Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

28 décembre 2020

Rodolphe Burger - Vendredi 25 juillet 2020 - Studio 104 (Paris)

2020 07 24 Rodolphe Burger Studio 104 Billet

Ce soir, rencontre au Studio 104 avec Rodolphe Burger, pour une balade a priori intimiste, dans les… “Environs” (du verbe “envirer”, nous apprend Matthieu Conquet en présentant le concert…!) de Ste Marie-aux-Mines, soit, d’après Rodolphe, une zone-frontière assez indéterminée entre France et Allemagne, Alsace et Vosges. Rodolphe chantera et jouera de la guitare, accompagné par sa complice Sarah Murcia à la contrebasse et aux claviers, et s'appuyant sur “des bandes”… comme on disait il y a très longtemps, avant l'âge digital… Pour les textes des chansons de “Environs”, qu'il n'a évidemment pas pris l'habitude de jouer sur scène vu les circonstances, il s'aidera d'un grand cahier posé devant lui.

2020 07 24 Rodolphe Burger Studio 104 (15)

« If Music Be the Food of Love / Play on!… » : On attaque avec l'une des chansons les moins évidentes de l'album – en dépit de son texte shakespearien… -, What You Will, qui sonne comme une mise en bouche, ou plutôt une mise en ambiance, les deux musiciens se cherchant dans l'ambiance feutrée. La voix de Rodolphe est magistrale, à l’unisson avec sa présence physique imposante, et les notes de sa guitare électrique, jouée sans médiator, aériennes, comme à l'époque de Kat Onoma. Bleu Bac marque la véritable ouverture de la soirée, dans une ambiance plutôt recueillie.

« On avait presque oublié combien c'était bon de jouer ensemble »… « et devant vous », rajoute-t-il, visiblement pour se rattraper, in extremis. Valse hésitation, avec ce texte formidable qui dit tout en ne disant rien, puis Parfumé d'elle (« Le piano que baise une main frêle… », signé cette fois Verlaine !) confirme que “Environs” est un sacré album, un délice pour qui aime le beau langage, délicatement mis en musique par un Burger décidément très inspiré. Le Chant des Pistes (« Voici le chant des étoiles / Car nous sommes nous-mêmes les étoiles /… / For we face the hills / With Disdain / La Beauté devant nous, nous marchons / La Beauté derrière nous, nous marchons… ») marque l'entrée du set dans la splendeur : la tension monte, l'électricité de la guitare de Rodolphe s'élève enfin.

2020 07 24 Rodolphe Burger Studio 104 (21)

Lost & Lookin’, brève reprise de Sam Cooke à deux voix – Rodolphe et Sarah – a de légers accents gospel un peu décalés par rapport au reste du répertoire : personnellement, je préfère nettement An Lili (chanson rescapée de “Good”, l'album précédent), chantée en allemand, qui colle bien mieux avec l'ambiance de la soirée. « Un morceau inédit, qui n'est pas sur l'album, enregistré au moment du confinement » : Bleu de Chine est plus nerveux, plus dansant presque, plus évident, a-t-on envie de dire. La voix de Burger adopte des accents à la Bashung, sur le beat électronique, la guitare est plus présente. Les paroles astucieuses « Tu souris jaune, ma souris blanche… », « Voilà que la science dépasse la friction » font sourire : « Allons voir ailleurs ! », conclusion tranchante. Burger impressionne.

La suite – et la conclusion de ce set inspiré, entre recueillement et envol – nous surprendra : ce rythme, ce riff, ce serait… oui, Billy Jean !!! Jouée “rock”, nerveuse et tendue, avec son texte – très malaisant, ne l’oublions pas, entre refus de paternité et conseils maternels (« Fais attention aux filles, mon petit », le genre…) – mis en avant. Une superbe intervention à la guitare avant le dernier refrain, et c'est gagné : une grande chanson, revisitée avec classe, renaît ce soir au Studio 104, contre toute attente, en cette soirée finalement plus lumineuse que nocturne.

On n'accueille pas forcément avec joie le rituel de l’interview qui casse le rythme du set, et en annonce la fin…, même si Burger, homme de culture, aux goûts éclectiques (sur “Environs”, les reprises vont quand même de The Jamaicans à Schubert !) est évidemment bien plus passionnant à écouter que la majorité des rockers. Mais on le verra surtout comme introduction à un rappel encore plus étonnant (même si Burger rappelle que Kat Onoma avait à l’époque l’habitude de terminer ses sets par ce morceau !) : ce sera Radioactivity de Kraftwerk, longue plage contemplative paradoxalement dégagée de ses racines électroniques par une magnifique intervention à la guitare de Rodolphe. Un moment de pure électricité rock qui ne peut que nous revigorer, sevré que nous sommes de “pur noise”. On a dépassé depuis près de dix minutes l’horaire imparti, mais Sarah et Rodolphe jouent maintenant pour nous seuls, pas pour les auditeurs de France Inter.

Belles retrouvailles avec un musicien important de la scène Rock française, que nous avions parfois un peu oublié, et qui, la maturité venue, nous rappelle l’importance d’une approche “littéraire” de la musique. Il y a définitivement quelque chose de Lou Reed chez Rodolphe Burger, et ce n’est pas un mince compliment…

 

2020 07 24 Rodolphe Burger Studio 104 (29)

Les musiciens de Rodolphe Burger sur scène :

Rodolphe Burger – voix, guitare

Sarah Murcia – contrebasse, claviers

 

La setlist du concert de Rodolphe Burger :

What you Will (Environs – 2020)

Bleu Bac (Environs – 2020)

Valse Hésitation (Environs – 2020)

Parfumé d’elle (Environs – 2020)

Le Chant des Pistes (Environs – 2020)

Lost and Lookin’ (Sam Cooke cover) (Environs – 2020)

An Lili (Good – 2017)

Bleu de Chine

Billy Jean (Michael Jackson cover)

Encore:

Radioactivity (Kraftwerk cover)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

 

 

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23 décembre 2020

Jeanne Added - Vendredi 17 Juillet - Studio 104 (Paris)

2020 07 17 Jeanne Added Studio 104 Billet

A notre - seulement – seconde visite à la Maison de la Radio et au Studio 104, nous sommes déjà familiers avec les spécificités intéressantes d’un concert en ces lieux, par ailleurs fort hospitaliers : la petite troupe des habitués, à peu près tous dans la cinquantaine, qui passent sans honte devant tout le monde à l’ouverture des portes, qui squattent les premières places et réservent des rangées entières pour leurs amis qui arriveront très tard, et qui refusent bien entendu d’obtempérer quand le personnel de la salle leur demande de ne pas le faire. C’est assez amusant quand on pense que ces mêmes “délinquants” peu juvéniles doivent probablement déplorer la “sale mentalité des jeunes d’aujourd’hui…”.

Pour le reste, aucun reproche à adresser à l’organisation impeccable de ces soirées radiophoniques, et une fois qu’on s’est habitué à la diffusion dans la salle des journaux de 21h et 22h, pubs comprises, et au rituel des interviews, il ne reste plus qu’à profiter d’une autre soirée généreusement offerte par France Inter en ces temps de pénurie… avec port du masque et distance garantie entre les spectateurs (un siège sur deux étant condamné).

2020 07 17 Selah Sue Studio 104 (7)

On commence, heureusement, avec Selah Sue, jeune artiste belge apparemment très populaire, et abandonnant – provisoirement ? – une carrière “radio-friendly” pour explorer un registre que l’on nous dit plus mûr, plus intimiste. Elle est accompagnée ce soir par son mari aux claviers, et surtout par un violoncelliste qui nous offrira un travail passionnant, tirant de son instrument électrisé et amplifié des sons remarquables. Le set commence par une belle interprétation d’un morceau évoquant un certain classicisme soul-jazz à l’américaine, qui permet de goûter la voix remarquable de Sanne Putseys (le véritable nom de Selah Sue). Voilà ma foi une jeune femme que la nature a dotée d’un instrument magnifique, qu’elle a par ailleurs appris à maitriser (même si elle dira, au cours de l’interview qui suivra, n’avoir jamais pris de cours de chant…). Mais, évidemment, on ne va pas en rester là, et très vite, Selah va tomber dans la plupart des travers des chanteuses de variétés “à voix”, n’évitant aucun excès, aucun outrage. Ce sera particulièrement pénible dans une version “gueularde” du Que será, será de Doris Day, littéralement massacré… pour le plus grand plaisir du public qui apprécie évidemment ce genre de… performance. Ponctuant ses “grands morceaux” d’un babil convenu sur les joies de la maternité et sur ses angoisses existentielles, la jolie et très sympathique Belge achèvera de nous crucifier avec Raggamuffin, une petite horreur qui a été apparemment un grand succès de ses 18 ans. Ah, l’honnêteté nous pousse à reconnaître que le public a adoré, sans doute heureux de revivre les grandes heures des spectacles de variétés télévisées animés par Jacques Martin.

2020 07 17 Jeanne Added Studio 104 (8)

Un peu dépités, nous attendons beaucoup, pour nous rasséréner, du set de notre très chère Jeanne Added, accompagnée ce soir de trois musiciens dans une configuration plus “rock qu’électro” : jouant visiblement la différenciation par rapport à l’approche “grand public” de Selah Sue, Jeanne entre en scène telle un petit bout de femme teigneuse, voire butée, concentrée sur l’exécution de son nouvel album, “Air”, atypique… qu’elle jouera ce soir pour la seconde fois seulement, et pour lequel aucune tournée n’est prévue (remarquez qu’avec le Covid19, le contraire serait étonnant !). Nous nous sentons donc privilégiés de pouvoir assister à cette demi-heure d’une musique nouvelle, qui explore des registres un peu différents, et avec laquelle nous ne sommes pas encore si familiers.

