Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

20 décembre 2018

Starcrawler - Mardi 23 Janvier 2018 - Point Ephémère (Paris)

2018 01 23 Starcrawler Point Ephémère« Le truc important et compliqué pour tout passionné de musique, c'est de surveiller constamment la naissance de nouveaux groupes ou artistes susceptibles de l'intéresser, et donc de ne pas trop louper les futurs grands de demain, ni même les groupes éphémères qui lui pourvoiront un plaisir non négligeable pendant quelques mois. L'atomisation extrême de la scène musicale contemporaine et l'ultra spécialisation des médias ne rendent pas cette tâche facile, et ce d'autant que la mode chez les intellectuels parisiens n'est clairement plus au rock qui fait du bruit ! Au milieu de ce cirque infernal de recommandations et de rumeurs, qui embrouillent les esprits plutôt qu'autre chose, le bruit que suscite Starcrawler semble être le signal que quelque chose est peut-être en train de se passer du côté de la scène punk angelena : un disque loin d'être génial mais remarquablement nerveux et dynamique relance l'excitation... Tenons-nous enfin les héritiers des Runaways et de X ? Cela valait le coup d'aller vérifier cela sur scène au Point Éphémère en cette soirée grise et pluvieuse (... après deux heures de route depuis Rouen où je travaillais cette semaine, quand même).

2018 01 23 Grit Point Ephémère (4)20h30 : Grit, jeune groupe français qui essaie de percer sur le champ de bataille du rock traditionnel déserté désormais par le public comme par les media. Un quatuor jeune et qui n'en veut, comme on disait autrefois, quatre musiciens très compétents techniquement qui proposent une musique à la fois agressivement rythmée et curieusement décalée. Oscillant donc entre riffs à l'américaine et déconstruction mélodique bien de chez nous. Marcus, le chanteur, qui essaie d'impliquer le public un peu indifférent entre les chansons, et ses acolytes dégagent une énergie joyeuse, mais curieusement, après un démarrage prometteur, le set ne décolle jamais et l'intérêt retombe. Plus de 35 minutes pas inintéressantes mais qui tombent un peu à plat. Bref, malgré la sympathie qu'ils dégagent, pas forcément l'avenir du rock à guitares en France.

Je suis un peu inquiet car Arrow de Wilde (quel nom !), la chanteuse de Starcrawler a la réputation d'asperger copieusement le public de liquides divers, et je suis placé ce soir presque au milieu du premier rang (il est vrai que la scène du Point Éphémère n'est pas large !)... Je ne suis pas sûr de sauver mes vêtements de cette soirée...

21h30 : l'obscurité se fait et l'excitation est palpable dans un Point Éphémère bien rempli... même si le premier rang est surtout occupé par des photographes d'un certain âge et non par de jeunes fans surexcités. Sans doute l'image vaguement sulfureuse d'anorexique cracheuse de faux sang de Arrow... A moins que, plus tristement, cela soit surtout le fait que le rock'n'roll joué dans le respect des canons du genre n'attire plus guère que des vieux barbons de mon âge !

2018 01 23 Starcrawler Point Ephémère (11)Dans l'obscurité, trois musiciens s'installent, guitare à gauche, basse à droite, batterie au centre, le format classique (tiens, c'est drôle il me semblait qu'il y avait deux guitares dans Starcrawler...). La silhouette arachnéenne de Arrow se discerne dans le noir : elle nous tourne le dos, agenouillée devant la batterie (une position qu'elle va en fait adopter systématiquement entre les morceaux durant tout le set). Wham Bam Thank you Mam, c'est parti ! Un torrent de sensations immédiat : le son, fort et brutal, avec une guitare omniprésente, hystérique, fait immédiatement culminer l'excitation comme aux beaux jours des seventies. Arrow déploie son corps comme un insecte géant devant le micro et l'impression est assez tétanisante, figeant le public fasciné (?) qui du coup semble hésiter à basculer immédiatement dans le pogo qui s'imposerait pourtant. Très grande, très, très maigre - on n'a sans doute jamais vu encore une chanteuse de ce format-là - Arrow est vêtue d'un body couleur crème (les tons de la pochette de l'album) et d'un gant et d'une sorte de bas-cuissarde cloutés, une tenue qui pourrait être ultra sexy sur un corps plus... féminin, mais qui évoque plus ici une sorte de menaçante monstruosité, en accord avec sa voix froide. Son visage, quasiment toujours dissimulé derrière ses cheveux rouges, n'affiche que morgue et indifférence, voire mépris, dans une attitude qui est le parangon des clichés rock'n'roll (disons l'école Johnny Thunders, entre hébétude et isolement royal). Un choc, indéniablement, on comprend le buzz conséquent autour du groupe.

A sa droite, l'exact opposé, Henri Cash à la guitare : vêtu de noir avec quelques franges blanches, ne tenant pas en place, sautant partout et sans arrêt, moulinant sa gratte avec des gestes outranciers, offrant sans cesse un spectacle d'énergie juvénile rassérénant l’éternel adolescent en nous, il est l'âme de Starcrawler, la foi en la jeunesse éternelle du rock n roll, le parfait contrepoids à la morbidité intense de Arrow. Il grimace, il provoque, il rit, il décharge des riffs fulgurants avec une aisance terrassante : on l'aime instantanément !

2018 01 23 Starcrawler Point Ephémère (27)Les deux autres, Tim Franco à la basse, tout jeune lui aussi et tout sage, avec l'air surpris d'être déjà là à son âge, sur une scène parisienne, et Austin Smith le batteur chevelu, appliqué et essentiel, complètent un combo finalement assez exemplaire.

Je ne reconnais pas les premiers morceaux, je me dis que je n’ai pas écouté suffisamment encore l'album, jusqu’à ce que Love’s Gone Again, et puis l'emblématique I Love L.A. me rassurent… Mais je me rends compte tout de suite qu'ils sont tous transcendés par le live, qu'ils acquièrent une puissance et une magie que les versions studio n'ont pas : Starcrawler est un vrai groupe de scène et ça, c'est un vrai bon point !! Je suis même surpris par la passivité du public ce soir : il y a bien un petit mosh pit joyeux et bon enfant derrière moi, mais je ne suis même pas bousculé, un comble ! Non, malheureusement, j’ai le sentiment désagréable que le public parisien est un peu venu ce soir contempler un phénomène de foire, et que ce bon rock’n’roll roboratif dont le groupe nous abreuve est secondaire. Et pourtant, quand Henri et Arrow chante ensemble, se répondent, comme sur Love’s Gone Again, les fantômes de X viennent faire un petit tour sur scène, et je fonds littéralement. Mais bon sang, pourquoi n’y a-t-il que moi qui m’excite au premier rang ?

2018 01 23 Starcrawler Point Ephémère (54)Arrow vient repousser du pied mon voisin de gauche, puis vient tripoter le visage de mon voisin de droite, j’échappe pour le moment à son attention malgré ma chemise blanche qui tranche avec les t-shirts noirs autour de moi ! Jusqu’à ce qu’elle vienne se moucher au-dessus de moi. Pas trop grave si l’on compare aux glaviots sur nos vêtements et dans nos cheveux à la sortie de certains concerts en 1977… J’attends le fameux faux sang avec un peu d’appréhension, quand même !

Bon, les titres de Starcrawler font en général dans les deux minutes, donc, malgré les pauses de Arrow pour se recharger en fluides divers (toujours agenouillée ou accroupie devant la batterie, nous tournant le dos, donc…), et en dépit d’un joli cafouillage dans l’obscurité quand la guitare de Henri se débranche et que c’est un peu une galère pour retrouver le bon câble dans le noir, le set passe très vite, trop vite. What I Want nous fait chanter en chœur (enfin, quelques-uns d’entre nous…), et Pussy Tower avec ses deux voix est un vrai rêve. C’est évidemment le riff de Train, pompé sur QOTSA mais on leur pardonne, qui annonce la fin proche du set, et c’est là que Arrow se met à déglutir du sang : c’est bien impressionnant, mais il y a si peu de lumière ce soir au Point Ephémère que je ne pourrai pas immortaliser la scène. Et puis, j’essaie aussi en même temps d’éviter les éclaboussures, pardonnez-moi ! Chicken Woman, le meilleur morceau de l’album, nous est annoncé par Henri comme le dernier titre, alors qu’on vient à peine de dépasser les 30 minutes de set. Punk, on vous dit ! J’attends la divine accélération finale, mais non, juste quand ça commence, Starcrawler opte - logiquement - pour le chaos : Arrow descend dans la fosse et disparaît immédiatement de notre vue (elle ne réapparaîtra plus !), tandis que Henry surfe longuement sur nos têtes avec sa guitare. Il finit par remonter sur scène en compagnie d’une jeune fille du public, qu’il essaie en vain de convaincre de prendre sa guitare. Le set se termine donc dans la pagaille, les musiciens quittent la scène en rigolant. Et il est clair qu’il n’est pas question de rappel ! Merde, ils nous ont quand même gratifiés généreusement de 35 minutes de musique ! Punk, again…

2018 01 23 Starcrawler Point Ephémère (71)Pourtant, honnêtement, cela a été un vrai délice, une sorte de retour inespéré vers des sensations oubliées. Je croise l’ami Philippe qui me confirme que je n’ai pas rêvé : « Ah, ils ont quelque chose ! ». Je vais zoner au stand de merchandising où Henri, Austin et Tim accueillent gentiment les compliments de leur public. Séance d’autographes bon enfant. A côté de moi, une jeune fille fait signer à Henri sa plaquette de pilules contraceptives. Punk, toujours. Je félicite les petits gars pour le bonheur qu’ils m’ont apporté, j’aimerais évoquer X pour voir si ça leur dit quelque chose, mais il y a trop de monde qui se presse autour de moi. Pas grave, ils m’ont dit qu’ils repassaient par Paris en juin-juillet, et m’ont demandé si j’y serais. « Sure, man ! I won’t miss it ! ». Ce soir, moi aussi, j’aime L.A. ! »

 

Les musiciens de Starcrawler sur scène :

Arrow de Wilde – vocals

Henri Cash – vocals, guitar

Austin Smith – drums

Tim Franco - bass

 

2018 01 23 Starcrawler Point Ephémère (44)La setlist du concert de Starcrawler :

Castaway

Used to Know

Love's Gone Again (Starcrawler – 2018)

Full of Pride (Starcrawler – 2018)

I Love LA (Starcrawler – 2018)

Ants

Let Her Be (Starcrawler – 2018)

Different Angles (Starcrawler – 2018)

What I Want (Starcrawler – 2018)

Pussy Tower (Starcrawler – 2018)

Train (Starcrawler – 2018)

Chicken Woman (Starcrawler – 2018)

 

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05 décembre 2018

Jessica93 - Lundi 18 Décembre 2017 - Maroquinerie (Paris)

2017 12 18 Jessica93 Maroquinerie Billet« C'est un vrai plaisir que de conclure cette année 2017 plutôt riche en sensations musicales en tous genres (une trentaine de concerts sur l'année) par un petit tour à la Maro, salle magique que je ne fréquente plus assez, sa programmation ayant changé. Un verre de rouge au comptoir du restaurant-bar toujours aussi accueillant, quelques minutes d'attente devant la porte et me voilà dans la chaleur de cette petite salle que nous avons tant aimée. Ce soir, c'est aussi la dernière occasion de l'année de se faire plaisir avec une affiche prometteuse : Jessica93 (prononcer neuf-trois, a priori), un nom qui commence à avoir une belle réputation... au bout de 4 albums déjà... Même si je ne connais personnellement que le dernier, "Guilty Species", à la croisée du post punk et du grunge.

