2010 11 Arcade Fire Palau Sant Jordi Billet

« Aller jusqu'à Barcelone pour un simple concert, c'est un peu ridicule. Sauf qu'on ne parle pas là d'un simple concert, mais d'un concert d'Arcade Fire ! Et puis, c'est l'occasion de passer une seconde soirée avec Gilles B, Jean-Pierre et Solange, pour la deuxième étape de leur périple ibérico-français... Ce sera enfin l'occasion de voir se répéter - on l'espère – « l'alchimie Arcade Fire » de la veille, dans des conditions acoustiques meilleures.

En cette fin de dimanche après-midi, Barcelone a revêtu des couleurs hivernales et n'est pas aussi attrayante qu'à l'habitude, le vent qui souffle est assez glacial même. Mais on n'est pas là pour faire du tourisme de toute façon ! On est là pour une autre communion solennelle avec le "meilleur groupe de rock du monde", titre ronflant et pour le moins injuste pour la dizaine d'autres artistes qui pourraient le revendiquer eux aussi... mais quand on aime...!

Le Palau Sant Jordi fait partie du complexe olympique de Barcelone, situé sur les hauteurs de la ville, ce qui nous vaut une attente de deux heures glaciales sur un grand parvis parfaitement bien exposé au froid (...mais aussi à 23 h 30 une longue redescente à pied vers la ville pour espérer attraper le dernier métro...). Le temps passe en écoutant Arcade Fire répéter, et en particulier une version de Suburban Wars, un titre que j'aime beaucoup et qui ne figure a priori pas souvent sur les setlists de la tournée. Je croise les doigts...

A 19 h 30, alors que Yannick nous a rejoint, les portes s'ouvrent, et commence pour moi une course éperdue et périlleuse, vu la raideur des escaliers qu'il nous faut descendre à fond la caisse, bousculés en outre par une bande d'Italiens surexcités. Je vois à ma gauche Gilles qui faiblit dans les derniers mètres, j'accélère pour nous assurer une bonne place au premier rang, sur la droite cette fois (on s'était entendus avec Gilles B et Jean-Pierre pour changer de côté par rapport à hier : je me fais une joie de voir de plus près le chanteur-bibendum de Fucked Up !). Ouf ! On y est..

La salle ne sera pas remplie ce soir, elle est séparée en deux par un grand rideau noir. La scène est aussi bien plus haute qu'à Madrid, et me paraît un peu moins large. Par contre, la sono me semble nettement mieux agencée qu'au Palacio de Deportes, ce qui devrait nous valoir un son meilleur.

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20h30 : Fucked Up... Malheureusement... Mais bon, avec le son en effet beaucoup plus clair d'où nous sommes placés, et exposés comme nous le sommes cette fois aux incursions dans le public de "Godzilla", nous allons un peu moins nous ennuyer qu'hier soir. Le spectacle est encore une fois dans la salle, et "Pink Eye" (a priori, c'est comme ça qu'il s'appelle) se couche sur les premiers rangs, distribue des bisous (Yannick y échappe de peu, ce qui nous fait bien rire...), s'incruste un gobelet de plastique sur le front (il tiendra quand même tout au long du set), et finit par se perdre un long moment en plein milieu de la fosse, organisant un mosh pit à lui seul. Bon, on s'amuse bien, mais on se fatigue quand même à la longue. Heureusement, le set ne durera que 32 minutes ce soir, ce qui aura été une bonne nouvelle.

21h44 : C'est parti pour mon second concert d’Arcade Fire en deux jours. Immédiatement, on est soulagés : ce soir, le son est absolument impeccable, et cela change pas mal de choses, surtout pour les morceaux plus calmes ou moins cathartiques : c'est le cas par exemple de Rococo, dont on perçoit toute la richesse de texture, et qui retrouve cette magnificence qui m'arrache des cris de joie.

De plus, si la setlist est composée exactement des mêmes chansons que la veille, leur ordre en est légèrement différent, qui ce modifie la dynamique du concert : Month of May conclut maintenant le set, après Rebellion, et la version "métal" de ce soir décape comme rarement on a entendu Arcade Fire décaper. Par contre, Keep the Car Running, placé cette fois en ouverture de rappel, n'a plus tout-à-fait le même effet renversant.

Mais au fond, si l'on vit le concert de manière différente, c'est plus une question de perception personnelle ou de réaction du public, les musiciens d'Arcade Fire restant fondamentalement fidèles à leur habituelle ligne de conduite, la même depuis 2004 : chaque morceau doit être joué avec tout son cœur, son âme, son énergie. Il est fascinant de constater qu'à aucun moment au cours de cette heure et demi purement enthousiasmante, aucun des huit membres du groupe n'a pu être pris en flagrant délit de "professionnalisme", de simple "application technique". Arcade Fire joue tout bonnement avec la fraîcheur des groupes débutants, mais aussi

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avec une énergie qui suggère que chaque concert pourrait être le dernier, après tout... C'est sans doute cette offrande permanente de soi qui, au delà de la qualité et de l'originalité de leur musique, propulse Arcade Fire au rang des tous meilleurs spectacles live auxquels on ait jamais pu assister : il suffit de voir la joie sur les visages, d'entendre dix mille voix - ou presque - qui chantent ensemble sur TOUTES les chansons, de sentir cette énergie positive qui se dégage du public pour toucher du doigt la différence entre les Canadiens et une grande partie de leur "concurrence".