Si Air, chanté – pour une fois – en français, n’est guère passionnant, la belle voix de Jeanne devenant curieusement plus… ordinaire dans notre langue, dès Understand, le groupe se met en place, et le ton est trouvé. Bien plus organique que sur l’album – et une partie du mérite en revient à la batterie traditionnelle, qui nous change très agréablement des percussions électroniques auxquelles Jeanne a normalement recours sur scène – la musique gagne en émotion sans perdre son rythme ni sa légèreté.

Moins lyrique et passionnelle sans doute que sur ses précédents albums, Jeanne ne paraîtra pas complètement à l’aise tout au long du set, et se plaindra du spectacle déroutant d’un public masqué, dont elle ne peut voire les sourires… L’efficacité finalement très rock de Off My Back, le titre le plus accrocheur de l’album, permet au set de prendre son envol, et se dégage une puissance et conviction qui finissent de nous rassurer : même sur ce chemin de traverse que constituent cet album – curieusement qualifié de EP ! – et ce concert “pour la radio”, Jeanne reste une battante. On appréciera particulièrement If You Could Let Me Be, à la mélodie ondoyante et accrocheuse, Insecurity, court morceau dépouillé et très émotionnel, et le magnifique final en forme de crescendo, Say It Again, qui nous soulève et conclut parfaitement 30 minutes vraiment trop courtes : « I'll say it over and over / If you need to hear it again / I'll say it over and over / I'll say it til you understand ».

2020 07 17 Jeanne Added Studio 104 (25)

On fait - malheureusement - une pause interview, qui s’avèrera pourtant passionnante : on commence avec le témoignage très émouvant de l'artiste militante trans Claude-Emmanuelle Gajan-Maull, qui nous appelle à regarder tout un chacun comme une personne avant de se préoccuper de ce qu’elle a “dans la culotte”… et on conclut avec un poème superbe lu par Sandra Nkaké, une chanteuse franco-camerounaise qui a participé, avec Jeanne, à un concert intitulé "Protest Songs" à Arles. On est très heureux de constater l’engagement de Jeanne Added sur les causes capitales du féminisme, du genre, de l’égalité raciale… mais on est également ravis que France Inter, malgré un léger dépassement d’horaire, lui laisse interpréter, seule avec sa basse, encore trois morceaux, dont l’inévitable – et toujours pertinent – A War Is Coming !

Trop court, oui tout cela est bien trop court, mais au moins on a pu saisir, même brièvement, où en est aujourd’hui Jeanne Added, en cette “période de transition – forcée – et d’incertitude” que nous vivons tous. Jeanne, qui est venue au bord de la scène nous parler, est repartie visiblement un peu frustrée que nous n’ayons pas… baissé les masques !

Sale époque ! Mais quand même… merci France Inter !

 

Les musiciens de Selah Sue sur scène :

Selah Sue – voix, guitare

Joachim Saerens – claviers

Gilles Wuytack – violoncelle

 

La setlist du concert de Selah Sue :

So This Is Love (Cinderella’s Song) (Cover Ilene Woods)

In a Heartbeat (Bedroom EP – 2020)

I Would Rather (Bedroom EP – 2020)

Fyah Fyah (Selah Sue – 2011)

I Won't Go for More (Reason – 2015)

Alone (Reason – 2015)

Que será, será (Whatever Will Be, Will Be) (Doris Day cover)

You (Bedroom EP – 2020)

Always (Bedroom EP – 2020)

This World (Selah Sue – 2011)

Encore:

Raggamuffin (Selah Sue – 2011)

 

2020 07 17 Jeanne Added Studio 104 (20)

Les musiciens de Jeanne Added sur scène :

Jeanne Added – voix, claviers, basse

Emiliano Turi – batterie

Christelle Cannot – guitare

Narumi Omori - claviers

 

La setlist du concert de Jeanne Added :

Air (Air - 2020)

Understand (Air - 2020)

Off my back (Air - 2020)

Cursed (Air - 2020)

If you could let me be (Air - 2020)

Call me (Air - 2020)

Insecurity (Air - 2020)

Say it again (Air - 2020)

Encore:

The Lady’s First Song

Both sides (Radiate - 2018)

A War is coming (Be Sensational - 2015)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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18 décembre 2020

Dominique A & Bertrand Belin - Vendredi 3 Juillet 2020 - Studio 104 (Paris)

2020 07 03 Dominique A Maison de la Radio Billet

Près de quatre mois sans concerts, et ce ne sont pas les tentatives de reconversion de nos artistes préférés pour jouer en… visio-conférence (!) qui peuvent combler ce manque qui grandit, grandit… Alors quand France Inter annonce la reprise d’enregistrements au Studio 104 de la Maison de la Radio, on fait son maximum pour cliquer au bon moment et décrocher le précieux sésame qui nous permettra d’assister au set, ce vendredi 3 juillet, de Bertrand Belin et Dominique A, nous offrant un spectacle unique (… déjà qu’on avait manqué le concert de Benjamin Biolay la semaine précédente !).

L’organisation est impeccable, avec contrôle à l’entrée (pas de prise de température néanmoins, comme annoncé…), port du masque et un siège sur deux laissé libre : de quoi être tranquillisé quant aux conditions sanitaires. Le Studio 104 est un très bel amphithéâtre de 600 places, rempli au tiers ce soir (le balcon n’est pas ouvert), dans lequel on s’installe forcément avec plaisir (le port du masque n’est plus obligatoire une fois chacun assis sagement à sa place). Bon, il faut accepter en revanche le rituel de la retransmission de la soirée en direct, avec France Inter diffusé sur la sono, avec les courts interviews avant et après les sets, et avec un spectacle évidemment méticuleusement minuté. Le prix à payer pour être là, à quelques mètres du grand Dominique A – oui, le Grand Homme du Rock français – et de Bertrand Belin, outsider qui nous est décidément de plus en plus cher.

2020 07 03 Dominique A & Bertrand Belin Studio 104 (2)

21h05 : La petite discussion d’introduction entre Dominique, Bertrand et Matthieu Conquet nous précise le contexte de ce set très particulier : il s’agit d’un spectacle, déjà joué une fois comme un one-shot – qui devient du coup un « two-shot », plaisante Dominique – et qui était prévu pour le Festival FNAC live. La règle est que chacun a choisi des chansons du répertoire de l’autre, et les chante accompagné par l’autre, dans un principe d’alternance : un défi et un geste artistique original et passionnant !

Dominique A et Bertrand Belin, accompagnés seulement du claviériste Thibaut Frisoni et d’une boîte à rythme sur certains morceaux, attaquent par Je suis une Ville, sorte de lente mise en bouche tirée de l’album le plus difficile et le plus mal-aimé de Dominique, ce “Remué” qui n’en finit pas d’incommoder : la preuve que nos deux amis ne choisissent pas la facilité… A priori, pas de tubes ce soir ! Ca tombe bien, on est là pour écouter de la musique, de la vraie !

C’est sur le premier morceau de Belin que tout se met en place : le puissant Hypernuit (« Il entoure de la maison / Hypernuit hypernuit / Il n'a rien oublié / Du jour entre tous cruel / Au bout duquel / Tout est parti tout en fumée / Dans le ciel / Là il revient pour se venger / De tout un village… »), où les deux voix, singulières (comme on dit quand on ne sait pas trop comment qualifier quelque chose) s’assemblent et s’entremêlent, et soulèvent la chanson. On sait alors qu’on a très bien fait d’être là !

« Une guerre a repris plus au sud oh c'est loin / Dans un silence parfait pourtant on entendrait / Mais il y a tant de bruit ici on entend plus que lui / Le bruit blanc de l'été » : les mots terribles du Bruit Blanc de l’été prennent une signification plus forte encore dans la bouche de Bertrand. Encore une bonne pioche ! Et ce d’autant que le niveau d’électricité est monté d’un cran, sur un beat électronique. Les deux guitares, si dissemblables de Bertrand et Dominique, font monter la pression “rock”.

2020 07 03 Dominique A & Bertrand Belin Studio 104 (7)

Bon, « On va pas parler de gaullisme social… », rigole Dominique A, moquant le discours de notre nouveau Premier Ministre dont la nomination est l’événement (le non-événement ?) de la journée… Sur le Cul, qui suit, est lui aussi plus rythmé…

« La chanson suivante va nous déconfiner d’un coup sec » rigole Bertrand en annonçant le terrifiant Corps de Ferme à l’Abandon, qui va encore faire monter le concert d’un niveau : Dominique reproche en riant à Bertrand d’avoir qualifié, dans les loges, sa chanson de « monstrueuse » ! « Oui, elle me choque, cette chanson », répond Bertrand. Dans la bouche de Bertrand, les mots terribles semblent plus ronds, presque plus cruels : « Quand je suis retourné au corps de ferme à l’abandon la peur était intacte / Les lieux criaient ”Pitié” et même en plein jour tout hurlait, tout hurlait et se jetait sur nous / Je suis sorti dans l’effroi de l’étable et j’ai fui… ». Une grande chanson, un grand moment.

