Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

10 mai 2020

BEAK> - Vendredi 24 Mai 2019 - Gaîté Lyrique (Paris)

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique Billet

« BEAK>, l’un des secrets les mieux gardés de la musique contemporaine ? Hum, c’est un peu ça, parce qu’un album comme “>>>”, sorti en 2018, aurait dû être un truc énorme, vu ses qualités, et son évidence : on parle là d’une musique qu’on pourrait qualifier aisément, et non sans un peu de provocation, comme “le Pink Floyd des gens intelligents”, et il ne remplit en 2019 QUE la Gaîté Lyrique à Paris. Bon, il la remplit de gens passionnés, de vrais fans qui suivent la nouvelle incarnation de Geoff Barrow (après Portishead) avec un quasi-fanatisme, donc tout ne va peut-être pas si mal pour BEAK>, même si l’on sait que c’est toujours financièrement difficile pour eux après déjà dix ans d’existence.

2019 05 24 TVAM Gaîté Lyrique (10)

Mais revenons à cette soirée où, quand TVAM attaque son set à 20h15, la Gaîté Lyrique est toujours quasiment vide, ce qui nous fait douter de la véracité des affirmations venant de la production présentant le concert comme quasi sold out. TVAM, c’est deux mecs et leur télévision, on va dire : la télé en avant au milieu, ce qui n’est pas idéal pour nous au premier rang, et les deux musiciens de chaque côté en arrière. Ah oui, les images de la télé sont quand même retranscrites sur un grand écran au fond, qui, rapidement, ne fonctionnera pas bien, d’ailleurs. Deux musiciens, c’est à dire un guitariste assez inspiré qui “chante” un peu, ou plutôt qui crie / recite / articule des textes inaudibles à travers un système distordant sa voix, et un autre aux machines. Chaque morceau est construit à partir de beats pré-enregistrés sur lesquels la guitare déverse sa lave électrique brûlante, et l’effet est quand même assez intéressant, voire même par moments très réussi. La musique proposée par TVAM est abstraite mais viscérale, un peu entre le post rock et la noisy pop, avec des accents très noirs, comme dans l’effrayant Porsche Majeure avec ses vidéos de collisions de voitures. Le guitariste casse une corde très tôt dans le set, l’écran dysfonctionne, privant la salle des titres et des paroles des chansons (au cas où cela intéresse quelqu’un…), le set se paralyse un peu à la longue. C’est beau, c’est une démarche intéressante, mais il manque un petit quelque chose. Peut-être un niveau sonore plus conséquent, plus en ligne avec l’approche musicale ?

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (3)

21h30 : le trio de BEAK> s’installe tranquillement sur scène : à droite Geoff Barrow derrière sa petite batterie, au centre, sur une chaise, Billy Fuller, avec ses guitares basses, et à gauche, le seul debout, Will Young derrière ses claviers et ses machines, avec de temps en temps une petite intervention à la guitare. On démarre comme sur le dernier album avec l’instrumental The Brazilian, accueilli par une petite ovation de la salle qui a fini en effet par se remplir, un titre qui pose élégamment les bases du concert : c’est la basse qui est au centre de la musique de BEAK> (ce qui n’est pas si évident lorsqu’on écoute les albums…), la batterie construit à la fois la rythmique et la tessiture autour des riffs de basse, et les claviers / la guitare ajoutent des enluminures, entre gargouillis ironiques et mini-explosions vaguement bricolées. Là-dessus, les deux voix, toutes en retenue et en décalage, de Billy et Goeff. Le son est superbe, les lumières confèrent une ambiance presque intimiste, bref, dès les premières minutes, on sait que ce set va être un immense, mais un immense plaisir !

Avec Brean Down (ces titres !), on passe aux choses sérieuses, si l’on peut dire, car les trois quadragénaires de BEAK> ne se prennent surtout pas au sérieux, et rejettent clairement toute approche “professionnelle” de la musique : par rapport à l’album, on va dire qu’on a moins ce sentiment d’étrangeté – qui concourt certainement à limiter l’impact commercial de BEAK> - et au contraire une bienheureuse impression de simplicité, d’évidence, de pure beauté. BEAK>, c’est un peu la “ligne claire” du Post-Rock, une musique qui fait immédiatement danser et secouer la tête comme aux grands jours du krautrock, avec des mélodies souvent bouleversantes, et des pics d’intensité – toujours très brefs, trop brefs peut-être ? – qui créent une sorte de sentiment de transcendance. Oui, c’est vraiment très beau.

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (15)

Eggdog et The Meader, deux titres plus anciens, nous ramènent un BEAK> un peu plus agressif, plus en angles aigus, mais sur scène, notre trio continue à rigoler, voire à ricaner. Démonstration par Geoff des lumières « achetées pour 80 livres sur e-Bay » qu’il a oublié de brancher au début du concert, mise en boîte des fans qui essaient de communiquer leur amour au groupe, et qui se voient renvoyés dans leurs 22 mètres avec des « on ne comprend rien à ce que vous dites, ne parlez pas tous à la fois, organisez-vous et prenez la queue pour parler en vous envoyant des SMS, etc. ». On sait que Geoff Barrow s’avère parfois une véritable tête de cochon, mais on dirait que ce soir c’est un bon jour, les plaisanteries ne seront pas trop agressives. Geoff doit finalement être heureux de ce succès – même modeste - que le groupe rencontre enfin en France : il nous fera remarquer que la Gaîté Lyrique est la plus grande salle dans laquelle ils auront jamais joué en France, puis, plus tard, rappellera à ses potes que les conditions du concert sont bien meilleures que « l’autre soir… ».

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (18)

Allé Sauvage (traduction Google de Gone Feral, ce qui assez drôle !) est d’une efficacité redoutable, mais c’est la version imparable de Wulfstan II qui montre la force de la formule BEAK>. Autour de moi, la tension est montée, ça headbangue même pas mal, c’est dire si, de cérébrale, la musique est devenue physique. Petit moment de tension quand même, quand le public proteste lorsque Geoff annonce que ce sera « le dernier titre » : le voilà qui nous jette un « alors, si c’est comme ça, C’ETAIT le dernier titre ! Bon, qu’est-ce que vous voulez, que ça SOIT le dernier titre ou que C’AIT ETE le dernier titre ? »… Heureusement, Geoff ne s’énervera pas plus et ne nous privera pas du sommet de la soirée, le titre pour lequel j’étais venu (ou presque…), le merveilleux When We Fall : aucune déception, au contraire, cette chanson à la mélodie magique est encore transcendée par cette lisibilité scénique qu’a BEAK>. Presque les larmes aux yeux, ce coup-ci.

Après, Geoff nous fait le coup – un peu convenu, c’est vrai – du « on n’aime pas ces conneries de rappel, alors on va dire que c’était le dernier titre du set, que vous avez crié pour qu’on revienne, alors qu’on joue maintenant le rappel ». Avant de se raviser : « J’ai entendu dire que Tame Impala ne faisait plus de rappel, alors il faudrait peut-être que nous, on se mette à en faire, non ? ». Le concert se clôt de manière non conformiste avec Life Goes On, un nouveau titre qui va bientôt sortir, et qui s’avère très accrocheur, et quelque part plus commercial presque que tout ce que le groupe a fait jusque-là. Ce qui nous laisse donc avec le sentiment que Geoff et ses potes ne diraient pas non à un peu plus de succès… On ne leur en voudra pas pour ça… mais en revanche, 1 heure de set, c’était quand même un peu court, un peu radin.

Mais bon, on a préféré ne pas protester, pour ne pas énerver Geoff ! »

 

2019 05 24 BEAK Gaîté Lyrique (31)

La setlist du concert de TVAM :

Psychic Data (Psychic Data – 2018)

Narcissus (Psychic Data – 2018)

Bitplain (Psychic Data – 2018)

Porsche Majeure (Psychic Data – 2018)

Gas & Air (Psychic Data – 2018)

These Are Not Your Memories (Psychic Data – 2018)

Total Immersion (Psychic Data – 2018)

 

Les musiciens de BEAK> sur scène :

Geoff Barrow – drums, voice

Billy Fuller – bass, voice

Will Young – keyboards, guitar

 

La setlist du concert de BEAK> :

The Brazilian (>>> - 2018)

Brean Down (>>> - 2018)

Eggdog (>> - 2012)

The Meader (BEAK><KAEB EP – 2015)

RSI (>>> - 2018)

Allé Sauvage (>>> - 2018)

I Know (BEAK> - 2009)

Wulfstan II (>>> - 2018)

When We Fall (>>> - 2018)

Blackdon Lake (Recordings 05/01/09>17/01/09 - 2019)

Life Goes On (new song)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs manitasdeplata.net et benzinemag.net

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05 mai 2020

The Legendary Tigerman - Mardi 14 Mai 2019 - Sala El Sol (Madrid)

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol Billet

« S’il y en a qui peuvent encore en douter, cette soirée m’aura fourni une nouvelle preuve de l’importance de la salle dans la réussite d’un concert. Il y a un an (déjà !), j’avais été déçu par la prestation de Paulo Furtado (aka The Legendary Tigerman) au Café de la Danse – salle certes sympathique, mais pas rock’n’roll pour un sou ; aujourd’hui, à la merveilleuse Sala El Sol, le meilleur écrin de Madrid pour un bon vieux concert garage avec guitares bruyantes et tout et tout, j’aurai assisté à quelque chose de bien différent, et ce en dépit d’une set list à peu près identique...

22h40 : La petite Sala El Sol n’est même pas complètement remplie, ce qui prouve soit que les Espagnols ont peu d’intérêt pour la musique de leurs voisins d’à côté, soit que la population de Paris compte bien plus de Portugais que celle de Madrid. La vérité tient sans doute à un mélange des deux. Ce qui est amusant, par contre, c’est que le public, comme intimidé devant cette scène basse qui promet une intimité accrue avec les artistes, se tient – sauf moi, vous me connaissez ! – un pas en arrière... Bon, The Legendary Tigerman, c’est toujours un quatuor avec un saxophone en plus de la section rythmique. Paulo est vêtu de blanc comme l’année dernière, et on a toujours au fond de la scène cet écran sur lequel des vidéos accompagnent les chansons. Par contre, point de détail sans doute, mais qui fait une belle différence quand même : Paulo a rasé cette moustache qui le vieillissait et le ringardisait ! Bien joué, Paulo !

