Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

05 mars 2020

FEWS - Samedi 23 Mars 2019 - Boule Noire (Paris)

2019 03 23 FEWS Boule Noire Billet

Le retour de mode du post-punk (ce qu’on appelait plutôt cold wave d’ailleurs à l’époque en France, me semble-t-il…) n’en finit pas de ne pas passer : sans doute cette sourde angoisse existentielle, illustrée par des atmosphères menaçantes qui laissent régulièrement percer des explosions de violence froide, née à l’origine dans l’Angleterre thatchérienne laminée par le libéralisme agressif de la Dame de Fer, est-elle encore plus pertinente dans un XXIème siècle accablé de cauchemars en tous genres…

Toujours est-il que le “modèle Joy Division”, dirons-nous pour faire simple, reste à peu près incontournable quand il s’agit d’exprimer nos angoisses, que l’on vienne d’Angleterre, de France ou de… Suède, comme les vaillants FEWS qui nous occupant aujourd’hui. Suivant l’exemple “Rock pur et dur“ des débuts de Joy D et surtout New Order, justement, FEWS est un groupe qui chérit l’anonymat, dont les membres s’effacent derrière leur musique : peu de photos du groupe, des interviews rares et apparemment difficiles, les musiciens s’avérant apparemment assez ingérables, tout est dans la musique, urgente, tranchante et obsessionnelle. Pas vraiment la recette du succès, tout cela, et, malgré une première partie des Pixies il y a plus de deux ans qui avait frappé l’imagination, le groupe n’a pas encore vraiment trouvé son public en France. D’où une Boule Noire qui tardera à se remplir ce soir, et un concert qui au final ne sera pas “sold out“.

2019 03 23 Gavagaii Boule Noire (22)

20h10 : la première partie est assurée par un groupe français qui commence à faire un petit buzz, Gavagaii, trio guitare / batterie / voix qui fait dans le punk rock non conventionnel : une musique brisée, aux angles aigus et sans structure rassurante (adieu, couplets et refrains, goodbye mélodies !), portée par une guitare extrêmement agressive et par un chanteur charismatique, au jeu de scène tourmenté et spectaculaire. Avec, cerise sur le gâteau, mais qui change quand même pas mal de choses, un humour acide qui ajoute juste ce qu’il faut de second degré dans une musique qui pourrait sinon paraître nombriliste, voire hautaine. Les fans de Gavagaii sont venus en nombre, l’ambiance est chaude et bon enfant, le groupe arrive sans peine à faire monter la pression, voire à installer par instants une légère hystérie de bon aloi. Au premier rang, autour de moi, je lis la satisfaction sur pas mal de visages : Gavagaii nous offre 40 minutes assez passionnantes, et encore une fois la preuve de la vitalité du Rock français en 2019.

21h10 : Ce qui est très sympa, c’est qu’on voit immédiatement que les musiciens de FEWS ont envie de jouer : alors qu’ils installent eux-mêmes leur matériel, le chanteur-guitariste à l’allure joviale (et au style capillaire original…) semble ne pas tenir en place, et particulièrement impatient de venir en découdre ! Ce qui nous change de l’arrogance imbécile de bien des jeunes groupes… L’autre bonne nouvelle, c’est que FEWS a accepté apparemment un peu de lumière sur la scène, ce qui nous permettra au moins de les voir et de prendre quelques photos, à la différence de leur passage au Zénith en 2016 !

2019 03 23 FEWS Boule Noire (8)

Le concert démarre sur les chapeaux de roue avec un titre que je ne connais pas, mais se concentrera ensuite en quasi-intégralité sur les titres de l’excellent nouvel album du groupe, “Into Red“ : finalement, le principe conducteur de la musique de FEWS est clair, il s’agit de dynamiser le post-punk (tout en en conservant les caractéristiques les plus significatives, basse lourde, chant emphatique et guitare parcimonieuse mais facilement lyrique) en lui injectant une bonne dose de krautrock, voire de “motorik“ comme on disait à l’époque. Cette répétitive hypnotique, exacerbée sur scène par rapport aux versions studio des morceaux, porte la musique de FEWS vers d’occasionnels sommets de transe, et, lorsque le groupe accélère le rythme, elle devient particulièrement jouissive.

Il est d’ailleurs étonnant de regarder la manière dont les musiciens jouent : aucun des quatre (deux guitaristes, un bassiste, un batteur) n’apparaît particulièrement virtuose, tout semble très peu technique, les riffs des deux guitares ont l’air excessivement simplistes, mais l’interaction entre tout cela produit un motif que l’on peut qualifier de particulièrement harmonieux, ou au moins de très efficace et entraînant. Il y a indiscutablement de la magie dans cette opération, et chaque chanson – ou presque, il y a quand même un petit passage à vide au milieu du set – transcende littéralement ses différents ingrédients. Le public de la Boule Noire est ravi, cela bouge même un peu au milieu, et les musiciens, souriants et décontractés, paraissent eux aussi apprécier la bonne ambiance de la soirée. Bref, ce n’est parce qu’on joue de la musique sombre et urgente qu’il faut faire la gueule, hein ?

2019 03 23 FEWS Boule Noire (29)

On en arrive au bout du set, avec le morceau que tout le monde – enfin, moi – attend : Ill, le final paroxysmique (d’ailleurs au Zénith, j’avais pensé à ce moment-là au fracas shoegaze de My Bloody Valentine…) offert par ce long morceau totalement hypnotique et trépidant, qui résume parfaitement ce qu’il y a de meilleur chez FEWS. Voilà, c’est déjà fini, ça n’a duré qu’une petite heure, mais c’était parfaitement jouissif.

Il est difficile de dire si une musique aussi ambitieuse, exigeant avant tout que le public se laisse complètement aller dans les boucles rythmiques et les riffs tissés par les deux guitares, pourra rencontrer un succès moins confidentiel, mais il est certain qu’au prochain passage de FEWS à Paris, nous serons là dans la salle.

 

La setlist du concert de Gavagaii :

LDnA

The Tool

Mullethead

Greetings from the Woods

Night on a Bench

You're Fired

Elephant

Eeeeeeeeeeeerrr

The Flu

 

2019 03 23 FEWS Boule Noire (25)

Les musiciens de FEWS sur scène :

David Alexander—vocals, guitar

Frederick "Fred" Rundqvis—guitar, vocals

Lulu—bass

Rasmus "Rusty" Andersson—drums

 

La setlist du concert de FEWS :

Laguardia (Single – 2017)

Over (Into Red – 2019)

Paradiso (Into Red – 2019)

Drinking Games (Means – 2016)

Limits (Into Red – 2019)

More Than Ever (Into Red – 2019)

97 (Into Red – 2019)

The Zoo (Means – 2016)

100 Goosebumps (Means – 2016)

Business Man (Into Red – 2019)

If Things Go On Like This (Means – 2016)

Metal (Gary Numan cover - Single - 2017)

Anything Else (Into Red – 2019)

Fiction (Into Red – 2019)

Ill (Means – 2016)

Cette chronique a été déjà été publiée, au moins partiellement, sur les blogs manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

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01 mars 2020

Elliott Murphy - Samedi 16 Mars 2019 - New Morning (Paris)

2019 03 16 Elliott Murphy New Morning Billet

C’est une chance et un privilège de pouvoir grandir, puis vieillir avec un artiste, une chance et un privilège peut-être appelés à disparaître, vues les difficultés qu’ont désormais les musiciens à vivre de leur Art. Nous sommes ainsi quelques uns à avoir accompagné – et à avoir été accompagnés par – Elliott Murphy pendant plus de 40 ans, depuis l’explosion émotionnelle de “Night Lights”, son sublime album de 1976… et à nous retrouver ce  soir, dans la petite salle chaleureuse du New Morning, à fêter avec lui ses… 70 ans. Dehors, le chaos a envahi ce samedi encore les rues de la Capitale, et il nous faut l’optimisme de cet “Americain à Paris” – depuis 30 ans, Elliott vit ici… - pour nous rappeler que cette ville sait aussi accueillir les Artistes du monde entier, voire, comme le dit Elliott ce soir « … leur sauver la vie ! ».

2019 03 16 Elliott Murphy New Morning (14)

Sinon, il peut être nécessaire de rappeler aux plus jeunes et aux plus amnésiques qu’Elliott Murphy fut il y a plus de 40 ans une star instantanée à qui l’on promettait un avenir similaire à celui de Bob Dylan ou de David Bowie : il avait tout, les chansons, la voix, la beauté. Et puis, rien ne s’est passé comme prévu, le système l’a recraché au bout de 3 ou 4 ans, faute d’un succès commercial suffisant. Elliott a donc eu cette deuxième chance – que le dicton n’accorde pas aux héros américains – d’être adopté par l’Europe, et par la France en particulier : il y a rencontré Françoise, sa femme, avec laquelle il a reconstruit sa vie, et Olivier (Durand), jeune guitariste prodige avec lequel il a reconstruit sa musique. Et des centaines de fans en Italie, en Espagne, en Belgique et en France bien sûr, qui sont devenus, comme il le dit « après sa famille, son trésor le plus précieux »…

Ce qui nous ramène ce soir au New Morning, où comme tous les ans, nous fêtons avec Elliott son anniversaire, celui-ci étant un peu plus marquant, et peut-être même plombant, le changement de décennie étendant un certain voile d’angoisse sur l’événement. Il y a dix ans, au même endroit, on pouvait plaisanter : « 60 ans, ce sont les nouveaux 40 ans… ! », c’est un peu plus difficile aujourd’hui : la vue baisse – Elliott demande régulièrement de l’aide à son fils Gaspard pour vérifier qu’il a  choisi le bon harmonica -, et les amis commencent à disparaître : Patrick Mathé, fondateur de New Rose, le label qui a recueilli Elliott à son arrivée en France, est décédé il y a quelques mois, avant d’atteindre ces fameux 70 ans, lui ; on lui dédiera une très touchante version de Last Call… Mais les amis qui restent sont là, sur scène comme dans la salle : les vieux (Olivier Durand et Alan Fatras, des Normandy All Stars, qui n’existent plus depuis la triste disparition de Laurent Pardo…, Alain Chennevière de Pow Wow, qui vient prêter sa voix sur une version de Absalom, Davy & Jackie O construite en long et magnifique crescendo), comme les nouveaux (Leo Cotton le claviériste fou – et virtuose - et Melissa Cox, la violoniste hilare). Ceux qui ne sont pas là, la plupart vivant à New York, ont envoyé des messages d’amour et de fidélité par téléphone, messages qu’on écoutera au milieu du rappel : Ernie Brooks, le fidèle compagnon a récité un très beau texte, « en cette période de chaos, des deux côtés de l’Océan », tandis que le Boss, vieux copain d’Elliott, plaisante en disant que lui aussi va rejoindre le club des 70 cette année… Et la famille française : Françoise qui monte sur scène pour faire un peu de pub pour l’exposition « A Touch of Kindness », inspirée par la belle chanson d’Elliott (son plus grand succès commercial… en Belgique… !) et qui n’ a plus envie de s’en aller, mais claquera un baiser sur la bouche de son homme avant de pincer le nez de son fils ; Gaspard, bien sûr, que nous avons vu grandir sur scène, et qui est devenu un producteur et un musicien émérite… Armé de son étonnante basse à 6 cordes, il nous interprétera au débotté – sous la pression de son père qui galère à changer une pile de son micro de guitare – une jolie version du Come As You Are de Nirvana.

