« En ce moment, le meilleur du rock français vit dans la marge, l’alternative, la rébellion. Il conjugue fun et hardcore, anarchie et franche rigolade. Les Négresses Vertes sont des sortes de Pogues parisiens : la java a remplacé la gigue irlandaise, mais l’esprit – et le bon – est le même. Il est possible que, d’ailleurs, enjolivés par la mémoire, ces moments fastes d’un rock français marginal fassent oublier le grand vide du « rock officiel » de l’hexagone.

1988_04_The_Woodentops_Bataclan_01Les Woodentops, quant à eux, ont le malheur de ne (déjà) plus être à la mode, Passé le choc de l’année dernière, que reste-t-il ? Un public plus calme, ce qui permet cette fois d’apprécier le concert. Une musique moins originale, certes, et désormais partagée entre des courants divers (funk, punk, psychédélisme). Une certaine faiblesse de morceaux qui passent mal l’appauvrissement mélodique de la scène : les chansons des Woodentops me sont apparues, ce soir, curieusement creuses, prévisibles. La musique est sans âme, et n’émeut que lorsqu’elle s’accélère. Car là, alors là, oui, quand la fièvre parkinsonienne s’empare de nous (on dira sur à peu près un morceau sur trois..), on se sent prêts à jurer qu’on n’a pas entendu quoi que ce soit d’aussi excitant depuis des lustres !!! Les Woodentops sont donc le meilleur groupe rapide (avec les Feelies ?) qu’on ait jamais vu. Sur Love Train, sur Move Me, sur Travelling Man, ou sur le génial Maybe it Won’t last, extrait du dernier album, la vitesse impensable de la musique crée un effet quasiment stroboscopique, totalement hallucinatoire et jouissif. Le concert ne devient alors qu’une succession de moments speedés, où tous les sens sont en extase, avec des blancs – nécessaires au repos des nerfs du public – où l’on écoute distraitement les chansons en se réjouissant d’avance de ce qui, inévitablement, suivra…

Le summum est atteint avec le Stop This Car de « Wooden Foot Cops et son époustouflante accélération. Mais Rolo, fidèle à la tradition, termine le concert par un long happening ralenti, dissolvant dans un balbutiement « PattiSmithien » l’excitation du public. Grinding halt. The End…  »

Merci à Jean-Pierre V pour cette belle photo de Rolo...