Après un Rien à la Ville impeccable, le grand moment d’émotion de la soirée : sans les guitares cette fois, et avec les grands bras de Dominique qui se balancent de manière tragique, Belin s’approprie de manière bouleversante le texte impudique de l’immense Pour la Peau. La manière dont il chante les aveux cruels « Mais après, comme toujours / Ça t'a rendu tout chose. / Elle s'est lavée vite fait ; / Tu savais bien comme c'était mais / Qu'est-ce que tu n'ferais pas Pour la peau ? » est saisissante. On voit combien il a du mal (il le reconnaîtra ensuite dans l’interview) à repasser, pour le second couplet, la chanson à Dominique !

Grand-Duc sera la grande chanson “rock” de la soirée, le morceau le plus ample, celui qui matérialise le mieux notre bonheur d’être là, d’être ensemble… La voix de Belin évoque très fort celle de Bashung à ce moment-là. Dominique le reconnaît avec ferveur : « On est heureux de jouer devant des vrais gens ! ». Et nous donc !

« Une liturgie païenne », car « la déploration, c'est ni gaulliste ni social ! » plaisante Bertrand… Le final de ce set, trop court (à peine une cinquantaine de minutes…), j’aurai l’audace de dire qu’il était juste pour moi : la reprise du fantastique Lumières du non moins fantastique Manset, était exactement ce qu’il fallait pour célébrer ensemble la puissance de la Musique, cette « lumière qui brillait la nuit… ». Une reprise malheureusement trop courte, sans doute parce qu’il était temps de rendre l’antenne !

2020 07 03 Malik Djoudi Studio 104 (10)

Le paradoxe, et le problème de cette soirée, c’est que la première partie y est programmée en second, sans doute pour des questions d’audience radiophonique. Ce ne sera pas rendre service à Malik Djoudi que de le faire jouer après ce que l’on vient d’entendre… Car si sa voix, haute avec des montées en puissance saisissantes, et qui peut évoquer celle de M, est elle aussi singulière, et donc intéressante, ses chansons, rêveuses et mélancoliques, qui se déploient sur une électro un peu trop convenue, manquent d’aspérités. La reprise bienvenue, mais trop désincarnée du Aquarius de Metronomy a le mérite de faire comprendre d’où vient Malik. On sent néanmoins que le public se désintéresse peu à peu de ce qui passe sur scène, et même si tout le monde est poli, gentil et bien éduqué, c’est avec un peu de soulagement que l’on accueille la conclusion un peu plus up-beat de Sous Garantie et Tempérament. On tape dans les mains, Malik se détend un peu, on se quittera bons amis…

Une dernière courte conversation “au coin du feu”, alors qu’on aurait préféré un rappel de Bertrand et Dominique, mais bon, de quel droit nous plaignons-nous ? Allez, qu’est-ce qu’on dit ?

Merci France Inter !

 

Les musiciens de Dominique A & Bertrand Belin :

Dominique A – voix, guitare

Bertrand Belin – voix, guitare

Thibaut Frisoni – claviers

 

2020 07 03 Dominique A & Bertrand Belin Studio 104 (18)

La setlist du concert de Dominique A & Bertrand Belin :

Je suis une ville (Dominique A – Remué - 1999)

Hypernuit (Bertrand Belin – Hypernuit - 2010)

Le bruit blanc de l’été (Dominique A - La Musique - 2009)

Sur le cul (Bertrand Belin - 2018)

Corps de ferme à l’abandon (Dominique A - Toute latitude - 2018)

Rien à la ville (Bertrand Belin - La Perdue - 2007)

Pour la peau (Dominique A – Auguri - 2001)

Grand-Duc (Bertrand Belin – Persona – 2019)

Lumières (Reprise de Gérard Manset – Dominique A - La Mémoire neuve – réédition de 2012)

 

La setlist du concert de Malik Djoudi

Instant réversible

Épouser la nuit (Tempéraments – 2019)

Séquence Con (Un – 2017)

Belles Sueurs (Tempéraments – 2019)

Dis-moi qu’t’y penses (Tempéraments – 2019)

Autrement (Tempéraments – 2019)

I'm Aquarius (reprise de Metronomy)

Verser ma vie

Sous garantie (Un – 2017)

Tempérament (Tempéraments – 2019)

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13 décembre 2020

Temples - Mardi 10 Mars 2020 - Cabaret Sauvage (Paris)

2020 03 10 Temples Cabaret Sauvage Billet

Jusqu'au matin même, nous ne sommes pas certains que le concert de Temples au Cabaret Sauvage aura bien lieu, la jauge étant désormais fixée par le gouvernement à 1000 personnes maximum pour un événement public, lutte contre l'épidémie du coronavirus oblige. Alias nous rassure, ce sera bon ! Et de fait, pas de souci à l'entrée, même si l’on constate que les spectateurs sont soigneusement décomptés en franchissant le seuil du Cabaret Sauvage... Ce soir, l’ambiance est particulière, il règne une sorte de complicité joyeuse inhabituelle, une impression de bonheur précaire d’être ensemble pour profiter de la musique que nous aimons, sans savoir si demain, ces concerts qui sont si importants pour nous vont pouvoir encore avoir lieu…

2020 03 10 Mystic Peach Cabaret Sauvage (7)

20h03 : Mystic Peach, nom ridicule, trio anglais, pantalons rayés : on attend du bon rock psyché en première partie de Temples, et si le groupe porte bien des tenues qui renvoient à l’excentricité des sixties, on a droit en fait à un blondinet peroxydé très en colère, tout entier dans la frustration et la souffrance, sur des chansons qui conjuguent efficacité mélodique et rythmique avec une vraie sauvagerie sonore (nos oreilles souffrent devant l'ampli Orange de la guitare...). Cette musique, malheureusement handicapée par un son très moyen pour le Cabaret Sauvage, a quelque chose d'intéressant, entre l'intensité du chanteur et la puissance des morceaux. Allez, on va vous décrire ça comme une version anglaise, donc plus pop et dansante, de Nirvana, mais peut-être que quand on réécoutera Mystic Peach dans des conditions sonores plus favorables, ce sera complètement autre chose. 35 minutes intrigantes, que certains autour de nous ont franchement détesté, ce qui en soit un indicateur de franche singularité…

21h00 : les photographes sont toujours circonspects avant un set de Temples, le groupe étant coutumier d’aveugler le public avec une rampe de lumière braquée sur lui. Ce ne sera pas le cas ce soir, ce qui nous permettra d’avoir quelques belles photos de James Bagshaw, toujours aussi “minet bolanien”, le défi étant comme toujours d’entrapercevoir ses yeux !

2020 03 10 Temples Cabaret Sauvage (6)

Le set démarre sur les tambours martiaux et le stomp glamrock irrésistible de The Howl : « Raise you head up / Stamp your feet / Hang the world down / By a thread / Rising up to / Higher ground / Steal your thunder / Feel the howl » ! Que c’est bon de tous chanter en chœur ce genre de refrain qui vous booste le moral ! Comme on a besoin de ce genre de plaisir fédérateur en ces temps troublés ! Et dans la foulée, Temples enchaîne avec le gimmick aux claviers de Certainty, histoire de bien clarifier les choses d’emblée : en matière de chansons pop classiques, ce groupe finalement bien sous-estimé est actuellement imbattable ! Mais, comme si cette entrée en matière imparable ne suffisait pas, A Question Isn’t Answered nous rappelle combien “Sun Structures” avait déjà marqué son époque avec son psychédélisme classique, renvoyant aussi bien à Syd Barrett qu’au Beatles : sauf qu’on moment du pont au milieu du morceau, la frénésie s’empare du groupe, et la musique monte en puissance d’une manière inédite chez Temples. Woaouh ! Nos précieux minets auraient-ils enfin appris à jouer rock ? On remarque aussi que l’arrivée d’un nouveau batteur, Rens Ottink, beaucoup plus puissant et impressionnant que son prédécesseur, propulse beaucoup mieux la musique du groupe… Même si on ne va pas aller jusqu’à dire que Temples est maintenant un vrai groupe de scène (il faut bien reconnaître que leurs prestations scéniques ont toujours été en deçà de leurs albums…), il y a un net progrès : un recentrage du son sur les guitares, un peu plus de détermination et de laisser-aller aussi, en dépit les costumes et les chemises de soie toujours impeccables.

2020 03 10 Temples Cabaret Sauvage (14)

Le set tout entier va traduire cette sorte de phase de transition dans laquelle se trouve aujourd’hui Temples : il faut bien dire que certains morceaux – pourtant impeccables mélodiquement (au hasard, The Golden Throne, Context…) - font franchement retomber la tension, et semblent joués en pilotage automatique par un groupe qui peine à transcender sa brillante musique… Alors qu’à d’autres moments, le groupe excelle, pétille et excite. Comment résister par exemple à la réincarnation parfaitement crédible de T-Rex sur le fantastique Keep In the Dark ? « Dream on and sleep won't save you from the night / Drink a bottle, rest in wine / A shameful display, sung in some other place / To keep in the dark ».

