2008 04 Tetes Raides Bataclan Billet

« "Je m'suis enfui du boulot / et j'ai eu du pot / pas de circulation / une place grande comme un camion / mais le plus beau c'était pas d'arriver / dans la queue le premier / non, c'était qu'le père Christian Olivier / avec ses potes à la terrasse du café / nous ont joué deux ou trois / chansons pour le bonheur et la joie / d'un coup c'était le printemps / au Bar du Bataclan / dans mon cœur et dans la rue / oui, ce soir, j'ai eu du cul...!".

2008 04 jean Corti 011"Tu lui fais pas un standing ovation ?" nous jette l'un des mecs de la sécurité alors que Christian Olivier re-rentre dans le Bataclan, clope au bec et mini-ampli au bout du bras. Il fait doux sur Paris, pour une fois, je suis le premier (donc) dans la queue pour revoir les Têtes Raides, et cela fait plus de 12 ans depuis la dernière fois. Je ne m'attends certes plus à l'extase qu'ils provoquaient dans les années 90, mais on ne peut pas s'empêcher d'espérer, non ? Et puis, ces quelques minutes de valse musette et de gouaille parisienne à la terrasse du café m'ont mis le cœur en joie, remuant certains de mes souvenirs les plus chers - entre le flipper avec Paul Simonon dans ce même café, et les Fleshtones jouant au milieu de la Rue du Faubourg Montmartre. Le rock, c'est ça, pour moi, bien plus que les célébrations et les foules dans les stades. Mais bon, ce que j'en dis, moi, hein ?

A 19 h 30, Jean Corti monte sur scène, et commence à nous "régaler" d'un interminable récital d'accordéon solo. 45 minutes ! Bon, j'aime bien l'accordéon, la valse musette et les bals popu de mon adolescence, mais à force d'enfiler les reprises léthargiques de l'Aigle Noir (raaah !), du Temps des Cerises (ouaouh !), les medleys de Piaf (la foule est en délire ! Bon, j'exagère un peu !) ou de Brel - dont Jean Corti a été l'accompagnateur pendant la majorité de sa carrière -, ma crise nerveuse de bâillements s'est transformée en semi-désespoir. Toute l'horreur tranquille de l'héritage de la chanson française défile dans une interprétation d'animation de supermarché (il faut dire que, malgré mon expérience limitée de l'instrument, il ne me semble pas que Corti soit un véritable virtuose de l'accordéon - on le vérifiera sur pied d'ailleurs un peu plus tard, en comparant son style "pépère" à celui d'un autre invité de Têtes Raides, capable, lui, de les faire tourner instantanément, les têtes !). Enfin, on est entre gens civilisés, on rend hommage à la tradition, on garde un sourire gentil sur le visage. Qu'est-ce que je donnerais pour un bon riff de guitare bien saignant !

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Et la surprise, c'est que des bons riffs de guitare, je vais en avoir mon content ! Car Têtes Raides a changé, en douze ans, et leur musique est retournée vers le Rock, le Ska, le Reggae, s'est ouverte vers les sonorités orientales, bref n'a plus cette monochromie un peu austère - liée aussi, avouons-le au travail artistique remarquable des Chats Pelés autour du groupe - qui venait de leur héritage pur et dur "Brel-Brassens électrifiés". Il suffit d'ailleurs de se repasser dans la tête le film de la fin de leur second rappel (il y en aura eu trois, pour 2 h 15 de concert environ) : sur le ska délirant de La Tu Vu, Christian Olivier rentre sur scène en mini-moto pétaradante, Grégoire Simon a enfilé un slip kangourou et une perruque de rasta, l'un de leurs acolytes s'est déguisé en fille de joie d'un âge certain, avant de faire un stage diving impressionnant... bref, tout un tas de délires qu'on imaginait mal il y a quinze ans au milieu des spectacles intenses et théâtraux de l'époque. Là, on a même le droit de penser au bordel noir des Bérus, et d'ailleurs, à trois reprises au moins, je me suis retourné vers la salle pour constater que le Bataclan était pris tout entier d'un intense pogo, avec slammers et tout et tout. Bref, en 2008, Têtes Raides est enfin sur scène le meilleur groupe de ROCK français, ayant digéré son passé de chansons (sur)réalistes, ayant fait le choix des nerfs plutôt que du cœur.

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Le concert est consacré au dernier album, "Banco", dont les excellentes compositions, plus simples, plus directes et claires qu'autrefois (Olivier est donc l'un des rares compositeurs dont le talent semble s'affiner avec l'âge) méritent certes mieux que la production "variéteuse" dont elles souffrent sur l'album. Sur scène, c'est de la bombe, baby. Les deux telecasters sont tranchantes, les cuivres décoiffent – Banco me fait penser aux chorus fous de David Jaxon du VDGG de la grande époque -, le son, clair et fort comme souvent au Bataclan, est juste puissant comme il faut (quelques spectatrices se bouchent les oreilles, toujours un bon signe, ça !). Le premier sommet de la soirée vient au bout de sept titres : Expulsez-moi fait hurler de rage Christian Olivier - toujours aussi engagé au côté des sans papiers - et le public avec lui. Puis, au plein milieu du concert, la salle s'embrase avec une version parfaite de Gino - pour toujours le meilleur titre de Têtes Raides : "Va-t-en, vieille putain / A la mie de Pain / Sans pognon / Y'a pas d'oignon !", tout le monde chante en chœur comme une bordée de marins ivres, avant que démarre le pogo hystérique final, ce moment béni où l'on se souvient que "les Têtes Raides" sont bel et bien nos Pogues français, sans l'alcool mais avec la conscience politique. A partir de là, plus de redescente, et Je Voudrais pas Crever est acéré comme une lame, avec un Christian Olivier crachant la belle révolte haineuse de Vian comme si le texte venait d'être écrit sous Sarko Ier.