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (10)

Le set commence de manière magnifique, avec une version hantée, profonde, de Red Sun, premier extrait purement bluesy de "Misfit", le dernier album en date. Avec le son parfait de la Sala El Sol, les lumières efficaces – même si comme toujours un peu trop dans les roses / violets – et la proximité totale entre spectateurs et artistes qu’offre la scène, c’est tout simplement parfait. The Saddest Girl on Earth fait le taff, mais c’est surtout la version détonnante de son classique Naked Blues – avec vidéo sexy et non politiquement correcte à l’appui – qui me prouve d’ores et déjà que ce soir, on va bien au delà de la prestation un peu mécanique, sans grande âme, à laquelle nous avions eu droit à Paris. Bien sûr, comme on est à Madrid, c’est un peu pénible d’avoir à se farcir le volume sonore élevé des conversations dans la salle, mais heureusement, la guitare et le saxo cachent la plupart du temps cette misère. Paulo demande alors qu’on baisse les lumières : tant pis pour les photos, on n’est pas là pour ça, de toute manière...

& Then Came The Pain ne souffre pas du tout de l’absence de Phoebe Killdeer – comme quoi ! –, tandis que pour The Saddest Thing to Say, Lisa Kekaula est bien là pour assurer les vocaux, puisque enregistrée en vidéo : je me dis que c’est d’ailleurs ironique, puisque la dernière fois que j’étais dans cette salle, c’était justement pour assister au concert des Bellrays. Il n’y a pas de hasard dans le monde du Rock’n’Roll, juste une imparable logique cachée… Avant ça, Motorcycle Boy a confirmé sa stature de grand morceau mythique (enfin, mythique dans un monde parallèle où le Rock ne serait pas marginalisé…), déclinant impeccablement les clichés du rock garage US pour notre plus grande joie. Gone et Fix of Rock’n’Roll marquent l’arrivée des grands moments de délire entre la guitare de Paulo et le saxophone, mais ça passe comme une lettre à la poste ce soir, ce que j’attribue justement à la fameuse magie du lieu : bien que le public soit plus calme, moins fan de la musique de The Legendary Tigerman qu’à Paris, il règne l’ambiance parfaite pour que s’accomplisse la miraculeuse communion sur les riffs distordus et le saxophone en fusion. Superbe, c’est tout ce qui me vient à l’esprit…

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (34)

Pour chanter avec lui sur la reprise de These Boots…, Paulo a invité une superbe jeune femme tatouée, dont je ne saisirai pas le nom, et qui, même si elle ne connaît pas les paroles de cette chanson légendaire (justement) et doit s’aider d’antisèches judicieusement disposées sur la scène, va conférer ce bon esprit fier et agressif qui avait tant manqué au Café de la Danse avec Maria de Medeiros. Bravo !

Le meilleur de la soirée sera toutefois sa très longue et très généreuse conclusion en rappel, où Paulo s’amuse à extraire à la main de l’intérieur du saxophone des pincées de rock’n’roll, qu’il distribue méticuleusement à chacun d’entre nous au premier rang, nous encourageant à serrer le poing pour que la poudre magique ne s’échappe pas : c’est tout simple et c’est très touchant, très drôle et très beau. Final hystérique à célébrer tous ensemble cet American God ultime qu’est le Rock’n’Roll, et on se quitte après quatre-vingt minutes certes peu originales, mais finalement parfaites.

Il est minuit passé, et alors que je remonte vers Gran Via, il règne sur Madrid une belle atmosphère : il fait encore plus de vingt-cinq degrés, les terrasses sont encore occupées par les gens qui fêtent la San Isidro (le lendemain, non pardon, aujourd’hui même !). Je m’aperçois que j’ai gardé mon poing fermé, serré sur la poudre magique de Rock’n’Roll (et de Blues, quand même) que Paulo a soigneusement déposé au creux de ma main. J’ouvre doucement les doigts, mais rien de s’échappe : je crois bien que cette nouvelle dose est déjà entrée dans mon corps, et est passée dans mon sang. »

 

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (45)

La setlist du concert de The Legendary Tigerman :

Red Sun (Misfit – 2018)

The Saddest Girl on Earth (Misfit – 2018)

Naked Blues (Naked Blues – 2002)

Walkin’ Downtown (Masquerade – 2006)

& Then Came The Pain (Femina – 2009)

I Finally Belong to Someone (Misfit – 2018)

Motorcycle Boy (Misfit – 2018)

Holy Muse (Misfit – 2018)

The Saddest Thing To Say (Femina – 2009)

Gone (Femina – 2009)

Fix of Rock N'Roll (Misfit – 2018)

These Boots Are Made for Walkin' (Lee Hazlewood cover) (With ???) (Femina – 2009)

Dance Craze (True – 2014)

Encore

21st Century Rock 'N' Roll (True – 2014)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur le blog manitasdeplata.net

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30 avril 2020

The Psychotic Monks / Bryan's Magic Tears - Vendredi 10 Mai 2019 - E.M.B. (Sannois)

2019 05 10 The Psychotic Monks EMB Sannois Billet

« Quand on a une révélation, comme celle que j’ai eue en découvrant les Psychotic Monks le mois dernier à l’Astrolabe, il est sans doute normal de vouloir vérifier qu’on n’a pas exagéré, qu’on n’a pas été emporté vers un enthousiasme excessif par une combinaison improbable de facteurs externes aléatoires. Bref, il me fallait revoir les Psychotic Monks sur scène, et très vite. Leur passage à l’EMB de Sannois, pas très loin de chez moi, était l’occasion rêvée de “me pincer” pour vérifier que je n’avais pas rêvé, quitte à affronter une déception. Qui n’aurait pas été la première…

Quasiment personne à faire la queue sur le parking sinistre où se trouve l’entrée de l’EMB, alors qu’il est déjà 20h30, heure de l’ouverture des portes. Pas très bon signe, même si l’on peut supposer que les torrents d’eau qui s’abattent en ce moment sur la région parisienne n’encouragent pas les gens à sortir de chez eux. Par contre, l’EMB est une salle bien faite, spacieuse avec une scène parfaite, et une équipe bien sympathique pour gérer le vestiaire et le bar. Cool…

2019 0 10 Bryan s Magic Tears EMB Sannois (9)

21h : trois guitares, ça fait beaucoup de bruit, et c'est bien agréable, ma foi. Bryan’s Magic Tears attaque dans une tonalité très shoegaze, qui peut évoquer Slowdive. Rythmes entêtés, guitares saturées, voix rêveuses, mélodies envapées mais plutôt séduisantes, ils ont tout bon. Et puis le rythme s'accélère, devient plus mécanique, et le set se met à voler très haut. Le public accroche, quelque chose est en train de se passer. Je me répète que, décidément, en France, on commence à avoir des gens qui savent jouer et qui ont du talent. Malheureusement, quelques morceaux plus faibles font retomber la tension, le public décroche, le miracle est passé, il ne se reproduira plus. Finalement, les 50 minutes du set seront un peu longues... Mais on y a vraiment cru. Bryan’s Magic Tears, il y a quelque chose, indéniablement. Par contre, le nom du groupe, qui fait très pop psyché, Syd Barrett & Co, me semble décalé par rapport au style musical du groupe. Mais je dis ça, je dis rien, hein ?

Remplacement complet du matériel, comme c'est décidemment souvent le cas. Le public est plus clairsemé désormais, c'est un peu inquiétant. On dirait qu'en France, en 2019, on a enfin des groupes de rock, mais on n'a plus de public pour ça… !

2019 0 10 The Psychotic Monks EMB Sannois (3)

22h30 : l’obscurité s’est faite, un drone annonce la venue sur scène de The Psychotic Monks, clairement l’un des groupes les plus intenses – sinon le plus intense – en live de la planète ! Le quatuor s’affaire à triturer ses instruments, petit à petit le son se structure (un peu comme chez God Speed ! You Black Emperor, si l’on veut…), de minces faisceaux de lumière blanche percent occasionnellement l’obscurité : je réalise que j’ai eu de la chance, pour les photographies, à l’Astrolabe qui avait laissé quelques lumières, le groupe joue normalement dans l’obscurité quasi complète. Des explosions occasionnelles commencent à déchirer l’atmosphère, et on sent que se construit la tension, chez les musiciens qui se concentrent, comme pour entrer en transe, comme au sein du public (… en tous cas, la partie du public qui veut bien jouer le jeu, je remarque qu’il y a clairement des spectateurs qui s’excluent très vite du set…).

Quand la batterie se déchaîne, quand des éclats incendiaires de guitare désintègrent littéralement nos sens, quand les corps sur scène se tordent, dans des danses convulsives insensées, le choix est clair et net : il faut décider si l’on veut se laisser emporter par le courant de cette musique torturée mais extatique, et trouver de la jouissance dans cet abandon, ou bien… quitter la salle. Isolation est un exemple type de la musique actuelle de The Psychotic Monks, qui s’est éloignée des courants psyché qui l’abreuvaient encore un peu au départ : un morceau à la fois exigeant de par son absence de construction classique, mais encore “listerner-friendly” grâce à ses passages vocaux où subsiste une mélodie décharnée, à sa base rythmique qui peut évoquer un post punk poussé à bout. Isolation se termine bien entendu en chaos émotionnel, et lance la partie la plus jouissive du set, celle qui voit des rythmiques infernales nous ramener aux plaisirs simples du punk hardcore ou du metal le plus extrême : dans la salle, c’est évidemment la folie furieuse, il y a – même si le public est resté malheureusement clairsemé – un beau mosh pit en fusion. A ma gauche, une fille pète les plombs, alors que son compagnon tente de la calmer : mais peut-on réellement se calmer lorsqu’on a lâché prise et que l’on dérive corps et âme dans cet univers fracassé et infiniment douloureux qu’est la musique de The Psychotic Monks ? Les musiciens viennent chacun à leur tour au contact du public, dans une confrontation qui peut même sembler menaçante, ou bien, comme l’organiste / bassiste, pour venir jouer au milieu du mosh pit. Dans ces moments de frénésie où ne sort plus de notre gorge qu’un long hurlement muet, où la transe est devenue une délicieuse souffrance, on est prêt à juger que The Psychotic Monks ont atteint les sommets.

2019 0 10 The Psychotic Monks EMB Sannois (11)

On entre alors dans la seconde partie du set, la plus exigeante peut-être, celle qui désoriente sans doute le public (…qui s’enfuit d’ailleurs peu à peu…) : la violence qui a précédé s’est tue, et les musiciens construisent lentement une architecture sonore qui évoque bien entendu les chantiers du post punk, même si l’on peut aussi identifier des traces d’un rock progressif à la Pink Floyd. Et, dans le noir omniprésent, s’élève un chant désolé, qui va monter lentement en intensité, jusqu’à la folie, jusqu’à l’épuisement : « There is something shining in my head / And I don’t know what it is ! ». Là, on en est tous à hurler de douleur, d’égarement aussi. La musique est redevenue un chaos intégral, un abîme de douleur, de déraison et de perte. Et tout s’arrête.

