Play It Loud !!!! Le rock'n'roll, c'est fait pour la scène...

30 décembre 2017

Alt-J / La Femme / IAM au Festival Lollapalooza Paris (Hippodrome de Longchamp)

2017 07 23 Lollapalooza Paris Day 2 Longchamp Billet« Allez, une décision de dernière minute, un coup de cœur immense pour "RELAXER", le troisième album de alt-J, et je prends mon billet pour le second jour de Lollapalooza, un festival que je fréquentais à São Paulo mais dont c’est la première édition à Paris. La météo de ce dimanche est assez inquiétante, avec pas mal de pluie prévue, mais je tente le coup quand même.

2017 07 23 Tom Odell Lollapalooza Paris (34)Arrivée à 15h45 après une marche interminable le long de l’hippodrome de Longchamp, organisée visiblement pour canaliser les entrées, et j’arrive devant "l’Alternative Stage", où je compte m'incruster pour toute la soirée, au moment même où Tom Odell commence son set. Je ne connais rien de cet individu, je l’avoue à ma grande honte (non, pas vraiment…), et je suis bien le seul car le public, majoritairement féminin et amoureux, s'amasse en grande quantité devant la scène. Pas de problème pourtant pour entrer au premier rang en passant par l'extrême gauche, et pour me rapprocher petit à petit du milieu, surtout pour éviter une caméra plantée juste devant moi. Bon, Tom Odell, ce n'est pas du tout honteux, juste terriblement ordinaire, du genre à recycler tout le "classic rock" – Bowie, Elton John, Springsteen – en faisant passer la pilule au culot, je dirais (mais je vais sûrement me faire lyncher en disant ça...). Tom est un blondinet élégant, lunettes noires, costar beige et mèche à la Bowie, il est assis au piano dont il joue tout à fait correctement. Sa musique est ordinaire, je l'ai déjà dit, mais puissante par instants, et surtout jouée avec enthousiasme et générosité, ce qui rattrape pas mal de choses quand même... Il est accompagné par un trio de musiciens plutôt rock, qui portent bien ses chansons. Les filles autour de moi sont ravies, moi je tape du pied et dodeline de la tête gentiment. Je suis rassuré quant aux photos car j'ai entrevu l'ami Robert dans la fosse, le son est bon, je suis bien placé, le festival s'annonce bien à condition que la pluie ne soit pas trop catastrophique. Tom termine son set d'une heure par son tube Another Love, qui évidemment soulève l'enthousiasme, et par une chanson festive qui permet de se quitter en agitant tous les bras. A noter un moment amusant, lorsque Tom lance un hommage à Liam Gallagher, qui doit commencer son concert au même moment sur une autre scène, en commençant à chanter Wonder Wall : plus moyen ensuite d'arrêter le public qui continue à chanter en chœur les paroles du hit d’Oasis ! Voilà Tom obligé d’élever la voix pour affirmer qu'il a lui aussi un hit, certes de moindre renommée : Another Love...

Bon, au suivant !

Les suivants, ce sont les rappeurs de IAM, visiblement attendus avec un immense enthousiasme par le public plus concerné - et marseillais - qui a remplacé les minettes d'obédience britannique devant la scène. Je réalise que ce sera mon premier concert de rap depuis près de 25 ans, depuis que j’ai décroché de ce style de musique qui me parle peu. Mais j'ai personnellement beaucoup de sympathie pour IAM, un groupe que j'ai bien aimé à l'époque des albums "Ombre est Lumière" et de "l’Ecole du Micro d'argent".

2017 07 23 IAM Lollapalooza Paris (35)17h30, c’est donc avec une demi-heure d'avance sur le programme que Akhenaton, Shurik’n et leur bande attaquent le set de IAM. Je suis sceptique pendant quelques minutes, refroidi par les poses, les mouvements des bras, les ondulations qui me semblent tellement caricaturales de cette musique... mais, très vite, quelque chose prend. Quelque chose de magique, même : de l'ordre de l'Amour, de la générosité, de l'intelligence que dégage le groupe, ses textes engagés mais subtils, loin, loin des imprécations actuelles et de la vulgarité triomphante du hip hop moderne. Un vrai classicisme, une orthodoxie - comme ils le chantent eux-mêmes -, qui fait honneur au groupe et à son public. Très vite, c'est l'Ecole du Micro d'Argent (puisque, chance pour moi, la tournée actuelle du groupe revisite cet album mythique…), et je vois les yeux brillants, le sourire presque tendre d'Akhenaton, et je me sens profondément ému. Bouleversé presque. Samuraï en remet une couche, ce set d'IAM est merveilleux. Les quatre rappeurs arpentent la scène selon les codes du genre, haranguent la foule, l'incitent à répondre, mais les stéréotype sont dépassés : c'est fun, c'est brillant, c'est... classique. Il y a bien sûr au milieu quelques morceaux que je ne connais pas (ou peut-être que je ne reconnais pas…), mais l'heure passe comme un rêve. Presque à la fin, ils font évidemment le Je Danse le Mia, tout le monde s'en réjouit, mais le vieux tube amusant est presque anecdotique dans ce contexte. On finit avec le marathon génial de Demain c'est loin, avec le rituel du banc à partir duquel se lancent les rappeurs, chacun à leur tour. C'est un véritable marathon oui, car cela s’étale sur un petit quart d’heure, au cours duquel les textes débordent, percutent par leur richesse, leur pertinence, leur intelligence et leur sensibilité : IAM nous touche une fois de plus au coeur. Akhenaton rayonne, j'ai les larmes aux yeux. Je n'aurais jamais cru que ça puisse m'arriver. Bravo. Et merci.

Il a plu quelques gouttes pendant la fin du set d'IAM, mais ça s'est vite calmé. Pour le moment la météo est plus clémente que prévu, pourvu que ça dure ! Changement complet du public bien sûr pour la Femme : beaucoup de jeunes gens au visage peint font leur apparition. Je gagne quelques mètres vers le milieu. Jusque-là, tout va bien, comme disait l'autre, sauf que j’aborde ce set avec beaucoup de doutes, ayant entendu de nombreuses critiques négatives sur les capacités scéniques du groupe...

2017 07 23 La Femme Lollapalooza Paris (32)... mais j'avais tort d'être inquiet... 19h15, une bande de fous furieux entrent sur scène, quelque part entre la gay pride et Au Bonheur des Dames, pour ceux qui étaient nés à l'époque. Un soupçon de délire Béruriers sans la contestation politique : et c'est parti pour une heure roborative de punk rock psychédélique déjanté. Avec on le savait, des incursions "dance", des chansons électro qui rappellent les garçons modernes (mais bien moins que sur l'album...), une touche de variété cabaret un peu ridicule. Bon, ok, ils jouent très approximativement (mais de toute manière le son est pourri), et Clémence chante vraiment mal, même si elle est très jolie. Mais depuis quand les punks sont-ils censés chanter et jouer bien ? Hein, je vous demande ! La Femme nous ont offert une heure de fête, et le public a répondu avec un enthousiasme sans partage, ce qui a clairement élevé le niveau général. Il y a eu beaucoup de cul, de sexe, d'exhibition hétéro, homo et transgenre, beaucoup de couleurs, de paillettes et de strass. Marlon, visiblement branché sous 100.000 volts, a fait un slam courageux. A un moment, ils ont réussi à diviser la foule pourtant bien serrée en deux groupes et à organiser une bataille rangée (pour rire) entre eux – Luca, proclamé "ceinture noire en rock" a été lui-même au milieu du mosh pit organiser tout ça ! C'est dire ce que la Femme peuvent faire quand l'alchimie opère, comme visiblement ça a été le cas ce soir ! A un moment, l'une des choristes est passée au micro, et, vêtue de grandes ailes de papillon, elle nous a offert un moment de chant lyrique, avec une voix parfaite : c'est aussi ça, la Femme, des instants de surprise totale. Bon, la troupe toute entière est bien taraudée par le sexe, en témoignent les nombreuses chorégraphies travesties et assez dénudées qui accompagnent les morceaux, ou encore le conseil lancé par Marlon avant Mycose : « On n'est pas à Solidays, même si c'est le même endroit, il y a pas de capotes partout... Mais bon, prenez des capotes et on y va ! ». Ou encore la blague de cour d’école primaire sur la « grande queue » à faire avant d’aller aux gogues, qui « peut plaire à certains »… Et puis, bien entendu, et heureusement, comme tout concert punk l'exige, nous avons tous sauté comme des petits pois, le sourire aux lèvres, sur les brûlots du premier album (Sur la Planche, bien sûr). Après, je ne dirai pas que cette musique est géniale, et encore moins indispensable : je sais seulement que, ce soir à Lollapalooza, ça a été incroyablement fun...

Il est 20h15, il ne pleut toujours pas, je caresse l'espoir que le set d'alt-J échappe lui aussi aux intempéries. Le public change autour de moi, les Anglais arrivent, logiquement, et c'est tout de suite moins relax (on les connaît, les bâtards...). La nuit tombe doucement, et les roadies installent sur scène un matériel impressionnant : une estrade pour chacun des trois musiciens, entourée de grilles immenses de LED, avec derrière d’immenses panneaux lumineux. On sent la mise en scène à grands moyens, qui tranche avec ce qu’on a vu jusqu’à présent.

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (2)21h00 : la pluie tombe maintenant et le thermomètre a chuté, mais heureusement les conditions restent encore acceptables, surtout protégé comme je le suis dans mon ciré ! Joe, Gus and Thom s’installent chacun dans leur "cage", et attaquent leur set avec Fitzpleasure, premier de nombreux extraits de leur mémorable premier album, "An Awesome Wave". Le son est très fort, mais magnifiquement cristallin et dur, proche de la perfection – ce qui est sans doute plus facile à réaliser lorsqu’il n’y a que trois musiciens, mais bon… La voix très particulière, parfois même agaçante de Joe, contraste vivement avec son apparence physique de gros ours tranquille. A sa droite, donc directement devant moi, souvent caché par ses claviers, Gus est le plus démonstratif des trois musiciens, et il se charge en outre de la communication avec le public, dans un français excellent, presque sans accent.

Il est vrai que alt-J n’a pas une excellente réputation scénique, j’ai lu parfois que le groupe peinait à reproduire la sophistication extrême de ses albums : ce soir, ce n’est pas le cas, et il me semble au contraire que les morceaux bénéficient désormais d’ajouts qui les rendent comme il se doit plus attractifs en live, tout en demeurant spectaculairement "intelligents". La splendeur visuelle des lumières concourt également à l’impression d’une véritable expérience artistique, qui complète parfaitement la richesse musicale des chansons, mêlant une variété de styles en une réinvention moderne de ce que pourrait être le "rock" le plus pertinent de 2017 et des prochaines années.

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (28)Il reste néanmoins que, peu à peu, une certaine monotonie s’installe : si j’y réfléchis, je me rends compte que ce qui cloche, c’est bel et bien la perfection de la mise en scène, de l’interprétation, du spectacle, au détriment de l’enthousiasme et de la spontanéité qui sont quasi absentes du set. Ou plutôt, dès que Joe ou Gus esquissent un pas, un geste, un mouvement vers leur public, on les voit s’interrompre, comme pensant tout bas : « Oh fuck, I am in that cage, so I can’t do that… ! ». Heureusement, la set list s’ouvre alors aux morceaux de "RELAXER", ceux que j’attends le plus. Et Cold Blood s’avère une tuerie, pour moi le sommet du set, sans doute le morceau le plus "accrocheur" que le groupe ait composé. Au total, alt-J interpréteront cinq titres sur les huit de l’album, ce qui n’est pas mal, même si les morceaux les plus aventureux sont délaissés au profit de ceux qui sont plus "typiquement alt-J", à l’exception toutefois du très cinématographique Pleader, qui fonctionne parfaitement en live. Pendant ce temps, la pluie et le froid continuent à gagner du terrain, et c’est presque avec soulagement que j’accueille le hit Breezeblocks qui annonce la fin du concert, après une heure quinze. Pas de rappel, tout le monde se disperse rapidement pour regagner la sortie et la chaleur de son foyer.