Le concert se terminera par un superbe rappel : Mesmerise, beau et long moment instrumental, qui permet à nouveau aux musiciens de nous convaincre de leur capacité à “jouer du Rock”, et qui clôt impeccablement une heure et demie de ce que les fans s’accorderont à qualifier comme « le meilleur concert à date donné par Temples à Paris ! ». Le tout dans une ambiance impeccable – une salle superbe, où l’on a de la place pour bouger sans se faire bousculer, c’est finalement cool… - (ambiance troublée néanmoins un moment par l’évacuation en urgence d’une jeune femme se sentant mal au premier rang…), avec un son parfait…

… Au point où l’on est forcés de se demander si tout ce qui empêche désormais Temples d’atteindre une véritable excellence scénique, ce n’est pas la personnalité et l’attitude de James Bagshaw, dont on sent bien qu’il a le plus grand mal à s’ouvrir à son public, à s’offrir avec générosité à ses fans. Voilà un artiste qui n’a rien d’un showman, et ça se sent !

 

Les musiciens de Temples :

James Edward Bagshaw – lead vocals, lead guitar

Adam Thomas Smith – rhythm guitar, keyboards, backing vocals

Thomas Edward James Warmsley – bass guitar, backing vocals

Rens Ottink – drums

 

2020 03 10 Temples Cabaret Sauvage (18)

La setlist du concert de Temples :

The Howl (Hot Motion – 2019)

Certainty (Volcano – 2017)

A Question Isn't Answered (Sun Structures – 2014)

Colours to Life (Sun Structures – 2014)

You're Either on Something (Hot Motion – 2019)

The Golden Throne (Sun Structures – 2014)

Holy Horses (Hot Motion – 2019)

Atomise (Hot Motion – 2019)

Oh the Saviour (Volcano – 2017)

Hot Motion (Hot Motion – 2019)

The Beam (Hot Motion – 2019)

Context (Hot Motion – 2019)

Keep in the Dark (Sun Structures – 2014)

Open Air (Volcano – 2017)

Shelter Song (Sun Structures – 2014)

Encore:

Mesmerise (Sun Structures – 2014)

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08 décembre 2020

The Wants - Vendredi 6 Mars - Supersonic (Paris)

2020 03 06 The Wants Supersonic Setlist

Il y a quand même des bons côtés dans notre société hyper branchée, connectée à mort, comme la possibilité d'être là juste au moment, voire même une micro seconde avant qu'un groupe inconnu devienne un météore. Et pouvoir prononcer au moins une nuit les fameux mots : "j'ai vu le futur du Rock'n'Roll, et il s'appelle...".

Car depuis quelques jours, ça tournait sur les réseaux : cette semaine, à Paris, à part Algiers à la Maro, le truc qu'il ne fallait absolument pas manquer, c'était The Wants au Supersonic. On y était donc, avec quelques amis, au cas où...

2020 03 06 Queen Philip Supersonic (5)

20h30 : Queen Philip : un jeune quartet parisien jouant un rock nerveux mais un peu passe-partout. Une musique qui accroche l’oreille de prime abord, mais se révèle assez banale. Un peu trop sage finalement, manquant d'imagination et de souffle, malgré une agréable efficacité. Le chanteur a une bonne voix, ce qui n’est toujours pas si fréquent avec les groupes français, les chansons démarrent bien mais s'éternisent un peu, et finissent par user notre intérêt… Queen Philip est un groupe sympathique, clairement encore débutant, mais à la bonne attitude… Les 45 minutes qui leurs sont imparties paraissent finalement longuettes, même si leur single Kill Myself injecte un peu d'énergie sur la fin du set.

2020 03 06 Nuncino Supersonic (9)

21h30 : Nuncino : alors là, c’est une autre paire de manches. Ce duo, qui quelque part pourrait être des Sleaford Mods de chez nous, propose l’inverse du groupe précédent : un concept à la mode, de l’électro noise un peu crade, avec des percussions qui rajoutent un peu d'organique bien venu sur des textures et des beats électro quant à eux très convenus. Là où ça pèche franchement, c'est au niveau de la voix, très mauvaise. Et puis ce qu'on comprend des textes en anglais est assez répétitif et ras du plancher. Finalement tout ça sombre rapidement dans la vulgarité et la facilité. Pas très professionnels, nos amis dépassent largement leur temps imparti alors que la plus grande partie du public s'ennuie. Ce moment assez désagréable est une nouvelle preuve que faire de la musique déjantée et rebelle requiert du talent.

22h40 : le trio de Brooklyn, The Wants, ont maintenant rempli le Supersonic jusqu'à ras bord : c'est bon signe, la hype fonctionne, il nous reste à nous confronter à la réalité. Sur scène, trois jeunes gens vêtus de noir, au look austère comme il faut : un batteur décontracté, une jeune femme bien mise à la basse, un géant assez inquiétant à la guitare, qui s’avère être Madison Velding-VanDam, membre de Bodega et leader de cette nouvelle expérience misicale. Et quand ça démarre, on est sur le c..., immédiatement.

2020 03 06 The Wants Supersonic (23)

Le son de The Wants, c'est le exactement le son de 2020 : sec, dur, épileptique même, nourri paradoxalement d'électronique. On cherche les références, on parcourt notre mémoire : Devo, Talking Heads, Wire, XTC des tous débuts, la furie des premiers titres des B-52's même. Mais en fait, non, pas du tout : The Wants, ce n'est pas le passé qui se répète, c'est du tout nouveau. Car, au-delà des moments où l'on danse, des légères connotations électroniques, voilà que surgit d'un coup une guitare littéralement tellurique, qui vient noyer tout ça dans un déluge sonore radical. Sonic Youth qui jouerait du heavy metal, mais avec des coups de scalpel dans la masse : tranchant, oui c'est ça. Madison a un jeu de scène saisissant, un déhanché spectaculaire (magnifique ?), une ambiguïté absolue, on va dire mi-féminin, mi-aliéné. Le voir arpenter la petite scène du Supersonic en larguant du plomb fondu sur les rythmiques de mécaniques emballées des chansons est une grande expérience. L'une de celles dont on se souviendra longtemps, toujours peut-être.

Il y a deux ou trois moments au cours des courtes quarante-cinq minutes, rappel compris, du set de The Wants, où tout le premier rang de spectateurs échange des regards de connivence, de soulagement, d’incrédulité, même : oui, ce soir, c'est ça, c'est exactement ça. Ce qu'on attend et qui arrive si peu souvent. C'est une joie, aussi, une satisfaction profonde, que d’assister à la naissance d’une MUSIQUE.

Bon, malgré notre enthousiasme absolu, admettons que tous les morceaux ne seront pas à la même hauteur stratosphérique, bien sûr, mais affirmons sans crainte que les chansons un tantinet moins extraordinaires auront été au moins passionnantes, innovantes ou surprenantes... c'est dire...

L'album de The Wants va sortir dans quelques jours, et le groupe ne nous appartiendra plus. Tiendra-t-il toutes ses promesses ? Impossible de le jurer, mais au moins, ce soir au Supersonic, l’enchantement a fonctionné à plein.

Quelques fois, on lit des choses vraies sur les réseaux sociaux.

 

2020 03 06 The Wants Supersonic (25)

Les musiciens de The Wants sur scène :
Madison Velding-VanDam : guitare, voix

Jason Gates : batterie

Heather Elle : basse, synthés, voix

 

La setlist du concert de The Wants :
Ramp

Nuclear Party

Container

Fear My Society

The Motor

Ape Trap

Hydra

Islands Of Cells

The Waiting Room

Clearly A Crisis

Encore :

Container

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

 

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03 décembre 2020

Algiers - Jeudi 5 Mars 2020 - Maroquinerie (Paris)

2020 03 05 Algiers Maroquinerie Billet

Nous continuons donc notre revue des musiciens et groupes sérieusement engagés politiquement, avec Algiers, le combo d’Atlanta à la musique parfaitement indéfinissable, mais aussi virulente : après la sortie d’un troisième album un peu plus porté sur l’introspection que les slogans politiques, le formidable Franklin James Fisher et sa bande sont à la Maroquinerie, créant un niveau d’attente insupportable chez ceux qui ont déjà pu juger de la performance scénique du groupe… Ce qui ne fait malheureusement pas assez de monde, la Maro n’affichant pas complet, une situation parfaitement révoltante vues les qualités d’Algiers…

2020 03 05 ESYA Maroquinerie (4)

20h10 : une jeune femme seule sur scène, avec des machines autour d’elle (puisqu’une grande majorité des sons est pré-enregistrée…) et une basse posée derrière elle. ESYA, c’est Ayşe Hassan, bassiste de Savages, qui s’est lancée dans une aventure solo surprenante, à base de synthés et de vocaux solennels, avec pour objectif de dénoncer l’absurdité de l’existence (vaste programme !). Première impression, Ayşe a une très belle voix, dont elle use magistralement sur un tapis électronique assez sinistre. On peut penser un peu à certains morceaux de Björk, sans la fantaisie du lutin islandais. Et quand Ayşe s’empare de sa basse, ce qu’elle fait avec est magnifique, et nous change agréablement des synthés. Au bout d’une trentaine de minutes, une fois qu’on a compris l’esprit et les principes de la musique d’ESYA, il faut bien admettre que l’on s’ennuie un peu. Malgré toute la sympathie que l’on ressent pour la jeune femme et sa démarche honorable, il est difficile de se sentir enthousiasmé…

21h00 : Ce sont Ryan, le bassiste en permanence déchaîné, et Lee, le guitariste et pour l’occasion saxophoniste, qui entrent les premiers et construisent “l’ambiance musicale” littéralement apocalyptique dans laquelle va s’épanouir Algiers. Lorsque les voix démarrent un There Is No Year à peu près méconnaissable par rapport à la version de l’album, c’est à une cérémonie de gospel furieuse que nous sommes conviés. Et c’est très impressionnant, surtout lorsque d’un coup la “machine Algiers” accélère, passe à la puissance supérieure, nous soufflant littéralement ! Oui, très, très impressionnant : cette manière de s’inscrire dans une tradition vocale afro-américaine de la soul et du chant religieux, de trivialiser tout ça avec une sorte de joie païenne quasi éméchée, et d’envoyer le résultat par-dessus bord à coup de dérapages électriques et de percussions en furie… Oui, il est tout-à-fait impossible de mettre une quelconque étiquette bien lisible et bien collée sur le résultat de tout ça.

