Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

02 avril 2017

Blues Pills / Editors / Sum 41 / Iggy Pop / Foals - Dmanche 28 Août 2016 - Parc de St Cloud / Rock en Seine 2016

2016 08 28 Rock en Seine Billet Jour 3« Pas question d'arriver trop tard cet après-midi de dimanche (troisième et dernier jour de Rock en Seine 2016), car je ne tiens pas à manquer le groupe qu'est aujourd’hui Editors, après des années d'oubli (de ma part) et avec un nouveau line-up par rapport à la grande époque. Je débarque donc à la Grande Scène vers 14h45, je me place au premier rang sur la gauche, ayant repéré que le soleil n'atteignait pas encore ce secteur. Je suis en fait un peu moins bien placé que vendredi, un peu plus excentré mais il n'y a pas de quoi se plaindre : être à la barrière est une garantie de confort physique, ce qui est capital quand on compte passer plus de 9 heures au même endroit sans bouger…

2016 08 28 Blues Pills RES (18)Sur scène, les Suédois de Blues Pills ont entamé un set de classic rock très 70's qui s'avère loin d'être désagréable : certes il y a plus de transpiration que d'inspiration, mais la chanteuse (Scandinave blonde comme on les rêvait lors de notre adolescence) a la voix qu’il faut pour ce genre de musique, tandis que le guitariste soliste (un Français, paraît-il) assure très sérieusement. 35 minutes de tout petit plaisir avec un Heavy Rock à la fois intemporel (un genre de musique un peu oublié de nos jours, sauf des bikers tatoués) et plus très pertinent.

La pause en attendant Editors est une fois de plus sympathique, l'occasion de parler avec des fans belges et anglais qui ne sont pas non plus de toute jeunesse, mais dont la passion pour le rock live est intacte. Rassurant, non ?

2016 08 28 Editors RES (7)16h05, Editors est là, et Tom Smith semble absolument inchangé depuis la dernière fois que je l'ai vu (en décembre 2009, quand même…). Immédiatement, il est pourtant clair que ce "nouveau" line-up (en fait sans Chris Urbanovicz, qui était le grand responsable du “son Editors”), aussi compétent qu'il soit, sonne beaucoup plus ordinaire qu’auparavant. Les vieilles chansons, dont on admirait la sombre beauté, comme Smokers... ou Racing Rats ne dégagent plus particulièrement de magie. Je me dis rapidement que ce sont sans doute les nouvelles chansons, moins extraordinaires pourtant, qui inspirent le plus Tom et son groupe - ce qui est somme toute logique. Bon, un autre bémol : la voix de Tom n'a plus cette splendeur sépulcrale qui nous faisait tous craquer, mais au moins il a conservé une indéniable ferveur dans son chant, qui lui permet de soulever les montagnes. Bref le set est beau, pas exceptionnel, et je me surprends à bien accrocher aux nouveaux morceaux. Clément et Virginie me rejoignent pour me passer une bière, ce qui est vraiment chou de leur part. Sur scène, Tom a entonné un long morceau qui m'est inconnu, très "bowien", mais finalement assez magique, qui fait clairement monter le set au niveau supérieur (a priori, il s’agit de The Pulse, qui rassure quant à l’avenir de Editors…). Et puis, c'est... Papillon, le formidable Papillon, qui enflamme enfin le public avec ses magnifiques décollages électro : oui, c’est enfin l'extase ! Le plus beau moment de Rock en Seine pour l'instant, les frissons, le délire, et tout ça. Comme quoi le bonheur, ça ne tient parfois qu'à une (très) bonne chanson ! Le final de Papillon, étendu pour faire monter l'excitation, se révélera d'ailleurs particulièrement efficace. Le concert se termine joliment avec Marching Orders, extrait du dernier album, me laissant avec l'envie d'écouter à nouveau ce groupe, malgré sa mutation. Oui, même si les albums d’Editors n'ont plus la classe d'autrefois, l'expérience live vaut la peine !

Une petite heure d'attente alors que le jeune public enthousiaste de Sum 41 s'entasse derrière moi. Pas de crainte à avoir néanmoins, le punk rock US des nineties est plus bon enfant que véritablement agressif : pas de débordements de violence anticipés !

2016 08 28 Sum 41 RES (35)17h45, alors que la foule est en plein délire, les punks de Sum 41 investissent en vainqueurs la Grande Scène, et démarrent une heure de set… totalement prévisible : la musique est un mélange incestueux entre le punk rock originel (voir le look du chanteur et du bassiste) - disons la tendance Gen X - et le metal le plus listener-friendly, sans une seule goutte d'inspiration. Quand ça va vite, on se laisse gentiment entraîner par les accélérations, mais quand ça ralentit, et que rien ne cache plus la nullité crasse des compositions et la voix de canard de Deryck Whibley, on s'ennuie ferme. Bon, je dis ça mais tous les petits jeunes ont l'air de bien s'amuser : il y a un mosh pit bien énervé au milieu du public, ça évacue à tout va les crowd-surfers, on chante en chœur et en agitant les mains les refrains pas finauds, on est dans le divertissement bas de gamme, mais le sympa quand même. D'ailleurs Deryck multiplie les attentions, faisant monter des fans sur scène, distribuant de l'eau ou prenant la pose pour les photos. Pas vraiment l'esprit punk, du coup ! Et que je te fais une démonstration du riff de Smoke on the Water, puis de Seven Nation Army (le problème est que là, la foule ne veut pas s'arrêter de chanter…). Et que je te joue une version metal de We will rock you (sic ! Pas punk pour un rond, ça, citer Queen !)... avant de terminer le set par deux "tubes", d’ailleurs extraits de leur tout premier album, que tout le monde connaît, et qui nous laisseront tout de même une bonne impression. Au final, tout cela ne vole pas bien haut, mais ce spectacle très américain est plus sympathique que je l'aurais imaginé.

On va attaquer la partie la plus sérieuse de la journée, le couronnement de Rock en Seine 2016, avec l'enchaînement de Iggy Pop et Foals : ça devient plus dense derrière moi, même si Clément et Virginie arrivent à se glisser pour une petite conversation sympathique sur les meilleures frites belges du festival.

2016 08 28 Iggy Pop RES (54)19h45 : Iggy ! Iggy ! … Visiblement la grande attraction du festival car le terrain devant la Grande Scène est archi-comble quand le nouveau groupe de l'Iguane prend place sur une zone très concentrée au milieu de la scène : j'avais entendu parler de "petits jeunes", en fait la moyenne d'âge est plutôt de l'ordre de la quarantaine. J'avais entendu dire aussi qu’ils jouaient "dur", et ça, par contre, c’est bien vrai : on démarre avec une version impeccable de Wanna Be Your Dog, et moi, évidemment, je pars en vrille, vous me connaissez ! J'ai par contre l'impression désagréable que, autour, personne ne connaît les Stooges ! Quelle horreur quand même ! Iggy enchaîne avec The Passenger, puis Lust for Life : ça, ils connaissent les gens ! Du coup je me dis que l'Iguane a la classe folle de brûler d'emblée toutes ses cartouches, et qu'il pourra ensuite piocher ce qui lui chante dans sa longue discographie. Ce qu'il va faire, en nous proposant une set list inédite, variée et diablement excitante : la période Bowie y est prépondérante, culminant avec un rarissime et radical Mass Production, lente psalmodie indus qui interloque quelque peu le public. On peut juger de la classe du groupe, capable d'enchaîner sans baisse de régime ni incohérences la disco froide de Sister Midnight, le rockab hystérique de Wild One et la wahwah stoogienne incandescente de 1969 : ces types assez patibulaires sont des tueurs, qui jouent compact, serré et puissant. Il ne manque à mon bonheur qu'un niveau sonore plus élevé !

Et Iggy, me demanderez-vous ? Eh bien, je crois que ce set d’une heure dix, interrompu par une courte pause au bout de 50 minutes, est la meilleure performance vocale de l'Iguane que j'aie pu voir de ma vie : le chant était tout simplement magnifique, que cela soit dans les graves (Sister Midnight ou Nightclubbing...), ou dans le registre lave brûlante  (Search and Destroy, terrible, qui semble avoir encore une fois laissé le jeune public de marbre...). Par contre, pour la première fois, on a pu se rendre compte que, physiquement, Iggy n'y arrive plus !  Boitant bas, souffrant visiblement du dos, Iggy tente de tout donner – comme toujours - à son public, mais doit finalement aller demander une chaise pour s'asseoir quelques instants (sur Nightclubbing !) ! A 69 ans, il est sans doute temps pour lui d’admettre qu'il a assez de pur talent pour ne plus autant s'investir physiquement dans ses sets ! Ceci dit, je dois admettre que son torse nu abîmé d'homme vieillissant est quand même un beau bras d'honneur à la dictature de la "beauté" stéréotypée qui règne de nos jours. Oui, Iggy est finalement vieux, mais il n'a jamais été aussi fort qu'aujourd'hui. Le set se termine d'ailleurs sur une excellente version du rare et radical Down on the Street (extrait du brûlant “Fun House”), un signe qui ne trompe pas : rock'n'roll will never die... du moins tant que nous avons encore Iggy ! D'ailleurs Iggy kidnappe littéralement une spectatrice peu vêtue qu'il a repérée lors de l'un de ses nombreux raids au contact de ses fans : ça, c'est rock'n'roll, non ?...

Le set d'Iggy terminé, une bonne partie du public s'en va et je passe par un moment de doute : était-ce bien raisonnable de programmer mes chouchous de Foals en tête d'affiche, surtout après un Iggy Pop qui aura forcément marqué les esprits ?

2016 08 28 Foals RES (38)Eh bien, à 23h20, la réponse à cette question ne fait pas de doute : c'est un grand oui ! Car Foals vient de renouveler le miracle de l'Olympia, et est donc désormais l'un des meilleurs groupes “live” en activité. Littéralement monstrueux !

… Quelques minutes d'inquiétude donc quand le public d'Iggy déserte la grande scène et laisse beaucoup de vide, que les fans de Foals prendront un peu de temps à remplir à nouveau…. Et quand on constate un dispositif plus léger pour filmer (la louma est démontée, il ne reste plus qu'un cameraman sur le devant) : considèrerait-on à Rock en Seine que Foals n'est pas une véritable tête d'affiche ? Mais, dès leur tonitruante entrée sur scène, Yannis Philippakis - qui le semble avoir forci (bon nous aussi à la fin des vacances, hein ?) - et sa troupe, mettent les points sur les "i" : le son est au maximum (merci, merci !), le light show est magnifique, et surtout, bien sûr, la musique est tout simplement terrassante. Avec une set list assez similaire à celle de l'Olympia (un peu raccourcie bien entendu), Foals prouve dès les 10 premières minutes qu'il n'a pas aujourd'hui de rival sur la planète, quand il s'agit de cogner fort dans un bon esprit rock dur, puis de partir dans des explorations psychédéliques avant de faire danser tout le monde sur ses mélodies chatoyantes : jouer d’entrée de jeu la tuerie qu'est Snake Oil, puis dix minutes plus tard, le tube dance-friendly qu’est My Number, et puis encore partir sur l'un de ces délires furieux où les musiciens se regroupent, se concentrent, pour engendrer une de ces tornades électriques incroyablement brutales qui caractérisent Foals... permet de balayer rapidement la concurrence : même après un set aussi mémorable que celui d'Iggy Pop, Foals est intouchable. Yannis rayonne littéralement de joie de voir son groupe ainsi au pinacle, et remercie ardemment la France de son soutien (il s'excusera ensuite au nom de son pays pour le Brexit...) : on le comprend tant se dégage désormais de Foals une sorte de sensation de toute-puissance, un rayonnement qui est la marque des très grands.

2016 08 28 Foals RES (13)Chaque morceau propose quelque chose de nouveau, de stimulant, d'indiciblement beau, et l’on se laisse bercer dans une sorte d’état extatique pendant une bonne demi-heure sans une seule faute de goût… jusqu’à une version inoubliable de A Knife in the Ocean, qui nous soulève littéralement l’âme – ah, ces ascensions sonores verticales ! – malgré son thème trivialement politique (la nullité et la malhonnêteté de nos politiciens, qu’ils soient français ou anglais, nous a expliqué Yannis…) : on entre alors dans la dernière demi-heure du set, celle des extases à répétition. Inhaler clôt le set principal de superbe manière, Yannis prenant de réguliers bains de foule, allant surfer sans crainte sur les bras amis (comme d’habitude, ce diable d’homme semble n’avoir peur de rien, et il a raison…).