Et là, oui, ils osent, ils se lancent dans le truc qui fait peur : les vingt-cinq minutes des Consolations, soit l'implacable récitation d'un texte philosophico-poétique à la fois cruel et bouleversant de l'écrivain suédois - et schizophrène - Stig Dagerman, sur fond de reggae. Et ça passe ! Il faut dire que, à trois reprises, les cuivres viennent enfler les voiles de ce mince radeau jeté sur le noir océan de l'existence humaine, et font souffler une revigorante tempête. Une fois de plus, Christian Olivier, son livre (aide-mémoire) à la main, impressionne par sa détermination, par l'implacable précision dont il fait preuve. Grand frisson !

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Le premier rappel sera le plus beau moment de cette soirée déjà si riche : Je Chante, sec et minimaliste, avec le public qui fait le refrain, seulement "respiré" par Christian Olivier, puis, pour revenir dans le style "classique" de Têtes Raides, une version sublissime de Ginette, à trois accordéons et un saxo... Dans le noir, avec seulement la lampe "Ginette" qui vogue au-dessus de nos têtes, balancée de plus en plus fort, de plus en plus loin par Christian Olivier, jusqu'à ce qu'elle se perde, qu'elle s'accroche dans les limbes du théâtre, un millier de personnes tanguent et chavirent : à mille lieues de l'exercice desséché de citation des grands anciens auquel s'est livré Jean Corti en introduction de la soirée, voici comment la tradition française la plus poussiéreuse revit, capable d'emporter avec elle même les adolescents les plus réfractaires, émerveillés par la force de l'émotion qui submerge le Bataclan tout entier... la mer est derrière ces murs, elle gronde comme une bête dangereuse, mais on est sous la lumière de Ginette (la lampe, rappelons-le !), dans cette salle de bal ivre du mal et de la beauté de vivre, et pendant dix minutes de bonheur suspendu, rien, absolument rien ne peut nous arriver ! Retour à la réalité sarkozienne avec le puissant L'iditenté, sans Noir Déz, bien entendu, mais avec Noir Déz quand même, dans l'électricité qui déchire, la rage des mots qui claquent : "Que Paris est beau / Quand chantent les oiseaux / Que Paris est laid / Quand il se croit français", une phrase à chanter en chœur en foutant le feu au ministère de l'immigration et de l'iditenté nationale de merde !

Il y aura à la fin encore un troisième rappel, entre copains, mais là, on n'en peut presque plus. La salle se vide assez vite, pour une fois (les sorties de secours sont ouvertes, intelligemment) et Sophie monte sur scène pour nous récupérer la set list, que curieusement, personne n'a jetée dans la fosse. On sort de là, surpris et (re)conquis par Têtes Raides. Il ne m'en faudrait pas beaucoup pour que je jure que c'était mon meilleur concert de ce début d'année 2008, c'est dire ! »

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"Allez les Enfants ! Tuez Vos parents ! Allez les Enfants !" »

Les musiciens des Têtes Raides sur scène :

Jean-Luc Millot : Chant, Batterie

Serge Bégout : Saxophone

Anne-Gaëlle Bisquay : Violoncelle, Violon

Pascal Olivier : Chant, Basse

Grégoire Simon : Chant, Saxophone, Accordéon, Flûte

Christian Olivier : Chant, Guitare, Accordéon

Edith Bégout : Tuba, baseball bat, piano

Pierre Gauthé : Guitare

La setlist du concert de Têtes Raides :

La Religieuse (Le Bout du Toit - 1996)

Tam Tam (Banco - 2008)

Le Grand Bal (Les Oiseaux - 1992)

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Ici (Banco - 2008)

Artichaud (28-05-04 - 2004)

La Bougie (Banco - 2008)

Expulsez-moi (Banco - 2008)

J'ai Menti (Banco - 2008)

Gino (Les Oiseaux - 1992)

Banco (Banco - 2008)

Je Voudrais Pas Crever (Cover Boris Vian) (Fragile - 2005)

Notre Besoin de Consolation (Banco - 2008)

Emily (Les Oiseaux - 1992)

Civili (Qu'est-ce qu'on se fait chier ! - 2003)

Journal (Mange tes Morts - 1990)

Les Autres (Banco - 2008)

Plus haut (Banco - 2008)

Encore

Je Chante (Gratte Poil - 2000)

Ginette (Viens ! - 1997)

L'iditenté (Gratte Poil - 2000)

Encore

Mille Façons (Le Bout du Toit - 1996)

On s'amarre (Banco - 2008)

La Tu Vu (Fragile - 2005)

Encore

Instrumental