Même si alt-J n’ont pas démérité musicalement, et ont même atteint par instants des sommets de beauté, je crois que les souvenirs les plus forts de la journée resteront pour moi ceux des sets de IAM et de La Femme. Une fois de plus, c’est l’inattendu qui survient et qui fait le prix de ce genre d’événements : aucun regret donc, au contraire, quant à cette journée rock ajoutée à l’improviste à mon planning ! »

 

2017 07 23 IAM Lollapalooza Paris (46)Les membres de IAM sur scène :

Akhenaton

Shurik'n

Kheops

Imhotep

Kephren

 

La setlist du concert de IAM :

Nés sous la même étoile (L'école du micro d'argent – 1997)

L'école du micro d'argent (L'école du micro d'argent – 1997)

Samuraï (Shurik'n song) (Où je Vis – 1998)

Bad Boys de Marseille (Akhenaton song) (Métèque et Mat – 1995)

La Saga (L'école du micro d'argent – 1997)

Monnaie de singe (Rêvolution – 2017)

Chez le mac (L'école du micro d'argent – 1997) / Independenza (Independenza EP – 1998) / Bouger la tête (L'école du micro d'argent – 1997)/ Dangereux (L'école du micro d'argent – 1997)

L'empire du côté obscur (L'école du micro d'argent – 1997)

Un bon son brut pour les truands (L'école du micro d'argent – 1997)

Petit frère (L'école du micro d'argent – 1997)

Orthodoxes (Rêvolution – 2017)

Je danse le mia (Ombre est Lumière – 1993)

Demain, c'est loin (L'école du micro d'argent – 1997)

 

2017 07 23 La Femme Lollapalooza Paris (72)Les musiciens de La Femme sur scène :

Sacha Got – guitare, voix

Marlon Magnée - clavier

Sam Lefèvre – basse, clavier

Noé Delmas - batterie

Clémence Quélennec – voix, clavier

Lucas Nunez Ritter – clavier, voix

+ toute une bande d’allumés pour faire le spectacle…

 

Les musiciens de alt-J sur scène :

Joe Newman – guitar, lead vocals

Thom Sonny Green - drums

Gus Unger-Hamilton – keyboards, vocals

 

2017 07 23 Alt J Lollapalooza Paris (39)La setlist du concert de alt-J (ordre non certain à 100%) :

Fitzpleasure (An Awesome Wave – 2012)

Tessellate (An Awesome Wave – 2012)

Something Good (An Awesome Wave – 2012)

Deadcrush (RELAXER - 2017)

Nara (This Is All Yours – 2014)

In Cold Blood (RELAXER - 2017)

3WW (RELAXER - 2017)

Intro (An Awesome Wave) (An Awesome Wave – 2012)

Every Other Freckle (This Is All Yours – 2014)

Matilda (An Awesome Wave – 2012)

Hit Me Like That Snare (RELAXER - 2017)

Pleader (RELAXER - 2017)

Taro (An Awesome Wave – 2012)

Left Hand Free (This Is All Yours – 2014)

Breezeblocks (An Awesome Wave – 2012)

Ce CR a été partiellement publié à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.net

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25 décembre 2017

Metronomy - Lundi 3 Juillet 2017 - Philharmonie (Paris)

2017 07 03 Metronomy Philharmonie Billet« Après trois concerts successifs de papys et mamys (LOL ?), ça fait du bien de retourner écouter de la musique contemporaine… Et en plus, un concert dans un endroit aussi sélect que la Philharmonie, ça ne se refuse pas, surtout quand il s'agit de Metronomy, le groupe dont chaque concert est forcément du nanan (enfin du moins jusqu'à présent...). Comme le soleil de l'été est revenu sur Paris après un week-end pluvieux et glacial, on ne peut qu'attendre des merveilles de la sensibilité de Joseph Mount dans un tel contexte.

2017 07 03 Denai Moore Philharmonie (2)Si l'entrée dans la salle – grandiose, superbe, n'ayons pas peur de le dire - se fait d'une manière des plus civilisées, je suis quand même plus que surpris quand, une fois à l’intérieur, le service d'ordre nous demande de reculer d'environ deux mètres de la scène ! Décision évidemment absurde pour un concert de rock, puisque nous voilà tous debout (ou assis) comme si nous nous tenions derrière des crash barriers virtuelles, sans la stabilité et le confort que fournissent ces barrières. Bon, encore une expérience ridicule à rajouter au grand bêtisier des concerts. On verra bien le temps que ça durera...

20h35… En première partie, Denai Moore, qu'on nous vend comme un croisement entre Cat Power et Lauryn Hill (hein ?) ... Et qui s'avère une nième chanteuse "cool" à la belle voix qui nous endormira en moins de cinq minutes sur ses mélopées planantes jazzy et de bon goût. Quarante-cinq minutes (oui, oui) d'ennui profond, symptôme d'une époque où le professionnalisme et la mollesse sont en train de reprendre le dessus sur l'émotion et l'inspiration. Je baille, je baille, planté comme un gland au premier rang dans cette posture ridicule qu'on nous impose. De surcroit, comme Denai cache son visage dans l’obscurité et derrière ses cheveux, il est impossible de prendre la moindre photo décente : je souris en remarquant que l’ami Robert Gil semble aussi accablé que moi et ne se bat pas particulièrement pour immortaliser notre mini-diva somnifère. A noter quand même que, au cours du dernier morceau de son éprouvante setlist, Denai laisse chanter sa blonde guitariste, qui s’avère avoir, elle, une voix bien plus intéressante. De toute manière, on retiendra que cette première partie aura été une épreuve mémorable.

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (8)Avant toutes choses, il faut noter que cette tournée “Summer 08” de Metronomy, plus d’un an après la sortie de l’album du même nom, est une belle surprise, le dit album ayant été présenté à l’époque comme une sorte de parenthèse solo de Joseph Mount, qui ne serait pas défendue sur scène par le groupe. Je suis donc doublement ravi de voir le groupe au complet entrer sur scène à 21h45 : le quatuor original, complété comme toujours par un musicien additionnel aux claviers, est vêtu de blanc, sauf Olugbenga qui a enfilé un vêtement traditionnel africain du plus bel effet. Les lumières sont magnifiques, comme c’est d’ailleurs toujours le cas avec le groupe. La disposition des musiciens a changé, les deux claviers (inclinés à la verticale, cela vaut la peine d’être noté !) et la batterie étant maintenant parfaitement alignées au fond de la scène, derrière des vitres qui deviennent opaques ou transparentes suivant l’éclairage, tandis que Joseph et Olugbenga ont tout l’espace de la scène devant pour évoluer. A noter que Joseph a cette fois délaissé les claviers, et qu’il se concentrera sur le chant, la guitare et les percussions (dans la première partie du set).

Le bonheur, tandis que Joseph attaque l’intro un peu délirante de “Summer 08”, le bizarre Back Together, c’est qu’au bout de deux ou trois minutes, tout le monde s’avance vers la scène, refermant cet espace honteux créé par les directives stupides du service d’ordre. Nous voilà dans des conditions normales, et ça fait du bien après l’heure d’inconfort que nous venons de vivre. Je suis merveilleusement placé, étant rentré dans les premiers dans la salle, juste devant Joseph, et parfaitement prêt à vivre ce concert, que j’attendais comme le messie, dans des conditions idéales de son – bon, avouons-le, la Philharmonie assure sur ce point – et de vision, sans même parler de l’ambiance festive et bon enfant qui règne…

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (7)C'est, sans surprise, la disco rétro du réjouissant Old Skool qui met le feu aux poudres. On est tous là comme des imbéciles heureux, braillant : « Ya, Ya, Ya, Ya, Ya, Ya », et je rigole en regardant un grand échalas à ma droite qui agite les bras dans tous les sens… avant de me rendre compte que je suis en train de faire exactement la même chose ! Le bonheur, c’est simple comme Metronomy. Surtout d’ailleurs quand retentit l’intro de The Bay, qui reste six ans plus tard mon morceau favori de toute la discographie du groupe : tiens ça fait longtemps que je ne me suis pas senti transporté d’allégresse comme ça à un concert !

Une chose qui me frappe aussi, c’est la joie de jouer et d’être ensemble qui se dégage de Joseph et de sa troupe : là encore, à force de voir des groupes qui font la tête ou qui sont sérieux comme des papes, on en arrive à oublier que la musique est avant tout un plaisir, une joie. La complicité entre les musiciens, les petits clins d’œil entre eux, les mimiques, tout cela contribue à un sentiment général de bien-être que le public partage. Joseph décide alors de passer au français pour nous parler, ce qui est chou, même si son français est rudimentaire : il n’en démordra pas jusqu’à la fin du set, ce qui est encore une belle preuve de gentillesse et d’intérêt envers son public. Il nous rappelle d’ailleurs son premier concert à Paris (je n’y étais pas, mais j’étais au second…), et combien Metronomy a toujours été bien reçu ici.

Et puis, c’est Love Letters avec son refrain simpliste que tout le monde peut reprendre en chœur : si dans l’album, le titre peut fatiguer de par son manque de sophistication, il est indéniable que sur scène c’est un vrai “crowd pleaser”. Olugbenga, qui est depuis toujours le musicien le plus spectaculaire du groupe, avec sa démarche bondissante, son grand sourire perpétuel et ses vocaux haut-perchés, nous régale avec sa basse. Hang Me Out to Dry bénéficie – ce soir, exceptionnellement, puisque nous sommes à Paris, nous annonce Joseph – de la présence de la chanteuse suédoise Robyn elle-même, qui a une attitude scénique convaincante mais assez… originale. Puis Joseph empoigne sa guitare, qu’il a largement ignorée jusque-là, pour injecter dans la pop électronique de Metronomy une belle dose de “rock” supplémentaire.

2017 07 03 Metronomy Philharmonie (18)C’est alors que je réalise, que, à la différence des concerts précédents que j’ai vus du groupe, Metronomy se concentre désormais sur les ambiances pop mélancoliques et fragiles des trois derniers albums, et délaisse ses origines rythmées. Moi qui attendais l’habituel délire collectif qui concluait les sets du groupe, je dois dire que je ne peux pas m’empêcher de ressentir une légère déception. Injuste certainement, vis-à-vis d’un groupe aussi novateur et généreux, mais c’est comme ça : je me serais bien vu conclure la soirée par une bonne suée façon dance-floor. A la place, j’ai droit à de magnifiques versions de Corine, Night Owl, The Look et Reservoir : soit quatre chansons parfaites, mais qui terminent le set principal sur une note mélancolique et non pas euphorique comme c’était le cas avant.

Et le rappel restera dans le même ton : cette fois, Joseph est à la batterie, et Love's Not an Obstacle conclut la revue presque intégrale de “Summer 08”. Puis Anna vient au micro chanter un Everything Goes My Way qui finit de nous rappeler la grandeur de “The English Riviera”. Une heure et quart de concert, et c’est fini : une fois encore, je me sens un tantinet frustré par l’absence d’une explosion finale qui aurait magnifiquement conclu un set presque parfait. Mais bon, Metronomy a changé, c’est quand même ce qu’on attend de tout groupe réellement important, et on ne va pas critiquer pour ça des artistes qui font preuve d’une telle gentillesse et d’un tel enthousiasme.