Le rappel est la parfaite tuerie qu’on espérait pour clore Rock en Seine, le nirvana qui assoit la suprématie de Foals sur la concurrence. On attaque par les hurlements de damnés de What Went Down (The Cure rencontre les Black Keys dans un asile d’aliénés, serait ma définition de cette version infernale…), puis on tressaute frénétiquement sur le “math rock” de Cassius, vestige d’une époque où Foals cherchait sa voie dans l’avant-garde, avant de basculer dans l’hystérie générale (Yannis hurle : « Let’s be savage ! ») avec le fabuleux Two Steps, Twice.

Et c’est fini, avec 10 minutes d’avance sur l’horaire prévu, mais nul ne devrait se plaindre tant le set de Foals aura été exemplaire ce soir. Et pleinement satisfaisant.

Je remballe mes petites affaires, il est 23h20, la fatigue commence à se faire sentir, l’air est – enfin – un peu frais, j’envoie des messages à tous les amis qui n’ont pas pu / pas su être là ce soir pour être témoin du triomphe de Foals. Rock en Seine 2016 est fini. Vive Rock en Seine 2017 ! »

 

2016 08 28 Blues Pills RES (5)Les musiciens de Blues Pills sur scène :

Elin Larsson – vocals

Dorian Sorriaux – guitars

Zach Anderson - bass guitar

André Kvarnström - drums

 

La setlist du concert de Blues Pills :

High Class Woman (Blues Pills – 2014)

Astralplane (Blues Pills – 2014)

Black Smoke (Blues Pills – 2014)

Little Sun (Blues Pills – 2014)

Lady in Gold (Lady in Gold – 2016)

Little Boy Preacher (Lady in Gold – 2016)

Elements and Things (Tony Joe White cover) (Lady in Gold – 2016)  

You Gotta Try (Lady in Gold – 2016)

Devil Man (Blues Pills – 2014)

 

2016 08 28 Editors RES (19)Les musiciens de Editors sur scène :

Tom Smith – voice, piano, guitar

Russell Leetch – bass guitar, backing vocals

Edward Lay - drums

Justin Lockey – lead guitar

Elliott Williams – keys, backing vocals

 

La setlist du concert de Editors :

Sugar (The Weight of Your Love – 2013)

Smokers Outside the Hospital Doors (An End Has a Start – 2007)

The Racing Rats (An End Has a Start – 2007)

Forgiveness (In Dream – 2015)

Munich (The Back Room – 2005)

The Pulse (new song)

Ocean of Night (In Dream – 2015)

Papillon (In This Light and on This Evening – 2009)

Marching Orders (In Dream – 2015)

 

2016 08 28 Sum 41 RES (7)Les musiciens de Sum 41 sur scène :

Deryck Whibley – lead vocals, rhythm guitar

Dave Baksh – lead guitar, backing vocals

Jason McCaslin - bass guitar, backing vocals

Tom Thacker – lead & rhythm guitars, keyboards, backing vocals

Frank Zummo – drums, percussion

 

La setlist du concert de Sum 41 :

The Hell Song (Does This Look Infected? - 2002)

Over My Head (Better Off Dead) (Does This Look Infected? - 2002)

Fake My Own Death (new song)

Underclass Hero (Underclass Hero - 2007)

With Me (Underclass Hero - 2007)

Motivation (All Killer, No Filler - 2001)

Grab the Devil by the Horns and Fuck Him Up the Ass (Half Hour of Power EP – 2000)

We're All to Blame (Chuck - 2004)

Walking Disaster (Underclass Hero - 2007)

Pieces (with Smoke on the Water/Brain Stew/Seven Nation Army Intro) (Chuck - 2004)

We Will Rock You (Queen cover)

Still Waiting (Does This Look Infected? - 2002)

In Too Deep (All Killer, No Filler - 2001)

Fat Lip (All Killer, No Filler - 2001)

 

2016 08 28 Iggy Pop RES (4)La setlist du concert de Iggy Pop :

I Wanna Be Your Dog (The Stooges – 1969)

The Passenger  (Lust for Life – 1977)     

Lust for Life (Lust for Life – 1977)

Five Foot One (New Values – 1979)

Sixteen (Lust for Life – 1977)

Skull Ring (Skull Ring – 2003)

1969 (The Stooges – 1969)

Sister Midnight (The Idiot – 1977)         

Real Wild Child (Wild One) (Johnny O'Keefe & The Dee Jays cover) (Blah Blah Blah – 1986)

Nightclubbing (The Idiot – 1977)

Some Weird Sin (Lust for Life – 1977)

Mass Production (The Idiot – 1977)

Encore:

Repo Man (new song)

Search and Destroy (Iggy and The Stooges – Raw Power – 1973)

Gardenia (Post Pop Depression – 2016)

Down on the Street (The Stooges – Fun House – 1970))

 

2016 08 28 Foals RES (26)La setlist du concert de Foals :

Snake Oil (What Went Down – 2015)

Olympic Airways (Antidotes – 2008)

My Number (Holy Fire – 2012)

Providence (Holy Fire – 2012)

Spanish Sahara (Total Life Forever – 2010)

Red Socks Pugie (Antidotes – 2008)

Late Night (Holy Fire – 2012)

A Knife In the Ocean (What Went Down – 2015)

Mountain at My Gates (What Went Down – 2015)

Inhaler (Holy Fire – 2012)

Encore:

What Went Down (What Went Down – 2015)

Cassius (Antidotes – 2008)

Two Steps, Twice (Antidotes – 2008)

 

Ces compte-rendus ont déjà été partiellement publiés, à l'époque, sur mon blog manitasdeplata.net

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01 avril 2017

Bastille / Two Door Cinema Club / The Last Shadow Puppets - Vendredi 26 Août 2016 - Parc de St Cloud / Rock en Seine 2016

2016 08 26 Rock en Seine Billet Jour 1« Mon deuxième Rock en Seine, après ma première tentative en 2015. Deux jours sur les trois cette fois, le vendredi avec Emilie – venue spécialement de Strasbourg pour voir enfin son groupe favori de tous les temps, Two Door Cinema Club – et le dimanche avec Clément et Virginie, la programmation du samedi ne m’enthousiasment pas outre mesure – sans parler de la nécessité de prendre un jour de repos entre les deux, à mon âge ! La météo est clémente – pas de pluie prévue – mais il fait ne pas craindre la chaleur, des températures caniculaires menaçant les organismes les plus faibles.

2016 08 26 Bastille RES (33)Arrivée avec Emilie vers les 17h15 sur le site, il n’y a pas trop de monde, ce qui permet un passage des contrôles rapides (nous y voyons même l’ami Thierry avec son épouse), et surtout nous donne le temps de prendre un verre dans un bar, puis d’admirer la petite expo d’affiches alternatives… avant de rejoindre la Grande Scène, où nous allons passer la fin de l’après-midi et la soirée. Il n’y a pas non plus foule, mais le premier rang – la barrière - est intégralement occupé, ce qui nous oblige à nous installer “au second rang”, assis tranquillement sur les plaques métalliques placées au bord de la scène : pas idéal, mais je compte bien que des places se libèrent pour Two Door Cinema Club. L’attente commence, pas trop pénible, car, contrairement aux prévisions, le ciel est un peu voilé, et il y a quelques souffles d’air, le tout rendant l’atmosphère respirable.

18h45 pile, ma première journée de Rock en Seine 2016 commence donc avec Bastille, groupe pop anglais clairement chéri par les jeunes filles de 15 à 20 ans qui accueillent leurs héros avec un enthousiasme réjouissant. Bien entendu, Dan Smith, le leader présente le quota requis de “cuteness” pour conférer à son groupe le statut envié outre-Manche de groupe à minettes. Côté musical, le pire est immédiatement à craindre avec une première chanson hideuse, Bad Blood, qui répond malheureusement aussi à toutes nos attentes dans le genre : mélodie creuse, gimmicks ridicules, paroles stéréotypées, pas grand-chose à sauver. Et, même si le set de une heure qui suivra sera un peu moins désastreux, il ne se hissera que rarement au simple niveau de “plaisant” : cette musique n’a aucune substance, elle ne fait que reprendre des idées, des sons, déjà usés depuis longtemps par le rock anglais dans sa version la plus populaire (au mauvais sens du terme), et Bastille n’arrive même pas à compenser son dramatique manque d’originalité par un semblant d’énergie. Quand on n’est pas trop irrité par les bidouillis enfantins aux claviers, on peut quand même admirer la gentillesse du chanteur (qui a même essayé quelques mots en français…) et son engagement vis-à-vis de ses jeunes fans, puisqu’il nous gratifiera d’une courageuse – enfin n’exagérons rien – immersion dans le public. Un premier set médiocre donc, voici un groupe que je prendrai bien soin de ne pas réécouter.

2016 08 26 TDCC RES (17)Une heure d’attente maintenant avant LE groupe que nous sommes venus voir, Two Door Cinema Club…  une heure qui se passera ma foi fort agréablement, grâce à nos voisins très sympathiques avec lesquels nous échangeons des souvenirs d’anciens combattants (des concerts, bien entendu), et grâce aux types de la sécurité, qui nous alimentent aimablement en eau fraîche. Emilie arrive à se placer à la barrière grâce à une défection au premier rang. Tout est donc impeccable pour assister au set… Un petit coucou à l’ami Robert qui continue à arpenter Rock en Seine pour nous en offrir les plus belles images, et nous sommes fin prêts…

20h45 passé de quelques minutes, la Grande Scène est maintenant occupée par un demi-cercle de grands panneaux lumineux, qui prouvent que Two Door Cinema Club ont augmenté leur niveau d’ambition, et qui vont, indéniablement, rajouter du spectacle au set qui va suivre. TDCC, ce l’est plus en fait que le trio Alex Trimble, le chanteur rouquin à la voix stupéfiante, Sam Halliday, le remarquable guitariste au son si caractéristique, et Kevin Baird, le solide bassiste barbu : les autres musiciens ne sont guère que des accompagnateurs pour les tournées… Mais la première surprise de ce soir, c’est indiscutablement le look d’Alex : cheveux longs, barbe rousse et piercing dans le nez, il n’a plus grand-chose à voir avec le presque adolescent trop propret que j’avais découvert à Lollapalooza il y a un peu plus de 3 ans : une affirmation un peu caricaturale de la “maturité” du groupe ? Pourquoi pas, car dès qu’explose Cigarettes in the Theatre, morceau qui ouvrait le premier et génial premier album du groupe – qu’on comparait alors à un “jeune Franz Ferdinand, en plus dansant (sic)”, il est indéniable que nous sommes ce soir face à une formation puissante, qui n’usurpe pas sa place sur la Grande Scène de Rock en Seine. La guitare de Sam Halliday est omniprésente, et devient dantesque dans le contexte spectaculaire de la nuit qui tombe sur St Cloud et du light show superbe qui nous est offert. Two Door Cinema Club est maintenant un groupe qui déménage, soutenu par un son assez énorme mais parfaitement lisible – et je pense combien les nabots de Bastille ont encore à apprendre pour devenir un tant soit peu crédibles face à un public qui n’est pas si différent, dans le fond (jeune et féminin…) : ceci dit, en cherchant la petite bête, certains pourront regretter ces muscles nouveaux chez des gens dont on chérissait la fragilité, mais je ne pense pas que ce soir, on ait envie de bouder notre plaisir. Car les chansons, enfin principalement celles du premier album, “Tourist History” sont toujours absolument irrésistibles, et le bonheur c’est simplement de chanter en chœur et de danser sur – au hasard - Do You Want It All ou sur What You Know.

Le set ne durera qu’une courte heure – les TDCC auraient quand même pu profiter des cinq minutes supplémentaires que le programme leur avait accordées pour nous gratifier d’autres pépites de “Tourist History”, mais bon… La découverte des nouvelles chansons du futur troisième album, à paraître en octobre ne permet pas de trancher : Bad Decisions est un titre funky inégal, sur lequel Alex prend un falsetto qui évoquera la grande époque de Prince et Michael Jackson, tandis que le single Are We ready (Wreck), déjà connu, est efficace dans un style un peu différent de la pop précieuse des deux premiers albums. Bref, on verra bien… En tous cas, tout le monde a l’air content dans le public autour de moi, et je suis prêt à parier que ce set de TDCC restera dans les mémoires comme l’un des meilleurs de cette première journée de Rock en Seine. On a hâte de les revoir pour leur prochaine tournée à l’occasion de la sortie du nouvel album !

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (6)Une heure dix à attendre encore, un peu plus serrés cette fois du fait de l’arrivée des grappes surexcitées des jeunes fans d’Alex Turner – certaines déjà à moitié en larmes ! Je ne suis pas sûr d’avoir envie de (re)voir The Last Shadow Puppets, malgré mon admiration pour Turner et Kane, tant le style musical de leur duo me laisse largement froid, mais nous sommes si bien placés au premier rang de la Grande Scène que ce serait un peu ridicule de déclarer forfait.