1 heure, et c’est tout. Une heure d’un labyrinthe musical hérissé de tessons de bouteille sur lesquels se sont tranchés nos poignets. Une heure libératrice aussi, qui nous a permis d’affronter nos hantises, nos frustrations, nos fantômes. La musique peut-elle être une psychanalyse sauvage ? Une question inhabituelle dans le Rock, mais une question que The Psychotic Monkeys, un groupe exceptionnel qui conjugue radicalité artistique et honnêteté émotionnelle, nous pose. Et répond, du même coup.

Nous sommes quelques dizaines seulement à leur demander de revenir. Les lumières rallumées, deux des musiciens reviennent nous dire que, non, c’est fini, mais qu’ils discuteront avec plaisir avec nous, après (… sous-entendu après avoir rangé le matériel…). Mais finalement, à part leur dire mon admiration éperdue, de quoi parlerions nous ? La musique a déjà tout dit.

Il ne me reste plus qu’à rentrer chez moi, dans la nuit noire et sous le déluge qui ne cesse pas. »

 

 

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur le blog manitasdeplata.net

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25 avril 2020

girl in red - Lundi 6 Mai 2019 - Boule Noire (Paris)

2019 05 06 Girl in Red Boule Noire Billet

« Quel plaisir de voir cette foule de très jeunes femmes qui se pressent devant la Boule Noire pour applaudir Marie Ulven, la fameuse girl In red, dont les formidables chansons 'indie" dépeignent et célèbrent la difficulté et la fierté d'affirmer sa sexualité à un si jeune âge ! Quelques drapeaux arc-en-ciel dans la foule, et très peu de garçons dans la salle : le contexte est clair, et fait chaud au cœur à notre époque de résurgence hideuse de réflexes homophobes rétrogrades. Et puis, aussi, quelle joie de voir que le Rock peut encore porter les couleurs de l'affirmation de soi, d'une forme, fut-elle pacifique et civilisée, de rébellion contre une société qui hésite bien trop à évoluer ! Oui, dans la salle de la Boule Noire, il y a ce soir une belle ambiance joyeuse, qui nous rappelle, à nous, vieux combattants éreintés, combien il est bon d'être ensemble pour lutter pour un futur meilleur. Mais assez déliré, place à la musique !

2019 05 06 Claud Boule Noire (2)

20h30 : Claud, c'est le nom de scène de ce bout de fille charmante, a priori basée à Brooklyn, et qui, seule avec sa guitare, amorce son set de 25 minutes par un bravache : "Welcome to Coachella!". Avec l'aide de pas mal de musique préenregistrée et d'une voix intéressante, dans le registre un peu classique de l'innocence juvénile, Claud Mintz va nous tenir en haleine sur une suite de chansons certes un peu banales, parfois inutilement lisses, grâce à une discrète mais jolie présence scénique. Elle a une belle bande de fans déjà dans la salle qui mettent l'ambiance, chantent avec elle sur son nouveau titre (If I Were You, je pense…). Sur une chanson romantique, on allume même quelques briquets qui nous ramènent à la belle époque d'avant les téléphones portables. Claud a été forcément acclamée quand elle a demandé comment on dit en français : « I am gay ». Mais le plus chou, c'est quand elle nous a avoué que c'était son premier séjour à Paris, qu'elle était donc allée voir la Tour Eiffel et avait acheté un porte-clé. Je ne sais pas si Claud décollera un jour, mais au moins elle est là, à Paris, devant un public qui l'adore et l'acclame. Combien de gens peuvent-ils en dire autant à son âge ?

Girl in red, c'est quelque chose de hors du commun : ce soir, à la Boule Noire, c'est une évidence qui nous saute aux yeux. Marie, jeune norvégienne de guère plus de 20 ans, a écrit des chansons seule dans sa chambre sur son amour des femmes et, par la grâce des réseaux sociaux, a fédéré des milliers de jeunes filles et de jeunes femmes en Europe, avant même d'avoir publié son premier album. Les salles où elle se produit sont sold out, le public fait la queue plusieurs heures avant pour être au premier rang, tout le monde connaît par cœur les paroles - remarquables d’honnêteté - de ses chansons, alors qu'elles viennent juste de sortir sur Internet : on a fait le test à la Boule Noire ce soir, Marie a diffusé sur la sono la musique de sa dernière chanson, Dead Girl in the Pool, pendant qu'on préparait le matériel sur scène, et les fans ont chanté la chanson tous seuls !

2019 05 06 Girl in Red Boule Noire (10)

21h25 : quatre (très) jeunes Norvégiens vêtus de blanc entrent en scène, précédant Marie, et attaquent 4am. Le public s’embrase instantanément, comme les jeunes filles seules savent le faire. Un long hurlement strident général, puis TOUT LE MONDE CHANTE : « Fuck my thoughts ! I Think too Much ! »… Impossible d'entendre, même devant, la voix de Marie, c'est à peine si on entend le groupe jouer ! Et ça va être comme ça durant les 55 minutes du set ! J'ai l'impression d'être revenu en pleine Beatlemania. ou au moins aux débuts des Smiths… sauf que ce mélange d'admiration quasi aveugle et de familiarité amicale est tout à fait inédit, et bien de notre époque où nos stars ne sont plus des dieux et des déesses inaccessibles, mais des versions plus populaires de nous-mêmes…

Sur scène, le groupe pogote franchement, et on sent une énergie juvénile se déverser sur nous, et être renvoyée immédiatement par le public vers la scène : c’est incroyable ! J’ai le sentiment de revenir aux fondamentaux de notre musique. Marie, elle, saute dans tous les sens avec ses musiciens, elle est hilare, elle est rayonnante : sa musique a des allures de "bedsitting music" - encore un point commun avec Morrissey, même si les textes sont bien plus simples et directs -, introspection existentielle amoureuse, un tantinet dépressive, comprise, mais sur scène c'est une véritable explosion !

Les morceaux ne font guère plus des 2 minutes de rigueur depuis que le Punk a redéfini les règles d’une musique vraiment essentielle. Les guitares carillonnent comme chez les Smiths (again !). Les mélodies, immédiatement accrocheuses, font danser comme le premier album de... disons Two Door Cinema Club (je pense à eux pour cette gaîté communicative, ce sens de la danse…). On touche à nouveau avec girl in red à l'essence profonde du rock'n'roll : une toute jeune personne - avec un foutu talent ! - compose dans sa chambre des chansons apparemment très simples qui ne parlent que d'elle, et d’un seul coup, le monde entier, en dehors de sa chambre, devient une caisse de résonance assourdissante. Summer depression illustre parfaitement cette remarquable ambigüité entre la genèse tourmentée des chansons (« My worst habit / Is my own sadness / So I stay up all night / Wondering why I'm so tired all the time ») et l’allégresse que tout le monde ressent de pouvoir chanter, non hurler ce genre de souffrance – tellement ordinaire, mais aussi tellement importante - tous ensemble dans un concert de Rock.

2019 05 06 Girl in Red Boule Noire (19)

Le problème, c’est que Marie et ses garçons ne sont pas encore tout-à-fait prêts pour la conquête du monde : outre un niveau sonore insuffisant pour couvrir le public, de nombreux problèmes techniques émailleront la soirée, sans parler du fait que Marie semble avoir besoin d’accorder sa guitare à CHAQUE chanson. Et puis, Marie est tellement éberluée par ce qui lui arrive qu’elle ne peut pas s’empêcher de partager sa joie avec nous de longues minutes entre deux morceaux (« Quand je pense qu’il y a si peu de temps, j’étais toute seule dans ma chambre à écrire ces chansons, et que ce soir, je suis ICI… je n’arrive pas à y croire ! »). Au final, je crois bien qu’on n’aura pas eu droit à de la musique plus de la moitié de la soirée, le reste du temps a été consacré à la communication et au réglage des instruments et du son ! Et ça, évidemment, ça coupe l’enthousiasme que l’on ressent lorsque, enfin, le groupe joue : à fond la caisse, avec un enthousiasme communicatif… Bref, tout cela était sympathique, souvent touchant, mais mériterait d’être un peu plus resserré.

Malgré ce bémol, le concert finit magnifiquement, avec I Wanna Be Your Girfriend (« I don't wanna be your friend I wanna kiss your lips / I wanna kiss you until I lose my breath / I don't wanna be your friend I wanna be your bitch / I wanna touch you but not like this / The look in your eyes / My hand between your thighs »), puis avec l’irrésistible Girls (« They're so pretty, it hurts / I'm not talking about boys, I'm talking about girls / They're so pretty with their button-up shirts »).

Les spectatrices auront brandi des feuilles de papier portant l’arc-en-ciel symbolique sur le mot LOVE, auront chanté encore et encore en chœur des mots de tendresse, de désir et de frustration… Elles seront reparties – j’espère – avec la conviction que le monde, cette saloperie de monde que nous leur léguons, sera un peu plus accueillant pour elles. La fête aura été belle, ce soir à la Boule Noire.

Maintenant, on attend de pied ferme le prochain retour de girl in red, avec un album complet et de nouveaux concerts. »

 

Les musiciens de girl in red sur scène :

Marie Ulven – guitare, vocaux

Martin Andersen Dybdal – guitare

Bror Henrik Smith Brorson – guitare

Sigur Berg Svela – basse

Erlend Hisdal - batterie

 

La setlist du concert de girl in red :

4am (chapter 1 – 2019)

summer depression (chapter 1 – 2019)

dead girl in the pool

say anything (chapter 1 – 2019)

dramatic

forget her

watch you sleep

we fell in love in october

rushed lovers

talia (King Princess cover)

i wanna be your girlfriend (chapter 1 – 2019)

girls (chapter 1 – 2019)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs benzinemag.net et manitasdeplata.net

 

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20 avril 2020

Weyes Blood - Vendredi 3 Mai 2019 - Astrolabe (Orléans)

2019 05 03 Weyes Blood Astrolabe Billet

« S’il est bien en 2019 une artiste dont on parle, dont on se susurre le nom comme un mantra entre gens de bon goût, c’est bien Natalie Mering (alias Weyes Blood), jeune autrice-compositrice californienne apparue il y a quelques années en folk-singer évoquant un peu Joni Mitchell, et aujourd’hui passée, avec son nouvel album “Titanic Rising”, à une musique beaucoup plus complexe et orchestrée, très ambitieuse, dans la lignée de ce que faisait une Kate Bush par exemple. N’avoir pas pu l‘écouter et la voir sur la scène de la Maroquinerie la veille m’obligeait donc à faire le trajet vers Orléans pour ne pas manquer son passage dans la très jolie et très sympathique salle de l’Astrolabe.

