Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

05 novembre 2017

The Lemon Twigs - Vendredi 31 mars 2017 - Elysée Montmartre (Paris)

2017 03 31 The Lemon Twigs Elysée Montmartre Billet« Responsables de l’un des albums les plus passionnants de 2016, les Lemon Twigs attisent la curiosité des foules, et leur second passage à Paris (si je ne m’abuse) a dû être reprogrammé, vu la demande, de la Gaîté Lyrique à l’Elysée Montmartre. Une bonne occasion pour moi de re-découvrir cette salle, que je n’aimais pas particulièrement d’ailleurs du fait d’une sonorisation régulièrement difficile, ré-ouverte depuis quelques mois après plus de cinq ans, suite à un incendie qui l’avait totalement détruite en 2011. Et il faut reconnaître que les propriétaires et architectes ont bien fait les choses : entrée et escalier majestueux, parquet superbe, structure métallique apparente (comme autrefois me semble-t-il…) magnifiée… tout est beau. Petit problème quand même pour les aficionados du premier rang, la scène a été surélevée, ce qui, sans le recul que pourrait offrir les crash barriers, veut dire qu’on doit se tordre le cou pour voir ce qui se passe sur scène (surtout quand on est à moitié nain comme moi…).

2017 03 31 Lo Moon Elysée Montmartre (7)19h45 : Lo Moon, trio originaire de L.A. (comme ils nous le diront trois fois) augmenté d’un batteur, nous propose une musique ambitieuse, posée au point d’être un tantinet pontifiante, une musique dont les racines plongent clairement dans l’afterpunk et la new wave des années 80 : quelque part du côté de Simple Minds en (heureusement) moins lyrique, ou, pour ceux qui sont nés au XXIème siècle, comme du Editors radicalement calme. De la musique plus anglaise qu’américaine dans ses origines, donc, surtout avec un chanteur qui croone avec suavité, à la manière d’un Brian Ferry juvénile. Tout cela est bien joué, parfois assez prenant, avec des pics d’intensité bienvenus, puisqu’ils voient les musiciens s’exciter un peu quand même, mais globalement on est dans une morne plaine musicale où toutes les chansons s’enchaînent sur un mid tempo redoutablement similaire. Pas trop grand-chose pour maintenir notre attention éveillée pendant les longues 40 minutes de cette première partie… qui en outre ne bénéficie guère d’un son ou de lumières convenables. Et puis, malgré la sympathie que dégage la jeune bassiste blonde et souriante – qui me remettra d’ailleurs gentiment la setlist à la fin -, il semble y avoir un peu de prétention dans tout cela… une prétention confirmée par les propos du groupe en interview, citant des écrivains (comme Houellebecq !) comme leurs principales influences.

20h50 : Les deux frères D’Addario débarquent, accompagnés par une bassiste et un organiste qui semblent, eux non plus, n’avoir guère dépassé la vingtaine. Contrairement à ce que j’attendais, je ne sais pas pourquoi, c’est Brian, l’aîné, qui est au micro et à la guitare, alors que Michael fait son petit Keith Moon à la batterie derrière : cette référence à Keith Moon qui m’est venue à l’esprit est causée autant par les mimiques outrées et hilarantes de Michael que par son jeu de batterie très dynamique et assez impressionnant. Et je ne parle même pas de sa tenue léopard très… euh… sexy ! Bon, comme me le disait mon voisin avant que le concert ne commence, on craignait forcément que le groupe ne puisse pas assurer sur scène les harmonies vocales délicieuses de l’album, mais on est immédiatement rassurés : le I Wanna Prove To You en intro est aussi beau et irrésistible que sur ”Do Hollywood”, avec en bonus une énergie live très communicative ! Je regarde autour de moi, et je ne vois que des visages souriants, extatiques même, des gens qui chantent ces mélodies lumineuses, qui font de The Lemon Twigs un incroyable nanan, échappant à la malédiction du revival qui frappe tellement de jeunes musiciens à notre époque. C’est bien simple, on est tous instantanément heu-reux, et sur le cul, et aussi heureux d’être ainsi sur le cul !

2017 03 31 The Lemon Twigs Elysée Montmartre (1)Devant, le son est tout-à-fait correct, ce qui est important pour profiter du chant (Clément, arrivé tardivement, et donc condamné à rester dans le fond, me dira ensuite que ce n’était pas le cas à l’arrière…). Mais au fur et à mesure que les Lemon Twigs alignent chansons de l’album et nouveaux morceaux, puisqu’un EP est prévu dans quelques semaines et que l’enregistrement du second album devrait commencer dans la foulée, c’est l’énergie très ”seventies” du groupe qui séduit vraiment. Les frérots sont là pour prendre du bon temps, et nous en donner par la même occasion, et cet enthousiasme, cette générosité font vraiment plaisir à voir. Brian se révèle un guitariste assez brillant, d’ailleurs, son frangin se moquant de lui à un moment en le traitant de « Mark Knopfler » ! Une petite remarque quand même : vu de très près, je ne suis pas certain que l’harmonie règne entre les deux frangins, qui se coupent la parole mutuellement non sans une certaine irritation. Brian, plus mûr, et Michael, plus jeune et plus chien fou, connaissent visiblement un genre de conflits classique au sein de toute famille, même d’une famille aussi surdouée que les D’Addario ! Espérons que cette fratrie- là ne connaîtra pas le destin d’Oasis ou de The Jesus & Mary Chain, le groupe monté ensemble devenant finalement inviable du fait des tensions !

Et d’ailleurs, à ma grande surprise, voilà que les deux frangins échangent leurs rôles : Brian va s’asseoir derrière à la batterie, et Michael prend la guitare et le micro. Et là, le concert change assez radicalement ! Exit la pop merveilleuse, bienvenue au rock couillu et… vulgaire : dans sa tenue léopard ouverte jusqu’en dessous du nombril, Michael nous la joue cette fois comme Pete Townshend : il a le même gros nez, et il effectue les mêmes sauts en l’air à la moindre occasion. Il est d’ailleurs frappant de constater que des morceaux qui, sur l’album, s’intègrent souplement dans une même texture un peu psychédélique, deviennent sur scène des animaux bien différents. Michael a tendance à faire un peu n’importe quoi, braille dans le micro plus qu’à son tour – alors que l’organiste et Brian essaient de tenir la maison du point de vue vocal – et s’amuse surtout à prendre des poses de guitar hero seventies sur le devant de la scène. Musicalement, le set a chuté dramatiquement en qualité, mais ce n’est pas grave, car le niveau d’excitation générale a encore monté, du moins, dans les premiers rangs !

2017 03 31 The Lemon Twigs Elysée Montmartre (83)Le set se clôt sur A Great Snake, comme l’album, sauf que Michael a plus tendance à beugler qu’à chanter… Mais The Lemon Twigs reviennent très vite, accompagnés cette fois par leur raod manager qui s’installe derrière la batterie. Michael et Brian entament alors ce qu’ils qualifient de ”tentative” (« pour la première fois, etc. etc. ») : une version de The End, la fabuleuse conclusion de ”Abbey Road”, qui va s’avérer complètement magique. Pour moi, qui en ait les larmes aux yeux, c’est la proverbiale cerise sur le gâteau, d’une soirée qui n’en finit pas d’étonner. Michael fera un dernier tour de piste avec The Queen of My School, une autre nouvelle chanson dans le style ”rock seventies / glam” qu’il affectionne visiblement beaucoup. Rappelons pour le coup que Megan et Danny sont tous deux issus de la même école que les frères D’Addario, ce qui donne à tout cela un air de groupe de lycée vraiment très sympathique…

Complètement sous le charme, je rejoins Clément vers l’arrière de la salle... pour découvrir qu’il avait complètement manqué la première partie du set des frères D’Addario, et qu’il a donc été déçu par la grossièreté du spectacle (sans même mentionner le son pourri…). Bref, cette soirée qui restera pour moi dans les annales n’aura clairement pas été vécue de la même manière par tout le monde ! »

 

Les musiciens de The Lemon Twigs sur scène :

Brian D’Addario – vocals, guitar, drums

Michael D’Addario – vocals, guitar, drums

Megan Zeankowski- bass

Danny Ayala – keyboards, guitar, vocals

 

2017 03 31 The Lemon Twigs Elysée Montmartre (111)La setlist du concert de The Lemon Twigs :

I Wanna Prove to You (Do Hollywood – 2016)

Haroomata (Do Hollywood – 2016)

Why Didn't You Say That (new song)

Frank (Do Hollywood – 2016)

Love Stepped Out (new song)

These Words (Do Hollywood – 2016)

How Lucky Am I? (Do Hollywood – 2016)

Night Song (new song)

Baby, Baby (Do Hollywood – 2016)

All of the Time (Alex Chilton cover)

As Long as We're Together (Do Hollywood – 2016)

So Fine (new song)

A Great Snake (Do Hollywood – 2016)

Encore:

The End (The Beatles cover)

The Queen of My School (new song)

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30 octobre 2017

Car Seat Headrest - Mercredi 22 Mars 2017 - Divan du Monde (Paris)

2017 03 22 Car Seat Headrest Divan du Monde Billet« Premier concert que je fais au Divan du Monde, et mis à part une attente Rue des Martyrs un peu désagréable sous une pluie fine et froide, qui fait paraître le temps très long jusqu'à l'ouverture des portes, tout va pour le mieux ce soir. Une bonne place au premier rang sur la droite, Clément qui doit me rejoindre avec son appareil photo (ce qui laisse espérer du lourd au point de vue photos du set...), le tout dans une petite salle assez décrépite - typique finalement du quartier de Pigalle - mais ne manquant pas de charme, la bonne taille je dirais pour un bon petit concert. Je ne regrette pas le Point Ephémère avec sa scène trop haute qui démonte le cou des spectateurs, où le concert avait été initialement programmé. J'espère beaucoup de ce set de Car Seat Headrest, responsable de l'un des tous meilleurs albums de 2016, mais des années d'expérience m'ont malheureusement prouvé qu'il n'est jamais bon d'avoir trop d'attentes vis à vis d'un groupe ou d'un artiste que l'on voit pour la première fois... d'autant que le buzz à propos de Will Toledo n'est pas positif (un petit connard arrogant et pas sympathique, pour résumer...).