2017 12 18 Bleakness Maroquinerie (5)20h15, Bleakness : derrière ce nom pas très engageant, un trio (punk) hardcore nantais. Et un enchaînement ininterrompu de riffs saturés sur une rythmique puissante (joli travail du batteur, soit dit en passant...)... J'ai plus de difficultés avec le chant, qui se réduit à des hurlements, donc qui finit par fatiguer un peu au bout de 35 minutes. C'est énergique, assez sympathique dans sa démarche jusqu'au-boutiste, mais pas assez inspiré pour que toute la puissance dégagée ne finisse pas par sembler tourner en rond. Meilleur morceau : Persistent, a priori un nouveau titre.

21h10 : ce qui est surprenant, c’est que le matériel de Jessica93 est beaucoup plus réduit, plus rudimentaire aussi, que celui de Bleakness (derrière le guitariste et le bassiste trônaient d’imposants Marshall !), et que le look de Geoffroy Laporte est plus que négligé : avec sa barbe fournie, ses cheveux emmêlés et ses vêtements qui sont au-delà de froissés, on aurait presque envie de lui donner une pièce si on le croisait dans un couloir de métro. Quand je pense que ce type est aujourd’hui l’un des plus brillants espoirs du Rock en France ! Et quand, mieux encore, je me rends compte au bout de quelques minutes que le son que produit le quatuor sur cène avec ce matériel miteux est l’un des plus beaux et les plus puissants que j’aie entendus cette année, je me dis que j’ai décidément bien fait d’être là ce soir, dans une Maroquinerie bondée de fans enthousiastes !

2017 12 18 Jessica93 Maroquinerie (3)Bon, l’ami Robert m’avait prévenu quelques minutes avant le démarrage de la soirée : « Jessica93, c’est bruitiste ! », et je réalise très vite que la musique de Jessica93 prend sur scène une dimension bien plus impressionnante que sur disque. Je me prépare donc à un bel assaut sonique, d’autant qu’au premier rang, devant l’ampli du second guitariste, qui effectue un joli travail sur sa six cordes, je suis idéalement placé pour une attaque sonique, quand… après deux titres, Jessica93 quitte la scène. Le batteur remercie rapidement au micro : « Meilleur concert, meilleur public, bla bla… ». Les lumières se rallument, un début de musique d’ambiance sur la sono, tout le monde paraît un peu interloqué, quelle drôle de plaisanterie ! Puis Geoffroy et ses hommes reviennent, et reprennent leur set comme si de rien n’était. Geoffroy annonce une reprise, et c’est reparti !

Maintenant les lumières sont plus basses, le son monte et quelque chose se produit, que je n’osais pas espérer : cette musique devient littéralement majestueuse, d’une folle puissance. De la noisy pop comme chez My Bloody Valentine ou Slowdive, mais sans l’aspect pop, justement, et avec une sorte d’amplitude et d’intensité impressionnantes. Le public oscille, plane, entre visiblement en transe. C’est très beau, et on aimerait que ça dure toute la nuit. Cette musique est vraiment majestueuse, et la qualité sonore me paraît en plus absolument inédite pour la Maroquinerie, surtout à un volume aussi élevé (bonjour à mes amis les acouphènes en sortant…). Même la voix de Geoffroy, qui n’est pas, reconnaissons-le, le meilleur chanteur de la planète, participe à cette cathédrale sonore. Jessica93 ne serait-il pas en fait un GRAND groupe ?

2017 12 18 Jessica93 Maroquinerie (14)Avec Guilty Species, le set entre alors dans sa seconde phase : plus rock, plus violente, plus directe. Jessica93 va alors aligner la quasi-totalité de son dernier album, mais dans des versions soufflantes d’intensité. Le public bascule alors de la contemplation hypnotisée à l’hystérie générale ! Le mosh pit se forme, ça bouscule de partout, je ne suis pas mécontent d’être à peu près protégé dans mon coin, même s’il me semble que tout cela reste bon enfant. Au milieu de la foule déchaînée, quelqu’un n’arrête pas de réclamer un morceau (je n’entends pas ce qu’il dit, d’où je suis). Geoffroy s’interrompt pour expliquer au fan : « Si tu veux entendre un morceau de The Cure, tu devrais aller à un concert de The Cure ! ». Humour…

Uncertain to Me est pour moi le sommet de la soirée, mais sans doute parce que j’apprécie particulièrement cette chanson. Le set se termine dans l’allégresse générale et le chaos dans la salle. Un court break, et Geoffroy revient en nous annonçant encore deux morceaux, qui termineront la visite guidée de "Guilty Species". R.I.P. in Peace sert de parfaite conclusion, et Geoffroy, trempé de sueur de la tête aux pieds, se jette dans la foule avec sa guitare.

Waow ! Je ne vais pas vous refaire le plan : « Ce soir, j’ai vu le futur du rock’n’roll (français) ». Mais quand même, ce concert a été particulièrement impressionnant, et superbe à la fois, une grande claque sonore et un magnifique moment de Musique. Je vais prendre la setlist en photo, qu’un fan a récupéré, et c’est là que la révélation advient : « Attention, c’était la même setlist que vendredi dernier, mais ils l’on jouée à l’envers cette fois ! », m’explique-t-on. Je comprends alors la raison de ce départ de scène au bout de deux chansons, la plaisanterie a été de jouer un concert à rebours, en commençant par le rappel ! Et même l’organisation des titres reflétait ce pari (une private joke puisque le public n’était pas dans la confidence…), les morceaux anciens étant joués ce soir d’entrée de jeu, alors qu’il est en effet de coutume de les réserver pour la fin… Bref, en plus d’excellents musiciens, Jessica93 est une belle bande de plaisantins ! »

 

2017 12 18 Jessica93 Maroquinerie (55)La setlist du concert de Jessica93 :

Poison (Who Cares – 2013)

Asylum (Rise – 2014)

Big Black (cover song)

Anti Cafard 2000 (Guilty Species – 2017)

Endless (Salle de Shoot – 2014)

Surmatants (Rise – 2014)

Karmic Debt (Rise – 2014)

Guilty Species (Guilty Species – 2017)

French Bashing (Guilty Species – 2017)

Bed Bugs (Guilty Species – 2017)

Uncertain to Me (Guilty Species – 2017)

Mental Institution (Guilty Species – 2017)

Encore:

Venus Flytrap (Guilty Species – 2017)

R.I.P. in Peace (Guilty Species – 2017)

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01 décembre 2018

Gogol Bordello - Samedi 9 Décembre 2017 - Trianon (Paris)

2017 12 09 Gogol Bordello Trianon Billet« Cette fois, c'est sûr : je suis un mauvais Français. Alors que la nation toute entière, en larmes, enterre Johnny Hallyday en ce samedi 9 décembre froid et neigeux, je me suis rendu avec plusieurs centaines d'autres mauvais citoyens faire la fête au Trianon avec Gogol Bordello. Sans une ombre de tristesse. Et sans remords. C'est comme ça : mes dieux à moi sont morts l'année dernière, et je ne me suis jamais senti le moins du monde attiré par le barnum national de Johnny. Et je ne parle même pas de sa "musique".

2017 12 09 Lucky Chops Trianon (9)En plus, la fête a commencé tôt ce soir : dès 19h30 avec Lucky Chops, une drôle de formation qui met le feu aux salles où elle joue uniquement avec des cuivres. Saxo, trombone, trompette, soubassophone, batterie et... pas de voix. Une musique bâtarde et excitée, qui mêle jazz (ce que j'aime le moins, vous me connaissez...), rock n roll, ska, variété même, sans vocaux (ce qui constitue toujours un défi). Le démarrage est un peu dur, le groupe n'est pas très ensemble, manque de puissance - une puissance compensée par beaucoup d'agitation, peut-être un peu trop même... Mais peu à peu, la générosité de la musique et l'enthousiasme des musiciens emporte le morceau, et on se surprend à hocher de la tête, puis à osciller doucement, puis à danser. A la fin, le guitariste, puis le percussionniste de Gogol Bordello les rejoignent sur scène, et aident la musique à décoller. Presque 45 minutes d'une première partie finalement assez réjouissante : originalité, bon esprit, il ne manque aux Lucky Chops que des compositions un peu plus nettes, plus mémorables. En tout cas, nous avons passé un excellent moment.

2017 12 09 Gogol Bordello Trianon (20)Cela fait plus de 7 ans que je n’ai pas vu Gogol Bordello sur scène, et la hype autour du groupe de Eugene Hütz a fondu comme neige au soleil dans l’intervalle. Le dernier disque du groupe, “Seekers and Finders”, pourtant l’un de ses tous meilleurs tant il regorge de compositions magnifiques, est sorti dans un anonymat total. Et en 7 ans, j’ai un peu oublié combien un concert de Gogol Bordello, c’est littéralement le feu ! Mais, en regardant la belle salle du Trianon se remplir derrière moi, qui suis arrivé tôt et suis agrippé au premier rang un peu sur la droite, je perçois très vite combien Gogol Bordello a amassé avec le temps une foule de fans à travers l’Europe, une foule qui s’est donné rendez-vous à Paris ce soir : on parle un peu toutes les langues dans la fosse, et le degré d’attente et d’espoir est vertigineusement élevé !

A 20h35, Eugene et sa bande, partiellement renouvelée depuis la dernière fois que j’ai vu le groupe en live, investissent la scène du Trianon comme un ouragan qui déferle sur nous. Le fantastique Break into Your Higher Self, l’un des sommets du nouvel album, ouvre le set, et c’est déjà la folie dans le Trianon : je me souviens d’un coup pourquoi je n’ai jamais pu faire de photos correctes de Gogol Bordello avec mon petit Lumix, tout le monde bouge beaucoup trop pour qu’il soit possible de figer sur un cliché ce cirque complet !

Ma première impression, c’est que le groupe joue ses morceaux en accéléré, avec une frénésie qui impressionne, et que le son est plus sec, plus dur, qu’autrefois. Malheureusement, placé comme je suis devant la basse du débonnaire Tommy T, l’Ethiopien, à la barbe teinte en bleue ce soir, et devant l’accordéon de Yuri – le joli garçon de la troupe, distribuant maintes œillades à ses nombreuses groupies du premier rang – j’entends peu la guitare et pas assez le violon de l’inamovible Serguey, le pilier du style musical de Gogol Bordello. Mais bon, au moins, si l’ensemble manque de puissance, la voix d’Eugene est, elle, clairement audible.

2017 12 09 Gogol Bordello Trianon (34)L’enchaînement des deux hyper-classiques gypsy punks que sont Wonderlust King et Ultimate font trembler les fondations du Trianon, le parquet est devenu un trampoline, le mosh pit est général, et je me trouve ma foi assez satisfait d’être un peu excentré et donc relativement protégé des tourbillons de la marée humaine. Eugene a tombé la veste et ruisselle déjà de sueur. Saboteur Blues voit l’entrée de Pamela, en veste militaire façon soldat de l’Empire et en dessous affriolants : elle chante la partie “française” de la chanson, et impose sa généreuse présence scénique. Je dis cela, mais en fait, honnêtement, chaque musicien du groupe, hormis le batteur logiquement prisonnier derrière ses fûts, viens faire le spectacle au contact du premier rang, dans un va-et-vient incessant qui permet de relancer en permanence l’excitation. My Companjera voit tout le monde chanter en chœur, car si j’ai quant à moi oublié le peu de textes de Gogol Bordello que j’aie jamais connus, autour de moi, on est capable de chanter une bonne partie des paroles de toutes les chansons

Alcohol nous permet de respirer un peu, avec un rythme moins euh… excessif, et j’arrive enfin à prendre quelques photos passables, ouf ! Et ça repart avec l’irrésistible Walking on the Burning Coal, où les cuivres des Lucky Chops s’invitent et viennent rajouter du corps et du souffle aux chansons… J’ai l’impression de retrouver un peu plus le style “traditionnel” du groupe, moins Rock peut-être, mais plus roots.

