Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

30 mai 2021

Renaldo & Clara - Samedi 29 Mai 2021 - La Salamandra (l'Hospitalet de Llobregat)

2021 05 29 Renaldo & Clara Salamandra Barcelone

Grâce à des chiffres Covid19 plutôt bons et avec un poil d’avance sur la France, l’Espagne a repris une vie (un peu) plus normale, et des concerts sont organisés à nouveau depuis quelques semaines… même si, bien entendu, on parle de jauge réduite, de concerts assis avec masques et distanciation. C’est dans ces conditions, qui, on est bien d’accord, valent mieux que rien, que la Salamandra de Barcelone organise une “édition limitée” de son Let’s Festival, ce qui nous permettra ce soir d’assister, avec moins de 50 personnes, au set de Renaldo & Clara.

2021 05 29 Renaldo & Clara Salamandra Barcelone (11)

Renaldo & Clara, ce n’est pas un duo, mais un groupe que l’on imagine nommé ainsi en référence au film de Bob Dylan (même si je n’ai pas trouvé confirmation de cette hypothèse sur le net) : un groupe constitué autour de la chanteuse catalane Clara Viñals, qui officiait au départ plutôt dans le folk et a abordé avec son dernier album, “l’Amor Fa Calor”, un virage électro peut-être un peu opportuniste. De la musique agréable, facile, qui oscille entre sensibilité atmosphérique et mélodies potentiellement commerciales.

20h30 : sur scène, Clara est accompagnée d’un trio de musiciens – deux claviéristes qui joueront aussi l’un de la guitare et l’autre de la basse, et un batteur – et de deux choristes enjouées qui renforceront la richesse vocale du set tout en mettant une ambiance sympathique. Le son est excellent, mettant en valeur aussi bien les effets de synthés que la délicatesse de la voix de Clara, décidément une très bonne chanteuse si l’on ne craint pas ses intonations infantiles, dans le genre très couru en France aussi d’ailleurs, des “lolitas pop”. La scène de la Salamandra est très haute, ce qui offre une belle visibilité à un public debout, mais s’avère un peu inconfortable quand on est assis, et dans les premiers rangs.

2021 05 29 Renaldo & Clara Salamandra Barcelone (18)

Le set commence par des chansons de “l’Amor Fa Calor”, ce qui tombe bien car c’est le seul que je connais, un album paru l’année dernière mais, d’après ce que j’ai compris, jamais encore interprété sur scène. « D’après ce que j’ai compris »… car si Clara est plutôt bavarde entre les morceaux, qu’elle aime présenter, elle s’exprime… en catalan, qui est loin d’être facile à comprendre, même si on est bien d’accord que la connaissance du français, du portugais et de l’espagnol aide un peu. Bref, elle raconte plein de choses qui font visiblement sourire, voire rire le public local, ce qui est bon signe… mais ne nous éclairera guère sur ses compositions. On a à peu près compris que la Finestra, l’une des meilleures chansons de l’album, avait un rapport avec le confinement et le fait de voir le monde au dehors – pas besoin d’être très malin pour le deviner !

Cette musique à la fois gaie et mélancolique mériterait qu’on danse dessus, mais quand quelques spectateurs – incités par le groupe - tentent de se lever, le personnel de la salle leur demande de se rasseoir : notre liberté a clairement ses limites ! Du coup, le passage le plus réussi du set sera peut-être le moment intimiste où Clara nous interprète le très beau Llindar Absolut en solo, puis Gira-Sols en duo avec l’un des Renaldos…

2021 05 29 Renaldo & Clara Salamandra Barcelone (38)

De manière assez prévisible, mais agréable, la dernière partie du concert sera consacrée aux chansons les plus entraînantes (L'Atur És El Futur, L'Amor Fa Calor), même si l’on peut regretter que le groupe, qui en a clairement le potentiel, ne monte pas plus en intensité et se tient finalement dans une sorte de réserve, certes de bon goût, mais pas très rock’n’roll !

Le set se boucle sur un sing-along (« llum, llum, tut, tut » ou quelque chose du genre…) et on se quittera au bout d’une heure dix minutes charmantes, avec ce doux sentiment d’un (presque) retour à la normale.

Au stand de merchandising, Clara ne vend que des t-shirts, étant en rupture de CDs et de vinyles, m’expliquant – en espagnol, heureusement -, que l’usine de production a des problèmes. C’est quand même ballot, ça… quand on essaie de redémarrer la scène !

 

Les musiciens de Renaldo & Clara sur scène :
Clara Viñals - voix, guitare

Víctor Ayuso - basse, claviers

Genís Bagès - batterie

Hugo Alarcón – guitare, claviers

+ deux choristes

 

2021 05 29 Renaldo & Clara Salamandra Barcelone (36)

La setlist du concert de Renaldo & Clara :
Millions (L'Amor Fa Calor – 2020)

Per Fer-te Una Idea (L'Amor Fa Calor – 2020)

La Finestra (L'Amor Fa Calor – 2020)

Història (L'Amor Fa Calor – 2020)

Monument (Els Afores – 2017)

Una Vegada (L'Amor Fa Calor – 2020)

Els Afores (Els Afores – 2017)

Fent Amics (Els Afores – 2017)

Llindar Absolut (Els Afores – 2017)

Gira-sols (Fruits Del Teu Bosc – 2014)

No Penso en Res (L'Amor Fa Calor – 2020)

D. (Renaldo & Clara EP – 2009)

L'Atur És El Futur (L'Amor Fa Calor – 2020)

Rodones (L'Amor Fa Calor – 2020)

L'Amor Fa Calor (L'Amor Fa Calor – 2020)

Encore:

Uns Graus Més (Els Afores – 2017)

La Finestra (L'Amor Fa Calor – 2020)

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01 mars 2021

Elliott Murphy - Vendredi 9 Octobre 2020 - Le Plan (Ris-Orangis)

2020 10 09 Elliott Murphy Le Plan Billet

Quand nous avions parlé à Elliott Murphy en octobre 2019, à l’époque de la sortie de son excellent nouvel album “Ricochet”, nous avions sereinement pris rendez-vous pour son concert d’anniversaire rituel au New Morning, en mars 2020. Il était totalement impossible d’imaginer alors que le monde allait s’écrouler au début de l’année, et que le set du New Morning serait l’un des tous premiers annulés, quelques jours seulement après le début du confinement. Il n’était donc que justice de faire le trajet jusqu’à Ris-Orangis pour assister au retour sur scène d’Elliott – avec Olivier (Durand) et Melissa (Cox) – dans un Plan nouvellement aménagé pour offrir des concerts assis, dans un parfait respect des règles sanitaires…

2020 10 09 Elliott Murphy Le PLan (4)

Sept mois sans jouer sur scène pour Elliott, ce sont d’après lui les plus longues “vacances” qu’il ait jamais prises, et il faut bien admettre que ça ne doit pas être très facile de revenir face à une petite centaine de personnes assises et masquées. Heureusement, l’ami Olivier est là en support avec sa guitare magique, tandis que Melissa va enrichir les chansons de nappes de violon. Si la salle n’est pas remplie ce soir malgré la jauge réduite – effet de l’éloignement de Ris-Orangis ? manque de publicité faite autour de ce concert ? – on peut compter sur un petit contingent du Murphyland pour animer la salle !

« Oh won't you be my night connection / I'll give you true highway affection / Please don't ask where we're goin' / I'm tryin' to race the light / And we can drive all night… » : Murphy attaque la soirée par le merveilleux Drive All Night, mais dans une version ralentie, rendue mélancolique par l’ajout du violon… qui transforme cette célébration joyeuse de la fougue adolescente et des possibilités d’un futur ouvert à la vie en une sorte de rappel nostalgique de la beauté des choses que nous avons perdues depuis l’arrivée du Covid19… Elliott nous rappelle que le Plan est la salle où il a fait connaissance d’Olivier, même s’il ne se souvient pas exactement de l’année, ou bien ne sait pas la dire en français : s’il a fait de notables progrès dans notre langue (peut-être un effet positif des vacances forcées ?), tout n’est pas encore parfait…

2020 10 09 Elliott Murphy Le PLan (14)

On enchaîne par Made in Freud, un extrait de l’album “Beauregard” quasiment jamais joué en live, mais c’est surtout le magnifique Someday All This Will Be Yours qui sonne particulièrement amer en ce moment : quel est donc ce monde que nous laissons à nos enfants ? La promesse d’avenir inhérente à la paternité a un goût de cendres, et ce set, admettons-le, ne sera pas porté par l’enthousiasme auquel Elliott et Olivier nous ont habitués au fil des années… L’interprétation enlevée du réjouissant – et également très rare sur scène - Deco Dance, illuminée par le violon de Melissa, ne change pas fondamentalement le “mood” de la soirée, d’autant que siffler pour accompagnement Elliott sous le masque n’a rien d’évident ! La colère de What the Fuck is Going On, une « protest song » (à la manière d’Elliott…) écrite à l’occasion de la crise économique de 2008 est tellement pertinente aujourd’hui. Elliott plaisante quand même en nous demandant si nous comprenons son français, sans doute difficile à cause de son fort « accent parisien »,… même si l’accent du Havre d’Olivier est pire !

