vraiment excitante : une belle surprise et un nouveau groupe à suivre ! (Je sais, je sais, il y en a beaucoup !).

On n'est que début juin mais il fait délicieusement beau sur Paris, et la climatisation du Petit Bain est finalement la bienvenue par rapport à la chaleur dehors. Revoir les formidables Bats 25 ans plus tard justifiait de toute manière de s'enfermer dans une salle - surtout flottante - une si belle soirée.

20h40 : j'attendais désormais avec optimisme François Virot, après un si beau démarrage. Et ce fut terrifiant. Terrifiant comme si, à la faveur d'un voyage temporel complètement foiré, j’étais retourné dans la France profonde des années 70 à écouter l’un de ces "groupes de rock affreux" qui faisaient honte à notre pays. Bon, tempérons : le groupe qui accompagne François Virot assure rythmiquement, et nous offrira quelques moments instrumentaux vraiment sympathiques.

2017 06 10 François Virot Petit Bain (11)Le problème, c'est quand ledit François se met à chanter : là, on parle purement et simplement d'horreur !  François n’a pas de voix du tout, et chante (?) constamment faux : c’est laid, c’est nul, c’est insupportable ! Mais comme son fan club abruti et déchaîné est là dans la salle, à mettre le genre d'ambiance que vous avez subie au mariage de votre beau-frère alcoolique… on va dire que ça passe un moment... jusqu'à évidemment devenir abominable. On aura même droit à un rappel non programmé (Do You Wanna Dance, c’est OK, forcément, mais ensuite Going Up the Country en solo, c’était insultant pour Canned Heat...) qui prolongera les tourments encore cinq minutes. 50 minutes de cauchemar.

Je suis maintenant entouré de fans purs et durs des Bats, ce qui est rafraîchissant, même si je ne souscris que peu à cette fausse complicité avec laquelle l'un d'entre eux me demande de me pousser pour lui faire de la place au premier rang : "Fuck off !". Et même si l'âge moyen du fan est logiquement proche de la cinquantaine - ce qui est un peu déprimant -, cela n'empêchera pas certains de se livrer à des séances de pogo sans doute nostalgiques et assez déplacées. Car un concert des Bats, ce n'est quand même pas tout à fait un flash-back sur l'époque des Sex Pistols !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (9)Il est déjà 21h45 quand les Bats - les musiciens originaux du groupe, c'est assez rare pour être signalé - apparaissent devant nous. Hystérie des fans ! Bon, je dois reconnaître que je suis moi aussi un peu ému, car voilà 25 ans que je n'ai pas vu le fameux quatuor du Dunedin Sound en chair et en os. Je tente de réconcilier mes souvenirs du concert des Inrocks de 1992 (et les photos que l'ami Patrick avait prises) avec les quinquagénaires que j'ai devant moi. Finalement, si le passage des ans a été aussi sévère pour eux que pour nous, on se rend compte que peu de choses ont changé : Robert Scott est toujours une sorte d'ours pas très amène - qui sourit à ses fellows, mais pas au public -, Paul Kean est resté l'âme rock et le joyeux drille du groupe, celui qui communique... tandis que Kaye Woodward, tout de noir vêtue, reste d'une jolie élégance. A la batterie, Malcolm Grant s'est mué en gros monstre barbu, retranché au fond de la scène, et surtout derrière sa frappe peu spectaculaire a priori mais totalement métronomique. Il y a néanmoins ce soir une chose que je n'avais encore jamais vue, c'est que Robert Scott a devant lui une pile de papiers sur lesquels sont écrits en grosses lettres TOUTES les paroles de TOUTES les chansons, et qu'il ne les perd quasiment jamais des yeux pendant qu'il chante ! Des troubles de mémoire sévères, Robert ? Seules exceptions du set : Arvo (chanson inconnue au bataillon, une nouvelle ?), où il n'a pas besoin d'aide, et Mir, évidemment, puisque chanté par Kaye !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (27)Bon, et la musique ? Eh bien, je l'ai compris en découvrant "The Deep Set", tout simplement inchangée !  Les mêmes mélodies innocentes, à la limite du simplisme, mais tellement ensorcelantes au bout de quelques écoutes. La même rythmique obsessive, et obsédante, celle-là même que Johnny Cash inventait il y a plus d'un demi-siècle : ce martèlement du train qui roule, encore et encore, toujours et toujours... Il n'y a guère d'ailleurs que trois ou quatre modèles différents de "chanson des Bats", mais peu importe en fait, le miracle se reproduit à chaque fois : on oscille, on dodeline, on se laisse envahir par cette répétitivité bienveillante, terriblement confortable. Le formidable Antlers, perle du nouvel album, arrive en troisième position, trop tôt alors que je le rêvais en couronnement de la soirée. Smoking Her Wings nous rappelle les ambiances maritimes du formidable "The Law of Things" de 1990 qui nous avait définitivement rendu accros à cette étrange musique du bout du monde : un moment fort en émotion !