2017 12 09 Gogol Bordello Trianon (66)J’ai mentionné les changements de personnel, ils sont notables puisque, a priori, à part Serguey, Tommy T et l’inénarrable Equatorien Pedro qui œuvre comme maître de cérémonie et ludion fantaisiste à la fois (j’ai adoré ses espadrilles bicolores…), le groupe est complètement différent de celui de 2010. Mais après tout, l’essence de Gogol Bordello ne se réduit-elle pas à Eugene et Sergey ? Bon, au-delà du charisme de Pasha, il faut quand même signaler l’énergie indomptable de Boris, le nouveau guitariste, courant inlassablement de droite à gauche de la scène en lâchant ses riffs en rafales.

Alors que, comme c’est d’ailleurs souvent le cas dans les concerts de Gogol Bordello, le public commence à fatiguer passer une heure et demi d’intensité, et que le “ventre mou” du set permet aux musiciens de se relâcher un peu, voilà l’ami Eugene qui monte sur une grosse caisse jetée sur la foule comme un radeau fragile sur l’océan déchaîné, et qui relance sa machine folle pour la dernière ligne droite : c’est un trio de chansons imbattables datant des origines, Understructable, puis le crowd pleaser ultime qu’est Start Wearing Purple, et enfin Sally, jalons d’un âge ”pure gypsy punk” qui remonte déjà à 12 ans en arrière.

On attend maintenant un rappel musclé, puisque la set list indique potentiellement sept titres, mais nous n’aurons droit qu’à deux derniers brûlots, le nouveau Familia Bonfireball, et l’immortel Pala Tute qui nous offrira nos derniers braillements en chœur de la soirée, avant que les musiciens viennent longuement serrer les mains aux premiers rangs. Je sais bien qu’il n’est plus si rare désormais que des groupes se livrent à ce genre de “contacts intimes” avec leur public, mais chez Gogol Bordello, il y a dans les regards qui se croisent, entre la scène et la fosse, un peu plus de chaleur et de complicité que dans un habituel échange rituel de salutations. Ces gens-là, venus d’un peu partout sur la planète (Russie, Biélorussie, Ukraine, Amérique du Sud, USA…) pour nous offrir ce genre de soirées de folie où l’on pourrait refaire le monde en chansons et célébrer, une bouteille de vin rouge à la main (Eugene nous ayant d’ailleurs bien aspergé avec la sienne pendant qu’il chantait !) la possibilité d’un futur heureux et juste… ces gens-là croient en ce qu’ils font, et nous permettent nous aussi d’y croire avec eux, au moins durant quelques heures.

2017 12 09 Gogol Bordello Trianon (47)La conclusion de ce set de plus de deux heures, ce sera Eugene nous chantant en solo que le soleil est à son côté. Et au nôtre aussi.

Il ne fait plus froid du tout, ce soir. Et tandis qu’une France que je ne connais pas, que je ne comprends pas, pleure son idole disparue, moi j’ai fêté ce 9 décembre, avec un millier de mes frères et de mes sœurs venus de toute l’Europe – et de plus loin encore - la fureur et la joie d’une vraie musique populaire. »

 

Les musiciens de Gogol Bordello sur scène :

Eugene Hütz (lead vocals, acoustic guitar)

Sergey Ryabtsev (violin, backing vocals)

Pamela Racine (percussion, backing vocals, dance, general performance)

Thomas "Tommy T" Gobena (bass, backing vocals)

Pedro Erazo (percussion, MC) – Ecuador

Alfredo Ortiz (drums)

Pasha Newmer (accordion; backing vocals)

Boris Pelekh (guitar, backing vocals)

 

2017 12 09 Gogol Bordello Trianon (109)La setlist du concert de Gogol Bordello :

Break into Your Higher Self (Seekers and Finders – 2017)

Not a Crime (Gypsy Punks: Underdog World Strike - 2005)

Wonderlust King (Super Taranta ! – 2007)

Ultimate (Super Taranta ! – 2007)

Saboteur Blues (Seekers and Finders – 2017)

My Companjera (Trans-Continental Hustle - 2010)

Alcohol (Super Taranta ! – 2007)

Walking on the Burning Coal (with Lucky Chops) (Seekers and Finders – 2017)

Trans-Continental Hustle (Trans-Continental Hustle - 2010)

Immigraniada (We Comin' Rougher) (Trans-Continental Hustle - 2010)

We Rise Again (with Lucky Chops) (Pura Vida Conspiracy – 2013)

Rebellious Love (with Lucky Chops) (Trans-Continental Hustle - 2010)

Mishto! (with Lucky Chops) (Gypsy Punks: Underdog World Strike - 2005)

Hieroglyph (with Lucky Chops) (Pura Vida Conspiracy – 2013)

Undestructable (Gypsy Punks: Underdog World Strike - 2005)

Start Wearing Purple (Gypsy Punks: Underdog World Strike - 2005)

Sally (Gypsy Punks: Underdog World Strike - 2005)

Encore:

Familia Bonfireball (Seekers and Finders – 2017)

Pala Tute (Trans-Continental Hustle - 2010)

Sun Is on My Side (Eugene Solo) (Trans-Continental Hustle - 2010)

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23 novembre 2018

London Grammar - Dimanche 3 Décembre 2017 - Zénith (Paris)

2017 12 03 London Grammar Zénith Billet« Cela fait des années que j'aime bien programmer chaque fois que c’est possible un concert pour le soir de mon anniversaire, comme un petit cadeau que je me fais à moi-même, après avoir fêté les années qui passent avec les personnes que j'aime. Bon, vous me direz, London Grammar au Zénith, ça n'a absolument rien d'un petit cadeau intime, et je vous l'accorde bien volontiers. De la musique largement commerciale - il suffit d'ailleurs de voir le public familial qui se presse à l'entrée - et un cadre qui n'est pas mon préféré à Paris : mais que voulez-vous, après avoir loupé Baxter Dury et les Fleshtones cette semaine, voici un rattrapage qui, je pense, en vaut bien un autre.

2017 12 03 L Impératrice Zénith (8)19h50 : avec dix minutes d'avance sur l'horaire officiel, un quintet investit la scène : deux claviers, une basse, une guitare et une batterie, et un premier morceau instrumental, funky, jazzy, électro, à la fois typique d'une certaine variété des années 80-90 (d'un seul coup, je pense à Level 42, aujourd'hui bien oublié...). Parfaitement exécuté mais redoutablement anodin. Puis une jeune chanteuse apparaît et nous présente L'impératrice, a priori un jeune groupe français dans l'air du temps qui commence à faire parler de lui. La jeune femme, très souriante, a une jolie voix assez haute assez typée d'un certain style "à la française" (Eli, Lio, Vanessa Paradis, ce genre de chose), qui ne m'enthousiasme pas beaucoup a priori, mais bon... Les textes fleurent bon la banalité grand public (on fait rimer Mexico avec Rio, ce genre de chose), le groupe trouve régulièrement un groove efficace, le professionnalisme général est évident... mais comment ne pas trouver ça terriblement policé, gentillet, voire irrémédiablement anodin ? Le public du Zénith applaudit, la demi-heure impartie se termine doucement. Je n'ai certainement pas vu ce soir le futur du rock, ni même de l'électro française.

2017 12 03 London Grammar Zénith (1)21h10 : C'est par contre avec dix minutes de retard, et alors que le public du Zénith s'impatiente, que le jeune trio de London Grammar attaque son set avec Who Am I ? La scène du Zénith est bien grande pour nos trois icônes de la musique populaire et néanmoins branchée de 2017, leur matériel étant logiquement réduit de gauche à droite à : un mini clavier sur lequel Dan déclenchera quelques effets sonores les rares fois où il abandonnera sa guitare, un piano que Hannah n'utilisera pas pour plus de trois morceaux, les claviers de Dominic et une petite batterie dont il jouera sur quelques rares parties destinées à injecter un peu d’énergie dans le set. Hannah, Dan et Dominic sont vêtus de noir, les lumières, modernes et rasantes, seront majoritairement blanches, et derrière les musiciens sont projetées des images à l'élégance abstraite permettant au spectateur d'accrocher un peu son attention. Car, et cela va devenir très rapidement évident pour moi comme pour tout le monde au Zénith ce soir, London Grammar sur scène, c'est très beau mais c’est aussi très chiant.

Oh, Hannah est bien jolie avec sa queue de cheval et chante divinement bien. Le son est fort (je suis encore une fois placé devant la sono à gauche, étant arrivé bien tard...) et impeccable, et les chansons sont parfaitement interprétées - et ce d'autant qu'une large partie de ce qu'on entend a été préenregistré. Mais d'émotion - je n'ose même pas parler "d'âme" - nulle trace ce soir. Bon, j'exagère un peu : Hell for the Liars a été superbe, lumières rouges, mélodie prenante et montée en intensité finale comme sur l'album, en moins fort quand même (comme quoi...). Cela faisait déjà 20 minutes que le set avait débuté et ronronnait gentiment (à l'image d'une version particulièrement plate du normalement formidable Nightcall), et je me suis mis à espérer que quelque chose allait se passer. Et puis non. Le soufflé est retombé.

2017 12 03 London Grammar Zénith (16)London Grammar est un groupe qui ne dégage absolument rien sur scène. Est-ce dû au manque de charisme tragique de ces jeunes gens bien propres sur eux ? Dominic nous a fait de bien gentilles déclarations d'amour dans un français impeccable, nous expliquant combien Paris était une ville importante pour eux. Dan est resté muet sauf à une occasion. Le problème est venu surtout de Hannah, pas très sympathique et même douloureusement pénible lorsqu'elle s'essaie à la communication humoristique avec le public : il n'y a rien de plus déprimant qu'une personne pas drôle qui essaie de mettre l'ambiance en se croyant spirituelle. Un instant a quand même levé cette malédiction d'une musique parfaitement désincarnée : quand, avant Rooting for You, Hannah a avoué sa difficulté à chanter la note la plus haute de la chanson (tiens, il y a quelque chose d'humain, de faillible dans London Grammar ?). Elle s'est lancée dans une version largement a capella de la chanson, et il y a eu un micro-suspense au moment de la fameuse note. Le public a applaudi le passage, un succès : peut-être un échec eût-il été plus fécond ?

M'est revenu pendant le désert émotionnel de ce concert le souvenir de l'émerveillement ressenti il y a un an dans cette même salle devant The xx, autre jeune trio populaire et branché proposant une musique synthétique et assez calme : pourquoi donc un torrent de sentiments d'un côté et d'un autre une morne promenade le long de morceaux interminables d'un autre. Est-ce la simple illustration d'un manque de talent pour la scène de musiciens qui ne savent pas exprimer ce qu'ils ont en eux et s'en tiennent à la technique, impeccable ? Ou bien, plus grave, la transcription d'une vacuité intérieure dissimulée sur disques par la beauté des chansons et la performance vocale ?

2017 12 03 London Grammar Zénith (12)London Grammar plie les gaules après seulement une heure et quart (notons un Oh Woman Oh Man un peu plus plaisant), et personne n'insiste pour qu'ils jouent les prolongations. Pour couronner le tout, les roadies refusent fermement de distribuer les setlists : « On ne les donne pas au public », nous répondront-ils d’un air arrogant. Bref, c’est la bonne ambiance ! La salle est déjà presque vide : tout le monde est pressé de rentrer au chaud chez soi après ce set glacial, ce non-événement absolu...