2017 03 22 Traams Divan du Monde (9)20h05 : Je n’ai encore jamais entendu parler de TRAAMS (trois jeunes anglais qui font du bruit, qui viennent de la côte Sud, près de Brighton – renseignement précieux que j’arracherai au chanteur plus tard au stand de merchandising), mais cela ne va pas durer. Parce que TRAAMS, c’est exactement ma tasse de thé : ça débute dans des larsens et un vacarme de guitare furieux qui semble annoncer un trio post-Nirvana, puis surprise surprise, la musique éclot comme une fleur de “Math Rock” arrosée par un jet de Wedding Present ou de Feelies. Bref, du bruit bien rythmé, bien frénétique, des morceaux totalement hypnotiques, qui s’éternisent pour notre plus grand plaisir – enfin le plus grand plaisir de tous ceux qui comme moi, comme Clem ou comme bien d’autres au premier rang, adorent se laisser balloter dans une sorte de lessiveuse remplie de cailloux pointus. Le bassiste est impressionnant d’aisance, et construit les mélodies sinueuses qu’il faut par-dessus le mitraillage inhumain d’un batteur ultra-concentré, ultra-efficace, tandis que le chanteur braille de temps en temps, mais se laisse surtout emporter par des solos distordus et épileptiques. Oui, cette musique est à la fois radicale et magnifique, dans une sorte de grand écart improbable entre Blood Red Shoes, le post punk anglais d’un côté, et le rock bruitiste new-yorkais de l’autre (Pavement, Sonic Youth…). Mais assez de références – juste empilées ici pour vous faire comprendre un peu de quoi il retourne – TRAAMS joueront près de 40 minutes. 40 minutes de plaisir, en fait les seules de la soirée, mais ça c’est une autre histoire…

2017 03 22 Car Seat Headrest Divan du Monde (4)21h05, après un rapide changement de matériel, une quinzaine de minutes montre en main, Will Toledo est sur scène avec les trois musiciens qui composent – ce soir au moins – la version “live” de Car Seat Headrest : je n’ai aucune idée si ce sont des accompagnateurs permanents de Will, puisqu’il est de notoriété publique que Car Seat Headrest est un projet personnel de Will… Il y a donc un second guitariste, très expansif, auquel Will semble déléguer tout le spectaculaire du set, et une section rythmique efficace mais assez standard (on est loin en tout cas du spectacle offert par le batteur et le bassiste de TRAAMS…). Bon, Will est comme prévu très juvénile, la petite vingtaine (alors que le bougre fait de la musique depuis au moins sept ans et a déjà publié une douzaine d’albums !), et, avec ses grosses lunettes et sa chevelure abondante, il a une posture que je qualifierais sans crainte de ”à mi-chemin entre Gaston Lagaffe et le Grand Duduche”, pour ceux qui se souviennent du héros slacker de Cabu. Le problème est que, malgré ce look de geek lunettard plutôt sympa a priori, le mec est en effet complètement indifférent vis-à-vis de son public. Et met dans son chant et dans sa guitare aussi peu de sincérité et d’expression que possible !

2017 03 22 Car Seat Headrest Divan du Monde (12)On a attaqué par l’irrésistible Fill the Blank, qu’on a forcément tous envie de chanter avec Will – et ce d’autant que la voix étonnante est bien là, comme sur le disque – mais quelque chose nous empêche de décoller. Pourtant le son est bon, à la fois fort et clair, le groupe tape dur, le second guitariste fait comme s’il était lui la star de la soirée, et les morceaux du fantastique ”Teens of Denial” s’enchaînent… mais je n’arrive pas à me passionner complétement pour ce que j’entends.

On change de registre avec une reprise assez morne, chantée par le guitariste, du Motorway to Roswell des Pixies, mais c’est peine perdue : je ne rentre pas dans la musique. A côté de moi, un petit couple de super fans a l’air de bien s’amuser, mais je repère aussi l’ami Robert qui semble assez circonspect lui aussi, son appareil à la main. Je réalise que le problème vient réellement de l’attitude totalement neutre de Will, qui pourrait être en train de faire ses courses au Wal*Mart du coin (de chez lui) qu’il ne paraîtrait pas beaucoup plus intéressé. Pour compenser, le batteur, qui a l’air sympa comme tout, nous fait la conversation : clairement, c’est à lui que Will a aussi délégué la communication avec le public !

Il me faut attendre un bon trois quarts d’heure pour qu’une chanson me fasse enfin brailler sans retenue, c’est la remarquable Drunk Drivers / Killer Whales, une pure merveille qui survit même au traitement scénique frigide qui lui est réservé. Une heure cinq de set, et c’est le break avant le rappel : avec douze albums sous la ceinture, on aurait pu attendre un peu plus de générosité, mais clairement la générosité n’est pas une qualité de Will…

Heureusement, Will revient en solo pour un morceau que je ne connais pas (a priori une reprise de Frank Ocean) qui lui permet enfin de s’ouvrir, d’exprimer un peu quelque chose. Et on termine avec la fantastique Connect the Dots, une chanson qui aurait mérité d’être en tête de tous les hit parades rock de la planète, mais pas non plus dans une version inoubliable. Ça se termine quand même par une citation heavy du Gloria des Them, qui montre que Will, à défaut d’être aimable, a une bonne culture.

2017 03 22 Car Seat Headrest Divan du Monde (45)Grosse déception donc pour moi que ce concert joué sans tripes, sans cœur, par un jeune homme qui est pourtant à mon sens l’un des musiciens les plus doués apparus au cours de ces dernières années. Autour de moi, je perçois que le buzz général n’est pas formidablement enthousiaste non plus. Mieux vaut aller saluer les Anglais de TRAAMS au merch, ils auront été la lumière de la soirée. Tout n’aura donc pas été perdu… »

 

La setlist du concert de Car Seat Headrest :

Fill in the Blank (Teens of Denial – 2016)

Vincent (Teens of Denial – 2016)

Maud Gone (Monomania – 2012)

Destroyed by Hippie Powers (Teens of Denial – 2016)

Motorway to Roswell (Pixies cover)

Sober to Death (Twin Fantasy – 2011)

Unforgiving Girl (She's Not An) (Teens of Denial – 2016)

Drunk Drivers/Killer Whales (Teens of Denial – 2016)

1937 State Park (Teens of Denial – 2016)

Famous Prophets (Minds) (Twin Fantasy – 2011)

Encore:

Ivy (Frank Ocean cover)

Connect the Dots (The Saga of Frank Sinatra) (Teens of Denial – 2016) (With "Gloria" by Them outro)

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25 octobre 2017

Elliott Murphy - Samedi 18 mars 2017 - New Morning (Paris)

2017 03 18 Elliott Murphy New Morning Billet« Mi-mars au New Morning, ça doit donc être le concert d’anniversaire d’Elliott ce soir ? 68 ans depuis deux jours, ce qui ne nous rajeunit pas non plus. J’ai l’impression que c’était hier encore que nous fêtions ses 60 ans en grande pompe au même endroit ! En plus, ce soir, il faut prendre acte de la disparition de Laurent Pardo, le charismatique bassiste des Normandy All Stars : mon dernier souvenir de Laurent restera donc d’avoir trinqué avec lui en Bourgogne pour la fête de mon ami Francis – d’ailleurs présent dans la salle avec moi ce soir…

… Car il ne faut pas avoir peur de le répéter pour ceux qui, une fois encore, n’étaient pas là avec nous au New Morning, et ont donc manqué deux heures quarante (une fois de plus) de très haute volée : autour d’Elliott, d’Olivier et de leurs musiciens, on retrouve à chaque fois une petite famille (bon, pas si petite que ça, la famille). Avec excitation, avec joie – et un peu de peine cette fois -, on vient de Barcelone, de Bruxelles, de Suède, du Mexique, de New York et de Rouen bien entendu (petit coucou à Xavier, fidèle lecteur de mon blog que j’ai eu le plaisir de rencontrer en chair et en os), pour témoigner avec Elliott que le Rock’n’Roll ne mourra jamais… même si la liste des disparus s’allonge chaque année.

2017 03 18 Elliott Murphy New Morning (3)« Naked telephone poles can't describe / The way I'm feeling about you tonight ».

Il est 21h20, et Elliott et Olivier attaquent la soirée en duo, avec une version dépouillée de Last of the Rock Stars. Elliott a mis une belle veste rouge par-dessus son habituelle tenue noir et blanc, malgré la chaleur. Olivier est certes un peu moins svelte qu’il y a quelques années, mais il reste le meilleur guitariste jamais né en France (et dans pas mal d’autres pays) : comme le dira Elliott, dans son français qui s’améliore mais reste difficile (« pas encore l’accent parisien », non, Elliott !), « Olivier Durand + Elliott Murphy, c’est la meilleure collaboration jamais vue entre la France et les Etats Unis »…

Un joli hommage à Dylan et son prix Nobel, et deux classiques magnifiques enchaînés à la suite pour notre plus grand plaisir, avec l’apport non négligeable du violon de l’Australienne Melissa Cox : You Never Know What You’re In For et le bouleversant On Elvis Presley’s Birthday, que nous dédions tous silencieusement à nos pères disparus, et qui nous manquent.

« This Is an unreal city / You can be anybody / When you’re alone »

Premier grand frisson de la soirée. Elliott et Olivier quittent la scène… et nous laissent patienter une petite demi-heure avant de revenir avec quatre autres musiciens : outre le fidèle Alain à la batterie, le fiston Gaspard semble être devenu un membre à part entière de la bande (il tient une étrange basse à 6 cordes avec laquelle il remplace l’ami Laurent), Melissa Cox au violon et un organiste virtuose qui vient étoffer le son du groupe, et qui a un look early-Bad Seeds des plus sympathiques. Bref, moi qui me suis plaint occasionnellement du son trop acoustique de Murphy, ces dernières années, le voici de nouveau avec un groupe qui peut rendre hommage au son original des classiques des années 70… et le prouve d’emblée avec une version puissante de A Touch of Mercy :

2017 03 18 Elliott Murphy New Morning (11)« I was walking down Main Street just the other day / Thinking about Brian Jones and the final getaway »

Elliott vient de publier un nouvel album, "Prodigal Son", et nous en offrira cinq extraits, tous assez bluffants, qui montrent que, à la différence de bien de ses pairs, Elliott n’a rien perdu de son inspiration. On remarquera particulièrement l’énergie de Alone in my Chair et la mélodie accrocheuse de Hey Little Sister (… comme si composer des mélodies accrocheuses faisait encore du sens en 2017 ! Merci, Elliott…). Joli moment aussi avec Let Me In, dédié à sa femme Françoise :

« You know you’ll always be my beauty and I’m your anxious man / And those wrinkles rond your eyes there / Make me love you more… »

Nous sommes entrés dans la phase de conclusion "feel good" du set principal, avec un jubilatoire A Touch of Kindness, hit en Belgique (« enfin dans l’Ouest de la Belgique… »), le fantastique And General Robert E. Lee, qui gagne clairement en importance au fil des années, et… enfin, ce que j’attends depuis des années, une version de Diamond By The Yards fidèle à l’originale de "Night Lights", où piano et violon font des merveilles :

« Midnight I surrender / I live beneath your ancient spell / You've been my lover since I can't remember / You save my life with the stories you tell… »

Je suis extatique, au premier rang avec Pat… et en face, un copain photographe me mitraille. Immortalisé dans une phase de romantisme nostalgique suraigu !

