2007 The White Stripes Zenith Billet

« Pour être tout-à-fait franc, je n'avais pas vraiment envie d'être là, compressé au premier rang d'un Zénith bien plein, entouré d'adolescentes qui se chamaillaient pour savoir si "la meuf" des White Stripes ("ah oui, elle s'appelle Meg") était cool ou non, qui affirmaient que la meilleur salle de Paris était l'Elysée Montmartre (misère !), alors qu'il y avait bien d'autres endroits plus agréables où j'aurais pu passer mon lundi soir. Il faut dire que le feedback des copains sur les précédents concerts de Jack et Meg n'était guère encourageant, sans parler de l'épouvantable DVD live sorti quelques années plus tôt qui faisait tout sauf envie. Mais bon, j'avais acheté le billet dans un moment d'enthousiasme, et, quelque part, le collectionneur vaguement anal en moi me susurrait que je ne pouvais guère manquer de voir un groupe aussi important dans l'histoire du Rock, blah blah blah.

2007 David Viner Zenith 06

20 h 00, les choses commencent bien mal avec l'apparition sur scène d'un pauvre gars qui, armé de sa guitare sèche, s'imagine que nous n'avons jamais écouté Leonard Cohen et qu'il peut nous faire croire qu'il vient d'inventer ce genre de musique. J'ai d'ailleurs immédiatement oublié son nom, il faudrait que je le cherche, mais est-ce bien la peine ? (vérification faite, il s'agirait d'un certain David Viner...). Heureusement, il est tout de suite rejoint sur scène par un "groupe" (contrebasse, violoncelle, batterie) dont le grand intérêt est la blonde beauté de la contrebassiste (Gilles est déjà tout excité, on l'excusera...) : nous voilà partis pour 20 minutes d'un vague déballage mi-country traditionnelle, mi Don Mc Lean (quelqu'un s'en souvient ?), mi Waterboys sous tranxène (cela fait trois moitiés, je sais, mais lâchez-moi un peu, OK ?). Pitoyable : comment peut-on ainsi faire de la musique "de vieux", sans une seule idée originale, à 25 ans ? Le public, qui n'a sans doute pas encore assez usé ses fonds de culotte dans une Rock School, avale quand même cela comme du nanan, pendant je me tiens la tête dans les mains, saisi d'une irrépressible crise de baîllements.

2007 The White Stripes Zenith 012

21 h 00, The White Stripes entrent en scène sous un déluge d'applaudissements et de cris hystériques, tout de rouge vêtus dans un set tout rouge, avec des instruments laqués tous rouge. C'est très beau à force d'être puéril et conceptuel, c'est bien les White Stripes ! Et s'il y aura quelque chose à retenir des 80 excellentes minutes qui vont suivre,  c'est que ce sont les vrais White Stripes qui sont revenus... Jack a perdu sa mauvaise graisse d'excès divers, on ne lui donnerait par moments guère plus de 20 ans, et Meg sourit de toutes ses dents (Gilles s'extasie plutôt sur ses GROS seins... de fait, elle doit avoir la poitrine la plus imposante du Rock actuel !) : le plus important est que la musique soit revenue à un blues essentiel, basique, joué avec une émotion et une attention qui faisait défaut aux récents enregistrements. Si le concert commence à mon avis de manière moyenne, avec Jack qui enchaîne un peu erratiquement les riffs sanglants de plusieurs de ses classiques, et qui nous perd un peu, c'est normal, avec de nouveaux morceaux de l'album à venir... Gilles et moi sommes écrasés par la foule déchaînée, et les videurs commencent à évacuer les minettes évanouies les unes après les autres. Un naïf me tape sur l'épaule pour me demander si je veux bien céder ma place au premier rang, et les quelques centimètres cubes d'oxygène qui réussissent à entre dans ma cage thoracique broyée, à sa nana qui défaille : je dois lui lancer un regard tellement incrédule qu'il n'insiste pas, mais je me demande ce que j'ai fait au Bon Dieu pour ressembler ainsi - de dos - au bon samaritain...

