2017 03 06 Hamilton Leithauser Point Ephémère Billet« Hamilton Leithauser ? Oui, Hamilton Leithauser… Pour ceux qui ne connaîtrait pas cet auteur-compositeur – comme on dit chez nous – multi-instrumentiste (n’en jetez plus), ce quadragénaire américain fut longtemps la figure de proue des fort réputés Walkmen, avant de poursuivre une carrière “solo”, comme on dit, dont l’étape la plus récente fut en fait une collaboration avec Rostam Batmanglij (bonjour, les noms compliqués ce soir…), lui-même en vacances de Vampire Weekend. En résulta un album plutôt sympathique, qui explique ma présence, en compagnie de Clem, aujourd’hui dans un Point Ephémère qui affiche d’ailleurs complet.

2017 03 06 Matt Maltese Point Ephémère (3)20h45 : un très jeune homme fort affable s’assied derrière un simple clavier, face à nous, et entame une belle chanson un peu triste, d’une voix superbement placée, et plutôt prenante. Pour poser un peu les choses, disons qu’on est du côté de Rufus Wainwright, en moins grandiloquent quand même. Il s’appelle Matt Maltese (le fils de Corto, sans doute, dont il partage le romantisme discret et la sobriété…), et il nous gratifiera de 22 minutes d’une musique intense, et quelque part intemporelle. Les textes paraissent quant à eux plutôt forts, contrepoint intéressant de ces ballades qui frôlent parfois le sentimentalisme. Matt est en outre drôle, et il dégage une aura de sympathie qui ne gâche rien : il nous expliquera avoir une bonne crève mais arriver à fonctionner grâce à un médicament allemand, qui ne devrait d’ailleurs pas tarder à le booster ; plus tard, il nous confiera qu’il n’arrive toujours pas à jouer une partie de piano sur l’une de ses chansons, et il qualifiera sa prestation de « terrible » ! Bref une première partie intéressante, même s’il faut voir si les chansons tiennent aussi bien la route sans l’intensité scénique.

2017 03 06 Hamilton Leithauser Point Ephémère (12)Il est un peu plus de 21h35 quand Hamilton Leithauser et ses trois musiciens entrent en scène, devant une jolie projection vidéo construite à partir de la belle pochette de “I Had A Dream That You Were Mine”, animée pour la circonstance. Petite déception, je réalise que ce n’est pas l’ami Rostam qui s’installe derrière les claviers ! Ceci explique donc que le billet ne porte que le nom de Hamilton… Je ne sais pas pourquoi j’attendais le duo, je n’avais pas dû bien vérifier sur le Net. Bon, faisons contre mauvaise fortune bon cœur : Hamilton est un homme plutôt imposant, haute silhouette plantée en face de moi… qui me force à me tordre le cou, vu la hauteur bien connue de la scène du Point Ephémère. La manière dont Hamilton nous jette un bonjour, en entrant et en attaquant Sick as a Dog, est assez curieuse : à la fois amicale – à l’américaine – et assez peu empathique, il a l’air de se foutre un peu d’être ici, à Paris, au Point Ephémère, ce soir. Il s’agit peut-être là d’une post-rationalisation de ma part, mais cette sorte de négligence un peu arrogante, dissimulée derrière une familiarité conviviale, donne le ton du set de ce soir.

Il est indéniable que Hamilton et ses musiciens se démènent, interprétant les chansons de l’album avec cette espèce de frénésie, cette tendance à l’emphase, à l’exagération qui fait le sel de cette musique, mais qui peut aussi rebuter, surtout si, de très près (quand on est au premier rang d’un concert, par exemple…), tout cela manque de spontanéité, de sincérité peut-être : la différence avec l’émotion toute simple dégagée quelques minutes plus tôt par Matt Maltese saute aux yeux ! Quand Hamilton attaque le merveilleux A 1000 Times, j’attends la claque, l’extase (cette chanson est quand même LA raison qui me fait être là ce soir)… Très vite, je me rends compte que rien ne se passe : la chanson est interprétée avec force, oui, la voix si particulière de Hamilton est là (d’ailleurs le son ce soir, comme souvent au Point Ephémère, est particulièrement clair, excellent !), mais rien ne bouge en moi. Je regarde autour de moi, et même si le public applaudit généreusement, je n’ai pas l’impression que quiconque se sente touché par la grâce ! La même déception se répétera plus tard avec le bouleversant – sur l’album ! – In a Blackout, dont les arpèges “à la Cohen” sont bâclés par Hamilton sur sa guitare sèche, et dont la magie sera complètement absente.

2017 03 06 Hamilton Leithauser Point Ephémère (35)J’avoue que je décroche un peu du concert qui entre alors dans sa phase plus “Rock seventies” – ces fameux échos de Dylan ou de Rod Stewart qu’on retrouve bien -, avec le trio qui essaie de faire encore monter l’intensité, et Hamilton qui continue son cinéma dans son petit monde à lui. On ressent aussi l’absence, dans cette interprétation sage et stéréotypée, du sentiment de chaos que la production de Rostam introduisait sur l’album… La fatigue m’envahit, et c’est presque un soulagement quand le set s’arrête, après un peu moins d’une heure.

Ils reviennent très vite, accompagnée d’une jolie jeune femme, qui pourrait être Angel Deradoorian (comme sur l’album… mais je ne suis pas sûr…), et qui chante avec Hamilton sur 1959, une conclusion agréable à un concert qui se sera avéré tout sauf mémorable.

En y repensant, je dois avouer que j’ai été surtout réfractaire à la personnalité de Hamilton Leithauser, et que, du coup, quelles que soient les qualités de sa musique, il me faut bien admettre qu’il ne s’agit pas d’une artiste “pour moi”.

Alors… Tant pis pour moi, je suppose ! »

 

La setlist du concert de Hamilton Leithauser :

Sick as a Dog (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

The Morning Stars (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

The Bride's Dad (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

A 1000 Times (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

Alexandra (Black Hours – 2014)

11 O'Clock Friday Night (Black Hours – 2014)

When the Truth Is... (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

In a Black Out (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

You Ain't That Young Kid (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

I Retired (Black Hours – 2014)

Peaceful Morning (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

Rough Going (I Won't Let Up) (I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)

Encore:

1959(I Had A Dream That You Were Mine - Hamilton Leithauser + Rostam - 2016)