L'intensité du concert monte peu à peu, même si, par nature, la musique des Bats ne renferme aucun moment particulièrement spectaculaire, et surtout nul changement de ton, d'ambiance ou de style. Rooftops soulève les cris d'enthousiasme des fans, et je me dis qu'il aurait pu être composé à l'époque de "Fear of God" : hormis une certaine sûreté du trait, venue avec l'expérience, qui a remplacé le tremblement fragile des premières années, il est encore plus clair sur scène que rien n'a véritablement changé. Free All the Monsters et Boogey Man bouclent brillamment l'heure de concert. Sauf que Robert Scott donne le signal : c'est fini, les Bats quittent la scène, alors qu'il reste encore un titre sur la set list, et alors qu'il n'est pas encore 23 heures ! Pas très sympa, ça, pas très généreux !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (42)Le staff du Petit Bain fait signe que c'est bel et bien terminé, qu'il n'y aura pas de rappel... sauf que, décidément bien contrariants, le quatuor revient pour un Blue bien senti, qui déclenchera une mini hystérie parmi les fans hardcore, mais qui ne nous consolera pas tout à fait néanmoins de ce set vraiment trop court. Bon, ils nous promettent qu'ils reviendront, mais doit-on les croire ? Et nous-mêmes, serons-nous encore là, des souvenirs enchantés plein la tête, un sourire béat sur le visage ?

C'est déjà très fort d'avoir fait ainsi la nique au Temps, mais combien de temps cela peut-il encore durer ? »

 

Les musiciens de Wundabar sur scène :

Brandon Hagen - Guitar and Lead Vocals

Drew McDonald - Drums and Backing Vocals

Grayson Kirtland - Bass and Backing Vocals

 

La setlist du concert de Vundabar :

Acetone (Audiotree Live – 2017)

Chop (Gawk – 2015)

Alien Blues (Gawk – 2015)

Ash in the Sun (Gawk – 2015)

$$$ (Audiotree Live – 2017)

Bust (Gawk – 2015)

Darla (Gawk – 2015)

Reach (Audiotree Live – 2017)

Diver (Audiotree Live – 2017)

Oulala (Gawk – 2015)

Voodoo (Antics – 2013)

 

2017 06 10 The Bats Petit Bain (40)Les musiciens de The Bats sur scène :

Paul Kean – bass, backing vocals

Malcolm Grant - drums

Robert Scott – lead vocals, guitar

Kaye Woodward – lead guitar, vocals

 

La setlist du concert de The Bats :

Supernova (Couchmaster – 1995)

Nine days (The Law of Things – 1990)

Antlers (The Deep Set – 2017)

Smoking Her Wings (The Law of Things – 1990)

Rock and Pillars (The Deep Set – 2017)

Arvo

Two lines (The Guilty Office – 2008)

Rooftops (The Deep Set – 2017)

Block of Wood (Daddy’s Highway – 1987)

Treason (Daddy’s Highway – 1987)

Mir (At the National Grid – 2005)

Walking Man (The Deep Set – 2017)

Up to the Sky (At the National Grid – 2005)

Free All the Monsters (Free All the Monsters – 2011)

Boogey Man (Fear of God – 1991)

Encore

Made Up in Blue (Made Up in Blue EP – 1986)

 

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