2009 03 David Byrne Billet

« Premier entré - pour rien, il y a des sièges et ils sont numérotés - dans une Olympia méconnaissable, je passe forcément par une phase de doute : à plus de 80 € la place, ça fait quand même cher la minute d'hommage à feu les Talking Heads ou de célébration de la liberté musicale de Mr. David Byrne, le seul cycliste (à ma connaissance, du moins) du rock ! Bon, Sophie et moi ne seront pas trop mal installés au cinquième rang, un peu sur la droite, mais au vu du public visiblement établi et fortuné auquel les ouvreuses souhaitent poliment un "bon spectacle" (après avoir rappelé qu'il n'y aura pas d'entracte - comprenez pas de première partie ce soir ! Pour 80 €, ça aurait été sans doute dur de les payer...), on peut quand même décemment se demander ce qu'on fait là. Il a intérêt à assurer, le père Byrne, à se montrer digne de 30 ans d'une carrière souvent brillamment avant-gardiste !

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Sur le fronton de l'Olympia, il y a écrit : "Songs of David Byrne et Brian Eno", et David Byrne s'empresse de nous expliquer la règle du jeu, lorsqu'il entre en scène et qu'il nous fait patienter cinq bonnes minutes en attendant que les derniers spectateurs soient installés (maudits Parisiens, jamais foutus d'arriver à l'heure... mais sans doute s'imaginaient-ils qu'il y aurait une première partie !) : "Ce soir, on va jouer des chansons du présent et du passé - Talking Heads (applaudissements nourris du public) - retraçant ma collaboration avec Brian Eno..." (Byrne évoque même le futur, mais il plaisante !). Et de fait, il va nous proposer une set list assez différente de celles de ses tournées des années précédentes, une set list centrée sur le dernier album (de belles chansons sages, pas forcément génératrices de grande ambiance, à l'exception de la majestueuse et schizoïde I Feel My Stuff jouée en fin de set, avant les rappels...) et sur "Remain In Light", dont on aura droit à de larges extraits, tous plus fascinants les uns que les autres, malgré la configuration réduite du groupe... Car le choix étrange qu'a fait Byrne pour cette tournée, c'est celui d'une interprétation assez dépouillée, ce qui surprend au départ (par exemple, il n'y a pas de seconde guitare, ce qui rend le son très frêle...), centrée avant tout sur les vocaux, grâce aux renforts de trois choristes superbes. Conséquence : le démarrage du concert n'est pas enthousiasmant, tant on attend cette pulsation névrotique qui caractérisait les Talking Heads, ou au moins les grandes envolées lyriques du Byrne en solo habituel ! Au lieu de cela, on a un groupe calme et posé, avec des vocaux superbes (Byrne chante vraiment magnifiquement bien, de sa voix si particulière), et on craint un moment un concert "adulte", et... vaguement soporifique dans sa perfection technique. Et ce, d'autant que, seconde idée aussi "arty" que saugrenue, Byrne a convoqué trois danseurs de modern jazz pour accompagner la plupart des chansons par des chorégraphies certes bien faites, mais que l'on peut juger a priori un peu "déplacées". Un instant, le souvenir du concert sauvage et mal poli de Buzzcocks, il y a quelques jours seulement, me traverse l'esprit : un groupe de la même génération et de la même culture ("la révolution punk"), aux antipodes de ce que l'on voit ce soir sur la scène de l'Olympia ! Et je me prépare à m'ennuyer poliment... quand... éclate Houses in Motion, le premier des cinq titres de "Remain In Light" interprétés ce soir, et quelque chose se passe : la musique décolle, la salle suit, se lève à moitié, on frôle une drôle d'hystérie - drôle quand on voit l'âge et le "genre" du public, mais pourtant, ça commence à sautiller partout. A la fin du morceau, éclate une ovation surprenante, qui dure, dure, s'éternise, surprend les musiciens qui n'arrivent pas à reprendre le fil du concert. C'est un instant de pure magie, et à partir de là, la soirée a changé de dimension : on est dans le tout bon. Les quelques passages à vide d'une poignée de chansons moins fortes n'importeront plus, tant vont se succéder les morceaux immenses, dont on se rend compte à quel point ils ont marqué leur époque, souterrainement sans doute, au point d'irriguer aujourd'hui tout un courant de la musique la plus moderne : Born Under Punches, Crosseyed and Painless, The Great Curve (toutes trois presque plus impressionnantes dans des versions dépouillées de la tornade psychédélique originelle qui les soutenait), Once In A Lifetime et Life During Wartime bien sûr, et puis une splendide version très classique, très classieuse aussi de Take Me To The River - la meilleure que j'ai entendue sur scène, à mon humble avis, frôlant la perfection tant technique qu'émotionnelle. Comme on s'est même habitués aux chorégraphies modernistes qui viennent apporter une énergie supplémentaire aux morceaux les plus punchy, comme toute la salle est debout et extatique, on frôle le GRAND concert, de peu... Trois rappels et 1 h 50 en tout, on termine par le plaisir roboratif  de Burning Down The House (une entorse au programme Byrne / Eno, donc...), et par une chanson calme pour signaler la fin des hostilités (Everything That Happens...).

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Excellente surprise donc que ce concert, qui montre que Byrne a plus d'une corde à son arc, et peut encore revenir très fort là où on ne l'attend pas vraiment. Je regarde autour de moi, toute la salle bruisse littéralement de bonheur, les gens se congratulent, et ce qui est réjouissant, c'est que la nostalgie n'a rien à faire avec ce que nous avons ressenti ce soir : en 2009, la musique de Talking Heads, Byrne et Eno est toujours une musique d'avenir. »

 

La troupe de David Byrne sur scène :

David Byrne : Vocal & Guitar

& dancing

Mark De Gli Antoni – keyboards

Paul Frazier – bass

Mauro Refosco – percussions

Graham Hawthorne – drums

Kaïssa – backing vocals

Jenni Muldaur – backing vocals

Redray Frazier – backing vocals

 

Steven Reker – dancing

Lily Baldwin – dancing

Natalie Kuhn – dancing

 

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La setlist du concert de David Byrne :

Strange Overtones (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

I Zimbra (Talking Heads song)

One Fine Day (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

Help Me Somebody (My Life In The Bush Of Ghosts - 1981)

Houses in Motion (Talking Heads song)

My Big Nurse (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

My Big Hands (Fall Through the Cracks) (The Catherine Wheel – 1981)

Heaven (Talking Heads song)

Wanted for Life (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

Life Is Long (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

Crosseyed and Painless (Talking Heads song)

Born Under Punches (The Heat Goes On) (Talking Heads song)

Once in a Lifetime (Talking Heads song)

Life During Wartime (Talking Heads song)

I Feel My Stuff (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

Encore:

Take Me to the River (Al Green cover)

The Great Curve (Talking Heads song)

Encore 2:

Air (Talking Heads song)

Burning Down the House (Talking Heads song)

Encore 3:

Everything That Happens (Everything That Happens Will Happen Today – 2008)

Chronique déjà partiellement publiée sur mon blog loindubrésil.com à l'époque