23 h 00 passées : le quatuor à cordes s’installe dans le fond de la scène, à gauche – donc loin de nous qui sommes sur la droite – et commence à s’échauffer. Il nous fait donc patienter un peu avant l’arrivée du groupe, et surtout d’Alex et Miles, accueillis par la public de Rock en Seine comme des dieux vivants. Ca y est, ça y va de sa petite larme un peu partout autour de nous, alors que The Last Shadow Puppets explose littéralement sur scène. Soyons clair, ce ne sera pas vraiment un concert ce soir, au sens où il me semble que la musique n’importera pas beaucoup : niveau sonore finalement exagéré par rapport au style musical, voix d’Alex et de Miles pas formidablement mises en valeur, absence d’une construction émotionnelle quelconque, les chansons d’enchaînant rapidement en semblant s’annuler les unes les autres (un défaut d’ailleurs endémique des sets de Arctic Monkeys, je le remarque à chaque fois)… Non, ce soir, nous sommes conviés à la mise en scène carrément outrancière d’une double célébration : celle de la star Alex Turner par son public, et celle de l’amitié absolue, folle même (de l’amour fou ?) par Miles et Alex, qui ne semblent être ici que l’un pour l’autre.

L’heure et demi que nous allons vivre va être assez incroyable, même si la musique avec laquelle The Last Shadow Puppets va tenter de nous assommer est loin d’être aussi bonne que les fans le disent : Alex Turner, en particulier, n’a plus rien à voir avec le post ado coincé et un peu désagréable des débuts, il arpente la scène, se déhanche, provoque, minaude… on ne l’a jamais vu comme ça… et les filles hurlent ! Miles Kane – qui a pris du poids et de l’âge - quant à lui, a adopté une attitude disons “scorsesienne” de mafieux en peignoir, à la fois débonnaire et agressif. Mais c’est quand ils sont dans les bras l’un de l’autre, et ils le seront beaucoup ce soir, que Miles et Alex nous jouent la bromance absolue, presque l’histoire d’amour : inoubliable duo de plusieurs chansons sur un seul micro, dans les bras l’un de l’autre – capturé par une caméra à bout portant assez envahissante – avec échange de bisous.

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (73)Si le psychodrame est aussi puissant, cinématographique presque – dommage que les lumières n’aient pas été un peu meilleures que ce rouge omniprésent, car il y avait des photos spectaculaires à prendre de ces poses extatiques ou provocatrices, parfaitement artificielles, et pourtant curieusement touchantes -, c’est aussi que ce soir est le dernier concert de la tournée des Last Shadow Puppets, donc potentiellement THE LAST ONE EVER, comme le laisse à demi entendre Alex, puisque la “formation” n’existe que sporadiquement – avec un schisme de 8 ans cette fois ! Alors que le set se clôt par une version ultra-fidèle et donc ultra-puissante de Moonage Daydream (inévitable hommage à Bowie, on les aurait détestés de ne pas le faire…), je me surprends à mesurer l’incroyable écart entre le show à l’Olympia de 2008 – où la reprise bowienne était In the Heat of the Morning : les deux post adolescents figés derrière leurs micros sont devenus deux stars déjantées, et si le set s’ouvre et se referme exactement de la même manière, entre Calm Like You et In My Room, on sent tout le drame de l’innocence perdue au cours de ces huit ans. Exactement comme Bowie entre “The World of David Bowie” et “Ziggy Stardust”, Alex est passé de la fragilité arrogante de ses jeunes débuts à une sorte de cynisme triste conjuré dans les excès du spectacle.

Je n’ai pas beaucoup parlé de musique, je me contenterai de noter que The Age of Understatement reste la chanson la plus imparable de The Last Shadow Puppets, et que c’était quand même bien sympa de nous offrir une reprise des Cactus de Dutronc.

Il est une heure moins vingt, commence pour Emilie et moi le lent retour à la maison, au milieu de la foule joyeuse mais inévitablement assommée de fatigue et de musique. Une première journée réussie ! »

 

Les musiciens de Bastille sur scène :

2016 08 26 Bastille RES (19)Dan Smith – lead vocals

Kyle Simmons – guitar, bass, piano, keyboards, backing vocals

Will Farquarson – guitar, bass, backing vocals, keyboards

Chris "Woody" Wood – drums, percussion

Charlie Barnes – guitar, piano, backing vocals

 

La setlist du concert de Bastille :

Bad Blood (Bad Blood – 2013)

Laura Palmer (Bad Blood – 2013)

Send Them Off! (new song)

Things We Lost in the Fire (Bad Blood – 2013)

Fake It (new song)

These Streets (Bad Blood – 2013)

The Currents (new song)

No Angels

Good Grief (new song)

Flaws (Bad Blood – 2013)

Two Evils (new song)

Icarus (Bad Blood – 2013)

Snakes (new song)

Of the Night (Bad Blood – 2013)

Pompeii (Bad Blood – 2013)

 

2016 08 26 TDCC RES (28)Les musiciens de Two Door Cinema Club sur scène :

Alex Trimble – lead vocals, rhythm guitar

Sam Halliday – lead guitar, vocals

Kevin Baird – bass, vocals, synths

Benjamin Thompson – drums

Jacob Berry - rhythm guitar, synths

 

La setlist du concert de Two Door Cinema Club :

Cigarettes in the Theatre (Tourist History – 2010)

Undercover Martyn (Tourist History – 2010)

Do You Want it All? (Tourist History – 2010)

This is the Life (Tourist History – 2010)

Changing of the Seasons (Single – 2011)

Sun (Beacon – 2012)

Bad Decisions (new song)

Something Good Can Work (Tourist History – 2010)

Are We Ready? (Wreck) (new song)

Next Year (Beacon – 2012)

Sleep Alone (Beacon – 2012)

Eat That Up, It's Good for You (Tourist History – 2010)

I Can Talk (Tourist History – 2010)

Someday (Beacon – 2012)

What You Know (Tourist History – 2010)

 

2016 08 26 The Last Shadow Puppets RES (82)Les musiciens de The Last Shadow Puppets sur scène :

Alex Turner – vocals, guitar

Miles Kane – vocals, guitar

James Ford – drums, percussion

Zach Dawes – bass, piano, guitar

Tyler Parkford − keyboards, backing vocals

Loren Humphrey − drums, percussion

+ String Quartet

 

La setlist du concert de The Last Shadow Puppets :

Intro (String intro)

Calm Like You (The Age of Understatement – 2008)

Aviation (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Used to Be My Girl (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

The Age Of The Understatement (The Age of Understatement – 2008)

Separate And Ever Deadly (The Age of Understatement – 2008)

My Mistakes Were Made For You (The Age of Understatement – 2008)

The Element of Surprise (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Standing Next To Me (The Age of Understatement – 2008)

The Bourne Identity (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Dracula Teeth (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Miracle Aligner (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Everything You've Come to Expect (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Sweet Dreams, TN (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Bad Habits (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Les cactus (Jacques Dutronc cover)

In My Room (The Age of Understatement – 2008)

(Extended outro)

Encore:

Meeting Place (The Age of Understatement – 2008)

The Dream Synopsis (Everything You’ve Come to Expect – 2016)

Moonage Daydream (David Bowie cover)

 

Ces compte-rendus ont déjà été partiellement publiés, à l'époque, sur mon blog manitasdeplata.net

17 mars 2017

Godspeed You! Black Emperor - Mercredi 17 Août 2016 - Trianon (Paris)

 

2016 08 17 GYBE Trianon Billet« Tiens, c'est drôle, d'une manière ou d'une autre je ne vais jamais aux concerts organisés au Trianon, une salle parisienne pourtant courue : je réalise que ce n'est ce soir que la seconde fois, après un concert des Nits en 2003, que je suis ici, dans ce joli théâtre bien modernisé, situé non loin de la Cigale et de l'Elysée Montmartre (qui devrait bientôt rouvrir ses portes...) !

Nous sommes le 17 août, autant dire encore en pleine période de grandes vacances, et Paris transpire sous un beau soleil attendu trop longtemps. Il faut être un peu décalés comme les Canadiens de GY!BE pour tenter - avec succès, la salle sera bientôt quasiment pleine... - ainsi le concert hors saison, alors qu'il n'y a pas grand monde en ville, et que ceux qui sont là sont plutôt en train d'écluser un petit rosé bien frais en cette fin d'après-midi estivale. Mais quand on aime la musique "différente", une soirée de post rock bruitiste et abstrait avec les leaders absolus du mouvement, ça ne se refuse pas.

2016 08 17 KGD Trianon (2)Quand j'arrive à 19h au Trianon, les portes sont ouvertes mais heureusement le premier rang n'est pas encore complètement occupé. Bien sûr, je me retrouve quand même pas idéalement placé puisque juste devant la chaise - tournée vers le fond de la scène ! - de David Bryant (en supposant que c’est toujours lui qui officie sur la droite...) : car l’organisation de la scène matérialise sans concession une politique du "cercle fermé" permettant la concentration et l'osmose entre les musiciens, mais ignorant le public !

19h30, un jeune homme barbu entre, s'assied au centre de la scène avec sa guitare et ses pédales d'effets, et se lance dans un bourdonnement électrique de 25 minutes quasiment invariable, sinon en termes de niveau sonore. C'est conceptuellement ok, je suppose, mais c'est quand même bien chiant, ça peut évoquer du GY!BE, justement, mais sans la puissance, sans les émotions. Juste du travail sonore - sans doute difficile, vu la concentration du quidam sur ses cordes et ses pédales -... mais qui se passe très bien d'un public. De beaux applaudissements accompagneront néanmoins sa sortie de scène (A priori, ce jeune homme, qui vendait les t-shirts au stand de merchandising à la sortie, et avec lequel je pourrai échanger quelques mots, enregistre sous le nom de KGD).

2016 08 17 GYBE Trianon (7)20h30, cela fait quelques instants que, insensiblement un “drone” (je parle de la musique, pas de l’appareil, bien sûr…) s’est élevé au-dessus du public, et que les lumières baissent lentement, très lentement. Au cas où je me faisais encore quelques illusions sur la possibilité de prendre des photos correctes, il est clair que c’est râpé encore une fois ; je pense que c’est même encore pire que d’habitude, les huit musiciens de Goodspeed You! Black Emperor vont jouer ce soir dans une quasi pénombre… Une entrée en matière un peu différente cette fois, plus traditionnelle, puisque Sophie Trudeau au violon et Thierry Amar à la contrebasse attaquent tous deux le riff de Hope Drone (qui ouvrira donc le set, comme la dernière fois, si je ne m’abuse…), pendant que les autres musiciens entrent petit à petit, s’installent et prenant leurs marques tout doucement. Les images projetées derrière les musiciens sont d’abord floues et incohérentes, jusqu’au moment magique où tout est en place et où le mot « HOPE », scratché à même ma pellicule, s’inscrit sur l’écran. Le son est fort et compact comme on l’aime, même si, comme toujours, quelques décibels en plus rendraient les choses encore plus magistrales. On sent qu’on est partis pour une belle soirée, l’un de ces voyages sensoriels et émotionnels que seul GY!BE nous offre encore à une époque où la musique est largement devenue un produit de consommation fonctionnel et clairement étiqueté.

Voilà 20 minutes que le set a commencé, et GY!BE est déjà en pleine possession de ses moyens : c’est le terrassant Mladic, qui, comme la fois précédente, avec son ascension et son accélération irrésistible, cristallise parfaitement la puissance dantesque de la musique des Canadiens : alors que sur l’écran se succèdent à vive allure images et textes militants – on sait le contenu “altermondialiste”, ou en tous cas “anti-capitaliste” des morceaux de GY!BE -, Mladic est un assaut furieux, strident parfois contre nos sens, un martellement sans pitié, qui paradoxalement porte les handbangers jusqu’à l’extase. Grand, tout simplement !