Voici donc une belle semi-conclusion d’une saison 2016-2017 riche en sensations diverses, ouvrant presque deux mois de pause avant de nous retrouver à Rock en Seine fin août.

« Because this isn't Paris / And this isn't London / And it's not Berlin / And it's not Hong Kong / Not Tokyo / If you want to go / I'll take you back one day / It feels so good in the bay »

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2017 07 03 Metronomy Philharmonie (84)Les musiciens de Metronomy sur scène :

Joseph Mount – vocals, guitar, percussions

Oscar Cash – keyboards, vocals

Anna Prior – drums, vocals

Olugbenga Adelekan – bass, vocals

Michael Lovett – keyboards, guitar

 

La setlist du concert de Metronomy :

Back Together (Summer 08 – 2016)

Miami Logic (Summer 08 – 2016)

Old Skool (Summer 08 – 2016)

The Bay (The English Riviera – 2011)

16 Beat (Summer 08 – 2016)

I'm Aquarius (Love Letters – 2014)

My Heart Rate Rapid (Nights Out – 2008)

Mick Slow (Summer 08 – 2016)

My House (Summer 08 – 2016)

Love Letters (Love Letters – 2014)

Hang Me Out to Dry (Summer 08 – 2016)

Lately (new song)

Love Song for Dog (Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) – 2006)

On Dancefloors (Nights Out – 2008)

Corinne (The English Riviera – 2011)

Night Owl (Summer 08 – 2016)

The Look (The English Riviera – 2011)

Reservoir (Love Letters – 2014)

Encore:

Love's Not an Obstacle (Summer 08 – 2016)

Everything Goes My Way (The English Riviera – 2011)

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20 décembre 2017

Blondie - Mercredi 28 Juin 2017 - Olympia (Paris)

2017 06 28 Blondie Olympia Billet« Bis Repetita Non Placent, disaient les Romains dans leur grande sagesse. Donc risque maximal ce soir, alors que je répète à peu près la même formule que la semaine dernière : un artiste que j'ai beaucoup aimé et que je n'ai jamais pu voir sur scène, l'Olympia en format places assises numérotées. Debbie Harry (plus Chris Stein et Clem Burke quand même), 72 ans, après Bryan Ferry. Néanmoins, un bon album sous la ceinture : "Pollinator" qui permet de ne pas décliner Blondie uniquement au passé. Petit problème, une place plutôt au fond de la salle, donc la nécessité de pouvoir sprinter le plus tôt possible vers la scène : je croise les doigts...

2017 06 28 Mustang Olympia (15)20h00 : les trois petits Français de Mustang attaquent un court set de 25 minutes par un instrumental de bon goût : sec, nerveux, en forme de citation respectueuse des Shadows... Je m'apprête à déguster encore une fois une bonne première partie quand, dès le second morceau, chanté en français, ça grippe méchamment : les textes s'avèrent pour le moins surprenants (« j'ai envie de me faire démonter par deux ou trois gitans » - de mémoire -, wtf ?) et le style bascule vers une sorte de variété yé-yé... une impression encore accentuée par la chanson suivante, vilainement et maladroitement funky. Le quatrième morceau me donne le sentiment d'être revenu à mon adolescence provinciale quand je m'enquillais des groupes de bal qui citaient maladroitement Bill Haley and the Comets. Bref, je lâche l'affaire, surpris par tant de mauvais goût. Le set de Mustang se terminera mal, dans une parodie de Rock et après d'autres paroles affligeantes (« je m'emmerde », « dans mon pantalon » ... n'en jetez plus !). Consternant.

2017 06 28 Blondie Olympia (2)20h45 : les fameuses 20 minutes d'entracte de l'Olympia sont encore une fois respectées et on se doute que l'on ne se couchera pas tard ce soir... Les six membres actuels de Blondie - avec donc deux "jeunes" et un "moins jeune", le bassiste Leigh Foxx qui est là depuis la reformation du groupe en 1997, pour soutenir Debbie, Chris et Clem - attaquent l'inoubliable One Way or Another : tout l'Olympia se lève d'un coup (il faut dire que, heureusement, la moyenne d’âge est bien moins élevée ce soir que la semaine dernière pour Bryan Ferry !). On a tenu moins de 20 secondes assis, et c'est parfait pour moi ! Je quitte mon siège sans regrets, et je me rue vers le premier rang... que je ne vais pas réussir à atteindre car la foule des fans s'est refermée devant moi. Je suis quand même à quatre ou cinq mètres de la scène, avec une vue parfaite sur Debbie, donc tout baigne pour profiter du set dans d'excellentes conditions.

On enchaîne avec le classique immortel ("Parallel Lines", cette merveille, encore…) qu’est Hanging on the Telephone, et j’ai repris un peu mes esprits après le stress du rush vers la scène, ce qui me permet de réaliser que… contrairement à ce que pourraient laisser penser les photos bien trafiquées du groupe, les années ont méchamment marqué la sublime Deborah Harry, qui fait clairement son âge, malgré les signes visibles de chirurgie sur son visage. Mais c’est plus encore Chris Stein qui fait peur, paraissant presque un vieillard chenu, en retrait avec sa guitare dont on a l’impression parfois qu’il ne fait pas grand-chose : il faut dire que, en plus de l’âge, le pauvre a souffert des attaques de la maladie orpheline qui l’accable depuis les eighties. Inversement, la machine infernale qu’est Clem Burke derrière ses fûts semble absolument inchangée, la puissance de son drumming reste exceptionnelle, propulsant le power pop des meilleures chansons du groupe.

2017 06 28 Blondie Olympia (17)Fun, premier extrait de "Pollinator", et ma foi une chanson plutôt correcte, me permet de réaliser que presque personne autour de moi n’a pris la peine d’écouter le dernier album du groupe, et que le public est bien donc plus dans la nostalgie que le groupe, qui alternera ce soir les classiques de la fin des années 70 et les morceaux du dernier album. Call Me souffle alors sur les braises de cette maudite nostalgie, mais on sent bien que la voix de Debbie n’a plus la puissance de jadis, et qu’elle a bien besoin du soutien de Tommy Kessler. Kessler, qui cumule avec beaucoup d’efficacité la guitare lead et les backing vocals, est le petit prodige un peu irritant, avec un jeu de guitare spectaculaire mais trop démonstratif, en décalage finalement avec l’esprit du groupe… Pourtant, les spectateurs apprécient clairement ses solos à rallonge ! Debbie a fini par enlever son bandeau assez kitsch avec deux abeilles géantes, et par quitter sa veste, dévoilant les formes opulentes d’une femme mûre. Mais bien sûr, on s’en moque, elle reste pour nous le fantôme intouchables de nos fantasmes d’autrefois.

In The Flesh, l’une des très belles chansons du début du groupe, ne semble pas non plus éveiller beaucoup de souvenirs autour de moi, et c’est bien dommage. Rapture, morceau historique de par son intégration d’un break hip hop dans sa structure rock, met enfin le feu à la salle, mais démontre paradoxalement que le groupe sur scène est loin d’être brillant : peut-être trahi par un son qui manque de clarté et de force, Blondie patauge lors des parties instrumentales – assez étendues, sans doute pour permettre à Deborah de reposer sa voix – et laisse maladroitement retomber la ferveur que les morceaux emblématiques provoquent. Debbie essaie de relancer le public en reprenant joyeusement le superbe Rainy Day Women de Dylan (« Everybody must get stoned ! »), mais en vain : on va dire que la culture générale du public parisien n’est pas très profonde ce soir… Et c’est enfin… Fragments, le sommet de "Pollinator", et le plus beau morceau de la soirée, à mon avis ! Debbie nous demande, nous supplie : « Do you love me now? », et nous crions tous en chœur : « Yes, we love you… ». Très, très chou, tout cela, « Everything Comes in Pieces » … Le morceau décolle à la verticale, même si on apprécierait encore une fois un groupe plus nerveux, plus sec, moins piétonnier… Quand même LE moment de magie de la soirée.

2017 06 28 Blondie Olympia (60)Long Time, remake réussi de Heart of Glass, fait le taff, mais Atomic est, logiquement, le parfait crowd pleaser du set. J’ai un peu les larmes aux yeux, je dois l’avouer, même si Debbie semble régulièrement à la peine pour chanter. Dommage que cette chanson nucléaire soit finalement gâchée par un long solo inutile de Kessler… Le problème est que, à partir de là, assez inexplicablement, le concert va peu à peu perdre son énergie, sa flamme, et devenir presque routinier. Debbie n’en peut sans doute plus physiquement et vocalement, et on sent que tout le monde sur scène, au bout d’à peine une heure, a envie que ça se termine. Heart of Glass, au lieu du couronnement espéré du set, sera un pénible naufrage dans l’ennui, avant que le groupe ne quitte la scène.

Le rappel commence bien, avec une évocation sympathique de la part de Debbie de leur jeunesse new-yorkaise, avant une reprise très honorable du You Can't Put Your Arms Around a Memory de Johnny Thunders… qui visiblement n’intéresse personne dans la salle (ou tout au moins autour de moi). Le concert touche le fond avec une version horriblement médiocre de Union City Blue, avant que l’interprétation très molle du pourtant excellent Too Much montre que le groupe n’a plus l’énergie de rien, désormais. On se quittera donc sur un Dreaming convenu et insipide, sur lequel Debbie ne chante quasiment même plus.

Il est dix heures et quart, et oui, on sera couchés tôt ce soir. Bis Repetita Non Placent, en effet… Bon, le plus important est que nos souvenirs n’aient pas été trop gâchés, quand même. Par contre, si Blondie fait encore illusion sur album, l’exercice de la scène n’est plus pertinent à cet âge-là quand on prétend encore jouer du power pop à haute énergie.

« Do you love me now? / My heart is made up of pieces / Do you get it yet? / Can't you see through this? / You know all too well / You cannot make things perfect… »

»

2017 06 28 Blondie Olympia (106)Les musiciens de Blondie sur scène :

Debbie Harry – chant

Chris Stein – guitare

Clem Burke – batterie, percussions, chœurs

Leigh Foxx – basse

Matt Katz-Bohen – claviers

Tommy Kessler – guitare, vocaux

 

La setlist du concert de Blondie :

One Way or Another (Parallel Lines – 1978)

Hanging on the Telephone (The Nerves cover) (Parallel Lines – 1978)

Fun (Pollinator – 2017)

Call Me (Single – 1980)

My Monster (Pollinator – 2017)

In the Flesh (Blondie – 1976)

Rapture (Autoamerican – 1980)

Rainy Day Women #12 & 35 (Bob Dylan cover)

Fragments (an Unkindness cover) (Pollinator – 2017)

Long Time (Pollinator – 2017)

Atomic (Eat to the Beat – 1979)

Gravity (Pollinator – 2017)

Heart of Glass (Parallel Lines – 1978)

Encore:

You Can't Put Your Arms Around a Memory (Johnny Thunders cover)

Union City Blue (Eat to the Beat – 1979)

Too Much (Pollinator – 2017)

Dreaming (Eat to the Beat – 1979)

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15 décembre 2017

Bryan Ferry - Vendredi 23 Juin 2017 - Olympia (Paris)

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia Billet« La canicule qui a sévi cette semaine s'est un peu calmée aujourd'hui mais Paris semble encore engourdi par l'épreuve. Devant l'Olympia, une longue file de Parisiens bien mis et marqués par les années entre au compte-gouttes, fouille au corps oblige en cette époque troublée. Bryan Ferry est en ville, et j'ai décidé, malgré le prix exagéré des billets, de le voir enfin sur scène... après avoir inexplicablement manqué les passages à Paris de Roxy Music, l'un des rares groupes majeurs de ma génération qui manque à mon "palmarès"...