Et puis, d'un coup, tout se met en place - dans ma tête, dans mon cœur. Hotel Yorba lance la masse humaine compacte dans une tentative de pogo hébété, puis les explosions acérées de I Think I Smelled a Rat mettent une couche de bonne humeur joviale par là dessus, avec Jack et Meg qui, face à face, se font des mines de collégiens. Un nouveau morceau, magnifique, oriente le concert vers une longue phase de blues, émotionnelle, réfléchie, qui nous permet de juger combien Jack est un bon guitariste (une évidence, je sais, mais c'est autre chose de le voir suant et concentré sur sa Mosrite vintage à cinq mètres de soi !), et combien la maturité nouvelle a apporté de la chaleur et de l'émotion dans son jeu brillant.

2007 The White Stripes Zenith 053

Dans ce nouvel esprit, plus mature, Jolene nous brise littéralement le cœur, tant Jack chante et joue bien, loin des tics de guitar hero et de l'hystérie vocale de ses précédents concerts. Plus tard, alors que nous sommes déjà conquis, nous aurons droit au numéro à la Moe Tucker de Meg, qui viendra nous faire son Cold Cold Night aussi enfantin et simpliste que touchant : la foule est en délire, certains comme moi à cause de "l'effet madeleine" - le Velvet -, d'autres, j'en jurerais, à cause du contraste vaguement pervers entre la voix et le corps boudiné d'enfant de Meg et sa fameuse poitrine - sur laquelle tant de journalistes plus doués que moi ont déjà tellement écrit.

Une fabuleuse version de I Just don't Know what to do with myself (du génial Burt Bacharach, rappelons-le aux plus distraits), là encore, très justement posée, pondérée presque, comme si Jack avait désormais appris l'essentiel, prendre son temps et savourer l'instant présent. Après une heure, plus d'un quart d'heure d'un magnifique rappel, qui finira de manière magique par une belle version de Seven Nation Army, ralentie, jouée "a minima", Jack se contentant d'articuler avec les cordes de basse de sa guitare le squelette de son riff génial (l'un des 5 plus grands riffs de l'Histoire du Rock, avec ceux de Satisfaction, Wild Thing, Sweet Jane,... complétez par celui qui vous est cher...) : c'est la foule extatique qui chante ("dom dom dom") le riff à la place de la guitare de Jack, qui part dans deux solos enchantés. A côté de moi, une minette en chaleur jette sur la scène un cadeau pour Jack (sans aucun doute une vidéo home made sur laquelle elle s'est filmée en train de se trémousser nue !), mais le projectile tombe en deçà des retours, et Jack sortira de scène, après un long salut chaleureux au public, sans le voir : la fille en pleure de rage, et, ma foi, je dois avouer que c'est très, très triste, tout cet amour qui ne sert à rien...

La parfaite conclusion donc pour un très beau concert plein d'émotions. »

 

La setlist du concert des White Stripes :

When I Hear My Name (The White Stripes - 1999)

Dead Leaves and the Dirty Ground (White Blood Cells - 2001)

Cannon (The White Stripes - 1999) >

> Little Room (White Blood Cells - 2001) >

> Ball and Biscuit (Elephant - 2003) >

> Cannon (The White Stripes - 1999)

2007 The White Stripes Zenith 046

Icky Thump (Icky Thump - 2007)

Effect and Cause (Icky Thump - 2007)

Hotel Yorba (White Blood Cells - 2001)

Do (The White Stripes - 1999)

I'm Slowly Turning Into You (Elephant - 2003)

I think I Smell A Rat (White Blood Cells - 2001)

300 M.P.H. Torrential Outpour Blues (Icky Thump - 2007)

Same Boy You've Always Known (White Blood Cells - 2001)

Hello Operator (De Stijl - 2000)

In The Cold, Cold Night (Elephant - 2003)

Jolene (Dolly Parton cover)

Let’s Shake Hands (Single 1998 / Aluminium - limited - 2006)

Ball and Biscuit (Elephant - 2003)

Encore

Black Math (Elephant - 2003)

The Denial Twist (Get Behind Me Satan - 2005) >

> Passive Manipulation (Get Behind Me Satan - 2005) >

> I Just Don't Know What To Do With Myself (David Bacharach Cover)

Seven Nation Army (Elephant - 2003)