2016 08 17 GYBE Trianon (35)

Le set change alors de tonalité, puisque GY!BE nous offre l’intégralité de son dernier album, “Asunder, Sweet and Other Distress”, qui sera joué, bien évidemment, dans l’ordre. Et, très rapidement, ce qui saute aux oreilles de quelqu’un comme moi qui ne connaît pas l’album, c’est bien le plus grand… classicisme de la musique : plus de lisibilité, plus de construction “normale” des morceaux, plus d’évidence dans les émotions véhiculées… des riffs de guitare qu’on est en droit de juger triviaux (indignes d’un tel groupe diront certains…), des effets grandiloquents qui évoquent… noooooon… Pink Floyd (une sorte d’horreur absolue pour moi, on le sait…). Bref, l’extase de Mladic ne se reproduira plus, et il y a une sorte de désillusion qui flotte : d’ailleurs à la sortie, j’entendrai ci et là nombre de fans se plaignant que ce n’est plus le même groupe, qu’ils manquent de conviction, d’engagement…

Heureusement, ce ventre mou de la soirée, de près de trois quart d’heure quand même, sera ensuite oublié avec l’ascension verticale de Buildings, logiquement illustrée par des travellings verticaux sur des immeubles en construction, et surtout par un BBF3 accueilli par des cris de joie dans le public, et qui se révélera absolument flamboyant (d’ailleurs les images projetées deviennent colorées…) : une conclusion magnifique, qui n’en sera pas une, car ce soir, nous allons tirer du groupe un rappel…

… un quart d’heure à rappeler les musiciens après qu’ils aient quitté la scène, alors que les roadies sont en train d’éteindre les amplis… ils reviennent, semblant pour une fois heureux de l’accueil reçu ce soir. Pour un dernier morceau, d’une dizaine de minutes, Moya, interprété avec beaucoup de passion, alors que la moitié du public avait dû déjà quitter le Trianon. Un beau cadeau pour tous ceux qui ont eu la patience de rester, ou bien la foi en notre passion pour ce groupe si différent.

Bien, j’admets que, m’étant passionné tardivement pour Godspeed You! Black Emperor, j’ai certainement manqué les grandes années du groupe, alors que ses concerts étaient paraît-il des événements capables de “changer une vie”… Même si on dit que, aujourd’hui, le groupe n’est plus que l’ombre de ce qu’il était, il me semble impossible quand même de nier qu’il nous offre encore une expérience sans pareille. »

 

2016 08 17 GYBE Trianon (40)Les musiciens de Godspeed You ! Black Emperor sur scène :

David Bryant – guitar, tapes

Efrim Menuck – guitar, tape loops

Mike Moya – guitar

Sophie Trudeau – violin

Thierry Amar – double bass, bass guitar

Mauro Pezzente – bass guitar

Aidan Girt – drums, percussion

Timothy Herzog – drums, percussion

 

La setlist du concert de Godspeed You ! Black Emperor :

Hope Drone ('Allelujah! Don't Bend! Ascend! – 2012)

Mladic ('Allelujah! Don't Bend! Ascend! – 2012)

Peasantry or 'Light! Inside of Light!' (‘Asunder, Sweet and Other Distress’ – 2015)

Lambs' Breath (‘Asunder, Sweet and Other Distress’ – 2015)

Asunder, Sweet (‘Asunder, Sweet and Other Distress’ – 2015)

Piss Crowns Are Trebled (‘Asunder, Sweet and Other Distress’ – 2015)

Buildings

BBF3 (Slow Riot for New Zero Kanada EP – 1999)

Encore:

Moya (Slow Riot for New Zero Kanada EP – 1999)

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16 mars 2017

Parquet Courts - Lundi 27 Juin 2016 - Gaîté Lyrique (Paris)

2016 06 27 Parquet Courts Gaîté Lyrique Billet« J’ai eu un peu de retard au démarrage avec Parquet Courts, mais, tranquillisez-vous, depuis je me soigne : il s’agit quand même de l’un des meilleurs groupes de Brooklyn en activité – bon, à moitié texan, convient-il d’ajouter à ma décharge… -, et l’on sait bien combien Brooklyn est un petit coin de la planète généreux en talent musical ! En plus, sur disque, Parquet Courts, c’est un peu le rêve humide de tout fan de la scène musicale new yorkaise de ces 50 dernières années, une sorte de jam idéale entre le Velvet et les Ramones, avec une bonne louche de Television / Richard Hell… Et plus récemment, même si ça n’a pas forcément grand’chose à voir, quelque chose du Pavement de la meilleure époque. En fait, c’est de la musique aussi intelligente (certains diront "intello", en particulier parce que les textes sont largement plus ambitieux que ceux de 99% des groupes actuels) que brutale (punk forever !). Il était donc grand temps de les découvrir en live : c’est ma mission de ce soir, à la Gaîté Lyrique, une salle que j’aime décidément bien.

Les Parisiens seraient-ils en train d’être de plus en plus basés ? Toujours est-il qu’en me pointant 45 minutes avant l’ouverture des portes, je suis le seul. Et le premier ensuite à entrer dans la salle… ce qui évidemment simplifie la vie. Je me place un peu sur la droite, ne sachant pas a priori où jouera Andrew Savage : mauvaise pioche d’ailleurs, il sera de l’autre côté. Philippe me rejoint quelques minutes plus tard, la soirée peut commencer…

2016 06 27 Beat Mark Gaîté Lyrique (1)…et commence d’ailleurs à 20h avec un groupe français, Beat Mark, qui fait une sorte de new wave à peine modernisée : deux claviers au milieu, deux guitares de chaque côté, des vocaux mixtes qui peuvent évoquer les B-52’s ou X (en étant très gentil, tout de même), et derrière, une fille à la batterie qui frappe comme un bûcheron. Honnêtement, la musique de Beat Mark correspond tout-à-fait à ce que j’aime, mais je n’arrive pas à m’intéresser à tout cela pendant les longues 40 minutes de leur set. Les compositions ne sont pas folichonnes, les voix – sous mixées – sont banales, mais surtout le duo des chanteurs n’y met aucune conviction : c’est plutôt un festival de clins d’œil aux copains et à la famille dans le public de la part de la chanteuse, et une oscillation autiste perpétuelle de la part du chanteur, qui leur servent de jeu de scène. C’est un peu court, malgré la bonne volonté des guitaristes qui font un boucan, ma foi, bien agréable. Au final, Beat Mark est plus anodin qu’autre chose.

21h10, le quatuor de Parquet Courts entre sur scène, pour ce qu’ils annoncent être le dernier set de leur tournée. Deux constatations : les Parquet Courts, en adéquation complète avec les principes qu’ils défendent, sont sur scène comme à la ville, et dégagent une sympathique impression d’une bande de slackers venus ici avant tout pour rigoler ; ensuite, la configuration scénique est particulière, puisque c’est le bassiste, Sean Yeaton, qui est plein centre, alors que les deux chanteurs-guitaristes-compositeurs, Andrew Savage – petite peste au chant agressif - et Austin Brown – grande asperge décontractée - sont de chaque côté, se relayant donc derrière le micro suivant les chansons. Mais cela fait finalement du sens, car la basse grondante et impressionnante de Sean, qu’on ne perçoit pas autant sur les albums, est la magnifique colonne vertébrale de la musique de Parquet Courts, sur laquelle les guitares tricotent leurs accords biscornus et leurs soli saturés.

2016 06 27 Parquet Courts Gaîté Lyrique (13)Le set commence par six morceaux d’affilée du dernier album, "Human Performance", et on comprend tout de suite que le respect des originaux n’est heureusement pas la tasse de thé des Frères Savage and Co. (oui, le batteur est le frangin d’Andrew…) : si les enregistrements studios peuvent être accusés d’être un peu trop fidèles au gospel du Rock de la Big Apple, sur scène, on jette tous les codes par-dessus bord, et on joue instinctif, voire régulièrement – dans la seconde partie du set – sauvage, justement. Parquet Courts expédie d’ailleurs rapidement les deux titres un peu plus "commerciaux" - si l’on ose dire – de l’album, Dust et Berlin Got Blurry, mais tous les titres sont finalement joués dans le même bon esprit : riffs de basse saignants – Sean fait le clown quasiment en non-stop sur scène, virevoltant comme une (grosse) ballerine, faisant moult révérences précieuses, au éclusant beaucoup de bières, et faisant des interventions assez strange au micro entre les chansons -, mélodies bringuebalantes traversées de soli stridents, vocaux sous-mixés, enchaînements abrupts entre les chansons…

Dans la salle, sans que ça soit tout-à-fait l’hystérie des grandes soirées punks, n’exagérons rien (on n’est pas chez les Black Lips, quand même…), il y a un petit mosh pit qui s’agite bien, et quelques slams bon enfant pour animer la soirée. On en arrive au superbe One Man No City, à mon avis sommet de l’album, qui va permettre à Austin Brown, devant nous, de nous gratifier d’un long solo "velvetien" du plus bel effet. A partir de là, le set s’emballe (même si Austin Brown nous gratifie d’un long récit de leurs déboires dans les transports en commun français en temps de grève… logiquement un sujet d’étonnement pour des Américains parcourant la France…), et Parquet Courts enchaînent les brûlots punks des albums précédents, à la plus grande satisfaction d’un public désormais bien chaud. Le concert s’achèvera avec des délires expérimentaux et bruitistes de Content Nausea, la tentative de musique improvisée et hors des sentiers battus, que le groupe avait publié en 2014.

2016 06 27 Parquet Courts Gaîté Lyrique (44)Pas de rappel malheureusement – malgré les protestations du public qui en re-demande -, après une heure et dix minutes d’un set bien tassé, parfois décontracté, parfois intense, qui prouve qu’on a bien raison de suivre Parquet Courts, groupe sincère, original, perpétuant avec ténacité une certaine culture rock new yorkaise qui ne vieillit décidément pas. »

 

Les musiciens de Parquet Courts sur scène :

Andrew Savage : vocals, guitar

Austin Brown : vocals, guitar, keyboards,

Sean Yeaton : bass

Max Savage : drums

 

La setlist du concert de Parquet Courts :

Outside (Human Performance – 2016)

Dust (Human Performance – 2016)

Paraphrased (Human Performance – 2016)

Berlin Got Blurry (Human Performance – 2016)

I Was Just Here (Human Performance – 2016)

Captive of the Sun (Human Performance – 2016)

Master of My Craft (Light Up Gold – 2012)

Borrowed Time (Light Up Gold – 2012)

Yr No Stoner (Light Up Gold – 2012)

Dear Ramona (Sunbathing Animal – 2014)

One Man No City (Human Performance – 2016)

Pathos Prairie (Human Performance – 2016)

Human Performance (Human Performance – 2016)

Bodies Made Of (Sunbathing Animal – 2014)

Black and White (Sunbathing Animal – 2014)

Vienna II (Sunbathing Animal – 2014)

Keep It Even (Human Performance – 2016)

Psycho Structures (Content Nausea – 2014)

Light Up Gold II (Light Up Gold – 2012)

Sunbathing Animal (Sunbathing Animal – 2014)

Content Nausea (Content Nausea – 2014)

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15 mars 2017

Neil Young + Promise of the Real - Jeudi 23 Juin 2016 - AccorHotels Arena (Paris)

2016 06 23 Neil Young AccorHotels Arena Billet« Il est possible de faire simple. Et concis. Du genre entrefilet dans le journal : « Ce jeudi 23 juin 2016, Neil Young a prouvé à 71 ans passés qu’il restait l’un des plus grands musiciens vivants, emportant l’AHA dans un long voyage électrique, et tutoyant régulièrement les sommets au cours d’un concert de près de 3 heures. Eric, sorti épuisé mais hilare et heureux de la fosse, nous déclare : « Putain, ça a encore envoyé des boulons ! (sic) ».

On peut aussi, pour le plaisir, revenir patiemment sur cette soirée mémorable à Bercy (« fuck l’AccorHotels Arena ! ») qui a rempli de bonheur une grande partie de la foule de fans massés devant la scène – on ne sait pas trop ce qu’ont pensé du déluge électrique les Parisiens prudemment assis dans les lointains gradins… Alors même, rappelons-le pour l’Histoire, que à quelques centaines de kilomètres de là, se jouait le psychodrame consternant de la sortie de la Grande Bretagne de l’UE…

78,50 Euros la place la moins chère, pour le voir dans ce hall de gare qu’est Bercy, il se mouche pas du pied, l’ami Neil ! Appeler sa tournée "Rebel Content", du coup, ça fait un peu foutage de gueule, non ? Mais bon, quand on aime, on ne compte pas, et, ayant loupé la tournée 2013 du fait de résidence au Brésil, il n’était pas question pour moi de ne pas être là ce soir, et si possible au premier rang (et ce d’autant que le groupe des frères Nelson qui accompagne désormais le Loner lui a donné un bon petit coup de jeune, comme en témoigne le dernier album, "The Monsanto Years", plutôt réussi…).

