2010 04 Mika Billet

« Avant ce concert de Mika dans notre bonne ville de Madrid, ça a déjà été toute une histoire : nous avons d'abord acheté des places dans la fosse pour ce troisième concert de la vie d'Emilie (10 ans), et puis avons au final changé d'avis pour nous rabattre sur des places numérotées sur les gradins (plus prudent), d'où la nécessité de revendre les premières. Et puis, quatre jours avant, ce p. de volcan islandais qui se réveille et nous pollue notre ciel, immobilisant les avions au sol et mettant en danger les concerts de la semaine... Chaque matin, vérification de la situation sur le Net : annulation du concert de Lisbonne, la tension monte... Et puis, au final, tout se passe bien, je revends mes billets, et Mika n'annonce que 30 minutes de retard, soi-disant pour cause de l'acheminement terrestre (bon, de Barcelone où il jouait la veille, ça me paraît louche...). Moi, ça fait une heure et quelques que je patiente dehors, sur le parvis du Palacio de Deportes, alors que le soleil printanier a réapparu, et que les fans colorés de Mika expriment leur joie devant les caméras et les micros des télévisions. Un public très adolescent, en majorité féminin, et quand même des enfants plus jeunes avec leurs parents, bref, rien de surprenant pour un show "populaire" comme celui que propose Mika après un second album moins brillantissime que le premier, et qui a dû lui coûter la frange la plus volatile de son public.

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La fosse de la salle du Palacio de Deportes a été à demi équipée de gradins supplémentaires, ce qui en réduit logiquement la capacité, mais la transforme en espace (un peu) plus intime, qui se remplia vite devant mes yeux. Je ne regrette pas d'avoir opté au dernier moment pour les gradins latéraux, qui nous offrent une vue (et une écoute) idéale(s), quand je constate qu'en bas, ça commence quand même à être sacrément compact : si le concert n'était pas a priori sold out, je ne vois pas très bien où on aurait pu caser plus de spectateurs ! Au centre de la scène, on ne peut pas ne pas remarquer une drôle de structure circulaire et inclinée sur laquelle on devine - sous les bâches - des formes bizarres. Il faudra attendre 21 h 30 pour être fixés… il s'agit bien d'un plateau circulaire qui va servir tout au long du spectacle à figurer divers lieux : un salon très 60's dans lequel une famille regarde la télévision et assiste au décollage d'une fusée à Cape Carnaveral, le sol de la lune, puis, pour finir, une sorte de cimetière gothique au milieu duquel trône un arbre un peu "Timburtonien". Grâce à un système classique mais ingénieux de trappe, ce sera aussi un socle sur lequel Michael Holbrook Penniman, Jr., dit Mika, posera sa valise magique pour en extraire objets et même personnages qui vont illustrer chacune des chansons. Car, à 21 h 45, quand les lumières s'éteignent enfin, avec 45 minutes de retard sur l'horaire, nous avons donc droit à un show télévisé - le speaker n'est personne d'autre que le grand Ian McKellern ! - nous montrant le décollage d'une fusée avec Mika comme seul astronaute, puis l'explosion de la fusée en vol... avant la réapparition de Mika dans les airs, en pleine apesanteur au milieu d'une myriade de planètes et d'étoiles (complétées dans la salle par celles des milliers de téléphones portables) : c'est drôle et c'est beau à la fois, et ce genre de mise en scène spectaculaire va se révéler la constante de la soirée.

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Car, par rapport à la précédente tournée, il y a eu beaucoup d'évolution chez Mika : l'ambiance enfantine, décontractée et vaguement bordélique, a été remplacée par un professionnalisme plus assuré, mais aussi par une imagerie plus noire... Les poupées gonflables géantes ont été décorées comme des squelettes de fête populaire mexicaine, tandis que les diverses figures de carnaval qui entrent et sortent de la scène sont maintenant plus sinistres et menaçantes que joyeuses. A un moment qui est sensé être le climax de la soirée, sur Love Today, Mika abat en ricanant ses musiciens un à un, d'un coup de feu dans la tempe, avant de se suicider, et il y a, je l'ai déjà dit, quelque chose de Tim Burton dans la dernière partie du spectacle, ce cimetière aux tombes éparpillées et cette procession de spectres rondouillards et fluos. Musicalement aussi, le genre est beaucoup plus indéfinissable qu'autrefois : il est beaucoup moins évident d'identifier les influences envahissantes (qui gênaient mon ami Gilles B, qui a toujours traité Mika de pur plagiaire) de Queen, Prince ou consorts. Le concert démarre dans une sorte d'ambiance cabaret-rock pour s'épanouir ensuite avec une atmosphère très cinématographique (de l'effet "Kubrick" de l'intro à, par exemple, un superbe moment esthétique où l'on projette un film muet qui tourne vite au cauchemar sur un livre gigantesque qui s'est déployé au fond de la scène). L'alternance des morceaux universellement connus du premier album, joués très « rock », mais que je trouve un "desséchés", sans doute d'avoir été à la fois trop joués et trop entendus, et qui sont tous interprétés dans des versions bien différentes des originales (ma fille, qui les connaît tous par cœur, en a été un peu désorientée...), et des nouvelles chansons de "The Boy Who New Too Much" met en fait en valeur ces dernières, que je trouve systématiquement magnifiques. Oui, malgré la "batucada" puissante en intro de Lolypop, malgré le délire de la foule sur Grace Kelly en fin de rappel, les plus beaux morceaux auront été les plus récents : un Dr John dans