2020 03 05 Algiers Maroquinerie (20)

Bien sûr, malgré l’expansivité infatigable de Ryan, qui nous asperge de ses postillons en dépit de tous les coronavirus de la planète, c’est bien Franklin James Fisher qui cristallise toute notre attention : chanteur convulsif, danseur éblouissant en dépit de l’exiguïté de l’espace, pianiste virtuose et guitariste étonnant, Franklin est en plus un homme charmant, parlant un français impeccable – malgré un clair manque de pratique – et sans accent ! Le showman parfait ? Au sortir de ce set qui s’approchera des deux heures avec un second rappel improvisé, je crois que la plupart d’entre nous qui avons assisté au spectacle sommes prêts à jurer que cet homme-là, charismatique mais aussi joyeux, facétieux même, et généreux, a tout pour être une immense star.

La setlist est composée principalement des titres des deux derniers albums, certains interprétés de manière respectueuse, mais la plupart étirés, déformés, explosés pour partir dans d’autres directions que celles prévues au départ. Il est d’ailleurs difficile de choisir des chansons qui nous auraient plus emballés que d’autres, car la musique de Algiers, un peu à la manière d’un free jazz contemporain – sans la prétention du free jazz – devient une sorte de pâte fusionnelle dans laquelle percussions, déchirures électriques, boucles de piano, vocaux soul se mélangent. Et si les textes sont bien revendicatifs, voire agressifs, l’ambiance est à la fête, à la communion générale dans la bonne humeur.

Nous ne l’avons pas dit, mais le son ce soir sera impeccable, à la fois très fort et très clair, avec une dynamique parfaite lors des montées paroxystiques qui sont une caractéristique forte d’Algiers sur scène. Un seul (petit) regret, alors que tous les visages sont illuminés de sourires et que tout le monde ondule, trépigne ou pogote suivant son goût ou son âge, ce sera la quasi-absence de lumière, qui rendra difficile le travail des photographes.

2020 03 05 Algiers Maroquinerie (38)

En milieu de set, Algiers nous offrira une reprise d’un titre du groupe de post-punk américain, The Make-Up, mais nous nous souviendrons surtout de l’espièglerie avec laquelle Franklin nous expliquera qu’il n’arrive pas à se souvenir des paroles (bon, il répète une petite dizaine de fois : « I was born, born on the floor… ») et doit chanter avec son téléphone portable à la main pour les lire !

Plus on se rapproche de la fin, plus la pression monte dans la chaudière portée au rouge qu’est devenue la Maroquinerie. Ryan, amuseur public numéro un, nous exhorte à slammer, Franklin descend chanter au milieu du public, chaque morceau devient une transe un peu plus infernale : Algiers peut prétendre figurer sur le podium des expériences live les plus torrides.

Petite décharge punk avec ESYA au chant en rappel, comme pour dire que Algiers, en dépit de toute son ambition – dans ses textes militants, dans sa musique compliquée – sait encore s’amuser sur des rythmes binaires. Mais il est clair que Franklin et sa bande n’ont pas envie que la nuit finisse, d’autant que ce concert est le dernier de la tournée, et nous offrent donc un long dernier rappel, un The Cycle / The Spiral: Time to Go Down Slowly à la fois très jazzy et totalement volcanique, qui fait s’envoler la salle toute entière très, très haut.

Ce concert littéralement exceptionnel dans sa conjugaison d’intelligence, de brutalité et de joie de vivre, aura été, nous diront ceux qui avaient déjà vu Algiers auparavant, le meilleur qu’ils aient jamais donné à Paris. Ajoutons seulement que, alors qu’une pluie glacée châtie Paris qui se prépare à la paralysie promise par les autorités à cause du coronavirus, Algiers nous a apporté ce soir la preuve ultime qu’il y a encore de la Vie – et de l’Espoir - sur terre en 2020. Ce n’est vraiment pas rien dans l’état où nous sommes en ce moment !

 

La setlist du concert d’ESYA :

Everything (Absurdity of ATCG EP – 2019)

Nothing (Absurdity of ATCG EP – 2019)

Obsolete (Absurdity of Being EP – 2018)

Lost (Absurdity of Being EP – 2018)

Blue Orchid (Absurdity of ATCG (II) EP – 2019)

It's Me (Absurdity of Being EP – 2018)

 

2020 03 05 Algiers Maroquinerie (42)

Les musiciens de Algiers sur scène :
Franklin James Fisher – voix, guitare, piano

Ryan Mahan – basse, synthés, choeurs

Lee Tesche – guitare, cuivres, choeurs

Matt Tong – batterie, choeurs

+ ??? – choeurs

 

La setlist du concert de Algiers :
There Is No Year (There Is No Year – 2020)

Black Eunuch (Algiers – 2015)

Walk Like a Panther (The Underside of Power – 2017)

The Underside of Power (The Underside of Power – 2017)

Dispossession (There Is No Year – 2020)

Hour of the Furnaces (There Is No Year – 2020)

Hymn for an Average Man (The Underside of Power – 2017)

Void (There Is No Year – 2020)

Born on the Floor (The Make-Up cover)

We Can't Be Found (There Is No Year – 2020)

Cleveland (The Underside of Power – 2017)

Wait for the Sound (There Is No Year – 2020)

Cry of the Martyrs (The Underside of Power – 2017)

Death March (Franklin singing in the crowd) (The Underside of Power – 2017)

Encore :

Unoccupied (The Underside of Power – 2017)

One Chord (with ESYA)

Old Girl (Algiers – 2015)

Encore 2 :

The Cycle / The Spiral: Time to Go Down Slowly (Not on written setlist) (The Underside of Power – 2017)

But She Was Not Flying (Not on written setlist) (Algiers – 2015)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

 

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30 novembre 2020

Jeffrey Lewis & The Voltage - Mercredi 26 Février 2020 - Boule Noire (Paris)

2020 02 26 Jeffrey Lewis Boule Noire Billet

Avec l'arrivée promise du coronavirus et le retour du froid humide, nous n'avons pas beaucoup d'occasions de nous réjouir en ce moment. Impossible donc de refuser l’alléchante perspective d'une “double date” avec les fantaisistes affûtés de GaBLé et avec le folk punk (ou punk folk ?) de Jeffrey Lewis, qui a de plus sorti un excellent album, “Bad Wiring”, honteusement passé sous les radars. Le tout à la Boule noire, l'une des salles les plus accueillantes de Paris !

2020 02 26 Gablé Boule Noire (5)

20h15 : GaBLé nous invite ce soir ni plus ni moins qu'à un Ciné-Concert (“GaBLé joue CoMiCoLoR”, c’est le titre du programme…) : un écran est installé sur la droite, le trio est quant à lui regroupé à gauche de la scène, autour d'une grande table sur laquelle est entreposé tout le matériel, du plus classique au plus fantaisiste (telles ces trompettes en plastique au plus bel effet), qui va servir à accompagner et illustrer la projection de 6 courts métrages d'animation datant de 1934 à 1936. Des courts métrages produits par Ub Iwerks (collaborateur de Walt Disney aujourd’hui bien oublié…) qui sont de dignes représentants d'une époque à la folie surréaliste décoiffante, mais aussi, vu d’aujourd’hui touchante. Le travail du trio GaBLé sur ce matériau original est en tous points remarquable : réussissant à conjuguer bruitages amusants parfaitement synchronisés avec les événements à l'écran et interprétation de véritables morceaux musicaux, souvent très puissants, GaBLé nous offre une expérience totale. De la très belle musique, que l'on pourrait qualifier, pour aller vite, de "post rock", avec un goût certain pour les déchirures électriques et les percussions sauvages, et des sons décalés, accompagnant d'excellents dessins animés, cela donne 45 minutes d'un spectacle total parfait...

21h35 : Au bout d’un moment à observer, fascinés, l'installation du matériel de Jeffrey Lewis, nous réalisons que le New yorkais, par ailleurs auteur de BD, est plus préoccupé par la bonne projection d'images sur un écran de fortune derrière lui que par ses pédales d'effet et son ampli de guitare. Et nous allons comprendre pourquoi durant le set qui va suivre...

2020 02 26 Jeffrey Lewis Boule Noire (15)

The Voltage, la nouvelle formation de Jeffrey, c'est un batteur puissant au look d'acteur hollywoodien, et un bassiste freluquet auquel on donne à peine 18 ans, tous les deux capables en outre d'assurer eux aussi des vocaux impeccables - plusieurs morceaux de Jeffrey Lewis & the Voltage étant en effet chantés à 2 ou à 3 voix ! Jeffrey, quant à lui, est une sorte de caricature de l'artiste bohème new yorkais : casquette, cheveux décolorés en friche, attitude très laid-back, et surtout une guitare acoustique recouverte entièrement de stickers, à moitié repeinte, qui ne paie pas de mine... guitare sur laquelle il aura au préalable scotché soigneusement une mini set list couverte de pattes de mouche.