Arrivée à 17 heures devant l’entrée de la fosse de Bercy, il fait 35 degrés, et la foule n’est pas trop nombreuse devant moi, ça se présente bien. 18h45, on nous laisse entrer, après une fouille relativement plus sérieuse qu’à l’habitude, un petit sprint, et, victoire, me voici au premier rang, sur la barrière, sur la gauche, ce qui s’avérera une place idéale, autant pour le son – fort et excellent ! – que pour la vue, Neil étant en général tourné du côté gauche… mais aussi pour la compagnie, puisque – et c’est assez exceptionnel en fait – je me retrouve entouré de plusieurs fans – mâles et femelles – charmants et tout à fait prêts à tailler le bout de gras. Ça change des habituelles attentes anonymes dans les salles parisiennes : le Loner a un BEAU public, des gens de tous âges (même si la moyenne d’âge est évidemment élevée) qui partagent une passion sincère et honnête pour une musique viscérale, puissante, qui véhicule en outre des messages politiques qui n’ont rien de ridicule ni de prétentieux.

2016 06 23 Charles Pasi AccorHotels Arena (15)19h45 : non, zut, il y a une première partie, et en plus des Français ! Ça commence d’ailleurs très mal avec un solo interminable d’harmonica, pénible pour mes oreilles mais visiblement plaisant pour le reste de la salle. Charles Pasi, accompagné par un guitariste acoustique, renversera néanmoins immédiatement cet a priori défavorable en entonnant sa première chanson, et en dévoilant une voix assez remarquable. Les chansons sont belles, entre blues, soul et rock-variété agréable, manquant toutefois un peu de relief, mais Charles est un vrai chanteur, passionnant et fascinant, avec une belle présence scénique. Cela ne durera que quelques courtes 25 minutes, Charles nous ayant promis d’être bref, mais pour une fois, on aurait bien signé pour 10 minutes de plus.

20h45 : De jeunes paysannes sèment à tout vent sur la scène (mais quoi ?...), et Neil Young entre, seul dans l’obscurité, s’installe au piano en face de moi, et attaque After the Goldrush. Deux constatations s’imposent : les dernières années l’ont marqué sévèrement, il est maintenant le "Old Man" de sa célèbre chanson ; pourtant sa voix reste belle, singulière dans sa féminité et sa capacité à évoquer des émotions déchirantes, même s’il a – logiquement – quelques difficultés à monter aussi haut qu’avant, ce qui nécessite une petite ré-écriture de certains passages. Peu éclairé, son chapeau lui dissimulant le visage, Neil fait enrager les photographes professionnels auxquels il a interdit en outre, via le service d’ordre, de se déplacer devant la scène : pas un cadeau, le Neil ! L’intro acoustique se poursuit à la guitare avec les classiques inévitables (The Needle and the Damage Done, joué avec moins de virtuosité technique qu’autrefois, ne suscite plus grand-chose après toutes ces années), et se termine à l’orgue avec une interprétation forte en émotion de Mother Earth.

2016 06 23 Neil Young AccorHotels Arena (13)Bon, passons aux choses sérieuses…, une équipe de désinfection en tenues étanches passe toute la scène aux fumigènes, et Promise of the Real rejoignent leur boss. Lukas Nelson se place juste devant moi, ce qui est sympa, car il n’est pas un manche non plus sur sa gratte. Et là, la surprise, c’est que Neil nous offre avec ses nouveaux acolytes  une sorte de re-visite "de luxe" d’extraits de "Harvest", soit son œuvre la plus populaire : Out on the Weekend (quelle intro, on a les yeux qui piquent…), Old Man (toujours une chanson bouleversante, dont on ne se lasse pas), puis Alabama et Words, qui lui permettent de saisir pour la première fois une guitare électrique. Ce sont sans doute les meilleures versions qu’on ait pu entendre en live de ces chansons, avec une fidélité étonnante à l’esprit originel, mais également le nécessaire sentiment d’actualité procuré par un groupe jeune et enthousiaste. Je remarque – et m’étonne de voir – combien Neil semble détendu et joyeux avec ses compagnons qui ont moins de la moitié de son âge : s’il reste incontestablement le patron de la bande, il y a une sorte de bienveillance dans la manière dont il interagit avec Lukas, Micah ou Corey qu’on aurait eu bien du mal à trouver avec Crazy Horse. A noter une pause sympathique avec une interprétation puissante de la Vie en Rose par Lukas au piano : le bougre a une très belle voix, qui compense son français plutôt approximatif. Un hommage bien gentil à la France de la part de Neil, qui s’essaiera plusieurs fois à dire quelques mots en français, nous confiant qu’il avait eu une "French Canadian Girlfriend"…

Mais revenons à Words, la magnifique Words, qui soudain s’envole alors que Neil prend l’un de ses solos durs et lyriques dont il a le secret : Lukas et Corey l’appuient, le secondent, le trio s’est mis de lui-même en cercle, exactement comme le faisait le Crazy Horse à la grande époque, et cette sorte de danse rituelle des musiciens enroulés dans les volutes musicales des guitares produit sa sorcellerie. Le son monte, la puissance émotionnelle se décuple, les spectateurs se mettent spontanément à crier d’excitation, voilà notre premier GRAND MOMENT ELECTRIQUE de la soirée. Il est 21h45, le concert a commencé depuis une heure, l’AHA décolle à la verticale, Neil est à nouveau stratosphérique : si j’avais quelques minutes auparavant le sentiment d’assister un très beau concert un peu trop lisse et gentil, tout cela est balayé par l’évidence imparable de la furie électrique. Sublime.

2016 06 23 Neil Young AccorHotels Arena (66)… Et la machine est donc lancée, nous sommes passés de "l’autre côté de la Force", sans que l’on puisse qualifier ça de côté obscur, tant le plaisir est vif. Neil s’empare – enfin ! – de sa célèbre Les Paul noire, et on sait que ça va D E M E N A G E R !! Neil se lance dans une version de Winterlong qui évoque plutôt la reprise que les Pixies en ont fait, puis dans une interprétation assez fausse de… If I Could Have Her Tonight, soit le genre de perle inattendue qui fait le sel de cette soirée (oui, il y aura pas mal de morceaux rarement voire jamais joués sur scène auparavant, enfin, avant cette tournée…). Neil rigole en répétant combien ils ont mal joué, ce qui est aussi une nouveauté, et lance le summum de la soirée : on pronostiquait Love and Only Love, et ce sera… Love to Burn, autre déluge électrique du mémorable "Ragged Glory"… Qui va s’allonger ce soir sur plus de 30 minutes ! Le groupe sur scène n’a maintenant plus rien à voir avec celui qui interprétait il y a peu les chansons de "Harvest" de manière parfaite, c’est un tourbillon furieux qui se forme sous nos yeux : mieux encore que Crazy Horse, car plus léger, plus énergique, mais tout autant au service des grandes chansons du Loner, servant d’appui aux soli de Neil, mais sachant également relancer l’énergie de Love to Burn vers les sommets. Oui, ce sont 30 minutes parfaites, 30 minutes de bonheur électrique intense, que Neil est l’un des seuls à savoir nous donner de manière aussi… infaillible ! Un grand, grand moment, qui renouvelle pour encore dix ans la foi qu’on a en lui. Une foi qui brille dans tous les yeux autour de moi. Il y a de la joie, de l’émotion, de la fierté aussi d’être là pour partager ses moments d’incroyable intensité. Et, tant qu’on est à "Ragged Glory", on enchaîne avec un Mansion on the Hill presque aussi cinglant !

La seconde partie du concert restera toute électrique, Neil s’aventura alors dans des recoins jusqu’alors peu explorés en live de sa longue discographie : je n’avais jamais entendu Vampire Blues par exemple sur scène, ni After the Garden (l’occasion pour Neil de nous complimenter pour la beauté de nos fermes françaises, qu’il a vu à travers la fenêtre du bus de la tournée…), ni Country Home, ni surtout I’ve Been Waiting for You, seconde résurgence, plus maîtrisée cette fois, et assez impérieuse, de son premier album solo, qui date quand même de… 1969 !

2016 06 23 Neil Young AccorHotels Arena (84)Et on en arrive à la fin du set, et le troisième grand moment de la soirée, un Rockin’ in the Free World puissant, lourd et totalement épique, qui fait lever une forêt de bras et fait crier tout le monde : cette chanson a souvent été critiquée pour être "trop évidente", mais j’aime penser ce soir que Neil la chante avec nous en l’hommage de nos frères et nos amis qui étaient au Bataclan le 13 novembre dernier. Je crois ne pas être le seul, l’émotion est forte, la joie aussi. Eh oui, comme ils disent à "Rock & Folk", le Rock c’est ça, tout simplement !

Les musiciens ont apporté une corbeille de cerises qu’ils dégustent et dont ils nous jettent des poignées. Original, non ? Mais ce sont les fameuses cerises psychédéliques françaises, crie Neil ! Hein ?

Le rappel sera presque juste pour moi, pour me faire plaisir : Like An Inca, que nul ne semble connaître autour de moi, une chanson que j’adore personnellement, et que Promise of the Real joue avec un léger swing qui l’élève définitivement vers le sommet. La première fois – et la seule – où je l’ai entendue sur scène, c’était en 1982 : 35 ans déjà, 35 ans qui ont passé sans qu’on s’en rende vraiment compte, même si la silhouette de Neil aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de l’époque… Mais… non, qu’est-ce que j’allais dire ? Sur scène, après trois heures de concert intenses, je vois un tout jeune homme en train de sauter en l’air (de joie, d’excitation), en formant un cercle avec ses amis qui semblent avoir exactement le même âge que lui. Alors, en quittant Bercy ce soir, je sais une chose : en plus d’être une musique toujours aussi vitale, essentielle, merveilleuse en cette seconde décennie du XXIème siècle, le Rock est aussi une fontaine de jouvence. Plongez-y avec Neil, et maintenant… dansez ! »

 

Les musiciens de Neil Young & Promise of the Real sur scène :

Neil Young – vocals, piano, organ, harmonica, guitars

Lukas Nelson – vocals, guitar, piano

Anthony Logerfo – drums

Tato Melgar – percussions

Corey McCormick – bass, vocals

Micah Nelson - guitar, banjo, piano, vocals

 

2016 06 23 Neil Young AccorHotels Arena (127)

La setlist du concert de Neil Young & Promise of the Real :

Solo intro to the set

After the Gold Rush (After the Goldrush – 1970)

Heart of Gold (Harvest – 1972)

The Needle and the Damage Done (Harvest – 1972)

Comes a Time (Comes a Time – 1978)

Mother Earth (Natural Anthem) (Ragged Glory – 1990)

with Promise of the Real

Out on the Weekend (Harvest – 1972)

Old Man (Harvest – 1972)

Human Highway (Comes a Time – 1978)

La vie en rose (Édith Piaf cover) (Piano and vocals Lukas Nelson)

Someday (Freedom – 1989)

Alabama (Harvest – 1972)

Words (Between the Lines of Age) (Harvest – 1972)

Winterlong (Decade – 1977)

If I Could Have Her Tonight (Neil Young – 1969)

Love to Burn (Ragged Glory – 1990)

Mansion on the Hill (Ragged Glory – 1990)

Western Hero (Sleeps with Angels – 1994)

Vampire Blues (On the Beach – 1974)

After the Garden (Living with War – 2006)

Country Home (Ragged Glory – 1990)

Everybody Knows This Is Nowhere (Everybody Knows This Is Nowhere – 1969)

I've Been Waiting for You (Neil Young – 1969)

Rockin' in the Free World (Freedom – 1989)

Encore:

Like an Inca (Trans – 1982)

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14 mars 2017

Jean-Louis Murat - Mardi 3 Mai 2016 - Maroquinerie (Paris)

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie Billet« Les Pia Nites nous offrent en ce début mai le plaisir rare de pouvoir applaudir Murat dans un cadre parfait, celui, intime et chaleureux, de la Maroquinerie (« Murat à la Maro », super !). Un plaisir d’autant plus rare qu’il semble qu’il n’y aura pas de « tournée Morituri » pour célébrer et supporter la sortie du pourtant excellent nouvel album de l’Auvergnat bougon ! Pas assez d’intérêt du grand public pour sa musique, apparemment… Triste époque !

Bon, j’arrive à la Maro presque une heure et demi avant l’ouverture des portes, mais il y a déjà pas mal de monde prenant le soleil devant le bar, un verre à la main. Et au milieu, Murat et son groupe, et même Morgane Imbeaud, plus brune mais toujours aussi charmante ! Bon, en sirotant mon verre de Viognier, je me tâte pour savoir si je vais aller embêter Murat, et puis je me dis que non, je ne saurais d’ailleurs pas quoi lui dire de plus que les habituels : « j’aime beaucoup ce que vous faites », « je vous écoute depuis les années 90 » (déprimant, non ?) ou « votre dernier album est très bon »… que lui sortent déjà tous les groupies de cinquante ans qui l’entourent. Encore, si Inés était déjà arrivée, Murat serait sans doute content de saluer une jolie jeune femme !