2019 03 16 Elliott Murphy New Morning (30)

Et ce soir, même si les yeux ne suivent plus, Elliott va nous prouver que, contrairement à ce qu’il affirme avec son éternel sens de l’humour (« Le Rock’n’Roll, c’est comme la Sécurité Sociale, il y a des règles ! A 65 ans tu prends ta retraite… Dans le Rock, à 70 ans, tu n’es plus un Rocker, tu es un… Bluesman ! »), il reste plein d’une énergie incroyable : le set de ce soir va durer 3 heures et 25 minutes, avec seulement 15 minutes de pause au milieu ! Plus de trois heures de musique venue droit du cœur, avec son habituelle alternance de moments d’intense émotion (une sublime version de Diamonds by the Yard, une magnifique – comme toujours, me direz-vous – interprétation de On Elvis Presley’s Birthday) et de rock endiablé, où le mot d’ordre est « plaisir avant tout ! » : I Want to Talk to You, Alone in my Chair, Come on Louann en final festif, des chansons de toutes les époques, sélectionnées tout au long d’une carrière qui commence à vraiment peser son poids, même si la célébrité globale a définitivement échappé à Elliott…

On a forcément envie de revenir sur chaque chanson, une par une, mais les plus beaux souvenirs n’ont pas besoin d’être écrits, ils sont dans notre cœur, pour toujours, et ils seront les seules choses que nous emmènerons avec nous, à la fin…

Un post-scriptum toutefois à cette chronique… Elliott nous a offert ce soir une rare version de sa très belle chanson, Sicily (Tropic of Separation), parce que l’une de ses jeunes fans, Laeticia, 16 ans, voulait l’entendre. Comme il s’agit aussi de l’une de mes chansons préférées d’Elliott, quittons-nous sur ces vers, qui expriment mieux que n’importe quel commentaire critique prétentieux, le talent unique de notre troubadour, ce mélange irrésistible d’humour élégant et de désespoir lucide : « I was in Sicily reading Henry Miller / You were in New York City you were getting thinner / I was in discos I was listening to Madonna / You were in sweat clothes looking like Jane Fonda / One day I called you because I couldn't resist / It cost me eighty bucks I don't think it was worth it / This is the last thing I expected to be / A broken hearted troubadour in sunny Sicily »…

Et nous donc, Elliott ! Quand nous regardons où nous en sommes nous-mêmes arrivés, en 2019, n’est-ce pas la dernière chose que nous nous attendions à devenir ?

 

2019 03 16 Elliott Murphy New Morning (51)

Les musiciens de Elliott Murphy sur scène :

Elliott Murphy – vocals, guitar

Olivier Durand – guitar, vocals

Alan Fatras – drums

Gaspard Murphy – bass, vocals

Leo Cotton – keyboards

Melissa Cox - violin

 

La setlist du concert de Elliott Murphy :

Duo with Olivier Durand

Drive All Night (Just a Story from America – 1977)

Something Like Steve McQueen (12 – 1990)

Green River (Strings of the Storm – 2003)

Navy Blue (La Terre Commune – 2001)

Absalom, Davy & Jackie O (Prodigal Son – 2017) (Band members entering one by one)

2019 03 16 Elliott Murphy New Morning (64)

With Full Band

Change Will Come (Affairs – 1980)

Take That Devil Out of Me (Elliott Murphy – 2010)

I Want to Talk to You (La Terre Commune – 2001)

Entracte de 15 minutes

Diamonds By The Yard (Night Lights – 1976)

Razzmatazz (Notes from the Underground – 2018)

Take Your Love Away (Selling the Gold – 1995)

Ophelia (Notes from the Underground – 2018)

Chelsea Boots (Prodigal Son – 2017)

Alone in My Chair (Prodigal Son – 2017)

You Never Know What You're in For (Night Lights – 1976)

On Elvis Presley's Birthday (12 – 1990)

Destiny (12 – 1990)

A Touch of Kindness (Coming Home Again – 2006)

Encore:

Last of the Rock Stars (Aquashow – 1973)

Sicily (Tropic of Separation) (12 – 1990) (For Laeticia, 16 years old, in the audience)

Rock Ballad (Just a Story from America – 1977) (Duo with Olivier Durand)

Broken Poet (New song)

Last Call (Party Girls / Broken Poet – 1984)

Rock 'N Roll 'N Rock 'N Roll (Elliott Murphy – 2010)

Come On Louann (Soul Surfing – 2002)

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25 février 2020

The Lemon Twigs - Lundi 4 Mars 2019 - Cigale (Paris)

2019 03 04 The Lemon Twigs Cigale Billet

Sacrés D’Addario brothers : à peine sacrés héritiers crédibles des Beach Boys grâce à leur premier album, les voilà qui nous pondent un disque fait pour les planches de Broadway, comme si leur objectif était en fait de devenir les Sparks des prochaines décennies ! La punition ne s'est pas fait attendre : stagnation pour ce second album de l'Elysée Montmartre à la Cigale, les petits rigolos ! Ça leur fera les pieds, ça leur apprendra, à leur singe et eux, que la Musique, c'est une chose S.E.R.I.E.U.S.E. !

2019 03 04 Laure Briard Cigale (2)

19h40 : Laure Briard, et son groupe, un quatuor hétérogène combinant sophistication (la guitare) et lourdeur (la batterie), un parti pris musical étonnant, discutable, de noyer les chansons - qui retiennent l'attention - dans une efficacité rock qui, souvent, ne leur convient pas. Laure paraît timide, ou en tout cas toute en retenue, et avoir une "grosse machine" comme ce groupe autour d'elle doit la rassurer. Quand sa musique va explorer les sonorités bossa nova, on dresse forcément l'oreille, mais la batterie, insupportable, a tôt fait de briser nos rêves. A la fin, deux morceaux plus "yéyé", ou plus rock peut-être, Révélation et Un peu plus d’amour s’il vous plaît, trouvent un meilleur équilibre. La Cigale applaudit mollement. Il y a du talent, là, quelque part, chez Laure Briard, mais la formule n'est pas encore au point. Une demi-heure frustrante mais qui donne envie que la demoiselle trouve son chemin.

20h55 : Pour qui, comme mois, n’a pas revu The Lemon Twigs depuis leur passage à l’Elysée Montmartre, il y a déjà deux ans, la métamorphose est saisissante : bien sûr, Brian et Michael sont à un jeune âge où deux ans de plus font physiquement une grosse différence, mais la nouvelle apparence de Michael, qui n’a plus son air d’adolescent fragile, est radicalement transformée. Oublié le look glam british 1972, Michael nous offre désormais une caricature du bad boy new-yorkais sexy des années 70, lunettes noires, blouson de cuir (et même casquette lorsqu’il pénètre sur scène), voix rauque... Les lèvres peintes en noir façon Lou Reed, il alterne les poses à la Mick Jagger – imitation convaincante -, et lorsqu’il se laisse aller dans des déhanchés outrés, il frôle même la provoc dandy de Johansen et Thunders chez les New York Dolls. C’est certes divertissant, et on peut espérer qu’il s’agisse là de second degré, parce que certains effets de mâchoire et de lèvres en deviennent presque effrayants !

2019 03 04 The Lemon Twigs Cigale (10)

Autre rupture très significative, exit les gentils copains Danny et Megan, les frères D’Addario ont recruté un vrai groupe, qui cogne particulièrement dur, et change radicalement le son des Lemon Twigs. Plus important encore, il y a désormais un batteur, ce qui dispense Michael et Brian d’officier derrière les fûts, et ramène le groupe à une structure beaucoup plus classique, avec les brothers se partageant le chant et le lead à la guitare. Brian est sans doute le seul point de stabilité, puisqu’il est resté le frère à la voix d’ange, et qu’il sera responsable à lui seul de 90% de la magie de la soirée. De la magie ou plutôt de ce qui en reste, car, pour reprendre les mots d’un jeune couple de fans un peu déçus à la sortie : « Michael s’est disqualifié depuis le début avec ses pitreries, mais Brian continue à nous mettre les larmes aux yeux avec sa voix… ». Je ne pense pas trouver une meilleure description de l’heure et vingt minutes passée ce soir à la Cigale avec les Lemon Twigs …

… Car oui, sur cinq ou six chansons, on a tous frémit de plaisir devant ces mélodies miraculeuses, qu’elles soient extraites du dernier album, plus baroque, ou du premier, plus classique. Ces effets de voix, cette fantaisie, cette exubérance même sont un pur bonheur, voire la marque d’un groupe véritablement hors du commun. Par contre, chacun de ces bijoux était immanquablement suivi d’une démonstration de rock millésimé années 70 plutôt bas du front, qui lamine les qualités des compositions si fines des D’Addario : alors oui, on tape du pied et on secoue les cheveux longs (quand on en a), on peut même se dire (pour les plus vieux d’entre nous), « ah oui, je me souviens, c’est bien comme ça que le Rock sonnait en 1973 ! », quand on écoutait Steppenwolf ou Status Quo, mais bon dieu, on n’attend pas ça des Lemon Twigs… Même si c’est clairement comme ça que Michael prend son pied. Et heureusement, il y a de temps en temps un beau solo de guitare véritablement inspiré de Brian qui élève le tout, sinon…

2019 03 04 The Lemon Twigs Cigale (22)

Bon, de ces montagnes russes pour le moins éprouvantes, et pour nos nerfs et pour notre sang-froid, on retiendra donc des perles comme I Wanna Prove to You, Baby Baby, ou surtout les magnifiques Home of a Heart (The Woods) et If You Give Enough, la magnifique conclusion, lors d’un rappel dépouillé : deux chansons où le talent des frères atteint – oui, j’ose le dire, et même l’écrire – la splendeur d’un McCartney au sommet de sa forme.