Le set se termine avec l’inévitable medley Last of the Rock Stars / Shout : le rituel.

Le rappel débute avec l’immortel riff de basse de Walk on the Wild Side, dont Elliott livre une belle version dépouillée, et sur lequel il évoque avec son humour toujours impeccable sa dernière rencontre avec Lou Reed, au Plazza Athénée à Paris : « Some things do work out… » aura été le commentaire de l’ours new-yorkais, en découvrant la nouvelle vie d’Elliott en France et en Europe. Il est alors temps de conclure ce concert, plutôt composé de titres moins connus et de nouvelles chansons, par l’impeccable carré d’as de "Just a Story from America » : Drive All Night, Anastasia, Just a Story from America et Rock Ballad.

2017 03 18 Elliott Murphy New Morning (25)Alors qu’on pense tous à plier les gaules – minuit a sonné depuis longtemps -, Françoise monte sur scène et souffle quelques mots à l’oreille de son mari, qui reste stupéfait. « Chuck Berry is dead ! ». Bon dieu, la faucheuse continue son très sale boulot. Rien d’autre à faire désormais que de continuer à célébrer le rock’n’roll : ce sera Roll Over Beethoven (avec une petite tentative de Johnny B. Goode par Gaspard, qui ne semble pas trop maîtriser les paroles…).

Voilà, il est minuit vingt, et les lumières de la nuit, eh bien, elles nous tiennent encore chaud, quarante et un ans plus tard. Elliott vient de fêter avec nous ses 68 ans, et c’est désormais sûr : Rock’n’roll will never die… »

 

Les musiciens de Elliott Murphy sur scène :

Elliott Murphy – vocals, guitar

Olivier Durand – guitar, vocals

Alan Fatras – drums

Gaspard Murphy – bass, vocals

Leo Cotton – keyboards

Melissa Cox - violin

 

2017 03 18 Elliott Murphy New Morning (38)La setlist du concert de Elliott Murphy :

Duo with Olivier Durand

Last Of The Rock Stars (Aquashow – 1973)

Sweet Honky Tonk (Songs from the Kitchen – 2014)

Take That Devil Out Of Me (Elliott Murphy – 2010)

You Never Know What You're In For (Night Lights – 1976)

Don't Think Twice, It's All Right (with Melissa Cox)(Bob Dylan cover)

On Elvis Presley's Birthday (with Melissa Cox) (12 – 1990)

With Full Band

A Touch of Mercy (Lost Generation – 1975)

You'll Come Back To Me (Prodigal Son – 2017)

Chelsea Boots (Prodigal Son – 2017)

Alone in My Chair (Prodigal Son – 2017)

I Want to Talk To You (La Terre Commune – 2001)

Take Your Love Away (April – A Live Album – 2002)

Hey Little Sister (Prodigal Son – 2017)

A Touch of Kindness (Coming Home Again – 2007)

Pneumonia Alley (Coming Home Again – 2007)

Let Me in (Prodigal Son – 2017)

And General Robert E. Lee (Notes from the Underground – 2005)

Diamonds by the Yard (Night Lights – 1976)

Last Of The Rock Stars (Aquashow – 1973) / Shout (The Isley Brothers cover)

 

2017 03 18 Elliott Murphy New Morning (104)Encore:

Walk on the Wild Side (Lou Reed cover)

Drive All Night (Just a Story From America – 1977) / Pretty Woman (Roy Orbison cover) (Gaspard Murphy lead vocals on "Pretty Woman")

Anastasia (Just a Story From America – 1977)

Just a Story From America (Just a Story From America – 1977)

Three Complete American Novels (Party Girls and Broken Poets – 1984)

Duo with Olivier Durand

Rock Ballad (Just a Story From America – 1977)

Encore 2:

Roll Over Beethoven (Chuck Berry cover)/ Never Can Tell (Chick Berry cover) / Johnny B. Goode (Chuck Berry cover)

Ce compte-rendu a déjà été publié partiellement peu après le concert sur mon blog : manitasdeplata.net

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10 octobre 2017

Hamilton Leithauser - Lundi 6 Mars 2017 - Point Ephémère (Paris)

2017 03 06 Hamilton Leithauser Point Ephémère Billet« Hamilton Leithauser ? Oui, Hamilton Leithauser… Pour ceux qui ne connaîtrait pas cet auteur-compositeur – comme on dit chez nous – multi-instrumentiste (n’en jetez plus), ce quadragénaire américain fut longtemps la figure de proue des fort réputés Walkmen, avant de poursuivre une carrière “solo”, comme on dit, dont l’étape la plus récente fut en fait une collaboration avec Rostam Batmanglij (bonjour, les noms compliqués ce soir…), lui-même en vacances de Vampire Weekend. En résulta un album plutôt sympathique, qui explique ma présence, en compagnie de Clem, aujourd’hui dans un Point Ephémère qui affiche d’ailleurs complet.

2017 03 06 Matt Maltese Point Ephémère (3)20h45 : un très jeune homme fort affable s’assied derrière un simple clavier, face à nous, et entame une belle chanson un peu triste, d’une voix superbement placée, et plutôt prenante. Pour poser un peu les choses, disons qu’on est du côté de Rufus Wainwright, en moins grandiloquent quand même. Il s’appelle Matt Maltese (le fils de Corto, sans doute, dont il partage le romantisme discret et la sobriété…), et il nous gratifiera de 22 minutes d’une musique intense, et quelque part intemporelle. Les textes paraissent quant à eux plutôt forts, contrepoint intéressant de ces ballades qui frôlent parfois le sentimentalisme. Matt est en outre drôle, et il dégage une aura de sympathie qui ne gâche rien : il nous expliquera avoir une bonne crève mais arriver à fonctionner grâce à un médicament allemand, qui ne devrait d’ailleurs pas tarder à le booster ; plus tard, il nous confiera qu’il n’arrive toujours pas à jouer une partie de piano sur l’une de ses chansons, et il qualifiera sa prestation de « terrible » ! Bref une première partie intéressante, même s’il faut voir si les chansons tiennent aussi bien la route sans l’intensité scénique.

2017 03 06 Hamilton Leithauser Point Ephémère (12)Il est un peu plus de 21h35 quand Hamilton Leithauser et ses trois musiciens entrent en scène, devant une jolie projection vidéo construite à partir de la belle pochette de “I Had A Dream That You Were Mine”, animée pour la circonstance. Petite déception, je réalise que ce n’est pas l’ami Rostam qui s’installe derrière les claviers ! Ceci explique donc que le billet ne porte que le nom de Hamilton… Je ne sais pas pourquoi j’attendais le duo, je n’avais pas dû bien vérifier sur le Net. Bon, faisons contre mauvaise fortune bon cœur : Hamilton est un homme plutôt imposant, haute silhouette plantée en face de moi… qui me force à me tordre le cou, vu la hauteur bien connue de la scène du Point Ephémère. La manière dont Hamilton nous jette un bonjour, en entrant et en attaquant Sick as a Dog, est assez curieuse : à la fois amicale – à l’américaine – et assez peu empathique, il a l’air de se foutre un peu d’être ici, à Paris, au Point Ephémère, ce soir. Il s’agit peut-être là d’une post-rationalisation de ma part, mais cette sorte de négligence un peu arrogante, dissimulée derrière une familiarité conviviale, donne le ton du set de ce soir.

Il est indéniable que Hamilton et ses musiciens se démènent, interprétant les chansons de l’album avec cette espèce de frénésie, cette tendance à l’emphase, à l’exagération qui fait le sel de cette musique, mais qui peut aussi rebuter, surtout si, de très près (quand on est au premier rang d’un concert, par exemple…), tout cela manque de spontanéité, de sincérité peut-être : la différence avec l’émotion toute simple dégagée quelques minutes plus tôt par Matt Maltese saute aux yeux ! Quand Hamilton attaque le merveilleux A 1000 Times, j’attends la claque, l’extase (cette chanson est quand même LA raison qui me fait être là ce soir)… Très vite, je me rends compte que rien ne se passe : la chanson est interprétée avec force, oui, la voix si particulière de Hamilton est là (d’ailleurs le son ce soir, comme souvent au Point Ephémère, est particulièrement clair, excellent !), mais rien ne bouge en moi. Je regarde autour de moi, et même si le public applaudit généreusement, je n’ai pas l’impression que quiconque se sente touché par la grâce ! La même déception se répétera plus tard avec le bouleversant – sur l’album ! – In a Blackout, dont les arpèges “à la Cohen” sont bâclés par Hamilton sur sa guitare sèche, et dont la magie sera complètement absente.

2017 03 06 Hamilton Leithauser Point Ephémère (35)J’avoue que je décroche un peu du concert qui entre alors dans sa phase plus “Rock seventies” – ces fameux échos de Dylan ou de Rod Stewart qu’on retrouve bien -, avec le trio qui essaie de faire encore monter l’intensité, et Hamilton qui continue son cinéma dans son petit monde à lui. On ressent aussi l’absence, dans cette interprétation sage et stéréotypée, du sentiment de chaos que la production de Rostam introduisait sur l’album… La fatigue m’envahit, et c’est presque un soulagement quand le set s’arrête, après un peu moins d’une heure.

Ils reviennent très vite, accompagnée d’une jolie jeune femme, qui pourrait être Angel Deradoorian (comme sur l’album… mais je ne suis pas sûr…), et qui chante avec Hamilton sur 1959, une conclusion agréable à un concert qui se sera avéré tout sauf mémorable.

En y repensant, je dois avouer que j’ai été surtout réfractaire à la personnalité de Hamilton Leithauser, et que, du coup, quelles que soient les qualités de sa musique, il me faut bien admettre qu’il ne s’agit pas d’une artiste “pour moi”.

Alors… Tant pis pour moi, je suppose ! »

 

La setlist du concert de Hamilton Leithauser :

Sick as a Dog (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

The Morning Stars (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

The Bride's Dad (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

A 1000 Times (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

Alexandra (Black Hours – 2014)

11 O'Clock Friday Night (Black Hours – 2014)

When the Truth Is... (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

In a Black Out (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

You Ain't That Young Kid (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

I Retired (Black Hours – 2014)

Peaceful Morning (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

Rough Going (I Won't Let Up) (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

Encore:

1959(I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

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05 octobre 2017

Two Door Cinema Club - Lundi 27 Février 2017 - Casino de Paris

2017 02 27 Two Door Cinema Club Casino de Paris Billet« Voilà, ça n'arrive quasiment jamais, et on en reparle longtemps après... et c'était ce soir au Casino de Paris : la première partie qui vous fout le cul par terre, et vous met en même temps la tête au milieu des nuages ! Pourtant, quelque part, j'étais prévenu : les Inrocks - auxquels je ne fais plus vraiment confiance - en parlaient comme du grand espoir 2017, de la nouvelle merveille live, capable d'apporter un bonheur immédiat à n'importe quel public. J'avais repéré le nom sur un sticker devant moi, je n'osais pas trop y croire : Parcels, de jeunes Australiens qui font revivre la Saturday Night Fever en toute décontraction, en se marrant et en douceur. Quand ils attaquent, c'est incroyable : la machine à remonter le temps fonctionne, les Bee Gees avec leur disco poppy sont là devant nous...