Le public de Barcelone, justement, est un peu moins chaud-bouillant que celui de Madrid hier soir (Win Butler provoquera d'ailleurs les Catalans en leur disant avant d'attaquer la dernière partie du set que c'était là "leur dernière chance de battre Madrid qui a été sacrément fantastique la veille"...), et ce sera bien là le seul (très) petit bémol de ce concert : objectivement, oui je le répète, Arcade Fire a joué ce concert, comme à chaque fois, comme si c'était le premier et le dernier à la fois, mais nous, nous l'avons encore plus apprécié qu'à Madrid, grâce au meilleur son. Nous avons une fois de plus flashé sur les mouvements gracieux et les sourires enfantins de la belle Régine (ah! Sa danse avec les rubans colorés sur Sprawl II !), ri devant les facéties d'un frère Will toujours aussi déchaîné (s'il ne s'est pas jeté de la scène avec sa grosse caisse perforée comme la veille, il est allé se perdre cette fois vers les gradins !), admiré le grand Win Butler, sa coupe de cheveux asymétrique, son éternel look de paysan descendu à la ville, sa voix (très proche de celle de Neil Young sur le rock killer de Month of May, j'ai trouvé) et, surtout, son intensité - sans doute un peu moins douloureuse, torturée qu'à l'époque de "Neon Bible", plus joyeuse et positive désormais... De plus, comme nous étions placés en face de la gracieuse Sarah Neufeld, nous avons pu comprendre de manière plus "directe" le rôle des violons et des chœurs au sein de la musique baroque d'Arcade Fire.

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Pour en terminer avec les comparaisons avec le show de la veille, les Barcelonais ont eu droit à une belle version de Intervention (d'après Gilles, la meilleure qu'il ait entendu cette année, et il en était à son quatrième concert...), certes moins terrassante sans le grand orgue tonitruant, mais avec sa splendeur douloureuse enfin restaurée... Mais pas de Suburban Wars ce soir, malheureusement, malgré les espoirs qu'avaient fait naître en moi le soundcheck. Le concert se clôt comme toujours sur Wake Up, dont je perçois mieux ce soir la beauté (... Même si la plus belle "hymne" du jour aura été pour moi Power Out, totalement grandiose et fracassé). Richard Reed Parry, le rouquin dégingandé à la chevelure de plus en plus longue, tend à Gilles B, par dessus la fosse de sécurité, une setlist (complicité entre roux ?), mais elle nous échappe du bout des doigts : damned, elle est récupérée par nos voisins ! Mais la déception de Gilles ne sera que de courte durée, et la setlist suivante ne lui échappera pas !

Il est temps pour moi de quitter doucement, pour cette année, la bulle magique de joie d'Arcade Fire, alors que Jean-Pierre et Gilles B vont continuer leur périple, passant par Marseille, puis Lyon. Oui, pour moi, le "contrat" a été rempli, Arcade Fire a reconquis sa place au sommet après 3 ans de break (même si, objectivement, le rock a évolué, et nous avec...). Vu la taille des salles dans lesquelles joue le groupe, vu sa popularité et sa réputation grandissante, on peut "craindre" que la prochaine étape de sa carrière ne soit une "U2-isation" des Canadiens, mais nous comptons sur le bon sens terrien de Régine et de Win pour y échapper... »

 

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La setlist du concert de Arcade Fire :

Ready to Start (The Suburbs – 2010)

Neighborhood #2 (Laika)

No Cars Go (Neon Bible – 2007)

Haïti (Funeral – 2004)

Sprawl II (Mountains Beyond Mountains) (The Suburbs – 2010)

Modern Man (The Suburbs – 2010)

Rococo (The Suburbs – 2010)

The Suburbs (The Suburbs – 2010)

The Suburbs (Continued) (The Suburbs – 2010)

Crown of Love (Funeral – 2004)

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Intervention (Neon Bible – 2007)

We Used to Wait (The Suburbs – 2010)

Neighborhood #3 (Power Out) (Funeral – 2004)

Rebellion (Lies) (Funeral – 2004)

Month of May (The Suburbs – 2010)

Neighborhood #1 (Tunnels) (Funeral – 2004)

Encore:

Keep the Car Running (Neon Bible – 2007)

Wake Up (Funeral – 2004)