2019 05 03 Vincent Dupas Astrolabe (2)

21h00 : les hostilités commencent avec un musicien nantais, Vincent Dupas, qui joue en format trio, une musique singulière… et tout bonnement superbe ! Le set débute comme un concert de Lambchop : c’est le nom qui me vient immédiatement à l’esprit, devant cette musique discrète, profonde mais aussi merveilleusement claire – quelques notes de guitare électrique posées sur une rythmique souple et précise, sur lesquelles une belle voix vient créer un précieux sentiment d’intimité…  Jusqu’à ce que déboule un solo de guitare tout en angles et en déchirures, qui conclut la chanson sur un mode noisy étonnant (mais finalement logique…). Wouaouh ! Et le concert va continuer ainsi, principalement composé de morceaux calmes, à la limite du minimalisme (mais sans que ce minimalisme ne s’apparente le moins du monde à une pose d’artiste, juste une évidence…), mais se laissant aller parfois à une accélération électrique libératrice. Jusqu’à un dernier morceau très rock, hypnotique, superbement répétitif, basculant dans l’orgie bruitiste, qui fait un bien immense, et qui conclut 45 minutes d’une première partie exemplaire. Si personnellement l’alternance de textes en français et en anglais me gêne un peu – pourquoi ne pas choisir l’une des deux langues afin de donner plus de cohérence à l’ensemble ? -, la puissance de la musique de Vincent Dupas, lorsqu’elle s’aventure dans des territoires plus Rock, est indéniable et constitue un beau contrepied aux atmosphères intimistes qui restent le cœur frémissant de sa musique. Et le tout caractérise un jeune compositeur talentueux, qu’il faudra désormais suivre.

2019 05 03 Weyes Blood Astrolabe (10)

22h15 : changement complet et rapide du matériel (la taille de la scène dans la petite salle de L'Astrolabe ne permet guère de stocker le matériel de deux groupes...) et Natalie Mering est là, vêtue d’une manière très élégante, et assez formelle, d'un ensemble blanc un peu seventies. Elle est entourée de quatre musiciens qui constituent Weyes Blood : une bassiste souriante, qui a aussi la charge des backing vocals - tâche dont elle s'acquitte brillamment -, un guitariste un peu exilé tout à gauche dans l'obscurité, du fait de la configuration arrondie de la scène, mais qui œuvrera à la construction des atmosphères complexes de “Titanic Rising”, un claviériste tout à droite, et un batteur au centre. Natalie, elle, alternera entre guitare acoustique et claviers, mais se concentrera principalement sur son chant. Et quel chant ! Dès les premières mesures de A Lot’s Gonna Change, il est impossible de ne pas être saisi par la beauté de cette voix, qui se tient sur le fil d’une véritable perfection technique sans jamais aller sombrer dans les pénibles excès de nombreuses chanteuses “à voix”. Avec Weyes Blood, la priorité est clairement la transmission de l’émotion de la manière la plus pure possible. Je dirais même que, débarrassées de l’orchestration pléthorique de l’album et de ses prétentions à la fois cinématographiques et conceptuelles (le drame du Titanic, comme symbole de l’iniquité sociale, mais aussi le film de Cameron comme romance absolue, en gros…), les chansons trouvent dans un format plus simple une vérité plus convaincante.

Everyday, avec son rythme dansant et ses gimmicks accrocheurs, permet de faire une petite pause émotionnelle, avant l’envol spirituel d’Andromeda. Si le set est clairement consacré en grande partie au dernier album, les nostalgiques de la période précédente de Weyes Blood auront quelques (rares) titres plus anciens pour se réconforter, comme Seven Words… juste avant d’attaquer la pièce de résistance de la soirée, l’enchaînement des trois meilleures chansons de l’album, Miror Forever, Picture Me Better, et surtout le superbe Movies : au moment du break central de Movies, Natalie quittera sa veste, la jettera spectaculairement par terre pour pouvoir danser sur le beat de la seconde partie du morceau… Mais ce ne sera que pour la récupérer ensuite, l’épousseter soigneusement, la remettre et la reboutonner complètement. On comprend bien alors que Natalie ne va pas nous la jouer Rock’n’Roll performer, qu’elle est une jeune femme sage, probablement plus dans le contrôle que dans le délire scénique ! Ceci dit, à la fin de la chanson, elle nous félicite d’être Français et de faire du bon cinéma : quand elle nous demande si nous aimons Godard, je serai le seul à répondre franchement « Moi, Oui ! », ce qui la fera quand même rire, vue la stupéfaction du reste du public !

2019 05 03 Weyes Blood Astrolabe (16)

Bon, je ne vais pas me faire que des amis, mais je trouve quand même que “Titanic Rising”, au-delà de sa production impressionnante, souffre de compositions pas très marquantes, en tout cas pas au niveau du talent vocal de Natalie. Et cette déficience mélodique va être paradoxalement soulignée par la sublime reprise du God Only Knows des Beach Boys que nous offre la jeune Californienne : sur une chanson de ce niveau, la voix de Natalie devient sublime, et on atteint le pic émotionnel de la soirée. Je me dis alors que le plus beau cadeau qu’elle puisse nous faire serait un bel album de reprises de classiques, non ?

La soirée se terminera dans l’allégresse générale avec deux extraits de “From Row Seat to Earth”, en particulier l’accrocheur Do You Need My Love… avant un dernier titre en acoustique et en solo, Bad Magic, très beau moment d’émotion dépouillée : « Get out of bed / put on some clothes / and find your shoes / at least there’s nothing more / you could really lose now, is there? »

Après cette courte heure et quart à la fois calme et intense, il ne reste guère de doutes que Weyes Blood ira loin. Et que, avec quelques autres Parisiens ayant fait le déplacement ce soir à Orléans, nous n’avons pas perdu notre temps…

Ah, j’oubliais de mentionner le geste bien intentionné de Natalie, qui aura dédié d’entrée de jeu ce concert à Jeanne d’Arc, clin d’œil sympathique quand même aux Orléanais, mais aussi peut-être déclaration d’intention d’une artiste déterminée, féministe, et aux idées politiques engagées… »

 

La setlist du concert de Weyes Blood :

A Lot's Gonna Change (Titanic Rising – 2019)

Something to Believe (Titanic Rising – 2019)

Everyday (Titanic Rising – 2019)

Andromeda (Titanic Rising – 2019)

Seven Words (From Row Seat to Earth – 2016)

Mirror Forever (Titanic Rising – 2019)

Picture Me Better (Titanic Rising – 2019)

Movies (Titanic Rising – 2019)

Wild Time (Titanic Rising – 2019)

God Only Knows (The Beach Boys cover)

Do You Need My Love (From Row Seat to Earth – 2016)

Encore:

Generation Why (From Row Seat to Earth – 2016)

Bad Magic (Natalie Mering Solo) (The Innocents – 2014)

 

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15 avril 2020

Local Natives - Jeudi 2 Mai 2019 - Point Ephémère (Paris)

2019 05 02 Local Natives Point Ephémère Billet

« Cela paraît déjà loin, mais l’apparition de Local Natives en 2010 comme fer de lance du rock Indie de Los Angeles avait fait un certain bruit, et cette musique étrange, combinant rythmes – peut-être un peu hâtivement qualifiés de – Afro-beat, guitares sautillantes et harmonies vocales suaves, sans oublier des paroles qui saisissaient plutôt bien l’air du temps, s’était clairement distinguée du lot. Et ce d’autant plus que, scéniquement, le groupe faisait preuve d’une énergie peu commune. Près de dix ans ont passé, et l’excitation de la découverte n’est plus là, tandis que le groupe – logiquement – mûrissait et que sa musique s’épanouissait et se calmait en même temps. Un nouvel album, “Violet Street” vient juste de sortir, et malgré le peu de buzz fait autour, le Point Ephémère affiche complet ce soir pour le retour à Paris de nos ex-enfants terribles du SoCal indie, aujourd’hui sympathiques trentenaire barbus…

2019 05 02 Local Natives Point Ephémère (14)

21h00 : C’est un public très calme et civilisé ce soir au Point Ephémère qui attend patiemment l’apparition de Local Natives, l’absence d’une première partie rendant quand même le temps long… La disposition du matériel sur la scène, exploitant au mieux l’espace profond du Point Ephémère, les lumières excellentes et le son parfait, trahissent un professionnalisme manquant souvent aux formations plus débutantes jouant en ce lieu, et font que nous allons pouvoir assister à un beau concert dans des conditions optimales. Le groupe attaque par le premier single extrait du nouvel album, Café Amarillo, et la dynamique de la soirée est immédiatement posée : des harmonies vocales sophistiquées et parfaitement assurées (pour simplifier, on louche un peu vers Fleet Foxes…), une texture sonore à la fois raffinée et déchirée quand il le faut par des éclats tranchants de guitare, et surtout des rythmiques ébouriffantes : même sur les morceaux les plus calmes, la batterie de l’extraordinaire Matt Frazier nous offre un voyage gratuit vers des contrées exotiques, et ajoute un incroyable aspect dansant et joyeux à la musique de Local Natives.

Au premier rang, juste devant nous, le sympathique Taylor Rice brille régulièrement à la guitare, et lance sur la plupart des morceaux le signal de la danse, voire de la transe, avec ses sursauts d’excitation. Il est aussi ce soir le porte-parole du groupe, parlant autant qu’il le peut en français, et exprimant – avec une sincérité toute américaine, c’est-à-dire où l’on ne peut guère séparer l’enthousiasme réel du professionnalisme efficace – sa joie d’être avec nous pour la “Release Party” de l’album. A sa gauche, le second chanteur, Kelcey Ayer, retranché derrière ses claviers et ses percussions – qu’il quittera deux fois pendant le set lorsque les musiciens échangeront leurs instruments, une pratique que j’ai toujours trouvé bien sympathique –, est un peu plus en retrait, mais on peut imaginer qu’il s’agit surtout là de son embarras de ne pas parler français (ce sera assez drôle d’ailleurs quand il annoncera que le groupe repassera en septembre à la Maroquinerie, un mot clairement imprononçable pour lui !). A la droite de Taylor, Ryan Hahn contribue brillamment aux harmonies vocales et complète avec sa guitare les riffs de Taylor, troisième homme indispensable à l’architecture sonore du groupe.

