2010 12 Motorhead La Riviera Billet

« Rock'n'Roll will never die ! On le sait, ou tout au moins on espère mourir avant, nous, pour ne pas voir ça... Mais au cas où on aurait encore des doutes, il est toujours bon de se rassurer en aller régulièrement revoir les vieux routiers du rock'n'roll, enfin ceux qui ne se sont pas vendus à l'industrie ou qui n'ont pas été complètement lessivés par une vie d'excès (nyark, nyark !) : parmi ceux-là, disons qu'il y a... Neil Young, qui malgré son inspiration pour le moins irrégulière, croit toujours en "le Noise" (sic), Iggy, quand il n'est pas trop occupé à relever les compteurs,  Lou Reed (euh, non, pas Lou Reed ! Trop chiant, trop prétentieux, il représente aujourd'hui une sorte de honte, non ?), et... Lemmy...! Car on se dit que tant que Lemmy, ses verrues faciales et sa tête de moteur tourneront, il y aura encore de l'espoir ! Moi, je ne suis pas vraiment un fan de Motörhead, mais il me semble indispensable de retrouver Lemmy et sa bande de temps en temps, pour constater qu'on peut toujours jouer du metal-punk-rock sans concession en ce siècle de honte et d'abandon généralisé de toutes les "valeurs" qui nous importent.

Je n'ai pas prévu de me mettre au premier rang, ne pouvant matériellement en ce dimanche arriver à la Riviera avant l'heure de l'ouverture des portes, mais au final je pourrai me loger à l'extrême gauche, avec une bonne vue et sous la sono, parfait pour se faire exploser la tête, ce qui est l'objectif, ce soir (bien plus important que les photos !). Par rapport à vendredi et aux minettes égayées par le spectacle de MGMT, ça fait du bien de retrouver un vrai public rock dur : cuirs, tatouages, cheveux de toutes les longueurs (rappelons aux étourdis et aux sceptiques que Motörhead ne recrute pas que dans la tribu "heavy metal", la preuve c'est que je suis là, non ?), bière coulant à flots, et une moyenne d'âge raisonnable... Par rapport à ce que les potes avaient décrit des derniers concerts parisiens, le public madrilène est nettement moins grisonnant et buriné !

2010 12 Atlas La Riviera 012

20 h : Rock'n'Roll will never die, mais des fois il fait quand même du sur-place. Quand les Espagnols de Atlas nous jouent 45 minutes de hard rock millésimé fin des seventies, il est difficile de ne pas se pincer pour s'assurer qu'on est pas revenus à l'époque du triomphe de Deep Purple : cheveux longs et bouclés, vocaux hurlés, musiciens virtuoses qui ne se privent pas de faire étalage de leur technique, riffs accrocheurs au service de chansons relativement mélodiques (pour le genre tout au moins), rien de ça n'est honteux, juste pas très inspiré, et lassant à la longue (45 minutes, Motörhead est généreux avec ses premières parties, et autant le son que la lumière, tout était au top)... Bon, je m'ennuie un peu, même si j'apprécie que le groupe chante en espagnol des paroles "contestataires", et j’aime aussi la frappe du batteur, très dure, qui transporte par instant cette musique passéiste vers un métal plus moderne.

Je discute pendant l'entracte avec un gentil couple de trentenaires qui me demande "pourquoi je suis là ?" (Ça fait toujours plaisir !), et je les fais rêver en leur disant que moi, j'ai vu Motörhead à l'époque de gloire !

2010 12 Motörhead La Riviera 043

21 h 15 : "We are Motörhead. We play rock'n'roll" : peut-il y avoir une meilleure introduction à un concert ? Mur de Marshall, son extraordinaire – ce son dont je rêvais quand j’allais aux concerts à Paris : sauvage, absolument destructeur pour l'ouïe, mais parfaitement clair. Et la formule du power trio reste le modèle du genre ! Lemmy, tout en noir évidemment et portant chapeau de la Guerre de Sécession, me paraît assez inchangé, un peu tassé certes, mais pas aussi fatigué que les amis parisiens me l’avaient annoncé : même voix (mêmes borborygmes gutturaux ?), même attitude scénique (ou même absence totale d'attitude scénique ?). Phil Campbell, le guitariste au look de sans-abri, est le plus proche de moi, sur la gauche, mais restera relativement mal éclairé d’où je suis placé. Il assure le principal de la communication basique avec le premier rang : clins d'œil aux filles, lancers de médiators, demande d'une bière au bar du coin, etc. sans jamais louper un riff ou un solo abrasif. Au fond, sur une estrade entre les Marshalls, Mikkey Dee déverse un déluge de percussions destructrices, qui nous détruisent systématiquement la tête : impressionnant, tout simplement ! Avec son look de Mick Ronson circa ’72 bedonnant, il ne paye pourtant pas de mine, mais c’est une bête. D’ailleurs, au bout de 45 minutes de concert (pendant In The Name of Tragedy, je crois...), il aura droit à son solo de batterie : déstructuré, sauvage mais forcément lassant, et en tout cas, à mon avis, pas approprié au style « puriste » de Lemmy et de Motörhead !