… Sans doute en jurant, comme moi, qu'on ne les y reprendrait plus. »

 

Les musiciens de London Grammar sur scène :

Hannah Reid – vocals, piano

Dominic 'Dot' Major – keyboards, drums

Dan Rothman – guitar, keyboard

 

2017 12 03 London Grammar Zénith (29)La setlist du concert de London Grammar (Note : ordre des chansons non confirmé) :

Who Am I (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Flickers (If You Wait - 2013)

Help Me Lose My Mind

Nightcall (Kavinsky cover) (If You Wait - 2013)

Wasting My Young Years (If You Wait - 2013)

Hell to the Liars (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Hey Now (If You Wait - 2013)

Sights (If You Wait - 2013)

Rooting for You (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Truth Is a Beautiful Thing (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Strong (If You Wait - 2013)

Big Picture (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Encore:

Bones of Ribbon (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Oh Woman Oh Man (Truth Is a Beautiful Thing - 2017)

Metal & Dust (If You Wait - 2013)

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20 novembre 2018

The Stranglers - Samedi 25 Novembre 2017 - Cigale (Paris)

2017 11 25 The Stranglers Cigale Billet« Ceux qui me connaissent bien savent qu'au fond de mon cœur de midinette se dissimule une passion immodérée pour un groupe qui fut longtemps l'un des plus méchants, les plus provocateurs, les plus honnis qui soient : j'ai nommé les Étrangleurs de Guildford. Trop vieux pour être punks en 1977, avec leurs claviers qui évoquaient la sorcellerie des Doors des débuts, The Stranglers firent rapidement payer très cher leur morgue à ceux qui pensaient les ridiculiser : nos souvenirs sont pleins de soirées mémorables où insultes et coups s'échangeaient vaillamment entre le groupe et son public, tandis que la musique, toujours impériale, planait à mille lieux au-dessus de toutes ces vilenies. Et puis les années ont passé, le groupe, comme nous, s'est assagi : les concerts sont restés passionnants, les albums sporadiques et plus irréguliers. Et nous voici en 2017, avec une tournée vaguement annoncée comme l'ultime occasion d'écouter les classiques... oserait-on parler de tournée d'adieu ? Le groupe ne fait même plus semblant de prétendre que Jet Black pourrait continuer à tenir les fûts, un signe indiscutable qu'une page d'histoire est définitivement tournée…

2017 11 25 The Melomaniacs Cigale (1)La Cigale est complète ce soir, mais d'un public pas aussi jeune qu'on l'aimerait, et je me suis placé volontairement côté droit sur ma coursive favorite : une relecture rapide des notes des derniers concerts des Stranglers m'a rappelé que, du côté gauche, devant JJ, le son colossal de la basse avait tendance à tout noyer...

19h30 : trois gentlemen anglais (?) ayant dépassé la quarantaine s'installent sur des chaises : deux guitares et un clavier, on peut craindre le pire, d'autant que le set débute par un Sleep des plus intimistes, sorte de blues suspendu pour fermeture de bar. Pourtant, très vite, on réalise que tout cela est intéressant : des chansons bien construites, immédiatement séduisantes, une bonne voix et des musiciens talentueux n'ayant pas peur d'aller chercher des sons agressifs quand il faut. Au cours de l'avant-dernier morceau, Lie Down, l'organiste part même dans une montée en puissance assez magnifique d'intensité... un moment superbe, surprenant, qui saisit le public de la Cigale à la gorge. Dommage que The Melomaniacs (eh oui, c'est leur nom !) choisissent de clore leur beau set par un morceau trop calme, qui fait doucement retomber l'émotion. Belle demi-heure en tout cas !

Je me rends compte aux hurlements alcoolisés qui s'élèvent çà et là de la fosse que, comme toujours, un bon contingent anglais s'est déplacé pour applaudir les Stranglers. Et que même s'ils n'ont visiblement plus 20 ans non plus (ni 30, ni 40, ni peut-être même 50), ils restent bien énervés, et déterminés à célébrer leur jeunesse punk enfuie. Ça promet une chaude ambiance...

2017 11 25 The Stranglers Cigale (6)20h30 : la petite valse d’intro habituelle (Waltzinblack !), qui, quoi qu’on en dise, fait un petit pincement au cœur, et les “Hommes en Noir” sont là. Vêtus de noir, comme il faut, et avec neuf ans de plus que la dernière fois que je les ai vus. Neuf ans qui les ont marqués, comme ils nous ont marqués, nous : Dave Greenfield ressemble de plus en plus à une vieille dame blafarde, lourdement fardée et portant un dentier voyant, tandis que Jean-Jacques Burnel est maintenant tout gris, mais paraît surtout assez éteint, lui qui portait jusqu’à l’heure bien haut la virilité brutale – et agressivement stupide lorsqu’il le sentait nécessaire - du gang.

Heureusement, pas le temps de s’appesantir sur le poids cruel des années que The Stranglers attaquent… Toiler on the Sea ! Personnellement, je considère toujours ça comme une petite malédiction quand un concert commence par votre chanson préférée : vous n’êtes pas encore rentré dans l’ambiance, et il vous faut vous livrer de manière un peu forcée au bonheur, tout en sachant que quand vous serez chaud, la chanson aura déjà été jouée. Damned ! Mais bon, c’est Toiler on the Sea, extrait du meilleur album du groupe, l’immortel et terrassant “Black and White” (qui nous fournira d’ailleurs TOUS les meilleurs moments de cette soirée !), une chanson qui matérialise parfaitement la singularité du groupe, cette sorte de punk progressif qui ouvre des horizons sans rien sacrifier de sa violence sournoise. La voix de Baz continue à bien faire le taf, suffisamment proche celle du regretté Hugh Cornwell pour que les classiques du groupe passent comme une lettre à la poste, mais suffisamment différente pour qu’il n’y ait pas un sentiment gênant de copie. Les claviers de Greenfield sont une fois de plus, malheureusement, un peu trop en retrait, même si Jean-Jacques demandera un peu plus tard d’en monter le niveau sonore. Globalement, je trouve que le son n’est pas extraordinaire, assez fort mais pas très clair… à moins que ça soit tout simplement les musiciens, qui ne sont pas parfaitement ensemble sur pas mal de chansons ?

2017 11 25 The Stranglers Cigale (1)La setlist se déroule sur le mode habituel, avec une construction classique (démarrage en force – morceaux plus calmes – final à l’arraché), et un choix raisonnable de morceaux extraits de presque toutes les périodes du groupe, hormis bien entendu les années horribles de l’ineffable Paul Roberts : les quinquagénaires anglais se déchaînent sur Sometimes ou Grip, mais je me rends compte depuis mon perchoir que, même si ça secoue pas mal dans la fosse, l’ambiance reste “bon enfant”. Pas de problème à craindre ce soir, même si la crash barrier devant pliera dangereusement sous le poids des spectateurs écrasés par les écarts du mosh pit, et que les videurs auront pour une fois un travail conséquent à évacuer des slammers au format et au poids bien plus conséquent qu’à l’habitude : eh oui, c’est moins fun de soulever des pères de famille à l’embonpoint nourri à la bière, torses nus et suants que les habituelles petites minettes évanouies !

J’ai déjà parlé du fait que Jean-Jacques me semble un peu en retrait désormais, effectuant beaucoup moins systématiquement ses légendaires pas de danse avec sa basse. Souriant, les yeux dans le vague ! Heureusement, un peu de la vieille crasse d’antan subsiste quand il prend la parole au micro, assénant ses habituelles provocations gratuites, du genre : « Alors, vous avez élu un Ecossais comme président, non ? Emmanuel MAC-Ron ! ». Qu’est-ce qu’on rigole ! Ou plus tard, l’inévitable « 75 ? Fuck Off !! ». Loin quand même du niveau de provocation des années 80, et le « Paris, capitale du SIDA » proféré sous les crachats au Zénith, comme on me l’a récemment rappelé… Globalement, Jean-Jacques fait plutôt bon bougre désormais, et les Stranglers célèbrent même ce soir la demande en mariage qui a été formulée dans le bus des supporters anglais. Petit commentaire nasty en passant, quand même : « Ce n’est pas ton premier mariage, quand même ? ».

2017 11 25 The Stranglers Cigale (7)Bon, revenons à la musique : Nice’n’Sleazy déboule, et c’est une tuerie définitive, pour moi le plus beau moment de la soirée : la basse qui déchire vraiment, la mélodie imparable, les paroles agressives, les Stranglers au sommet de leur Art ! La suite est inévitablement une déception : s’engager dans les années plus “commerciales“ en enchaînant des versions pas trop bien jouées de Midnight Summer Dream et European Female, ce n’est pas top pour maintenir l’ambiance, et même la claque britone marque le pas. Always the Sun est toujours bien agréable, mais on frôle le karaoké. Don’t Bring Harry chanté principalement en français (« N’emmène pas Harry ! ») est tout simplement atroce, et Golden Brown complètement insipide, malgré les paillettes dorées envoyées sur le public par la boule à facettes. Le set touche alors le fond…

… et aura du mal à reprendre, le retour aux morceaux musclés manquant quand même de la sauvagerie sale des grands jours. Relentless et le grand Norfolk Coast sont trop peu connus du public français pour rallumer la mèche, malgré les efforts émérites du contingent anglais d’exciter un peu la foule. Il faut attendre le trio final Hanging Around / 5 Minutes / Tank (surtout, Tank, terrible !) pour qu’on ait à nouveau l’impression d’être à un concert des Stranglers !

2017 11 25 The Stranglers Cigale (12)Ils ont déjà joué leurs rituelles quatre-vingt-cinq minutes, et je vois bien le set se terminer comme ça… mais non, nous aurons quand même droit à un rappel de deux titres. JJ nous annonce, hilare, que « Non, les Stranglers n’ont pas toujours été les génies mélodiques que vous connaissez, et pour le prouver, voici l’un de nos premiers morceaux ». Et c’est Go Buddy Go, une chanson certes basique de chez basique, mais très réjouissante, qui met le public dans le juste ton, avant que le grondement de l’intro de No More Heroes ne signale la dernière éjac faciale avant la fin du concert. Honnêtement, la version de ce soir est plutôt pathétique, prouvant que, vraiment, les Stranglers ne sont pas très en forme aujourd’hui. Mais bon, c’est une tellement grande chanson et tout le monde gueule tellement fort que ce n’est pas très grave non plus.

Voilà, c’est fini. Je descends dans la fosse pour récupérer au moins une photo de la setlist, confiée par les roadies à la tribu anglaise, et j’en profite pour tailler le bout de gras avec un fan originaire du Hampshire : comme moi, il n’a pas trouvé le concert exceptionnel mais a apprécié l’ambiance…

Bref, les Stranglers n’ont pas été GRANDS ce soir, peut-être aussi à cause d’une setist loin d’être parfaite (où étaient les brûlots de “The Raven“ ?), mais ils nous ont quand même rappelé combien ils sont un groupe essentiel de l’histoire de Notre Musique. Un groupe toujours marginal malgré ses succès commerciaux de l’époque. Un groupe pas vraiment reconnu, donc encore plus attachant, du coup. Nos vrais héros à nous, ça oui !

