2009 06 The Fleshtones Billet

« Quand je suis arrivé - le premier (imitant en cela mon ami Gilles B) - devant le Nouveau Casino, par cette chaude soirée de début d'été, je n'en ai pas cru mes yeux : en première partie des Fleshtones, immense groupe garage devant l'éternel, ni plus ni moins que... Cool Kleps ! Ceux qui étaient à la Loco l'année dernière s'en souviennent encore : une prestation mémorable, digne de figurer dans le Guiness Book des records comme l'une des plus "nazebroques" (je sais, ça ne se dit plus au début du XXIe siècle, mais les Cool Kleps non plus ne sont pas de notre époque, alors...!) jamais vues. 45 minutes plus tard, juste avant l'ouverture des portes, l'un des autres 5 spectateurs dans la queue me demande gentiment : "Vous êtes venus pour voir qui, ce soir ? Les Fleshtones ou Cool Kleps?". Aujourd'hui, Michael Jackson est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien !

L'honnêteté m'oblige à dire que les 30 minutes du set de Cool Kleps m'ont paru bien moins

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navrantes que la dernière fois. Si l'on exclut la toujours terrible chanson d'ouverture (celle avec "le papier peint qui se décolle"), la reprise littéralement grotesque du I Wanna Be Your Dog des Stooges (rebaptisé I Wanna Be Your Kleps, je vous le rappelle), et une version terriblement nulle et non avenue de Gloria à la fin, on dodeline gentiment de la tête sur le reste, bercé par le son roots / garage du vieux Farfisa pourri de Christine (je crois que c'est comme ça que la moitié de Cool Kleps se nomme). Le public - à l'exception notable de votre serviteur, seul devant - est quand même prudemment réfugié dans le fond de la salle, on ne sait jamais, les deux quinquagénaires sur scène pourraient s'avérer dangereux ! Notre ami faux-chanteur (ça n'existe pas, mais on devrait inventer le mot, d'ailleurs je viens de l'inventer, na !) arrive quand même à se rendre ridicule en grimpant sur la grosse caisse et en manquant de brûler sa guitare au chandelier "gothique" posé sur l'orgue... Incident évité juste à temps par la bienveillante Christine. On ne le répète jamais assez, mais jouer du rock'n'roll, c'est prendre des risques fous à tout instant !

Comme souvent, on a vu Zaremba, Milhizer et toute la bande déambuler devant le Nouveau Casino, puis assister partiellement à la première partie, et j'ai eu un petit pincement au cœur en constatant que les ex-rois du rock'n'roll ne rajeunissaient pas plus que nous. Mais bon, tous obscurs qu'ils soient redevenus après la flambée de gloire des années 80, ils auront au moins enterré le roi de la pop !

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20 h 55, les Fleshtones entrent sur scène, et une heure et demi plus tard, il est toujours - et ce depuis 1982 - impossible de trouver quelque chose de négatif à dire sur un de leurs concerts : quelque part, cette heure et  demi-là, c'est une sorte de distillation exquise de l'essence du rock'n'roll. Si l'on admet bien volontiers qu'un concert des Fleshtones en 2009 n'est plus ce grandiose foutoir qui nous emballait littéralement il y a 25 ans, il est tout de même toujours quasi impossible de dégotter un groupe qui joue du rock aussi tranchant - plus traditionnel aujourd'hui, plus rhythm’n’blues, moins garage-punk - en nous faisant autant marrer ! Zaremba continue à jouer au trublion perpétuellement insaisissable, martyrisant (pour rire) Streng et Fox (le "nouveau" bassiste, dans le groupe depuis 19 ans seulement !), faisant descendre le groupe tous les trois morceaux dans la foule, ou faisant monter sur scène des spectateurs choisis : et quel choix ce soir ! On a pu voir une punkette d'une douzaine d'années (au pif) avec son t-shirt Sex Pistols  remplacer haut la main Ken Fox à la basse sursaturée pendant cinq bonnes minutes, et faire la fierté de ses parents... Puis plus tard, une stupéfiante blonde atomique hissée sur scène pour venir chanter avec le groupe, avec une voix et une aisance de mini-rock star (j'avais d'ailleurs l'impression de la connaître, mais sans Gilles B - le spécialiste des rockeuses blondes incendiaires - à mes côtés, je ne suis pas arrivé à mettre un nom sur son visage) ! Oui, bien sûr, les Fleshtones ont quant à eux joué et chanté au milieu de la foule, debout sur le bar, puis jusque dans la rue à la fin (j'étais resté dans la salle, attendant qu'ils reviennent). Oui, Zaremba était réellement enchanté d'être là, il connaissait un bon tiers du public visiblement, vu les signes amicaux, les private jokes, les poignées de main, et il a répété qu'il se sentait "at home" ici ! Oui, les Fleshtones ont enchaîné les morceaux joués à la mitraillette - beaucoup plus de mélodies efficaces, de riffs qu'il y a 25 ans - tout en nous faisant le coup de la chorégraphie différente quasi à chaque chanson : et leurs danses et leurs mimiques, on a beau les connaître par cœur depuis le temps, on ne s'en lasse pas ! Oui, tout le monde  - ou presque - dans le Nouveau