J’ai dit que Phil était le plus extraverti du trio, mais il ne faut pas croire que Lemmy – malgré son physique et sa posture relativement butée – soit un ours : au cours de la soirée, il remerciera fréquemment les Madrilènes pour leur enthousiasme, et fera systématiquement preuve de cet humour très anglais, celui du "lad" du pub du coin, un humour simple mais de bon aloi ! On ne peut pas dire que le fait d'être une légende vivante soit monté à la tête de Lemmy, héros populaire (« Les politiciens ? Ils ont le pouvoir, cela ne veut pas dire qu'ils ont le droit ! Fuck them ! »... démagogique, certes, mais percutant en ces temps de crise financière). En introduisant une ancienne chanson de 1983, I Got Mine, il ricanera : "Vous n'étiez même pas encore nés". Plus tard, après avoir félicité une fois encore le public, en large partie masculin, il ajoutera : "La prochaine fois, amenez votre sœur !"...

2010 12 Motörhead La Riviera 059

Il y a à mon avis deux manières d'appréhender le déluge sonique que Motörhead déverse sur nous : physiquement, en laissant son corps et son esprit dériver au fil du fleuve sonore, ou intellectuellement, tant la musique de Motörhead tient finalement plus du pur concept que d'autre chose. Il est difficile de s'exciter vraiment, de se laisser emporter vers l'hystérie, quand on est ainsi englouti dans un maelstrom continu, où l'on finit par ne plus distinguer les morceaux - certains plus rapides (pas assez peut-être ?), d'autres plus lourds. Mais heureusement, juste quand le concert commence à paraître un peu routinier, les vieux briscards de Motörhead savent toujours accélérer : ce sera Going To Brazil, un pur moment de rock'n'roll, comme dirait l'autre, qui va lancer le dernier sprint. Ace of Spades, présenté par Lemmy, pince sans rire, comme « la dernière chanson avant qu'ils ne reviennent en faire une dernière », permet à tout le monde de brailler en levant le poing en l'air. Ce sera quand même le rappel, avec Overkill en point d'orgue, qui nous rassurera définitivement sur la pertinence de Motörhead : une version apocalyptique, sous les stroboscopes éblouissants, avec un son absolument "extrême" et des breaks comme chez nos amis de QOTSA ! Destruction de centaines de neurones dans ma tête, ivresse sonique ! Un regret : pourquoi tout le concert ne pouvait-il donc pas être comme ça ? Trop vieux, Lemmy ? Je ne crois pas...

En tout cas, c’est sûr, Rock'n'roll will never die ! »

 

Les musiciens de Motörhead sur scène :

Ian "Lemmy" Kilmister – Voix, basse

Phil "Wizzö" Campbell - Guitare

Mikkey Dee - Batterie

 

2010 12 Motörhead La Riviera 074

La setlist du concert de Motörhead :

We Are Motörhead (We Are Motörhead – 2000)

Stay Clean (Overkill – 1979)

Get Back In Line (The Wörld is Yours – 2010)   

Metropolis (Overkill – 1979)

Over the Top (Bomber – 1979)

One Night Stand (Kiss of Death – 2006)

Rock Out (Motörizer – 2008)

The Thousand Names of God (Motörizer – 2008)

I Got Mine (I Got  Mine EP – 1983)

I Know How to Die (The Wörld is Yours – 2010)

The Chase Is Better Than the Catch (Ace of Spades – 1980)

In the Name of Tragedy (with drum solo) (Inferno – 2004)

Just 'Cos You Got the Power (Rock’n’Roll – 1987)

Going to Brazil (1916 – 1991)

Killed by Death (Killed By Death EP – 1983)

Ace of Spades (Ace of Spades – 1980)

Encore:

Born to Raise Hell (Bastards – 1993)

Overkill (Overkill – 1979)