Cinquième rang un peu trop sur la droite, mais rien de dramatique, je ne me suis pas trop mal sorti du rush sur les places numérotées. Inutile de rager sur la vanité d'un concert de Rock assis...

2017 06 23 Judith Owen Olympia (3)20h pile : Judith Owen ouvre la soirée, au piano et accompagnée par un trio violoncelle - violon - percussions. La voix est majestueuse, style diva soul, mais malheureusement Judith paraît un peu à l’ouest, entre attitudes exagérées mal à propos, communication lourdaude avec le public et une indéniable prétention (peu justifiée, clairement). Ses chansons ne sont après tout que de la "variété internationale" tiède pour sexagénaires (il y en a beaucoup dans la salle, même si je dois me mettre dans le lot !), un mélange de soul stéréotypée et de jazz poli : « les Français aiment le jazz, non ? Alors criez ! » clame notre diva au rabais entre deux balayés de chevelure hilarants... Les textes, pompeux, parlent des sans-abris, du décès de nos parents, de l'avenir de la planète, sans que le ridicule de ces déclarations péremptoires et "concernées" ne semble atteindre Judith. 30 minutes d'insignifiance et d'arrogance conjuguées, résultant dans un mélange d'ennui et d'irritation, sans même parler des quelques démonstrations de virtuosité inutile de la part du trio d'accompagnateurs, et d'une reprise incroyablement hors de propos de Aquarius pour terminer en "beauté". Laid. Consternant. Le public applaudit : est-ce vraiment ce que nous méritons pour avoir atteint l'âge que nous avons et pour avoir envie d'écouter encore Bryan Ferry ?

20h50 : Neuf musiciens sur scène, Bryan Ferry au centre, avec ses 71 ans passés. Stronger Through the Years, Bryan, vraiment ? Sans réelle surprise, les années ont rattrapé le dandy crooner qui nous fit tous et toutes tant fantasmer, surtout dans les années 80 : la voix ne se lance plus dans ces divines circonvolutions décadentes, que nous adorions, et le chant a clairement baissé en intensité, même si l’on sait que Ferry s’est toujours complu à une certaine distanciation classieuse (ou vulgaire ? Les avis varient sur la question…).

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (4)Voici donc Bryan s’appuyant sans vergogne sur un backing band luxueux et professionnel : deux choristes noirs, un clavier, deux guitares, une basse, une batterie, une saxophoniste, qui fait souvent le show et récolte maints applaudissements, et une violoniste. C’est à peine si l’on remarque l’ami fidèle Chris Spedding, lui véritablement accablé par l’âge, qui fait un peu pitié, du coup, obligé qu’il est de laisser les solos à une jeune chevelu au premier rang du groupe. Mais bon, il faut bien admettre que Bryan, une fois passés les débuts de Roxy Music où il n’avait pas encore le contrôle, n’a jamais confronté sa musique à des musiciens notables, et préfère cet espèce de professionnalisme rassurant comme écrin à des chansons qui méritent pourtant bien mieux.

On démarre évidemment dans le plaisir avec le trio The Main Thing / Ladytron / Out of the Blue, avec juste un Slave to Love intercalé pour rassurer les midinettes qui se seraient perdues au milieu de la foule grisonnante : Bryan sait qu’il n’a jamais fait mieux que lors des premières années de Roxy, il n’a plus l’âge de faire semblant. La set list de ce concert de 1h40 (sans rappels, inutile de prétendre qu’on est à concert de Rock, clairement !) ne contient aucune chanson postérieure aux années 80, si ce n’est la sublime et tremblante reprise de Rodgers and Hart, Where and When, qui me fait rêver un instant : et si le meilleur que Ferry pouvait offrir à ses vrais fans, aujourd’hui, c’était une interprétation dépouillée de l’intégralité du sublime "As Time Goes Bye" ?

Mais non, on est ce soir dans le prévisible, le bien bordé, le nostalgique. Et curieusement, alors que le mauvais coucheur en moi se prépare à râler devant le bon goût synthétique de tout cela, voilà que peu à peu, je tombe sous le charme. Les deux extraits de "Bête Noire" sonnent par exemple particulièrement bien, et une belle mélancolie se dégage du concert. La reprise de Like a Hurricane, illuminée par de pertinents solos de guitare, arrive à sonner comme une sorte de commentaire apaisé sur la fureur de l’original de Neil Young, et ne manque vraiment pas d'atouts. Et si Bryan a besoin d’une petite pause au milieu du set, pendant laquelle ses musiciens assument le spectacle (Tara), je me rends compte qu’on est tous prêts à baisser la garde et à se laisser emporter par la dernière partie du concert, où l’on sait très bien que Bryan va aligner les chansons imparables.

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (23)Et de fait, si In Every Dream… peine à retrouver sa majesté originelle, du fait de la voix de Ferry, une version pétrifiante de If There Is Something balaie tous nos doutes : le spectre de Roxy Music a été invoqué avec succès dans le cadre pourtant "fake" de cette fausse Olympia où il ne sert plus à rien de se référer à Piaf (mais je suppose que Bryan n’est pas au fait de l’histoire de la salle…). Avalon, évident, me permet enfin de courir au premier rang pour profiter du finale, entouré de vieilles Anglaises qui se pâment comme des ados devant les souvenirs de leur turbulente jeunesse. Virginia Plain (tout le monde chante), Let’s Stick Together, Do the Strand et Jealous Guy : que du nanan ! Ne manquait que Street Life et mon bonheur eût été complet. La prochaine fois, peut-être ?

Bref, j’ai sacrifié sans honte ce soir à un péché que je considère pourtant comme mortel en Musique, celui de la nostalgie. Roxy Music fut durant cinq ans un groupe immense, et évoquer cette grandeur passée en compagnie de Bryan aura été un beau moment d’émotion.

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (42)« Shake your hair girl with your ponytail / Takes me right back (when you were young) / Throw your precious gifts into the air / Watch them fall down (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / You used to walk upon (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The hills were higher (when we were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The trees were taller (when you were young) / Lift up your feet and put them on the ground / The grass was greener (when you were young) »

S’il y a quelque chose à trouver… Tout est dit. »

 

2017 06 23 Bryan Ferry Olympia (116)La setlist du concert de Bryan Ferry :

The Main Thing (Roxy Music – Avalon – 1982)

Slave to Love (Boys and Girls – 1985)

Ladytron (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

Out of the Blue (Roxy Music – Country Life - 1974)

Where or When (Rodgers & Hart cover – As Time Goes By – 1999)

Simple Twist of Fate (Bob Dylan cover – Dylanesque – 2007)

A Waste Land (Boys and Girls – 1985

Windswept (Boys and Girls – 1985)

Bête Noire (Bête Noire – 1987)

Zamba (Bête Noire – 1987)

Stronger Through the Years (Roxy Music – Manifesto - 1979)

Like a Hurricane (Neil Young cover – The High Road – 1982)

Tara (Roxy Music – Avalon – 1982)

Re-make / Re-model (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

In Every Dream Home a Heartache (Roxy Music – For Your Pleasure - 1973)

If There Is Something (Roxy Music – Roxy Music - 1972)

More Than This (Roxy Music – Avalon – 1982)

Avalon (Roxy Music – Avalon – 1982)

Love Is the Drug (Roxy Music – Siren – 1975)

Virginia Plain (Roxy Music – Single - 1972)

Let's Stick Together (Wilbert Harrison cover – Let’s Stick Together – 1976)

Do the Strand (Roxy Music – For Your Pleasure - 1973)

Jealous Guy (John Lennon cover – The High Road – 1982)

 

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10 décembre 2017

The Bats - Samedi 10 Juin 2017 - Petit Bain (Paris)

2017 06 10 The Bats Petit Bain Billet« "A l'aide, le band est méchant ! "... "Puutain"... Brandon Hagen, le chanteur de Vundabar nous fait une petite démonstration de son français limité entre deux chansons biscornues, bancales, peut-être même borgnes, mais curieusement pop et furieusement enragées parfois. Sont-ils vraiment méchants - énervés peut-être de ne jouer que devant une poignée de spectateurs ce soir au Petit Bain, en toute première partie d'une soirée quand même destinée à célébrer l'immortalité - ou presque - des Bats ? Ou sont-ils moyennement drôles ? Ou sont-ils insupportablement arrogants et poseurs, comme le pense un autre spectateur avec qui j’échangerai quelques mots après le set ? Difficile de trancher, mais c'est évidemment ça qui est bien. La guitare de Brandon déchire cruellement nos tympans, et ça, c’est bien aussi : entre frénésie punk et délire grunge, pas besoin de choisir, surtout que ces béances d'électricité s'ouvrent au milieu de chansons mystérieusement illuminées de l'intérieur>.

2017 06 10 Vundabar Petit Bain (7)Cette musique a quelque chose de brisé, et les dérapages vocaux de Brandon (qui m’évoquent, nostalgique que je suis, le Partridge des débuts de XTC), les bruits de bouches et clappements de mains ne sont là que pour faire illusion. Oui, on est entre "copains" et on rigole, et les sarcasmes volent bas… mais est-ce que tout ça prête vraiment à rire ? Belle entrée en matière que ces presque cinquante minutes de musique originale, parfois vraiment excitante : une belle surprise et un nouveau groupe à suivre ! (Je sais, je sais, il y en a beaucoup !).

On n'est que début juin mais il fait délicieusement beau sur Paris, et la climatisation du Petit Bain est finalement la bienvenue par rapport à la chaleur dehors. Revoir les formidables Bats 25 ans plus tard justifiait de toute manière de s'enfermer dans une salle - surtout flottante - une si belle soirée.

20h40 : j'attendais désormais avec optimisme François Virot, après un si beau démarrage. Et ce fut terrifiant. Terrifiant comme si, à la faveur d'un voyage temporel complètement foiré, j’étais retourné dans la France profonde des années 70 à écouter l’un de ces "groupes de rock affreux" qui faisaient honte à notre pays. Bon, tempérons : le groupe qui accompagne François Virot assure rythmiquement, et nous offrira quelques moments instrumentaux vraiment sympathiques.

2017 06 10 François Virot Petit Bain (11)Le problème, c'est quand ledit François se met à chanter : là, on parle purement et simplement d'horreur !  François n’a pas de voix du tout, et chante (?) constamment faux : c’est laid, c’est nul, c’est insupportable ! Mais comme son fan club abruti et déchaîné est là dans la salle, à mettre le genre d'ambiance que vous avez subie au mariage de votre beau-frère alcoolique… on va dire que ça passe un moment... jusqu'à évidemment devenir abominable. On aura même droit à un rappel non programmé (Do You Wanna Dance, c’est OK, forcément, mais ensuite Going Up the Country en solo, c’était insultant pour Canned Heat...) qui prolongera les tourments encore cinq minutes. 50 minutes de cauchemar.

