2010 10 Hurts Sala Penélope Billet

« J'ai des sentiments partagés envers la musique de Hurts, mini-phénomène "de mode" citant allégrement les années 80 les plus synthétiques, mais sauvé par quelques mélodies inspirées et une étonnante sensibilité. Dans le désert d'un mois d'octobre madrilène affreusement dénué d'intérêt du point de vue concerts, le set de Hurts fait néanmoins figure d'oasis bienvenu, et c'est ainsi que je me retrouve devant la salle Penélope à faire la queue (une queue étonnante, peu habituelle pour Madrid) en ce mercredi. Beaucoup de monde donc, et je n'arrive pas - pour une fois - à me faire une place au premier rang, déjà squatté - a priori - par des invités : il s'agit d'une soirée sponsorisée par Movistar, et un showcase fashion - qu'est-ce que c'est ? - est annoncé à l'entrée... L'ambiance est curieuse en effet, très Ibiza, avec de la dance-techno lobotomisée à fond la caisse sur la sono : on ne se sent pas très à l'aise, loin en tout cas de l'ambiance habituelle d'un concert, de rock ou pas… Inés déclare rapidement forfait, décidant de sortir boire un verre dehors, et me laissant seul à souffrir sous les décibels redondants.

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Sur le billet, on annonce le début des festivités pour 20 h 15, mais il ne se passe absolument rien sur la scène jusqu'à 21 h 30, malgré les sifflets d’un public de plus en plus impatient (de qui se moque-t-on ?) : j'entrevois de l'autre côté de la salle une vague projection de diapos, et j'imagine qu'il s'agit là du fameux showcase... Mais oublions… Il est donc 21 h 30, et Hurts se met en place dans l’obscurité : outre Theo Hutchcraft au chant et Adam Anderson aux claviers (soit Hurts à eux deux…), il y a trois musiciens en backing band : un autre claviers en retrait, un batteur, et un curieux chanteur aux backing vocals, au look et à la carrure impressionnante, figé comme un mannequin dans la semi-obscurité. Le concert sur s’ouvre sur Unspoken, pas l’un des meilleurs titres de l’album « Happiness », mais une chanson avec montée en puissance qui permet la mise en place sonore du groupe, de manière progressive. Tout de suite, je me rends compte que ce soir, le son sera moyen – avec une sorte d’écho creux typique des boîtes de nuit -, ou en tout cas insuffisant pour soutenir les effets lyriques puissants qui sous-tendent la musique de Hurts. On enchaîne avec le magnifique Silver Lining, sans doute la chanson la plus forte de l’album, qui souffre évidemment d’une interprétation en quasi-ouverture du set. Je me rends compte que le public connaît toutes les paroles des chansons, et les entonne avec une ferveur qui me rappelle celle que Morrissey et les Smiths pouvaient engendrer : le paradoxe Hurts est clair, on a affaire à de la pop synthétique tout ce qu’il y a de « commerciale », mais il y a aussi un « sous-texte » extrêmement émotionnel, qui agrippe le public de manière inattendue… J’ai vu comparer Hurts à Joy Division, c’est absurde, mais je comprends ce que cela signifie, cette fêlure au sein d’une musique qui ne devrait, logiquement pas avoir d’âme… Theo commence à distribuer des roses blanches aux filles énamourées du premier rang, et on pense à nouveau aux Smiths. En observant Theo de près, son look tiré à quatre épingles, ses postures élégantes et très étudiées, et puis ses instants d’enthousiasme spontané quand le public répond particulièrement fort à ses stimulations, je me rends compte qu’il m’évoque en fait plus Bowie – période Thin White Duke, mais en moins malade, disons – que les « garçons coiffeurs des eighties » : il y a en effet dans son chant une maîtrise des émotions et un sens du spectaculaire qui laissent présager un vrai talent, encore embryonnaire certes… La quasi-totalité de l’album

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« Happiness » va être jouée ce soir, à l’exception de The Water (on se demande bien pourquoi, c’est une chanson tellement forte…), et avec, si je ne m’abuse, deux titres « nouveaux », Happiness et la reprise de Kylie Minogue, Confide In Me, pas les plus marquants de la soirée. Dans cette alternance de titres « émotion » et de morceaux « dance », le sommet pour moi ce soir sera un très beau Evelyn, pendant lequel Adam quitte son clavier pour s’emparer d’une guitare Rickenbaker et venir nous faire le show : moment fort, puissant, qui montre que Hurts a le potentiel d’un vrai bon groupe de scène, à condition de se laisser aller et de laisser un peu tomber l’aspect « cold wave / on n’est pas là pour rigoler… » ! A noter aussi une version lyrique impressionnante de Verona, avec les lead vocals assurés par le mannequin à l’arrière plan. On termine au bout de 55 minutes par un Better than Love en hymne Pet Shop Boys, qui vient clore brillamment un enchaînement parfait Stay (tout le monde chante…) / Illuminated (beau moment d’émotion). Theo est bien décontracté et souriant, et ce depuis longtemps, il nous remercie, et annonce qu’il s’agissait de leur dernier concert en Espagne après s’être débarrassé de Barcelone la veille (il a tout compris…), et Hurts quitte la scène, nous laissant tous assez ravis, finalement.

Je retrouve Inés qui m’attends dehors, et je dois dire que je suis surpris – agréablement – et au final satisfait de cette soirée, musicalement impeccable avec un groupe prometteur, malgré l’insupportable attente qui nous a été imposée dans des conditions indignes. »

 

La setlist du concert de Hurts :

Unspoken (Happiness – 2010)

Silver Lining (Happiness – 2010)

Wonderful Life (Happiness – 2010)

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Happiness (new song)

Blood, Tears & Gold (Happiness – 2010)

Evelyn (Happiness – 2010)

Sunday (Happiness – 2010)

Verona (Happiness – 2010)

Devotion (Happiness – 2010)

Confide in Me (Kylie Minogue cover)

Stay (Happiness – 2010)

Illuminated (Happiness – 2010)

Better Than Love (Happiness – 2010)