2007 02 Clap Your Hands Say Yeah Billet

« Si je me méfie largement des buzz nés de la sphère Internet, qui ne me paraît pas beaucoup plus fiable que les manipulations des majors, je dois dire que l'album de "Clap Your Hands Say Yeah" m'a d'abord bluffé, puis enthousiasmé cette année, au point de devenir la bande son de nombreux moments de bonheur ces derniers mois. C'est donc tout-à-fait logique pour moi de me trouver ici à la Cigale ce soir, parfaitement bien placé sur la coursive latérale de gauche, à quelques mètres de la scène. La salle est archi-remplie d'une population parisienne typique de ces concerts "branchés", pas forcément idéale pour l'ambiance d'ailleurs... Gilles B ayant préféré fréquenter d'autres lieux en cette riche soirée du 12 février, c'est moi qui me colle à l'un de mes premiers compte-rendus "officiels" pour la bande de copains... (Toutes mes excuses pour les photos, qui ne sont pas forcément celles du concert de la Cigale, mais des images glanées sur le Net !). A noter également pour le contexte que, en l'absence de la plus grande partie de la bande, c'est Patrick que j'aurai la chance de retrouver dans la salle bondée : après dix ans, un vrai bonheur de revoir ce cher Patrick, même s'il ne paraissait pas des plus optimistes ce soir-là !

2007 02 Elvis Perkins

C'est d'abord Elvis Perkins (et son groupe, qui s'appellerait a priori In Dearland) qui assure la "première" première partie. Je n'en ai entendu parler que comme du fils du grand Anthony Perkins, décédé il y a quelques mois... Et aussi du fait que, le pauvre, il a aussi perdu sa mère dans l'un des avions ayant heurté le WTC le 11 septembre ! Et, sincèrement, je suis tout-de-suite impressionné par la force de sa musique, beaucoup moins "folk" que ce à quoi je m'attendais, une musique nourrie d'électricité et régulièrement traversée d'élans "festifs" (tout groupe semblant alors se mobiliser pour créer la fête sur scène, cuivres et tambours en avant !) qui contrastent brilamment avec l'ambiance dépressive des chansons d'Elvis... Les mêmes sourires s'étalent alors largement sur les visages des musiciens et du public. Voici une musique qui ne révolutionne rien, mais fait du bien par où elle passe. Je pense à ce que je ressentais dans les années 70 en écoutant l'Elliott Murphy électrique de l'époque, cette complexité émotionnelle qui se dégage d'une musique proche des racines traditionnelles américaines (folk, country, blues...), mais perméable aux tendances pop, world et autres de son temps. A noter un final tranchant, avec le magnifique Good Friday, extraite de "Ash Wednesday", le premier album d'Elvis Perkins. Belle découverte... (A signaler que trois des musiciens de In Dearland" viendront ensuite mettre le feu avec leurs cuivres, aussi bien à la soul désarticulée de "Cold War Kids" qu'au bastringue déjanté de "Clap Your Hands Say Yeah !").

2007 02 Cold War Kids

Or les choses vont encore s'améliorer : Cold War Kids - un nom bizarre, mais agréablement "oblique" - nous proposent une musique immédiatement saisissante, ce que peu de groupes savent faire. Formellement, il m'est difficile de qualifier leur musique, tant on a du mal à en discerner les influences, ou mêmes les courants musicaux auxquels elle se rattacherait. Cold War Kids ont été pour moi la révélation de cette belle soirée à la Cigale : quelque part entre le Tom Waits de "Rain Dogs" pour le traitement brutal et viscéral infligé au blues et à la soul la plus traditionnelle, et les "Violent Femmes" - sans l'humour ! - pour le happening émotionnel, où le rôle des instruments n'est pas plus important que celui de rythmiques "naturelles" (la voix qui scande, les mains que l'on frappe...). Tout d'abord, il y a la voix, assez stupéfiante (dans le registre soul sister, soit quelque chose d'assez étonnant pour un petit blanc rouquin et barbu) de Nathan Willett. Ensuite, il y a l'énergie épileptique, méchante, rageuse de Matt Haust, le bassiste qui slappe sa Rickenbacker plutôt qu'il n'en joue, et de Johnny Bo Russell, le guitariste qui apporte la structure minimale à cette musique déjantée, mais souvent touchée par la grâce (qui a dit Jeff Buckley ?). Passant sans encombre du gospel traditionnel, supporté par le cuivres hululant de Dearland à un free jazz strident cacophonique qui en irritera plus d'un, mais génèrera une véritable ovation à la Cigale, en passant par un rock-blues déglingué où l'on a aimé retrouver des échos lointains du Gun Club, voici un groupe toujours étonnant, et parfois même poignant. Notre seul regret est que Cold War Kids ne s'autorisent pas plus de dérapages vers un rock pur et dur, qu'ils sont clairement capables de jouer, et pourrait faire d'eux de dignes successeurs des White Stripes.