Je suis maintenant entouré de fans purs et durs des Bats, ce qui est rafraîchissant, même si je ne souscris que peu à cette fausse complicité avec laquelle l'un d'entre eux me demande de me pousser pour lui faire de la place au premier rang : "Fuck off !". Et même si l'âge moyen du fan est logiquement proche de la cinquantaine - ce qui est un peu déprimant -, cela n'empêchera pas certains de se livrer à des séances de pogo sans doute nostalgiques et assez déplacées. Car un concert des Bats, ce n'est quand même pas tout à fait un flash-back sur l'époque des Sex Pistols !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (9)Il est déjà 21h45 quand les Bats - les musiciens originaux du groupe, c'est assez rare pour être signalé - apparaissent devant nous. Hystérie des fans ! Bon, je dois reconnaître que je suis moi aussi un peu ému, car voilà 25 ans que je n'ai pas vu le fameux quatuor du Dunedin Sound en chair et en os. Je tente de réconcilier mes souvenirs du concert des Inrocks de 1992 (et les photos que l'ami Patrick avait prises) avec les quinquagénaires que j'ai devant moi. Finalement, si le passage des ans a été aussi sévère pour eux que pour nous, on se rend compte que peu de choses ont changé : Robert Scott est toujours une sorte d'ours pas très amène - qui sourit à ses fellows, mais pas au public -, Paul Kean est resté l'âme rock et le joyeux drille du groupe, celui qui communique... tandis que Kaye Woodward, tout de noir vêtue, reste d'une jolie élégance. A la batterie, Malcolm Grant s'est mué en gros monstre barbu, retranché au fond de la scène, et surtout derrière sa frappe peu spectaculaire a priori mais totalement métronomique. Il y a néanmoins ce soir une chose que je n'avais encore jamais vue, c'est que Robert Scott a devant lui une pile de papiers sur lesquels sont écrits en grosses lettres TOUTES les paroles de TOUTES les chansons, et qu'il ne les perd quasiment jamais des yeux pendant qu'il chante ! Des troubles de mémoire sévères, Robert ? Seules exceptions du set : Arvo (chanson inconnue au bataillon, une nouvelle ?), où il n'a pas besoin d'aide, et Mir, évidemment, puisque chanté par Kaye !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (27)Bon, et la musique ? Eh bien, je l'ai compris en découvrant "The Deep Set", tout simplement inchangée !  Les mêmes mélodies innocentes, à la limite du simplisme, mais tellement ensorcelantes au bout de quelques écoutes. La même rythmique obsessive, et obsédante, celle-là même que Johnny Cash inventait il y a plus d'un demi-siècle : ce martèlement du train qui roule, encore et encore, toujours et toujours... Il n'y a guère d'ailleurs que trois ou quatre modèles différents de "chanson des Bats", mais peu importe en fait, le miracle se reproduit à chaque fois : on oscille, on dodeline, on se laisse envahir par cette répétitivité bienveillante, terriblement confortable. Le formidable Antlers, perle du nouvel album, arrive en troisième position, trop tôt alors que je le rêvais en couronnement de la soirée. Smoking Her Wings nous rappelle les ambiances maritimes du formidable "The Law of Things" de 1990 qui nous avait définitivement rendu accros à cette étrange musique du bout du monde : un moment fort en émotion !

L'intensité du concert monte peu à peu, même si, par nature, la musique des Bats ne renferme aucun moment particulièrement spectaculaire, et surtout nul changement de ton, d'ambiance ou de style. Rooftops soulève les cris d'enthousiasme des fans, et je me dis qu'il aurait pu être composé à l'époque de "Fear of God" : hormis une certaine sûreté du trait, venue avec l'expérience, qui a remplacé le tremblement fragile des premières années, il est encore plus clair sur scène que rien n'a véritablement changé. Free All the Monsters et Boogey Man bouclent brillamment l'heure de concert. Sauf que Robert Scott donne le signal : c'est fini, les Bats quittent la scène, alors qu'il reste encore un titre sur la set list, et alors qu'il n'est pas encore 23 heures ! Pas très sympa, ça, pas très généreux !

2017 06 10 The Bats Petit Bain (42)Le staff du Petit Bain fait signe que c'est bel et bien terminé, qu'il n'y aura pas de rappel... sauf que, décidément bien contrariants, le quatuor revient pour un Blue bien senti, qui déclenchera une mini hystérie parmi les fans hardcore, mais qui ne nous consolera pas tout à fait néanmoins de ce set vraiment trop court. Bon, ils nous promettent qu'ils reviendront, mais doit-on les croire ? Et nous-mêmes, serons-nous encore là, des souvenirs enchantés plein la tête, un sourire béat sur le visage ?

C'est déjà très fort d'avoir fait ainsi la nique au Temps, mais combien de temps cela peut-il encore durer ? »

 

Les musiciens de Wundabar sur scène :

Brandon Hagen - Guitar and Lead Vocals

Drew McDonald - Drums and Backing Vocals

Grayson Kirtland - Bass and Backing Vocals

 

La setlist du concert de Vundabar :

Acetone (Audiotree Live – 2017)

Chop (Gawk – 2015)

Alien Blues (Gawk – 2015)

Ash in the Sun (Gawk – 2015)

$$$ (Audiotree Live – 2017)

Bust (Gawk – 2015)

Darla (Gawk – 2015)

Reach (Audiotree Live – 2017)

Diver (Audiotree Live – 2017)

Oulala (Gawk – 2015)

Voodoo (Antics – 2013)

 

2017 06 10 The Bats Petit Bain (40)Les musiciens de The Bats sur scène :

Paul Kean – bass, backing vocals

Malcolm Grant - drums

Robert Scott – lead vocals, guitar

Kaye Woodward – lead guitar, vocals

 

La setlist du concert de The Bats :

Supernova (Couchmaster – 1995)

Nine days (The Law of Things – 1990)

Antlers (The Deep Set – 2017)

Smoking Her Wings (The Law of Things – 1990)

Rock and Pillars (The Deep Set – 2017)

Arvo

Two lines (The Guilty Office – 2008)

Rooftops (The Deep Set – 2017)

Block of Wood (Daddy’s Highway – 1987)

Treason (Daddy’s Highway – 1987)

Mir (At the National Grid – 2005)

Walking Man (The Deep Set – 2017)

Up to the Sky (At the National Grid – 2005)

Free All the Monsters (Free All the Monsters – 2011)

Boogey Man (Fear of God – 1991)

Encore

Made Up in Blue (Made Up in Blue EP – 1986)

 

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05 décembre 2017

The New Pornographers - Jeudi 18 Mai 2017 - Divan du Monde (Paris)

2017 05 18 The New Pornographers Divan du Monde Billet« Ah, les nouveaux pornographes ! Encore un groupe talentueux tellement méconnu en France que c’en est ridicule ! D’ailleurs, j’ai beau faire du prosélytisme à outrance, aucune des personnes que j’ai encouragées à venir au Divan du Monde ce soir ne sera là : réellement, il n’y a pas d’intérêt notable en 2017 pour le Power Pop, et encore moins quand on parle d’un “supergroupe canadien” de Power Pop ! Pourtant, l’exemple de Pierre, que j’ai rencontré ce soir au premier rang de Divan du Monde, et avec lequel j’ai bien sympathisé, me semble caractéristique : quelques titres écoutés de “Whiteout Conditions” à la radio, et le voilà convaincu ! J’ai quant à moi en tête le concert jubilatoire que les Canadiens ont donné à Madrid il y a près de 7 ans (déjà…), donc mon niveau d’attente est haut, très haut !

2017 05 18 Okay Monday Divan du Monde (8)Le ciel déverse son impressionnante colère sur Paris ce soir, ce qui fait que l’attente devant le Divan du Monde se fait collés contre les murs pour pouvoir bénéficier de la protection du toit du bâtiment, mais on nous laissera heureusement pénétrer dans la salle 15 minutes avant l’horaire prévu… ce qui fait que le cadre intimiste du Divan du Monde nous paraîtra encore plus chaleureux que d’habitude.

20h30 pile, trois dandys entrent sur scène, ils s’appellent Okay Monday, ils sont Français et ils perpétuent une certaine élégance “mod”, encore renforcée par la superbe Rickenbaker du bassiste, un instrument à la très forte symbolique. Le format power trio et l’élégance des musiciens évoquent évidemment les débuts de Jam, même si les premières chansons, nerveuses et mélodiques, portées par une voix maniérée, peuvent également rappeler les débuts de Costello à l'époque “My Aim Is True” (sans même parler du look binoclard émacié du chanteur...). Bref, que du bon : de l’élégance, du nerf, des morceaux courts et tendus, des tendances pop bien gérées en puissance… Plaisir garanti avec cette première partie qui, si elle ne révolutionne rien, remplit parfaitement son office. Le public, qui est arrivé petit à petit, manifeste son enthousiasme ; les trois musiciens paraissent absolument ravis de l’excellent accueil reçu… Bref, 35 minutes tout-à-fait satisfaisantes. Décidément, on a de la chance avec les premières parties depuis quelques mois !

21h30 : The New Pornographers sont sept sur scène ce soir : on compte en effet la présence au chant (aux côtés de Carl et de Kathryn) de Simi Stone, qui parvient à imiter parfaitement le timbre de Neko Case (… qui ne participe pas, elle, aux concerts du groupe, on le sait). L’exiguïté de la scène du Divan du Monde oblige les musiciens à jouer sur deux rangs, les trois chanteurs au premier rang avec Blaine sur la gauche aux claviers, et la guitare et la section rythmique à l’arrière, ce qui nous prive quand même un peu du plaisir d’admirer le travail toujours spectaculaire de Todd à la guitare…

2017 05 18 The New Pornographers Divan du Monde (10)Le set démarre très fort avec les accents impérieux de High Ticket Attractions qui permet de vérifier immédiatement que chez les New Pornographers, le mot “power” dans Power Pop n’est pas vain : la mélodie irrésistible de l’un des meilleurs titres de “Whiteout Conditions” est propulsée par un son puissant, à la fois compact et lyrique, sur une pulsation rythmique irrépressible. Je me souviens que lorsque j’avais découvert le groupe, cette puissance avait immédiatement évoqué celle de leurs compatriotes d’Arcade Fire, mais j’avais ensuite découvert qu’il s’agissait d’un leurre, car ici c’est la recherche de la mélodie pop parfaite qui conditionne la musique, pas l’expression de sentiments extrêmes.

Impression renforcée un peu plus tard par le merveilleux Moves, son riff presque hard (« These things get louder… ») contrastant avec les voix divines (« Slow to singalong crawl… ») qui n’arrêtent pas d’élever la chanson vers les cieux. Même au premier rang avec l’ampli de Carl Newman qui nous envoie ses décibels en pleine tronche (pour mon plus grand plaisir, vous me connaissez…), les voix de Carl, de Simi et de la souriante Kathryn restent suffisamment claires pour que le goût sucré des chansons subsiste sous l’assaut des guitares.

2017 05 18 The New Pornographers Divan du Monde (21)Bon, je ne vais pas détailler chacune des chansons, toutes simplement lumineuses, de la setlist ce soir, mais il est important de comprendre qu’il n’est nul besoin de les avoir entendues auparavant pour les savourer, l’immédiateté pop fonctionnant à plein avec les New Pornographers. Je ne connais finalement qu’une petite partie de l’abondante discographie du groupe (sept albums), mais la complexité de la découverte n’empêche jamais le plaisir… Ceci dit, je dois dire que notre ami Carl, plus ou moins imberbe cette fois, reste un leader peu souriant, peu communicatif, et totalement concentré sur sa musique, ce qui fait que je me suis dit à deux ou trois reprises qu’un peu plus d’interaction avec le public – qui lui, est en joie, et sautille, et agite les bras, et chante les chansons – ne ferait pas de mal non plus…

Moi, peinard, j’attends l’explosion, qui s’était produite, de manière sidérante, dans la dernière partie du set de la Joy Eslava en 2010… et qui se fait un peu attendre. Le joyau Sweet Talk Sweet Talk, porteur d’une allégresse totale (« Silhouette, tell me a tall tale, go shout it out… »), avec sa montée en puissance centrale, donne le signal de l’accélération finale du concert, mais ça sera Avalanche Alley, dans une version très rock, qui nous fera atteindre le nirvana, ou presque… Car, à la différence du public espagnol fanatique de l’époque, les Parisiens contrôlent un peu trop bien leur passion (?) pour le groupe, et le basculement n’a pas complètement lieu. Mass Romantic termine efficacement le set, après 70 minutes sans répit aucun.