« Whatever happened to Leon Trotsky? / He got an ice pick that made his ears burn ! / Whatever happened to Dear old Lenin? / The great Elmyra and Sancho Panza? / Whatever happened to the heroes? »

 

Les musiciens de The Melomaniacs sur scène :

Mike Marlin – voice, guitar

Kim Murray – guitar

Paul Silver - keyboards

 

2017 11 25 The Stranglers Cigale (32)Les musiciens de The Stranglers sur scène :

Jean-Jacques Burnel – bass guitar, lead and backing vocals

Dave Greenfield – keyboards, backing vocals

Baz Warne – guitar, lead and backing vocals

Jim MacAulay - drums

 

La setlist du concert de The Stranglers :

Toiler on the Sea (Black and White - 1978)

Was It You? (Dreamtime -1986)

Sometimes (Rattus Norvegicus - 1977)

(Get a) Grip (On Yourself) (Rattus Norvegicus - 1977)

15 Steps (Giants – 2012)

Nice 'n' Sleazy (Black and White - 1978)

Midnight Summer Dream (Feline - 1983)

European Female (Feline - 1983)

Always the Sun (Dreamtime -1986)

(Don't Bring) Harry (The Raven – 1979)

Golden Brown (La Folie – 1981)

Bear Cage (Single – 1980)

Walk On By (Dionne Warwick cover) (Black and White Bonus 7” - 1978)

Relentless (Suite XVI – 2006)

Peaches (Rattus Norvegicus - 1977)

Norfolk Coast (Norfolk Coast – 2004)

Hanging Around (Rattus Norvegicus - 1977)

5 Minutes (Single – 1978)

Tank (Black and White - 1978)

Encore:

Go Buddy Go (Single B-side – 1977)

No More Heroes (No More Heroes – 1977)

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12 novembre 2018

Kasabian / Slaves - Samedi 11 Novembre 2017 - Zénith (Paris)

2017 11 11 Kasabian Zénith Billet« Bon, il faut dire à ma décharge qu’une heure et quart d’hymnes punks déversés dans mes esgourdes par la sono qui était à moins d’un mètre, ça m’avait énervé : chanter comme il y a 30 ou 40 ans les Pistols, les Damned, les Clash, Iggy Pop, les Dead Kennedys ou encore mes chouchous de X, en attendant l’arrivée sur scène des énervés de Slaves, ça vous met dans un certain état d’esprit. Enfin, vous peut-être pas, mais moi, si. D’où l’embrouille avec mes voisins au premier rang, qui n’en avaient rien à secouer de la rage de Slaves et préféraient discuter entre potes (Bon Dieu, on se serait cru à Madrid !) en mangeant des cookies. Même si on a failli en venir aux mains, c’était quand même bien bon de revenir pendant quelques minutes au bon vieil état d’esprit d’autrefois, quand il n’était pas requis d’être gentil et poli aves ses voisins dans un putain de concert de fuckin’ rock’n’roll. See what I mean ?

2017 11 11 Slaves Zénith (6)Mais quand même, même si j’ai hurlé à en perdre la voix, « Fuck the Hi-Hat ! », Slaves ont été un peu décevants ce soir. Ils ont bizarrement choisi de perdre beaucoup des courtes 30 minutes qui leurs étaient accordées, presque dans le noir, pour faire les clowns et déclamer des conneries devant le public du Zénith rempli à ras bord de gens complètement indifférents. Au lieu d’enchaîner les brûlots en tournant le dos aux spectateurs comme l’aurait fait un vrai groupe punk. Oui, je l’avoue, je suis bien parti en vrille sur Fuck the Hi-Hat ou Sugar Coated Bitter Truth, mais j’ai eu la sale impression d’un groupe qui perdait de vue l’essentiel : les chansons, la rage. Alors, soit c’est le temps qui passe et qui use la radicalité de Laurie et Isaac, comme cela se passe bien souvent, soit c’est moi qui avait un niveau d’attente bien trop élevé. Comme d’hab, vous me direz. Oui, comme d’hab. Mais ça aussi, c’était la faute à la “musique de fond”, qui m’avait trop fait revenir en arrière…

Kasabian, c’est un groupe injustement méconnu, ou plutôt mésestimé en France. Trop anglais, sans doute… Même si les nains d’Oasis, musicalement incroyablement inférieurs, ont quand même réussi à percer dans l’Hexagone… Du coup ça me fait plaisir de voir le Zénith rempli, et surtout l’enthousiasme de la foule, qui connaît toutes les chansons – même lorsqu’elles sont jouées sur un mode un peu “rouleau-compresseur” : un enthousiasme qui va élever le concert ce soir vers des sommets que je n’avais jamais vu Kasabian atteindre sur scène !

2017 11 11 Kasabian Zénith (5)Il est 21 heures piles quand Kasabian, dans sa configuration “classique” sur scène (les quatre musiciens “officiels” du groupe et leurs trois accompagnateurs habituels) attaquent avec Ill Ray (The King), l’intro puissante du très roboratif dernier album, “For Crying Out Loud”. Deux constatations immédiates, hormis le fait que les musiciens sont cette fois vêtus de blanc – Tom arborant un superbe Smiley déprimé sur le dos de son blouson : le concert va être très traditionnellement rock ce soir, et le son va être fort… ce qui est pour une fois à moitié une bonne nouvelle pour moi, planté devant la sono pour cause d’arrivée tardive. Ça se ressent tout de suite au traitement des morceaux de “48 :13”, parfois méconnaissables une fois dépouillés de leurs oripeaux électroniques : Bumblebeee et Eez-Eh déchaînent quand même les passions, et mon dos est roué de coups par les pogoteurs derrière moi. Mais bon, je ne vais pas me plaindre, même si ce n’est pas du punk, au moins il y a un beau mosh pit qui se déplace au sein de la fosse… Même si ce sont évidemment les incontournables Underdog et Shoot the Runner qui placent définitivement le concert dans l’orbite des grands moments.

Une autre chose importante, très importante même ce soir, c’est le rôle désormais central que joue Sergio Pizzorno, qui semble avoir désormais totalement récupéré d’une période on va dire un peu floue. Il surpasse son copain Tom dans le rôle d’amuseur de la foule, cherchant en permanence le contact et la communication, et jouant et chantant avec un enthousiasme qui fait vraiment plaisir à voir. Finalement, c’est maintenant le père Tom qui semble un peu en mode pilotage automatique, un comble ! You’re in Love with a Psycho est la première faute de goût d’une setlist percutante, mais on leur pardonnera vite avec Wasted, morceau récent et merveille pop qui prouve que Kasabian restent imbattables dès qu’il s’agit de respecter le cahier des charges Beatles-Kinks.

2017 11 11 Kasabian Zénith (22)Le son monte encore de manière démesurée, et on atteint le stade où même moi (vous me connaissez, je préférerai mourir plutôt qu’être vu avec des protecteurs d’oreilles…) je dois protéger mes tympans des basses démoniaques que déverse la sono. Il faut bien admettre que c’est maintenant une énorme bouillie sonore qu’on ingurgite, mais on a tous dépassé depuis longtemps le stade de la mélomanie… Même si, je le répète parce que j’en vois dans le fond qui n’ont pas bien écouté : Kasabian dispose maintenant, après 13 ans de carrière, d’un songbook à peu près imbattable, une bonne cinquantaine de chansons merveilleuses, au sein desquelles il devient difficile de piocher pour composer la setlist idéale (où est passée la Fée Verte, bon dieu, où est passée la Fée Verte ?).

Sergio ne se fatigue pas trop, je remarque, il se repose pour les solos sur Tim Carter, devant moi, guitariste assez éblouissant. Sergio, lui, il préfère s’amuser de ce concert qui a franchi le mur du son et frôle l’exceptionnel. Il fait coucou et remercie sa femme, dans les coulisses, pendant que Tom passe plus de temps à plaisanter avec ses “pals” qu’à exciter le public (qui n’en a pas besoin, d’ailleurs…). Oui, ce concert a quelque chose de différent, on nage dans une sorte de félicité rare, public et musiciens confondus. Bless this Acid House serait un final parfait avant les rappels, confirmant l’excellence des compositions récentes du groupe, et on est dans une sorte de folie festive générale. Mais ce sera bien entendu L.S.F. qui servira d’au revoir… temporaire.

2017 11 11 Kasabian Zénith (29)Rappel parfait, et je pèse mes mots. Une intro en duo acoustique (Goodbye Kiss) pour conférer un peu d’exception à ce set qui est en fait le dernier de la tournée européenne, puis… ouaouh… le cadeau qu’ils me font à moi, j’en suis sûr : Comeback Kid, chanson irrésistible, stellaire, du dernier album, avec son riff cuivré. Un futur Fire ? Un crowd pleaser en tous cas ! Vlad the Impaler, c’est du pur plaisir, comme à chaque fois, mais peut-être mieux qu’à chaque fois. Sur la scène, Noel Fielding, comme en 2015 à Rock en Seine, joue le rôle du vampire des Carpathes, et Sergio est extatique. On termine avec l’inévitable Fire, pure joie régressive : Tom ne chante même plus sur le refrain, nous sommes suffisamment nombreux à gueuler à sa place.

Et c’est fini, après une heure cinquante-cinq minutes mémorables. Les musiciens rechignent à quitter la scène, c’est vraiment la fête. La hargne qui m’avait envahie pour Slaves m’a quitté. Je retrouve l’ami Xavier qui était lui aussi au premier rang mais que je n’avais pas réussi à rejoindre, et il est aussi ravi que moi par le beau cadeau que Kasabian nous a offert ce soir. Je suis aphone et sourd, avec des débuts de courbatures qui me feront souffrir demain, je le pressens. Mais, sachez-le, c’est ça, le fuckin’ rock’nroll…

« Slick move you said you wanna try me / You should've left it just where you found it / I see you creeping, thinking what it could be / You'll have to trust me, just don't believe me / Reap what you sow : / Comeback Kid / Says hello… »

Je sors dans la nuit sous des torrents d’eau, l’hiver est là, mais autour du Zénith des dizaines de spectateurs sont encore en train de hurler en chœur des refrains de Kasabian. Avec les acouphènes, ces refrains nous tiendrons compagnie toute la nuit. »

 

2017 11 11 Slaves Zénith (4)Les musiciens de Slaves sur scène :

Laurence Vincent – guitar, vocals

Isaac Holman – drums, vocals

 

La setlist du concert de Slaves :

Ninety Nine (Are You Satisfied? – 2015)

White Knuckle Ride (Sugar Coated Bitter Truth EP – 2012)

Fuck the Hi-Hat (Take Control – 2016)

Photo Opportunity (new song)

Sugar Coated Bitter Truth (Are You Satisfied? – 2015)

Beauty Quest (Sugar Coated Bitter Truth EP – 2012)

The Hunter (Are You Satisfied? – 2015)

 

Les musiciens de Kasabian sur scène :

Tom Meighan – vocals

Sergio Pizzorno – guitar, vocals

Chris Edwards – bass

Ian Matthews – drums

Ben Kealey – keyboard

Gary Alesbrook – trumpet

Tim Carter – guitar

 

2017 11 11 Kasabian Zénith (54)La setlist du concert de Kasabian :

Ill Ray (The King) (For Crying Out Loud – 2017)

Bumblebeee (48 :13 – 2014)

Eez-Eh (Around the world outro) (48 :13 – 2014)

Underdog (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

Shoot the Runner (Empire – 2006)

Days Are Forgotten (Velociraptor! – 2011) (The Ecstasy of Gold by Ennio Morricone intro)

You're in Love With a Psycho (For Crying Out Loud – 2017)

Wasted (For Crying Out Loud – 2017)

Club Foot (Kasabian – 2004)

Take Aim (The Doberman intro) (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

Re‐Wired (Velociraptor! – 2011)

Treat (48 :13 – 2014)

Empire (Empire – 2006)

Bless This Acid House (For Crying Out Loud – 2017)

Stevie (48 :13 – 2014)

L.S.F. (Lost Souls Forever) (Kasabian – 2004)

Encore :

Goodbye Kiss (acoustic) (Velociraptor! – 2011)

Comeback Kid (For Crying Out Loud – 2017)

Vlad the Impaler (with Noël Fielding) (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

Fire (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

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10 novembre 2018

The War on Drugs - Lundi 6 Novembre 2017 - Bataclan (Paris)

2017 11 06 The War on Drugs Bataclan Billet« The War on Drugs, c'est un groupe que j'ai envie de voir sur scène depuis une paire d'années, leur épique “Lost in the Dream” ayant quand même bien enflammé la planète rock en 2014-2015. “A Deeper Understanding”, le nouvel album, s'est avéré moins spectaculaire, mais peut-être plus profond, plus personnel que le précédent, qui revisitait de manière indie les cavalcades lyriques de Springsteen et les élans poétiques de Dylan. Mais, entre les montages obsessionnels en studio d'Adam Granduciel (The War on Drugs, c'est lui, et personne d'autre, depuis le départ en 2008 de Kurt Vile...) et un concert en format groupe, il y a un écart que je me réjouis et m’inquiète (un peu) de voir comment il sera comblé ce soir...