2017 02 27 Parcels Casino de Paris (11)Tout le monde autour de moi est en train de danser au bout de 30 secondes, mais de danser avec un grand sourire sur le visage. En fait, Parcels, ce n'est pas du tout rétro, malgré les coupes de cheveux années 60-70 et le costar cintré du chanteur : il y a derrière ce groove funky léger et brillant une sorte de mélancolie qui est bien de notre temps. Cette musique est à la fois festive - il faut voir combien les musiciens s'amusent et communiquent tout naturellement leur joie - et réfléchie, mesurée, ce qui donne le sentiment de danser intelligent. 28 minutes d'un joli bonheur rare, avec un sentiment, visiblement général autour de moi, de félicité toute simple. A revoir, et très vite, car ça paraît tellement précieux qu'on a peur que ça soit fragile...

... exactement ce dont j'avais besoin ce soir en première partie de Two Door Cinema Club, alors que le boulot a une tendance à être terriblement pénible, que les soucis quotidiens s’accumulent, et que les occasions de se divertir sont toutes précieuses, justement.

Je ne me souvenais plus, depuis le temps (presque dix ans que je n’avais pas mis les pieds dans cette jolie salle…), combien la scène du Casino de Paris est haute par rapport à ce dont on a l'habitude en France. Du coup le premier rang n'est pas trop confortable. Heureusement le son est (pour le moment) excellent et l'ambiance très cool ce soir, avec un public plutôt homogène, et moyennement jeune. La mauvaise nouvelle après le miracle Parcels, c'est qu'on a droit à un second groupe avant Two Door Cinema Club...

2017 02 27 Blaenavon Casino de Paris (21)20h15... La bonne nouvelle c'est que Blaenavon, ce n'est pas mauvais non plus. Un trio dynamique, du rock anglais (même si le nom du groupe évoque le Pays de Galle…) nerveux, élégant même parfois, avec un bassiste impressionnant qui fait le show, et un chanteur à la voix très prenante, capable d'emporter le public dans des mini transes. Le mieux, en fait, au-delà des accélérations qui mettent le feu à la dernière partie de leur set, c'est que ça ne ressemble à rien de précis. Il y a une intensité qui peut évoquer le vieux courant emo (le bouquet de fleurs accroché au micro en référence au Moz ?), une énergie très saine qui me rappelle le Maximö Park des débuts, mais le tout est vraiment original. Il est un peu difficile néanmoins de saisir si les chansons, toutes dépourvues de la structure classique couplets / refrain, tiendront la route une fois dénudées de l'énergie scénique du groupe... En tous cas, on passe 35 minutes très rock, plutôt agréables ma foi. A noter le look également seventies du chanteur, pantalon pattes d'ef et longs cheveux gras. Un groupe à suivre, un de plus !

2017 02 27 Two Door Cinema Club Casino de Paris (8)21h15 : Comme pour The xx au Zénith, le dispositif scénique de Two Door Cinema Club ne comprend aucun ampli sur scène, ni retours devant les musiciens, juste une estrade à l’arrière où trônent la batterie et les claviers, et le demi-cercle de panneaux lumineux / écrans vidéo que nous avions déjà pu admirer à Rock en Seine en août dernier. Sauf que, à la différence de The xx, on va salement sentir l’absence de ces amplis, toute la musique passant directement sur la sono, qui, malheureusement quand vous êtes placés au premier rang au Casino de Paris, se trouve derrière vous ! Le résultat est un son catastrophique, à la fois creux et dé-réalisé puisque spatialement dissocié de l’emplacement des musiciens sur scène. Sans parler même de la grosse batterie qu’on entend, elle, évidemment, sur scène, et qui fait rapidement mal à la tête, d’autant que le batteur qui fait la tournée est un gros bourrin dont la frappe cloue au sol les mélodies lumineuses du groupe. Bref, c’est un début de concert calamiteux, et je me rends compte que je vais avoir bien du mal à rentrer dans la musique de Two Door Cinema Club ce soir. Et ce d’autant que, vu de près, l’ami Alex Trimble tire la gueule, et chante (très joliment) ses chansons avec un manque de conviction – ne parlons même pas d’enthousiasme ! – qui fait mal, surtout quand on le compare à la fête divine de Parcels, ou même l’énergie très seventies de Blaenavon. Bon, heureusement, je suis placé à gauche, devant Sam Halliday, brillant guitariste et sympathique ludion, qui ne tient pas en place et délivre des parties de guitare éclatantes… que je suis réduit à deviner, puisque le son ne parvient que difficilement jusqu’au premier rang ! Bisque, bisque, rage !

2017 02 27 Two Door Cinema Club Casino de Paris (34)Bon, ce qui est aussi évident ce soir pour moi – comme cela aurait dû l’être déjà à Rock en Seine -, c’est que Two Door Cinema Club risque fort de rester le groupe d’UN ALBUM, leur premier et brillant “Tourist History”, dont neuf morceaux seront joués ce soir, et dont chacun provoquera l’enthousiasme général. Et il faut bien admettre que ces chansons, qui ont maintenant 7 ans, paraissent absolument inusables, et vous mettent irrésistiblement le cœur en fête. Alors au final, malgré le son pourri, malgré le peu d’empathie qu’Alex manifeste envers son public – à la différence de Sam et Kevin, soulignons-le -, il est impossible de ne pas apprécier un set de Two Door Cinema Club quand on enchaîne des choses comme This Is the Life, I Can Talk (avec son intro en hahaha imparable) ou l’incroyable What You Know en rappel. Petite déception par contre que l’interprétation des titres du dernier album, dont le funk sonne très artificiel et forcé sur scène : c’est encore Are We Ready (Wreck), soit le morceau le plus traditionnellement rock du disque qui passe, et de loin, le mieux. Gameshow est lui assez pesant, avec sa démesure très stadium rock qui devient rapidement de la lourdeur. Et en plus, ils n’auront même pas joué Good Morning, le joyau de l’album ! Tant pis pour moi…

Bon, à la fin de la courte heure et quart du set, Alex a daigné enfin sourire, mais sans que l’expression d’ennui profond qu’il arborait jusque-là ne disparaisse complètement. Autour de moi, les gens paraissaient heureux, mais je pense que c’était plus le bonheur de chanter ensemble à tue-tête ces chansons formidables que la satisfaction d’un groupe qui nous a offert un show mécanique, spectaculaire parfois (très belles lumières, très beaux effets graphiques), mais particulièrement sans âme. Bref, l’avenir de Two Door Cinema Club paraît sombre, et il est probablement temps pour le trio irlandais de passer à autre chose. »

 

Les musiciens de Parcels sur scène :

Patrick Hetherington – keyboards, vocals

Louie Swain - keyboards

Noah Hill - bass

Anatole Toto Serret - drums

Jules Crommelin – guitar, vocals

 

La setlist du concert de Blaenavon :

Take Care (new song)

My Bark Is Your Bite (new song)

Into The Night (Into the Night EP – 2013)

Let's Pray (Let’s Pray EP – 2016)

Orthodox Man (new song)

I Will Be The World (Let’s Pray EP – 2016)

Prague (Koso EP – 2013)

 

2017 02 27 Two Door Cinema Club Casino de Paris (58)Les musiciens de Two Door Cinema Club sur scène :

Alex Trimble – lead vocals, rhythm guitar

Sam Halliday – lead guitar, vocals

Kevin Baird – bass, vocals

+

Benjamin Thompson – drums

Jacob Berry - rhythm guitar, beats, synths

 

La setlist du concert de Two Door Cinema Club :

Cigarettes in the Theatre (Tourist History – 2010)

Undercover Martyn (Tourist History – 2010)

Do You Want It All? (Tourist History – 2010)

This Is the Life (Tourist History – 2010)

Changing of the Seasons (Changing of the Seasons EP – 2013)

Bad Decisions (Gameshow – 2016)

Lavender (Gameshow – 2016)

Next Year (Beacon – 2012)

Come Back Home (Tourist History – 2010)

Ordinary (Gameshow – 2016)

Something Good Can Work (Tourist History – 2010)

Are We Ready? (Wreck) (Gameshow – 2016)

Gameshow (Gameshow – 2016)

Sleep Alone (Beacon – 2012)

I Can Talk (Tourist History – 2010)

Eat That Up, It's Good for You (Tourist History – 2010)

Sun (Beacon – 2012)

Encore:

Someday (Beacon – 2012)

What You Know (Tourist History – 2010)

La chronique de ce concert a été partiellement publiée à l'époque sur mon blog manitasdeplata.net

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01 octobre 2017

The xx - Mercredi 15 Février 2017 - Zénith (Paris)

2017 02 15 The xx Zénith Billet« De temps en temps, vous assistez à un concert qui change totalement la perception que vous aviez d’un groupe ou d’un artiste, … pour le meilleur ou pour le pire, d’ailleurs. Au mieux, vous en sortez en ayant “compris” une musique que vous savez pouvoir désormais apprécier à sa juste valeur, parce que la démarche, ou même plus simplement la sincérité des artistes, révélées lors du concert, transcendent l’impression qui pouvait se dégager d’une simple écoute des albums. C’est ce qui m’est arrivé au Zénith avec The xx, un groupe dont j’ai toujours un peu snobé la musique, que je trouvais faiblarde, peu originale et peu inspirée… et dont je suis devenu, en un peu moins de une heure trente, fan absolu ce mercredi 15 février.

2017 02 15 Camila Zénith (1)Mais d’abord, avant cette “révélation”, il faut bien évidemment en passer par une première partie assez désespérante ce soir au Zénith : c’est une jeune femme black à la plastique impressionnante et à la voix très intéressante, qui s’appelle - a priori – Camila. Elle nous inflige, avec l’assistance d’un freak derrière son ordinateur qui déverse sur nous une sorte de bouillie cacophonique, trente minutes de machins sans structure, sans émotion, sans mélodie… sans intérêt. Le pire, c’est sans doute que la donzelle a apparemment une très haute idée d’elle-même et de son talent, puisqu’elle nous explique qu’elle est là pour, je cite, « nous faire découvrir la profondeur, la grandeur du R&B », ni plus ni moins. Elle expliquera encore « qu’elle recherche toujours une nouvelle manière d’interpréter ses chansons » ! C’est beau l’inconscience !