2019 05 02 Local Natives Point Ephémère (42)

Dès le second titre, You & I, extrait du second album, le principe de la setlist de ce soir est clair : pas de concentration unique sur le nouveau disque, mais un mélange de bon ton entre toutes les périodes du groupe, pour faire plaisir à tout le monde. Car s’il y a un mot qui définit bien la soirée, c’est celui-là, le PLAISIR. Ne manque à mon goût qu’une touche de folie, qui aurait pu faire décoller le concert vers quelque chose d’un peu plus extraordinaire. Il faudra attendre Sun Hands, tiré du tout premier album, pour que quelque chose de vraiment formidable se passe, et que le groupe retrouve pendant quelques minutes sa singulière énergie des débuts : c’est très, très beau, et on aimerait évidemment tout un set à ce niveau-là.

Dernière ligne droite, avec les chansons les plus accrocheuses et les plus populaires du songbook de Local Natives, et un rappel d’un seul titre, un peu radin, pour un concert qui ne dépassera malheureusement pas les une heure vingt.

Tout le monde sort de la soirée ravi, rien à dire, Local Natives reste un groupe passionnant, même si un peu plus de prise de risques, ou même d’abandon, serait clairement un plus ! Une impression à confirmer ou à infirmer à la Maro en septembre ! »

 

Les musiciens de Local Natives sur scène :

Taylor Rice – vocals, guitar

Kelcey Ayer – vocals, keyboards, percussion, guitar

Ryan Hahn – guitar, bass, vocals

Matt Frazier – drums

Nik Ewing – bass, keyboards, vocals

 

La setlist du concert de Local Natives :

Café Amarillo (Violet Street – 2019)

You & I (Hummingbird – 2013)

When Am I Gonna Lose You (Violet Street – 2019)

Ceilings (Hummingbird – 2013)

Dark Days (Sunlit Youth – 2016)

I Saw You Close Your Eyes (single – 2017)

Coins (Sunlit Youth – 2016)

Megaton Mile (Violet Street – 2019)

Mt. Washington (Hummingbird – 2013)

Garden of Elysian (Violet Street – 2019)

Breakers (Hummingbird – 2013)

Sun Hands (Gorilla Manor – 2009)

Heavy Feet (Hummingbird – 2013)

Who Knows, Who Cares (Gorilla Manor – 2009)

Tap Dancer (Violet Street – 2019)

Encore:

Wide Eyes (Gorilla Manor – 2009)

 

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10 avril 2020

Art Brut - Vendredi 26 Avril 2019 - Petit Bain (Paris)

2019 04 26 Art Brut Petit Bain Billet

7 ans ! Cela faisait 7 ans que Art Brut avait disparu des radars et de nos vies… quand ils réapparurent fin 2018 avec un album réjouissant, qui les voyait revenir à l’enthousiasmante énergie proto-punk de leurs débuts. Nous étions tous impatients de les revoir en live, car il faut bien dire qu’ils furent, entre 2005 et 2011, l’une des expériences scéniques les plus réjouissantes qui soient, avec ce mélange inédit et hautement instable de punk rock franc du collier et d’humour – anglais bien entendu – souvent déchirant. Je dis “tous”, mais même une salle de la taille bien raisonnable de notre cher Petit Bain – l’une des plus agréables de Paris, il faut le dire et le redire – a peiné à se remplir avec les seuls fans du groupe…

2019 04 26 Les Olivensteins Petit Bain (18)

… D’où le choix d’une première partie qui serait plus qu’une première partie, et la programmation des Olivensteins, vétérans rouennais du punk rock français des origines, capables de ramener eux aussi leur public. A 19h45, l’inénarrable Gilles Tandy et son band de papy rockers débarquent, et leurs fans crient bien fort leur allégresse. J’écris “inénarrable” car les Olivensteins ne sont vraiment pas ma tasse de thé, ni mon verre de bière d’ailleurs… Et je vais avoir du mal à faire un compte-rendu un tant soit peu positif de ce groupe qui n’est pas seulement has been en 2019 – ce qui est logique, et même assez sympathique – mais qui l’était déjà, has been, en 1977. L’honnêteté me pousse néanmoins à avouer que les spectateurs du Petit Bain ont en grande partie aimé ce set, par ailleurs fort énergique, et qui a bénéficié des compétences techniques de musiciens tout-à-fait convaincants (et même assez professionnels, malgré l’affirmation de Tandy après le démarrage raté d’un morceau…) : je dois reconnaître que j’ai tué le temps agréablement lors de cette heure de concert - littéralement interminable - en me concentrant sur le jeu élégant du guitariste. Pour le reste, j’ai du mal à adhérer au mythe des “Olivensteins” en écoutant cette succession de morceaux au ras du bitume, évoquant souvent plus le Rock français pré-punk, justement, quand dans les années 70, nous étions, nous Français, la risée du monde. Le pire reste néanmoins le mauvais humour soi-disant provocateur de Tandy, qui en avait particulièrement ce soir-là après Notre Dame, comme le plus réac des manifestants sur nos ronds-points. Et puis gueuler « Je suis fier de ne rien faire / Fier de ne savoir rien faire » quand on est dans la soixantaine, c’est quand même un peu limite, non ?

2019 04 26 Art Brut Petit Bain (9)

C’est un fait bien connu, mais que j’aime à me remémorer régulièrement : la supériorité de l’humour anglais sur l’humour français (« hein, quel humour français ? », entends-je autour de moi…), c’est que la cible en est soi-même et non les autres. L’auto-dérision, la capacité à s’exposer avec toutes ses faiblesses et ses tares, de manière drôle, voilà la force du meilleur humour : c’est aussi la meilleure manière de définir l’incroyable talent d’Eddie Argos, leader toujours aussi charismatique – et charmant, il faut le souligner – de Art Brut. Il est à peu près 21 heures quand la nouvelle formation du groupe, désormais basé à Berlin, monte sur la scène qui tangue du bateau le plus Rock de Paris. Nouveau guitariste, au look curieusement “Turbonegro”, et nouveau batteur, sinon Eddie et Ian ont surtout pris du poids – comme nous, comme nous – en 7 ans, et le bassiste – qu’on me dit être le même que naguère – a aussi radicalement changé de style. Un son impeccable, toujours aussi clair et puissant, laissant heureusement malgré les décibels, la voix d’Eddie bien audible. « Look at us, we formed a band / We’re gonna be the band that writes the song / That makes Israel and Palestine get along » : Formed a Band reste toujours la meilleure introduction qu’un groupe ait jamais écrite et jouée, l’équilibre idéal entre auto-dérision et espoir inaltérable en la force du Rock’n’Roll. Et rassurez-vous, Eddie Argos ne chante toujours pas, il ne fait toujours que parler : les fondamentaux du groupe n’ont pas changé !

2019 04 26 Art Brut Petit Bain (15)

Et puis c’est My Little Brother, vous savez cette chanson – immense – qu’Eddie a écrite à propos de son petit frère qui est « out of control » parce qu’il a « découvert le Rock’n’Roll ». C’est l’occasion parfaite pour Eddie de suspendre (déjà !) les hostilités musicales pour faire le point sur sa – humour – carrière : après nous avoir rappelé que c’est toujours lui, Eddie, et non son petit frère (« casé, bon job, maison sur la plage… ») qui est le grand souci de ses parents, il nous donne la recette de l’échec : « former un groupe culte, qui remplit la moitié d’un bateau à Paris, mais ne peut absolument pas vivre de sa musique », et puis, « pendant 7 ans, ne publier AUCUN album ! ». Et Eddie de nous raconter les coups de téléphone de sa mère angoissée : « Elle a entendu les Sleaford Mods, et elle me dit : “Eddie, pendant que tu n’es pas là, ces gens-là, te volent ta place, ils font la même musique que toi !”. Je lui réponds : ”Maman, je ne sais pas faire ce genre de musique, je suis trop middle-class !”. Et il faut que je fasse gaffe à ce que je dis, au cas où Jason Williamson serait dans la salle. Même chose avec IDLES, elle m’appelle au téléphone : “Eddie, quand est-ce que tu sors un album, les types d’IDLES, ils te volent ton succès !”… etc… etc… » Eddie nous prévient : « J’ai prévu de parler comme ça pendant 40 minutes » pendant que les musiciens font semblant de s’ennuyer à mourir. Et ça repart sur les chapeaux de roue… Oui, on ne nous a pas changé notre Art Brut ! Et, personnellement, entouré comme je l’étais au premier rang de fans éperdus d’Eddie, qui connaissent tous les textes et sont là pour dialoguer avec lui, je vais vous dire : les kilos en trop d’Eddie, eh bien, c’est exactement ce qu’il lui fallait, il est encore plus adorable comme ça !

2019 04 26 Art Brut Petit Bain (25)

Bon, même si j’ai très envie de le faire, je ne vais pas vous raconter chaque morceau de la soirée, comment le percutant Hospital! (avec l’excellent : « They tried to make me go to rehab / And I said… That's probably a very good idea ») repompe fièrement un riff des Undertones,  comment Eddie a demandé à une fan derrière moi de traduire puis de chanter en français la fameuse phrase de Alcoholics Unanimous : « Took me ages to get dressed this morning », comment ils nous ont joué une version furieuse de 18,000 Liras en bonus-cadeau non prévu, comment Eddie s’est lamenté : « Qui aurait cru que Morrissey devienne en vieillissant un connard de droite ! »... Ni comment Eddie a remercié le Rock’n’Roll de lui a voir ramené son amie Emily Kane, après le (relatif) succès de sa bouleversante chanson sur son premier amour…

Mais je ne peux pas ne pas vous dire combien a été douce la folie générale quand elle a fini par exploser – peut-être un peu tard, mais bon, on a tous pris un léger coup de vieux – sur le formidable Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! : « Your girlfriends, we're gonna steal them / And leave footprints on the ceiling / I want to wake up smelling like smoke / Under a pile of strangers' coats / Wham! Bang! Pow! Let's rock out! / There's a fire in my soul, I can't put it out !!! ». Et on gueulait tous en chœur comme de vieux hooligans éméchés dans les rues de Berlin : « Il y a un p… de feu dans mon âme, et je n’arrive pas à l’éteindre ! ». Rock’n’roll !

2019 04 26 Art Brut Petit Bain (31)

Le coup du faux rappel reste une franche partie de rigolade. Eddie dirige les opérations : « On va faire simple, on ne va pas sortir de scène, on va juste se baisser, et vous allez faire semblant qu’on n’est pas là, et devenir fous pour qu’on revienne sur scène, alors on va se relever et on va jouer le rappel ! ». Et c’est exactement ce qu’on fait tous, et c’est tout simplement parfait.

