1992_03_My_Bloody_Valentine_Olympia_Billet« Le rock français est toujours pris en sandwich entre purisme stylé hexagonal – Pigalle, La Mano – et copie des courants anglo-saxons. Les Little Rabbits, combo noisy-pop, font, et plutôt bien d’ailleurs, partie du deuxième style. Cela s’écoute sans déplaisir : les chansons sont courtes, les mélodies accrocheuses, les rythmes un tantinet baggy et bien dans l’air du temps, les guitares deviennent plus dures sur la fin, en tout honneur... Et seuls les blasés et les cyniques, dont nous ne sommes pas, y trouveront quelque chose à redire...

1992 03 My Bloody Valentine Olympia 04De My Bloody Valentine, on peut penser et dire à peu près tout et son contraire : génie bruitiste ou déliquescence bab, c’est juste une question de point de vue. Les MBV sont le groupe qui joue sur scène au niveau sonore le plus élevé de la planète en 1992, et la musique en est réduite le plus souvent à un amalgame mou d’ondes sonores où flottent des fantômes de mélodies égarées, de voix quasi inaudibles. Les MBV jouent dans le noir, et leur lutte au corps à corps contre la musique – voir l’incroyable combat que livre Debbie Googe avec sa basse – est titanesque, et vaguement dérisoire. Les MBV sont donc un groupe parfaitement dispensable et souvent totalement sublime.

Pendant une heure, on peut donc osciller entre ennui et extase, et puis l’impossible finit par advenir. Sur le morceau phare You Made Me Realise, les MBV se lancent dans vingt minutes à tenir une note unique, sur le fil du rasoir, dans une immobilité totale. Et le tumulte incroyable – on ne peut que penser au vrombissement d’un avion au décollage, mais immobile – qui se déverse sur le public qui, peu à peu, cède et quitte la salle, hébété, voire effrayé, atteint enfin au purement merveilleux. Le corps tremble, les vêtements sont soulevés par le souffle matériel du volume sonore colossal, le cerveau se laisse engloutir dans une absence totale de points de repère, le plaisir de l’anéantissement sensoriel se dessine. Les MBV font la démonstration, imparable, que tout le sens de la Musique peut être contenu dans un seul son, pourvu qu’il soit vomi avec toute la force du monde.

Inoubliables vingt minutes... »

PS : Merci à Patrick M pour ses photos.

1992 03 My Bloody Valentine Olympia 03La setlist du concert de My Bloody Valentine :

When You Sleep (Loveless – 1991)

Only Shallow (Loveless – 1991)

I Only Said (Loveless – 1991)

Slow (You Made Me Realise EP – 1988)

Nothing Much to Lose (Isn’t Anything – 1988)

You Never Should (Isn’t Anything – 1988)

Blown a Wish (Loveless – 1991)

Honey Power (Tremolo EP – 1991)

Soon (Loveless – 1991)

To Here Knows When (Loveless – 1991)

Feed Me With Your Kiss (Isn’t Anything – 1988)

You Made Me Realise (You Made Me Realise EP – 1988)