Fix me a Coffee, tiré de “Soul Surfing”, confirme qu’Elliott a plutôt choisi de nous régaler de raretés ce soir en lieu et place de ses “hits” (enfin, on se comprends…), mais une ligne comme « We have so much in common / our favorite number is 3… » fait toujours son petit effet. Et quand Elliott plaisante en expliquant que son porte-harmonica, acheté en 1971, est « la seule pièce encore d’origine en moi ! », on peut se demander si la nostalgie du temps qui passe ne se conjugue pas à la fatigue que nous ressentons tous à ces concerts qui ne peuvent pas totalement en être ?

Et, de fait, c’est quand la set list embrasse franchement la tristesse délicate de trois immenses chansons, You Never Know What You’re In For, Navy Blue et l’incomparable On Elvis Presley’s Birthday – qui nous brise le cœur à chaque fois -, que le set décolle véritablement, et qu’on retrouve le génie d’Elliott, et les raisons pour lesquelles on n’a jamais cessé de l’adorer depuis son apparition dans nos vies au début des 70’s…

2020 10 09 Elliott Murphy Le PLan (37)

Mais il est temps de boucler la soirée, avec deux récompenses, A Touch of Kindness – et son solo toujours aussi sidérant d’Olivier – et, bien entendu, Last of the Rock Stars. Elliott nous a demandé de nous lever pour que nous nous sentions tous un peu plus “normaux”…, mais nous ne pouvons bien entendu pas bouger de devant nos sièges…

Petite plaisanterie avant d’interpréter Better Days en rappel, Elliott fait mine d’appeler son ami Springsteen en coulisses pour qu’il le rejoigne, en vain… Bah, la prochaine fois sans doute, quand la fin de la pandémie permettra à Bruce de prendre l’avion à nouveau !

Elliott annonce que le confinement ne l’a pas inspiré, et qu’il a écrit une seule nouvelle chanson, le jour où le confinement a pris fin. Et qu’elle s’appelle Hope. On en restera donc là-dessus, après 1h45, soit une durée de set un peu courte pour Elliott, sur une chanson d’espoir. Dont nous avons tellement besoin.

Merci à Elliott d’être toujours là, à nos côtés, et, bien entendu, au Plan pour cette réorganisation qui nous permet d’assister à nouveau à des concerts ! »

 

Les musiciens d’Elliott Murphy sur scène :
Elliott Murphy – chant, guitare, harmonica

Olivier Durand – guitare, chœurs

Melissa Cox – violon, chœurs

 

2020 10 09 Elliott Murphy Le PLan (32)

La setlist du concert d’Elliott Murphy :
Drive All Night (Just a Story from America – 1977)

Made in Freud (Beauregard – 1998)

Someday All This Will Be Yours (Ricochet -2019)

Take That Devil Out of Me (Elliott Murphy – 2010)

Deco Dance (Night Lights – 1976)

I Want to Talk to You (La Terre Commune – 2001)

What the Fuck Is Going On (Ricochet -2019)

Fix Me a Coffee (Soul Surfing – 2002)

Chelsea Boots (Prodigal Son – 2017)

Alone in My Chair (Prodigal Son – 2017)

You Never Know What You're In For (Night Lights – 1976)

Navy Blue (Notes from the Underground – 2008)

On Elvis Presley's Birthday (12 -1990)

A Touch of Kindness (Coming Home Again – 2007)

Last of the Rock Stars / Shout / Last of the Rock Stars (Aquashow – 1973)

Encore:

Better Days (Bruce Springsteen cover) (Ricochet -2019)

Hope (new song)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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27 février 2021

Fontaines DC - Mercredi 8 Octobre 2020 - Studio 104 (Paris)

2020 10 07 Fontaines DC Studio 104 Billet

Cette apparition au Studio 104 de Fontaines DC, l’un des jeunes groupes dont on parle le plus ces dernières années, dans un Paris toujours largement privé de concerts, en dépit des petites initiatives de résistants qui permettent à la musique live de continuer à exister, est ce qu’on appelle un EVENEMENT, un vrai… Et pas l’un de ces faux événements systématiquement auto-proclamés, comme les professionnels du Marketing en sont coutumiers : pour le coup, ce n’est pas nous qui l’affirmons, c’est l’ami Mishka Assayas, qui dit quelques mots d’introduction à 21h, sur la scène du Studio 104 de la Maison de la Radio. On se permet de qualifier Mishka “d’ami”, parce qu’on a lu tellement de ses excellents articles dans Rock & Folk, les Inrocks ou Libé, que sa voix, drôle et chaleureuse, nous a aidés à construire notre culture musicale… et qu’il est donc touchant de l’entendre, lui, parler de la rage d’exister de Grian Chatten, une rage qui a rallié à la cause de Fontaines DC tout un public qui se reconnaissait dans sa musique.

2020 10 07 Fontaines DC Studio 104 (4)

L’auditorium du Studio 104 est évidemment complet – les 350 places de la jauge réduite étant parties en quelques minutes sur le site de France Inter -, et le set sera filmé, ce qui ne nous surprendra pas, vu son caractère exceptionnel.

« You shoulda heard me in the lounger / Telling people what they was / Spitting out all types of sugar / Just dying for a cause… ». I don’t belong ouvre le set, superbe déclaration d’intention, pleine d’ambigüité et de poésie – car on sait bien que les textes de Chatten sont tous sauf de bêtes proclamations d’indépendance vociférées par un adolescent attardé, et se rattachent finalement à la longue tradition littéraire de Dublin. Si le look de Grian reste très juvénile, s’il maltraite son maillot rayé bleu et blanc et ses poches de pantalon avec une sorte de gêne distraite qui traduit un inconfort un peu immature, s’il préfère regarder vers le ciel – enfin le plafond, ici – que vers son public – assis et masqué -, il manifeste ce soir une véritable présence sur cette grande scène pourtant anonyme.

Le Fontaines DC de ce mercredi 7 octobre n’a pas grand-chose à voir avec le groupe assez désagréablement détaché et peu concerné de leur dernier passage au Bataclan. Aidés par un son magnifique – la magie d’une excellente salle – et heureusement très fort, avec des guitares joliment agressives, les musiciens ont attaqué ce concert avec détermination et confiance. Derrière les mots de rage et d’inconfort, de doute et d’interrogation de Grian, c’est désormais un groupe qui semble plus apaisé qui officie. Televised Man confirme en live sa force, seulement entrevue sur l’album, mais c’est – logiquement – le puissant Chequeless Reckless, avec sa colossale ouverture à la batterie, qui marque l’entrée de la soirée dans une ambiance de… VRAI CONCERT DE ROCK !

2020 10 07 Fontaines DC Studio 104 (22)

« You're so real, I'm a show reel / You work for money and the rest, you steal / I feel like an old tattoo / I feel like I'm falling for you » : Sha Sha Sha est pur plaisir, et on se regarde dans le public, sourires presque invisibles derrière les masques chirurgicaux : quel bonheur d’être ici ce soir, de pouvoir oublier pendant une courte heure cette horrible année 2020, avec sa pandémie et ses leaders politiques obscènes ! Oui, nous avons besoin, plus que jamais, de musique ; oui, nous avons besoin de gens aussi sincèrement en colère – et intelligents dans leur manière de l’exprimer – que Fontaines DC…

La set list est un mélange équilibré entre les beaux morceaux de A Hero’s Death, et les cris de colère de Dogrel, et contentera donc tout le monde. Sur Hurricane Laughter, torrent de violence bruyante, Grian essaie de nous faire nous lever, mais il n’y aura que trois spectateurs qui danseront quelques minutes : pourtant, même si jouer dans ces circonstances est certainement frustrant, même si écouter de la musique dans ces conditions est évidemment loin de l’idéal, la communication est établie entre le groupe et le public, qui savoure les mots, clamés par Grian d’une voix qui paraît beaucoup plus assurée qu’auparavant : « Dublin in the rain is mine / A pregnant city with a catholic mind / Starch those sheets for the birdhouse jail / All mescalined when the past is stale, pale », c’est Big, la grande évidence. Même si plutôt que GRAND, on croit sincèrement que l’important est que Grian soit VRAI.