On sort donc de la Cigale désillusionnés d’avoir vu un groupe aussi brillant se fourvoyer ainsi dans la facilité d’un spectacle bruyant et peu subtil. Une erreur qu’on a envie d’imputer au goût pour la frime et la provocation de Michael… et qui fait qu’on souhaiterait presque aujourd’hui que Brian poursuive plutôt une carrière solo…

 

La setlist du concert de Laure Briard :

Dreams (Sorcellerie EP – 2017)

Kooky Sun (Un peu plus d'amour s'il vous plait – 2019)

Marin Solitaire (Un peu plus d'amour s'il vous plait – 2019)

Coração Louco

Sur la piste de danse (Sur la piste de danse – 2016)

Cravado

Changer d'avis (Un peu plus d'amour s'il vous plait – 2019)

Révélation (Sorcellerie EP – 2017)

Un peu plus d'amour s'il vous plait (Un peu plus d'amour s'il vous plait – 2019)

 

2019 03 04 The Lemon Twigs Cigale (24)

Les musiciens de The Lemon Twigs sur scène :

Brian D'Addario – vocals, guitar

Michael D'Addario – vocals, guitar

Daryl Johns - bass, vocals

Tommaso Taddonio – keyboards

Andres Valbuena - drums

 

La setlist du concert de The Lemon Twigs :

Intro (Go To School)

Never in My Arms, Always in My Heart (Go to School – 2018)

Foolin' Around (Do Hollywood – 2016)

Small Victories (Go to School – 2018)

This is My Tree (Go to School – 2018)

I Wanna Prove to You (Do Hollywood – 2016)

The Lesson (Go to School – 2018)

Hi+Lo (Do Hollywood – 2016)

Light and Love (Brothers of Destruction EP – 2017)

These Words (Do Hollywood – 2016)

Tailor Made (single – 2018)

Baby, Baby (Do Hollywood – 2016)

The Queen of My School (Go to School – 2018)

Home of a Heart (The Woods) (Go to School – 2018)

The Fire (Go to School – 2018)

As Long as We're Together (Do Hollywood – 2016)

Encore:

If You Give Enough (Go to School – 2018)

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20 février 2020

The Schizophonics - Mercredi 27 Février 2019 - l'Astrolabe (Orléans)

2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe Billet

Après le choc qu’avait constitué la découverte des Schizophonics sur scène, il fallait bien vite aller vérifier que je n’avais pas rêvé, et la passage – en tête d’affiche cette fois – de Pat Beers à l’Astrolabe d’Orléans était la manière rêvée de le faire.

Lorsque j’arrive vers 20h devant la porte du bâtiment de la Patinoire qui abrite donc dans ses étages le petit club rock d’Orleans, j’ai la surprise de tomber sur Stéphane, unique spectateur à faire la queue, si j’ose dire, alors que les portes doivent ouvrir dans moins d’une demi-heure : Stéphane, passionné du groupe croisé à Reims, puis à la Maro, a la particularité d’être un spectateur itinérant, puisqu’il suit les artistes qui l’intéressent un peu partout à travers la France et l’Europe. Ainsi Stéphane doit être la personne sur terre qui a vu le plus souvent Anna Calvi sur scène, puisqu’il a assisté à 46 concerts de la mini diva !

La petite salle de l’Astrolabe peine à se remplir, ce qui est inquiétant pour l’ambiance et dommage aussi pour nos Californiens égarés sur les routes de France… et pour finir je ne suis pas sûr que nous ayons été plus d’une petite centaine pour les soutenir ce soir.

2019 02 27 Coukou Astrolabe (6)

21h05 : c’est un duo français, Coukou, qui ouvre la soirée, avec 45 minutes d’une musique à la fois passionnante “conceptuellement” et… quand même un tout petit peu froide, voire lassante. L’Astrolabe a sa chaîne TV sur Internet et il y a donc une équipe qui filme les concerts, ce qui est un tantinet gênant quand même dans un espace aussi réduit, mais bon, l’idée est bonne. Sur scène, face à face, nous avons donc un batteur – très impressionnant – et un guitariste inventif, qui construit des morceaux en empilant à l’aide de ses pédales des rythmiques métronomiques et des sonorités hypnotiques. Un peu post-rock, voire un peu math-rock même, cette musique purement instrumentale recherche la transe et l’abandon, et les atteint de temps en temps. Entre les morceaux, le guitariste “meuble” un peu inutilement en racontant des absurdités, assez drôles d’ailleurs, qui s’avèrent une sorte commentaire décalé et vaguement ironique sur la démarche creative de Coukou. On apprécie quand même plus quand l’intensité s’invite à bord, et quand les labyrinthes sonores délaissent l’abstraction pour retrouver un peu d’urgence. Le dernier, long, morceau, construction patiente aux sonorités un peu asiatiques, réussit ainsi à atteindre une vraie splendeur. Bref, un groupe dont la démarche est quelque fois plus intéressante que la musique elle-même, mais qui est encore une preuve de la vitalité du Rock en France.

22h10 : Pat, sa femme Lety, et leur bassiste Blake – que je vais pouvoir voir et entendre bien mieux qu’à la Maro où j’étais placé à l’opposé de lui, entrent en scène. Pat salue Stéphane, qu’il s’étonne de voir à nouveau là, fidèle au poste, au premier rang, et se lance dans près d’une heure vingt d’un set furieux. Car, il faut le dire, contre toute attente, Pat peut tenir une heure vingt sans faiblir au rythme démentiel qu’il impose à son corps : une heure vingt de pirouettes, de sauts en l’air, de grands écarts, de roulades, et ce, SANS ARRETER UNE SEULE SECONDE !

2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe (10)

The Schizophonics, c’est donc plus qu’un simple groupe de garage rock comme il y en a déjà tant eu d’excellents au cours des 50 dernières années. C’est plutôt le spectacle ultime, poussé à ses dernières extrémités, de la grandiose folie furieuse du Rock’n’Roll. Qu’il y ait trop peu de gens dans la salle, comme ce soir, n’entrave en rien la belle générosité d’un set quasi rituel, où tout se joue entre la musique, presque classique (excitante, jubilatoire, etc.) que Pat joue, et l’offrande de son corps aux dieux jamais satisfaits de l’électricité. Et, pas de souci, la claque est toujours là : il me suffit de voir autour de moi la surprise sur le visage des Orléanais qui découvrent le groupe, puis, peu à peu, la satisfaction qui s’installe, et pour finir, même dans une salle pas assez remplie, l’excitation qui déferle.

Le grand intérêt d’avoir déjà dépassé la stupéfaction initiale de la découverte du “phénomène Schizophonics”, c’est que l’on peut se concentrer sur l’incroyable jeu de guitare de Pat, que je n’avais pas pleinement apprécié au cœur de la chaudière en fusion qu’était la Maroquinerie dix jours plus tôt. J’avais lu qu’on comparait son style à celui d’Hendrix, pas moins, et j’ai pu comprendre ce soir la pertinence de cette comparaison pour le moins flatteuse. Si pendant les morceaux, Pat est un guitariste qui cisaille des riffs agressifs de manière assez traditionnelle – tout en s’autorisant de spectaculaires moulinets qui rappellent le Pete Townshend des premières années des Who -, c’est lors des digressions volcaniques dans lesquelles il se lance à la fin des morceaux que son jeu touche au sublime : je dis volcanique, car c’est comme une lave brûlante qu’il déverse sur nous, pour notre plus grand bonheur, martyrisant nos oreilles (excellent niveau sonore, soit dit en passant !) et soignant nos cœurs. Et le plus impressionnant, c’est qu’il ne fait ça qu’avec sa main gauche sur le manche de la guitare… comme Hendrix (ou comme Neil Young, parfois…). Et qu’il le fait tout en sautant partout comme un haricot mexicain, en se jetant au sol, etc. Tout simplement extraordinaire.

2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe (29)

Je n’ai pas encore parlé de Leti, son épouse à la frappe parfaite, qui veille quand même sur lui, du coin de l’œil (il ne semble pas, heureusement, s’être fait mal ce soir, la scène étant bien moins encombrée qu’à la Maro), ni de l’impressionnant et sympathique Blake, mais tous les deux tiennent d’une main ferme la maison, et construisent une structure solide sur laquelle Pat peut se laisser aller en toute tranquillité.

Nous avons donc droit ce soir à un set complet, ce qui permet d’explorer toutes les facettes de la musique des Schizophonics, qui va bien au-delà du périmètre habituel du garage rock : on passe de la soul hystérique façon James Brown au metal de Motor City, sans oublier le rock’n’roll bon ton (Whole Lot of Shakin’ en final extatique), et sans jamais une baisse de régime. (Cela vaut d’ailleurs la peine de préciser que, de manière très inhabituelle, le groupe ne joue AUCUN morceau déjà enregistré et publié sur ses deux albums ou sur ses EPs !). Il me semble néanmoins que le sommet du set reste le furieux Something’s Gotta Give, d’ailleurs le seul titre présenté par Pat (comme une charge anti-Trump…), pur moment de bonheur sonique, qui justifie à lui seul mon périple de 300 kms aller-retour.

2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe (44)

Signalons un incident assez amusant : tandis que Pat est descendu dans la salle avec son micro pour chanter avec son public, une fan amoureuse se jette sur lui en faisant mine de retirer ses vêtements. Pat, un peu inquiet quand même, la repousse gentiment en disant : « Euh, attention, c’est ma femme, là-bas, à la batterie ! ». Lety viendra d’ailleurs à la fin du set choquer ses paumes contre celles de la fille, pour lui montrer qu’elle ne lui en tient pas rigueur ! Bref, le Rock en famille, ce n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire…

Nous aurons même droit à un rappel ce soir, non indiqué sur la setlist, avec une reprise annoncée par Lety de Roxy Music, que je ne reconnaîtrai pas, et un dernier brûlot, une dernière offrande avant la nuit.

Il est temps de laisser nos Californiens poursuivre leur périple à travers l’hexagone et à travers l’Europe, occupés qu’ils sont à leur tâche titanesque de célébration du Rock dans ce qu’il a de plus extrême. Je ne serai pas à Reims dans deux jours, mais Stéphane, lui, y sera. La vie continue, mais j’ai déjà hâte de revoir Pat Beers sur scène.

 

Les musiciens de The Schizophonics sur scène :

Pat Beers – voice, guitar

Lety Beers – drums

Blake Dean – bass guitar

 

2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe (41)

La setlist du concert de The Schizophonics:

Black to Comm

Steely Eyed Lady

Battle Line

Like a Mummy

People in the Sky

Not Gonna Change my Mind

Long Way to Go

Nine Miles

She's Coming Back

The One I Want

Down & Out

Something's Gotta Give

Whole Lot of Shakin'

Encore:

(Unknown) (Roxy Music cover)

(Unknown)

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15 février 2020

Yak / The Schizophonics - Lundi 18 Février 2019 - la Maroquinerie (Paris)

2019 02 18 Yak & The Schizophonics Maroquinerie Billet

Je ne savais pas en m’accoudant au bar de la Maroquinerie ce lundi 18 février pour siroter mon traditionnel verre de vin blanc que j’allais vivre l’une des meilleures soirées Rock’n’Roll de ces dernières années. D’ailleurs, j’avais prévu de commencer cette chronique par une phrase du genre : « Je ne savais pas que l'alligator et le yak étaient potes au point que le premier invite le second à une nuit de fête ! ». Oui, un vrai jeu de mot bien pourri, parce que je n’avais a priori rien de spécial à déclarer à propos de cette "Nuit de l'Alligator", avec les turbulents Anglais de Yak qui célèbrent la sortie de leur second album, mais aussi les très excitants Schizophonics, qu’on décrit sur le Net comme un croisement entre le MC5 et James Brown, pas moins ! Bref, même si je connais assez peu les enregistrements des deux groupes, une soirée tentante quand on se sent, comme moi, en manque sévère - en ces tièdes années 10 - de musique qui décape les esgourdes. Par contre, la moyenne d'âge sensiblement plus élevée que d’habitude confirme que ce sont plutôt les "vieux" comme nous qui ont le goût de la musique forte et violente, ce qui certes rassure sur la capacité de notre génération à bien vieillir, mais inquiète quant à une sorte de "jazzification" du Rock qui bastonne, bientôt réservé au troisième âge.

