2017 08 25 26 27 Rock en Seine Billet« 14h30 : Scène de la Cascade. On doit être cinq à la barrière quand j’arrive, alors que le soleil tape très dur et que, coup de bol, Car Seat Headrest font leur sound check. Will Toledo – qui arbore désormais une ébauche de moustache - nous offre une interprétation low fi mais déchirante d'un titre que je connais mais n'arrive pas à identifier ("It doesn't have to be like this..." Nirvana ? Car Seat Headrest ? ;) ) : en tout cas, c'est plus beau que la totalité du concert du Divan du Monde il y a 5 mois ! Puis Will quitte la scène et c'est au tour du guitariste de nous offrir quelques mesures de Neil Young. Sympa...

2017 08 27 Car Seat Headrest RES J3 (16)15h15 : le batteur de Car Seat Headrest ouvre le concert en lançant un sample avec une voix féminine : original ! Will arrive après, faisant comme d'habitude plus ou moins la gueule, mais cette fois, je veux dire à la différence du concert au Divan du Monde, la mayonnaise prend immédiatement. On commence avec Vincent qui n'est pas le morceau le plus catchy mais qui permet au groupe de trouver ses marques et de lancer quelques piques qui atteignent bien leur cible. Fill in the Blank, plutôt musclé permet aux fans de brailler en choeur sur le refrain. Le concert a décollé ! Le morceau suivant, le plus calme du set, est une véritable merveille : on a droit encore à l'utilisation d'un sample de voix féminine sur le refrain, c'est nouveau et ça marche impeccablement. D'ailleurs Will quitte un instant son hiératisme pour manifester un peu de satisfaction ! Ouais ! Mais ce sera logiquement le sublime Drunk Drivers / Killer Whales (bon dieu, "It doesn't have to be like this", c'était ça ! Bien sûr !) qui constituera le sommet du set. C'est beau à en pleurer et tout le monde gueule en chœur : "Killer whales !" Mais ce n'est pas fini, le dernier morceau que je ne connais pas (un fan me donnera le titre après le concert : Beast Monster Thing) est une superbe montée en intensité, culminant par un pétage de plombs complet de Will qui se met à hurler, à hurler, arrache une corde de sa guitare, et visiblement en rage, quitte la scène. Heureusement que c'était la fin de dernier morceau prévu ! En tout cas, grand set de 45 minutes, qui rattrape l'impression mitigée que j'ai eue au Divan du Monde.

Sound check de Ty Segall : Ty installe son propre matériel, et nous offre ensuite quelques fragments sanglants de morceaux. On sent que ça va faire mal ! Réjouissons-nous à l'avance ! Un petit coucou à l'ami Thierry qui m'annonce se préparer à écouter Ty de loin, par prudence...

2017 08 27 Ty Segall RES J3 (12)16h55 : Ty Segall et ses musiciens - tous vêtus de rouge (j'ai un drôle de flashback de Jack White à l'époque White Stripes !) attaquent par Break a Guitar, le premier titre joyeux et roboratif de leur dernier album, le très plaisant "Ty Segall". Autour de moi je sens la pression monter, un mosh pit furieux s'ouvre à deux mètres derrière, la sécurité devant moi commence à stresser en voyant les slammers qui tatanent le public à qui mieux mieux. Tiens, je me rends compte que ça fait longtemps que je n'ai pas été pris au milieu d'une tornade de pogo ainsi. Et ça fait du bien de sentir cette frénésie... Sur scène, les musiciens s'amusent comme des petits fous, il faut dire que le père Ty semble des plus sympathiques ! Sauf qu'à un moment, il se prend un éclat de baguette dans l'œil droit ! Bravement il termine le morceau, mais je suis un peu inquiet pour la suite des événements. Combattif, le voilà qui déclare que le concert n'a pas été terrible jusque-là (ah bon ?), mais qu'ils vont reprendre à zéro et que ça va donner à partir de maintenant. Bon, nous on veut bien, Ty, ok ? Le groupe se lance alors dans Warm Hands (Freedom Returned), avec sa très longue improvisation au milieu : le mosh pit se fait moins pressant, on peut savourer tranquillement le jeu des musiciens, qui, en cercle, concentrés, s'observent et construisent ensemble cette longue divagation musicale. Paradoxalement, alors que leur style musical (une sorte de hard / punk rock) semble totalement différent, ces plages d'improvisation m'évoquent presque un groupe de jazz dans ses œuvres. On arrive à la demi-heure et il est clair que le reste du set est encore indéfini. Ty lance des intros et le groupe essaie de reconnaître ce qu’il veut jouer, ... et tout le monde se marre. Plus tard, c'est plutôt un jeu de devinettes : "Are you a caveman ?" lance Ty à son bassiste, interloqué. Puis c'est au tour du second guitariste d'être interrogé ! Finalement les musiciens comprendront la suggestion du patron ! Le set se termine avec deux brûlots punks qui mettent la foule en joie. Voilà 55 minutes éminemment sympathiques : guitariste virtuose, artiste généreux qui revisite à sa manière les standards du rock bruyant, Ty n'invente peut-être pas la poudre, mais il la fait parler haut et fort.