2017 11 06 The Barr Brothers Bataclan (4)Je suis à peine entré dans le Bataclan et installé confortablement à la crash barrier, un peu sur la gauche, que The Barr Brothers (de Montréal, et a priori rien à voir avec Jean-Marc…) entament leur set. Avec une bonne demi-heure d'avance sur l'horaire annoncé sur les billets puisqu'il n'est que 19h26. Et nous ne sommes encore qu'une petite cinquantaine dans la salle, même si le concert de The War on Drugs est sold out ce soir... il y a d'ailleurs sur scène une accumulation assez incroyable d'instruments, de micros et d'amplis puisque les deux groupes sont plutôt bien équipés ce soir... Bon, la musique des Québécois n'est pas inintéressante, très seventies, dans un esprit folk assez rudimentaire malgré l’électricité, et avec de longs morceaux un peu atmosphériques illuminés par de belles parties de guitare… Parties de guitare qui sont quand même le principal attrait du groupe. La voix du leader, Brad Barr, qui parle français mais chante en anglais, est assez belle, plutôt douce, et évoquera un peu celle de Don McLean sur le morceau le plus acoustique du set. La grande faiblesse du groupe c'est l'absence de compositions marquantes, de mélodies un peu accrocheuses... qui, conjuguée à un niveau d'énergie assez bas, résulte dans une douce torpeur qui nous envahit peu à peu. Pas tout à fait de l'ennui, non, mais quand même... il n'y a pas de quoi s'exciter outre mesure...

2017 11 06 The War on Drugs Bataclan (4)20h30… et Adam Granduciel lance son set. Il est accompagné de pas moins de cinq musiciens, dont un batteur courageux puisque condamné à frapper comme un damné pour reproduire les beats métronomiques de l'album, et un bassiste au swing irrésistible, qui, placé pas trop loin de moi, assurera toute la soirée une rythmique spectaculaire et superbe ! Sur certains morceaux, nous aurons donc droit à trois claviers, sur d'autres à deux guitares, et régulièrement à des cuivres. Mais la grande caractéristique de The War On Drugs en 2017, c'est cette masse sonore compacte, au sein de laquelle on distingue assez peu le rôle de chaque instrument, et qui est reproduite magistralement sur scène. Mes appréhensions se sont donc vite envolées, et ce d'autant que le niveau sonore est élevé - en tout cas au premier rang - malgré les nouvelles normes qui me semblent être entrées en vigueur. D'ailleurs, derrière moi, je repère quelques spectateurs fragiles se bouchant les oreilles !

Bon, et Granduciel, alors ? Eh bien, avec son look de bûcheron canadien - cheveux longs en broussaille et chemise à carreaux rouge -, il évoque un Neil Young jeune, surtout lorsqu’il se tient voûté sur sa guitare pour en tirer ces sons déchirants et volcaniques qui le caractérisent. Il est en tout cas plutôt speed, l’ami Adam, loin de l'attitude laid back de Kurt Vile... La voix est impeccable, même si Adam est clairement concentré sur sa guitare, qui est le centre du spectacle ce soir : Adam changera d'instrument à chaque morceau, sauf dans la dernière ligne droite du set, et il est entouré de racks fort imposants de pédales d'effets.

2017 11 06 The War on Drugs Bataclan (9)La setlist sera composée ce soir en quasi-totalité de chansons des deux derniers albums, ce qui me va bien puisque je ne connais que ceux-là. “Lost in the Dream” sera interprété dans l’esprit du nouvel album, avec un son moins clair, plus surchargé, ce qui alourdit mais aussi complexifie les chansons. On démarre avec un enchaînement de six chansons du dernier album, dont le mini-tube Pain, qui illustre le fait qu’il y a régulièrement des mélodies superbes derrière la déferlante rock de The War on Drugs. Mais c’est l’accélération de An Ocean in Between the Waves qui change tout, qui matérialise ces montées en intensité caractéristiques du groupe : des cris de satisfaction, d’encouragement commencent à s’élever du public, et autour de moi tout le monde “headbangue” les yeux dans le vague… C’est LE trip ultime au cœur des grands espaces intimes de The War on Drugs, et puis le Bataclan bascule dans l’extase quand la guitare de Granduciel s’embrase. Putain ! Quelle puissance ! Quelle émotion ! Tout le monde hurle, et ça continue, ça monte, ça monte, et ça ne s’arrête pas ! Durant une petite dizaine de minutes, The War on Drugs est tout simplement ce qui se fait de mieux dans le domaine du Rock pur et dur en 2017. C’est aussi pour moi le meilleur moment à date de cette saison 2017-2018, et je me dis que, ça y est, c’est bon, je tiens le concert de l’année…

… Ce ne sera malheureusement pas tout-à-fait le cas, car le set va aligner les chansons superbes – comme par exemple Strangest Things, ma préférée, ou comme l’acoustique Buenos Aires Beach, seule rescapée du The War on Drugs des débuts – sans retrouver de telles hauteurs. Finalement, on a l’impression d’assister à un concert en permanence “au taquet”, mais qui reste à un niveau d’intensité constant sans réussir à exploser.

2017 11 06 The War on Drugs Bataclan (12)Il faudra attendre Under the Pressure (il me semble…) pour vivre une nouvelle explosion sonique, dans un crescendo éprouvant et envoûtant. Le Bataclan est en transe, le bonheur se lit sur tous les visages dans les premiers rangs. Je suis heureux de retrouver ces sensations dans cette salle qui m’en a déjà offertes tellement : comme si la malédiction du 13 novembre 2015 avait fini par être levée, exorcisée par la bonne musique et la joie d’être ensemble à vibrer dessus… Cette explosion, on l’imagine finale, parce qu’on a déjà bien dépassé l’heure et demi rituelle : et puis non, Granduciel enchaîne encore plusieurs morceaux, pour finalement arrêter net quand on arrive pile aux 120 minutes.

Pas de rappel, mais cela ne me gêne pas beaucoup que le groupe ne sacrifie pas à ce rituel devenu avec les années un peu absurde… Nous avons de toute manière été gâtés ce soir, peut-être même un peu au-delà de nos attentes.

Vous aimez le rock qui décoiffe mais qui parcourt nos espaces intimes à grand pas ? Si vous n’étiez pas là ce soir, c’est vraiment dommage pour vous ! »

 

Les musiciens de The War on Drugs :

Adam Granduciel – vocals, guitars, harmonica

David Hartley – bass guitar

Robbie Bennett – keyboards, piano, guitars

Charlie Hall – drums

Jon Natchez – saxophone, keyboards

Anthony LaMarca – guitar, keyboards

 

2017 11 06 The War on Drugs Bataclan (20)La setlist du concert de The War on Drugs :

In Chains (A Deeper Understanding – 2017)

Holding On (A Deeper Understanding – 2017)

Pain (A Deeper Understanding – 2017)

An Ocean in Between the Waves (Lost in the Dream – 2014)

Strangest Thing (A Deeper Understanding – 2017)

Nothing to Find (A Deeper Understanding – 2017)

Knocked Down (A Deeper Understanding – 2017)

Buenos Aires Beach (Wagonwheel Blues – 2008)

Red Eyes (Lost in the Dream – 2014)

Thinking of a Place (A Deeper Understanding – 2017)

Under the Pressure (Lost in the Dream – 2014)

In Reverse (Lost in the Dream – 2014)

Eyes to the Wind (Lost in the Dream – 2014)

Burning (Lost in the Dream – 2014)

You Don't Have to Go (A Deeper Understanding – 2017)

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06 novembre 2018

Fishbach - Vendredi 27 Octobre 2017 - Bataclan (Paris)

2017 10 27 Fishbach Bataclan Billet« Retour au Bataclan, enfin... et seulement maintenant, signe que la programmation de notre très chère salle parisienne n'est plus ce qu'elle était. C'est dommage parce que, même sans crash barriers, le premier rang du Bataclan, c'est quand même assez proche de la perfection (hauteur et courbure de la scène, son, tout...). Et en plus la température est correcte, malgré la salle sold out pour célébrer le succès populaire de Fishbach, joli phénomène électro rock français, bénéficiant de plus d'une bonne réputation scénique...

2017 10 27 VOYOV Bataclan (8)20h00 : Voyou (qui s’écrit VOYOV), c’est un jeune homme moustachu à la coupe de cheveux un peu ringarde. D'ailleurs il porte un V jaune cousu sur sa "veste ouvrière" bleue. Mais il n'a rien d'un voyou, plutôt un gentil garçon sincère. Qui danse avec une innocence assez touchante sur sa propre musique électronique enregistrée. Qui joue de la trompette, un peu de la guitare, et agite aussi des baguettes pour frapper son minuscule clavier. Ses chansons - en français - ne sont pas a priori extraordinaires, mais elles ont l’immense mérite de ne pas trop évoquer grand-chose, et régulièrement on sent qu'il se passe quelque chose. Difficile de dire exactement quoi, parce que ce n'est pas vraiment de l'intensité, ni de l'émotion vraiment. Mais il y a de "la musique" là-dedans. Et sans doute la foi des débutants (Voyou s'émerveille du nombre de spectateurs devant lui, ça doit être la première fois) ... 25 minutes qui ont été très loin d'être désagréables, vraiment.

21h00 : le rideau rouge se lèvre (eh oui, cette fois, le rideau rouge du Bataclan a servi !) et l’obscurité est faite sur la scène. Un drone bourdonne dans le fond, les musiciens ne sont que des ombres. Flora Fischbach, dite Fishbach, des Ardennes, est derrière un clavier. Elle se lève, va au micro, un spot éclaire son visage : Tu Vas Vibrer ? C’est exactement ça, oui nous vibrons tous. La voix, la présence, l’intensité… un démarrage parfait. Théâtral certes, mais parfait. Derrière moi, une petite fan soupire : « Elle est ENOOORME !!! ». Et je dois dire que moi, aussi, le vieux dur à cuire, je suis assez estomaqué. Béton Mouillé, autre extrait du fameux premier EP datant de 2015, enfonce le clou. La fan chante à tue-tête, ivre de bonheur. C’est même un peu embêtant car elle couvre la voix de Flora, et c’est quand même elle que nous sommes venus écouter, non ?

2017 10 27 Fishbach Bataclan (1)Eternité : grande, grande chanson, avec sa catchline imparable : « Et tu parlais d’éternité / On a même pas fait la moitié ! ». Le groupe – sans batteur remplacé par une machine, je réalise – déploie ses ailes, mais tout de suite, on remarque que ce ne sont pas des ailes de géant, non ! Il manque quelque chose, et même si je suis toujours en faveur de l’adaptation des morceaux à la scène, là, le paradoxe, c’est qu’on perd et en puissance et en subtilité. Zut, après un départ à la verticale, voilà que la fusée Fishbach pique du nez !

On me dit Tu : l’une de mes chansons préférées de “A Ta Merci”, celle qui célèbre le plus intensément le pouvoir de la Mort, le thème central de l’album… et là encore, il ne se passe pas grand-chose. Flora se convulse, tressaute, agite les bras, impressionne, mais ne nous touche plus au cœur. Show-woman théâtrale, un peu à la manière d’une Florence + The Machine, si l’on veut, elle mime une intense vie intérieure, un malaise émotionnel permanent, dont peu à peu, au fur et à mesure que le concert avance, on met en doute la sincérité.