Un rappel rapide, peut-être un peu trop, qui se conclura sur le classique The Bleeding Heart Show dans une version qui me semble moins somptueuse que dans mes souvenirs. Ah, les souvenirs des “grands concerts du passé”, c’est un peu un poison finalement. Serait-ce que, du coup, j’attendais encore plus des New Pornographers que ce set intense, brillant, qui aura visiblement contenté son public ? Que j’attendais trop de ce groupe tellement singulier, aux compositions irrésistibles et à l’énergie sans faille ? Bon, ce n’a pas été une déception pour autant, loin de là, et je sais que vais continuer à les suivre. Car comment, et pourquoi, résister, en ces temps de disette mélodique, au pouvoir de grandes chansons ? »

 

2017 05 18 The New Pornographers Divan du Monde (27)Les musiciens de The New Pornographers :

Carl Newman – vocals, guitar

Todd Fancey – guitar

Blaine Thurier – Keyboards

Kathryn Calder – vocals, keyboards

John Collins – bass

Joe Seiders – drums, vocals

+ Simi Stone – vocals, violin

 

La setlist du concert de The New Pornographers :

High Ticket Attractions (Whiteout Conditions – 2017)

The Laws Have Changed (Electric Version – 2003)

Use It (Twin Cinema – 2005)

Moves (Together – 2010)

Colosseums (Whiteout Conditions – 2017)

Dancehall Domine (Brill Bruisers – 2014)

Whiteout Conditions (Whiteout Conditions – 2017)

Champions of Red Wine (Brill Bruisers – 2014)

Adventures in Solitude (Challengers – 2007)

All the Old Showstoppers (Challengers – 2007)

This is the World of the Theater (Whiteout Conditions – 2017)

Brill Bruisers (Brill Bruisers – 2014)

Testament to Youth in Verse (Electric Version – 2003)

Sing Me Spanish Techno (Twin Cinema – 2005)

Play Money (Whiteout Conditions – 2017)

Sweet Talk, Sweet Talk (Together – 2010)

Avalanche Alley (Whiteout Conditions – 2017)

Mass Romantic (Mass Romantic – 2000)

Encore:

Backstairs (Brill Bruisers – 2014)

The Bleeding Heart Show (Twin Cinema – 2005)

Cette chronique a déjà été partiellement publiée à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.net

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01 décembre 2017

Future Islands - Mardi 9 Mai 2017 - Elysée Montmartre (Paris)

2017 05 09 Future Islands Elysée Montmartre Billet« La découverte de Future Islands en 2014 avait été une sorte de choc, même si le fait qu'une bonne partie de la planète rock s’était mis sur le coup en même temps nous a privé du délicieux plaisir de nous sentir "spéciaux", "en avance"... et ce d'autant que le spectaculaire "Singles" était quand même le 4ème album de la bande à Samuel T. Herring... On repassera donc en termes de découverte précoce ! Notre résidence à São Paulo nous priva en outre de la version "live" des tubes électro-soul de Future Islands… ce qui nous ramène à ce mois de mai 2017 à Paris, à l'Elysée Montmartre, pour la première de deux soirées sold out.

En cette fin d'après-midi - les portes ouvrant à 18h30, il fallait arriver tôt sur le trottoir du Bd Rochechouart - illuminée par la réapparition du soleil et par la déculottée du FN au second tour des élections présidentielles, le niveau d'attente est indiscutablement élevé, trop peut-être ?

2017 05 09 Intergalactic Lovers Elysée Montmartre (16)En tout cas, le premier rang sera confortable pour une fois, grâce à une scène un peu plus basse et surtout aux crash barriers qui assurent le recul suffisant pour ne pas se dévisser le cou. Beaucoup de visiteurs étrangers autour de moi : Espagnols et Italiens en particulier doivent rattraper ce soir un passage trop rapide du groupe chez eux...

19h45 : Intergalactic Lovers, quintet belge, assure la première partie et nous offre une petite demi-heure de rock plutôt agréable, assez enlevé et conduit par une front woman au faux look de Chrissie Hynde… mais aux vocaux beaucoup moins agressifs. Elle assure un spectacle assez généreux, avec un jeu de scène original, et elle dégage une sympathie simple qui conquiert visiblement le public. Si les compositions paraissent par trop uniformes, et qu'un soupçon d'énergie supplémentaire aurait pu transformer le set en une vraie jolie surprise (on notera quand même le batteur à la frappe "sérieuse"), Intergalactic Lovers est une première partie plaisante, qui aide à passer le temps sans déplaisir.

20h50 : Herring nous a fait attendre un peu- le set devant théoriquement démarrer à 20h40 -, mais je suis entouré au premier rang de vrais fans du groupe, de ces fans de la première heure qui sont déjà "au taquet" (ce sont eux qui le disent…). Moi qui ne connaît que les deux derniers albums du groupe, je ne la ramène pas trop, d'ailleurs ! Future Islands, c'est donc un des rares groupes de rock qui se passe complètement de guitare : la formule est ici claviers + basse + batterie, mais on sait tous désormais que l'arme secrète du groupe est son chanteur, autant pour sa voix incroyable - qui parcourt toute la gamme entre la suavité d'un soul man classique et la brutalité vocale de, disons… Rammstein - que pour son jeu de scène excessif, et excessivement particulier… Un jeu de scène qu'il faut évidemment découvrir en live, à quelques mètres devant soi, car les vidéos n'en donnent finalement qu'une image très affadie.

2017 05 09 Future Islands Elysée Montmartre (51)On attaque avec le magnifique Aladdin, l'ouverture magistrale de "The Far Field", le nouvel album : tous les yeux sont fixés sur Herring, qui semble déchaîner une véritable passion chez ses fans (à un moment du concert, j’ai pu faire un parallèle avec la ferveur qui animait autrefois les fans de Morrissey...). Il faut dire que, en moins d'une minute, Samuel sait capter toute notre attention, et surtout qu’il fait monter l'émotion avec une maîtrise époustouflante : que cela soit par ses mouvements - très exagérés, théâtraux, spectaculaires - alors qu'il balaye sans relâche la scène largement dégagée de l'Elysée Montmartre, ou par sa voix, puissante, remarquable dans sa capacité à matérialiser les sentiments les plus extrêmes, Herring est un maître de la manipulation de son audience. Oui, il n'y a pas trois minutes que le concert a commencé, et, sur une accélération foudroyante de Herring, sur une montée subite de sa voix, la foule a déjà basculé dans une petite hystérie. Fort, très fort, indiscutablement !

Derrière Herring, il y a une véritable machine à danser dont je découvre avec surprise l'efficacité, propulsée par un niveau sonore très acceptable (décidément, le nouvel Elysée Montmartre me réconcilie avec cette salle, dont j''ai déploré durant des années la pusillanimité et l'imprécision au niveau sonore). Derrière ses claviers, Gerrit Welmers a l'attitude figée et distante de ses héros des eighties - puisque la parenté sonore avec un OMD, par exemple, est indiscutable - mais construit tour à tour des rythmes et des ambiances imparables, et finement paradoxales par rapport à l’univers au pathos chargé de Herring. A la basse, William Cashion nous la joue façon Bill Wyman, imperturbable, paraissant peu concerné devant le maelström émotionnel autour de lui. Future Islands est complété sur scène par un batteur à la frappe dure et puissante, propulsant sa musique sur un dancefloor imaginaire.

2017 05 09 Future Islands Elysée Montmartre (100)La setlist alterne donc les morceaux sombres et torturés de "The Far Field" et les chansons plus extraverties de "Singles", mais dans tous les cas, Herring vit devant nous un psychodrame dont l'intensité ne se dément jamais. Il alterne les pas de danse spectaculaires et créatifs, déclenchant des vagues d'enthousiasme dans le public, un peu comme un torero enflammant une arène par son audace : physiquement très "Américain ordinaire", Herring se transforme d'un coup en pole dancer provocante, en danseuse des Mille et Une Nuits ou encore en funambule sous psychotropes, et c'est assez stupéfiant ! Et puis, voici un loup garou qui va et vient sur scène, ses prunelles claires habitées par une bestialité effrayante. C'est maintenant Quasimodo qui saute d'une tour de Notre Dame à une autre en hurlant son amour pour Esmeralda. C'est encore un jeune Hamlet prostré sur scène devant un crâne et sanglotant sans retenue devant le désastre de son existence. Herring se gifle, se frappe la poitrine, lèche sa propre sueur qui ruisselle partout, traduit chaque modulation de sa voix titanesque par un mouvement convulsif. Le spectacle est permanent, total, vaguement épuisant dans son intensité qui n'offre aucun répit. Chaque chanson est magnifiée et devient la traversée épique d'un paysage fracturé et hostile, qui repeint la musique de Future Islands de noir et de pourpre.

Sur cet océan déchaîné de colère titanesque, le set s'achemine vers une conclusion de plus en plus paroxystique. Seasons, avec ses tonalités très "Arcade Fire", est une véritable déflagration, loin de la facilité pop de la version studio. Future Islands enchaîne maintenant les anciens titres - plus dance, plus ludiques - que, à ma grande honte, je ne connais pas, alors que le public autour de moi saute unanimement en l'air avec Herring. Le concert a basculé dans une célébration orgasmique des émotions les plus extrêmes. Herring s'agenouille alternativement devant chacun des spectateurs du premier rang, plantant son regard clair dans nos yeux, comme pour insérer en nous une graine de cette douleur épique qui le consume. A moins que cela ne soit pour que nous puissions témoigner individuellement de sa sincérité ? Car devant un show aussi théâtral, le doute est permis : pourquoi, comment tant de pathos ? L'accumulation d'explosions, de moments forts, très forts même, ne finit-il pas par miner la crédibilité de cette colère prométhéenne ? Il suffit de remarquer combien, entre deux chansons où il endosse ses ailes de géant, Herring paraît soudainement timide, presque gêné des excès auxquels il vient de s'abandonner. Le set principal finit au bout de presque une heure et demi par une version magistrale de l'irrésistible Spirit, chanson électro-pop purement ludique qui permet de s'abandonner sans culpabilité à des joies plus simples.

2017 05 09 Future Islands Elysée Montmartre (116)Rappel généreux de quatre titres, qui permettra au concert de dépasser l'heure trois quart, ce qui est devenu rare. Beach Foam, semble-t-il rajouté de manière impromptue, nous offre enfin un Future Islands se livrant au plaisir léger d'un rock plus bas du front, tandis que le titanesque Vireo’s Eye offrirait une parfaite conclusion festive et consensuelle à cette soirée de tous les excès... Sauf qu’évidemment, Herring ne peut s'empêcher de clore la soirée par une chanson lente et émotionnelle, marquant bien ce territoire singulier qui est le sien.