Et puis ils reviennent une seconde fois pour l’incontournable déclaration d’intention, et aussi d’amour à la peinture : Modern Art. Eddie nous demande de penser très fort à l’œuvre d’Art que nous préférons pour bien chanter avec lui « Modern Art / Make me / Want to rock out !! ». Et voilà, presque une heure et demi de « cabaret punk », comme dit Eddie, une heure et demi de rock’n’roll et de générosité, d’intelligence et d’humour. Une heure et demi qui fait chaud au cœur, mais n’a pas calmé ce feu qui brûle en nous.

Je retrouve Eddie au stand de merchandising, où il essaie piteusement de donner un coup de main pour vendre ses vinyles et ses t-shirts. Il n’y arrive pas bien, alors je le rassure : « Eddie, c’est bon, tu as déjà fait ton job, ce soir. ». Car Eddie, je l’aime, en fait.

 

Les musiciens de Art Brut sur scène :

Eddie Argos - vocals

Ian Catskilkin - guitar

Toby MacFarlaine - guitar

Freddy Feedback - bass guitar

Charlie Layton – drums

 

2019 04 26 Art Brut Petit Bain (38)

La setlist du concert de Art Brut :

Formed a Band (Bang Bang Rock & Roll - 2005)

My Little Brother (Bang Bang Rock & Roll - 2005)

She Kissed Me (And It Felt Like a Hit) (Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! - 2018)

Hospital! (Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! - 2018)

Alcoholics Unanimous (Art Brut vs. Satan - 2009)

St. Pauli (It's a Bit Complicated - 2007)

Axl Rose (Brilliant! Tragic! - 2011)

Kultfigur (Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! - 2018)

18,000 Lira (Bang Bang Rock & Roll - 2005)

Too Clever (Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! - 2018)

Direct Hit (It's a Bit Complicated - 2007)

Arizona Bay (Art Brut Top of the Pops – 2013)

Emily Kane (Bang Bang Rock & Roll - 2005)

Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! (Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! - 2018)

Encore:

Hooray! (Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out! - 2018)

Bad Weekend (Bang Bang Rock & Roll - 2005)

Post Soothing Out (It's a Bit Complicated - 2007)

Encore 2:

Modern Art (Bang Bang Rock & Roll - 2005)

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05 avril 2020

The Psychotic Monks / Bodega - Vendredi 12 Avril 2019 - Astrolabe (Orléans)

2019 04 12 The Psychotic Monks & Bodega Astrolabe Billet

Il est presque une heure du matin, je marche dans un froid hivernal par les rues d’une ville qui n’est pas la mienne. Je me sens comme sur un nuage, je me rappelle qu’il n’y a sans doute pas de plus belle récompense, dans la vie d’un fan de musique live, que la découverte inopinée d’un artiste ou d’un groupe majeur, capable de vous faire ressentir à nouveau cette excitation, non, cette extase indicible des “premières fois”…

…Et ce d’autant que je n’étais pas venu à l’Astrolabe d’Orléans pour voir The Psychotic Monks – même si je commençais à entendre dire de très, très belles choses de ce groupe parisien, autour de moi -, mais pour rattraper au vol Bodega, mini-sensation new yorkaise dont j’avais manqué le passage au Point Ephémère il y a quelques semaines. Mais voilà, cinq heures plus tôt, à peine étais-je arrivé devant la salle que je découvrais que l’ordre de passage des groupes avait été modifié, et que ce seraient les Psychotic Monks qui clôtureraient la soirée : bref qui seraient la tête d’affiche… Et ce sera d’ailleurs très vite clair que la grande majorité du public est venue ce soir pour eux, et ne manifeste – ce qui est sans doute malheureux – que très peu d’intérêt pour Bodega… Un signe que quelque chose se passe définitivement autour des Psychotic Monks… Mais revenons donc à cette ouverture des portes…

2019 04 12 Servo Astrolabe (2)

On nous fait d’abord, assez inhabituellement, patienter dans la petite salle du club, pour nous montrer un court film promotionnel annonçant les premiers groupes prévus à l’affiche du Festival Hop Pop Hop 2019. Pourquoi pas, d’ailleurs ? C’est une occasion sympathique de découvrir de nouveau noms dans des genres musicaux exigeants. Puis les portes de la grande salle de l’Astrolabe sont ouvertes, et tout de suite, comme il est 21 heures, les trois musiciens de Servo, groupe rouennais pratiquant un post-punk radical, attaquent leur set. Le trio joue dans un noir quasi-total, occasionnellement déchiré par des lumières stroboscopiques blanches. Le son est très impressionnant, en particulier celui de la guitare, mais c’est la cohérence parfaite du groupe qui marque le plus l’imagination : encore une confirmation, si besoin est, du beau professionnalisme – au bon sens du terme – des jeunes rockers français ! Musicalement, on est donc clairement dans la lignée du travail séminal de Joy Division : voix martiale, basse en avant, noirceur absolue. Les deux seules choses qui empêchent cette musique de s’asphyxier dans son extrémisme désespéré, c’est l’aspect presque dansant de certaines rythmiques, et le ballet fascinant du guitariste et du bassiste, oscillant rythmiquement comme dans un rituel mystérieux. Franchement, ce que fait Servo est très beau, c’est juste sans doute un peu trop uniforme pour que les 45 minutes de leur set ne semblent pas bien longues parfois : on ne serait pas contre une ou deux petites ruptures de ton… Néanmoins, le final, avec une guitare incandescente qui rappelle les débuts des Stooges, est très prenant, et permet de bien conclure le set. Bravo !

2019 04 12 Bodega Astrolabe (4)

22h15 : Remplacement complet du matériel effectué en une vingtaine de minutes, et ce sont donc maintenant les New-yorkaises et New-yorkais de Bodega qui poursuivent la soirée. Leur musique n’est pas facilement descriptible, ce qui est plutôt bien : elle relève à la fois du concept pointu – une sorte de journal introspectif et pourtant militant d’un jeune couple, Ben et Nikki, affrontant la confusion croissante de notre ère digitale – et de la tradition punk rock et hip hop de la Big Apple. Le fait que leur album ait été produit par Austin Brown de Parquet Courts est évidemment une belle référence, mais Bodega est quand même autre chose qu’une simple poursuite de la brillante saga de la musique new-yorkaise. Manifestes anti-ordinateurs et anti-réseaux sociaux, leurs chansons ont parfois l’excentricité taquine des B-52’s (la voix de Nikki), ce qui rassure un peu si l’on craint la prise de tête avec Ben, qui n’est pas, admettons-le, le leader le plus charismatique du moment ! Heureusement, il y a plein de choses marrantes à regarder sur scène : Nikki, en premier lieu, pétulante cheerleader, qui capture tous les regards, avec sa vitalité rieuse et sensuelle. A sa droite, Madison est un guitariste froid, tranchant, et brillant, dont l’allure évoque immanquablement un jeune Wilko Johnson. Derrière, une batteuse – toute nouvelle – qui frappe ses fûts debout en arborant un look de dur et en nous jetant des regards possédés, et une bassiste cool, comme sont – on le sait bien – tous les grands bassistes de Rock.

2019 04 12 Bodega Astrolabe (31)

On se rend quand même vite compte que, en dépit d’une ou deux chansons accrocheuses (comme le malin Jack in Titanic…), Bodega a du mal ce soir à mettre le feu à la salle : est-ce le problème de la langue pour une musique qui a quand même un message fort à faire passer ? Ou la relative indifférence d’un public qui n’est VRAIMENT pas venu pour eux ? Toujours est-il que tous les efforts de Ben pour créer de l’interaction, ou même simplement un peu d’excitation, semblent tomber à plat, l’un après l’autre. Le concert tourne peu à peu au marasme, ce qui est quand même un peu désolant quand on sait la réussite de leur récente soirée au Point Ephémère. La fatigue physique du groupe y est-elle pour quelque chose aussi ? Sur la set list – une page de carnet déchirée - que Nikki me tendra gentiment à la fin, il y a écrit « Where are We ? » en lieu et place du nom de la ville…

Heureusement, le long, très long (une quinzaine de minutes au bas mot…) final façon krautrock sur Truth Is Not Punishment va rattraper cette impression mitigée. Il y a enfin une vraie transe qui naît de cette musique répétitive et obstinée. Peut-être auraient-ils dû commencer leur set de cette manière, pour mieux embarquer le public ? En tous cas, j’ai envie de les revoir très vite, dans de meilleures conditions…

2019 04 12 The Psychotic Monks Astrolabe (21)

Le temps de remplacer à nouveau tout le matériel, il est déjà minuit moins le quart quand le quatuor de The Psychotic Monks attaque son set. Et là, pour parler franchement, eh bien la terre va littéralement trembler. Mon dieu, quelle claque, quel traumatisme même ! Comment décrire ça à quelqu’un qui ne connaîtrait pas la musique du groupe, ou qui ne la connaîtrait que sur les albums, obligatoirement réducteurs ? Peu d’influences claires, et il faut aller un peu loin chercher des références, plus d’ailleurs en termes d’état d’esprit que de musique : disons quand même qu’on serait ici à mi-chemin entre les expériences sonores les plus extrêmes de Sonic Youth et la brutalité émotionnelle inégalée des Bad Seeds de Nick Cave. Avec en plus quelque chose de prog rock dans ces longs passages flottants, et bien sûr des explosions, brèves mais saisissantes, de rage punk ou de chaos heavy metal. Tout ça ? Oui, tout ça, et bien plus encore. Quatre musiciens totalement engagés dans leur musique, dégageant à tour de rôle – car il ne semble pas y avoir de leader en tant que tel dans le groupe, chacun chante et prend la direction d’un morceau à son tour – une émotion inouïe.

2019 04 12 The Psychotic Monks Astrolabe (27)

A voir dans la salle la frénésie, l’extase s’emparant de certains spectateurs, qui semblent physiquement possédés par la musique de The Psychotic Monks, mais surtout à sentir au fond de moi un bouillonnement de sensations et de sentiments que je n’ai pas retrouvé depuis longtemps en écoutant de la musique, je sais que je suis, que nous sommes, en train de vivre un moment exceptionnel. Un mur de son écrasant, et puis des hurlements (mais quelqu’un hurle-t-il vraiment en dehors de ma tête ?) cathartiques, et puis une accélération libératrice, qui vient se désintégrer dans un bain liquide de bruit abstrait : on passe littéralement par tous les états possibles durant les 45 minutes de ce pandémonium génial. J’ai alternativement les larmes qui me viennent aux yeux, la chair de poule et les cheveux dressés sur la tête : mon dieu, que la Musique est Belle, Forte, Essentielle, quand elle est jouée comme ça, quand elle est habitée ainsi !