2019 02 18 Howlin Jaws Maroquinerie (14)

20h : Howlin’ Jaws, de Paris, je craignais un peu l'exercice de style rockab', et encore plus en voyant la contrebasse et les mèches gominées du trio. Et puis non, à la place, on a eu droit à 30 minutes d’un rock’n’roll certes traditionnel - on va dire millésimé 50's, 60's et même 70's - joué avec virtuosité et intensité à la fois. Lucas Humbert, le guitariste, est particulièrement impressionnant et il soulève chaque morceau, ou presque (Oh Well, Stranger…), vers l'extase. Comme les compositions sont solides (la palme au bagarreur et bien nommé Beer, Liquor and Wine), le chanteur compétent et charismatique derrière sa contrebasse virevoltante, et le batteur très énervé, il y a rapidement une sensation de plaisir total qui envahit une Maro déjà bien remplie. Et la pression monte encore, de titre en titre, le set est de plus en plus énergique, tout en restant très élégant, très classe. Bon, Djivan Abkarian, le chanteur, a tendance – gag ! - à se repeigner un peu trop souvent, mais quand c'est la seule critique – amicale – que l’on formule à propos d'un set, on peut dire que l'excellence n'est pas loin. On finit par un medley réjouissant : tout le monde a la pêche après ça, la soirée est déjà réussie. Merci l'Alligator, merci Howlin’ Jaws !

2019 02 18 The Schizophonics Maroquinerie (26)

20h55 : ... sauf qu'on n'a encore rien vu… Parce qu'en quatre décennies de concerts plus ou moins extrêmes, je ne crois pas avoir déjà vu quelqu'un comme Pat Beers. Imaginez Iggy Pop en 1969 avec une guitare et beaucoup, mais beaucoup plus énervé, et vous serez encore loin du compte. 35 minutes de rock made in Detroit - sauf que The Schizophonics... viennent de San Diego au XXIe siècle, ce qui est à proprement parler inconcevable. 35 minutes de chansons impeccables destroyées par une section rythmique furieuse, sur laquelle une guitare et une voix soul hystérique, en combustion permanente, viennent nous rappeler à l'ordre : le Rock, c'est ça et tout le reste n'est qu'une pâle imitation pour les timides et les frileux. 35 minutes de roulades, de grands écarts, de micro qu'il se prend dans les dents (ouille !), de retours qu'il se prend dans les reins (aie !)... à se demander comment il fait, Pat, pour survivre à chacun de ses sets. Et même pour tenir 35 minutes comme ça. En 1977, les punks allaient moins vite que lui, et ils ne pouvaient jouer que 20 minutes. Ce mec est un super héros, le croisement impossible entre un kangourou et un derviche tourneur. Et ça fait apparemment 10 ans que le groupe existe : on n’ose pas penser à l’état de ses rotules et de sa colonne vertébrale… Sans même parler du plus important quand même, de cette musique typiquement garage – guitare en fusion et sonorités soul, donc – mais avec un goût pour l’extrême qui évoque en effet la Fun House stoogienne ou les harangues enflammées du MC5. Bref, si les Schizophonics passent près de chez vous, allez-y de toute urgence, vous non plus n'aurez jamais vu un performer de ce calibre, avec en plus une excellente musique qui vous récurera les oreilles jusqu'au fond. En avant-dernier titre, Pat nous annonce un Something's got to give qui nous offre l'extase destroy absolue. Après the Schizophonics, l'herbe ne repousse plus. Bonne chance à Yak : à 21h30, je n'arrive pas à imaginer comment ils vont faire pour passer après une telle tornade.

2019 02 18 Yak Maroquinerie (15)

22h00 : … sauf que Yak, eh bien, ils ont une martingale imparable : un public bien plus jeune, et plus féminin, qui va porter le groupe à bout de bras et lui faire un triomphe. Troisième trio guitare / basse / batterie de la soirée, troisième claque : décidément l’Alligator a eu la dent creuse quand il a pondu la programmation de ce soir. Bon, peut-être une claque un peu moins assourdissante que celle des Schizophonics, mais un beau, beau moment de puissance live quand même. Il n’est pas évident de cataloguer la musique de Yak, ce qui est évidemment une bonne chose, mais si l’on essaie, on peut parler de heavy blues led zeppelinien, de transe mancunienne à la Stone Roses, de grunge déstructuré ou de psychédélisme expérimental et électronique… Ce qui ne fait évidemment aucun sens, surtout sur album où l’aspect assez déconstruit des chansons déroute un peu : sur scène, par contre, l’incroyable énergie du groupe, et en particulier de sa section rythmique surpuissante, a un impact sidérant sur le public. Après une intro sous forme de bidouillages électroniques, il suffit de deux minutes de Heavens Above pour que la Maro bascule dans la frénésie : pogo général, crowd surfing, c’est parti pour cinquante minutes très, très agitées.

Oliver Henry Burslem, vêtu de manière improbable d’une sorte de pyjama de satin blanc, pieds nus, à une allure d’ange avec ses boucles blondes et son grand sourire chaleureux : on comprend facilement la haute densité de jeunes femmes dans la salle ! Décontracté, un peu ironique, il sait néanmoins faire monter la tension d’un solo de guitare rageur, ou en poussant sa voix jusqu’au cri, et surtout en encourageant les slammers : « Good behaviour, good behaviour ! ». Une vraie graine de star, si ce n’était les passages assez malaisants où la musique de Yak se ralentit, s’essaie à des mélodies difficilement discernables, vire à la psalmodie pas toujours très inspirée. Bref, le set de Yak aura un profil de montagnes russes, avec des décollages hystériques magnifiques – qui justifient l’excellente réputation scénique du groupe – et des creux passablement creux, où la tension retombe, et où certains s’ennuient (moi, par exemple), pendant que les autres en profitent pour recharger les batteries avant le prochain pogo infernal.

2019 02 18 Yak Maroquinerie (25)

A la fin, Oliver organise le chaos dans un mosh pit furieux, puis fait une longue promenade sur les mains de ses fans – un crowd surfing dont il me semble bien que certaines fans ont profité pour l’embrasser. Les instruments à peine posés à la fin de Hungry Heart, voilà Oliver qui descend dans la salle, une guitare acoustique à la main, nous annonçant qu’on va poursuivre ça dehors ! Sympa… sauf que l’étroitesse de l’escalier par rapport au nombre de personnes dans la salle fait que, le temps que j’arrive dehors, le set acoustique dans la cour intérieure de la Maro se termine…

Pas grave ! J’ai le sentiment ce soir d’avoir vécu trois concerts parfaits, chacun dans leur genre : énergie et virtuosité avec Howlin’ Jaws, folie furieuse avec The Schizophonics, et puissance de feu avec Yak. Trois facettes du Rock bruyant et violent dans tous ses états. Trois raisons de continuer à y croire.

 

Les musiciens de Howlin’ Jaws :

Djivan Abkarian – chant, contrebasse, basse

Baptiste Léon – batterie, chant

Lucas Humbert – guitare, chant

 

La setlist du concert de Howlin’ Jaws :

Three Days (Burning House EP – 2018)

She’s Gone (Burning House EP – 2018)

Oh Well (Burning House EP – 2018)

No Thanks

Beer, Liquor and Wine

Stranger

Medley

 

Les musiciens de Schizophonics sur scène :

2019 02 18 The Schizophonics Maroquinerie (41)

Pat Beers – voice, guitar

Lety Beers – drums

Blake Dean – bass guitar

 

Les musiciens de Yak sur scène :

Oliver Henry Burslem – lead vocals, guitar

Vincent Davies – bass

Elliot Rawson – drums

 

La setlist du concert de Yak :

Heavens Above (single – 2016)

White Male Carnivore (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Bellyache (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Layin’ it on the Line (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Pay Off vs. The Struggle (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Words Fail Me (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Use Somebody (Alas Salvation – 2016)

Harbour the Feeling (Alas Salvation – 2016)

Pursuit of Momentary Happiness (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Fried (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)

Alas Salvation (Alas Salvation – 2016)

Hungry Heart (Alas Salvation – 2016)

Cette chronique a déjà été publiée, partiellement ou en intégralité sur les blogs manitasdeplata.net et benzinemag.net

 

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10 février 2020

Ghost - Jeudi 7 Février 2019 - Zénith (Paris)

2019 02 07 Ghost Zénith Billet

« Ghost ? Qu'est-ce que je peux être en train de faire ce soir à attendre Ghost dans un Zénith archi-rempli de familles excitées par la sortie de l’année et de fans de metal, qui ont visiblement fait la queue dans le froid de février une bonne partie de l'après-midi pour être bien placés devant la scène ? Qui plus est, pour assister à un spectacle frôlant le grand guignol plutôt qu'à un concert donné par un groupe important ou simplement prometteur... ? Eh bien moi aussi, j'ai été séduit par “Prequelle”, le quatrième album de ce groupe suédois assez atypique – reprenant les codes du doom metal pour mieux les trahir grâce à une musique populaire et réjouissante -, un album que la critique s'accorde à considérer comme le meilleur à date de Ghost... Une musique qui m'a vaguement rappelé le heavy metal très rock, mélodique, presque pop, et pourtant spectaculaire du Blue Öyster Cult de mon adolescence... Bah, on verra bien, l'important à ce stade est d'avoir assuré le premier rang, la stabilité de la balustrade, même si c'est tout à l'extrême gauche de la scène…

2019 02 07 Candlemass Zénith (4)

Il n'est pas encore 19h30 que le doom metal suédois (… justement…) de Candlemass commence à déferler sur un Zénith déjà bien rempli. Je dis déferler pour respecter les clichés du genre, mais cette musique lente, morne, sans puissance ni imagination a plutôt tendance à stagner mollement au-dessus de nos têtes. Ni rythme, ni structure, nous voilà soumis à une longue punition de 45 minutes : les morceaux s'enchaînent sans susciter le moindre intérêt. Nos Suédois sont clairement sympathiques et compétents, mais ils n'ont rien à dire, et n’ont même pas (même plus ?) l'énergie pour le dire de toute manière. Apparemment ils rament depuis 1984, ils doivent être fatigués : en tout cas, on sent une musique littéralement à bout de souffle.