Ma Voie Lactée, A Ta Merci… les chansons de l’album s’enchaînent et la magie ne revient toujours pas. Il y a un quatuor à cordes sur la scène, pour pas grand-chose. Juste devant moi, le guitariste me rappelle par son look et son attitude les “garçons modernes” des années 80, les Taxi Girl, les Marquis de Sade : de bonnes références. Flora, avec sa guitare blanche, continue à se donner à fond, spectaculaire.

2017 10 27 Fishbach Bataclan (6)Flora allume une clope sur Boîte en Papier, qu’elle chante allongée sur le devant de la scène, au contact du premier rang - au centre, loin de moi qui suis sur la gauche -, pendant que les musiciens nous distribuent une boisson alcoolisée de couleur rose, peu reconnaissable, dans des petits gobelets en plastique : j’arrête au premier gobelet mais ma voisine la fan en prendra quatre de suite ! Je dois dire que c’est du jamais vu, fort sympathique en plus, mais que ce n’est pas ce genre d’intermède qui peut aider le set à monter en puissance, puisque pendant que Flora psalmodie, les spectateurs sont surtout occupés à picoler !

Le concert reprend. Dans le fond de la scène, des stores, des lumières rasantes – pas idéales pour les photos -, une ambiance qui rappelle aussi les années 80, en écho aux sonorités électroniques de la musique de Fishbach. Le groupe continue à dévider l’album, avec des sonorités différentes, dans une grande mesure moins électroniques, plus rock. Flora se lance dans une danse avec sa bassiste, pourquoi pas ? Le public apprécie. Je me concentre, faute de mieux, sur les paroles des chansons, histoire de bien confirmer combien elles sont noires, étouffantes presque. Flora annonce une reprise amenée par son guitariste, une reprise de Lavilliers (Noooooooonnnn !) : ce sera Petit Monstre, un morceau très extrême, très cold wave comme on disait alors, un morceau déconstruit et abrasif, dans lequel on a du mal (ouf !) à reconnaître du Lavilliers.

2017 10 27 Fishbach Bataclan (13)Et puis Flora annonce : « Voilà la chanson que j’avais le plus envie de jouer, celle que j’avais le plus peur de jouer ! ». Et c’est Mortel, ce morceau emblématique de Fishbach (il figure et sur le EP de 2015, et sur “A Ta Merci”), dont la célèbre phrase : « Jamais rien vu d’aussi mortel de ces tirs au hasard » résonne en effet avec une profondeur inédite, blessante, au Bataclan. Ce sera sans doute le point culminant du set, parce que quelque chose de l’horreur que les chansons de Fishbach essaient de conjurer se matérialise. Que derrière la pose et l’intention, la chair tremble. Enfin.

Un Autre que Moi, tube imparable sur disque, est joué en version électrique et rock, mais paradoxalement, manque sa cible sous cette forme-là.

Le rappel sera terrible, mais dans le mauvais sens du terme : voilà une reprise variétoche ringarde de Salim Halali, le “Gilbert Bécaud arabe”, la Babouche ! C’est totalement hors sujet, c’est presque honteux tellement c’est gras et ridicule, mais évidemment le public adore ! Et oui, on est en France, et malgré tout, une bonne partie du public ce soir au Bataclan est bien le public de la “chanson française” (aaargh !). Quand le concert sera fini, après 1h20, et que les fans imploreront en vain le retour de Flora, certains réclameront même un bis de la Babouche ! Bon, il nous reste quelques minutes encore pour rattraper cette mauvaise impression : Y Crois-Tu fera presque l’affaire, parce que c’est quand Flora est presque seule, sans son groupe bancal, que l’émotion passe…

2017 10 27 Fishbach Bataclan (36)Bref, j’étais clairement venu ce soir avec des attentes trop élevées, Fishbach n’a pas (encore) le niveau pour vraiment faire passer sur scène de manière convaincante ses chansons débordantes d’ambition. Flora Fischbach est une jolie jeune femme qui chante bien et qui met généreusement en scène ses émotions – ses derniers mots d’au revoir au Bataclan trahiront l’intensité de ses sentiments -, mais elle n’est pas encore l’Artiste qu’on a cru entrevoir dans son album. Ce n’est pas grave, nous sommes patients… »

 

La setlist du concert de Fishback :

Tu Vas Vibrer (Fishbach EP – 2015)

Béton Mouillé (Fishbach EP – 2015)

Eternité (A Ta Merci – 2017)

On Me Dit Tu (A Ta Merci – 2017)

Ma Voie Lactée (A Ta Merci – 2017)

A Ta Merci (A Ta Merci – 2017)

Boîte en Papier

Le Meilleur de la Fête (A Ta Merci – 2017)

Feu (A Ta Merci – 2017)

Un Beau Langage (A Ta Merci – 2017)

Le Château (A Ta Merci – 2017)

Night Bird (Petit Monstre) (Bernard Lavilliers cover) (Fishbach EP – 2015)

Invisible Désintégration de l'Univers (A Ta Merci – 2017)

Mortel (A Ta Merci – 2017)

Un Autre Que Moi (A Ta Merci – 2017)

Encore :

La Babouche (Salim Halali cover)

Y Crois-Tu (A Ta Merci – 2017)

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02 octobre 2018

Hanni El Khatib - Mardi 10 Octobre 2017 - La Cigale (Paris)

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale Billet« C'est toujours un bonheur que de découvrir pour la première fois un artiste sur scène, il y a la curiosité, l'espoir d'une vraie surprise, un peu encore de l'excitation des premières fois. Hanni el Khatib, que j'ai découvert bien tardivement à l'époque de son excellent troisième album, fait partie des gens qui intriguent : un drôle de mélange entre sincérité garage et mélodies accrocheuses, séduisantes même souvent. La "hype" Hanni el Khatib est désormais un peu retombée à Paris, mais ce n'est pas plus mal.

2017 10 10 Gabriel Auguste Cigale (6)Comme deux premières parties sont prévues ce soir, la Cigale se remplira lentement, on le sait bien, d'un public typique du concert rock parisien un peu pointu (mais pas trop) : des hipsters, des gentils couples autour de la trentaine, quelques fans plus grisonnants heureusement. Moi, posté sur ma rambarde de droite, je réfléchis aux vertus rassérénantes de la musique en période de trouble. Un vœu pieu ?

19h55 : Gabriel Auguste a un look passablement seventies mais quand même assez bizarre : pantalon et chaussures de ville, blouson jaune satin, moustache straight et longs cheveux blonds... sa musique est du soft rock, sur des tempos moyens qui évoquent l'un de ces fameux groupes de bal populaire de mon enfance (qui m'ont largement traumatisé) jouant plutôt mal des chutes des albums de Pink Floyd. La voix est particulièrement médiocre, et l'impression générale est d'une sorte de variétés françaises pas trop intéressantes. Heureusement ça ne dure qu'une vingtaine de minutes. Passons...

2017 10 10 Fantômes Cigale (4)20h30 : un duo cette fois sur scène, ils sont français aussi, ils débutent (expliquant que c'est leur première tournée...), et ils s'appellent Fantômes. Et c'est quand même déjà plus ça : au début on a même l'espoir d'un truc vraiment intéressant. C’est le batteur qui chante surtout, pas très bien mais bien dans le ton du truc, un bricolage approximatif mais original. Le guitariste n'a rien d'un virtuose et la guitare est un peu sous-mixée. C'est frais et nerveux, comme on aime, cependant au bout d'un moment, on peut trouver que les morceaux manquent quand même de consistance et de structure. Ce n'est pas si facile que ça paraît de jouer "arty" en fait. Le fan club de Fantômes est dans la salle, l'ambiance est amicale, mais le groupe n'est clairement pas encore prêt. Le dernier morceau, plus énergique, permet de se quitter sur une note positive. Sinon, une anecdote curieuse : avant de commencer à jouer, les deux musiciens se sont serré la main comme s'ils venaient juste de faire connaissance, là, sur scène. Un rituel ?

20h20 : un scorpion noir sur fond rose est projeté sur l’écran au fond de la scène, c’est la pochette de “Savage Times”, le dernier album de HEK, comme on appelle Hanni El Khatib, peut-être parce que c’est plus simple, ou bien parce que ça fait plus américain : finalement il n’y a pas trop de patronymes arabes, voire pas du tout, dans le Rock ! Mi-palestinien, mi-philippin, lourdement tatoué, Hanni a fière allure, un mélange peu courant de charme, de sensualité et de décontraction furieusement rock’n’roll. Il est accompagné d’un trio disparate, entre guitariste au look de nerd, bassiste bien garage et batteur jeunot bien propre sur lui. La Cigale est maintenant bourrée jusqu’à la gueule, et l’ambiance est chaud bouillante. On est parti pour un bon concert de Rock qui sent sous les aisselles : HEK attaque fort avec Baby’s OK, le son claque, le groupe est efficace, la voix est parfaite, c’est tout bon.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (6)Ce qui est magique avec HEK, c’est que même les morceaux qu’on ne connaît pas accrochent immédiatement, et qu’avant qu’ils soient même finis, on sait chanter le refrain et on s’amuse : est-ce que c’est un gage de la trop grande simplicité de cette musique, qui oscille en permanence en rock des origines (on sait que les Zombies et les Beatles furent une grande inspiration de Hanni à ses débuts), déflagrations garage-punk et soul-disco populaire ? Ou au contraire, est-ce le plus beau témoignage de son universalité ?

Mais le plaisir de chanter les irrésistibles Moonlight ou Melt Me sera un peu gâché par l’irruption sur scène d’un spectateur du premier rang, qui vient se plaindre des agissements de quelques individus éméchés et violents dans la fosse… C’est assez inattendu, et on voit que Hanni ne sait pas trop quoi dire : on est quand même dans un concert garage / punk, il me paraît difficile de reprocher à des membres du public de trop bouger, non ? Cependant un peu plus tard, il semble que la situation dégénère, le groupe s’interrompant en plein milieu du très BlackKeysien Dead Wrong du fait des altercations au premier rang. Bon, j’ai sans doute bien fait de m’installer comme je le fais désormais toujours à la Cigale, sur ma coursive latérale… Bref, le service d’ordre intervient, vire – assez gentiment – les fauteurs de trouble, et le set peut recommencer.

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (16)Bon, c’est bien joli tout ça, mais je trouve le set un tantinet trop gentil, trop tiède, avec un Hanni un peu dilettante, en deçà de ce qu’on pouvait attendre… HEK lit-il dans mes pensées ? En tout cas il nous offre alors un Come Down d’anthologie : « If the God’s gonna come down / You better come now / Because if he ain’t going to come / I’m going to do what I want ! » J’ai les poils et les cheveux qui se dressent, l’émotion me submerge, putain ça c’est en enfin du rock’n’roll, ça tord les tripes ! Et il enchaîne aussitôt avec : « When you dead in your grave / No more women will you crave / I'll be glad when you dead, you rascal, you! »… Un truc qui me dit quelque chose… Mais oui, c’est cette Vieille Canaille chantée par Gainsbourg !

A partir de là, HEK et ses hommes passent la surmultipliée et le concert bascule complètement du côté obscur – et jouissif – de la force. Hanni et Hayden descendent à tour de rôle et plusieurs fois dans le public, il y a un mosh pit généreux qui se forme au milieu de la Cigale, et la température est au moins montée de 1000 degrés centigrades. Les dernières vingt minutes seront mémorables, un peu comme un concert des Fleshtones ou des Black Lips avec de (bien) meilleures chansons. Partout dans la salle, et même au balcon, les gens sont debout, dansent et chantent, alors que les vagues de pogo déciment la fosse. Hanni semble enfin s’être lâché, il rayonne littéralement et fait honneur à son excellente réputation sur scène. Un doux chaos règne sur la Cigale, et je n’ai absolument pas envie que cet état de béatitude musicale prenne fin…

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (54)… mais, alors qu’il nous avait promis, le fourbe, de continuer à rocker jusqu’à ce qu’on le vire de scène, le voilà qui plie les gaules après moins d’une heure de set ! Alors, là, je ne suis pas d’accord ! Mais pas du tout ! Bon, ils reviendront pour deux rappels tout aussi irrésistibles, avec en particulier l’ultra-dansant Two Brothers, qui nous laissera forcément d’excellente humeur, malgré la brièveté de ce concert.