Dès le premier morceau, swinguant, presque funky, on est surpris : rien à voir avec le folk alternatif punky raide et énervé de l'album ! Mais la guitare, pourtant électrifiée grâce à ce qui ressemble plus à un bricolage instable qu'à autre chose, dégage un son psychédélique, sursaturé, réellement monstrueux ! Second morceau, nouveau genre : nous voilà maintenant devant un folk quasi acoustique, des plus traditionnels. Il faut attendre le réjouissant LPs (chanson à la gloire de la collection de disques vinyles !) pour retrouver un peu nos marques... Mais cette versatilité musicale de Jeffrey est éminemment sympathique, d'autant que, techniquement, derrière l'esprit DIY de la démarche, le trio sur scène assure franchement ! Il n'y a guère que les lumières, quasi absentes, qui laisseront franchement à désirer ce soir... L'accélération du rythme des chansons a attiré devant la scène une petite foule plus agitée, mais les pogoteurs (timides quand même) vont refluer quand Jeff nous annonce qu'il va maintenant... nous raconter l'histoire, basée sur les faits réels, de Pocahontas ! Séance projection de diapos donc, ou presque : Jeff fait défiler à l'écran ses dessins narrant l'aventure de la célèbre jeune indienne (qui en fait n'a pas épousé John Smith, mais un autre colon !), et nous raconte le tout avec pas mal d'humour, pendant que The Voltage fait de l’animation sonore. C'est frais, c'est drôle, c'est inhabituel. Pourquoi pas ?

2020 02 26 Jeffrey Lewis Boule Noire (24)

Le concert reprend, avec toujours cette alternance de passages très rock où The Voltage montre son efficacité et d'autres où la musique de Lewis témoigne de son attachement à ses racines... Soit un sujet qui sera celui de son second "exposé" - à notre humble avis le plus beau moment de la soirée, même si certains ont trouvé ça un peu long - sur les origines du punk rock (américain et new yorkais en particulier) dans un courant folk particulier, sérieusement déjanté, des années 60. Un mélange de noms connus (Velvet, Stooges, New York Dolls, Pattt Smirh, Richard Hell...) et beaucoup moins (comme les Fugs ou les étonnants David Peel & The Lower East Side), qui explique brillamment la naissance de ce courant musical fondamental et permet de mieux comprendre son évolution jusqu'à sa traversée de l'Atlantique et son explosion en Grande Bretagne... le tout illustré de brèves reprises sauvages de 1969, Waiting for My Man, Gloria, Blank Generation et bien d'autres ! Un régal, on vous dit...

On notera ensuite une belle reprise du High Voltage d’AC/DC sur lequel Jeffrey lâchera la bride à ses musiciens, et également une troisième "histoire', dessinée par Jeffrey et hilarante cette fois, sur l’existence de "singes cannibales" tout mignons, grand moment de délire où the Voltage a pu se laisser aller à ses tendances bruitistes.

Mais c'est sans doute la toute conclusion de ce set vraiment particulier de 1h15 qui nous touchera le plus : désormais seul sur scène, Jeffrey Lewis nous expliquera qu'il ne croit pas en Dieu, mais en l'Art, et que la plus belle révélation de la puissance de l'Art fut pour lui l'existence d’une chanson comme True Love will Find you in the End… qu'il interprètera (partiellement) a capella, illustrant ce moment magique par des dessins reprenant ceux si caractéristiques du génial Daniel Johnston.

Oui, Jeffrey Lewis est un mec bien. Et passionnant.

Et si, comme nous, comme lui, vous pensez que faire de la musique aujourd'hui nécessite de savoir d'où l'on vient. Et que l'on ne peut être vraiment libre de créer que si l’on a compris et si l’on respecte ceux qui l'ont fait avant nous... eh bien, comme nous, vous ne manquerez pas le prochain passage de Jeffrey Lewis en France...

 

2020 02 26 Jeffrey Lewis Boule Noire (19)

La setlist du concert de Jeffrey Lewis & The Voltage :

Danger

Nose

Arrow (It’s the Ones Who’ve Cracked That The Light Shines Through – 2003)

LPs (Bad Wiring – 2019)

In Certain Orders (Bad Wiring – 2019)

Pocahontas

Bex

Where Is the Machine (Bad Wiring – 2019)

System

Exactly What Nobody Wanted (Bad Wiring – 2019)

Closed

History of Punk in NYC's Lower East Side From 1950-75

My Girlfriend Doesn’t Worry (Bad Wiring – 2019)

Sad Screaming Old Man

High Voltage (AC/DC cover)

Cannibal Monkeys

Fun

True Love Will Find You in the End (Daniel Johnston cover)

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25 novembre 2020

Sleater-Kinney - Lundi 24 Février 2020 - Trianon (Paris)

2020 02 24 Sleater Kinney Trianon Billet

Nombreux sont les grands groupes qui sont passés à côté du succès, voire même d’une simple reconnaissance publique, et on admet tous que la vie est tout sauf juste. On se contente donc de ressasser entre nous notre frustration que les Replacements ne soient jamais devenus le plus grand groupe de leur génération, ou que Doctors of Madness aient pu réapparaître en 2019 dans l’indifférence la plus complète. Le cas de Sleater-Kinney est lui aussi, particulièrement incompréhensible : voici un groupe qui vole à mille lieues au-dessus du tout-venant, conjuguant albums inspirés, prestations live puissantes et attitude – politique et tout simplement humaine – impeccable. Et malgré tout cela, le Trianon ne sera qu’à moitié rempli ce soir, beaucoup de gens ayant préféré aller voir d’autres groupes, bien moins importants, et surtout bien moins satisfaisants. Bon, les absents ont toujours tort, comme le dit le vieil adage populaire, mais ce soir, ne pas être ici pour écouter et voir Sleater-Kinney, ce n’est plus une erreur, c’est carrément une faute.

2020 02 24 Harkin Trianon (9)

19h30 : la soirée commence plaisamment avec Katie Harkin, jeune musicienne anglaise au curriculum déjà impressionnant, puisqu’elle faisait partie du groupe Sky Larkin, et a accompagné Kurt Vile et Courtney Barnett sur scène, en plus d’officier comme ce soir au sein de Sleater-Kinney à la troisième guitare et aux claviers. En “solo” - en fait accompagnée d’une batteuse et d’une bassiste -, elle nous propose des chansons très électriques, mais sur un tempo assez calme, créant une sorte d’ambiance réflexive assez fascinante. S’il fallait mettre des étiquettes, on pourrait situer ça quelque part entre un R.E.M. un peu grunge et un Sonic Youth apaisé, avec peut-être en effet une parenté avec le travail de Kurt Vile. Bref, tout ce qu’on aime, ce qui fait qu’on écoute avec attention cette belle musique qui ne sacrifie à aucun cliché… mais manque sans doute un peu d’aspérité, ou peut-être simplement de relief. Le dernier titre, Nothing the Night Can’t Change, plus enlevé, est le meilleur, et montre bien que Harkin “en a sous la pédale”.

2020 02 24 Sleater Kinney Trianon (9)

20h30 : Très beaux décors, jouant sur des parties du corps féminin (yeux, mains, etc.), très belles lumières, avec un usage sympathique de néons sur les pieds de micro, on voit bien que le nouveau Sleater-Kinney – celui de la reformation, celui aussi d’après le départ pour divergences musicales de Janet – a des ambitions qui dépassent désormais la gueulante et e combat au corps à corps des “riot girrls” (mouvement auquel on a abusivement, à mon avis, associé le trio). Corin et Carrie sont en première ligne, chacune avec son micro, sa guitare et son attitude : Carrie est dans la joie expansive, le plaisir de jouer et la perpétuation du rituel rock’n’rollien, tandis que Corin, avec sa guitare qui supplée magistralement à l’absence de basse, et sa voix pleine de “soul”, est la force tranquille, mais aussi la pourvoyeuse d’émotions dans Sleater-Kinney. Derrière elles, Angie, une batteuse qui s’avérera extraordinaire et contribuera massivement à la puissance du set, Katie et Toko, présence magnétique derrière ses claviers : bref, un vrai groupe, au-delà du duo originel !

Et, en effet, dès l’intro spectaculaire de The Center Won’t Hold, le magnétisme de nos jeunes femmes opère à 100%, et lorsque la chanson explose dans un chaos strident et convulsif, impossible de ne pas sentir l’adrénaline qui se déverse dans nos veines : c’est du p… de rock’n’roll, sur scène, et la sophistication pop nouvelle des morceaux du dernier album ne va pas être un obstacle à l’énergie de Sleater-Kinney. Au contraire, cette lisibilité des mélodies, cette élasticité de la démarche et cette richesse des ambiances vont contribuer à faciliter notre immersion dans la musique de Corin et Carrie, et à nous piéger magnifiquement quand la violence sonique déferle sur nous. Et de fait, la première partie du set va s’avérer ex-tra-or-di-nai-re, avec sur quasiment chaque morceau, ce basculement dans l’hystérie qui est, fondamentalement, ce qu’on attend d’un GRAND concert de Rock. Mention spéciale à Price Tag et surtout The Future Is Here, deux occasions parfaites pour mettre le feu à un Trianon certes peu rempli, mais où chaque spectateur /-trice semble porter très profondément dans son cœur l’AMOUR pour Sleater-Kinney : un public passionné pour un groupe exceptionnel, la recette d’une bonne soirée.