2020 10 07 Fontaines DC Studio 104 (33)

Oh Such a Spring, seul morceau… calme de la soirée, cristallise l’émotion (« Down by the docks / The weather was fine / The sailors were drinking American wine / And I wished I could go back to spring again… », et nous, donc !), avant l’envol final de Too Real – avec une impressionnante basse sépulcrale - et Boys in the Better Land. Et puis I Was Not Born clôt le set, l’heure étant bien dépassée. On espère un rappel, on attend, mais clairement ce n’est pas dans les règles de la Maison de la Radio. Pas vraiment grave, une heure de musique et de poésie comme ça, ça nous a redonné des forces.

Plus tard, retrouvant les musiciens sur la terrasse froide du restaurant du coin, on tiendra à les rassurer : « Bon, on ne s’est pas levés - sauf à la fin, bien sûr -, mais ça ne voulait surtout pas dire que vous ne nous avez pas touchés, bien au contraire… ». Touchés, on l’a été. Et aussi persuadés que le printemps reviendra, c’est sûr !

 

Les musiciens de Fontaines DC sur scène :

Carlos O'Connell - guitare

Conor Curley - guitare

Conor Deegan III - basse

Grian Chatten - chant

Tom Coll - batterie et percussions

 

2020 10 07 Fontaines DC Studio 104 (39)

La setlist du concert de Fontaines DC :

I Don't Belong (A Hero’s Death – 2020)

Televised Mind (A Hero’s Death – 2020)

Chequeless Reckless (Dogrel – 2019)

Sha Sha Sha (Dogrel – 2019)

A Hero's Death (A Hero’s Death – 2020)

Hurricane Laughter (Dogrel – 2019)

Big (Dogrel – 2019)

You Said (A Hero’s Death – 2020)

Oh Such A Spring (A Hero’s Death – 2020)

A Lucid Dream (A Hero’s Death – 2020)

Too Real (Dogrel – 2019)

Boys in the Better Land (Dogrel – 2019)

I Was Not Born (A Hero’s Death – 2020)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

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22 février 2021

Jewly - Mercredi 23 Septembre 2020 - Péniche Antipode (Paris)

2020 09 23 Jewly Péniche Antipode Affiche

Quelqu’un disait récemment que, vu l’impossibilité de gagner désormais de l’argent grâce à la musique – au Rock tout au moins, que de moins en moins de gens écoutent -, ce serait les artistes qui ont le plus de choses importantes à dire ou à exprimer qui continueraient… Et qu’on pouvait donc prendre ça pour un effet bénéfique de notre “nouveau monde”. Même si cela ne paraît pas complètement convaincant, ou au moins si c’est assez triste, impossible de ne pas penser à la “nécessité impérieuse” de faire de la musique quand on écoute “Toxic” de Jewly, concept-album où la chanteuse strasbourgeoise raconte une vie de femme marquée par des rencontres difficiles, douloureuses, de son enfance à l’âge adulte. Sa vie ? Bien sûr, rien n’est jamais aussi simple… Mais c’était pour nous une évidence d’aller écouter Jewly chanter, en chair et en os, à son showcase de lancement - différé pour les raisons que tout le monde connaît – de l’album. Surtout quand ce showcase, qui s’avérera un véritable concert de 1h40, se déroule dans un endroit aussi accueillant que la péniche Antipode, sur le Bassin de la Villette…

2020 09 23 Jewly Péniche Antipode (16)

Configuration assise et masques obligatoires, mais quand même l’ambiance d’un vrai concert de Rock quand Jewly et sa bande – des musiciens, originaires de Nancy, qui forment son groupe de scène permanent, et qui sont différents de ceux qui ont joué sur l’album – lancent leur set vers 20h45. Le groupe est un trio guitare – basse – batterie très compact, très cohérent, qui soutient la chanteuse avec assurance, mais également avec un réel talent. On remarquera particulièrement les belles lignes de basse de Seb, tatoué charismatique à la forte présence scénique, mais l’ensemble de la musique jouée ce soir tient vraiment bien la route. Le bon état d’esprit régnant clairement sur scène prouve qu’on n’a pas affaire à de simples accompagnateurs d’une belle voix…

… Car, évidemment, c’est la VOIX de Jewly qui a attiré le public ce soir – le showcase est sold out -, une voix à la fois classique dans le blues ou la soul – Janis Joplin ? – et singulière, qui séduit immédiatement… sans jamais tomber dans la démonstration comme c’est le cas de tant de chanteuses “populaires”. Un chant réussissant à être élégant et captivant, et qui va faire que le set passera comme un rêve, sans passage à vide, sans moment inutile. Certes, toutes les compositions de “Toxic” ne sont pas passionnantes, puisqu’il s’agit là quand même d’un album, redisons-le, qui “raconte” une vie, et “réfléchit” sur la manière dont on peut se construire positivement en dépit d’expériences difficiles, et non d’une simple collection de chansons visant avant tout l’efficacité au premier degré. Mais, peut-être parce que l’album est joué dans sa quasi-intégralité et dans l’ordre, et en dépit de l’absence de vrais temps forts dans la première partie du set, Jewly nous maintient tous en permanence “accrochés” à son chant, à sa voix. Et ça, ce n’est vraiment pas commun !

2020 09 23 Jewly Péniche Antipode (33)

Et puis, à partir d’un Ready To accrocheur, quelque chose se cristallise, sans doute grâce à des titres plus offensifs dans leur forme. On remarque quand même que Jewly a régulièrement du mal à bouger avec ses talons hauts, qui semblent la limiter dans ses mouvements et son expression physique. Oserions-nous lui suggérer d’alléger son look sexy / femme fatale, finalement inutile au regard de sa présence physique naturelle qui ne nécessite aucun artifice supplémentaire, et de faire son show pieds nus et en jeans ? Oui, nous osons !

Face and Change détonne un peu avec ses vocaux en français, moins harmonieux que les textes en anglais. The Stupid Game of, heavy blues fluide et sensuel, confirme son excellence et son statut de single, avec une superbe intervention à la guitare de JC… même si l’on regrette que le titre n’explose jamais : un final plus intense aurait quand même fait un bel effet. Toxicity clôt le set avec un joli fond électro sur lequel nous chantons tous en chœur « Toxic / Non-Toxic » dans un moment ludique, pas si évident que ça alors qu’on doit tous rester assis et dissimulés derrière nos masques.

Comme personne n’a envie de partir, nous avons même droit à un rappel, Kim, extrait du précédent album, “Drugstore”, blues rock traditionnel sur lequel la voix de Jewly fait, forcément, des merveilles.

On se quitte sur une photo de groupe où on essaie tous de sourire malgré les masques, incertains que nous sommes quant à ce que demain nous réserve. Tous heureux quand même d’avoir pu être ensemble à jouer ou écouter de la musique qui parle avec sérieux, sensibilité et empathie de NOUS. Du VRAI ROCK, en fait.

Merci à Jewly pour cette soirée qui aurait pu être seulement noyée dans la pluie qui tombait sur Paris, mais qui a fait renaître en nous des émotions étouffées depuis des mois.

 

Les musiciens de Jewly sur scène :

Jewly – Chant

Raph Schuler - Batterie

Seb Bara - Guitare

JC Bauer – Basse

 

2020 09 23 Jewly Péniche Antipode (38)

La setlist du concert de Jewly :

I Just Need To (Toxic – 2020)

Listen To Myself (Toxic – 2020)

Melody (Drugstore – 2017)

I Am Strong Enough (Toxic – 2020)

Ready To (Toxic – 2020)

Purify (Toxic – 2020)

The Other Side Bang Bang Bang

Face And Change (Toxic – 2020)

The Stupid Game Of (Toxic – 2020)

Survivor

Toxicity (Toxic – 2020)

Encore :

Kim (Drugstore – 2017)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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17 février 2021

We Hate You Please Die / Tapeworms - Jeudi 17 Septembre 2020 - Soirée Take Me (A)oût (Supersonic) - Terrasse du Trabendo

2020 09 17 We Hate You Please Die Supersonic @ Trabendo Affiche

Ceux qui avaient assisté au concert de la veille, au même endroit, de Pogo Car Crash Control, nous avait prévenus : « Quand ça bouge vraiment dans la fosse, sur la Terrasse du Trabendo, c’est difficile, les petites barrières métalliques (maintenant le public à une bonne distance de la scène en ces temps de pandémie…) ne sont clairement pas conçues pour ce genre de situation… ». Mais on est prêt à se faire bousculer à notre tour pour être le plus près possible We Hate You Please Die, groupe rouennais de punk rock qui nous avait vraiment, vraiment impressionnés sur scène… avant la fin du monde…