20h45 : Annoncé par des chants lugubres – le folklore religieux / satanique de Ghost, qui serait ridicule s’il n’était à la fois spectaculaire et ironique -, le groupe apparaît : tous les musiciens - sauf Tobias - sont vêtus de la même façon, en noir et portant une redingote noire à queue de pie, leur visage - leur tête entière en fait - dissimulée par un masque de démon argenté. N’oublions pas que le principe de Ghost est l’effacement des musiciens derrière leurs personnages, un anonymat total qui, ma foi, doit être bien pratique en cas de départ d’un membre du groupe… Tobias lui-même me surprend par sa petite taille et sa minceur, et j’ai même le sentiment d'une tête trop grosse pour son corps… avant de réaliser que c'est aussi l'effet du saisissant masque de latex qu'il porte : ce visage figé, dont les lèves bougent à peine quand Tobias chante ou nous parle – ce qu’il fera de plus en plus abondamment au fur et à mesure que le show avance – évoque un aristocrate du XIXème siècle, sensiblement plus âgé que Tobias, sensation accentuée par les diverses redingotes arborées ce soir. Du véritable Tobias, on ne devine que les yeux, abondamment maquillés de noir et eux aussi dissimulés derrière des lentilles colorées. L’effet est garanti, le spectacle consiste surtout en une succession de poses que prennent tour à tour les huit musiciens – oui, huit, puisque nous avons Tobias, cinq “goules” anonymes et deux “lionnes” elles aussi anonymes derrière les claviers… Il y aura peu d’effets spéciaux – deux canons à confettis à la fin, et un ultime mini-feu d’artifices – et le décor est assez simple – un fronton de cathédrale au fond de la scène : pas de guillotine ni de poulets décapités comme chez Alice Cooper de la belle époque, pas de monstres en latex ou en carton-pâte comme chez Gwar, nos Suédois se consacrent finalement plus à la musique que je n’osais l’espérer !

2019 02 07 Ghost Zénith (3)

Le set a été lancé à fond la caisse par l’excellent Rats, qui ouvre aussi le dernier album, mais notre excitation est malheureusement bridée par un son insuffisamment fort, et surtout sans relief et sans nuances. Cela s’améliorera assez vite, mais on restera quand même en-deçà du son que l’on espère pour un concert de rock dur. On a néanmoins droit à trois guitares en permanence, ce qui ne peut que ravir les fans comme moi d’un déluge d’électricité, et les guitaristes, plus démonstratifs que Tobias, qui adopte des poses théâtrales assez figées, viennent constamment faire le show le plus près possible de nous au premier rang : c’est finalement un régal, car Ghost combine intelligemment un look spectaculaire avec de l’humour et, oui, de la gentillesse, de la part des musiciens qui, malgré leurs masques sataniques, cherchent plutôt la communication et le plaisir des spectateurs. Je dois dire que pour moi, qui ai toujours été assez hostile aux fariboles apocalyptiques ou horrifiques des groupes de metal, ce second degré est un soulagement, et me permet de me laisser aller totalement au plaisir du spectacle.

Tobias change régulièrement de costume, et quand il quitte la scène, c’est le rôle des musiciens de nous occuper : nous aurons droit ainsi à un duel de guitares, certes un peu longuet mais quand même très amusant, entre deux goules sur Devil Church. De même l’apparition du personnage de Papa Nihil avec son accoutrement papal et son saxophone en folie sur Miasma déclenche clairement l‘enthousiasme général… C’est néanmoins quand on entre dans la phase des chansons mid-tempo, voire des ballades, que Ghost décolle vraiment : loin d'avoir envie de se moquer de ce rituel feelgood, il faut bien admettre que c'est là que la musique acquiert une certaine grandeur, c’est sur ces chansons-là (Pro Memoria, Life Eternal), que tout le monde reprend en chœur, que la qualité pop des compositions triomphe et justifie finalement le succès désormais important du groupe. Bon, on chante tous d’un air convaincu des choses comme : « Can you hear me say your name forever? / Can you see me longing for you forever, forever? »… qui ne volent pas très haut, mais ne vous moquez pas de nous, on est aussi là pour ça, ce sentiment éphémère mais temporairement réconfortant de partager des émotions simples. J’imagine qu’on peut qualifier ça de “secret du Classic Rock”, non ?

2019 02 07 Ghost Zénith (12)

21h50 : Surprise : entracte ! Un entracte de 15 minutes est annoncé ! Les mauvaises langues diraient que c’est bien là la preuve que nous sommes au music-hall et non à un véritable concert de rock, mais cela signifie aussi que nous aurons droit ce soir à plus de deux bonnes heures de musique, soit quand même une générosité bien rare de nos jours où la majorité des sets n’atteignent même plus la marque de l’heure et demi !

22h05 : Le groupe revient, Tobias est maintenant vêtu de la tenue rouge et de la mitre d’un cardinal (le Cardinal Copia, donc ?), et la seconde partie du set va s’avérer plus musclée, plus agressive que la première. From the Pinnacle to the Pit et, plus tard, l’excellent Faith, constituent des exemples vraiment roboratifs de heavy metal que j’oserai qualifier de classique, qui fait dodeliner de la tête, et pour les plus puristes, tendre les doigts pour faire le signe du diable. Rien de mal à ça, tout le monde dans la salle s’amuse comme des fous : good clean rock’n’roll fun !

L’ami Tobias commence à se montrer de plus en plus expansif, ce qui est certes bien sympathique, mais ralentit le rythme du set… et ce d’autant que ses plaisanteries ne sont pas toujours du meilleur goût ! Avant de lancer l’excellent Mummy Dust, il nous épuise littéralement avec ses commentaires sur les fesses qui vont tressauter et les parties génitales qui vont être émoustillées. OK, Tobias, OK ! De la même manière, la présentation des musiciens pendant le If You Have Ghosts de Roky Erickson semble durer une éternité : et Tobias de nous expliquer que les deux lionnes derrière les claviers sont retenues par des chaînes pour ne pas sauter dans la foule nous dévorer dès le premier morceau, ce qui ferait quand même un « shit show », non ?

2019 02 07 Ghost Zénith (35)

Je décide alors de terminer la soirée en plongeant au milieu du pit, de quitter la sécurité de ma barrière au premier rang pour mieux goûter de l’excitation générale du public. Dance Macabre et Square Hammer mettent le Zénith tout entier en joie, et terminent en apothéose souriante ce set que l’on ne peut que qualifier de généreux.

Mais les fans en demandent plus et Tobias revient, pour nous faire une autre de ses lourdes plaisanteries : nous avons le choix entre une dernière chanson jouée par Ghost ou bien sortir l’attendre bien sagement en faisant la queue dehors pour qu’il vienne nous baiser tous l’un après l’autre ! D’accord, Tobias, je ne sais pas à quoi tu carbure, mais il va falloir changer de came… Comme le public français le prend au mot et réclame la seconde alternative, le voilà forcé à rétropédaler. Il nous recommande donc d’écouter la dernière chanson (un Monstrance Clock efficace) et de rentrer chez nous to « fuck each other ».

Il est 23h35 quand la soirée s’achève, et clairement, Ghost nous en a offert pour notre argent. Si nous n’avons pas vu ce soir le futur du Rock, nous avons clairement pu pleinement profiter de son présent, sous forme d’un spectacle finalement assez joyeux et plaisant. Nous y reviendrons ! »

 

Les musiciens de Candlemass :

Leif Edling – bass

Mats "Mappe" Björkman – rhythm guitars

Johan Längqvist – vocals

Lars Johansson – lead guitars

Jan Lindh – drums

La setlist du concert de Candlemass :

Marche Funebre (Nightfall – 1987)

The Well of Souls (Nightfall – 1987)

Dark Reflections (Tales of Creation – 1989)

Astorolus - The Great Octopus (The Door to Doom – 2019)

Mirror Mirror (Ancient Dreams – 1988)

A Sorcerer's Pledge (Epicus Doomicus Metallicus - 1986)

Solitude (Epicus Doomicus Metallicus - 1986)

 

2019 02 07 Ghost Zénith (41)

Les musiciens de Ghost sur scène :

Cardinal Copia (Tobias Forge) - vocals

Nameless Ghoul – guitar

Nameless Ghoul – guitar

Nameless Ghoul – guitar

Nameless Ghoul – bass

Nameless Ghoul – drums

Nameless Lioness – keyboards

Nameless Lioness - keyboards

Papa Nihil - saxophone

 

La setlist du concert de Ghost :

Act 1:

Ashes (Prequelle – 2018)

Rats (Prequelle – 2018)

Absolution (Meliora – 2015)

Ritual (Opus Eponymous – 2010)

Con Clavi Con Dio (Opus Eponymous – 2010)

Per Aspera ad Inferi (Infestissumam – 2012)

Devil Church (Meliora – 2015)

Cirice (Meliora – 2015)

Miasma (Prequelle – 2018)

Jigolo Har Megiddo (Infestissumam – 2012)

Pro Memoria (Prequelle – 2018)

Witch Image (Prequelle – 2018)

Life Eternal (Prequelle – 2018)

2019 02 07 Ghost Zénith (43)

Act 2:

Spirit (Meliora – 2015)

From the Pinnacle to the Pit (Meliora – 2015)

Majesty (Meliora – 2015)

Satan Prayer (Opus Eponymous – 2010)

Faith (Prequelle – 2018)

Year Zero (Infestissumam – 2012)

He Is (Meliora – 2015)

Mummy Dust (Meliora – 2015)

If You Have Ghosts (Roky Erickson cover)

Dance Macabre (Prequelle – 2018)

Square Hammer (Popestar EP – 2016)

Encore:

Monstrance Clock (Infestissumam – 2012)

Cette chronique a été déjà publiée partiellement ou intégralement à l'époque du concert sur les blogs manitasdeplata et Benzine Mag.

 

 

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05 février 2020

Razorlight - Samedi 2 Février 2019 - Bataclan (Paris)

2019 02 02 Razorlight Bataclan Billet

« Cette résurrection de Razorlight, dix ans plus tard, on n'y croyait plus après déjà une fausse alerte - une réapparition du groupe il y a quelques années, qui n’avait rien donné. Et honnêtement, ça ne nous empêchait pas de dormir. « Let bygones be bygones », non ? Razorlight ne fut jamais vraiment génial, seulement un groupe de plus qui nous fut proche, et qui fit partie de la bande originale de nos vies de 2006 à 2008. Sinon, la bonne surprise vint du nouvel album, très plaisant avec son mélange improbable de sonorités british new wave et de lyrisme springsteenien (la petite marotte de Johnny Borrell)… et du coup on pouvait se pointer au Bataclan ce samedi sans trop se taper la honte.