Je suis ce soir au Zénith, qui affiche complet pour le deuxième soir de suite, preuve que le public français n’a pas oublié le groupe malgré cinq ans d’absence, avec Emilie qui est en vacances, et nous attendons maintenant avec impatience le début du concert, au sein d’une foule visiblement très passionnée : de mon côté, le scepticisme l’emporte encore… mais pas pour très longtemps…

2017 02 15 The xx Zénith (11)21h07, c’est avec quelques minutes de retard sur le programme que Romy, Oliver et Jamie pénètrent sur une scène agencée de manière assez impressionnante : elle est entourée de colonnes pivotantes métalliques, et recouverte du sol au plafond – qui s’abaissera d’ailleurs plus tard pour jouer un rôle de gigantesque miroir – de plaques réfléchissantes, à l’image donc du boîtier du nouvel album, “I See You”. Au centre, surélevées, les machines de Jamie, au milieu desquelles le membre le plus réservé de The xx va trôner tout au long du set. Plus curieux peut-être, et un peu préocupant a priori, pas d’amplis derrière Romy et Oliver, ni de retours devant eux ! Mais mon inquiétude ne dure pas, car dès le premier morceau, l’accrocheur – et un peu facile – Say Something Loving, le son est parfait, avec la guitare de Romy, juste en face de nous, et la basse d’Oliver, sur la droite, toutes deux parfaitement audibles… et avec le plus important, les voix superbes des deux chanteurs extraordinairement bien sonorisées. Crystalised et Islands, deux extraits du fameux premier album, enfoncent le clou : cette musique est tout simplement magnifique ! Et j’ai envie de dire magique, si je n’avais moi-même tendance à utiliser cet adjectif à tort et à travers !

2017 02 15 The xx Zénith (27)Il y a quelque chose d’assez inexplicable dans l’alchimie des deux voix de Romy et Olivier, chacun d’un côté de la scène, qui se répondent, se jaugent, s’affrontent, se complètent, et construisent de mini cathédrales émotionnelles, dont les albums ne donnent qu’un aperçu très limité. La sensation de beauté, d’élévation qui se dégage des chansons est étonnante : tout autour de nous, le public semble aussi fasciné que nous, il y a une sorte de suspension miraculeuse de la réalité qui est la marque des grands événements musicaux. Ni Romy ni Oliver n’ont la beauté des “stars” de rock plus classiques, ce sont deux jeunes anglais ordinaires, mais il se dégage d’eux une chaleur, une tendresse, une humanité qui tranche avec le commun des groupes de Rock. Bon, régulièrement, Oliver se lance quand même dans une chorégraphie de bassiste, son instrument rasant le sol, et vient chercher le contact avec Romy. La complicité qui les unit est clairement l’épine dorsale, et la chair aussi, de la musique de The xx. Derrière eux, Jamie est l’architecte sonore, qui construit une sorte de paysage sonique fluide, mais dont, au fond, on pourrait se passer : d’ailleurs quand Romy nous fait une chanson en solo – elle annonce être très nerveuse de se livrer à ce type d’exercice -, la beauté est toujours là : « It is a performance, I do it all so you won’t see me hurting, when my heart it breaks… I’ll put on a brave face. » Et c’est saisissant, bouleversant. Finalement, plus la musique de The xx est dénudée, réduite à l’essentiel – deux voix magnifiques, quelques arpèges de guitare et une basse qui swingue -, plus elle nous touche.

Un peu plus tard, c’est au tour d’Oliver de nous serrer le cœur avec le magnifique A Violent Noise, LA chanson qui m’a fait vraiment entrer dans le monde de The xx. Le public est maintenant extatique, et comme dans tout grand concert, ce bonheur vient se réverbérer sur scène, poussant le groupe à l’excellence. Romy et Oliver irradient de plaisir, ils répètent combien ils sont heureux que Paris les aime autant. Plus le set avance, plus les lumières deviennent superbes, et le basculement du plafond réfléchissant ajoute une indéniable magie au set. Dangerous, le morceau le plus accrocheur du dernier album provoque une ovation. Quand Romy et Oliver essaient de prendre la parole, les applaudissements continus du public ne leurs laissent pas la possibilité de le faire. Le set se termine sur un morceau de Jamie xx, infra basses et baston de nightclubbing. Cela fait à peine une heure dix qu’ils jouent… Trop court !

2017 02 15 The xx Zénith (81)Ils reviennent heureusement pour un rappel entamé par le titre le plus commercial de “I See You”, le très commercial et chatoyant On Hold, avant que le célébrissime – mais pas encore usé pour autant – Intro ne nous rappelle que oui, The xx est aussi, et toujours un groupe de Rock.

Un grand groupe, un concert littéralement enchanté. The xx comptent donc désormais un fan de plus. »

 

Les musiciens de The xx sur scène :

Romy Madley-Croft – voix, guitare

Oliver Sim – voix, basse

Jamie Smith – claviers, percussions

 

La setlist du concert de The xx :

Say Something Loving (I See You – 2017)

Crystalised (xx – 2009)

Islands (xx – 2009)

I Dare You (I See You – 2017)

Lips (I See You – 2017)

Basic Space (xx – 2009)

Performance (I See You – 2017)

Too Good (Drake cover)

A Violent Noise (I See You – 2017)

Brave for You (I See You – 2017)

Infinity (xx – 2009)

VCR (xx – 2009)

Dangerous (I See You – 2017)

Fiction (Coexist – 2012)

Shelter (xx – 2009)

Loud Places (Jamie xx cover)

Encore :

On Hold (I See You – 2017)

Intro (xx – 2009)

Angels (xx – 2009)

Cette critique a déjà été partiellement publiée à l'épqoue du concert sur mon blog manitasdeplata.net

 

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20 septembre 2017

The Mystery Lights - Lundi 6 Février 2017 - Maroquinerie (Paris)

2017 02 06 The Mystery Lights Maroquinerie Billet« Voilà le genre de surprise que j’aime bien : un coup de fil de l’ami Philippe, qui a des places sur les bras pour le concert de The Mystery Lights le soir-même à la Maro, une vérification rapide sur le Net (… oui, il s’agit bien du groupe de garage psyché dont j’ai vaguement entendu parler, et plutôt en bien quant à ses prestations live…), et me voilà embarqué pour une soirée impromptue qui s’avère très prometteuse.

Mis à part quelques vieux grognards habitués des concerts garage – un style musical qui ne recrute pas forcément parmi les jeunes en France, malheureusement -, il n’y a personne à 19h30 à l’ouverture des portes de la Maro, donc pas de problème pour me placer au premier rang, sur la droite pour éviter la zone centrale qui devrait logiquement être agitée ce soir. Philippe et son épouse me rejoignent quelques minutes plus tard, on est prêts, le show peut commencer…

2017 02 06 Ryder The Eagle Maroquinerie (20)… mais il commencera d’une drôle de façon, à 20h10, avec un hurluberlu chevelu et barbu qui se présente – en français - comme Ryder The Eagle (ce n’est qu’après le set que je découvrirai qu’il faisait partie des Dodoz / Las Aves), et qui est accompagné par un trio assez efficace. Le problème, car problème il y a, ce sont les… euh… chansons de l’ami Ryder, qui ressemblent plus à de la variété informe qu’à du Rock, sans même mentionner les paroles – en anglais -, qui semblent atteindre des sommets de ridicule (le genre : « c’est chouette, je vais mourir sur ma moto ! »). L’autre truc, c’est que notre showman sans vergogne se met régulièrement à s’énerver tout seul et à brailler ses refrains de manière pas trop harmonieuse. Tout cela serait seulement banalement mauvais, s’il n’y avait çà et là des moments de très belle intensité bruitiste et furieuse, parfaitement décalés par rapport au style musical. Bref, voici un jeune homme qui devrait s’en tenir à jouer de la guitare – ce qu’il fait très bien – plutôt que de nous embarrasser avec ses compositions et sa voix. A 20h40, l’aigle retourne dans son nid, laissant ses musiciens démonter le matériel sans lui : aurait-il déjà la grosse tête ?

2017 02 06 The Mystery Lights Maroquinerie (76)Ce sont les petits gars de The Mystery Lights qui installent eux-mêmes leur matos, par contre : bon esprit garage, sympa et tout. 21h10 : on commence par deux instrumentaux, dans la bonne tradition du genre, avec les deux guitares qui carillonnent, avec l’écho qui va bien, et tout… dans la tradition Nuggets / Surf Rock / Psyché Fuzz. On n’est pas dépaysés, mais on est venus pour ça. Le chanteur guitariste, au look de chat de gouttière ébouriffé et tout efflanqué, est passablement surexcité, il saute en l’air un peu comme l’ami Townshend à la grande époque des Who (tiens, je me dis que ça fait longtemps que je n’ai pas vu un guitariste faire ça). Puis ils attaquent Follow Me Home, le single extrait de leur dernier album, et je constate que : 1) il a même une voix aigüe et éraillée de chat de gouttière, 2) comme parfois à la Maroquinerie, le chant est peu audible quand on est placé juste devant la scène. Zut, en plus, nous sommes devant le bassiste, et le son de la basse a tendance à cacher un peu les deux guitares qui sont sur le gauche. Dommage, on ne va pas assister au set de manière optimale. Quant aux photos, inutile de rêver, mon Lumix n’a pas le calibre suffisant pour immortaliser des musiciens qui sautent dans tous les sens dans une quasi obscurité !

Après avoir interprété une bonne partie de leur dernier album, le groupe attaque un ensemble de nouveaux morceaux et ce qui semble être d’anciennes chansons pas forcément connues du public, ce qui fait que la frénésie qui commençait à monter se calme : je dois m’avouer que, tous les morceaux semblant relativement similaires, le set ronronne un peu, même si le spectacle du groupe est toujours des plus plaisants. Les Mystery Lights auraient-ils usurpé leur réputation d’excellence sur scène ?

2017 02 06 The Mystery Lights Maroquinerie (80)Non, ce n’était qu’un petit passage à vide : Amy, puis Candlelight, visiblement apprécié du public, relancent la machine, et le concert monte très fort en intensité. Ça commence à cartonner dur, les amis, et le mosh pit se forme enfin au centre de la Maro, ça headbangue sévère, ça pogote, et ça dresse ses petits bras en l’air, bref c’est la grande communion du rock’n’roll. La fin du set, et surtout le rappel sidérant, seront irrésistibles, les musiciens jouant complètement à fond, sur un rythme qui s’accélère (quelques accents rockabilly sur un titre…). C’est enfin le grand frisson dans la nuque, c’est l’orgasme partagé dans l’hystérie avec la quelque centaine de fans conquis ce soir à la Maro. Et ça fait du bien ! Ça fait au moins oublier et Trump et Fillon pendant quelques minutes. Je ramasse la mini setlist qui était devant moi, et je regarde ma montre : ils ont joué 1h15, pas trop mal pour un groupe qui n’en est qu’à ses débuts. Philippe et moi comparons nos impressions de cette soirée énergique : bonne pioche !