2020 09 17 Tapeworms Supersonic @ Trabendo (4)

On attend beaucoup de monde ce soir encore, la jauge devrait être atteinte, mais à 20h35, quand le trio lillois Tapeworms monte sur scène, on ne se bouscule pas encore devant la scène. On remarque d’emblée le look de la bassiste et du guitariste, mélange amusant de codes anglais (le bob en particulier, quand même très typé Manchester années 90) et de style asiatique contemporain (les impressionnantes baskets à plateforme…). On ne le mentionnerait pas si leur musique n’était pas exactement à cette image : sur un tapis de bidouillages électroniques, voilà une dream pop chantée à deux voix, qui évolue souvent vers un shoegaze très bruitiste. C’est une démarche intéressante, et on a envie d’y adhérer, d’autant que l’attitude réservée, presque timide des musiciens est sympathique : « Cela fait 7 mois qu'on n’a pas joué, et on ne jouera certainement plus pendant 7 mois… » s’excuse à moitié le chanteur-guitariste. Malheureusement, les chansons manquent de relief, et les vocaux, façon My Bloody Valentine, noyés dans la musique, ne semblent pas toujours très justes. Sur la fin, un morceau - Crush Your Love, du nouvel album, qui sort ces jours-ci, plus rock, plus heavy, réveille notre intérêt. Le set se conclut sur des beat électroniques (« Bon, on arrête le Rock ! ») sur lesquels chantent les 3 musiciens. Pas totalement convaincant, on sent un groupe qui doit encore mûrir…

2020 09 17 We Hate You Please Die Supersonic @ Trabendo (5)

21h35 : la jauge est atteinte, l’excitation devant la scène est palpable, il se prépare un mosh pit, visiblement. We You Please Die, quatuor rouennais désormais chevronné, va nous confirmer en une cinquantaine de minutes qu’ils volent bien au-dessus de la large majorité de leurs contemporains. Ces gens-là ont tout, en fait : des vraies chansons qui transcendent les codes punk rock / garage dans lesquels beaucoup s’enlisent, une présence scénique formidable – Raphaël est une bête ! -, et surtout, une vraie rage, profonde, qui prend littéralement aux tripes. Un cocktail détonnant qui rend chacune de leurs apparitions mémorable.

On commence bien entendu par la parfaite ouverture qu’est Rita Baston, qui met immédiatement le feu aux poudres – et embrase le mosh pit derrière nous. Nous sommes évidemment arrosés à la bière par les nombreux John Relou et Suzy Boulet qui s’imaginent toujours qu’on peut traverser une fosse pendant un concert punk et même danser le pogo avec une pinte de bière à la main – le genre de choses qui vous fait douter un instant de l’intelligence humaine… mais bon, ça fait partie du jeu et de toute manière, Raphaël et sa bande sont tellement enthousiastes, généreux, intenses qu’on a autre chose à penser !

2020 09 17 We Hate You Please Die Supersonic @ Trabendo (22)

Ce qui est étonnant, et vraiment encourageant dans l’évolution du groupe, c’est que, là où autrefois, un tel départ sur les chapeaux de roue (Got the Manchu, Structure, etc.) pouvait être suivi d’une petite baisse de régime, on aura affaire ce soir à un set qui monte en puissance. D’abord parce que Raphaël – dont on peut regretter qu’il joue moins de guitare qu’avant – consacre tout son temps disponible à se lancer dans la foule et à aller danser et même chanter dans le moshpit – même avec un masque, oui ! Ensuite parce que le groupe dépasse clairement le simple alignement de brûlots incandescents, et prend son envol sur les titres un peu moins immédiats ou moins connus, comme Vanishing Cops, dont il nous semble qu’il parle des flics de la BAC, ou comme la formidable “ballade” (bon, on exagère un peu…) Figure It Out, premier grand sommet de la soirée.

Second grand moment, Melancholic Rain, un uppercut en plein dans la face, une déflagration qui nous laisse KO mais heureux. Raphaël est un excellent chanteur, il faut le dire, avec son phrasé impérieux qui nous rappelle (mais ça, c’est nous…) celui de Fred Schneider aux débuts des B-52’s… en plus d’être un showman charismatique avec ses mimiques impressionnantes. « Putain, c’est bon ! », lâche-t-il, avant de nous promettre que « bientôt ça ira mieux… », et puis de se raviser : « Mais qu’est-ce que j’en sais, moi ? C’est ma première pandémie ! »… Sur le nouveau titre, Coca Collapse, ce sont bien les barrières qui commencent justement à “collapser” sous les assauts du public, et les photographes doivent s’arc-bouter pour éviter la chute.

Final habituel avec la grande déclaration d’intention qu’est We Love You Please Die, un morceau enragé et épique, dans lequel Raphaël dit « qu’ils ont mis tout ce qu’ils avaient à dire… ». En tout cas, d’un coup, l’émotion bouleverse Raphaël – l’émotion d’être là, de pouvoir jouer à nouveau, on imagine, et peut-être aussi celle d’une réponse aussi sincère et forte du public. Et là, ce final bascule dans la grandeur, quelques minutes d’extase et de chaos qui font les GRANDS CONCERTS. Oouaouh !

Et si, avec We Hate You Please Die, nous avions désormais nos IDLES à nous, en France ? Le set de ce soir n’était pas loin de le faire penser… 

 

2020 09 17 We Hate You Please Die Supersonic @ Trabendo (32)

Les musiciens de We Hate You Please Die sur scène :

Raphaël (chant, guitare)

Chloé (basse)

Mathilde (batterie)

Joseph (guitare)

 

La setlist du concert de We Hate You Please Die :

Rita Baston (Kids are Lo-Fi – 2018)

Got the Manchu (Kids are Lo-Fi – 2018)

Street of Rage

Structure (Kids are Lo-Fi – 2018)

Kill Your Buddy (Kids are Lo-Fi – 2018)

Minimal Function (Kids are Lo-Fi – 2018)

Vanishing Patience

Barney

Figure It Out (Kids are Lo-Fi – 2018)

Luggage

Terminal

Melancholic Rain (Kids are Lo-Fi – 2018)

Coca Collapse (Waiting Room EP – 2020)

DSM-VI

We Hate You Please Die (Kids are Lo-Fi – 2018)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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12 février 2021

Warmduscher / Johnny Mafia / Structures / This Is the Kit / Bryan's Magic Tears - Samedi 13 Septembre 2020 - Rock In the Barn

2020 09 12 Festival Rock In the Barn Billet

On a presque de la peine à y croire : les organisateurs de Rock In The Barn ont réussi à maintenir leur onzième édition, envers et contre tout, et, on l’imagine bien, avec l’appui de la municipalité locale. Et le programme du festival comprend même des groupes étrangers, prêts à accepter d’être mis en quarantaine à leur retour ! Et, ce qui n’est pas négligeable quand on parle de passer une grande partie de la journée en plein air dans le Vexin, la météo est quasi estivale. Pour que notre bonheur soit complet, il nous restait à espérer que le respect des règles sanitaires soit bien assuré, et là, félicitations aux organisateurs : un service d’ordre vigilant a constamment contrôlé le bon port des masques, et tancé les récalcitrants.

Mais, évidemment, tout ça n’est que le point de départ, il fallait aussi une bonne programmation, pour que la Musique soit belle ! Et, honnêtement – à moins que les privations de ces derniers mois ne nous aient rendus indulgents -, dans ce domaine-là, ça a été de la bombe, bébé ! Plaisir assuré à chaque étape (ou presque…). Et comme les deux scènes, séparées par la fameuse grange, n’étaient distantes que d’une minute à pied, en suivant les parcours soigneusement fléchés, nous avons pu assister à la bagatelle de 8 concerts complets entre 16h30 et 23h30 !

2020 09 12 Péniche Rock In the Barn (9)

16h30 : Péniche n’est pas assez connu encore pour avoir droit à l’une des deux scènes, et joue à même le sol dans la cour de la ferme de Bionval... Pas grave, l’ambiance est bonne, et ce trio originaire de Cholet joue un post-rock purement instrumental, et souvent franchement énervé, virant de manière sympathique au punk rock. Sous le soleil de septembre qui a un goût d'été, ça transpire un max, mais le public adhère, malgré la configuration un peu inconfortable. Avec des titres aux bonnes senteurs marines - Vendée Globe, Thalassa, Deuxième étoile de mer - ces jeunes gens - qui s'enorgueillissent de leurs 18 écoutes sur Spotify - sont étonnamment convaincants, grâce à leur énergie et à des compositions accrocheuses dans un genre pourtant a priori pas facile. L’après-midi commence bien !