Si j'avais encore 20 ou 25 ans, je dirais certainement de ce concert qu'il fut le sommet de cette année, et l'un des tous meilleurs de ma vie. A mon âge, je n'ai pas pu m'empêcher d'y trouver pas mal de "trop" : trop d'emphase, trop de spectacle, trop d'expression hystérique d'émotions (qui paraissent néanmoins sincères, reconnaissons-le) ... Cette tentative permanente de hold up de nos sentiments, pour réussie qu'elle soit - quand Future Islands repart, la banque est vide ! - me laisse trop épuisé pour que mon admiration ne soit pas entachée de doutes. « Anger is an Energy », clamait John Lydon en 1986, et trente ans plus tard, Herring l'a visiblement pris au mot : heureusement qu'on peut toujours danser sur le volcan de nos frustrations et nos douleurs ! »

Les musiciens de Intergalactic Lovers :

Lara Chedraoui (singer)

Brendan Corbey (drums)

Maarten Huygens (guitar)

Raf De Mey (bass guitar)

Philipp Weies (guitar)

 

La setlist du concert de Intergalactic Lovers :

Northern Rd. (Little Heavy Burdens – 2014)

Islands (Little Heavy Burdens – 2014)

No Regrets (Little Heavy Burdens – 2014)

Shewolf (Greetings & Salutations – 2011)

Howl (Greetings & Salutations – 2011)

Delay (Greetings & Salutations – 2011)

 

Les musiciens de Future Islands :

Gerrit Welmers – keyboards and programming

William Cashion – bass

Samuel T. Herring – vocals

+ Michael Lowry – drums

 

La setlist du concert de Future Islands :

2017 05 09 Future Islands Elysée Montmartre (80)Aladdin (The Far Field – 2017)

Beauty of the Road (The Far Field – 2017)

Time on Her Side (The Far Field – 2017)

Sun in the Morning (Singles – 2014)

A Dream of You and Me (Singles – 2014)

North Star (The Far Field – 2017)

Doves (Singles – 2014)

Black Rose (The Far Field – 2017)

Ancient Water (The Far Field – 2017)

Day Glow Fire (The Far Field – 2017)

Walking Through That Door (In the Evening Air – 2010)

Ran (The Far Field – 2017)

Balance (On theWater – 2011)

Cave (The Far Field – 2017)

Through the Roses (The Far Field – 2017)

Give Us the Wind (On theWater – 2011)

Light House (Singles – 2014)

Seasons (Waiting on You) (Singles – 2014)

Long Flight (In the Evening Air – 2010)

Tin Man (In the Evening Air – 2010)

Spirit (Singles – 2014)

Encore:

A Song for Our Grandfathers (Singles – 2014)

Beach Foam (Wave Like Home – 2008)

Vireo's Eye (In the Evening Air – 2010)

Little Dreamer (In the Evening Air – 2010)

 

Ce compte-rendu a été partiellement publié à l'époque sur mon blog : www.manitasdeplata.com

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20 novembre 2017

Alexandra Savior - Jeudi 27 Avril 2017 - Nouveau Casino (Paris)

2017 04 24 Temples Elysée Montmartre Billet« Ce qui est drôle, c'est que je devais être ce soir à l'Elysée Montmartre pour assister au grand retour de J&MC, et que je me retrouve sur un coup de cœur au Nouveau Casino pour découvrir une nouvelle venue, Alexandra Savior, sorte de Lana del Rey portée par l'ami Alex Turner. Et que finalement, je me sens plus excité par cette perspective que par l'idée de revoir la sale tronche des frères (ennemis) Reid... que j'aurai de toute manière l'occasion d'écouter à Rock en Seine fin août !

Beaucoup de monde quand j'arrive au Nouveau Casino (superbe petite salle que je n'ai pas fréquentée depuis un mémorable concert des Fleshtones en juin 2009… !), juste au moment de l'ouverture des portes. Pas de problème néanmoins pour me faufiler au premier rang sur la droite. Impeccable !

2017 04 27 Vedett Nouveau Casino (8)20h10 : des petits Français répondant au nom de VedeTT, ça ne fait pas a priori trop envie, mais quarante minutes plus tard, après un concert tour à tour captivant, excitant et surprenant, j'ai changé d'avis : VedeTT, c'est très bien. Ça a commencé de manière soft, voire même romantique, comme du Cure susurré (jolie voix du bassiste moustachu, à la douceur séduisante) et envoûtant, avec des arpèges de guitare délicats. Puis au troisième morceau, le guitariste encapuchonné a commencé à lancer des déflagrations qui ont rendu tout cela encore plus intéressant. Au point que j'ai ressenti une certaine frustration devant des morceaux qui ont tendance à être un peu courts, à s'interrompre alors que la musique est encore en train de monter en puissance. Puis, surprise, VedeTT annonce une chanson « qu'on a peut-être déjà entendu, lors d'un mariage par exemple » : et voilà un slow, un vrai, en français, estampillé salles de bal de campagne de mon adolescence. C'est assez surprenant de trivialité bien sentie, et ça devient jouissif quand la guitare explose à la fin. On enchaîne avec un autre titre en français, introduit avec prudence par le chanteur, vu son titre mal à propos ces derniers temps : Tuer les Gens... VedeTT évoque alors un peu Daniel Darc quand il se laissait aller à faire un peu de bruit, autant dire que j'aime bien. On termine le set par des morceaux costauds en anglais, assez puissants, et encore un fois sans doute trop retenus, avant une jolie conclusion en forme de berceuse goth. La boucle est bouclée, et on a entendu un excellent groupe français ce soir.

A noter pour mémoire que bassiste et guitariste ont la particularité de tenir leurs instruments très haut, ce qui n’est pas si courant que cela, et leur confère un air un peu emprunté des plus sympathique. Et que, ayant croisé le chanteur-bassiste dans le couloir à la sortie, ces jeunes gens talentueux et à suivre sont originaires d’Angers.

2017 04 27 Alexandra Savior Nouveau Casino (2)21h10 : après un changement rapide de matériel, la petite Alexandra Savior s’avance vers nous, entourée d’un quatuor guitare / basse / claviers / batterie assez anonyme. Alexandra est certes une très jolie blonde aux yeux bleus et au visage innocent, mais ce qui frappe surtout c’est la manière voûtée dont elle se tient sur scène, son pied micro étant pour le coup réglé très bas. Elle attaque avec Frankie, extrait de son premier et nouvel album – comme d’ailleurs, logiquement, l’intégralité de la setlist de ce soir -, et on réalise que cette posture curieuse qu’elle adopte lui permet de se dissimuler partiellement derrière ses longs cheveux, mais également d’évoquer une sorte de créature vaguement enfantine et maléfique qui serait une sorte de double d’elle-même venant hanter régulièrement les chansons.

Car, si l’on remarque immédiatement qu’Alexandra n’a pas tout-à-fait la richesse vocale d’une Lana del Rey à laquelle on la compare parfois, comme cette dernière, elle cherche à créer vocalement une sorte d’univers cinématographique : la différence est que, si Lana louche clairement vers David Lynch, Alexandra semble plutôt vouloir nous terroriser avec un univers de serial killers et de démons de série B. Posture, regard halluciné ou pervers, et par ci par là un cri suraigu, on est bel et bien dans une théâtralisation un peu affectée : la langueur d’Alexandra n’est pas tant sensuelle ou décadente que le signe d’une sorte d’hallucination fantastique qu’elle cherche à transmettre.

Tout cela est original, et finalement assez prenant, sauf qu’on réalise très vite les deux faiblesses du set : d’abord le fait que cette affectation devient très vite trop systématique pour ne pas engendrer un certain ennui, voire une petite irritation ; ensuite, et c’est plus grave, la réalisation qu’il y a dans le répertoire d’Alexandra peu de chansons vraiment notables. Bones, Mirage et M.T.M.E. sont clairement les morceaux les plus saisissants, qui sortent un peu de l’ambiance vaporeuse qui tend à uniformiser « Belladonna of Sadness ». Ils sont malheureusement tous joués en début de set, ce qui nous laisse ensuite avec des morceaux pas trop passionnants, qui font peu à peu retomber l’intérêt des spectateurs…

2017 04 27 Alexandra Savior Nouveau Casino (42)Ce qui fait que quand Alexandra nous lance, mi sincère, mi-joueuse : « Mais qu’est-ce que vous faites ici ce soir ? Vous ne savez pas que Jesus and Mary Chain jouent à Paris ce soir ? », on doit être plus d’un dans la salle à se poser la même question…

Il n’y a finalement pas grand-chose de plus à dire d’un set qui ne durera – heureusement ? – que 45 minutes, et qui ne se ressaisira qu’à la toute fin, quand Alexandra conclura son étrange Mystery Girl par des cris stridents évoquant une folie furieuse qu’on n’aura quand même pas vraiment ressentie auparavant.

On aurait tous, je pense, bien aimé que Alexandra ait la politesse de nous offrir un petit rappel, peut-être une reprise comme le font en général les jeunes artistes débutants… Mais non, le set aura bien pris ainsi fin de manière très abrupte, augmentant la vague impression de déception de la soirée.

Bref, il est loin d’être certain que la jeune Américaine, malgré une belle voix, aille très loin sur ce chemin certes original, mais finalement peu convaincant, qu’elle a choisi. »

 

La setlist du concert d’Alexandra Savior :

Frankie (Belladonna of Sadness – 2017)

Bones (Belladonna of Sadness – 2017)

Mirage (Belladonna of Sadness – 2017)

M.T.M.E. (Belladonna of Sadness – 2017)

Girlie (Belladonna of Sadness – 2017)

Audeline (Belladonna of Sadness – 2017)

'Til You're Mine (Belladonna of Sadness – 2017)

Risk

Cupid (Belladonna of Sadness – 2017)

Vanishing Point (Belladonna of Sadness – 2017)

Mystery Girl (Belladonna of Sadness – 2017)

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17 novembre 2017

Temples - Lundi 24 Avril 2017 - Elysée Montmartre (Paris)

2017 04 24 Temples Elysée Montmartre Billet« Bonne ambiance ce soir : je suis arrivé très tôt, vers les 18 heures, à l’Elysée Montmartre - en passe de redevenir la salle incontournable du rock à Paris (malgré sa scène trop haute en l'absence de crash barriers) - et suis donc l’un des tous premiers dans la queue, où je retrouve Hervé, avec lequel j’avais déjà bien sympathisé pendant les Lemon Twigs. On échange des souvenirs de vieux rockers - les Cramps, le Gun Club, ce genre de choses - et on refait le monde en cette riche période d'élections - Le Pen, Mélenchon, Macron et compagnie… L'ami Robert nous rejoint d’ailleurs un peu plus tard pour ajouter son point de vue sur la question fondamentale du Front National et de la jeunesse. Le temps passe vite quand on est avec des gens intelligents, cultivés, avec lesquels on partage la passion de la musique live.

2017 04 24 Creatures Elysée Montmartre (16)20h, les Anglais de Creatures attaquent 30 minutes d'un set bizarroïde, on va dire entre The Coral (mélodies pop, guitares twang) et The Rocky Horror Picture Show (chant maniéré au possible, poses hyper efféminées du chanteur à moustache, qui porte d’ailleurs une coupe de cheveux et un costar années 70’s assorti d’un nœud papillon rouge) : indescriptible mais assez amusant, voire intéressant à mon sens, même si toutes les chansons n'ont pas la même puissance ni le même intérêt. J'ai personnellement bien aimé, mais l'avis de Robert est plutôt négatif, "à moins d'avoir (je cite) quelques verres dans le nez"... A revoir ou à réécouter pour se faire une religion. Attention toutefois aux homonymes, il y a pas mal de groupes opérant sous ce même nom, dont un groupe américain de metal !

L'installation du matériel de Temples sème un peu la panique au premier rang, entre les retours et l'orgue qu’on nous installe au ras du nez. Si l'on ajoute les lumières qui seront sans doute rasantes et face à nous, ce sera encore sans doute un concert sans photos correctes. Pas grave, je suis venu sur la foi de "Volcano", superbe machine pop psychédélique qui est mon grand coup de cœur des quatre premiers mois de l'année 2017... Hervé et Robert décident par contre d'aller se mettre plus loin pour bénéficier d’un peu de recul pour leurs photos. Je reste quant à moi au centre, au premier rang, juste un peu énervé quand même par un bon gros (et jeune) connard bien défoncé qui s'incruste sans aucun respect pour les filles derrière lui. Ça faisait longtemps que je n'avais pas vécu ça, et cela me fait repenser à tous ces concerts du passé où l’on échangeait facilement le coup de poing... Une époque bien révolue, et c’est quand même tant mieux !