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie (14)Un peu de chaos au moment de l’ouverture des portes à 20 heures, dans la mesure où il y a des gens qui attendent depuis trois heures de l’après-midi, mais je réussis quand même à atteindre le premier rang, sur la droite, donc idéalement placé pour avoir un peu de recul par rapport à Murat qui est sur la gauche. La salle se remplit très vite, et est bourrée à craquer dix minutes avant l’entrée en scène de Murat… ce qui fait qu’Inés ne va pas pouvoir me rejoindre devant, et restera bloquée à la balustrade supérieure. Heureusement, pour elle, c’est a priori une bonne position pour profiter du concert d’un peu plus loin.

20h40, donc, dix minutes de retard sur l’horaire alors que le concert est filmé et diffusé « live » sur le Net, Jean-Louis Murat et son groupe – le même trio que pour la tournée « Babel », auquel s’ajoute donc Morgane (ex-Cocoon, pour les amnésiques et les étourdis) pénètrent sur la scène, vêtus exactement (on s’en doute) comme « à la ville ». J’ai vu la set list de l’organiste, à ma droite, je connais donc le programme à l’avance : l’intégralité de « Morituri » joué dans l’ordre, suivi par de riches extraits de « Babel », et deux chansons plus anciennes pour finir : vingt titres en tout, donc on peut espérer deux bonnes heures de concert. Le son est excellent, la voix de Murat bien audible – la voix peut être parfois un problème à la Maro, on le sait -, seule la lumière, très blanche et très vive, laisse à désirer. C’est bien pour les photos (en fait, cette lumière a été installée pour faciliter le filmage…) mais plus que déroutant pour les morceaux plus intimistes, et pour l’ambiance en général. Le groupe qui accompagne Murat est absolument excellent, conjuguant une sorte de souplesse soul-jazz avec une belle intensité, le tout dans une bonne ambiance décontractée. Morgane, dans le fond, vocalise superbement (oui, elle, elle s’est changée, elle a une belle robe noire…). Murat fait du Murat : il chante très bien, fait un peu le pitre sur les passages où il se concentre sur sa guitare – quelques beaux moments plus « rock » - mais ignore largement le public pendant les trois quart du set.

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie (17)L’interprétation live de « Morituri » permet de juger objectivement de la qualité des morceaux, pas forcément tous du niveau de ceux de « Babel », mais très réussis quand même : Frankie envoûte, Interroge la Jument (avec les échos de la barbarie jihadiste de 2016) excite le public, la Chanson du Cavalier est puissant, mais c’est évidemment le magnifique Morituri qui l’emporte : un nouveau classique dans le répertoire de l’Auvergnat ! Au moment de se lancer dans le Cafard qui doit conclure cette première partie du set, Murat décide qu’il en assez, et qu’il veut aller boire un coup. Il emmène ses musiciens et nous plante là, promettant qu’il revient tout de suite ! Bon ! Je dois avouer que je ne suis pas encore complètement convaincu. Peut-être est-ce la frustration d’être séparé d’Inés, mais j’ai du mal à rentrer dans la musique…

Heureusement, tout va changer avec la seconde partie du set, de toute beauté… qui commence pourtant mal avec une version bâclée et mal chantée de J’ai Fréquenté la Beauté : à la fin, Murat jure que ce sera la dernière fois qu’il joue cette chanson, qu’il en a marre. « Ça s’entend ! » lui rétorque un spectateur… La suite sera par contre époustouflante, démarrant avec un Les Ronces grandiose de tension et d’émotion, alors qu’il s’agit pourtant sur l’album d’un morceau mineur, et se terminant avec un Chagrin Violette littéralement transfiguré. Vallée des Merveilles arbore désormais sa paillardise joyeuse sans complexe, Neige et Pluie au Sancy est dur comme jamais, Frelons d’Asie permet à Morgane de se transcender sous les encouragements taquins de Murat, et Long John, ralenti et majestueux, est saisissant de beauté. Cette excellence confirme mon diagnostic initial, à la sortie de « Babel » : le problème de l’album, c’était ce foutu Delano Orchestra, maladroit, pénible, à la limite de la faute de goût. Joué par un bon groupe, « Babel » aurait été une réussite totale, peut-être le meilleur disque de Murat, au niveau de « Mustango »…

A noter que, durant toute ce set, Murat est plus décontracté, balance ses habituelles vannes à l’humour plus que douteux, du type : « en Auvergne, on n’a pas que des pneus ! », sorte de compliment tordu au talent et à la beauté de Morgane… Il attaque aussi les journalistes, insultant un malheureux spectateur (un « casse-toi connard » sarkozien !) ayant admis être lui-même journaliste…

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie (78)Et là, surprise, Murat attaque le Cafard, que je pensais perdu pour la soirée… C’est très beau…, sauf que le morceau tourne en eau de boudin, entre Murat qui décide de délirer sur l’Ile de Sein (« Nichon »…), et qui finit par s’énerver contre la lumière trop blanche et trop brillante (« on se croirait dans un hôpital, non, plutôt un morgue ! »). Il demande qu’on éteigne les lumières en face de lui, et comme personne ne s’exécute, il quitte il scène ! On attendra en criant et en vain qu’il revienne (pour ces deux chansons prévues en conclusion…) : Murat fait la gueule, égal à lui-même.

Une conclusion un peu moche quand même pour un concert qui avait su s’élever progressivement et atteindre les sommets. C’est dommage, mais c’est aussi ça, Murat, il n’y a pas de quoi être surpris ! ».

 

Les musiciens de Jean-Louis Murat :

Jean-Louis Murat (voix, guitare)

Christopher Thomas (basse)

Gael Rakotondrabe (claviers)

Stéphane Reynaud (batterie)

Morgane Imbeaud (voix)

 

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie (71)La setlist du concert de Jean-Louis Murat :

French Lynx (Morituri – 2016)

Frankie (Morituri – 2016)

Tarn et Garonne (Morituri – 2016)

La pharmacienne d'Yvetot (Morituri – 2016)

Le chant du coucou (Morituri – 2016)

Interroge la jument (Morituri – 2016)

Tous mourus (Morituri – 2016)

La chanson du cavalier (Morituri – 2016)

Nuit sur l'Himalaya (Morituri – 2016)

Morituri (Morituri – 2016)

J'ai fréquenté la beauté (Babel – 2014)

Les ronces (Babel – 2014)

Vallée des Merveilles (Babel – 2014)

Neige et pluie au Sancy (Babel – 2014)

Frelons d'Asie (Babel – 2014)

Long John (Babel – 2014)

Chagrin violette (Babel – 2014)

Le cafard (Morituri – 2016)

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13 mars 2017

Teleman - Lundi 18 Avril 2016 - Point Ephémère (Paris)

2016 04 18 Teleman Point Ephemere Billet« 2014 avait été pour moi “l’année Teleman”, grâce au merveilleux album “Breakfast”, mais je n’avais pas pu voir le groupe sur scène à l’époque, du fait de ma localisation brésilienne. Ce sera donc une lacune rattrapée ce soir, le quatuor londonien présentant son nouvel album, “Brilliant Sanity” au Point Ephémère, devant un public de quadras visiblement passionnés – autant que moi – par cette musique pop extrêmement soignée et, il faut bien le reconnaître, capable de générer un bien-être assez exceptionnel (“feel good music” ?). Pas de problème pour assurer le premier rang malgré une arrivée tardive, personne ne se bousculant outre mesure devant la scène. A côté de Clément et moi, un couple belge charmant engagé dans le suivi systématique de la tournée de Teleman, ou tout au moins de son axe Bruxelles (hier) – Paris (ce soir) – Lille (demain). Comme quoi, cette musique très contrôlée engendre la passion !

2016 04 18 Meilyr Jones Point Ephémère (23)20h30 : Ce sera donc la seconde fois en quelques mois que je verrai Meilyr Jones, après la première partie de Richard Hawley, et l’étoile du jeune Gallois est en train de monter, lentement mais sûrement. Ce soir, notre grand échalas à la voix d’or est vêtu de manière un peu moins curieuse, mais c’est bien dans le même registre original et déconstruit qu’il opère, avec une gentillesse assez désarmante d’ailleurs. Soutenu par les mêmes accompagnateurs multi-instrumentistes, qui semblent être plus des copains qu’un véritable backing band (il suffit de voir la plaisanterie à répétition autour de Mr. Jones, que Meilyr fait passer des claviers aux bongos et aux cuivres pour trois présentations successives !). N’accompagnant pas a priori systématiquement Meilyr, il leur arrive de sonner un peu “disjoints”, et certains morceaux gagneraient sans doute à avoir une assise un peu plus solide en live. C’est une petite réserve seulement, tant il est vrai que la musique de Meilyr part dans tous les sens, refuse les structures faciles et les gros effets (malgré le “gag” d’un riff façon Smoke on The Water à un moment), et se perd parfois un peu dans des ambiances en demi-teintes un peu dépressives. Néanmoins, à la fin d’un set de 45 minutes généreux et varié, le potentiel du jeune homme est bel et bien confirmé, et le public du Point Ephémère applaudit généreusement. Dommage quand même que la logistique du merchandising n’ait pas suivi et que le premier album de Meilyr n’ait pas été disponible. Une occasion manquée.

Les trente minutes d’installation du matériel de Teleman vont s’avérer assez édifiantes : outre le fait que ce sont les musiciens eux-mêmes qui sont à la manœuvre (pas en soi une rareté pour un groupe pas encore très connu), c’est surtout l’incroyable attention aux détails et le perfectionnisme extrême des musiciens qui va nous frapper : il est clair que nous avons ce soir affaire à des musiciens “sérieux”, pour lesquels l’exactitude de chaque son compte… L’espèce de rigidité minimaliste qui faisait le charme un peu déviant de “Breakfast” est bel et bien confirmée, même si le nouvel album, un peu moins inspiré, recherche une décontraction vaporeuse qui se veut plus aimable. Quand tout est finalement prêt, le quatuor quitte la scène pour faire quelques minutes plus tard leur entrée officielle sur le thème de Twin Peaks : bien vu !

2016 04 18 Teleman Point Ephémère (16)Il est presque 21h50, le set ne pourra pas être très long malheureusement, et de fait, Teleman ne jouera qu’une courte heure, forcément frustrante pour un groupe avec désormais deux albums très riches sous la ceinture ! Pour commencer, rappelons aux étourdis que Teleman, c’est quand même plus ou moins Pete and The Pirates, valeureux groupe de “brit pop” n’ayant jamais rencontré le succès qu’ils méritaient, ayant fait un reboot avec une musique plus originale, et avec un nouveau batteur, le japonais et peu riant Hiro. Thomas Sanders reste ce chanteur à la voix singulière, haute et féminine (j’ai entendu derrière moi quelqu’un dans le public commenter : « Ah, on sait maintenant que c’est pas une fille qui chante ! ») qui enchantait Pete and The Pirates : il me semble plus sec désormais, les années ayant passé, mais lui non plus n’est pas un joyeux drille : d’un sérieux et d’une concentration extrêmes, Thomas n’a rien d’un front man exubérant. En fait, hormis le souriant Pete Cattermoul devant nous, sur la droite de la scène, qui a un jeu de scène un peu plus traditionnel derrière sa basse, Teleman fait l’impression d’une bande de coincés de première, et je ne pourrai pas m’empêcher de sentir que cette rigidité est quand même préjudiciable à la parfaite dégustation de cette musique qui nous veut pourtant clairement du bien.

On attaque par le fameux Skeleton Dance, mais le son ne me semble pas encore vraiment équilibré, et le morceau paraît du coup, justement, décharné et maladroit, un peu un faux départ. On peut constater quand même que la voix de Thomas est aussi impeccable qu’espéré, il faut juste que le groupe trouve sa cohésion. Et ça va être chose faite immédiatement avec le redoutable Dusseldorf, morceau phare et irrésistible du nouvel album (Thomas a d’ailleurs l’air étonné qu’il se retrouve ce soir au quasi sommet de la setlist… et en effet, l’un des tous meilleurs morceaux dès le début, c’est un risque…) : frissons dans la nuque, bonheur pop absolu, une merveille… En fait, ce sera pour moi – malheureusement – le sommet de la soirée. Trop tôt, donc…

2016 04 18 Teleman Point Ephémère (30)La setlist se concentre sur le nouvel album, dont les meilleures chansons seront jouées, et “Breakfast” se voit réduit à ses seuls “hits”, dans des versions d’ailleurs un peu différentes des originaux : mon morceau préféré, Steam Train Girl, sera par exemple joué dans une version plus nébuleuse, plus flottante, plus psychédélique, abandonnant un peu le riff ferroviaire (entre les Feelies et Johnny Cash) qui en constitue à mon avis le charme principal. Cristina, en rappel, sera réduite en longueur, sacrifiant la conclusion jouissive de l’album, et sera surtout l’occasion d’admirer la performance vocale de Thomas Sanders. En final, le très postpunk Not In Control prouvera bien que le style contraint et maniaque de Teleman ne permet pas à l’excitation “rock” de réellement se matérialiser : oui, un peu plus de folie aurait permis une conclusion en apothéose qui n’aura pas vraiment lieu.