2019 04 12 The Psychotic Monks Astrolabe (34)

Mais le plus beau reste à venir, le dernier morceau, qui s’appelle Every Sight – je l’apprendrai par la suite, quand au stand de merchandising, on écrira gentiment juste pour moi la liste des morceaux qui ont été interprétés, le groupe jouant sans setlist (à quoi bon une setlist quand on joue tout simplement sa VIE ?) : le petit guitariste qui est juste devant moi (je ne sais pas son nom, mais c’est celui qui ne ressemble pas à un jeune Howard Devoto et qui ne porte pas une robe noire) se met à psalmodier un chant d’une tristesse infinie, puis d’une douleur déchirante. Un chant qui vous saisit progressivement les tripes, puis la tête, pour vous entraîner dans un tourbillon obscur de plus en plus asphyxiant, mais aussi de plus en plus extraordinaire. Avant de finir dans un chaos sonore aussi abstrait que paradoxalement extatique. Pas loin d’être les dix minutes les plus envoûtantes, les plus terribles aussi, que j’aie vécues dans un concert depuis la dernière fois où j’ai vu Nick Cave… pour vous dire l’altitude à laquelle ces Psychotic Monks planent. Et encore, quand j’écoute Nick Cave, je devine le performer, tandis que ce soir, je ne vois plus les musiciens, je ne perçois plus que l’émotion brute. Et brutale.

Sublime.

Après ça, plus rien à dire, juste la peur de ne pas trouver plus tard les mots pour faire partager cette expérience à ceux qui n’y étaient pas. Ce qui est impossible. Après ça, marcher dans le froid des rues inconnues d’Orléans, en essayant de retrouver un minimum ses esprits, après avoir frôlé un tel gouffre, et affronté une telle lumière.

 

Les musiciens de Bodega sur scène :

2019 04 12 Bodega Astrolabe (14)

Ben Hozie (guitar, vocals)

Nikki Belfiglio (vocals)

Madison Velding-VanDam (guitar)

Heather Elle (bass)

Tai Lee (drums)

 

La setlist du concert de Bodega :

Bodega Birth (Endless Scroll – 2018)

How Did This Happen?! (Endless Scroll – 2018)

Knife

Margot (Endless Scroll – 2018)

Can't Knock the Hustle (Endless Scroll – 2018)

Gyrate (Endless Scroll – 2018)

Boxes for the Move (Endless Scroll – 2018)

Shiny New Model

Jack in Titanic (Endless Scroll – 2018)

Name Escape (Endless Scroll – 2018)

Domesticated

Bookmarks (Endless Scroll – 2018)

Warhol (Endless Scroll – 2018)

I Am Not a Cinephile (Endless Scroll – 2018)

Charlie (Endless Scroll – 2018)

Treasures of the Ancient World

Truth Is Not Punishment (Endless Scroll – 2018)

 

2019 04 12 The Psychotic Monks Astrolabe (8)

Les musiciens de The Psychotic Monks sur scène :

Arthur Dussaux

Clément Caillierez

Martin Bejuy

Paul Dussaux

 

La setlist du concert de The Psychotic Monks :

It’s Gone (Silence Slowly And Madly Shines – 2017)

Isolation (Private Meaning First – 2019)

Part 3 - Transforming (Silence Slowly And Madly Shines – 2017)

The Bad and the City Solution (Silence Slowly And Madly Shines – 2017)

Wanna be Damned (Punk Song) (Silence Slowly And Madly Shines – 2017)

A Coherent Appearance (Private Meaning First – 2019)

(Epilogue) Every Sight (Private Meaning First – 2019)

Cette chronique a été publiée partiellement à l'époque du concert sur les blogs benzinemag.net et manitasdeplata.net

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30 mars 2020

The Specials - Lundi 8 Avril 2019 - Cigale (Paris)

2019 04 08 The Specials Cigale Billet

« En 1979, nous dansions le ska et protestions contre la montée ahurissante du Front National (National Front de l'autre côté de la Manche). The Specials étaient le meilleur groupe de l'époque, à égalité avec le Clash dont ils partageaient les valeurs… En plus festif et pop, ce qui ne gâchait rien ! En 2019, nous nous retrouvons avec le Rassemblement National qui fait encore bien plus recette qu’il y a quarante ans de cela, et les quelques progrès démocratiques et idéologiques enregistrés en 40 ans sont largement battus en brèche. Il est temps d'écouter à nouveau les Specials - enfin, ce qu'il en reste, sachant que Terry Hall et Lynval Golding sont heureusement toujours là : ils viennent juste de sortir un album épatant qui les montre toujours aussi engagés et pugnaces.

Ce soir l'âge moyen du public à la Cigale est, sans surprise, un peu plus élevé qu'à l'ordinaire... même si je ne vois pas trop de ces vieux punks - comme moi, umpffff... - risquant de faire basculer la soirée du mauvais côté de l'histoire, celui des EHPADs. Mais quand même, seulement deux malheureux "pork pie hats" repérés dans la fosse, c'est quand même dommage, non ?

On patiente avec un DJ set pas trop stimulant – pas aidé par un niveau sonore insuffisant - de Saffiyah Khan, malgré sa bonne coloration reggae / ska / punk rock : à la fin, tout le monde a repris en chœur le formidable I Fought the Law du Clash, ce qui veut quand même dire quelque chose, non ?

2019 04 08 The Specials Cigale (7)

20h45 : le public de la Cigale est chaud bouillant quand nos sexagénaires de The Specials entrent en scène, précédés par des hurlements de sirènes d’alerte aérienne. La scène est superbement décorée de pancartes de manif, portant des slogans sympathiques, voire drôles : “Right = Wrong”, “Fight Ignorance, not Immigrants”, “Only Bad People Need Guns”, “Think”… Bref, confirmant le positionnement toujours ultra-politisé du groupe, comme on l’a bien vu et entendu sur le très militant “Encore”… Sept musiciens sur scène, mais seulement trois du groupe original : Terry Hall et Lynval Golding bien sûr, et Horace Panter à la basse…

On attaque cool avec Man at C&A, extrait de l’extraordinaire – mais assez mal compris à l’époque – second album du groupe, qui allait se frotter à l’easy listening et à la lounge music. On repère immédiatement la dynamique qui va être celle du groupe pendant tout le set : Lynval, 67 ans, reste le joyeux drille de la bande, qui apporte son éternelle bonne humeur au set, et qui va constamment chercher l’attention soit du public, soit de ses camarades ; Terry, 60 ans, reste le punk ultime, celui qui tire la gueule, qui passe la moitié du concert à tourner le dos au public, à fumer (une e-cigarette !) et à boire (des soft drinks !) sans s’occuper trop de ce qui se passe autour de lui… On le verra sourire à demi une seule fois, mais il se reprendra bien vite, ne vous inquiétez pas ; Horace (65 ans) à la basse et Steve (49 ans, un petit jeune, qui a fait partie de Ocean Colour Scene …) à la guitare sont le moteur du groupe, et ils injectent à la musique des Specials l’énergie très particulière qui a toujours fait son charme. Les autres musiciens sont très professionnellement affairés à recréer le plus justement possible les sonorités originelles des chansons, de manière à ce que personne ne se sente lésé !

2019 04 08 The Specials Cigale (15)

Rat Race, Do Nothing puis Friday Night et Blank Expression sont alignées comme à la parade – les spectateurs parisiens ne réagissant pas plus que ça aux excellents nouveaux titres (Vote For Me, Embarrassed by You…) et prouvant malheureusement que c’est bien la nostalgie qui les amenés à la Cigale ce soir. Heureusement quand même qu’il est là, ce nouvel album, parce qu’il nous évite de juger qu’on a affaire à un nième groupe légendaire qui s’est recyclé – pour des raisons financières – en juke-box itinérant jouant à la demande ses hits d’une époque révolue. ll faut attendre une magnifique version de Doesn’t Make It Alright pour que le concert monte vraiment en puissance, et que le public s’enflamme. La merveilleuse reprise des Fun Boy 3, The Lunatics, et le jubilatoire political statement anti-armes de “Encore”, Blam Blam Fever tombent ensuite malheureusement dans l’oreille de sourds… avant que le groupe n’offre l’incontournable A message to You, Rudy, qui fait le bonheur de 99% des gens présents ce soir (et le mien aussi, ne soyons pas snob : j’ai eu la petite larme au coin de l’œil, je l’avoue bien sincèrement).

Saffiyah Khan pointe son nez pour nous réciter ses 10 commandements féministes, et emballe le public, même si j’ai toujours personnellement une interrogation quant à qui sont ces “pseudo-intellectuels sur Internet” qu’elle conspue : il faudra que je creuse la question… Je ne l’ai pas dit, mais pendant tout ce temps-là, pendant que tout le monde sur scène luttait pour faire monter la tension et la fièvre, Terry Hall se faisait, bien sûr, royalement suer… Mais bon, du moment que sa voix, désincarnée et glaçante, était toujours là pour balancer sa dose de poison et de mal-être au cœur du ska énervé du groupe, on ne se plaindra pas…

2019 04 08 The Specials Cigale (33)

J’ai dit énervé, parce que là, le concert va – sans surprise peut-être, mais quand même… - exploser : Nite Klub, frénétique, lance le signal du pogo dans la salle, et même au balcon, je remarque que ça se trémousse sévère ! Le plaisir quand même de voir un mosh pit au milieu de la Cigale formé en quasi-totalité de crânes chauves et de têtes grisonnantes… Punk un jour, punk toujours ?

Ce qui suit échappe à tous les qualificatifs : Do the Dog, Concerte Jungle, Monkey Man, Gangsters, Too Much Too Young… C’est presque trop ! Quand j’essaie de reprendre mon souffle et mes esprits, je me dis que les Specials ont certainement à leur disposition la meilleur setlist de rock anglais / de pop music classique en 2019, à peu près à égalité avec Paul McCartney… Et en attendant que Ray Davies revienne aussi faire son petit tour. Oui, je le dis et je le répète, en termes de grandes chansons, il y a dans le rock anglais une sainte trinité 1) les Beatles 2) les Kinks 3) les Specials. Et la messe est dite.