Je retrouve Clem et Virginie, très enthousiastes quant à ce qu'ils viennent de voir, même s'ils ont pris des coups plus qu'à leur tour. Maintenant il me reste 3 heures à tuer avant Slowdive, sans rien dans la programmation de l'après-midi qui me tente plus que ça. Pourquoi ne pas lézarder un moment dans un transat en écoutant de loin Mac de Marco faire l'andouille sur la Grande Scène ? C'est plutôt cool, surtout que le soleil est caché et que la température est désormais clémente.

Dernière mission de mes deux journées à Rock en Seine 2017, le concert à la Scène du Bosquet de Slowdive, groupe shoegaze, reformé voici 3 ans, à côté duquel j'étais curieusement passé dans les nineties, alors que je suivais assidûment Ride ou My Bloody Valentine, et qui a publié l'un des plus beaux albums de 2017. Pour être certain d'avoir une bonne place, je me faufile au premier rang du "concert" du pénible rapper irlando-américain, Reggie Snow. J'assiste donc aux dernières quinze minutes de son set, sans parvenir à comprendre ce que l'on trouve d'intéressant là-dedans, surtout pour ceux - et ils doivent être nombreux - qui ne parlent pas couramment anglais. Maintenant je dois dire que ça me plait bien de faire de la résistance par rapport à ces nouvelles musiques populaires (et j'adore me moquer de cette mode d'agiter les bras qui semble être le nec plus ultra à un "concert" de rap !). Une bonne heure d'attente encore, heureusement la température est désormais très agréable…

2017 08 27 Slowdive RES J3 (9)20h50 : Bien sûr, bien sûr, les quadras sur scène sont bien loin des jeunes chevelus qui regardaient leurs pompes au début des années 90, et il y a forcément quelques secondes d'adaptation aux belles bacchantes de Neil Halstead comme au format ménagère de Rachel Goswell. Et d'ailleurs, qui suis-je moi, avec mes abdos Kronenbourg et mon crâne dégarni pour juger de l'apparence de musiciens bien plus jeunes que moi ? Et ce d'autant que dès que s'élèvent les premières notes de Slomo, l'effet de suspension de l'incrédulité est imparable : Slowdive en 2017, c'est comme Slowdive en 1993, simplement en mieux. En fait, ce concert sera une claque, d'autant plus forte que je ne l'attendais pas. Un très bel album un peu convenu, comme une réminiscence d'une musique largement oubliée (The Cure de "Disintegration" meets My Bloody Valentine, on va dire pour préciser les choses) ne vous prépare pas à une musique aussi vivante, aussi électrique, aussi éblouissante. Moins dream pop et plus shoegaze à partir de Slowdive, second morceau ce soir, le set va faire la part belle aux "vieux albums" du groupe, ce qui attisera les larmes et les cris de joie de la plupart de mes voisins : c'est que j'ai l'air d'un pied tendre, moi, à découvrir un tel groupe 25 ans trop tard ! Les guitares sont délicieusement distordues et saturées d'effets avec une maîtrise remarquable, et les voix sont comme il se doit à peu près inaudibles (c'est la règle dans ce genre musical, sachez-le) : le gag sera quand sur l'intro de Sugar for the Pill (je crois), Neil demandera à la console de baisser le niveau de sa voix, alors que pour la première fois on l’entendait à peu près clairement.

