2011 02 Hurts Joy Eslava Billet

« Alors que tous les potes se moquent de moi quand je leurs dis que, moi, j'aime bien Hurts (moue très sceptique de Gilles B, un "maricones" sans appel de la part de Juan Carlos), je persiste et signe en retournant les voir ce dimanche soir pluvieux de février dans une Joy Eslava archi-pleine. L'idée, c'est un peu qu'Inés les découvre en live, mais c'est aussi, avouons-le, de peupler un début d'année 2011 assez désolé en termes de concerts.

Quand on arrive à 19 h, il y a déjà une queue impressionnante au coin de la Calle Arenal, ce qui est le signe des concerts de musique... euh... populaire...! Sans vergogne (à mon âge...!) et ayant tout appris des techniques de mon ami Vincent, je m'incruste au milieu des toutes premières personnes de la queue, pendant qu'Inés va m'acheter un parapluie pour que je résiste à la pluie qui balaye Madrid. Le service d'ordre a pitié de nous, et les portes s'ouvrent à 19 h 30,... mais, alors que je rentre parmi les premiers dans la salle, j'ai la surprise de voir tout le premier rang occupé ! Comme la dernière fois, à la Sala Penelope, il semble qu'il y ait des passe-droits avec Hurts ! Bon, j'arrive à me loger à l'extrême droite, et j'espère pouvoir garder une place à Inés qui fait l'impasse sur la première partie pour aller manger un kebab.

2011 02 Stendhal Syndrome Joy Eslava 008

Cette première partie m'inquiète, car devant le matériel de Hurts, je ne vois sur scène que deux simples tables avec deux laptops et quelques appareils électroniques ! Rrraaaahhh ! Bon, il va s'avérer que j'aurai seulement à demi raison : la musique du trio espagnol Stendhal Syndrome n'a rien de déplaisant, se baladant quelque part entre Massive Attack et Portishead (dont ils reprendront d'ailleurs le superbe Glory Box), avec une chanteuse gothique encagoulée qui assure plutôt bien côté vocaux sépulcraux ou éthérés. Le problème pour moi, rocker de base, c'est que la musique, aussi bonne qu'elle soit, quand elle est largement préenregistrée et que le type sur scène se contente de tourner les boutons, ce n'est pas très passionnant à voir... On a rapidement envie d'être chez soit devant sa chaîne plutôt que debout comme une andouille dans une salle bondée. A noter quand même que le 3ème membre du groupe est une jeune femme qui, de son Mac, compose l'illustration graphique - assez réussie - sur l'écran au fond de la scène : je ne peux pas m'empêcher de trouver ça un peu ironique que ça soit l'image plutôt que la musique qui soit "interprétée live". Tout cela a duré quand même 40 minutes, et mon intérêt est retombé avant la fin, qui a quand même été un peu plus enlevée...

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Il y a eu, à chaque concert de Hurts que j’ai vu (enfin, les deux), un moment littéralement ahurissant, totalement électrisant : sur Evelyn, Adam Anderson, jusque-là incroyablement « classique », distingué, voire guindé derrière son petit piano, se lève, empoigne la Rickenbaker que lui tend un roadie, et se lance dans un solo électrique furieux, s’agitant sur le devant le scène et sous les lumières qui sont passées du bleu intimiste au blanc éblouissant, venant au contact de son ami (dans plusieurs sens du terme ?) Theo Hutchcraft, qui semble lui pendant deux (trop) brèves minutes, agité par la Danse de St. Guy. Le public devient hystérique, et on atteint ce petit orgasme que l’on désire tant à chaque concert. Oui, sur Evelyn, et avant que le romantisme solennel qui caractérise la musique de Hurts ne reprenne le dessus, on entrevoit un vrai groupe de rock, puissant, impressionnant même. Durant ces deux minutes de plaisir extrême qui laissent tout le monde un peu hébété, on se sent totalement justifié d’aimer de manière déraisonnable ce « groupe de pédés » (hein, Juan Carlos ?).