2020 09 12 Gaëtan Nonchalant Rock In the Barn (5)

17h15 : on rejoint l'une des deux (vraies) scènes pour découvrir Gaëtan Nonchalant... qui, comme son nom l'indique, a fait le choix d'une musique peinarde et bienheureuse. Les références revendiquées sont Katerine (celui des débuts, pas encore fou furieux...), Louis Chedid ou Pierre Vassiliu... soit quelque chose d'assez loin quand même du Rock, in the Barn ou pas ! On chante les beaux souvenirs d'un été amoureux, l'arrosage des légumes et la nécessité de changer l'eau trouble de l'aquarium, ce qui a son charme, bien entendu. Le groupe est professionnel, avec un beau son de basse (Rickenbacker !), la voix est plus irrégulière, frôlant le faux par instants. Joli moment sur la Berezina, joué en solo avec la complicité du public qui semble connaître ce "local de l'étape", originaire de Vernon. De toute manière, difficile de porter un jugement sur une musique si loin de nos références à nous...

2020 09 12 Bryans Magic Tears Rock In the Barn (21)

18h : Bryan's Magic Tears, l’un des groupes que nous attendions le plus aujourd’hui, est toujours aussi convaincant, mais cette fois dans un cadre idyllique sur la scène B (le soleil déclinant sur les bois, un grand pré derrière la scène...). Toujours cette filiation avec J&MC, mais sans la morgue provocatrice des frères Reid, et avec une légèreté mélodique croissante qui les dispense d'une pose rock'n'roll surannée. Quand cette musique monte en intensité, ça devient vraiment fort ! Et quand le volume sonore monte lui aussi - pas assez, mais bon, on est en France… - on a le droit d'évoquer les instants épiques de My Bloody Valentine (avec les vocaux de Cocteau Twins, me suggère-t-on...). Change (et son final martelé et intense...), « parce qu'il n'y a pas de raison que ça change... PAS ! » : oui, les musiciens de Bryan’s Magic Tears sont un peu plus communicatifs qu'à leur habitude, presque souriants (enfin, sans exagération, hein !). Ils sont visiblement heureux de jouer, « après 9 mois » (une légère exagération, mais on a en effet l'impression que ces mois sans musique live sont interminables). Et si le chanteur se plaint que « la musique, c'est pas comme le vélo... », rassurons-le, le groupe n'a rien perdu de son efficacité. Très beau set, généreux (50 minutes), qui a même le bon goût de déborder sur l'horaire pour nous faire plaisir...

2020 09 12 This Is The Kit Rock In the Barn (12)

Du coup on loupe le début du concert de This is the Kit, qui n'est pas a priori une priorité pour nous. Et pourtant, on a bien tort, car ce que fait la Galloise Kate Stables, sous l'étiquette folk, est bien plus intéressant que ça : accompagnée par un groupe qui joue électrique, Kate nous propose des chansons accrocheuses, festives et plutôt mélodiques, qui ne reposent pas que, comme c'est fréquemment le cas, sur la voix - magnifique, d'ailleurs - de la chanteuse.  En plus Kate prend la peine de parler français – impeccablement (bon, elle est basée à Paris…) - et de faire de l'humour (en particulier quand elle doit s'accorder, ou quand elle a oublié le ton d’une de ses chansons !...). Avec son guitariste Jesse Vernon (amusant, mais véridique !), elle nous offre même une démonstration de solos de guitare joués derrière la tête ! Le folk se mue finalement en un rock émotionnel, presque flamboyant, mais toujours aérien et sensuel. Alors que le soleil se couche sur la ferme de Bionval, le sourire espiègle de Kate est justement un beau rayon de soleil supplémentaire. Une belle découverte, la première de la journée.

2020 09 12 My Expansive Awareness Rock In the Barn (8)

19h45 : on court pour ne pas louper le début du set des très prometteurs Espagnols de My Expansive Awareness. Et de fait, dès l'entrée c'est impressionnant de puissance. Le son est agréablement plus fort, et le quintette de Saragosse balance un rock psyché à la fois évident et plutôt complexe : pas si loin de ce que font Temples avec comme point de départ une référence au psychédélisme « barretien », qui ne plombe pas une musique gardant une agréable légèreté pop. Plutôt que la belle gueule du chanteur, on remarquera les interventions tour à tour pertinentes et décalées au moog et à l'orgue de la part d’un claviériste bien allumé. Les chansons passent de l'émotion vocale au décollage échevelé façon Dandy Warhols. Après quelques chansons très pop qui mettent en joie, le groupe nous offre une rupture étonnante, alors que le set va se terminer : la musique devient plus ambitieuse avec un long morceau sombre et bruyant - après une étonnante, mais un peu complaisante introduction basse + moog. Et même si l'horaire imparti est bien dépassé, le public émigrant vers l'autre scène, une dernière chanson plus intense nous retient encore... En dépit ou à cause de ce changement de style sur la dernière ligne droite, on étiquettera My Expansive Awareness “seconde belle découverte de la journée”…

2020 09 12 Structures Rock In the Barn (18)

20h45 : le programme a pris 15 minutes de retard, ce qui n’est pas un drame. Surtout que l’on va pouvoir assister à un set de Structures, remplaçant au pied levé Hotel Lux, les punks britons ayant jeté l’éponge au dernier moment. Structures confirme immédiatement que l'on ne perd rien au change : ces Amiénois, qui font déjà beaucoup parler d'eux ont, et les chansons et l'attitude qu’il faut pour aller très loin. Bien sûr, les râleurs critiqueront l'adhésion sans réserve aux codes post punk (lumières aveuglant le public et vêtements noirs, basse grondante, batterie qui percute le crâne, chant martial et harangues enflammées…), mais honnêtement, si on a célébré l'année dernière des Fontaines DC et des Murder Capital, on devrait aduler Structures qui n'a pas grand-chose à leur envier.

Le chanteur a un vrai jeu de scène et une vraie belle voix, et le groupe dans son ensemble ne fait pas de quartier. Le public devient frénétique, et Rock In The Barn passe d’un coup à la vitesse supérieure : bon dieu, que ça fait du bien ! A noter une nouvelle chanson au refrain d’actualité : « I know we’re all infected! ». Le chanteur termine le set, un peu court (40 minutes seulement quand on aurait voulu qu’ils restent toute la nuit…) torse nu, alors que la température a bien plongé maintenant que la nuit est là, c’est dire la chaleur qui se dégage ! Si vous ne connaissez pas encore Strictures, ne les manquez pas sur scène, après la fin du monde…

2020 09 12 Johnny Mafia Rock In the Barn (19)

21h30 : Les Big Byrd de Suède s’étant eux aussi désistés en dernière minute (pas bien, ça !), une petite musique cérémonieuse et un peu ringarde accueille Johnny Mafia – le groupe punk ultime originaire de Sens, d’après eux “la capitale du monde”. Un groupe qui célèbre ses dix ans d’existence, mais a vraiment le vent en poupe en ce moment, combinant un punk rock forcené, très américain – des Ramones à Green Day, disons – et un sens de la déraison très fun. Car, oui, si les albums accrochent grâce à la qualité des compositions, sur scène, Johnny Mafia est une machine de guerre, menée par un batteur démentiel, Enzo. Après un démarrage sur les chapeaux de roue, ou même sur les jantes, les pneus étant restés collés au bitume, on réalise au bout d’une quinzaine de minutes quelles sont les limites de l’exercice : notre propre capacité à tenir le rythme sans ralentissement du tempo ! Et puis, les restrictions liées à la situation sanitaire ne permettent pas réellement le déclenchement d’un pogo général qui nous ferait pourtant tellement de bien… Malgré ce petit coup de mou – de la part du public, pas de la part du groupe, impérial, nous aurons droit à un final particulièrement sanglant, avec Ride (du moins il nous semble avoir reconnu ce morceau…). 45 minutes littéralement furieuses.

Du coup, il nous reste – pour la première fois de la journée - quinze minutes pour souffler un peu, avec le couronnement du programme du samedi… les formidables, et étonnamment sous-estimés Warmduscher. Il est 22h30 : « Un groupe qui a réussi à traverser la Manche, c'est un exploit ! », commentent les organisateurs après avoir rappelé une fois de plus – comme avant chaque set – les règles sanitaires. Mais les exploits, ça les connaît, les joyeux allumés de Warmduscher, les “rois de la débauche dangereuse”, la “crème de la crasse”, les “experts du rock’n’roll fracture”, comme les qualifie la presse Outre-Manche.