Si le garage rock n’est pas le genre musical le plus original ni le plus moderne qui soit, au moins il est synonyme de bons plaisirs simples et roboratifs, quand il est asséné par des musiciens aussi compétents et aussi enthousiastes que les Mystery Lights ! Tiens au fait, quand est-ce que les Fleshtones passent par Paris ? Et les Black Lips ? »

 

2017 02 06 The Mystery Lights Maroquinerie (66)La setlist du concert de The Mystery Lights :

Jam

Intro (The Mystery Lights – 2016)

Follow Me Home (The Mystery Lights – 2016)

Too Many Girls (The Mystery Lights – 2016)

Too Tough To Bare (The Mystery Lights – 2016)

Melt (The Mystery Lights – 2016)

Without Me (The Mystery Lights – 2016)

Hey Joe (The Leaves cover)

Darkness

Can't Make It

Guitar Pickin' On You (At Home with the Mystery Lights – 2016)

Amy

Candlelight (The Mystery Lights – 2016)

Before My Own

Wee-Woo

Encore:

Mississippi Line (Booze cover)

Lookin At You (MC5 cover)

Dead Moon Night (Dead Moon cover)

Cette chronique a été partiellement publiée à l'époque sur le blog www.manitasdeplata.net

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15 septembre 2017

Lambchop - Lundi 30 Janvier 2017 - Trabendo (Paris)

2017 01 30 Lambchop Trabendo Billet« Ce soir au Trabendo, c'est le retour de l'ami Kurt Wagner et de son Lambchop. Cela ne vous excite pas particulièrement ?  Vous avez tort ! Kurt est régulièrement cité dans la liste des meilleurs compositeurs contemporains. Et les deux concerts que j'ai déjà pu voir de lui se sont avérés fascinants, voire même enchanteurs par instants. L'inconnue quand même cette fois, c'est vocoder ou pas vocoder ? Car sur "FLOTUS", le dernier album, l'électronique a envahi la country soul atmosphérique de Lambchop, et Wagner s'est mis à user et abuser de l'auto-tune, lui dont la voix majestueuse n'a clairement besoin d'aucune béquille technologique !

Public plus âgé que de coutume - bien plus qu'à Madrid en 2012 par exemple - et bien calme on l'imagine : pas de slam en perspective ce soir, ça va me changer de mes deux dernières visites au Trabendo, pour Slaves et pour Girl Band...

19h45, la soirée commence plutôt mal par une première partie assez... euh déroutante (et pas dans le bon sens du mot !). Un jeune homme s'affaire derrière deux platines, alors que retentit une musique planante (pas désagréable, au demeurant). Le problème quand même est que, bien que l'observant de très près (je suis à moins de deux mètres de lui), je n'arrive pas à identifier les effets de ses manipulations sur la musique que nous entendons ! Le jeune DJ semble scratcher ses vinyles qu'il change régulièrement, mais rien n’est vraiment perceptible pour nous : étonnant, non ? Le pire est que je suis absolument seul debout au premier rang, le public étant tranquillement assis sur les marches du fond de la salle, continuant à discuter et à picoler... et que quand, fatigué par tant de manque d'intérêt, je fais mine de m'asseoir sur la scène, la sécurité vient me dire que ce n'est pas autorisé ! Du jamais vu ! Bon, pendant ce temps, la musique dans la sono passe à de la soul, toujours tout à fait correcte, puis à du jazz. Finalement je me dis que ça doit être ni plus ni moins qu'un DJ dont tout le talent consiste à passer d'un disque à l'autre sans qu'on perçoive quoi que ce soit, et qui nous fait patienter dans une atmosphère disons "ambient". Boooooring !

2017 01 30 Lambchop Trabendo (11)20h35, c'est en formation réduite, un simple quatuor que Kurt Wagner présente son Lambchop ce soir : accompagné de l'indispensable et fidèle Tony Crow aux claviers célestes, il s'est adjoint deux jeunes musiciens à la basse et à la batterie... On remarquera néanmoins dès le premier morceau (NIV) l'utilisation de claviers et sons électroniques divers préenregistrés contrôlés par le batteur, la première nouveauté de ce Lambchop ver 2.0. Et la voix ? Eh bien, elle est en effet constamment retraitée électroniquement, et utilisée désormais quasiment comme un instrument, légèrement en retrait aussi. Ce qui frappe immédiatement, c'est l'atmosphère extrêmement feutrée, retenue, que crée cette "nouvelle musique" : si Lambchop n'a jamais été un groupe de heavy rock ou de speed metal bien sûr, il est maintenant passé au quasi silence et à une lenteur terminale. La beauté est bien sûr toujours là, saisissante parfois, mais la rançon de ce minimalisme électronique, c'est un sentiment de stagnation qui envahira peu à peu la salle...

Le second titre (The Hustle), qui voit Wagner saisir sa guitare et abandonner son vocoder, donne un instant l'espoir d'une alternance entre l'ancien Lambchop et le nouveau, mais c'est un leurre, le concert s'avérera dans son intégralité, même lorsqu'il s'agit de reprendre quelques plus vieux morceaux, dans l'exact style de "FLOTUS", joué d'ailleurs dans son intégralité si je ne m’abuse. Autre caractéristique nouvelle, Wagner, qui a toujours été un grand timide, est désormais un peu en retrait au fond de la scène, absorbé derrière un tabouret sur lequel il a placé ses textes (une ou deux pages par chanson qu'il va ensuite ranger soigneusement, le morceau terminé, derrière lui...), et le boîtier électronique qui lui permet de contrôler les effets sur sa voix. Il a clairement délégué la communication avec le public à l'ami Tony, qui est, on le sait un joyeux drille, et nous fera régulièrement rire avec ses vannes sur Trump (« What's the difference between a lentil and a chick pea ? Trump would not pay a thousand dollars for a lentil on his face ! » : hilarant mais malheureusement intraduisible !) et ses déclarations frôlant l'absurde.

2017 01 30 Lambchop Trabendo (71)Politiquement, on sait bien où le cœur de Wagner and Co balance, et même si le concert ne sera évidemment pas un meeting politique, les prises de position seront sans ambiguïté : « Nous venons de Nashville, et là nous avons quelques voisins que nous échangerions bien contre quelques Mexicains cool ! »… et surtout le mot de la fin ou presque, délivré par Kurt lui-même, avec son habituelle chaleur : « La France est un pays accueillant, les USA sont un pays accueillant, venez tous chez nous, vous êtes les bienvenus »…

Bon, revenons à la musique : le set durera plus d’une heure quarante-cinq, avec un seul titre en rappel, mais restera donc totalement cohérent du point de vue sonorités et ambiance, ce qui fait que, en dépit de deux ou trois montées en puissance de la section rythmique – pour des moments assez jazz d’esprit -, il se dégage une certaine monotonie à la longue. Je sens d’ailleurs bien autours de moi que l’enthousiasme initial du public, qui avait culminé sur une très belle version de Writer, faiblit peu à peu, et qu’on se trouve tous un peu réduits à contempler l’ami Kurt qui s’agite à la manière d’un B-Boy (… bon j’exagère un peu mais vous voyez ce que je veux dire…) derrière son tabouret…

Lambchop en 2017 a effectué une mutation radicale effectivement surprenante, ce qui est tout à l’honneur de Kurt Wagner, mais n’est pas forcément une bonne chose sur scène, quand on se remémore l’intense chaleur et l’émotion qui se dégageait naguère des sets du groupe. Espérons donc que cette expérimentation n’est que temporaire, et que nous retrouverons la prochaine fois une musique plus directe et plus… humaine. »

2017 01 30 Lambchop Trabendo (76)La setlist du concert de Lambchop :

NIV (FLOTUS – 2016)

The Hustle (FLOTUS – 2016)

Directions to the Can (FLOTUS – 2016)

Poor Bastard (Hank EP – 1996)

Old Masters (FLOTUS – 2016)

Writer (FLOTUS – 2016)

In Care Of 8675309 (FLOTUS – 2016)

The New Cobweb Summer (Is a Woman – 2002)

FLOTUS (FLOTUS – 2016)

JFK (FLOTUS – 2016)

Relatives #2 (FLOTUS – 2016)

Gone Tomorrow (Mr. M – 2012)

Howe (FLOTUS – 2016)

Encore:

Harbor Country (FLOTUS – 2016)

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10 septembre 2017

The Divine Comedy - Mercredi 25 Janvier 2017 - Les Folies Bergère (Paris)

2017 01 25 The Divine Comedy Folies Bergère Billet« Comme souvent, voici un démarrage assez lent de la nouvelle année puisque le premier concert qui m'intéresse est le 25 janvier... Sauf que, cette année, un doute m’envahit : suis-je de plus en plus en décalage par rapport aux musiques à la mode, R&B, hip hop, électro, etc. ? Mais au moins l'année commence en véritable fanfare puisque c'est la Divine Comedy de Neil Hannon que je vais pouvoir applaudir ce soir, dans le précieux et vieillot petit écrin des Folies Bergère... Une salle où je ne suis pas venu depuis… 1986 quand même (!!), c'était pour un très beau set solo de Costello... Malheureusement, avec les places assises et numérotées ce soir, je n'ai pu assurer que le quatrième rang, tout à droite de la scène, sur un... strapontin ! Je me dis que ce sera probablement difficile pour les photos, mais bon, l'émotion musicale devrait être là, d'autant que le dernier "double" album - un peu schizo - de Neil ("Foreverland" / "In May") est une belle réussite.

2017 01 25 Lisa ONeill Folies Bergère (6)Même en arrivant à 19h30, trente minutes seulement avant le début des hostilités, la salle rouge est quasi déserte, et les quelques spectateurs présents semblent tous avoir dépassé la quarantaine. Soit le genre de truc qui me déprime facilement, du fait des doutes que j’ai déjà mentionnés plus haut...

20 h : une jeune femme entre sur scène et entame – les poings sur les hanches, l’air furibard -, a capella, une ballade folklorique qu'on situe rapidement du côté de la verte Irlande. Sa voix forte et légèrement "aigre" évoque immédiatement la splendeur oubliée de Paula Frazer, de Tarnation, ce qui n'est pas rien... Elle s'appelle Lisa O'Neill, vient de Dublin et, malgré son air disons austère - une sorte de grimace de dégoût tord son visage aux moments les plus forts de ses chansons -, il s'agit visiblement d'une artiste plutôt fantaisiste et pince-sans-rire, quand elle nous raconte son premier saut en parachute ou la manière dont elle a fait revivre Elvis dans sa cuisine. Malheureusement, on ne peut pas dire que ses compositions soient réellement transcendantes, malgré l'intensité avec laquelle elle nous les offre. Au final, 30 minutes qui auraient pu être bien meilleures vu la singularité de l'intro, et qui ont viré au folk un peu routinier.