2020 02 24 Sleater Kinney Trianon (35)

Le programme de ce soir est généreux : 1h40 et 26 titres, avec une nouvelle version de la set-list – incluant Bury Our Friends - remplaçant en dernière minute la précédente déjà scotchée sur la scène, et avec l’ajout final de Words and Guitar sous le coup de l’enthousiasme. Certains se plaindront à la fin de la part trop belle faite aux nouvelles chansons (la quasi-intégralité de “The Center Won’t Hold”, plus deux titres de “No Cities to Love” !) par rapport à celles de la première époque du groupe : on leur rétorquera que, certes, le Sleater-Kinney de 2020 n’est plus le même groupe que celui des années 90, mais que, en gagnant en séduction pop, il n’a pas perdu grand-chose de son amour pour le punk rock, pour le grunge, voire pour les riffs heavy. Et c’est bien ça que ce set à notre avis quasiment parfait va démontrer ce soir…

Bon, on doit quand même convenir, malgré notre enthousiasme, que la tension se dissipe un peu au cœur du concert, avec des morceaux moins intenses, moins impérieux… Même si le jeu de scène explosif et souriant de Carrie fait que notre enthousiasme ne baisse pas vraiment… Et même si certains morceaux restent très impressionnants, comme par exemple un RUINS où les guitares apocalyptiques font véritablement des merveilles. C’est à partir d’une version sérieusement heavy de The Fox que le set va entrer dans sa dernière ligne droite, avec une succession de morceaux stupéfiants qui plongent le Trianon dans le bonheur. On se souviendra en particulier d’un Can I Go On repris en chœur par les fans, et surtout d’une interprétation tranchante, excitante au possible de Animal, avec Katie Harkin qui vient sur le devant de la scène envoyer la purée avec sa guitare : magnifique !

2020 02 24 Sleater Kinney Trianon (48)

Le rappel sera l’occasion pour Sleater-Kinney de montrer qu’elles ont d’autres cordes à leur arc : un moment d’émotion intense avec Broken, avec Carrie au piano et Corin qui démontre toute l’amplitude de son talent vocal, une reprise – a priori jouée pour la première fois sur scène – du Gloria de Laura Branigan (Umberto Tozi, en fait…)… avant le final speed et punk rock qui va bien, en enchaînant Words and Guitar et Dig Me Out.

Woaouh ! Quelle belle expérience ! Quelle maîtrise de la tension, et des explosions de violence brute qui permettent de la relâcher et de satisfaire le public ! Quel grand groupe ! On n’est que fin février, mais il est bien possible que l’on ait déjà assisté au concert de l’année 2020. En tout cas, il ne nous reste plus qu’à faire preuve de tout le prosélytisme possible pour convaincre tous nos amis de ne plus passer à côté de Sleater-Kinney !

 

La setlist du concert de Katie Harkin :

Mist on Glass

Bristling

Up to Speed

Dial It In

Decade

Nothing the Night Can't Change

 

Les musiciennes de Sleater-Kinney sur scène :

2020 02 24 Sleater Kinney Trianon (28)

Carrie Brownstein – guitar, backing and lead vocals

Corin Tucker – lead and backing vocals, guitar

Katie Harkin – guitar, keyboards, percussion

Toko Yasuda – keyboards, backing vocals

Angie Boylan – drums

 

La setlist du concert de Sleater-Kinney :

The Center Won't Hold (The Center Won't Hold – 2019)

Hurry On Home (The Center Won't Hold – 2019)

Price Tag (No Cities to Love – 2015)

The Future Is Here (The Center Won't Hold – 2019)

Jumpers (The Woods – 2005)

Bury Our Friends (No Cities to Love – 2015)

Oh! (One Beat – 2002)

Ironclad (All Hands on the Bad One – 2000)

RUINS (The Center Won't Hold – 2019)

What's Mine Is Yours (The Woods – 2005)

All Hands on the Bad One (All Hands on the Bad One – 2000)

Bad Dance (The Center Won't Hold – 2019)

One More Hour (Dig Me Out – 1997)

Start Together (The Hot Rock – 1999)

The Fox (The Woods – 2005)

LOVE (The Center Won't Hold – 2019)

Can I Go On (The Center Won't Hold – 2019)

A New Wave (No Cities to Love – 2015)

Animal (single – 2019)

The Dog/The Body (The Center Won't Hold – 2019)

Entertain (The Woods – 2005)

Encore:

Broken (The Center Won't Hold – 2019)

Modern Girl (The Woods – 2005)

Gloria (Laura Branigan cover)

Words and Guitar (not on the setlist) (Dig Me Out – 1997)

Dig Me Out (Dig Me Out – 1997)

 

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

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20 novembre 2020

Petrol Girls - Vendredi 14 Février 2020 - Point Ephémère (Paris)

2020 02 14 Petrol Girls Point Ephémère Billet

Pour poursuivre nos discussions sur la dé-politisation (ou non…) du Rock en comparaison avec son niveau d’engagement dans les années 70, et sa tendance de plus en plus nette à succomber aux sirènes de l’entertainment à tout prix, ce soir au Point Ephémère, nous avons un parfait contre-exemple, avec Petrol Girls. Ce groupe austriaco-anglais et hardcore véhicule un discours politique et féministe particulièrement ferme, voire violent. Ce qui, on s’en doute, ségrégue forcement le public, tout le monde n’ayant pas forcément envie d’entendre les harangues de Ren Aldridge, la leader du groupe aux propos enflammés !

2020 02 14 Lush Rush Point Ephémère (12)

20h30 : Mais avant la polémique, nous avons droit à un démarrage de soirée plutôt dans le plaisir, avec un groupe parisien féminin officiant dans le punk rock “traditionnel”, Lush Rush. Cinq filles donc – ce qui nous fait deux guitares, une configuration toujours bien agréable pour nos oreilles avides d’électricité – visiblement très heureuses et un peu intimidées aussi d’assurer cette première partie dans un Point Ephémère déjà bien rempli… ça part sur les chapeaux de roue, ce qui nous permet d’apprécier en particulier la bonne voix d’Eva : avoir une chanteuse capable d’assurer dans le hurlement qui va bien mais aussi dans le chant puissant, c’est clairement un atout pour le groupe. Les deux guitares font leur boulot, avec sur quelques morceaux plus originaux, des sonorités “motoric” intéressantes. Du fait du stress, il y aura malheureusement quelques cafouillages, en particulier sur une intro qui devra être reprise trois fois… mais finalement, c’est presque dans l’esprit de la soirée ! Final efficace au bout de 35 minutes bien agréables.

21h30 : On change donc d’atmosphère avec Petrol Girls : à peine montée sur scène, Ren Aldridge nous explique franco que le groupe jouant plutôt “heavy”, et militant pour la cause des femmes et des LGBT, elle demandera aux hommes non homosexuels de quitter le devant de la fosse pour laisser la place aux femmes et aux trans, s’il y en a dans la salle. Bon ! Je dois dire que c’est la première fois que nous entendons un discours ostracisant de ce type dans un concert de Rock, et même si, prévoyant le coup, nous nous étions placés sur le côté, il y a quand même un certain malaise…

2020 02 14 Petrol Girls Point Ephémère (4)

Du côté positif, disons que c’est une expérience éducative que de se voir ainsi rejeté pour son sexe – le genre de choses que dans de nombreux pays, les femmes sont obligées de supporter chaque jour – et que cela permet de comprendre à quel point ce genre de situation est insupportable. D’un autre, c’est assez ridicule, voire bêtement contre-productif de tenir ce genre de discours dans une salle de rock d’une ville comme Paris, où l’on peut quand même imaginer que l’immense majorité des mâles présents ce soir supportent le discours politique de Ren… Il faut aussi bien reconnaître qu’aucun homme ne quittera pour autant le premier rang : soit tout le monde était gay, soit personne ne parlait anglais… soit plus vraisemblablement nul n’imaginait que Ren irait chercher la confrontation avec les réfractaires…

Musicalement, nos pétroleuses (puisque nos héroïnes parisiennes de la Commune sont à l’origine du nom du groupe) – qui sont en fait deux filles, dont une nouvelle bassiste, et deux garçons – proposent un punk hardcore façon années 80 – 90 dans les règles de l’Art. Jouant dans une quasi obscurité ce soir, et déployant un jeu de scène minimal, même si Ren a une bonne présence scénique et un headbanging spectaculaire, c’est clairement dans sa posture militante et dans les textes de ses chansons que se niche le plus grand intérêt du groupe… Des textes mélangeant agressivité des déclarations politiques et sensibilité exacerbée, comme dans l’excellent Monstrous : « This is not all of me / I choose the parts you see / All my weakness bottled up / And left to tremble on a shelf »… Car les hommes qui trouvent grâce aux yeux de Ren sont ceux qui laissent paraître leur fragilité, elle nous l’expliquera clairement dans un de ses longs speeches entre deux chansons…

2020 02 14 Petrol Girls Point Ephémère (31)

Tout au long de l’heure du concert, nous serons également tenus informés de l’avancement du procès opposant des musiciennes à un “harceleur” de l’industrie musicale, de l’avortement que Ren a choisi parce qu’elle ne voulait pas de bébé, de la résistance des combattantes kurdes au fascisme d’Erdogan (enregistrement sonore à l’appui…)… bref de plein de choses sur lesquelles nous sympathisons totalement avec Ren, ses convictions et ses combats. Reste qu’on n’a pas forcément envie de recevoir autant de leçons en aussi peu de temps. Et finalement, ce sont peut-être ces admonestations répétées qui empêchent le set de décoller vraiment : même si le public du Point Ephémère, largement féminin, crie son approbation aux discours de Ren et danse joyeusement, nous n’aurons pas eu ce soir de véritable pogo, ni de moments de vrai laisser-aller punk. Musicalement, Petrol Girls tiennent la route, même si les vocaux du guitariste manquent de… finesse, et leur rage est évidemment perceptible. Pourtant, le set de ce soir ne sera jamais un grand set…

Arrive la dernière ligne droite, avec le redoutable Touch Me Again, sans doute le titre le plus irrésistible du groupe : « It’s my body / My fucking choice / My lips my thighs my wrists my mind / My hips my neck my tongue my mind / Touch me again / And I'll fucking kill you »… Et le moment unique où toute celle colère deviendra littéralement la nôtre...