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lequel Mika donne un coup de chapeau (avec plumes et vaudou) à la Nouvelle Orléans, un We Are Golden qui transcende dans la joie et dans une pluie d'or sur la foule son apparente banalité de single grand public, un très émouvant Touches You (grande chanson pop, à mon avis), et en ouverture de rappel, le plus beau titre de l'album, le triste et un tantinet pervers Toy Boy où Mika nous présente sa marionnette à son effigie... Sans oublier le sommet absolu de la soirée, LE moment miraculeux où tout a basculé dans la folie et le bonheur (oui, CE fameux moment que l'on espère toujours, et qui n'arrive que si rarement...), l'interprétation inspirée du grand, de l'immense Rain : oui, pendant trois minutes, le Palacio de Deportes a été en pleine folie, et on a senti combien la musique de Mika pouvait être magique.

Je ne vais pas décrire chacune des cent minutes de ce concert, même s'il s'est toujours "passé quelque chose" sur gonflables géantes ont été décorées comme des squelettes de fête populaire mexicaine, tandis que les diverses figures de carnaval qui entrent et sortent de la scène sont maintenant perfection technique (son impeccable, lumières créatives, dont un très bel usage des lumières noires pour travailler l'ambiance fluo des couleurs acidulées, scénographie à surprises), Mika est resté tel qu'aux premiers jours, un jeune homme chic et gai : il a parlé toute la soirée UNIQUEMENT dans son "espagnol d'enfant de trois ans" (je le cite), venant demander aux premiers rangs de l'aider lorsqu'il avait du mal à exprimer ses idées (le public au premier rang était très proche de la scène, assez basse d'ailleurs, donc assez différente de celle de Bercy), et il a continué sans faiblir à animer toute sa troupe, avec des chorégraphies désormais moins marquées par le style de Mick Jagger. Au final, derrière tout le barnum, il y a bel et

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bien un vrai artiste qui chante toujours divinement bien, et qui a déjà composé plus de merveilles pop en deux albums que la grande majorité de gens beaucoup plus célébrés que lui. Au final, même si la magie a été un peu en "on / off" ce soir - sans doute le show était-il presque trop "prenant" -, il est désormais impossible de nier que Mika est là pour durer. D'ailleurs, le final de la soirée sera consacré à son nouveau titre, We Are Young (Kick Ass), la chanson du film, qui passera sur la sono après que Mika ait quitté la scène, et sur laquelle le groupe "improvisera" une party sur scène, avec ballons géants (bien sûr) et costumes divers : un titre ultra-efficace et commercial, qui prouve que les charts mondiaux vont encore entendre parler du Liban. »

La setlist du concert de Mika :

Relax, Take It Easy (Life In Cartoon Motion – 2007)

Big Girl (You Are Beautiful) (Life In Cartoon Motion – 2007)

Stuck in the Middle (Life In Cartoon Motion – 2007)

Dr. John (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Blue Eyes (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Any Other World (Life In Cartoon Motion – 2007)

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Billy Brown (Life In Cartoon Motion – 2007)

Touches You (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Over My Shoulder (Life In Cartoon Motion – 2007)

I See You (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Rain (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Blame It on the Girls (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Happy Ending (Life In Cartoon Motion – 2007)

Love Today (Life In Cartoon Motion – 2007)

We Are Golden (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Encore:

Toy Boy (The Boy Who Knew Too Much – 2009)

Grace Kelly (Life In Cartoon Motion – 2007)

Lollipop (Life In Cartoon Motion – 2007)