2009 09 Emiliana Torrini Billet

« Je ne parlerai pas de la première partie – Lay Low – petit bout de femme à la guitare sèche et à la voix fluette, accompagnée par un autre guitariste acoustique : arrivé tard, vers 20 h 45, je n’aurai assisté qu’à trois chansons, qui m’auront d’ailleurs amplement suffi : ce n’est pas que cela soit mauvais, ce folk apatride (une autre Islandaise, a priori, mais il faut vérifier, qui joue de la musique américaine), c’est simplement terriblement insignifiant, sans saveur ni caractère – sauf si l’on considère la candeur et l’innocence comme un trait de caractère, et j’en connais qui souscrivent, tant mieux pour eux, à cette vision. Bref, pendant une quinzaine de minutes, je me suis ennuyé ferme, maudissant une fois encore ce retour pénible de l’expression artistique « degré zéro » via une pauvre voix et une 6 cordes pas électrifiée. Tout le monde ne peut pas s’appeler Alela Diane...

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Tout le monde ne peut pas non plus s’appeler Björk non plus, d’ailleurs... et c’est, en deux mots brutaux, le problème d’Emiliana Torrini, qui n’ani le charme, ni la voix, ni le talent de compositrice de son illustrissime compatriote. Vous me direz, c’est parfaitement injuste de faire cette comparaison, on ne va pas demander à Miossec de chanter comme Johnny (hi hi) parce qu’il est lui aussi français, mais bon 1) l’Islande, c’est vraiment petit, et on ne connaît pas tant que cela d’Islandaises écumant le monde la pop 2) il y a chez Emiliana quelque chose qui évoque Björk, que ce soit dans « l’exotisme » de ses traits comme dans ses (timides) tentatives de conjuguer maints genres musicaux différents dans un style que l’on pourrait qualifier de new age / néo-planétaire. Je ne connaissais d’ailleurs aucun morceau d’Emiliana Torrini à l’avance, sauf Me and Armini – courtesy of Gilles B, je crois – mais je suis arrivé le cœur et l’âme grand ouverts pour me laisser envahir par des émotions, pour me laisser bouleverser... sauf que, justement... rien, il ne s’est rien passé, ou à peu près rien, ce soir, dans la salle pourtant facilement hantée de l’Olympia. Une heure trente environ de morceaux fades et pas désagréables, mais pas particulièrement « saillants » non plus, interprétés par des musiciens entre deux âges qui m’ont paru très professionnels (un look sympa, assez bobo quand même, dans le genre bohème chic décalé), et chantés d’une voix très belle, très juste, mais pas particulièrement exceptionnelle non plus. Finalement, je me rends compte que, quelques heures plus tard, quand j’essaie de me remémorer ce concert, je me souviens plus des drôles d’anecdotes racontées par Emiliana entre ses chansons (la photo prise dans les pipi-rooms d’une station d’autoroute où elle voyait le faux bois de la porte s’animer de « petites créatures », qui lui a valu l’ire de sa voisine de gogue l’accusant de voyeurisme ; la chanson écrite puis oubliée sous l’emprise du whisky et de la magie d’une lime à ongles qui les fait particulièrement briller... euh, il faut diminuer ta consommation de substances psychotropes, Emiliana, même si la nuit est longue en Islande !) que des chansons elles-mêmes.

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Je me souviens quand même qu’après trois longs, longs quarts d’heure passés à contempler le plafond et le public vaguement souriant et engourdi de l’Olympia sur des chansons mid tempo sans grand intérêt, on s’est un peu animé sur l’intro de Me and Armini, qui n’a pourtant pas donné grand’ chose ensuite ;que, quelques minutes plus tard, il y a eu LA chanson de la soirée, un beau et amusant Jungle Fever un peu enlevé, qui a enfin réveillé tout le monde ; et que, sur la fin, le ton s’est électrifié et durci sur un morceau long, sombre et orageux, intitulé Gun sur la set list : il y a eu alors un sursaut d’intensité qui m’a laissé penser qu’Emiliana pourrait peut-être abandonner ses velléités de devenir « pixie number 2 from Iceland » en chantant des comptines illuminées sur des fantômes qui se matérialisent dans les verres de whiskies, ou de prouver qu’elle est une jeune femme sensible qui aime faire l’amour en buvant du vin devant un bon feu de bois alors que le blizzard rugit dehors, et dont le cœur saigne quand elle s’aperçoit que son amoureux la trompe avec sa meilleure amie, ce genre de choses... et qu’elle pourrait envisager une carrière de prêtresse « dark » façon Siouxsie du Grand Nord... Mais il faudrait aussi qu’elle change de garde robe, car quand on est formaté « petit boudin » comme elle, le style robe hippie dénichée aux puces, ça fait pas trop rock’n’roll. Mais bon, ce que j’en dis, moi...

Même si je trouve l’enthousiasme du gentil public un tantinet automatique après un tel show en demi-teinte (d’ailleurs je ne vois pas mon Gilles B pâmé d’émotion devant moi...), le rappel sera gentillet, avec un gimmick original et qui fonctionnera bien : Emiliana, à la guitare acoustique, lance au milieu de sa chanson les deux lignes célébrissimes du Dear Prudence des Beatles (« Dear Prudence, won’t you come out to play ? »), et demande au public de les chanter en chœur et de les répéter ad lib jusqu’à la fin, créant ainsi un charmant effet de superposition de deux mélodies « parallèles ». Oui, ce sera une jolie fin qui me permettra de sortir de l’Olympia sans trop de regrets pour ma soirée.

Je me suis quand même laissé aller à philosopher tout seul sur la prolifération d’artistes comme Emiliana Torrini, ni plus ni moins douée que le commun des mortels, à mon humble avis, avec seulement le « gift of a golden voice », comme dit Cohen : même s’il n’y avait rien ce soir qui vaille la peine de crier au miracle, même petit, c’est aussi cette richesse spontanée et enthousiaste de la « scène rock » mondiale qui en fait l’intérêt, au delà de musiques formatées et marketées qu’on tente de nous injecter à longueur de temps. Et j’ai conclu en moi-même que je l’avais trouvé bien sympathique, cette petite Emiliana ! »

 

 La setlist d’Emilian Torrini :

Fireheads (Me And Armini - 2008)

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Heartstopper (Fisherman's Woman - 2005)

Today Has Been OK (Fisherman's Woman - 2005)

Big Jumps (Me And Armini - 2008)

Lifesaver (Fisherman's Woman - 2005)

Sunny Road (Fisherman's Woman - 2005)

Hold Heart (Me And Armini - 2008)

Nothing Brings Me Down (Fisherman's Woman - 2005)

Me and Armani (Me And Armini - 2008)

To Be Free (Love In The Time Of Science - 1999)

Jungle Drum (Me And Armini - 2008)

Tuna Fish (Love In The Time Of Science - 1999)

Ha Ha (Me And Armini - 2008)

Beggar's Prayer (Me And Armini - 2008)

Birds (Me And Armini - 2008)

Gun (Me And Armini - 2008)

Encore

Dear Prudence (The Beatles Cover)

Hear It All Before (Me And Armini - 2008)

Cette chronique a été publiée à l'époque sur les blogs suivants : http://www.loindubresil.com/archives/2009/10/02/15280729.html et http://concertsrnrm.blogspot.co.uk/2008/10/emiliana-torrini-le-trabendo-paris.html.