Ce qui est sympa ce soir, c'est qu'on profitera d’une Divine Comedy en version "electric band", soit une configuration que je n'ai pas vue depuis pas mal d'années (d'où encore plus de regrets de ne pas avoir assisté au concert avec cordes à la Maroquinerie, par pure stupidité : je pensais qu'il s'agissait d'un set acoustique solo !).

2017 01 25 The Divine Comedy Folies Bergère (2)20h50 : cinq musiciens s’installent devant le grand poster de "Foreverland", nous aurons droit à deux claviers, une guitare, une basse et une batterie pour essayer de recréer la complexité des albums de The Divine Comedy. Chose amusante, tout le monde porte des vestes militaires à brandebourgs, pour rester dans le ton de l’album. Mais quand Neil Hannon entre à son tour, stupéfaction et… hilarité : il est vêtu de pied en cap en Napoléon Bonaparte ! Le groupe attaque Sweden, un titre peu entendu du mémorable album "Fin de Siècle", et l’on réalise tout de suite que cette soirée sera synonyme de plaisir : la voix de Neil est évidemment impeccable, et le groupe assure… on va dire correctement derrière : s’il n’est pas question de transcender les chansons, au moins il y a de l’énergie et même de l’enthousiasme (pas très visible sur les visages des musiciens, néanmoins, il faut bien l’admettre…). Le son est excellent, même s’il aurait mérité d’être plus fort. Sweden impressionne par sa majesté, avant que Neil n’entame la revue des titres de "Foreverland", avec l’hilarant How Can You Leave Me On My Own – mais sans les braiments de l’âne (même s’il me semble qu’il y a un âne en peluche quelque part sur scène…). Le ton est donné, la setlist de la soirée va alterner fantaisies drolatiques et morceaux plus ambitieux, sans néanmoins jamais aller trop loin dans la pure émotion – ce que regretteront sans doute certains fans. Il faut dire qu’avec une discographie aussi riche, et une palette d’humeurs aussi colorée, il est difficile de visiter en un peu moins de deux heures tous les styles de Divine Comedy !

2017 01 25 The Divine Comedy Folies Bergère (10)Premier grand titre de la soirée, The Frog Princess, du chef d’œuvre qu’est "Casanova", premiers frissons, même si Neil s’amuse du fait qu’il joue ce titre à Paris, en multipliant les mini-citations de la Marseillaise au mélodica, et en symbolisant la chute du couperet de la guillotine par un blackout complet. Amusant… Quittant son tricorne qui lui tient chaud, Neil nous confie que sa manière à lui de s’amuser, c’est bien sûr de « s’habiller comme Napoléon pour donner des concerts ! ».

« Les fascistes sont de retour, il est temps pour nous d’établir un pacte ! », déclare Neil avant d’entamer la superbe valse de The Pact : nous applaudissons tous, même si cette mini-profession de foi, discrète et ironique, de la part de notre musicien Irlandais préféré n’a rien de surprenant… c’est quand même la première fois que je l’entends sortir de sa réserve souriante "d’entertainer". L’heure est grave… The Pact me fait tourbillonner le cœur, avant que The Divine Comedy nous offre le plus beau titre de "Foreverland", le magnifique To The Rescue. Un moment tout simplement parfait…

Ah oui, j’ai oublié de dire que, plusieurs spectateurs n’ayant pas fait leur apparition, je n’ai pas eu à occuper le strapontin, je dispose donc d’une vue parfaite sur la scène, et je suis en bout de rangée, ce qui devrait me permettre de gagner le premier rang dès que tout le monde se lèvera, ce qui arrivera à coup sûr.

2017 01 25 The Divine Comedy Folies Bergère (52)Neil profite du final instrumental de The Certainty of Chance pour aller se changer et nous revenir en tenue typique de banquier, chapon melon, cravate fine et parapluie à la main : c’est le moment de nous moquer ensemble de la classe politique / financière britannique avec The Complete Banker et Bang Goes the Knighthood ! En repensant au scandale de la crise, il y a sept ou huit ans de cela, on est bien obligés d’admettre que les choses ont encore empiré depuis ! A noter la touchante pudeur de Neil, qui nous ayant gratifié du double doigt d’honneur anglais à la fin de The Complete Banker, s’excuse ensuite en disant « I did not mean that, I was only acting ! »…

Generation Sex secoue un peu le public, que je trouve personnellement un tantinet amorphe par rapport à la qualité du concert : en regardant autour de moi, je vois finalement peu de gens qui chantent les paroles des chansons. Mais où sont les fans, les vrais ? En tous cas, le bouleversant Our Mutual Friend lui permet de vernir s’asseoir parmi les spectateurs, dans une fauteuil vide : « Good band ! », remarque-t-il en regardant ses musiciens ! Mais ce sera Funny Peculiar, qu’il interprétera avec sa girlfriend Cathy Davey, qui nous offrira le meilleur gag de la soirée : la mappemonde qui trône sur la gauche de la scène dissimule en fait un bar, que Neil ouvre, et qu’il utilise pour confectionner des cocktails qu’il distribue à chacun de ses musiciens : encore une idée farfelue de notre amuseur romantique ! A Lady of a Certain Age, avec son texte magnifique sur le vieillissement et la vie qui passe, même pour les plus riches, est un autre sommet du concert.

At the Indie Disco, Neil empoigne – enfin – sa guitare électrique (même s’il dit « être trop vieux pour ça ! »), et la température monte d’un cran dans les Folies Bergère : tout le monde se met debout, j’en profite pour courir au premier rang, soit un bien meilleur endroit pour terminer le set qui entre dans sa dernière ligne droite : du tube – en France – que fut Alfie jusqu’à l’irrésistible National Express, le concert se termine logiquement par sa phase la plus expansive… ce qui, on le sait, n’est pas le plus facile pour Neil, qui est toujours un (tout) petit peu coincé, et ne se lâche pas facilement. On le verra pourtant ce soir avec des attitudes rock’n’roll qui montrent son plaisir d’être là.

2017 01 25 The Divine Comedy Folies Bergère (112)Magnifique premier rappel – les musiciens sont à peine sortis de scène qu’ils sont de retour, surprenant tout le même – avec le génial Assume the Perpendicular, injonction à la résistance qui sonne encore plus pertinente aujourd’hui, et une spectaculaire version très théâtrale de A Drinking Song, avec un Neil Hannon en pochard, verre de gin tonic (je crois…) à la main, plus vrai que nature.

Le second et dernier rappel comportera deux bijoux, le doux-amer Charmed Life, et le toujours fantastique décollage à la verticale qu’est Tonight We Fly, un moment de jubilation intense, qu’on aimerait à chaque fois bien plus long.

Voilà, ça aura été sans doute le concert le plus accompli de The Divine Comedy que j’aie vu, avec une setlist brillantissime de 26 chansons, nous offrant 1h55 de plaisir, de bonheur, voire même de franche hilarité. Bref, tout ce qui nous manque cruellement dans notre vie quotidienne en ce début 2017 plombé par les menaces politiques autour de nous.

En rentrant chez moi dans le froid tranchant de cette fin janvier, je me dis que The Divine Comedy, c’est quelque part (en plus de l’anti-morosité, évidemment…) l’anti-Trump, l’anti-FN, l’anti-Brexit en un seul cadeau musical enchanté : pas de politique au premier degré, non, mais l’intelligence et l’humour sont sans doute la meilleure façon de répondre aux extrémistes de tous bords. De continuer à vivre. Merci, Neil ! »

 

2017 01 25 The Divine Comedy Folies Bergère (119)La setlist du concert de The Divine Comedy :

Sweden (Fin de Siècle – 1998)

How Can You Leave Me on My Own (Foreverland – 2016)

The Frog Princess (Casanova – 1996)

Catherine the Great (Foreverland – 2016)

Bad Ambassador (Regeneration – 2001)

Napoleon Complex (Foreverland – 2016)

The Pact (Foreverland – 2016)

To the Rescue (Foreverland – 2016)

The Certainty of Chance (Fin de Siècle – 1998)

The Complete Banker (Bang Goes the Knighthood – 2010)

Bang Goes the Knighthood (Bang Goes the Knighthood – 2010)

Generation Sex (Fin de Siècle – 1998)

Our Mutual Friend (Absent Friends – 2004)

Funny Peculiar (with Cathy Davey - Foreverland – 2016)

A Lady of a Certain Age (Victory for the Comic Muse – 2006)

Songs of Love (Casanova – 1996)

At the Indie Disco (Bang Goes the Knighthood – 2010)

Becoming More Like Alfie (Casanova – 1996)

Something for the Weekend (Casanova – 1996)

I Like (Bang Goes the Knighthood – 2010)

National Express (Fin de Siècle – 1998)

Encore:

Assume the Perpendicular (Bang Goes the Knighthood – 2010)

A Drinking Song (Promenade – 1994)

Absent Friends (Absent Friends – 2004)

Encore 2:

Charmed Life (Absent Friends – 2004)

Tonight We Fly (Promenade – 1994)

Chronique déjà partiellement publiée à l'époque sur le blog www.manitasdeplata.net

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01 septembre 2017

Pixies - Mercredi 23 Novembre 2016 - Zénith (Paris)

2016_11_23_Pixies_Zenith_Billet« Ce mercredi 23 novembre, nous avons assisté au Zénith à une sorte de renaissance : Pixies (ou les Pixies, comme on dit en France), ont napalmé la salle et son public extatique, (presque) comme ils l’avaient déjà fait en septembre 1990, lors d’une soirée qui avait traumatisé à l‘époque une partie des spectateurs présents… Et ça, vu que l’on parle DU groupe de Rock le plus important – et le plus brillant – du début de années 90, c’est quand même une excellente nouvelle, en cette époque où, entre le Brexit, Donald Trump et François Fillon, on a désespérément besoin de bonnes nouvelles.

Mais revenons un peu en arrière : il est 18 heures, j’arrive devant le Zénith alors qu’il y a moins de dix personnes dans la queue devant moi, les portes s’ouvrent immédiatement, et cinq minutes plus tard, je suis tranquillement installé à la barrière, entre les micros de Frank Black et de Joey Santiago, soit la place idéale pour profiter d’un concert des Pixies. Et c’est d’autant plus plaisant que je me trouve entre deux types passionnants, avec lesquels les conversations – sur The Cure, vu qu’ils en sont fans absolus –, ou sur Gorillaz, Ludwig von 88, les Ramoneurs de Menhirs, etc. égaieront l’heure et demi d’attente qui suivra. La salle se remplit très, très lentement, c’en est presque inquiétant (d’ailleurs il n’y aura pas encore grand monde à 19h30 pour la première partie !), et Mimie (Punk Chou de son nom de famille) nous rejoint devant sans difficulté. Bref, nous sommes de bonne humeur, et prêts à 100% !