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Casino au final bien rempli, avait la banane, a chanté les "Sha La La" de The Vindicators, et sur The Dreg, j'ai senti un délicieux frisson me parcourir le dos, juste au moment où le concert a été à deux doigts de basculer dans le véritablement exceptionnel ! A la fin, rappelés de la rue par la divine blonde qui avait sans façon empoigné le micro abandonné dans la salle pour se lancer dans un chant gospel-soul assez magique (pas possible que ça ne soit pas une chanteuse professionnelle !), nos amis Fleshtones sont remontés sur scène malgré le couvre feu qui s'approchait, et nous ont gratifiés d'un medley complètement "feelgood", avec I've Gotta Change My Life, Hope Come Back, Shadow Line, etc. Oui, oui, nous avons passé une soirée formidable, plutôt meilleure que la précédente à la Locomotive, sans doute grâce à l'alchimie de la salle, bien plus appropriée pour ce genre de fête décomplexée...

Voilà... certes, on ne peut plus dire que les Fleshtones soient le meilleur groupe de scène de la planète, mais ils ont gardé de leur âge d'or une énergie, un enthousiasme, bref une jeunesse que bien des groupes qui ont un tiers de leur âge peuvent leur envier... Et nous, dans la salle, qui avions en majorité la quarantaine bien tapée, voire la cinquantaine, nous nous sentions - pour une fois - heureux et fiers de notre âge, heureux et fiers d'être absolument contemporains d'un tel groupe. »

 

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Les musiciens des Fleshtones sur scène :

Peter Zaremba (vocals, harmonica, & organ)

Keith Streng (guitar & vocals)

Bill Milhizer (drums & vocals)

Ken Fox (bass & vocals)

 

La setlist (incomplète) du concert des Fleshtones :

Speedy

Hard Lovin' Man (Do You Swing? – 2003)

Feels Good to Feel (Take A Good Look – 2008)

Serious (Beachhead – 2006)

Nothing's Gonna Bring Me Down (Fleshtones Vs. Reality – 1987)

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I Want the Answers (Beachhead – 2006)

Pretty Pretty Pretty (Beachhead – 2006)

Never Grew Up

The Dreg (Roman Gods – 1981)

Theme From the Vindicators (Up-Front – 1980)

B.Y.O.B. (Blast Off! – 1982)

Destination GB

God Damn It (More than Skin Deep – 1997)

Tearing Me Apart (Hitsburg Revisited – 1999)

First Date (Are You Coming on to Me?) (Take A Good Look – 2008)

Push Up Man (Beachhead – 2006)

Burning Hell (Hexbreaker – 1983)

A l'époque, ce compte rendu avait été publié sur les blogs suivants : http://concertsrnrm.blogspot.co.uk/search/label/THE%20FLESHTONES?updated-max=2009-11-20T07:59:00-08:00&max-results=20&start=2&by-date=false et http://www.loindubresil.com/archives/2009/06/27/14218958.html