Le problème ce soir est plutôt de parvenir à la salle : gilets jaunes obligent, une grande partie de Paris est fermée au trafic, et le métro lui-même venait seulement de rouvrir dans le quartier de la République. Le Bataclan est donc quasi vide quand j'y pénètre...

2019 02 02 Bigger Bataclan (2)

... juste quelques minutes avant le début du set, à 19h20, de Bigger, un groupe que son chanteur nous présente en français impeccable, avec une pointe d'accent, comme venant de « Dublin... et un peu de Franche-Comté » : eh oui, c’est plutôt une plaisanterie, Bigger revendique ses origines franc-comtoise, d’où ce petit accent traînant si joli... Bon, musicalement, Bigger, c'est vraiment accrocheur : une rythmique puissante, des hooks mélodiques faciles à mémoriser, une musique plutôt sombre mais avec une coloration soul (les Irlandais ont en effet toujours excellé dans ce registre d'intensité émotionnelle...), et un chanteur à l'énergie réjouissante. C'est malin, c'est frais - sans trop de références pour une fois - ça sait être dur et énervé quand il faut. Le public, malheureusement encore trop peu nombreux (le billet annonçait un démarrage à 20 h !), frappe dans les mains et chante même quand c'est facile. Le dernier titre, Circus, s’avère même assez extraordinaire, et confirme que Bigger est un groupe à suivre… 35 minutes excellentes, qui nous rappelle que, en 2019, le Rock sait encore être enthousiaste et fougueux, comme au premier jour, et que la France est – enfin - un pays où bouillonne le talent musical.

2019 02 02 Jérémy Kapone Bataclan (3)

20h10 : On ne commentera pas longuement la prestation solo du dénommé Jérémy Kapone, qui en vingt minutes réussit à massacrer un blues traditionnel (Tell Me), une chanson de Dylan (The Man in Me) et une chanson de Neil Young, et pas n'importe laquelle, mais Hey Hey My My, qu'il dédiera non sans pertinence aux victimes du 13 novembre... Jérémy a une jolie gueule, une voix passable, et paraît aussi sympathique que sincère : il semble qu'il soit aussi acteur, peut-être doit-on lui suggérer, avec tout le respect qu'il mérite, de persévérer plutôt dans l'art dramatique...

21h00 : On garde un très bon souvenir de Björn Agren et d’Andy Burrows, qui nous paraissaient à l’époque être aussi essentiels à la musique de Razorlight que son leader, le brillant – et tête à claques – Johnny Borrell, ce qui fait qu’on n’est pas forcément très bien disposés vis-à-vis des nouveaux musiciens qui les remplacent… Pourtant, il ne nous faudra qu’une paire de chansons pour que David, le batteur passablement furieux, Harry, à la basse, et David, le guitariste placé juste devant moi qui a la lourde responsabilité de succéder à Björn, nous convainquent complètement : les deux classiques du groupe, Rip It Up et In the Morning, nous sont envoyés comme un véritable uppercut dans l’estomac, sur un tempo accéléré qui les transforme en véritable brûlots, pleins de rage et d’urgence… C’est clairement un nouveau groupe que ce Razorlight 2019, qui s’apparente plus à un gang de punk rockers qu’à autre chose. Ce radicalisme brut est certes surprenant, mais, bon dieu, qu’est-ce que c’est bon à une époque où le Rock se complait souvent dans des ambiances atmosphériques ! Mais le plus important, c’est évidemment Johnny Borrell, vers lequel tous les regards sont tournés : les dix ans passés ont logiquement marqué notre ex-jeune dieu vivant – curieusement attifé dans une combinaison peu seyante -, mais son énergie et sa voix restent inchangées, immédiatement convaincantes… et levant tous nos doutes.

2019 02 02 Razorlight Bataclan (14)

Keep the Right Profile n’est pas une chanson très connue de la grande époque du groupe, mais c’est une incroyable déflagration dans le Bataclan, qui s’embrase comme s’il était plein – ce qui est loin d’être le cas… Oui, Razorlight est bien désormais un vrai groupe de Rock, et ne prête plus le flanc aux critiques faciles, comme à l’époque, quand les puristes le qualifiaient de groupe pour midinettes, surtout préoccupé d’atteindre les meilleures places dans les charts. Brighton Pier et Midsummer Girl sont les deux premiers extraits de “Olympus Sleeping”, le nouvel album, et font franchement bonne figure au milieu des anciennes. Golden Touch, que je considère personnellement comme l’une des dix meilleures chansons des années 2000, pose un véritable dilemme : si l’on apprécie le rythme frénétique appliqué aux anciens morceaux, on ne peut nier que l’émotion qui s’en dégageait est laminée par le traitement rock… Mais, je crois qu’on est tous tellement heureux de l’entendre à nouveau sur scène, on la chante tous tellement dans notre tête, qu’on peut vivre avec : d’ailleurs, Johnny nous la laisse terminer tous seuls, nous n’avons même pas besoin de Razorlight pour être au paradis ce soir !

2019 02 02 Razorlight Bataclan (7)

I can’t Stop this Feeling I’ve Got débute comme une véritable tuerie, au point que je me demande si Razorlight était aussi bon que ça, “à sa grande époque” ? D’un seul coup, la guitare de Johnny défaille, et arrive ce qui normalement est le pire cauchemar d’un groupe, le problème technique que l’équipe n’arrive pas à identifier et à résoudre ! Personnellement, j’ai toujours trouvé que c’est ce genre de situation qui permet de distinguer les “bons” des “mauvais”, et là, le nouveau Johnny Borrel, et le nouveau Razorlight passent le test haut la main : en attendant la résolution du problème, le groupe improvise, Johnny fait chanter la foule, tout le monde reste souriant et décontracté, et à la fin, les techniciens seront dûment remerciés pour leur travail. Donc, les leçons à en tirer sont claires : à près de 39 ans – et dieu sait qu’il ne les fait pas ! – Johnny Borrell n’est plus du tout un “petit con prétentieux”, mais au contraire un artiste chaleureux et sympathique, et ses musiciens forment bien un véritable groupe qui sait s’amuser et se comporter sur scène. In the City est une chanson qui m’a toujours rappelé ce que le Boss faisait à l’époque de “The Wild, the Innocent and the E. Street Shuffle”, et si c’était de ma part un peu un reproche, ce n’en est plus un ce soir : la performance scénique de Borrell est époustouflante, et le concert connaît là son apothéose.

2019 02 02 Razorlight Bataclan (36)

A partir de là, j’ai le sentiment que le concert plafonne un peu. Est-ce l’énergie du groupe qui s’épuise un peu, ou au contraire, nous, dans le public, qui sommes déjà contentés ? On retiendra néanmoins un Stumble and Fall efficace et une conclusion poignante avec Wire to Wire, seul morceau sauvé de l’époque “Slipway Fires”. Par contre, le classique Los Angeles Waltz n’atteindra pas ce soir les sommets d’émotion qui sont restés en mémoire. A noter que Johnny s’adresse à nous à plusieurs reprises dans un français impeccable et quasi sans accent, même s’il cherche un peu ses mots, ce qui est toujours une marque de respect louable vis-à-vis du public…

Un rappel de Razorlight, c’est beaucoup plus qu’un simple rappel, en fait, mais plutôt un petit set supplémentaire de 20 minutes, consacré principalement à “Olympus Sleeping”, et conclu par l’inévitable America, qu’il dédiera aux “fucking Fox News and Trump”… ce qui caresse la foule parisienne dans le sens du poil, même si l’on aurait plutôt aimé l’entendre sur le sujet brûlant du Brexit !

Une heure et demi d’un set généreux, exceptionnel même dans sa première partie, qui prouve que Razorlight dispose quand même d’un song book qui réussit à transcender son époque, et surtout que la nouvelle configuration du groupe de Johnny Borrell lève toutes les ambigüités, et pourrait constituer la formule gagnante… si seulement cette musique était encore pertinente pour la jeunesse de 2019, ce qui est loin d’être certain… »

 

Les musiciens de Bigger sur scène :

Kevin Twomey – vocals, guitar

Ben Muller – keyboards

Antoine Passard – drums

Mike Prenat - bass

 

2019 02 02 Razorlight Bataclan (49)

Les musiciens de Razorlight sur scène :

Johnny Borrell – vocals, guitar

David Sullivan Kaplan – drums

David Ellis – guitar

Harry Deacon – bass

??? - keyboards

 

La setlist du concert de Razorlight :

Rip It Up (Up All Night – 2004)

In the Morning (Razorlight – 2006)

Keep the Right Profile (Razorlight bonus track – 2006))

Brighton Pier (Olympus Sleeping – 2018)

Midsummer Girl (Olympus Sleeping – 2018)

Golden Touch (Up All Night – 2004)

I Can't Stop This Feeling I've Got (Razorlight – 2006)

Japanrock (Olympus Sleeping – 2018)

In the City (Up All Night – 2004)

Before I Fall to Pieces (Razorlight – 2006)

Who Needs Love ? (Razorlight – 2006)

Razorchild (Olympus Sleeping – 2018)

Stumble and Fall (Up All Night – 2004)

Vice (Up All Night – 2004)

Los Angeles Waltz (Razorlight – 2006)

Olympus Sleeping (Olympus Sleeping – 2018)

Wire to Wire (Slipway Fires – 2008)

Encore:

Got to Let the Good Times Back into Your Life (Olympus Sleeping – 2018)

Carry Yourself (Olympus Sleeping – 2018)

Somewhere Else (Up All Night – 2004)

Sorry? (Olympus Sleeping – 2018)

Hold On (Razorlight – 2006)

America (Razorlight – 2006)

Cette chronique a été déjà publiée partiellement ou intégralement à l'époque du concert sur les blogs manitasdeplata et Benzine Mag.

 

 

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30 janvier 2020

Anna Calvi - Jeudi 31 Janvier 2019 - la Cartonnerie (Reims)

2019 01 31 Anna Calvi Cartonnerie Billet

« Anna Calvi doit être l'artiste qui m’a fait parcourir le plus de kilomètres pour assister à l’un de ses concerts depuis sa fulgurante apparition en 2011 : je me souviens d’un long périple à Valence depuis Madrid, qui avait été récompensé par un concert intense. Cette fois, n'ayant malheureusement pas pu être la veille à Pleyel, j'ai parcouru cet après-midi 150 kilomètres d'autoroute encombrée et sous la neige, pour pouvoir être ce soir à la Cartonnerie, salle emblématique - et vraiment très chaleureuse et sympathique - de Reims.