2020 09 12 Warmduscher Rock In the Barn (8)

De fait, quand on découvre le groupe sur scène, c’est un choc : un assemblage aussi hétéroclite de musiciens aux looks absurdement différents, c’est à notre connaissance du jamais vu. Un chanteur américain en survêtement blanc coiffé d’un stetson blanc, un bassiste black à la classe folle, un guitariste qui a l’air d’avoir joué avec les Pogues de la grande époque, un claviériste très Human League, et un incroyable batteur blond tatoué qui semble sortir tout droit d’un groupe de Death Metal scandinave ! Mais en fait, ce bariolage visuel reflète parfaitement une musique qui part effectivement dans tous les sens : garage rock, hip hop, blues, soul jazzy, et surtout désormais disco bien agressive ! Avec des chansons dont la durée, généralement courte, ne semble obéir à aucune règle, puisqu’on a régulièrement l’impression que les musiciens laissent tomber la chanson au bout de deux minutes parce qu’elle les ennuie déjà…

Il serait facile de considérer Warmduscher comme une sorte de plaisanterie de mauvais goût si leurs chansons n’étaient pas aussi addictives, réjouissantes même. Et de toute manière, il suffit de vivre les étonnantes poussées d’hystérie que déclenchent dans le public la combinaison de ces rythmiques obsessionnelles et des cris suraigus du chanteur : ça, c’est indubitablement la marque d’un vrai groupe !

Bon, les musicos descendant une bouteille de Johnny Walker Black Label au goulot, on se dit que le plaisir ne va pas trop durer, mais Warmduscher tient le coup pendant la petite heure prévue, et nous laisse ravis et épuisés. La parfaite conclusion d’une après-midi et d’une soirée bien remplies.

Il est temps de rentrer à la maison, non sans remercier une dernière fois pour leur ténacité et leur sérieux ces véritables héros du Rock’n’Roll que sont les organisateurs de ce Rock In The Barn 11ème édition. C’était tout simplement magique ! »

Les musiciens de Warmduscher sur scène :

Clams Baker Jr (Craig Louis Higgins Jr) - vocals

Lightnin’ Jack Everett (Jack Everett) - drums

Quicksand (Adam J Harmer)- guitar

Mr. Salt Fingers Lovecraft (Ben Romans-Hopcraft) - bass

The Witherer aka Little Whiskers (Quinn Whalley) – noise / electronics

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

07 février 2021

No Money Kids / Howard - Mercredi 9 Septembre 2020 - Soirée Take Me (A)oût (Supersonic) - Terrasse du Trabendo

2020 09 09 No Money Kids Supersonic @ Trabendo Leaflet

Alors que la pandémie se poursuit sans faiblir, et que tous les concerts encore prévus pour le dernier trimestre de cette triste année 2020 sont annulés les uns après les autres, comment ne pas être infiniment reconnaissants vis-à-vis des équipes du Supersonic et du Trabendo qui jouent les prolongations en septembre ? Voilà peut-être les dernières occasions que nous ayons, avant ce long hiver musical qui s’annonce, de vibrer dans un concert debout de taille moyenne…

Ce soir, nous sommes venus voir et écouter No Money Kids, duo blues rock à l’excellente réputation, mais – et c’est là la beauté du live – nous repartirons plutôt convaincus par la prestation de Howard, en première partie…

2020 09 09 Howard Supersonic @ Trabendo (9)

20h30 : Howard est donc un trio parisien qui déclare faire du Fuzz Rock – quoi que ce soit que cela signifie, si ce n’est leur usage immodéré (et on aime ça !) de la distorsion et du fuzz -, que l’on trouve sur MusicBrainz.org étiqueté comme groupe stoner, et qui, à notre humble avis, joue surtout du Rock 70’s avec la même fougue et la même foi que les meilleurs groupes de cette époque (…qu’on a tendance à trouver de plus en plus “bénie”, par rapport à la nôtre…).

Howard attaque son set avec une puissance dévastatrice – et là, le qualificatif est parfaitement approprié – et avec Quicklime, morceau étendard de leur dernier album, “Obstacle”, sorti deux jours avant le confinement (« on a eu le nez creux », plaisante JM, mi-figue, mi-raisin). Le son est, comme toujours sur la Terrasse du Trabendo, excellent mais surtout très fort, bien comme il faut. Vient ensuite Make Up Your Mind, avec sa mélodie évidente et sa rythmique irrésistible. Un très beau début de concert…

Bien entendu, la présence scénique de l’impressionnant JM et son chant lyrique frappent d’emblée, mais, sans vouloir vexer les deux autres membres du groupe, c’est rapidement vers Raphaël, responsable des claviers, que notre attention s’oriente… Raphaël est aux commandes de divers instruments, du plus classique – le bon vieil orgue, comme au temps de Doors – au plus original – le thérémine, que Raphaël manie (et c’est là le bon terme, puisque le contrôle de cette “scie musicale” électronique se fait par le mouvement des mains dans l’air) avec une habileté peu commune. Et disons-le tout net, cette prépondérance des claviers dans la musique fait la singularité de Howard, et ajoute une belle excitation par rapport aux riffs de guitare agressifs et aux roulements d’une batterie que l’on qualifiera, sans crainte des clichés, de tellurique.

Durant le confinement, de nouvelles chansons sont nées, que le groupe interprète donc pour la première fois en public, et il peut en être fier, puisque ces nouvelles compositions impressionnent d’emblée. Nous nous souviendrons d’un déluge épique (et assourdissant !) déchaîné par les claviers, nous vrillant littéralement le cerveau, sur l’un de ces nouveaux morceaux.

Le chant de JM impressionne par sa vigueur, mais aussi par sa force émotionnelle, qui ravive justement ces doux souvenirs du Rock des seventies, beaucoup plus intense, et sans doute plus innocent que la majorité de la musique actuelle (à un moment, difficile de ne pas penser à Steppenwolf, par exemple, c’est dire à quel niveau joue Howard !). Le set se termine au bout de 45 courtes minutes, par Evil, un classique extrait de leur premier EP, qui a en effet quelques connotations stoner bien plaisantes.

Encore un excellent groupe français à suivre !

2020 09 09 No Money Kids Supersonic @ Trabendo (03)

21h45 : Après le long exercice de l’installation du matériel, conséquent, de No Money Kids – y compris un néon rose du plus bel effet au fond de la scène -, Félix et JM attaquent leur set. La première chanson, très accrocheuse, rappelle immédiatement le style, et même le son de guitare des Black Keys… ce qui n’est pas une mauvaise référence, loin de là, mais gêne quand même un peu. Heureusement, l’idée, assez magistrale des No Money Kids, est de mêler ce blues (indie) rock à des sonorités électro plus contemporaines : assez rapidement, le duo nous offre des montées en tension vraiment intéressantes, qui laissent bien présager de la suite. De plus, Félix chante particulièrement bien, avec la voix légèrement soul qu’il faut pour animer cette musique un tantinet… mécanique.

Malheureusement, au bout de 15 minutes, gros problème technique, la batterie préenregistrée rendant l’âme. Il faudra de longues minutes pour réparer, et, indiscutablement, le set ne s’en relèvera pas. Quelque chose s’est décroché, et le public danse gentiment sur les rythmiques blues-soul, sans que l’excitation ne monte vraiment. Et puis, peut-être que la générosité, l’enthousiasme de Howard nous ont trop convaincus pour que la musique, qui semble en comparaison plus calculée, plus policée de No Mone Kids nous enthousiasme ce soir.

Malgré deux rappels qui concluront un set d’une heure finalement assez longuet, malgré une paire de mélodies accrocheuses parmi les chansons finales, il n’y aura pas de vraie rencontre ce soir entre No Money Kids et son public… Nous quitterons la Terrasse du Trabendo un peu déçus… et préférant plutôt nous souvenir de la prestation prometteuse de Howard.

 

Les musiciens de Howard sur scène :

JM Canoville – chant, guitare

Tom Karren – batterie

Raphaël Jeandenand – claviers, thérémine

 

La setlist du concert de Howard :

Quicklime (Obstacle – 2020)

Make Up Your Mind (Obstacle – 2020)

Gone (Obstacle – 2020)

I Hear a Sound

Telescope

Seeds of Love

The Path (Obstacle – 2020)

Evil (Howard I EP – 2018)

 

Les musiciens de No Money Kids sur scène :

Félix Kazablanca : chant, guitare

JM Pelatan : claviers, samples, basse

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02 février 2021

Noir Boy George / Nodern Men - Vendredi 28 Août 2020 - Soirée Take Me (A)oût (Supersonic) - Terrasse du Trabendo

2020 08 28 Noir Boy George Supersonic @ Trabendo Leaflet

Programme radical aujourd’hui pour cette soirée Take Me (A)out, longtemps menacée par la pluie, qui ne s’arrêtera qu’une demi-heure avant le début des hostilités : d’abord le duo qui excite tout le monde en ce moment, Modern Men, et ensuite l’inénarrable Noir Boy George, dont on ne parlait plus guère pourtant depuis son explosion en 2013-2014. On est prêts psychologiquement à une expérience des plus sévères, et du coup, on est surpris par le taux de remplissage de la Terrasse du Trabendo : très vite, l’entrée est fermée, la jauge étant atteinte. Est-ce le retour de vacances des Parisiens ? Est-ce un contingent messin débarqué du Grand Est pour la “Metz Noire” ? Ou est-ce tout simplement que le public Rock a fini par se rendre compte qu’il se passait des choses formidables dans le Parc de la Villette, grâce aux équipes du Supersonic et du Trabendo ?