Autre très beau moment de la soirée, un Strange Combinations – single irrésistible que je ne connaissais pas – et qui présente le côté le plus commercial et le plus ludique (dance floor !) de Teleman : c’est certes beaucoup moins ambitieux, mais dieu que c’est efficace, et que c’est gai ! Sinon, c’est donc la semi-découverte des nouveaux morceaux qui s’avèrera le plus passionnant, Drop Out confirmant son statut de mini-rocker de l’album, et en clôture de set, Glory Hallelujah entraînant avec son refrain martial les chœurs enthousiastes du public.

Je sortirai donc de ce concert - que j’avais tellement attendu - avec un sentiment de très légère (et sans doute inévitable) déception, pas partagée néanmoins par Clem qui a passé lui une excellente soirée. Teleman est clairement un groupe hors du commun par la qualité de ses compositions et par sa démarche artistique intègre, mais j’aurais aimé que les musiciens lâchent un peu la bride à leurs chansons et soient plus dans le plaisir ! A revoir de toute manière, et vite ! »

 

2016 04 18 Teleman Point Ephémère (68)Les musiciens de Teleman sur scène :

Thomas Sanders (vocals, guitar)

Jonny Sanders (synths)

Pete Cattermoul (bass, synths)

Hiro Amamiya (drums)

 

La setlist du concert de Teleman :

Skeleton Dance (Breakfast – 2014)

Dusseldorf (Brilliant Sanity – 2015)

Brilliant Sanity (Brilliant Sanity – 2015)

23 Floors Up (Breakfast – 2014)

Strange Combinations (single – 2015)

English Architecture (Brilliant Sanity – 2015)

Tangerine (Brilliant Sanity – 2015)

Steam Train Girl (Breakfast – 2014)

Fall in Time (Brilliant Sanity – 2015)

Drop Out (Brilliant Sanity – 2015)

Glory Hallelujah (Brilliant Sanity – 2015)

Encore:

Cristina (Breakfast – 2014)

Not In Control (Breakfast – 2014)

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12 mars 2017

A Place To Bury Strangers - Lundi 21 Mars 2016 - Petit Bain (Paris)

2016 03 21 APTBS Petit Bain Billet« Deux nouveautés ce soir : d'abord le premier concert de toute mon existence… sur un bateau, puisque le Petit Bain est situé sur une grosse péniche amarrée plus ou moins en face de la Grande Bibliothèque (l'ennui, c'est quand même que l'attente est frisquette sur les quais de Seine) ; ensuite, c'est enfin, après plusieurs occasions manquées, l'occasion de voir sur scène A Place To Bury Strangers, un groupe qui a à priori tout pour me plaire (quelque chose comme le mur du son de MBV avec le chant sépulcral de Joy D)...

2016 03 21 Blurry Mountain Petit Bain (14)20h30 et quelques minutes, le quatuor de Blurry Mountain prend progressivement d'assaut notre audition, un peu à la manière d'un Godspeed, construisant leur mur du son à partir d'effets sonores, jusqu'à l'éclosion d'un morceau ténébreux, envoûté, traversé de striures électriques aiguës, avec de belles accélérations qui emportent le public. La voix est très basse, le chant presque inaudible, le chanteur anguleux dissimulé sous une capuche noire. L'ambiance est donc sombre, même si les deux guitares carillonnent à l'occasion, tirant des raies de lumières à travers une ambiance globalement psychédélique, assez accablante. Tout n'est pas toujours beau, l'ennui pointe son nez au long des 35 minutes de set, mais un avant-dernier morceau hypnotique, chanté par le batteur, peut rappeler la première trilogie de Cure, la période extrême de Pornography, et séduit par sa mélancolie bruitiste. Le set se termine, logiquement, dans le fracas. La transe n'est pas venue, mais Blurry Mountain perpétue honorablement une tradition de rock noir et buté : on leur en sait gré !

Ce qui est surprenant à l'intérieur du Petit Bain, c'est combien le plafond de la salle est haut, donnant une impression très agréable d'espace... La température au premier rang, contre toute attente, est assez élevée en ce deuxième jour de printemps plutôt glacial. Acoustiquement, rien à redire non plus, même si, évidemment, le niveau sonore pourrait être plus élevé pour ce genre de musique : mais nous ne sommes clairement pas dans le bon pays pour ça !

2016 03 21 APTBS Petit Bain (10)21h37 : le trio de A Place to Bury Strangers attaque (c'est le mot) après une rapide mise en place des instruments (bien ravagés, les instruments - et je vais vite comprendre pourquoi : les instruments sont régulièrement lancés en l’air pour se fracasser ensuite sur la scène) et des pédales d'effets bricolées maison (car notre ami Oliver Ackerman est un pro de la pédale d'effets - il vend même apparemment les résultats de ses expérimentations). Attaque sonique donc - même si le niveau sonore n'est pas encore paroxystique -, spectacle saisissant que cette tornade brutale qui déferle sur la scène du Petit Bain : APTBS débute son set comme la majeure partie des groupes le terminerait, dans une frénésie totale, un chaos terminal et convulsif : Oliver et Dion arcboutés sur leurs instruments, Robi défonçant ses fûts, c'est une entrée en matière qui décoiffe et qui montre qu'on n'est pas là pour jouer petits bras ! Un détail : tout cela se passe dans le noir quasi complet (à peine traversé par les faisceaux rasants de trois projecteurs de diapos),... et le restera pendant l'heure qui suivra : je peux dire adieu à mes habituelles photos, ce soir !

APTBS enchaîne alors brûlot sur brûlot, la plupart déferlant sur un rythme soutenu : très rapidement, j'ai plus l'impression de revivre un set des Stooges de l'époque "Fun House" que d'écouter du shoegaze ! Et ce d'autant que des nappes de lave brûlante s'échappent de la Fender Jaguar rouge démembrée de Oliver à un mètre de moi. La limite de l'exercice, néanmoins, et je m'en rends rapidement compte, c'est que cet extrémisme complet, qui fait réellement plaisir à voir, dépouille littéralement la musique de son pouvoir d'excitation : on peut headbanguer dans une certaine hébétude, on peut se régaler des poses de "bassiste hero" (l'école Peter Hook...) de Dion, on peut regarder avec curiosité les expérimentations de Oliver sur ses pédales d'effets, mais on aura quand même du mal à basculer dans l'hystérie. On remarque un morceau où Oliver et Dion échangent leurs instruments et leurs places sur scène. Au bout d'une demi-heure, les 3 musiciens descendent au milieu du public pour un intervalle bruitiste plutôt électronique que j'ai personnellement trouvé bien trop long, et faisant redescendre radicalement la tension du set.

2016 03 21 APTBS Petit Bain (36)On entre ensuite dans la dernière ligne droite, avec des chansons plus rapides, plus ramassées, qui permettent à un véritable mosh pit de se former au centre. La pression sur le premier rang augmente, il est temps de lutter pour son espace vital... mais tout cela reste largement bon enfant, malgré quelques individus qui délirent grave ! De nombreuses tentatives individuelles pour monter sur la scène sont repoussées impitoyablement par le service d'ordre, jusqu'à ce que Oliver fasse signe laisser monter tout le monde  (... enfin une dizaine de personnes). Bref, c'est un foutu boxon dans l'obscurité ! Oliver approche alors son ampli Marshall du bord de la scène, donc à moins d'un mètre de moi : je comprends alors pourquoi les voisins, habitués aux concerts de APRBS, sont tous équipés de protège-tympans... Jusque-là, le son n'était pas excessivement fort, mais maintenant nos tympans au premier rang sont en réel danger : il ne me reste plus qu'à terminer le set les doigts dans les oreilles, ce qui n'est pas la meilleure manière de profiter de la mise à mort finale... Le trio quitte rapidement la scène jonchée d'instruments, les lumières se rallument. Pas de rappel, bien évidemment : rock'n'roll jusqu'au bout.

Bon, le bilan est quand même plus mitigé que je l'espérais. Si APTBS est indiscutable en termes d'attitude, de détermination, de "bon esprit" dirais-je, la radicalité de leur set ne facilite pas l'immersion, sans parler de l'adhésion. Mis à part quelques brèves minutes "extrêmes", je me suis senti plus spectateur, un peu extérieur, que réellement participant à une grande orgie sonore rock'n'rollienne comme j'en ai eu régulièrement l'occasion. L'âge peut-être, mais je ne crois pas : autour de moi, j’ai vu très peu de gens vibrant avec la musique, mis à part l'habituelle poignée d'excités qui paraissent de toute façon être là pour s'amuser à tout prix... Faiblesse des morceaux ? Possible... S'agissait-il de toute manière de l'une de ces soirées « sans », où le concert ne décolle pas comme prévu ? Encore une fois, c’est possible. En tous cas, si la démarche de APTBS est en tout point admirable, il y a eu peu de plaisir ce soir au Petit Bain ! ».

 

2016 03 21 APTBS Petit Bain (58)Les musiciens de A Place to Bury Strangers sur scène :

Oliver Ackermann – guitar, vocals, bass

Dion Lunadon – bass, guitar

Robi Gonzalez – drums

 

La setlist du concert de A Place to Bury Strangers :

We've Come So Far (We've Come So Far 7" – 2015)

So Far Away (Onwards to the Wall EP – 2012)

You Are the One (Worship – 2012)

Deadbeat (Exploding Head – 2009)

Missing You (A Place to Bury Strangers – 2007)

Fear (Worship – 2012)

Dissolved (Worship – 2012)

(Unknown)(played in the middle of the crowd)

Deeper (Transfixiation – 2015)

Ego Death (Exploding Head – 2009)

I Lived My Life to Stand in the Shadow of Your Heart (Exploding Head – 2009)

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11 mars 2017

Kurt Vile & The Violators - Mardi 8 Mars 2016 - Alhambra (Paris)

2016 03 08 Kurt Vile Alhambra Billet« Ce soir, c’est le grand retour de mon cousin Clem à la frénésie des concerts parisiens, et ça se fête ! Même si, en fait, la frénésie sera absente ce soir à l’Alhambra, entre la classe majestueuse des touaregs de Imarhan, et la (fausse ?) décontraction du slacker "chelou" qu’est Kurt Vile…

2016 03 08 Imarhan Alhambra (2)19h45, le vent de Tamanrasset souffle sur Paris. Tout le monde a (au moins) entendu parler de Tinariwen, et leur "blues du désert"... eh bien, les six musiciens de Imarhan (qui voudrait dire “ceux dont je me soucie”...) sont tout simplement leurs petits frères ! Le genre musical s’appelle l’assouf, et consiste en une alliance magique entre ce qu’on imagine être des chants traditionnels touaregs et du funk très syncopé, très électrique. Suivant les morceaux, on est plus du côté de la mélopée lancinante, finalement assez mélancolique, ou au contraire d’une musique moderne et dansante. Le groupe est mené par un beau et grand jeune homme, à la guitare assez virtuose, qui manque cependant de détermination, et de... charisme même, face à un public qui l’intimide peut-être : le groupe en est à ses tout débuts, leur premier album n’est pas encore paru. Au bout d’une quinzaine de minutes, sur un Aordj N’inizdjam assez irrésistible rythmiquement (il y a deux percussionnistes dans le groupe... et l’un des deux utilise un globe en bois curieux mais très beau...), le public de l’Alhambra rentre dans le jeu, et le concert sera un vrai petit succès. Le temps passe, et le staff technique s’impatiente, demanda à Imarhan de raccourcir leur set, ce qu’ils feront avec le sourire. Cela aura duré 45 minutes quand même, et constitué une excellente première partie !