2007 02 Clap Your Hands Say Yeah

Clap Your Hands Say Yeah sont tout sauf un grand groupe de  scène, et malgré un son souvent impressionnant, qui a fait déferler sur la Cigale des vagues d'hystérie pogoteuse des plus réjouissantes, il ne leur a pas été facile de succéder à la prestation habitée de Cold War Kids ! Il faut dire qu’Alex Ounsworth semble avoir bien du mal à vivre le succès massif de sa machine à chansons bizarres, lui qui ne sait guère que marmonner des paroles inintelligibles, sourire au public sans le regarder comme un condamné sourit avant de monter sur l'échafaud, et jouer la plupart du temps en tournant le dos à la salle, face à son batteur ! On a connu plus festif ! Quant au reste de la troupe, voici une bande de college boys US plus du genre nounours barbus (les filles doivent adorer les protéger !) que rockers tranchants. Pour prouver qu'il n'est pas là pour jouer le jeu du plaisir, CYHSY balancent d'entrée les morceaux les plus corrosifs de leur nouvel album - largement inconnu du public  parisien, visiblement : Some Loud Thunder en version écoutable, pas comme sur l'album, Love Song no 7 et surtout le magnifique, grinçant et ironique Satan said Dance, qui verra le public faire le salut satanique des hardeux... On croit rêver ! Puis, petit à petit, les hymnes enchantés du premier album font leur apparition, avec de plus en plus de force, jusqu'à ce que le groupe arrive à une énergie névrotique qui évoquera tantôt les Talking Heads période "Speaking in Tongues" (la voix n'y est évidemment pas pour rien), tantôt les Feelies (nostalgie, nostalgie). C'est le délire dans la salle, même si l'on ne peut pas s'empêcher de trouver cet enthousiasme un peu disproportionné face à une musique fondamentalement retenue, timide et complexée.

Le plus beau moment du concert restera à mon avis le long et puissant Goodbye to Mother and the Cove (encore un extrait du second album, qui, moins spectaculaire et festif que le premier, s'avérera peut-être plus varié et riche en émotions profondes...), où CYSH atteindront enfin la beauté abstraite des meilleurs morceaux des Feelies, justement... 

Les musiciens de Clap Your Hands Say Yeah sur scène :

Alec Ounsworth - Guitare, voix

Sean Greenhalgh - Batterie, percussions

Tyler Sargent - Guitare basse, backing vocals

Lee Sargent - Guitare, claviers, backing vocals

Robbie Guertin - Guitare, claviers, backing vocals

 

La setlist du concert de Clap Your Hands Say Yeah :

Satan Said Dance (Some Loud Thunder - 2007)

Is This Love (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

Love Song N°7 (Some Loud Thunder - 2007)

Details Of The War (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

In This Home On Ice (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

Yankee Go Home (Some Loud Thunder - 2007)

The Skin Of My Yellow Country Teeth (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

Gimmie Some Salt (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

Over And Over Again (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

Goodbye To Mother And The Cove (Some Loud Thunder - 2007)

Heavy Metal (Clap Your Hands Say Yeah - 2005)

Cette chronique, comme la plupart de celles figurant sur ce blog, a déjà été publiée partiellement à l'époque sur l'un de mes autres blogs d'actualité. La version ci-dessus est néanmoins la version intégrale.