Je n’y reviendrai plus, mais je vous le confirme : pendant que le feu embrase la Cigale, Terry Hall se fait superbement ch… Mais à ce stade, on se souvient bien entendu que c’était quand même aussi ça, le charme des punks anglais, ce suprême dédain vis-à-vis de tout ce qui les entourait, non ?

Bon, Terry, après avoir pesté contre les ventilateurs mal dirigés, les retours mal réglés, le public trop français (là, je brode…), eh bien il décide que ça suffit comme ça, et qu’il ne reviendra peut-être pas pour le rappel. Le groupe nous propose, tongue-in-cheek, de nous « jouer un peu de ska, quand même », un petit instrumental en attendant que Terry veuille bien changer d’avis. Bon, il revient et le concert se conclut par un Breaking Point festif, avec tous les musiciens en rang d’oignon sur le devant de la scène, et par le touchant You’re Wondering Now… et sans Ghost Town ! SANS GHOST TOWN, cette merveille absolue, apparaissant pourtant sur certaines set lists sur la scène. Ça, c’est dur : salaud de Terry ! Du coup, il va falloir que je retourne les voir ailleurs, et très vite, pour rattraper cette frustration.

2019 04 08 The Specials Cigale (54)

Le public de la Cigale ne veut pas partir après cette heure vingt cinq de plaisir généreux (… malgré Terry !), mais il faudra bien s’y résoudre, au bout de longues minutes…

Bon, vous me direz, The Specials en 2019, ce n’est certainement pas comme en 1979. Peut-être, peut-être, mais ce n’est pas tous les jours qu’on voit sur scène une telle légende, qu’on peut entendre jouer de telles chansons par les gens qui les ont inventées (car même les reprises étaient transcendées par le groupe…). Et puis en 2019, on a besoin comme jamais auparavant de musiciens qui s’engagent dans les combats politiques. Répétez avec moi : “Right = Wrong”, “Fight Ignorance, not Immigrants”, “Only Bad People Need Guns”, “Think”… »

 

Les musiciens de The Specials sur scène :

Lynval Golding – rhythm guitar, vocals

Horace Panter – bass guitar

Terry Hall – vocals

Tim Smart – trombone

Nikolaj Torp Larsen – keyboards

Steve Cradock - lead guitar

Pablo Mendelssohn - trumpet

Kenrick Rowe - drums

 

La setlist du concert de The Specials :

Man at C&A (More Specials – 1980)

Rat Race (The Singles collection – 1991)

Do Nothing (More Specials – 1980)

Vote for Me (Encore – 2019)

Friday Night, Saturday Morning (The Singles collection – 1991)

Embarrassed by You (Encore – 2019)

Blank Expression (Specials – 1979)

Doesn't Make It Alright (Specials – 1979)

The Lunatics (Encore – 2019)

Blam Blam Fever (The Valentines cover) (Encore – 2019)

A Message to You, Rudy (Dandy Livingstone cover) (Specials – 1979)

Stereotypes (More Specials – 1980)

10 Commandments (Encore – 2019)

Nite Klub (Specials – 1979)

Do the Dog (Rufus Thomas cover) (Specials – 1979)

Concrete Jungle (Specials – 1979)

Monkey Man (Toots & The Maytals cover) (Specials – 1979)

Gangsters (The Singles collection – 1991)

Too Much Too Young (Specials – 1979)

Encore:

Eastern Standard Time (The Skatalites cover)

Breaking Point (Encore – 2019)

You're Wondering Now (The Skatalites cover) (Specials – 1979)

Cette chronique a déjà été publiée, au moins partiellement, à l'époque du concert sur les blog benzinemag.net et manitasdeplata.net

 

 

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25 mars 2020

Cherry Glazerr - Samedi 6 Avril 2019 - Point Ephémère (Paris)

2019 04 06 Cherry Glazerr Point Ephémère Billet

« Ce n’est pas peu dire que j’attendais beaucoup de ce set de Cherry Glazerr, sans doute l’une des jeunes artistes (je veux parler de Clementine Creevy, la chanteuse – guitariste – autrice, les autres membres paraissant complètement interchangeables et d’une durée de vie très limitée au sein du groupe…) les plus passionnantes du moment. Entre une apparition mémorable dans la belle série “Transparent” et un morceau composé pour une campagne d’Yves Saint Laurent, Clementine a acquis une visibilité “arty” certaine, que l’on peut d’ailleurs trouver un tantinet décalée par rapport à ses textes féroces et cyniques, anticonsuméristes et féministes. Bon, la vieille contradiction inhérente à être une artiste punk et douée à la fois… Qui plus est, on m’avait parlé de sets féroces, où la jeune femme se laissait emporter par une frénésie sauvage devenue rare de nos jours…

2019 04 06 Flèche Point Ephémère (12)

Pas grand monde à l’ouverture des portes du Point Ephémère ce soir, mais nul besoin de se préoccuper, les fans de Cherry Glazerr vont arriver en masse, dès la fin de la première partie ! Et ils n’auront pas eu tort, car Flèche, trio français proposant une musique énergique et complexe, va s’avérer tout bonnement l’une des plus dispensables expériences que nous ayons subies depuis longtemps. Entre des vocaux horribles et une incapacité des musiciens à jouer un minimum ensemble, ces trente premières minutes de la soirée seront bien éprouvantes. L’enthousiasme sur scène est indéniable, et est forcément sympathique, mais soit la musique qu’ils essaient de jouer est trop ambitieuse pour eux, soit vraiment ces trois musiciens ne devraient pas être ensemble, car ce qu’ils font dans Flèche n’est tout simplement pas bon.

A 21h30, le niveau d’excitation dans la salle est devenu palpable, et on sent déjà que ça va remuer ce soir, comme il se doit dans un vrai concert de punk rock réussi. Cherry Glazerr est redevenu un trio, depuis l’éviction en 2018 de la claviériste : un batteur jovial à la frappe très, très lourde sur la gauche, juste en face de nous, Clementine au milieu derrière un double micro qui laisse présager un traitement synthétique des vocaux, et une bassiste assez impressionnante sur la droite. On pourrait se demander si ce format réduit peut reproduire les morceaux plus complexes, vaguement new wave par instants du dernier album, “Stuffed & Ready”, mais l’habileté dont Clementine va faire preuve à la guitare nous rassurera immédiatement quant à la texture sonore.

2019 04 06 Cherry Glazerr Point Ephémère (2)

Comme sur l’album, c’est Ohio qui ouvre la danse, et, comme on pouvait le craindre, le chant de Clementine est quasi inaudible au premier rang : d’abord la voix de notre “icone féministe punk milléniale” (comme la qualifie les journalistes fainéants…) est quand même des plus limitées – on est plus dans le registre des voix de femmes-enfants qui faisait tripper Gainsbourg que dans celui des grandes furies punks ! -, et ensuite la balance est loin d’être parfaite. Cela s’améliorera un peu, mais l’on pourra aussi déplorer que le traitement électronique fréquent des vocaux les artificialisent excessivement. Non pas que ce problème en soit un pour les fans de Clementine, qui ont tous l’air totalement enamourés autour de nous, lançant leurs bras en l’air dans une extase quasi religieuse, et se percutant dans le mosh pit les yeux remplis de bonheur… Bon, Clementine, ex brune et punkette hostile, a désormais opté pour une longue chevelure blonde et un look jaune canari de jeune américaine middle-class (hormis les boots qui déparent avec la salopette jaune…) : s’agit-il d’un “political statement”, ou bien Clementine est-elle rentrée dans les rangs (…ce qui n’aurait rien de honteux, entendons-nous bien !) ?

2019 04 06 Cherry Glazerr Point Ephémère (7)

Self Explained est présenté comme la chanson qu’elle préfère jouer, mais, au-delà de son texte très personnel et finalement assez introspectif, on ne peut pas dire qu’il se passe encore grand-chose sur scène (nous ne commenterons pas la présence dans le fond de gigantesques cerises gonflables ou la projection d’images anodines…). Le batteur frappe (trop) fort, la bassiste fait du bon boulot mais est invisible à l’extérieur du cercle des projecteurs, et Clementine nous gratifie régulièrement de petites grimaces et sourires déviants, sans pour autant nous convaincre… Il faudra attendre la version “metal” (si l’on en croit la set list) de Teenage Girl pour que quelque chose lâche enfin, et que le concert entre dans l’hystérie attendue. A partir de là, la folie s’est installée dans la fosse, et ça fait du bien de se laisser aller : l’enchaînement Distressor (où enfin le chant de Clementine se fait agressif) / Daddi / Stupid Fish permet au set de prendre de la hauteur, et autour de nous, ce ne sont que larmes de joies et cris d’extase. Clementine descend au milieu de ses adorateurs pour un petit tour, quand même assez rapide.

2019 04 06 Cherry Glazerr Point Ephémère (11)

Le rappel démarre assez paradoxalement par un morceau électro-disco (je découvrirai en lisant la setlist qu’il s’agit d’une reprise de LCD Soundsystem), alors qu’on aurait bien préféré un bon punk rock qui nous aurait achevés, et c’est Told You I’d Be with the Guys qui jouera ce rôle et conclura cette heure et cinq minutes d’un concert plaisant, excitant par moments – surtout dans sa dernière partie – mais un peu en deçà de nos attentes (démesurées ?). Nul doute néanmoins que les fans ont été ravis, quant à eux, de la prestation de leur idole… »

 

La setlist du concert de Cherry Glazerr :

Ohio (Stuffed & Ready – 2019)

Had Ten Dollaz (Had Ten Dollaz EP – 2014)

That's Not My Real Life (Stuffed & Ready – 2019)

Self Explained (Stuffed & Ready – 2019)

Nurse Ratched (Apocalipstick – 2017)

White's Not My Color This Evening (Haxel Pricess – 2014)

Trash People (Apocalipstick – 2017)

Juicy Socks (Stuffed & Ready – 2019)

Grilled Cheese (Papa Cremp EP – 2013)

Teenage Girl (Papa Cremp EP – 2013)

Metal Teenage Girl

Wasted Nun (Stuffed & Ready – 2019)

Distressor (Stuffed & Ready – 2019)

Daddi (Stuffed & Ready – 2019)

Stupid Fish (Stuffed & Ready – 2019)

Apocalipstick (Apocalipstick – 2017)

Sip O' Poison (Apocalipstick – 2017)

Encore :

Time to Get Away (LCD Soundsystem cover)

Told You I’d Be with the Guys (Apocalipstick – 2017)

Cette chronique a déjà été publiée, au moins partiellement, à l'époque du concert sur les blog benzinemag.net et manitasdeplata.net

 

 

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