Un dernier rappel, et c’est fini.

Et si ce set avait surtout démontré que, oui le Rock engagé fait parfaitement sens, en particulier dans un monde aussi malade que le nôtre, mais que l’engagement pur et dur est relativement stérile ? Oui, en sortant du Point Ephémère, nous nous disions que les thèmes de cette soirée n’étaient pas si différents de ceux que véhiculent IDLES par exemple : la différence résidait dans le fait que Petrol Girls manquent un peu trop de générosité et d’humour pour vraiment convaincre… »

 

2020 02 14 Lush Rush Point Ephémère (6)

Les musiciennes de Lush Rush :

Eva : chant

Peggy : basse

Aurélie : guitare

Elloran : guitare

Johanne : batterie

 

La setlist du concert de Lush Rush :

Gold Digger

Lush Rush

Daily Grind

Giallo

Request

Love Job

Walker Texas Killer

The Hunt

Be My Guest

Twisted Thoughts

Better Than You

One More

Drunken Master

 

2020 02 14 Petrol Girls Point Ephémère (44)

La setlist du concert de Petrol Girls :

The Sound (Cut & Snitch – 2019)

Monstrous (Cut & Snitch – 2019)

Big Mouth (Cut & Snitch – 2019)

Harpy (Talk of Violence – 2016)

Rewild (Talk of Violence – 2016)

No Love for a Nation (Cut & Snitch – 2019)

Burn (Cut & Snitch – 2019)

Survivor (The Future is Dark EP – 2018)

Touch Me Again (Talk of Violence – 2016)

Naive (Cut & Snitch – 2019)

Encore:

Restless (Talk of Violence – 2016)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

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13 novembre 2020

The Murder Capital - Jeudi 10 Février 2020 - Café de la Danse (Paris)

2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse Billet

Le Café de la Danse est sold out depuis longtemps, alors que The Murder Capital poursuivent leur patiente ascension dans le cœur des Parisiens. Le public est très mélangé, jeunes et moins jeunes attendant ensemble le même miracle que nous promettent à chaque fois ceux que le groupe a déjà convaincus.

2020 02 10 Junior Brother Café de la Danse (1)

20h : Junior Brother, c’est un jeune irlandais qui nous apprend d’abord comment on dit de nos jours « Comment ça va ? » à Dublin : « What’s the Crack? ». Junior Brother officie en solo, assis sur une chaise, guitare acoustique à la main et tambourin qu’il frappe du pied. Rien d’excitant a priori, mais quand il chante, une certaine surprise s’installe dans la salle : il a une voix geignarde, qu’il force en permanence, cherchant l'inconfort. Il déforme les mots, il répète certaines phrases jusqu'à ce que leur sens se dilue. Sur sa guitare, il cherche des accords dissonants. On est très loin du folk gentil, même si quelques sonorités évoquent en effet le folklore irlandais. Le tout frise parfois le désagréable, mais, et c’est là évidemment le but, devient parfois fascinant. On ne saurait dire si on a aimé, mais voici en tout cas quelqu’un d’intéressant.

2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse (8)

21h10 : Peut-être que pour apprécier The Murder Capital, il faut avoir accepté que les références, pourtant évidentes, à Joy Division soient en fait à côté de la plaque, et que les Dublinois, qui affirment haut et fort n’avoir pas écouté la bande à Ian Curtis, n'ont pas pour ambition de jouer du post punk selon les règles du genre… mais plutôt de nous offrir un tour de montagnes russes émotionnelles au fil de morceaux largement atmosphériques ? En tout cas, ce soir les 50 trop brèves minutes de leur set (9 chansons et puis c’est tout, pas de rappel comme d’habitude) auront été enfin convaincantes, pour nous qui avions toujours été un peu réfractaires à ce jeune groupe, régulièrement considéré par la presse comme l'un des tous meilleurs de notre époque.

Alors, what’s the crack?

2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse (10)

Le set commence ce soir avec More is Less (« More ! More ! More !) et avec les musiciens faisant un peu étalage de leurs muscles, comme une sorte d'échauffement sur l’un des morceaux les plus… directs du répertoire de The Murder Capital. Gabriel Paschal, le bassiste, tourne comme un fauve en cage, percute ses compagnons, et menace l'intégrité physique du premier rang avec le manche de sa basse. Les deux guitaristes bidouillent déjà plutôt pas mal, mais c’est la batterie qui impressionnera vraiment sur Green & Blue, l’un des morceaux qui évoquent quand même le plus le fantôme de Joy D : impossible de ne pas penser à Stephen Morris et à ses rythmiques mécaniquement imparables. On est impressionnés par le travail de Diarmuid ! James, quant à lui, a l'air d'un peu s'ennuyer : dès le premier morceau, il est descendu dans la fosse, et puis ensuite il va chercher une clope en coulisses pour fumer tranquillement…

On entre alors, déjà, dans la partie contemplative du set, pendant laquelle il est permis aux hérétiques comme nous de trouver çà et là le temps un tout petit peu long. Sans doute parce que la majesté recherchée s’effiloche un peu trop Heureusement, le final de Slow Dance II, avec ses deux guitares stridentes nous réconforte. Nous emballe même… Bien sûr, il nous manque la conclusion parfaite du violoncelle qui clôt parfaitement la chanson sur l’album, mais bon…

Suit alors une interprétation poignante de On Twisted Ground, hommage à un ami très cher décédé : « Oh, my dearest friend / How it came to this / With your searing end / Into the abyss / In my experience / Of any permanence / You could've watched it all… »… Le silence dans le Café de la Danse revêt alors une impressionnante densité, et la mélodie, toute simple et si belle, fonctionne parfaitement, comme un apaisement temporaire, forcément temporaire, de nos deuils ineffables : oui, à ce moment-là, James, qui n’est pas Ian, souvenons-nous en, chante vraiment bien. Oui, et à ce moment-là, l'accompagnement de Gabriel Paschal sur les cordes aigües de sa basse est juste parfait de sobriété. Oui, et à ce moment-là, le maître mot d’EMPATHIE que James a brandit juste avant prend tout son sens.

2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse (23)

« I am the underworld, the one you want to leave / A frail democracy, benign treaty, courageously foreseen, dreamed »…

Le brûlant For Everything relance la machine infernale, avec son final bouleversant : « For Nothing, for everything… » que tout le monde dans la salle hurle alors que le moshpit s’élargit, s’élargit et englobe tout le parterre du Café de la Danse. C’est donc là que le set bascule, que l’hystérie et le chaos déferlent, que The Murder Capital devient, enfin, GRAND. Que tout nos souvenirs de la soirée se perdent dans le pogo général, dans cet oubli bienfaisant que procure la Musique quand elle touche à l’essentiel.

« They now are lapsed 'round you and me / And it kept us all together / La, la, la-la, la, la-la »… Feeling Fades et son final hystérique est donc une parfaite conclusion, même si chacun d’entre nous a du mal à accepter que cela soit là une conclusion, après seulement trois gros quart d’heure. Alors justement que nous avions trouvé cette extase dont nous savons que seule la Musique, la grande, la belle, la vraie peut procurer.

Si les chansons de The Murder Capital ne sont pas les meilleures jamais écrites dans le genre, il est impossible de nier que la sincérité du groupe, sa capacité à générer une profonde émotion, et de basculer d’un coup dans la frénésie et l’abandon, distingue clairement nos Dublinois de leurs contemporains.

Nous attendons maintenant avec impatience de voir si ce genre de phénomène peut se reproduite dans une grande salle comme le Zénith. Et oui, The Murder Capital ouvriront pour Foals le 27 avril prochain, et nous serons là, croisant les doigts et serrant les poings.

« La, la, la-la, la, la-la »

 

2020 02 10 The Murder Capital Café de la Danse (28)

Les musiciens de The Murder Capital sur scène :

James McGovern – vocals

Damien Tuit – guitars

Cathal Roper – guitars

Gabriel Paschal Blake – bass

Diarmuid Brennan – drums

 

La setlist du concert de The Murder Capital :

More Is Less (When I Have Fears – 2019)

Green & Blue (When I Have Fears – 2019)

Slow Dance I (When I Have Fears – 2019)

Slow Dance II (When I Have Fears – 2019)

On Twisted Ground (When I Have Fears – 2019)

Love, Love, Love (When I Have Fears – 2019)

For Everything (When I Have Fears – 2019)

Don't Cling To Life (When I Have Fears – 2019)

Feeling Fades (When I Have Fears – 2019)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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