 

2017 08 27 Slowdive RES J3 (11)C'est que ce qu'on recherche ici, au-delà du doux envoûtement provoqué par des mélodies nostalgiques, c'est le déferlement sonore absolu des guitares, mettant en danger l'équilibre nerveux de l'auditoire, sans même parler de leur ouïe (superbes acouphènes pour moi le lendemain matin, comme à la bonne vieille époque !). Ces explosions nucléaires occasionnelles, accompagnées d'une lumière blanche tétanisante, qui rappellent les attentats sonores de MBV (un degré au-dessous quand même), cristallisent magnifiquement la jouissance sous-jacente à cette musique de fantômes transis. Si l'on a du mal à raccorder cette marée sonore éblouissante avec le spectacle de musiciens visiblement très à l'aise et heureux de vivre un second acte aussi triomphal dans leur carrière, c'est qu'il faut comprendre qu'une musique aussi essentiellement belle, puissante, lumineuse, ne peut être que le fruit de l'expérience. Rachel dédie en souriant Alison (grands cris des fans !) à toutes les femmes qui s'appellent Alison : avec son regard pétillant qui dévisage tour à tour chacun de nous au premier rang, Rachel nous donne la clé du triomphe actuel de Slowdive, l'universalité des sentiments que sa musique exacerbe. Au bout d'une heure beaucoup trop courte mais absolument satisfaisante, on se quitte sur ce qui - je le découvrirai par la suite - est une reprise de Syd Barrett, dans une déflagration sonore atonale qui couronne ce set remarquable.

Nos oreilles ont maintenant besoin de repos, mais notre tête est pleine d'images et de sensations magnifiques. Ce qui est quand même ce qu'on demande à la musique depuis qu'elle existe : nous faire rêver, nous faire dériver vers d'autres mondes, nous rendre sourds... euh, un peu moins ça, peut-être...

Rock en Seine 2017 est mort, vive Rock en Seine 2018 ! »

 

2017 08 27 Car Seat Headrest RES J3 Robert Gil 01Les musiciens de Car Seat Headrest sur scène :

Will Toledo – voice, guitar

Ethan Ives - guitar

Andrew Katz - drums

Seth Dalby - bass

 

La setlist du concert de Car Seat Headrest :

Vincent (Teens of Denial – 2016)

Fill in the Blank (Teens of Denial – 2016)

Maud Gone (Monomania – 2012)

Destroyed by Hippie Powers (Teens of Denial – 2016)

Drunk Drivers/Killer Whales (Teens of Denial – 2016)

Beast Monster Thing (Love Isn't Love Enough) (How To Leave Town EP – 2014)

 

2017 08 27 Ty Segall RES J3 (25)Les musiciens de Ty Segall sur scène :

Ty Segall - guitar, vocals

Emmett Kelly - guitar, backing vocals

Mikal Cronin - bass guitar

Charles Moothart - drums

Ben Boye - keyboards

 

La setlist du concert de Ty Segall :

Break a Guitar (Ty Segall – 2017)

Freedom (Ty Segall – 2017)

Alta

Fanny

Finger (Melted – 2010)

Warm Hands (Freedom Returned) (Ty Segall – 2017)

The Only One(Ty Segall – 2017)

Caesar (Melted – 2010)

Girlfriend (Melted – 2010)

Sad Fuzz (Melted – 2010)

 

2017 08 27 Slowdive RES J3 (31)Les musiciens de Slowdive sur scène :

Neil Halstead - Guitare/Chant

Rachel Goswell - Guitare/Chant

Christian Savill - Guitare

Nick Chaplin - Basse

Ian McCutcheon - Batterie

 

La setlist du concert de Slowdive :

Slomo (Slowdive – 2017)

Slowdive (Single – 1990)

Catch the Breeze (Just for a Day – 1991)

Crazy for You (Pygmalion – 1995)

Star Roving (Slowdive – 2017)

Souvlaki Space Station (Souvlaki – 1993)

When the Sun Hits (Souvlaki – 1993)

Sugar for the Pill (Slowdive – 2017)

Alison (Souvlaki – 1993)

Golden Hair (Syd Barrett cover)(Just for a Day – 2005 reedition)

 

Ces chroniques ont été publiées à l'époque sur mon blog www.manitasdeplata.net