Mais revenons une petite demi-heure plus tôt : il est 21 h 30 pile, et sous une musique électronique solennelle (logique !), le backing band – quatre musiciens - du couple Adamson / Hutchcraft s’installe au fond de la scène : il me semble qu’il y a eu du changement… Disparu le colosse blond figé comme un mannequin qui m’avait bien fait rire la dernière fois, il est « remplacé » par une jolie violoniste dont la contribution à la complexité du son ce soir sera notable. Je ne suis pas sûr non plus que le guitariste – un peu anecdotique – qui s’agitera à ses côtés, ait été là à la Sala Penelope, mais tout ça n’est pas très important, car les deux « stars » de la soirée entrent en scène sous des hurlements de joie : c’est que Hurts a quelque chose de différent des autres groupes de musique « commerciale », il y a dans leur musique une hyper-expressivité, un lyrisme « échevelé » qui rappelle celui d’un Morrissey et qui contraste avec leur pose un peu hiératique (pince-sans-rire aussi)… On peut y deviner les germes d’une fascination qui pourrait prendre de l’envergure

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avec le temps. Car à peine nos deux gandins à l’élégance surannée (ils semblent à peine sortis d’un film de James Ivory, le genre…) ont-ils entamés Unspoken que je me rends compte que, autour de moi, TOUT LE MONDE chante à pleins poumons les paroles ! Toujours dans son trip « Smiths », Hutchcraft lance des roses blanches une à une au public, avec cette élégance narquoise qui fleure bon le pays d’Oscar Wide : oui, c’est clair, ce soir, Hurts a choisi la voie du dandysme le plus classique, et ce qui est amusant, c’est que cela vaut au groupe une reconnaissance instantanée de la part de la communauté gay de Madrid (beaucoup de boys en bandes ce soir, élégamment vêtus eux aussi)… Silver Lining – à mon avis un très beau morceau – lance vraiment le concert : le son est monstrueux, avec des infra-basses sortant du clavier en face de nous, et très très fort, sans doute le plus fort que j’ai entendu à la Joy Eslava, une salle en général plus mesurée en termes de niveau sonore. Il est clair qu’en quelques mois, Hurts a acquis une vraie puissance de feu, qui transcende les habiles mélodies pop de l’album pour en faire de véritables machines de guerre. Hutchcraft est également beaucoup plus à l’aise, souriant et décontracté, et se laisse aller plus souvent à ces brefs gestes frénétiques qui tranchent avec sa posture généralement rigide, un peu compassée même.

La brève heure du set de Hurts sera construite sur une setlist quasi identique à celle du dernier concert, avec seulement une chanson de plus (Mother Nature, un nouveau morceau assez étrange), qui culmine par l’enchaînement des « hits » Stay, Illuminated et, en unique rappel, un Better Than Love qui commence à prendre des proportions épiques. Mais c’est la combinaison de chansons excellentes, qui ont fini par se loger dans ma tête au fil des écoutes, de l’abattage efficace du groupe, et de la gentillesse classieuse du couple Adamson / Hutchcraft qui emporte vraiment l’adhésion. Comme le dit Inés en sortant : « Ce sont des jeunes gens parfaits, fins, bien éduqués, sympathiques… Quel plaisir ! Ils ont droit à tout mon respect… ». Et si ce ne sont pas là les qualificatifs que l’on emploie habituellement pour parler d’un groupe de rock, c’est pourtant cette impression d’élégante générosité qui prévaut en effet. Pour ma part, je regrette que l’explosion d’énergie de Evelyn reste « unique » dans le set, et surtout soit placée en milieu de soirée plutôt qu’en apothéose finale : c’est clairement un choix de la part de Hurts que de se contenter de suggérer ce « côté rock » sans pour le moment l’exploiter pleinement.

En tout cas, n’en déplaise à leurs détracteurs, la suite pourrait s’avérer passionnante. »

 

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La setlist du concert de Hurts :

Unspoken (Happiness – 2010)

Silver Lining (Happiness – 2010)

Wonderful Life (Happiness – 2010)

Happiness

Blood, Tears & Gold (Happiness – 2010)

Evelyn (Happiness – 2010)

Sunday (Happiness – 2010)

Mother Nature

Verona (Happiness – 2010)

Devotion (Happiness – 2010)

Confide in Me (Kylie Minogue cover)

Stay (Happiness – 2010)

Illuminated (Happiness – 2010)

Encore:

Better Than Love (Happiness – 2010)