Anna Calvi a incontestablement du mal à "percer", malgré sa guitare flamboyante et son chant magistral : peut-on imputer ces réticences du grand public à la singularité de sa musique, alternant souvent en dépit de toute logique passages atmosphériques presque claustrophobes et pics vertigineux d'intensité ? Ou plus simplement au décalage grandissant entre son approche du Rock comme un véritable Art - au sens "lourd" du terme - et une époque qui consomme la musique comme un passe-temps sans conséquence ?

2010 01 31 Anna Calvi Cartonnerie (6)

On patiente péniblement dans la salle, qui est loin d’être remplie, en compagnie des sons pâteux d'une DJ peu inspirée et encore moins inspirante. N'y avait-il en Champagne aucun petit groupe local qui aurait pu faire pétiller ce début de soirée ?

21h15 : Une entrée en scène originale, Anna Calvi jouant les premiers accords de Hunter depuis l’arrière scène, tandis que ses habituels accompagnateurs sont déjà à leur place. La scène est plongée dans la pénombre et tout le concert se déroulera ainsi, les trois musiciens restant plus ou moins invisibles dans une lumière rougeâtre venant du fond : oublions donc les belles photos, et concentrons-nous sur la Musique !

Anna est comme toujours très classe, très belle, même avec son nouveau look beaucoup plus rock’n’roll : le temps des escarpins Louboutin sur scène est révolu, Anna opte désormais pour une apparence à la fois plus sauvage et plus masculine, reflétant les thèmes de son – superbe – dernier album. Cheveux bouclés noir de jais, tombant librement sur les épaules et devant le visage, et un maquillage marqué, soulignant la nouvelle félinité d’Anna, qui reste toutefois l’archétype de la femme dure… Indies or Paradise est la première opportunité pour nous, fans du premier rang, de chanter tous ensemble l’un de ces refrains menaçants mais accrocheurs dont Anna a le secret : « I want us in the air in paradise / I get lost in the air, I lose my mind / I want us in the air in paradise… ».

2010 01 31 Anna Calvi Cartonnerie (22)

Le son est correct mais sans plus : la voix d’Anna est parfois un peu dissimulée par la puissance de la batterie, et il y a régulièrement des vibrations désagréables qui émanent du matériel au fond de la scène. Rien qui puisse toutefois nous prouver du plaisir qu’il y a à plonger en apnée dans ces grandes chansons asphyxiantes, où le chant parfait de la diva miniature alterne avec le son chaotique de la guitare.

Voici venu le moment de la grande déclaration d’intention : « If I was a man in all but my body / Oh would I now understand you completely… ». Comme Christine (… and the Queens), Anna a fait son coming out cette année, elle n’est plus femme, elle est désormais un guerrier et un amant au masculin. L’enchaînement avec la tuerie de I’ll Be your Man est alors évident, et imparable : « I'll be your man / In the day, I can be your lover / In the night, these words are true… ». Anna part en vrille avec sa guitare, les hurlements déchirants qu’elle en tire sont… sublimes. C’est l’extase générale dans la salle – euh, au moins au premier rang. Je me prépare pour un set qui va forcément être magique. Quelle belle soirée…

Eden est malheureusement un peu abstrait pour que l’on puisse poursuivre à ce niveau, mais la mélodie lumineuse de Swimming Pool récompense notre patience : cette chanson évoque pour moi David Hockney (« A Bigger Splash »), sans que je puisse me souvenir si c’était là la volonté d’Anna, et si c’est mon propre imaginaire qui travaille. En tout cas la conjugaison de précision mélodique et d’understatement sexuel fait mouche : « Waves of desire on the earth / Come down to the swimming pool ». J’adore…

On revient en terrain plus connu, plus confortable pour une partie du public qui en est semble-t-il resté au premier album : le flamenco hendrixien de Rider to the Sea. C’est très bien, mais quelque part, ce n’est plus notre Anna d’aujourd’hui. Heureusement le manifeste de Don’t Beat the Girl Out of My Boy nous ramène en 2019, aux questions essentielles de genres et de rôles : il fait magnifiquement écho à celui du Samaritans de IDLES, et tout cela semble totalement faire sens. La voix merveilleuse d’Anna frémit dans la nuit, le silence autour de moi est total quand il le faut (… bon, il y a bien l’inévitable abruti, un grand barbu au second rang, qui a du mal à ne pas commenter chaque épisode de ce concert, avant de prendre des photos au flash avec son smartphone ! La soirée parfaite n’existe pas !). Wish est un pic d’émotion, avant que Alpha ne voit Anna retourner au bruit pur, et conclure 55 minutes d’un set, certes parfois un peu trop dans la retenue, mais quand même riche en sensations et en émotions.

2010 01 31 Anna Calvi Cartonnerie (32)

Je me réjouis du programme du rappel – vu sur la setlist posée devant moi sur la scène : exceptionnellement, on nous promet à la fois Love Won’t Be Leaving – et son solo orgasmique qui concluait en 2011 les concerts – et Ghost Rider, le nouveau crowd pleaser, symbole parfait de la nouvelle incarnation en artiste rock’n’rollienne d’Anna. On part donc tranquille dans le long délire de Love Won’t Be Leaving, puis on fédère le public avec le classique Desire, un peu gâché justement par la prépondérance de la batterie, puis… rien ? Anna sort de scène et c’est fini !!! Quoi, pas de Ghost Rider ? Pas de conclusion explosive à cette balade au bord du gouffre, au-dessous du volcan ?

Quelle frustration ! Quel désespoir ! Quelle colère… Coitus Interruptus ! Qu’avons-nous donc fait à Anna, nous si sages, si fidèles, si aimants de notre cruelle égérie ? On me tend une setlist, sans doute parce que j’ai l’air trop désemparé pour quitter la salle. Je sors dans la nuit, la tête en l’air, le cœur désolé par la déception. M… alors, trois cent kilomètres aller-retour en plein hiver pour ne pas entendre Ghost Rider !

Life is a bitch. And then you die. »

La setlist du concert d’Anna Calvi :

Hunter (Hunter – 2018)

Indies or Paradise (Hunter – 2018)

As a Man (Hunter – 2018)

I'll Be Your Man (Anna Calvi – 2011)

Eden (Hunter – 2018)

Swimming Pool (Hunter – 2018)

Rider To The Sea (Anna Calvi – 2011)

Suzanne & I (Anna Calvi – 2011)

Don't Beat the Girl Out of My Boy (Hunter – 2018)

Wish (Hunter – 2018)

Alpha (Hunter – 2018)

Encore:

Love Won't Be Leaving (Anna Calvi – 2011)

Desire (Anna Calvi – 2011)

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25 janvier 2020

The Dandy Warhols - Vendredi 25 Janvier 2019 - Olympia (Paris)

2019 01 25 The Dandy Warhols Olympia Billet

« Les Dandy Warhols, ce n'est pas rien, c'est presque un culte. D'ailleurs le public des Dandy Warhols est un public plus fidèle, plus passionné que la majorité des spectateurs que l’on rencontre dans les salles de concert. On se retrouve, toujours un peu les mêmes, pour ce que l'on espère toujours être une célébration païenne du Rock’n’Roll sensuel, décadent et drogué. Et têtu... car malgré le manque de gros succès populaire, les Dandy Warhols s’obstinent à creuser le même sillon : ce soir, à l'Olympia, on célèbre les 25 ans du groupe, ce qui ne rajeunit personne, et cet anniversaire-là, on ne peut sérieusement pas le manquer quand on aime le Rock, le vrai, aurais-je envie de dire…

2019 01 25 Juniore Olympia RG (2)

20h : c’est la seconde fois en moins de 3 mois que je peux apprécier Juniore sur scène, après la première partie de Miles Kane à la Cigale : toujours le même mélange léger entre pop sucrée française et garage surf un peu psyché. Disons une version plus élégante, moins punk et trash, sans doute aussi un peu trop sage de La Femme… Swanny à la batterie est toujours aussi fascinante, le guitariste ("la chose") est toujours aussi masqué, et Anna Jean reste toujours un tantinet trop dans la retenue pour que l'alchimie ne s'accomplisse. On sent parfois que Juniore pourrait monter en puissance, mais rien ne se passe. Plutôt un bon concept, quelques chansons vraiment accrocheuses qui soulèvent un certain enthousiasme dans l’Olympia déjà bien remplie – le concert étant, et ça c’est formidable, sold out ce soir : Juniore est un groupe prometteur. On attend toujours le déclic.

21h10 : un peu de retard pour notre quatuor strange, le public s’impatiente, et puis ils sont là : The Dandy Warhols, toujours les mêmes – même s’il me faut un bon moment pour reconnaître Peter Holmström derrière un rideau de cheveux et sous un chapeau enfoncé jusqu’aux yeux – même si les années commencent à peser sur eux aussi. Courtney Taylor-Taylor a pris un léger embonpoint et ressemble plus aujourd’hui à un (presque) vieux sage indien qu’à une icône gay à la Joe Dalessandro, auquel il faisait penser ; Zia McCabe, toujours rondelette, se dévoile ce soir sous un t-shirt à rayures que Courtney présente ironiquement comme une tenue de marin français (euh, je crois qu’il pense à JP Gauthier !) ; à la batterie, Brent DeBoer n’a plus son imposante coiffure afro et son look seventies, mais reste le batteur charismatique qu’on aimait. Les musiciens sont comme toujours plus ou moins alignés – pas de position de “leader” pour Courtney ! – et bien en retrait par rapport au bord de la scène, une sorte de recul que j’ai toujours trouvé curieux, mais qui finalement traduit bien l’aspect légèrement décalé et délétère de cette musique qui refuse la frontalité pourtant essentielle à l’extase rock’n’rollienne.

2019 01 25 The Dandy Warhols Olympia (7)

Le set commence de manière étonnante, mais vraiment remarquable, avec un titre très mesuré, très construit, où l’électronique mène la danse, mais où la cohésion musicale et la maîtrise technique – eh oui – du groupe impressionne vraiment… Sans doute un extrait du nouvel album – le dixième en vingt-cinq ans, nous dira fièrement Courtney – qui sort officiellement ce jour même, et que personne dans la salle ne connaît donc a priori. Le son est excellent, ce qui est, reconnaissons-le, presque toujours le cas à l’Olympia, et surtout suffisamment fort pour notre plaisir malgré l’application depuis fin 2018 d’une nouvelle réglementation encore plus drastique que la précédente : il est vrai qu’au premier rang, pas très loin de la sono, la position est idéale !

Toute la première partie du set va s’avérer d’une élégance folle, jusqu’à un Get Off magnifique de sensualité et de tension, ce mélange très caractéristique des Dandy Warhols, finalement. On déchante un peu avec High Life, extrait du nouvel album et interprété pour la première fois sur scène, nous dit-on : le chant de Zia peine à convaincre et le mélange musical électro-country qu’on nous propose frôle la faute de goût. On se reprend avec l’incontournable Not If You Were the Last Junkie on Earth (quel titre !), avant que les Dandy Warhols nous refassent le coup de la chanson pop sucrée et pas très belle avec un autre nouveau titre, Small Town Girls : pas sûr qu’on se sente vraiment impatient d’écouter le nouvel album, après ça !