2020 08 28 Modern Men Supersonic @ Trabendo (3)

20h30 : Modern Men, c’est Adrian, chanteur des excellents MNNQNS – avec sa classe bressonienne (« Le Diable Probablement ») et son charme irradiant – à la guitare, et Quentin, moins connu, mais qui s’avère un frontman intense et charismatique, aux machines. L’idée – qu’ils présentaient comme une sorte de plaisanterie au départ – c’est de faire de la musique qui s’inspire de plein de choses contemporaines ambitieuses : on pense aux Sleaford Mods du fait des harangues sanguines d’Adrian, mais aussi à Taxi Girl, avec l’occasionnelle poussée pop synthétique – et aussi avec le look d’Adrian, bien sûr… (Et puis, comment ne pas prendre le nom adopté par le duo comme une référence aux “Jeunes Gens Modernes” des années 80 ?). On frôle l’industriel quand les deux complices frappent de manière martiale sur une table et un tuyau métalliques, puis on se permet une incursion dans le punk rock à guitare énervée. Les voix semblent occasionnellement frôler le chant religieux… Bref, c’est tout et n’importe quoi, mais ça fonctionne impeccablement bien. Malgré l’option bruitiste, il y a des vraies chansons qui accrochent l’oreille, et il y a aussi cette saine rage que mérite tellement notre monde en pleine déliquescence. Nous, devant la scène, tour à tour fascinés et excités, on passe 35 minutes passionnantes. Modern Men, on en reparlera très vite, car ça fait du sens, et c’est très beau. Merci à Quentin et Adrian !

2020 08 28 Noir Boy George Supersonic @ Trabendo (2)

Noir Boy George, c’est une toute autre histoire. C’est très punk bien sûr de monter sur scène à 21h45, avec 15 minutes de retard alors que le temps est quand même compté, qui plus est bien imbibé déjà à la vodka et à la bière. C’est encore plus punk d’avoir des problèmes techniques à répétition, de faire un peu tout tomber par terre au cours du set, de se faire plaquer au sol en pleine chanson par un pote tout aussi alcoolisé. On est bien d’accord, là-dessus. Le problème quand même, c’est que ça décourage le public – hormis les fans hardcore qui sont aux anges – et ça fait même rire, puis fuir, pas mal de gens pourtant de bonne volonté. Finalement, l’humour du lamentable, ça atteint très vite ses limites. Bon, je sais, on me répondra que c’est de la provoc’, et que nous n’avons pas le sens de l’humour…

Sauf que, si le cirque de Noir Boy George nous a autant énervé, c’est que ce mec a un talent formidable. Et que c’est donc rageant de le voir le gâcher en jouant au débile profond. Durant les quarante-cinq minutes de ce que l’on peut difficilement qualifier de set, il y a eu deux ou trois moments où on a frôlé l’extase. Oui, oui ! Bon, l’extase dans la noirceur, mais l’extase quand même. Quand la conjonction de cette espèce de bouillie électronique sursaturée que crache la machine de Noir Boy George, et de ces mots terrifiants qu’il déclame crée un sentiment de douleur infinie : « Plus jeune mon père me disait / "On te retrouvera dans le caniveau / Une aiguille plantée dans le bras / Et tu vivras sous les ponts" / Putain, mon père, ce mec / Qui a eu tort toute sa putain de vie / Pour une fois il avait raison ! /… / Car je suis Messin plutôt que Français / Pédé plutôt que Français / Bougnoule plutôt que Français / Sidaïque plutôt que Français… ». Et, d’un seul coup, par exemple sur A l’Est de ton Cœur, vraiment bouleversant, ou sur le final (Amour Noir ? je ne suis pas sûr…), ce que fait Noir Boy George devient purement et simplement vital. Exceptionnel.

2020 08 28 Noir Boy George Supersonic @ Trabendo (23)

Et puis il retombe dans le grand n’importe quoi, le second degré (?) inepte : brailler « Ton bébé congelé ! » devant des spectateurs qui ricanent, ce n’est pas vraiment punk, finalement, c’est juste trop… facile. A la fin, quand Noir Boy George disparaît (pour aller boire un autre coup ?), un mec derrière nous hurle : « Enculé de Messin ! Enculé de Messin !) ». Et c’est exactement ça que j’ai en tête. Avec Noir Boy George, le Rock français tient un talent unique, c’est vraiment trop bête de le noyer dans l’alcool et la dérision.

Grosse expérience en tout cas ce soir, et toutes nos félicitations au programmateur de ces soirées Take Me (A)out pour la pertinence et l’acuité de ses choix ! 

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27 janvier 2021

Mars Red Sky / Little Jimi - Mardi 25 Août 2020 - Soirée Take Me (A)oût (Supersonic) - Terrasse du Trabendo

2020 08 25 Mars Red Sky Supersonic @ Trabendo

De vrais bonnes nouvelles pour tous les amateurs de musique live, une denrée dont nous sommes dramatiquement privés depuis près de 6 mois : d’abord, l’initiative gagnante Take Me (A)out sera poursuivie en septembre, et même si le temps de début d’automne pourra rendre la tenue de certaines soirées plus incertaine, c’est quand même la garantie pour les music lovers que nous sommes de pouvoir encore voir et écouter d’autres bons groupes français sur scène. Ensuite, avec la fin des activités estivales dans le Parc de la Villette, et en particulier des séances de cinéma en plein air qui démarraient à 22 heures, le couvre-feu est désormais étendu jusqu’à 22h30 ! Et dès ce soir, les deux groupes prévus vont pouvoir nous offrir PLUS de musique, et se rapprocher du timing d’un VRAI concert. Alors, heureux ?

Aujourd’hui, programme 100% bordelais et 100% lourd et métallique, avec les héros respectés de Mars Red Sky et leurs protégés de Little Jimi. Pour une fois, l’entrée est payante, et la soirée est sold out, la jauge maximale dans le nécessaire respect de la distanciation ayant été atteinte. Bravo !

2020 08 25 Little Jimi Supersonic @ Trabendo (6)

20h : Little Jimi, oui, ils viennent donc de Bordeaux, comme leurs “parrains” de Mars Red Sky. Ils jouent du rock psyché bon teint, dans une configuration plutôt originale : deux guitares et une batterie. Et une dynamique pas commune, avec des morceaux plutôt longs, sans beaucoup de vocaux, sur des tempos moyens. Les deux guitaristes n'étant pas manchots, c'est parfois très beau, mais ce n'est pas facile de se laisser emporter, alors que la lumière du jour est encore forte, dans un tel trip, certes joliment bruyant, mais un peu uniforme. Quelques accélérations et montées en puissance nous revigorent, mais il manque finalement un peu d'intensité pour que la sauce prenne. 50 minutes un tantinet longues, il faut bien l'avouer, même si l'on applaudit la démarche ambitieuse de Little Jimi...