2016_11_23_FEWS_Zenith__10_19h30 : ils s’appellent FEWS (WTF ?), ils se décrivent sur Facebook comme jouant du ”post-post-punk” et du ”motorik noise-pop”, quoi que ce soit que ça signifie, ils sont a priori Suédois mais basés à Londres… et ils ont de drôles de tronches, bien allumées (je pense surtout au clownesque chanteur – guitariste avec sa langue en coin et sa tête qui n’arrête pas d’osciller… freaky !). Musicalement, même si on craint beaucoup au démarrage parce que les basses sont trop fortes et les guitares inaudibles, c’est en fait une sorte de noise façon My Bloody Valentine débité sur un rythme accéléré – ferroviaire, dirait-on ! – et quand même relativement uniforme. Une uniformité entre les morceaux qui joue rapidement en défaveur de FEWS, malgré quelques belles montées d’intensité. Bref, ce n’est pas encore un groupe vraiment mémorable, mais c’est quand même une première partie des plus acceptables. Ah ! Et eux aussi jouent à peu près dans l’obscurité : on sent que c’est une mode qui revient fort, et j’ai une pensée amicale pour l’ami Robert en train de s’escrimer dans la fosse des photographes pour essayer d’en tirer quelque chose.

Installation rapide du matériel des Pixies, et à 20h30 précise, Frank Black, Joey Santiago, David Lovering et… Paz Lenchantin (désormais remplaçante officielle et permanente de Kim Deal) déboulent avec… Where is My Mind?... soit quand même un début furieusement culoté, puisqu’il y a sans doute une partie raisonnable du Zénith – désormais comble – qui est venue avant tout pour entendre le seul tube (à mèche longue, le tube) des Pixies !  Frank semble avoir repris un peu de poids, même s’il est élégamment vêtu de noir, et il a des petites lunettes qui lui confèrent un air docte : pour le moment, son chant est… normal, dirons-nous, on va devoir attendre un peu pour entendre les fameux cris de goret égorgé, alternant avec les rugissements de fauve extra-terrestre.

2016_11_23_Pixies_Zenith__22_Joey paraît parfaitement normal, presque classe, et il est assez difficile d’imaginer que notre ami sort juste d’une cure de désintoxication, dont l’annonce en septembre dernier avait – légitimement - inquiété les nombreux fans des Pixies. David est l’habituel ”pilier” derrière ses fûts, l’homme ordinaire qui ne sortira de sa réserve, comme d’habitude, que pour chanter le jovial La La Love You, principal (seul ?) moment de légèreté dans un set qui visera la majeure partie du temps à l’incandescence. Quant à la petite nouvelle, l’Argentine Paz, elle est clairement complètement à sa place dans le groupe, aussi bien musicalement – excellents vocaux décalés et un peu faux, comme on les attend – qu’humainement : il semble en effet régner sur scène une sorte d’harmonie entre les musiciens, voire une bonne humeur qu’on n’avait jamais constatée auparavant… Même s’il ne faut clairement toujours pas espérer beaucoup d’exubérance… ni même le moindre mot envers le public durant l’heure et quarante minutes du set !

2016 11 23 Pixies Zenith (8)Bon, alors, une fois Where Is My Mind?... derrière nous, on peut se consacrer aux choses sérieuses : Frank Black fait monter doucement la pression – voir la belle reprise ”classique” du Winterlong de Neil Young – mais on débouche quand même très vite l’enivrante fiole aux élixirs à fort degré d’alcool : « You are the son of a… MOTHER FUCKER ! », tout le monde se retrouve à hurler sur l’épique Nimrod’s Son, et c’est le signe que j’attendais, qu’on attendait depuis l’improbable reformation en 2004 : les Pixies sont de retour. La guitare de l’impeccable Joey Santiago nous cisaille les nerfs et nous taraude les tympans – oui, ce soir, le son était FORT quand on était au premier rang au Zénith -, et le gros Francis se remet à couiner au lieu de chanter. La pression dans mon dos augmente, là où quelques minutes plus tôt, on se plaignait presque d’être à un concert civilisé avec trop de vieux dans la salle. Car le fait d’être broyés contre la barrière par un public en furie, alors qu’on a la tête qui vibre et les oreilles qui vrombissent sous l’assaut sonique, c’est la vraie expérience Rock’n’Roll d’un set des Pixies, non ?

La setlist, forcément brillante, de près de quarante morceaux, enchaînés quasiment sans pause comme à la grande époque, jusqu’à l’épuisement sensoriel, est principalement centrée sur ”Doolittle” – joué en intégralité, me semble-t-il, y compris le merveilleux Tame avec cette hystérie qui fait basculer le morceau vers l’abandon total de toute raison -, et sur le dernier album, ”Head Carrier” fort honorable, avec de beaux moments pop (Oona, The Tenement Song) : il y a aussi, et heureusement, les inévitables brûlots des débuts, de ”Come On Pilgrim” et de ”Surfer Rosa”… Rien de ”Indie Cindy”, et peu de choses de ”Bossanova” et de ”Trompe le Monde”. Et pas de Planet of Sounds (pourquoi, mon dieu, pourquoi ? C’est mon morceau favori !), pas de Gigantic non plus, comme quoi la plaie Kim Deal n’est pas aussi refermée que Frank Black le prétend…

2016 11 23 Pixies Zenith (13)Le principe du set est un va et vient entre les pics furieux des morceaux les plus extrémistes (l’enchaînement de Crackity Jones, Baal’s Back, Tame et Hey par exemple ne laissera personne indemne…) et les vallées plus accueillantes des chansons mélodiques. Evidemment, pendant les moments d’intensité incontrôlable, la situation s’avère physiquement difficile : à un moment, j’ai cru voir Mimie verser une larme à ma droite, mais je me suis rendu compte que c’était de pure joie ! A ma gauche, mon voisin – armoire à glace - dégageait les envahisseurs, qui manifestaient des velléités de nous déloger de notre place privilégiée, en entamant un pogo brutal. Quant à moi, arrimé à la barrière, je me laissais complètement aller à savourer cette incroyable madeleine de Proust au piment rouge et à la tequila : les Pixies étaient à nouveau là… certes moins absurdement méchants, moins radicaux, mais quand même toujours à l’avant-garde de l’extrémisme alternatif. (Bon comme les Pixies sont toujours les Pixies, ils arrivent toujours à faire des fausses notes, à jouer et à chanter approximativement, voire même à foirer complètement le début d’une chanson, comme lorsqu’ils abandonneront l’intro de Um Chaga Lagga… mais honnêtement, ça fait partie du deal, et je ne pense pas que ça pose un problème à qui que ce soit !).

Le set se clôt à 22h00 pile, par le doublé parfait de Debaser (« I am un chien andalou-cia… ») et U-Mass (« It’s educational », adlib…). Les oreilles sifflent, le bonheur brille dans les regards épuisés : Pixies !

Puis ils reviennent, très vite, pour Vamos et l’habituelle démonstration à la guitare de Joey Santiago (bon, il ne se roulera plus par terre…) : « Estaba pensando sobre viviendo con mi sister en New Jersey, Ella me dijo que es una vida buena alla, Bien rica, bien chevere, Y voy! Puñeta! ». Et comme c’est une manière trop festive de nous dire au revoir, ils préfèrent nous noyer dans la fumée et dans les lumières blanches pour une excellente version de grand, du très grand morceau abstrait qu’est Into the White, sur lequel Paz Lenchantin fait mieux qu’évoquer le spectre bizarre de Kim Deal : « Deeper than your sleepy head, ain’t nothing to see, ain’t nothing in sight, into the white! ».

2016 11 23 Pixies Zenith (51)Ça devrait être mon dernier concert de l’année 2016, et honnêtement, après la révolution Girl Band il y a seulement quelques jours, comment mieux finir une année aussi déprimante qu’en célébrant à nouveau l’extrémisme sonique des Pixies ?

”There was a guy,

An under water guy who controlled the sea,

Got killed by ten million pounds of sludge,

From New York and New Jersey (…)

The creature in the sky

Got sucked in a hole,

Now there's a hole in the sky (…)

If man is five, if man is five, if man is five,

Then the devil is six, then the devil is six,

The devil is six, the devil is six and if the devil is six,

Then God is seven, then God is seven, the God is seven:

This monkey's gone to Heaven”

 

Et je dédie cette soirée aux climato-sceptiques, aux ultra-libéraux et aux curaillons de tous bords. Fuck Trump and fuck Fillon ! »

 

2016 11 23 Pixies Zenith (90)Les musiciens de Pixies sur scène :

Black Francis – vocals, rhythm guitar

David Lovering – drums

Joey Santiago – lead guitar

Paz Lenchantin – bass guitar, vocals

 

La setlist du concert de Pixies :

Where Is My Mind? (Surfer Rosa - 1988)

Brick Is Red (Surfer Rosa - 1988)

Break My Body (Surfer Rosa - 1988)

Nimrod's Son (Come On Pilgrim – 1987)

Mr. Grieves (Doolittle - 1989)

Blown Away (Bossanova – 1990)

Winterlong (Neil Young cover)

La La Love You (Doolittle - 1989)

Ana (Bossanova – 1990)

All the Saints (Head Carrier - 2016)

Here Comes Your Man (Doolittle - 1989)

Gouge Away (Doolittle - 1989)

Bel Esprit (Head Carrier - 2016)

2016 11 23 Pixies Zenith (95)Tenement Song (Head Carrier - 2016)

Isla de Encanta (Come On Pilgrim – 1987)

I've Been Tired (Come On Pilgrim – 1987)

Oona (Head Carrier - 2016)

Monkey Gone to Heaven (Doolittle - 1989)

All I Think About Now (Head Carrier - 2016)

Caribou (Come On Pilgrim – 1987)

Subbacultcha (Trompe le Monde – 1991)

Wave of Mutilation (Doolittle - 1989)

Rock Music (Bossanova – 1990)

Crackity Jones (Doolittle - 1989)

Baal's Back (Head Carrier - 2016)

Tame (Doolittle - 1989)

Hey (Doolittle - 1989)

Classic Masher (Head Carrier - 2016)

Cactus (Surfer Rosa - 1988)

No. 13 Baby (Doolittle - 1989)

Um Chagga Lagga (Head Carrier - 2016) (Intro only; aborted)

Something Against You (Surfer Rosa - 1988)

Broken Face (Surfer Rosa - 1988)

Debaser (Doolittle - 1989)

U-Mass (Trompe le Monde – 1991)

Encore:

Vamos (Surfer Rosa - 1988)

Into the White (Complete ‘B’ sides – 2001)

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