En sortant de la Cigale, je me fais le serment de ne jamais manquer, dans la mesure du possible, un passage de HEK en ville. C’est tout simplement trop bon pour s’en passer ! »

 

Les musiciens de Hanni El Khatib :

HEK – voice, guitar

Ron Marinelli – drums

Adrian Rodriguez – bass

Hayden Tobin – guitar, keyboards

 

2017 10 10 Hanni El Khatib Cigale (90)La setlist du concert de Hanni El Khatib :

Baby's OK (Savage Times – 2017)

Mangos and Rice (Savage Times – 2017)

Moonlight (Moonlight – 2015)

Melt Me (Moonlight – 2015)

Till Your Rose Comes Home (Savage Times – 2017)

The Teeth (Moonlight – 2015)

Paralyzed (Savage Times – 2017)

Dead Wrong (Will the Guns Come Out – 2011)

This I Know (Savage Times – 2017)

Come Down (Savage Times – 2017)

You Rascal You (Will the Guns Come Out – 2011)

Loved One (Will the Guns Come Out – 2011)

Pay No Mind (Head in the Dirt – 2013)

Family (Will the Guns Come Out – 2011)

Encore :

???

Two Brothers (Moonlight – 2015)

Encore 2 :

???

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02 juillet 2018

Sparks - Dimanche 1er Octobre 2017 - Gaîté Lyrique (Paris)

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique Billet« "Hello soldier boy," / oh boy, shes spewing out her propaganda, propaganda / Might makes right, though you're wrong / you're right to fight her propaganda, propaganda, propaganda…

Il y a dans la vie des petits cadeaux qui arrivent juste au bon moment. Quand la vie paraît ingrate, que les difficultés s’amoncellent, soudain le ciel vous envoie un hippopotame dans votre piscine, par exemple. Ou bien un tableau de Hieronymus Bosch. Ou bien, plus trivialement mais à peine, la chance de pouvoir assister en 2017 à un concert de Sparks formule 1974. Celle de “Propaganda”, celle du bonheur peut-être. Nous n’y croyions pas vraiment, mais nous l’espérions quand même un petit peu. Nous, Virginie, Clément et moi, mais aussi une bonne partie du public parisien pas très jeune qui a rempli la Gaîté Lyrique à craquer en ce dimanche soir… Il faut dire que “Hippopotamus” est un bon album de Sparks, un peu plus commercial que la plupart de ceux qui l’ont précédé : je veux dire un peu moins singulier, un peu moins clivant, et avec des guitares. Même que Ouï FM diffuse régulièrement l’irrésistible Edith Piaf, quelque chose d’inédit depuis le succès français de When I’m With You dans les années 90. Est-ce la conséquence du succès de FFS il y a deux ans ? En tout cas, Ron et Russell Mael dégustent cette année un (petit) succès populaire dont ils ont été privés depuis plus de 30 ans, c’est mérité, ils en sont heureux, et nous aussi. Pour eux, et pour nous, comme une récompense à notre fidélité depuis… “A Woofer in a Tweeter’s Clothing”, soit 1972 dans mon cas !!!

2017 10 01 Mister Moonlite Gaité Lyrique (4)20h15, alors que j’ai réussi à atteindre le premier rang, sur l’extrême gauche malgré une arrivée tardive, un drôle d’hurluberlu monte sur scène. Il s’appelle Mister Moonlite, et il chante des chansons de variétés anglaises typiques des années 50-60, je dirais au jugé, vêtu d’un costume de mauvais goût, un bouquet de roses à la main, et accompagné par un disque vinyle qui tourne sur un électrophone derrière lui. Il chante, plutôt bien, des chansons d’amour un peu ridicules, un peu funky parfois, et aussi des chansons de Science-Fiction (prétend-il, et c’est vrai que l’une de ces chansons parle de Stephen King). C’est très anglais, plutôt drôle et charmant, mais comme ça durera plus de vingt-cinq minutes, la plaisanterie ne sera plus trop amusante au bout d’un moment. Tiens, quelque part, ça me rappelle les aberrations des premières parties des Stranglers, à la grande époque. 

21h05, tout le monde commence à s’impatienter à force de supporter de la variété italienne sur la sono, quand Ron et Russell déboulent, accompagné d’un quintet de jeunes gens – dont le fameux Mister Moonlite, qui officiera aux claviers dans le fond de la scène. Deux guitaristes, une batterie aux dimensions impressionnantes : c’est confirmé, Sparks nous revient cette année dans une configuration traditionnellement rock, pour la première fois depuis le milieu des années 70 ! What the Hell Is It This Time?, sorte de citation de l’époque “Propaganda” envoie du bois : nous n’avons jamais entendu encore Sparks comme ça sur scène. Tout le monde est vêtu de maillots rayés, même Ron (qui a quand même la cravate !), façon marins de chez Jean Genet. Ron paraît de plus en plus émacié, fragile même, on s’inquiéterait presque pour sa santé, mais, bien sûr, il sera égal à lui-même ce soir, c’est-à-dire absolument impassible, hormis lors de son traditionnel “Ron Moment”. Russell, en culottes de golf et chaussures laquées, garde son habituelle préciosité, et continue à pouvoir monter dans les octaves de manière insensée malgré l’âge qui s’avance. RAS de ce côté-là !

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (4)Sauf que là, c’est… Propaganda ! Enchaîné comme il se doit avec At Home, At Work, At Play. Forcément, on fond, on ruisselle, on sourit aux anges, on a un peu les larmes aux yeux. Et c’est comme ça que ça devait être à l’époque : puissant et mélodique à la fois. Post-glam déjà et pré-punk. Je jette un coup d’œil derrière moi à Clément qui arbore un grand sourire. Il y a aussi les mecs habituels du fan club, qui crient : « Merci, Merci ! » à la fin du morceau, ce genre d’ambiance, quoi… Le son est bien fort, je m’inquiète pour mon oreille gauche, à quelques centimètres de la sono… d’autant qu’on sait bien que ça va encore monter en puissance.

Pas sûr par contre que les subtils Good Morning et When Do I Get to Sing My Way bénéficient autant du traitement heavy rock de ce soir, un peu de leur beauté fragile reste sur le carreau, alors l’ambiance redescend d’un cran. Russell annonce des chansons du nouvel album, et un petit hippopotame en peluche lancé de la salle atterrit sur la scène : bien vu ! Missionary Position avec son stomp final un peu lourdingue remplit son contrat de relancer le set. When I’m With You, LE morceau pour les Français, et une version percutante et bruyante de Dick Around rajoutent un tour de vis : les guitares et la batterie déploient maintenant toute leur puissance, je m’éloigne prudemment de la sono pour protéger mon ouïe, profitant de l’espace qui s’est ouvert devant moi.

Les sublimes Edith Piaf et… Never Turn Your Back (souvenirs, souvenirs) déploient leur magnificence. Le solo sur Never Turn Your Back, joué à deux guitares par les deux petits jeunes tout excités est la cerise sur le gâteau. Plus tard, Clément me demandera si je crois que ces jeunes musiciens réalisent la chance qu’ils ont de jouer une musique comme celle-là en 2017… Je ne sais pas, mais en tous cas, ils ont l’air de bien s’amuser… même si l’on se rend compte à quelques petits indices au long du set que Russell doit être un patron plutôt autoritaire !

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (17)My Baby’s Taking Me Home, seul rescapé de “Lil’ Beethoven”, dépare un peu avec son aspect expérimental, mais l’interprétation au marteau piqueur de The Number One Song in Heaven – la voix de Russell est désormais complètement saturée dans la sono – lance le sprint de la dernière ligne droite. Ron fait son ineffable danse grimaçante, et This Town Ain’t Big Enough, dans une version impeccable, donne au set de ce soir une allure de classique éternel : oui, nous sommes bien en 1974, la machine à voyager dans le temps existe ! Heureusement, on sait les Frères Mael ennemis de la nostalgie, et le set se conclut par l’opératique Life with the Macbeths, la voix de la chanteuse lyrique astucieusement remplacée par la guitare électrique,… et les yeux de Ron et Russell définitivement fixés sur le futur !

Deux beaux cadeaux en rappel : d’abord l’apparition de Leos Carax (il y a des gens autour de moi qui n’ont visiblement jamais entendu parler de lui, tristesse, tristesse !) pour l’hilarant When You’re a French Director, et puis une reprise du génial Johnny Delusional, rescapé de l’aventure FFS, qui me fait vraiment, mais vraiment plaisir, Russell reprenant élégamment les parties vocales d’Alex Kapranos. Le concert se termine pied au plancher avec Amateur Hour, bien évidemment, histoire de satisfaire le gros du public.

2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (39)Russell et Ron ne se décident pas à quitter Paris qui les idolâtre ce soir : si Russell, on le sait, maîtrise suffisamment le français pour s’adresser à nous dans notre langue, Ron prendra exceptionnellement le micro pour nous dire, en anglais, combien le cinéma français (la Nouvelle Vague) a été une source d’inspiration à leurs débuts, leur a donné l’envie de faire quelque chose d’artistique avec leur musique. Mission accomplie, Ron ! A quand la légion d’honneur pour Ron et Russell, Monsieur Macron ? Allez, on attend encore la sortie de “Annette”, la comédie musicale que Carax et Sparks sont en train de nous concocter, mais pas plus longtemps.

Une heure trente d’un concert que l’on n’espérait plus de la part de nos héros, et la nuit paraît un peu moins noire quand on ressort de la Gaîté Lyrique.

It’s a heartwarming song / For the easily moved / The effect is all wrong / Plain to see I’m not moved

As I stand in the light / Of a shop that is closed / God, I’d love me a fight / There’s no poem just prose

Edith Piaf said it better than me / “Je ne regrette rien” / Pretty song, but not intended for me…

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2017 10 01 Sparks Gaité Lyrique (72)La setlist du concert de Sparks :

What the Hell Is It This Time? (Hippopotamus – 2017)

Propaganda (Propaganda - 1974)

At Home, At Work, At Play (Propaganda - 1974)

Good Morning (Exotic Creatures Of The Deep - 2008)

When Do I Get to Sing "My Way" (Gratuitous Sax & Senseless Violins – 1994)

Probably Nothing (Hippopotamus – 2017)

Missionary Position (Hippopotamus – 2017)

Hippopotamus (Hippopotamus – 2017)

When I'm With You (Terminal Jive – 1980)

Dick Around (Hello Young Lovers – 2006)

Scandinavian Design (Hippopotamus – 2017)

Edith Piaf (Said It Better Than Me) (Hippopotamus – 2017)

Never Turn Your Back on Mother Earth (Propaganda - 1974)

I Wish You Were Fun (Hippopotamus – 2017)

My Baby's Taking Me Home (Lil' Beethoven – 2002)

The Number One Song in Heaven (No. 1 In Heaven – 1979)

This Town Ain't Big Enough for Both of Us (Kimono My House – 1974)

Life with the Macbeths (Hippopotamus – 2017)

Encore:

When You're a French Director (with Leos Carax) (Hippopotamus – 2017)

Johnny Delusional (FFS cover)

Amateur Hour (Kimono My House – 1974)

Posté par Excessif à 07:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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