2016 03 08 Kurt Vile Alhambra (14)21h00 pile, Kurt Vile et ses Violators sont là. Nous avons en fait de la chance, ils ont failli ne pas être avec nous, du fait d’un problème d’avion (ce concert est le premier de leur tournée européenne…) : ils sont venus en hélico, et Kurt en est encore tout excité ! Bon, un petit tour sur Wikipédia nous révèle que Kurt a plus de 35 ans, mais il faut bien dire qu’il en paraît dix de moins : avec son look de slacker (il a souvent la pose très "dynamique" d’un Gaston Lagaffe !), ses cheveux qui lui cachent en permanence le visage (bonjour les photos !), et sa communication avec le public qui se limite à des onomatopées enfantines et des cris d’animaux, l’individu ne paraît pas trop sérieux comme artiste. En fait, il semble même souvent complètement à l’ouest, et ce n’est pas bouteille de Morgon qu’il trimballe avec lui, et à laquelle il s’abreuve occasionnellement, qui peut nous rassurer sur son... état. Le set démarre sur les perles de "B’lieve I’m Going Down...”, avec le formidable Pretty Pimpin en figure de proue... et la question qui me vient rapidement à l’esprit est : « Mais qu’est-ce que tout le monde trouve à ce branleur à moitié pathétique ? ». La voix nasillarde et le phrasé loureedien ont beaucoup moins de charme que sur le disque, et le jeu de guitare, s’il est audacieux, n’évite pas les "pains"... Heureusement, autour de Kurt, le trio Jess / Rob / Kyle assure un maximum, Rob et Jess échangeant en permanence leurs instruments, entre basse, claviers et guitare, avec une assurance souveraine. Je sens la déception poindre, et ce d’autant que Pretty Pimpin, justement est assez loin de la magie qu’il dégage sur l’album !

2016 03 08 Kurt Vile Alhambra (27)… sauf que la beauté du live, c’est que les choses ne se passent pas forcément comme prévu : The Violators sortent, laissant Kurt seul pour un intermède acoustique qui va se révéler superbe, et qui va être le déclencheur d’une seconde partie de concert assez renversante. Goldtone, magnifique et puissant, lance vraiment la machine, et d’un coup je comprends la comparaison qui est souvent faite avec Neil Young : si le style musical est finalement assez différent, il y a chez Kurt la même foi en la puissance de la guitare électrique, le même primitivisme brutal qui élève d’un coup les chansons vers une sorte "d’ailleurs" presque surnaturel. Oui, d’un coup, tout cela devient non seulement très beau, mais aussi très impressionnant. Les quinze minutes qui suivent voient le concert monter très, très haut, tant au niveau de la qualité musicale que de l’énergie électrique ; Freak Train en sera le paroxysme, et ne me laissera qu’un regret : pourquoi est-ce que tout n’a pas été comme ça ce soir ? Ça aurait pu être le concert de l’année !

Curieusement, Kurt fait retomber la tension pour le dernier morceau, Wild Imagination, joué plutôt pépère. Il reviendra en solo nous jouer un Peeping Tomboy magnifique, mais ébranlé par de nouveaux plantages qui, visiblement, énervent Kurt et déstabilisent le public. Kurt quitte alors la salle, sur un dernier gloussement.

Il a quand même joué une heure trente, mais par rapport à la setlist, deux morceaux auront sauté : Kurt était visiblement pressé d’en finir ! Clem lui trouve des excuses : « Il était probablement malade ! » (et c’est vrai qu’il a rapidement remis la veste qu’il avait quittée pour le set acoustique). Moi, je parierais plutôt sur un excès de Morgon ou d’autres substances, l’ami Kurt m’ayant semblé passablement incohérent dans son attitude ce soir (… mais on me dit qu’il est toujours comme ça !!). Bon, l’homme est un sacré musicien, le voir sur ses guitares et son banjo a été un régal permanent, et aussi un excellent compositeur : il n’est juste pas un mec a priori très intéressant. A moins que sa meilleure excuse pour faire n’importe quoi soit finalement une vraie timidité, dissimulée derrière le rideau de cheveux et les gestes et paroles farfelus…

Oui, un drôle d’oiseau ! »

 

La setlist du concert de Imarhan :

Addounia Azdjazzaqat (new song)

Touchal (new song)

Arodj N-inizdjam (new song)

Tiwayyen (new song)

Ibas Ichikkou (new song)

Aznadjmar (new song)

Toumast (new song)

Assossamagh (new song)

Imarhan (new song)

Tahabort (new song)

 

Les musiciens de Kurt Vile sur s2016 03 08 Kurt Vile Alhambra (46)cène :

Jesse Trbovich – guitars, bass guitar, saxophone

Rob Laakso – guitars, bass guitar, keyboards

Kyle Spence – drums

Kurt Vile – voice, guitar

 

La setlist du concert de Kurt Vile :

Dust Bunnies (b’lieve I’m goin down… - 2015)

I'm an Outlaw (b’lieve I’m goin down… - 2015)

Pretty Pimpin (b’lieve I’m goin down… - 2015)

On Tour (Smoke Ring for My Halo – 2011)

Wheelhouse (b’lieve I’m goin down… - 2015)

Wakin on a Pretty Day (Wakin on a Pretty Daze – 2013)

Stand Inside (b’lieve I’m goin down… - 2015)

Runner Ups (Smoke Ring for My Halo – 2011)

Goldtone (Wakin on a Pretty Daze – 2013)

Jesus Fever (Smoke Ring for My Halo – 2011)

KV Crimes (Wakin on a Pretty Daze – 2013)

Freak Train (Childish Prodigy – 2009)

Wild Imagination (b’lieve I’m goin down… - 2015)

Encore:

Peeping Tomboy (Smoke Ring for My Halo – 2011)

Cette chronique a déjà été partiellement publiée sur mon blog manitasdeplata.net

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10 mars 2017

Dominique A - Vendredi 4 mars 2016 - L'Embarcadère (Montceau-les-Mines)

2016 03 04 Dominique A Embarcadère Billet« S’il est un lieu commun qui perdure dans les milieux peu informés, c'est que Dominique A, ça serait "triste" : il suffit pourtant d'écouter l'un de ses excellents albums - comme les trois derniers (car Dominique Ané est en ce moment dans une phase particulièrement créative), "la Musique", "Vers les Lueurs" et "Eléor", ou, mieux, de le voir en action sur une scène pour saisir combien sa musique est au contraire pleine d'une vitalité qui débouche régulièrement sur une véritable extase esthétique. Combien la nostalgie, d’ailleurs abstraite - car relative à aucun lieu, aucun temps, aucune personne n'ayant vraiment existé - que diffuse son œuvre désormais majeure, respire la VIE à pleins poumons. A travers le globe, du port coloré et mythique de Valparaiso à l'îlot intime d'Eléor, c'est une cartographie universelle de nos états mentaux - et sentimentaux - que dresse Ané, avec une sûreté de trait (de la voix…) grandissante, parfois même impérieuse.

2016 03 04 Dominique A Embarcadère (12)Sur la scène de la salle confortablement anonyme de l'Embarcadère de Montceau-les-Mines, pas tout à fait remplie (une honte pour la région !), c'est peu de dire que Dominique A impressionne : sa stature, sa détermination, son choix pas forcément facile - surtout devant un public provincial à la moyenne d'âge assez élevée, un peu somnolent dans son attente de "chanson française" - de consacrer un set long (2h20, ce qui n'est pas si courant de nos jours) principalement à des titres récents, tout cela témoigne d'une maturité superbe, d'une sûreté de soi qui confirme le statut exceptionnel de Dominique A au cœur de la scène française. Accompagné par trois musiciens, dont un bassiste au jeu de scène étrange et assez séduisant ma foi, Dominique A attaque son set de manière nerveuse et électrique avec Hotel Congress, qui nos rappelle combien "la Musique" avait constitué un redémarrage pertinent pour lui, avant d'entrer dans le vif du sujet : l'interprétation d'une large partie de "Eléor", son dernier album, et certainement l’un de ses chefs d'œuvre les plus aimables. Les versions proposées sur scène sont assez fidèles aux originales, juste un peu plus musclées et intenses. Par le Canada et Au revoir mon amour, chacune dans son genre particulier, sont sans doute les deux chansons qui tireront le mieux leur épingle du jeu ce soir, tandis que Central Otago perd un peu son impact pop. Le son est fort et net, après une courte période d'ajustement de la voix de Dominique, mais ce sont les lumières qui enchantent, créant un très bel accompagnement expressionniste aux ambiances musicales, renforçant l'impression de dureté électrique qui se dégage du groupe.

On oublie souvent de rappeler que Dominique A est un homme charmant - qui ne s'offusquera pas un instant de la passivité du public bien calé dans ses fauteuils confortables, et ira au contraire à la "pêche" aux réactions, établissant peu à peu une empathie chaleureuse, qui n'était pas gagnée à l'avance... Et Dominique sait être drôle, faisant preuve d'une humilité et d'une autodérision qui tempèrent joliment l'aspect dramatique de certains textes : son anecdote sur sa rencontre bizarre avec son idole de toujours, Gérard Manset, remet ainsi en perspective la chronique acide des tensions familiales qu’est la chanson intitulée du nom de l'artiste... Plus tard, le gag de l'incompréhension suisse face à ses allusions aux bals populaires allège la tension de Rouvrir.

2016 03 04 Dominique A Embarcadère (34)S'il y a quand même un petit reproche à faire à ce set, c'est qu'il s'égare çà et là en insérant des titres moins pertinents (les Hommes entre Eux ou Music-Hall par exemple seront des flops, vaguement ennuyeux) qui allongent le set sans contribuer vraiment à l’enrichir. Finalement, on peut trouver que le choix de Dominique A d’une complète cohérence sonore lui fait courir le risque de l’uniformité, et qu’un concert plus court aurait été plus impactant. La seconde partie de la soirée est celle de la montée en puissance, avec un son plus rock, et des interprétations de plus en plus urgentes : Pour la Peau et Antonia, ainsi joués, nous rappellent combien "Auguri" a été un disque fort en son temps. Pour ma part, je regretterai que l’interprétation du Convoi, LE morceau que j’attendais – l’un des plus singuliers du répertoire récent de Dominique A, l’un de ceux où il rejoint clairement le souffle puissant (et abstrait, répétons-le) des meilleurs morceaux de Manset – et qui conclut le set principal, ne sera pas assez apocalyptique : long, bruyant, obsessionnel, mais pas assez extrémiste… peut-être parce qu’il reste encore chez Dominique A une certaine réserve qui l’empêche de matérialiser complètement la puissance qui sommeille au cœur de ses meilleures chansons.

Heureusement, les rappels vont rattraper ce petit bémol : si la Mémoire Neuve, marquant en son temps, sonne un peu anecdotique désormais (preuve des progrès de Dominique), Hasta que el Cuerpo Aguante et surtout, l’incontournable Courage des Oiseaux, joué ce soir dans la version la plus électrique, voire frénétique, que j’aie personnellement entendue, vont vraiment enfoncer le clou… et le public trop paisible de Montceau les Mines va enfin pleinement réagir. Il n’est pas certain qu’après une telle intensité, un second rappel se soit imposé, mais l’Océan est une chanson magnifique, et l’Horizon, morceau plus banal, finit sur une belle partie de guitare, inhabituelle chez Dominique A, qui finit par nous marquer au fer rouge : Dominique A mérite beaucoup plus d’attention qu’on ne lui en accorde, peut-être du fait de sa position instable – et toujours changeante - entre rock nerveux, voire bruyant, et chanson à texte dans une certaine tradition française.

La tristesse n’a vraiment rien à voir là-dedans, l’enthousiasme oui. »

 

2016 03 04 Dominique A Embarcadère (45)La setlist du concert de Dominique A :

Hotel Congress (La Musique – 2009)

Cap Farvel (Eléor – 2015)

Semana Santa (Eléor – 2015)

Manset (Kick Peplum EP – 2009)

Nouvelles vagues (Eléor – 2015)

Central Otago (Eléor – 2015)

Tout sera comme avant (Tout sera comme avant – 2004)

Valparaiso (La Musique – 2009)

Par le Canada (Eléor – 2015)

Marina Tsvétaeva (Sur nos Forces Motrices – 2007)

Les hommes entre eux (Auguri – 2001)

Rendez-nous la lumière (Vers les Lueurs – 2012)

Revenir au monde (Tout sera comme avant – 2004)

Music-hall (L’Horizon – 2006)

Au revoir mon amour (Eléor – 2015)

Rouvrir (L’Horizon – 2006)

Ce geste absent (Vers les Lueurs – 2012)

Pour la peau (Auguri – 2001)

Immortels (La Musique – 2009)

Antonia (Auguri – 2001)

Éléor (Eléor – 2015)

Le convoi (Vers les Lueurs – 2012)

Encore:

La mémoire neuve (La mémoire neuve – 1995)

Vers le bleu (Vers les Lueurs – 2012)

Hasta que el cuerpo aguante (La Musique – 2009)

Le courage des oiseaux (Un disque sourd – 1991)

Encore 2:

L'Océan (Eléor – 2015)

L'horizon (L’Horizon – 2006)

Chronique déjà publiée en partie sur on blog manitasdeplata.net

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