1993_11_Inrocks_Day_3_Cigale_Billet« Je crois que cette fois, aux Inrocks, ils ont pété un plomb : le programme de ce samedi est ridiculement disproportionné, et la « soirée » (qui en devient presque une matinée) commence à 17 heures. Le pire pour moi, c’est que tous les artistes de ce soir font partis de mes « chouchous » de l’année : le risque de frôler l’indigestion est maximal, et du coup, il y a peu de chances que je puisse apprécier tous les sets comme je l’aurais fait en de meilleures circonstances.

1993_11_Divine_Comedy_02Du coup, ça va être la première partie de la soirée que je vais apprécier le plus, et que je peux m’interroger si c’est la fatigue plus qu’autre chose qui a causé ce sentiment de baisse d’intensité progressif. Mais, de toute manière, la prestation de Neil Hannon en solo a été la plus lumineuse, la plus impressionnante, la plus attachante, la plus émouvante de la soirée... et il était impossible de faire mieux que Divine Comedy aujourd’hui. Huit chansons parfaites, une voix enchantée qui rappelle – en moins agressif bien sûr – celle de Peter Hammill, des mélodies qui vous font fondre le coeur, un sens de l’humour so british, un charisme élégant inattendu, un public qui tombe littéralement sous le charme jusqu’à la reprise – pour nous faire plaisir à nous, Français – impeccable de Brel (Jackie !)... quasiment LE concert pop intelligent parfait.

Il allait être très difficile de faire mieux, mais Silvain Vanot, contre toute attente (un petit Français pas trop connu) va nous donner une grande claque rock, soit ce qui pouvait nous arriver de mieux pour nous réveiller du rêve Divine Comedy. Raide, tranchant, sec, nerveux, et pourtant mélodique (du côté de Neil Young pour les chansons, et des Dogs – soit la connexion normande - pour l’interprétation), le Rock de Silvain Vanot vole bien au-dessus de tout ce qu’on entend en général en France. Ce set emballé et tendu va être un autre grand moment, et je dois dire que je suis déjà plus que satisfait du Festival, aujourd’hui !

Peut-être faudrait-il s’en aller, mais le premier album de Tindersticks est une telle merveille d’étrangeté que je veux évidemment voir ce que Stuart Staples et sa bande peuvent faire sur scène : le niveau d’attente du public est clairement très élevé, Tindersticks étant en ce moment LE groupe un peu branché dont les Parisiens « in » se sont entichés, et c’est leur premier concert à Paris. Pendant une cinquantaine de minutes, les Londoniens vont justifier – et plus même – leur réputation grandissante : il y a un peu des Bad Seeds dans cet orchestre un peu foutraque qui est capable d’empoigner avec la même grâce des rockers brutaux et déconstruits et des chansons à la mélancolie profonde, qui créent un vague à l’âme brumeux, une sorte de sensation de dépression cotonneuse, qui fait la singularité de Tindersticks. La voix de Stuart Staples est aussi impressionnante que sur disque, et le potentiel du groupe paraît immense, tout autant que son originalité. Très beau set, n’a manqué au final qu’un peu d’émotion pour que le niveau soit aussi élevé que celui de Neil Hannon et de Silvain Vanot.

J’adore le Dominique A de « la Fossette », écorché, maladroit mais intense, mais  j’ai été déçu par son dernier album « Si Je Connais Harry », qui témoigne d’une évolution pas très convaincante, assez loin de l’intimisme douloureux de ses débuts. De même, je vais être un peu déçu par ce rocker emprunté et brusque que je découvre sur scène, qui est assez loin de ce que j’attendais... Même si, dans d’autres circonstances, la fatigue en moins, j’aurais sans doute apprécié l’atmosphère très rock du concert, loin de la chanson française que je déteste. Bon, ce soir, ça aura été un premier rendez-vous un peu raté entre Dominique et moi. Mais pas de panique, on remettra ça une autre fois...

En tous cas, ce fut une grande et longue, trop longue, soirée que les Inrocks nous auront offert. Voici un Festival qui, d’année en année, devient un moment de plus en plus essentiel de la saison rock à Paris, avec un esprit de découverte remarquable ! »

1993_11_Divine_Comedy_01La setlist du concert de The Divine Comedy :

Bernice Bobs Her Hair (Liberation – 1993)

Three Sisters (Liberation – 1993)

I Was Born Yesterday (Liberation – 1993)

Your Daddy's Car (Liberation – 1993)

Life's What You Make It (Talk Talk cover)

Europe By Train (Liberation – 1993)

Lucy (Liberation – 1993)

Jackie (Jacques Brel cover)

 

 

La setlist du concert de Tindersticks :

Tea Stain (Tindersticks – 1993)

Marbles (Tindersticks – 1993)

A Night In (New song)

Tyed (Tindersticks – 1993)

Tiny Tears (New song)

Her (Tindersticks – 1993)

Jism (Tindersticks – 1993)

Milky Teeth (Tindersticks – 1993)

Raindrops (Tindersticks – 1993)

Encore:

For those... (New song)

 

Merci à Patrick M pour ses superbes photos de Neil Hannon... malheureusement prises lors d'un passage ultérieur de Neil à Paris, en Janvier 1994. Il ne semble pas qu'il y ait eu ce soir-là à la Cigale qui que soit pour immortaliser le concert parfait de Divine Comedy (heureusement, il reste un enregistrement).