2020 08 25 Mars Red Sky Supersonic @ Trabendo (8)

21h10 : le trio de Mars Red Sky a déjà atteint un joli niveau de popularité, si l’on se base sur la petite foule très, très fan du groupe, massée devant la scène, qui va encourager en permanence les musiciens, et contribuer à une ambiance générale chaleureuse et amicale. Pourtant, pour qui n’est pas familier avec la musique des Bordelais, et pourrait être attiré par l’étiquette “stoner” collée – à notre avis trop hâtivement - au groupe, il y a de quoi être surpris de prime abord. Si le power trio formé par Mathieu – batteur apocalyptique fascinant -, Jimmy – bassiste colossal et, ce qui ne gâche rien, plutôt drôle – et Julien – chanteur guitariste fluet au look un peu décalé par rapport à ses deux acolytes – joue lourd, puissant et fort, il nous paraît bien simpliste de raccrocher leur musique à la galaxie dont Queens of the Stone Age seraient l’un des soleils les plus brillants…

Car Mars Red Sky ne joue pas la carte de l’excitation, ni celle de la mélodie accrocheuse, mais plutôt celle d’une musique finalement assez atmosphérique, complexe, à la lenteur étonnante, voire perturbante. La voix, haute, presque féminine par moments, de Julien, détonne, elle aussi, par rapport aux canons du genre, et contribue beaucoup à la singularité, et donc à l’intérêt d’un groupe décidément beaucoup plus “à la marge” qu’on pourrait l’attendre. Le dernier album, “The Task Eternal”, paru l’année dernière, accentue encore cette tendance à l’abstraction : sombre, lourde et comme épuisée, cette musique peut autant fasciner qu’ennuyer, et ne tolère finalement pas une écoute superficielle. A un moment du concert, nous nous sommes même dit que finalement, cette démarche, remarquable, de Mars Red Sky, s’apparentait plus, sous le déguisement d’un faux metal très heavy, à celle de groupes prog ambitieux des années 70, comme King Crimson ou Van der Graaf Generator… et de notre part, c’est un vrai compliment !

On se laisse donc – ou pas, suivant les spectateurs – happer par ce magma presque monstrueux de sons colossaux, portés régulièrement vers l’éther par les interventions vocales de Julien, et le temps semble littéralement suspendre son vol ce soir sur la Terrasse du Trabendo. Au bout d’une bonne heure à explorer les morceaux de “The Task Eternal”, le groupe annonce que la fin du concert sera consacrée à des titres plus anciens : on sent les fans vaguement soulagés… même si l’un, à côté de nous, prendra la peine de rassurer le groupe : « Bon, ça ne veut pas dire que vous nouveaux morceaux sont moins bien, hein ?... ». Et de fait, les vingt dernières minutes du set seront plus accessibles, plus directes, plus immédiatement excitantes.

Il est un peu plus de 22h30, le concert de Mars Red Skies se termine majestueusement au milieu de bourrasques de vent qui déferlent sur le Parc de la Villette. On se sent presque assommés par cette démonstration de force d’un groupe réellement hors du commun.

Encore une belle soirée Take Me (A)out ! Encore une nouvelle raison d’aimer la musique que jouent les groupes français de 2020, COVID19 ou pas !

 

2020 08 25 Mars Red Sky Supersonic @ Trabendo (19)

Les musiciens de Mars Red Sky sur scène :

Julien Pras - chant, guitare

Jimmy Kinast - chant, basse

Mathieu Gazeau – batterie

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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22 janvier 2021

Servo / Marietta - Vendredi 21 Août 2020 - Soirée Take Me (A)oût (Supersonic) - Terrasse du Trabendo

2020 08 21 Servo Supersonic @ Trabendo Affiche

Même si l’affiche de la soirée Take Me (A)out d’aujourd’hui est moins prestigieuse que celle d’hier soir, on a affaire à deux artistes importants de la scène française actuelle, et le public, même s’il arrivera un peu trop tard pour profiter de la première partie, sera au rendez-vous pour Servo.

19h35 : Guillaume Marietta est en solo, guitare acoustique en bandoulière (… mais les apparences sont trompeuses, on le verra vite !) et s’appuyant sur des enregistrements. Marietta, ex-The Feeling of Love, pilier – eh, oui, déjà ! – de la scène Rock de l’Est de la France, officie désormais en solitaire et vient de sortir un nouvel album à la fois bricolé et très impressionnant, “Prazepam St.”, qu’il vient donc défendre, crânement, suivant son style habituel, ce soir. Marietta exsude une “classe Rock” naturelle, entre élégance et arrogance, qui le rend immédiatement passionnant : look “Robert Zimmerman circa 1965”, et lunettes noires, avec la voix narquoise qui correspond bien au personnage, difficile de le quitter des yeux, et l’atmosphère voulue se crée très vite, en dépit d’un public injustement clairsemé. Marietta chante aussi impeccablement en anglais qu’en français, ce qui n’est pas donné à tout le monde, son phrasé particulier rendant même notre langue beaucoup plus « rock’n’roll » qu’à l’habitude.

2020 08 21 Marietta Supersonic @ Trabendo (0)

Comme la dernière fois que nous l’avons vu, il y a un an environ, en première partie de White Fence, ce qui impressionne le plus chez Marietta, c’est… sa guitare : faussement acoustique car suramplifiée et transformée en monstrueux instrument psychédélique, cette guitare libère sur presque chaque chanson un déluge de notes magnifiques, dans lesquelles il fait décidément bon se laisser entraîner, se laisser emporter même. Psychédélique et sonique à la fois, sans se départir pour autant de son côté folk bricolé, le set de quarante-cinq minutes s’avère parfaitement hypnotique.

Pour finir, Marietta nous annonce une chanson « composée par [son] père » et se met à nous déclamer un extrait d’un petit livre noir glorifiant les vertus de la ténacité et de l’audace… les mémoires de Michael Jordan ! (le morceau, qu’il nous avait déjà interprété au Petit Bain il y a un an, est bien présent sur “Prazepam St.”, et s’intitule The Jordan’s Rules !)… Second degré, on imagine, décalage et léger – même – malaise… Marietta ne laissera personne indifférent.

2020 08 21 Servo Supersonic @ Trabendo (8)

20h35 : Servo, groupe de Rouen (attention à ne pas les confondre avec le groupe indie punk homonyme de Montpellier !), on les avait vus pour la première fois il y a un an et demi ouvrir pour nos chers Psychotic Monks à l’Astrolabe, et ils nous avaient déjà impressionnés. C’est peu de dire qu’ils ont fait des progrès impressionnants depuis, et on désormais la stature d’une tête d’affiche ! Bon, si le nom du groupe est tiré d’un titre du Brian Jonestown Massacre, c’est quand même plus du côté de la coldwave sépulcrale de Joy Division qu’il fait aller chercher leurs influences… Même si les références à A Place to Bury Strangers ou aux Black Angels ne sont pas hors de propos non plus…

Trio vêtu de noir jouant dans une obscurité seulement déchirée d’éclairs de lumière blanche quand la musique se met à exploser, Servo ne fait certes pas dans la pantalonnade ou la fantaisie ! Jeu scénique réduit au minimum, même si les moments de transe électrique donnent lieu à un furieux ballet convulsif, le spectacle – si on peut l’appeler ainsi – se concentre sur la seule musique. Les morceaux sont tous uniformément longs, mêlant sans peine post-punk, krautrock et fuzz. Le son est impressionnant de profondeur et d’amplitude, et le niveau sonore atteint rapidement les limites de tolérance normale du public. Est-ce cette agression sonique qui permet à Servo de transcender désormais son sombre rituel a priori peu surprenant ? Est-ce le fait que le groupe mise un peu moins sur ces rythmes dansants qui le caractérisait, et explore désormais une sorte d’emphase mi-hypnotique, mi-religieuse, qui rend le set de Servo aussi efficace ? Après quarante minutes aussi assourdissantes que tétanisantes, le public, conquis, exigera même un rappel non prévu au programme, Ô God, seul extrait du premier album dans un set qui était consacré dans son intégralité aux splendeurs effrayantes de “Alien”, le nouveau disque du groupe…

Il n’est même pas 21h30, la sono de la Terrasse du Trabendo crache le I Wanna Be Your Dog des Stooges, et on se quitte les oreilles bourdonnantes en disant que la soirée a été sonique, et très, très belle…

 

La setlist du concert de Marietta :

2020 08 21 Marietta Supersonic @ Trabendo (3)

Ether Ok (Prazepam St. – 2020)

Chewing your Bones (Basement Dreams Are the Bedroom Cream – 2004)

Ellie Jane #2 (Prazepam St. – 2020)

HumpBumpDumpPumpin (Prazepam St. – 2020)

Prazepam Street (Prazepam St. – 2020)

DMPA (Prazepam St. – 2020)

Aluminium / Câblé au plastique (Prazepam St. – 2020)

The Jordan's Rules (Prazepam St. – 2020)

 

Les musiciens de Servo sur scène :

Arthur Pierre (guitare / chant)

Louis Hebert (basse / chant)

Hugo Magontier (batterie / chant)

 

2020 08 21 Servo Supersonic @ Trabendo (14)

La setlist du concert de Servo :

Pyre (Alien – 2020)

I (Alien – 2020)

(Alien – 2020)

Yajña (Alien – 2020)

Soon (Alien – 2020)

II (Alien – 2020)

Encore :

Ô God (The Lair of Gods – 2016)

Ce Live Report a déjà été au moins partiellement publié à l'époque du concert sur les blogs : manitasdeplata.net et benzinemag.net

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