2017 04 24 Temples Elysée Montmartre (5)21h, les quatre Londoniens de Temples attaquent All Join In, et comme prévu, les lumières sont dans leurs dos, ce qui fait que le visage de James Bagshaw est indiscernable, frustrant sans doute les cohortes de groupies venues se prosterner aux pieds du nouveau Marc Bolan (la touffe frisée, le format mini et la veste à paillettes, tout y est). Par contre le son est impressionnant, très fort, avec la guitare de Bagshaw, dont l'ampli est juste en face de moi, qui arrache bien comme on aime : rock'n'roll ! La voix haut perchée du chanteur est parfois un peu en retrait (la tare habituelle quand on est placé devant au centre à l’Elysée Montmartre), mais pas au point que cela en soit gênant, donc nous sommes bien partis pour une belle soirée.

A gauche de Bagshaw, Tom Walmsley est le bassiste - très féminin, le bougre - de Temples, il est visiblement chargé de la communication avec le public, alors que Bagshaw est lui très réservé et peu souriant. A sa droite, Adam Smith, à la guitare et aux claviers, a adopté quant à lui un look "Slade 71" du meilleur effet. La setlist alterne de manière prévisible les joyaux pop de "Volcano" et les morceaux plus rock de "Sun Structures", mais dans les deux cas avec cette guitare saturée et agressive qui propulse les chansons dans une autre dimension, loin de l'aspect un peu rétro et appliqué qu'on peut critiquer chez Temples. Certainty, avec son riff irrésistible à l'orgue est un premier moment formidable : il est vrai que, à l'image des groupes 70's qui les inspirent, Temples interprètent sur scène leurs chansons avec une énergie qui les transforme radicalement.

2017 04 24 Temples Elysée Montmartre (19)Peu à peu, les lumières agressives laissent place à quelques ambiances lumineuses plus modérées, ce qui autorisera quand même quelques photos correctes, donc tout va bien dans le meilleur des mondes ! Keep In The Dark était mon morceau favori de "Sun Structures", et l’interprétation percutante qui nous en est offerte ce soir me rappelle pourquoi. Par contre, le miraculeux Mystery of Pop, avec sa ritournelle très "Stranglers", perd un peu de sa magie, ainsi musclé par des riffs de guitare. L'avant-dernier morceau du set, Mesmerise, permet enfin au groupe se s'aventurer franchement dans des expériences bruitistes du plus bel effet : on n’est pas loin du nirvana, il ne manque sans doute que la petite étincelle de folie qui permettrait à Temples de passer du stade de très bon groupe à celui de groupe vraiment important. Le set principal se termine par une version un peu frustrante, trop courte et manquant d’ampleur, du magnifique Strange Or Be Forgotten.

On n’attendra pas longtemps le rappel, qui débutera par une nouvelle exploration sonique impressionnante, mais qui restera là encore juste en deçà du miracle, et se conclura avec le crowd pleaser incontournable qu’est Shelter Song. Les remerciements finaux de Bagshaw devant l’enthousiasme du public parisien (largement féminin, quand même) sonnent justes, comme si le jeune homme baissait enfin la garde après avoir gardé tout son self control pendant une heure et demi.

Je me rappelle alors de ce que disait l’ami Robert en début de soirée sur le fait que Temples étaient ennuyeux sur scène parce que leur leader restait renfermé dans son trip Marc Bolan : c’est très certainement exagéré, car le concert de ce soir était au contraire passionnant, mais il est certain qu’un peu de générosité aiderait le groupe à passer au niveau supérieur. Armés qu’ils sont d’un album aussi brillant que "Volcano", ça devrait quand même être possible ! »

 

La setlist du concert de Creatures :

Creatures

Enola

Secrets

Goldneye

Memories and Dreams

Shot of Love

Everything and More

 

2017 04 24 Temples Elysée Montmartre (45)Les musiciens de Temples sur scène :

James Bagshaw – lead vocals, lead guitar

Adam Smith – rhythm guitar, keyboards, backing vocals

Tom Walmsley – bass guitar, backing vocals

Samuel Toms – drums

 

La setlist du concert de Temples :

All Join In (Volcano – 2017)

Colours to Life (Sun Structures – 2014)

Roman God-Like Man (Volcano – 2017)

Sun Structures (Sun Structures – 2014)

Certainty (Volcano – 2017)

(I Want to Be Your) Mirror (Volcano – 2017)

Keep in the Dark (Sun Structures – 2014)

Move With the Season (Sun Structures – 2014)

Mystery of Pop (Volcano – 2017)

How Would You Like to Go? (Volcano – 2017)

Open Air (Volcano – 2017)

Mesmerise (Sun Structures – 2014)

Strange Or Be Forgotten (Volcano – 2017)

Encore:

A Question Isn't Answered (Sun Structures – 2014)

Shelter Song (Sun Structures – 2014)

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14 novembre 2017

Timber Timbre - Mercredi 19 Avril 2017 - La Cigale (Paris)

2017 04 19 Timber Timbre Cigale Billet Le public parisien de Timber Timbre est bien étrange. Ils prennent visiblement la peine de venir très tôt attendre devant la Cigale (au point qu'une queue interminable s'étire sur le trottoir du Boulevard Rochechouart quand j'arrive vers 19h15)... mais c'est pour mieux se précipiter au balcon sur les places assises. Je suis stupéfait de découvrir la fosse et les balustrades latérales - que j'aime tant ici à la Cigale - vides quand je pénètre dans la salle ! Bon tant mieux, mais un doute m'envahit : c'est de la musique de vieux, Timber Timbre ?  Ou pire, de paresseux, de fatigués, de dilettantes ?

2017 04 19 Marcus Hamblett Cigale (5)Et ce n'est pas la musique atrocement soporifique du jeune Anglais Marcus Hamblett en première partie qui peut me rassurer : des arpèges jazzy tellement tranquilles, tellement uniformes, tellement peu inspirés qu'ils donnent rapidement une envie irrésistible de dormir… ou plutôt de fuir, pour retrouver ailleurs l'énergie qu'ils ont sournoisement drainée hors de nous. Trois morceaux seulement, le dernier étiré jusqu'à l'écœurement, avec des "vocaux" faux et haut perchés et un saxo free jazz parisien pour empirer encore les choses. Marcus nous a parlé d'improvisation sur les thèmes de son album, qui est lui interprété par un groupe complet, mais on n'a honnêtement pas envie d'en découvrir plus après 22 minutes d’une telle torpeur hideuse.

21h00 pile, c'est en format quatuor que Timber Timbre se présente ce soir à la Cigale, devant une fosse désormais remplie jusqu’à la gueule : Taylor Kirk et Simon Trottier sont, logiquement, au premier plan, se faisant quasiment face (et non face au public…), à la guitare et à la basse - qu'ils échangeront plusieurs fois au cours de la soirée. Derrière eux, au même niveau, un batteur et un claviériste. Ils attaquent Pollution et on remarque tout de suite que le son est excellent – c’est très souvent le cas à la Cigale quand même -, un son ample et profond, mettant en valeur les sonorités solennelles et caverneuses qui caractérisent la majorité des chansons jouées sur scène.

 

2017 04 19 Timber Timbre Cigale (38)Par contre, on ne sera pas aussi satisfait des lumières, le groupe jouant dans une sorte de pénombre, certes contribuant à "l'ambiance" de leur "Dark Americana", mais peu propice aux photos : Taylor sera tout au long du concert baigné dans des lumières uniformes bleues ou rouges qui ridiculisent les capacités limitées de mon petit Lumix. Tant pis, laissons-nous plutôt bercer par la voix étrange et attachante de Taylor Kirk et par ses mélodies hantées, à la fois évanescentes et obsessionnelles. Les morceaux sont exécutés dans des versions assez proches de celles des disques, mais comme dépouillées de leurs mélodies, au point de n’être pas toujours immédiatement reconnaissables. Elles sont aussi occasionnellement transpercées par un solo de guitare bruitiste ou de trompette apaisante.

Tout le concert se joue avant tout dans l'ambiance, car il règne finalement une certaine uniformité. Les morceaux de "Sincerely, Future Pollution" – le nouvel album – et du beaucoup plus remarquable "Hot Dreams", qui l’avait précédé en 2014, s’enchaînent dans la même atmosphère tendue, un peu gothique : je réalise que malgré la beauté indiscutable de la musique de Timber Timbre, il manque un je ne sais quoi qui élèverait les chansons vers autre chose. Il manque peut-être un grain de folie qui ferait basculer l'angoisse et le spleen diffus et élégant, parfois un peu anecdotiques, de la musique de Timber Timbre vers des abîmes autrement plus vertigineux. Je ne peux m'empêcher de me dire que c'est comme du Nick Cave trop propre sur lui, sans les pics de déraison ni les gouffres de souffrances : le problème est que, à peine cette idée a-t-elle germée dans ma tête, que je le rends compte que je vais maintenant comparer chacune des sensations très mesurées offertes par Timber Timbre à la déraison extatique des Bad Seeds...

 

2017 04 19 Timber Timbre Cigale (48)La tension monte néanmoins au fil des chansons, le ton se durcit, les effets de country music crépusculaire (David Lynch, Johnny Cash et Chris Isaak, bonjour) aiguisent l'appétit du public... mais quelque part subsiste ce sentiment d'une demi-mesure, d'un manque d'amplitude et de profondeur. Les images qui naissent dans notre imagination sont finalement peu marquantes, le plaisir comme la peur sont superficiels. Il faut aussi reconnaître que l’attitude de Taylor Kirk n’aide pas beaucoup : avec son look d’Américain moyen dégarni et son peu d’efforts de communication avec le public, avec son petit sourire en coin qui contraste avec la noirceur de sa musique, on ne peut pas dire qu’il véhicule visuellement sa musique !

Les meilleurs moments du set sont aussi, logiquement, les morceaux les plus accrocheurs sur les albums : Hot Dreams avec sa sensualité crasse, Grifting avec sa tentative de funk glacial… Mais j’ai vraiment du mal à m’enthousiasmer. Après 1h05, Timber Timbre aborde les rappels, il y en aura deux, le premier illuminé par l’excellent Grand Canyon, un morceau qui a du souffle, qui permet pendant quelques minutes au concert de décoller. 22h30, c’est fini : autour de moi, les gens paraissent plutôt satisfaits, alors que j’ai personnellement le sentiment qu’il ne s’est pas passé grand ’chose ce soir à la Cigale. Sinon la parfaite démonstration que Timber Timbre n’est pas un groupe de scène, et qu’il vaut mieux pour notre bonheur nous cantonner à écouter tranquillement ses albums !

 

Les musiciens de Timber Timbre sur scène :

Taylor Kirk - vocals, electric guitar, bass guitar

Simon Trottier - electric guitar, bass guitar

Mathieu Charbonneau - keyboards

Mark Wheaton - drums

 

2017 04 19 Timber Timbre Cigale (57)La setlist du concert de Timber Timbre :

Sincerely, Future Pollution (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Sewer Blues (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Velvet Gloves And Spit (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Moment (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Hot Dreams (Hot Dreams – 2014)

Western Questions (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Curtains !? (Hot Dreams – 2014)

Until the Night is Over

Black Water (Creep On Creepin’ On – 2011)

Grifting (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Bleu Nuit (Sincerely, Future Pollution – 2017)

Do I Have Power (Creep On Creepin’ On – 2011)

Beat the Drum Slowly (Hot Dreams – 2014)

Trouble Comes Knocking (Timber Timbre – 2009)

Encore :

Grand Canyon (Hot Dreams – 2014)

Woman (Creep On Creepin’ On – 2011)

Encore 2 :

Magic Arrow (Timber Timbre – 2009)

Posté par Excessif à 07:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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