2019 01 25 The Dandy Warhols Olympia (38)

On s’enfonce alors dans le ventre mou du set, et on sent que la tension dans la salle retombe, même si la passion que les gens ressentent pour ce groupe reste tangible… Disons que le concert tourne désormais un peu à vide. Mais qui a déjà vu les Dandy Warhols sur scène ne saurait être inquiet, le groupe ne rate jamais ses finales ! Et à partir de Godless, et bien sûr de Bohemian Like You, le plaisir revient, le public décolle. On lâche sur nous une pluie de gros ballons argentés, histoire de faire “ambiance anniversaire” et tout le monde est heureux. Courtney se décoince un peu pour prendre une photo du public en train de jouer avec les ballons. D’ailleurs même le service d’ordre a été mis à contribution pour les renvoyer lorsqu’ils retombent entre la scène et les crash barriers… Le concert se termine par un medley impeccable, on se doute bien qu’il n’y aura, comme toujours avec les Dandy Warhols, pas de rappel. D’ailleurs Courtney, puis Zia, nous invitent à les rejoindre dans 30-40 minutes à leur DJ set dans une autre salle. Les hommes quittent alors la scène tandis que Zia termine toute seule en nous arrosant de gargouillis électroniques.

25 ans de carrière donc, et les Dandy Warhols restent une expérience singulière, un groupe qui a un charme fou, mais qui quelque part, ne réalise jamais tout-à-fait ses promesses. Presque des beautiful losers, s’ils n’avaient pour eux tout l’amour de leur public. »

 

Les musiciens de The Dandy Warhols sur scène :

Courtney Taylor-Taylor — chant, guitare

Zia McCabe — clavier, guitare basse

Peter Holmström — guitare

Brent DeBoer — batterie

 

2019 01 25 The Dandy Warhols Olympia (25)

La setlist du concert de The Dandy Warhols :

Forever (Why You So Crazy – 2019)

STYGGO (Distortland – 2016)

We Used to Be Friends (Welcome to the Monkey House – 2003)

Crack Cocaine Rager (The Black Album – 2004)

Get Off (Thirteen Tales from Urban Bohemia – 2000)

Highlife (Why You So Crazy – 2019)

Not If You Were the Last Junkie on Earth (…The Dandy Warhols Come Down – 1997)

Motor City Steel (Why You So Crazy – 2019)

Small Town Girls (Why You So Crazy – 2019)

Plan A (Welcome to the Monkey House – 2003)

You Were the Last High (Welcome to the Monkey House – 2003)

I Love You (…The Dandy Warhols Come Down – 1997)

Well They're Gone (This Machine – 2012)

And Then I Dreamt of Yes (Earth to the Dandy Warhols – 2008)

All the Money or the Simple Life Honey (Odditorium or Warlords of Mars – 2005)

Be Alright (Why You So Crazy – 2019)

Godless (Thirteen Tales from Urban Bohemia – 2000)

Bohemian Like You (Thirteen Tales from Urban Bohemia – 2000)

Every Day Should Be a Holiday (…The Dandy Warhols Come Down – 1997)

Pete International Airport (…The Dandy Warhols Come Down – 1997)

Boys Better (…The Dandy Warhols Come Down – 1997)

Zia Outroset

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20 janvier 2020

Jean-Louis Murat - Lundi 10 Décembre 2018 - Café de la Danse (Paris)

2018 12 10 Jean-Louis Murat Café de la Danse Billet

« Ce qui est bien avec Murat, c'est qu'il recrute de manière large et profonde dans la France entière. Ce qui est étonnant avec Murat, c'est d'arriver à son premier concert parisien trois-quarts d'heure avant le début programmé des hostilités dans un Café de la Danse déjà bien rempli par des groupes d'amis provinciaux qui créent une belle ambiance d'amitié et de convivialité. Un concert familial où tout le monde semble connaître tout le monde dans la fosse, où les gens se prennent mutuellement en photo, sans doute pour témoigner qu’ils y étaient. Et ça fait bien chaud au cœur, comme si d’un coup on était loin de l’indifférence souvent teintée d’un zeste d’hostilité du public parisien habituel.

2018 12 10 Matt Low Café de la Danse (7)

19h35 : Matt Low (matelot ?) vient lui aussi de Clermont, et on suppose que Murat soutient ce jeune auteur-compositeur. Mais après quelques chansons à la guitare acoustique - avec l'aide ci et là de beats électroniques mal maîtrisés - on se demande bien pourquoi… Tout cela est bien gentil, c'est à peu près tout ce qu'on peut dire de positif sur ces chansons sans mélodies aux textes approximatifs, débitées au km par un chanteur sans voix, comme la France semble capable d'en produire des dizaines, bon an mal an. Matt n'a absolument rien à dire mais il ne se prive pas pour autant de nous dispenser sa poésie d'ambiance "délicate". En l'écoutant massacrer Elisa de Birkin & Gainsbourg, on se dit que Vincent Delerm à côté, c'est Freddy Mercury. 30 minutes d'ennui profond.

Un peu de panique dans l'équipe technique qui réalise, alors que le concert ne va pas tarder, que la “voie numéro 5” – quoi que ce soit que ça signifie - ne fonctionne pas. Ça s'agite, et ça me rappelle qu'il y a bien longtemps que je n'ai pas été témoin de problèmes techniques sur un concert - alors qu'il fut une époque où c'était quasiment systématique : il y a aussi du bon dans le progrès. Mais tout rentre dans l'ordre, et à 20h35 Jean-Louis entre en scène, accompagné de l‘ami de toujours, Fred Gimenez, à la basse et d'un batteur qui restera assez discret. On était en droit de se demander comment Murat aborderait sur scène l'aspect électronique très prononcé de ses deux derniers albums : eh bien, c'est tout simple, il l'ignore superbement et revient à un blues électrique dépouillé, voire basique. Achtung pose clairement les choses : la nuit va être donc blues, mais aussi laid back. D'ailleurs JLM jouera toute la soirée appuyé, voire assis sur un haut tabouret, derrière un pupitre sur lequel est posé un cahier contenant les textes des chansons : partisan du moindre effort, l'Auvergnat !

2018 12 10 Jean-Louis Murat Café de la Danse (18)

Hold Up perd tout son aspect chart friendly dans cette configuration, et un léger doute nous grignote le cerveau : si l’on accueille chaleureusement ce nouveau virage à 180 degrés du Bergheaud des bois, on craint d'un coup une uniformité d'ambiance qui lamine les morceaux. Et, de fait, il faudra attendre 30 minutes pour que JLM se lâche un peu et fasse parler la poudre : un peu d'intensité naît enfin sur Autant en Faire Quelque Chose, très beau morceau qui semble être un inédit, ou même une nouveauté : on respire... Même si tout autour de moi les fans sont bienveillants, on sent un certain soulagement quand le set décolle... pour reprendre assez vite son rythme de sénateur bluesy.

Murat est, c'est assez rare pour qu'on le signale, d'excellente humeur ce soir. Il vanne Macron dont la conférence de presse doit être maintenant terminée : « à la fin du concert, on va savoir si c'est un crouille ou un chef ! », et puis il nous taquine, jusqu'à quasiment piquer un fou rire qu'il réprimera difficilement. Cool ! Le problème, c’est qu’il manifeste assez rapidement le désir de ne pas s’éterniser ce soir, prétextant que « nous avons l’air blasés », et qu’il y a « un couvre-feu dans les salles parisiennes à 21h45 » ! Si l’on ajoute que la setlist n’a pas trop pour but de plaire aux masses, avec une bonne partie des titres de “Il Francese”, et seulement quelques flasbacks en forme de titres peu connus extraits d’albums peu joués habituellement sur scène, la soirée respire l’austérité et, admettons-le, une certaine frustration. Murat fait une pause, se lève de son tabouret pour expliquer visiblement à ses acolytes qu’on va sauter un morceau de la setlist posée devant moi : pas de Il Neige pour Paris ce soir !

Du coup, une heure seulement s’est écoulée et Jean-Louis se barre déjà, après une jolie version de Marguerite de Valois, avec ses « Margot ! » hauts perchés(un peu avant, il nous aura fait le même coup à propos de « La Bourboule », même si je n’ai pas trop saisi la private joke…). Comme on sait que Murat n’aime pas trop les rituels, il ne s’écoule pas plus d'une minute avant qu’il revienne... en solo. Et, a capella. Il nous chante Je me souviens, la bouleversante conclusion de "Il Francese". C'est superbe, et ça aide à oublier le set un peu tiède qu'il nous a offert ce soir. Mieux encore, les Jours du Jaguar nous laisse enfin entrevoir le Murat bruyant qu'on aime : tiens, on voudrait bien que le concert recommence sur ces bases-là, on ne dirait pas non à une bonne demi-heure de bruit et de fureur, et ce d'autant qu'il n'est même pas dix heures. Mais non, c'est fini, après à peine 1h15.

2018 12 10 Jean-Louis Murat Café de la Danse (27)

Devant mon étonnement de lire sur la setlist que j’ai pu récupérer quatre autres titres qui sont passés à l’as, mon voisin, visiblement un expert, me dit que « ça fait longtemps sur la tournée que Murat a arrêté de les jouer ! »… OK… En attendant mon tour pour sortir de la salle par la porte étroite qui crée la queue habituelle, je discute avec un type sympa qui me demande mon avis, et se présente comme un collaborateur historique de l’Auvergnat. Comme je lui explique que ça a quand même été peu généreux en moments intenses ce soir, il me dit qu’il va en toucher un mot à Jean-Louis. Bon, j’imagine que ça ne lui fera pas plaisir, à Jean-Louis, et qu’il me traitera de connard de blasé, mais voilà… Ce soir, Murat n’a pas été trop sympa avec nous…

Heureusement qu’on le connaît bien, depuis tout ce temps, et qu’on l’aime quand même… »

 

La setlist du concert de Murat :

Achtung (Il Francese – 2018)

Cine vox (Il Francese – 2018)

Hold up (Il Francese – 2018)

Tarn et Garonne (Morituri – 2016)

Over and Over (Toboggan – 2013)

Autant en faire quelque chose (nouvelle chanson)

Rendre l'âme (Il Francese – 2018)

Gazoline (Il Francese – 2018)

Kids (Il Francese – 2018)

L'amour qui passe (Le Moujik et sa Femme – 2002)

Marguerite de Valois (Il Francese – 2018)

Encore:

Je me souviens (Solo, a capella) (Il Francese – 2018)

Les jours du jaguar (Lilith – 2003)

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