2011 03 Beady Eye La Riviera Billet« 21 degrés, une odeur de printemps qui revient au bord du Rio Manzanares, une ambiance de (vrai) concert de rock, avec les fans d'Oasis qui campent devant la Riviera depuis des heures, Liam qui descend d'une Mercedes noire et tous les garçons et toutes les filles qui courent vers lui,... Rien à dire, même quand on est aussi peu fan des Gallagher Bros que moi, il règne une bonne ambiance électrique en cette fin d'après-midi sous le ciel lumineux de Madrid. Juan Carlos et Erika sont là depuis 4 heures de l'après-midi, mais n'ont réussi qu'une place médiocre dans la longue file d'adolescents ibères fanatiques des vieux héros de la brit pop.

Ouverture des portes à 19 h 30, course éperdue pour atteindre le premier rang, Juan Carlos a réussi à gruger une dizaine de personnes dans la file, il est entré avant moi et réussit donc à se placer sur la droite, du côté de Liam et du guitariste Gem Archer. Quelques minutes plus tard, je n'ai moi que le choix du côté gauche, encore bien dégagé : tant pis, je serai séparé de Juan Carlos ce soir, mais être au premier rang, à la barrière, c'est vital car ça risque - pour une fois - de bouger un peu !

2011 03 Stay La Riviera 016Stay, un groupe espagnol, nous sert de première partie : 40 minutes quand même d'un set extrêmement professionnel, dans un esprit assez 70's (le genre jam psychédélique avec solos de guitare flamboyants, et ambiance un peu bordélique et bon enfant), qui va néanmoins régulièrement s'aventurer sur les rives de la Mersey, voire de Madchester... Bien agréable, ma foi, avec un bassiste heureux qui fait le show, une fois n'est pas coutume, sur le devant de la scène. A noter une reprise réussie de Tomorrow Never Knows, le morceau ultra-psyché et pas évident des Fab Four. Dommage que j'ai eu un peu l'impression gênante de voir jouer l'un de ces "groupes de bal" ultra-pro de ma lointaine adolescence, qui illustraient brillamment divers courants musicaux sans complètement se les approprier.

Pendant le rituel changement de matériel, la sono diffuse les Stones, les Beatles et les Who - pas de surprise, hein Liam ? -, et le public - très jeune - chante à pleins poumons "I Can't Get No... Satisfaction", "Revolution" ou même "I can see for miles" : quand même un drôle d'effet en 2011, non ? J'espère que le rock ne va pas succomber sous ces attaques répétées de nostalgie ? "Allright", John, "alright !!!"

Bon, pour ceux, distraits, qui auraient manqué un épisode, Beady Eye, c'est Oasis sans Noel, c'est à dire - comme je l'ai lu quelque part, un peu comme les Who sans Townshend, ou même les Beatles sans Lennon-McCartney... N'ayant jamais aimé les affreux frérots Galagher, je ne me trimballe ni les préjugés favorables de 99% des fans transis qui sont là ce soir (et je compte mon ami Juan Carlos dans le lot), ni les a priori critiques des autres qui ne sont pas venus ("Oasis sans Noel ? N'importe quoi !"). Et comme l'album est honorable, je n'ai pas honte d'être là non plus.

2011 03 Beady Eye La Riviera 05121 h 30 pile, les lumières s'éteignent, un logo Beady Eye apparaît en projection, décidément Liam serait même devenu respectueux de son public, au point d'être ponctuel !? Le quatuor original d'Oasis est accompagné sur scène par un bassiste, jeune et amorphe dans le pur style Entwistle (même la coupe de douilles fait 70's !) et d'un sixième musicien aux claviers. Liam, à peu près égal à l'image qu'on s'en fait, mais assez marqué par les années, je trouve, est sanglé dans l'une de ces vestes ridicules qu'il vend à ses fans (… aveugles ? Pardon, Juan Carlos !) et qu'il boutonne jusqu'au cou. Bon, pour être honnête, Liam, qui fait se pâmer les minettes autour de moi, je le trouve moche comme un cul, avec sa coupe de cheveux sixties en casque et son air fondamentalement stupide, mais j'apprécie cette ambiance d'hystérie qui règne dans la salle, ces mouvements de foule brusques qui accompagnent la "star", bref, ces relents d'Oasismania qui sentent bon les rituels éternels du rock'n'roll. Même si la musique de Beady Eye, enracinée dans une vision des sixties enluminées, est assez peu excitante, surtout en live avec la voix de Liam poussée à l'extrême qui perd beaucoup de son charme, et un son "bourrin" qui lamine les quelques subtilités mélodiques des meilleures chansons (For Anyone, The Beat Goes On), il y a ce soir à la Riviera une énergie indéniable, qui élève le concert au delà de ses qualités objectives.

Devant moi, à quelques mètres, Andy Bell assure une grande partie du travail sonore, et cela me frappe d'un coup comme une évidence (je veux dire que je le savais, bien sûr, mais je ne m'étais jamais arrêté pour y réfléchir...) : Andy, c'était, au début des années 90, le guitariste de l'un de mes groupes fétiches de l'époque, un groupe que je place bien au dessus de Oasis dans la longue histoire du rock, Ride ! Il n'a finalement que peu changé, mais je me sens un peu triste en me remémorant les espoirs que Ride a portés, alors qu'Andy officie désormais en porte-flingue de Liam Gallagher !!! De l'autre côté de la scène, à l'opposé de moi, le second guitariste, Gem Archer, est beaucoup plus conventionnel, et attire surtout l'attention par son look "Sgt Pepper's", réussissant à évoquer en même temps Lennon et McCartney (c'est sans doute pour ça que Liam l'a embauché !).

La setlist de la soirée est sans surprises : on attaque par Four Letter Word (que je trouve absolument sans intérêt, oasisien en diable...) et on termine par The Morning Son, une chanson lennonienne plutôt réussie, qui sera ce soir l'occasion d'une jolie fournaise psychédélique. On visite en une heure l'intégralité de "Different Gear, Still Speeding", dans une uniformité un peu monotone, mais, même si un léger ennui n'est jamais très loin, il y a ci et là des étincelles qui maintiennent l'intérêt (The Roller, par exemple, une bonne chanson...)... Ce seront paradoxalement les deux morceaux absents de l'album, Man of Misery, puis Sons of the Stage en unique rappel, qui m'animeront le plus, sans doute parce qu'ils rompent le plus clairement avec les rituels lennoniens de Liam.

2011 03 Beady Eye La Riviera 045A la fin, Liam descendra dans la fosse toucher quelques mains, passera à quelques centimètres de moi, qui aura été l'un des seuls à ne pas me pâmer d'extase... Force est de reconnaître que Liam s'est montré ce soir presque chaleureux (enfin, par rapport à ses standards) : il a souri, parlé au public (des félicitations pour la Coupe du Monde, bien sûr), applaudi gentiment ses fans qui chantaient et criaient son nom, bref, s'est presque comporté comme un type normal, ce que j'ai trouvé très bien. Je me serais passé de la petite pub pour ses vêtements pourraves, pas très élégant pour le coup, mais bon...

Je retrouve un Juan Carlos aux anges, et je suis vraiment heureux pour lui, joyeux de voir son enthousiasme de fan. Je ne suis pas du tout, quant à moi, déçu par cette soirée, sans doute au final bien supérieure aux concerts que donnait régulièrement Oasis lors des dernières années de sa triste existence... Même si l'enthousiasme que soulève cette musique assez pâle et ce Liam plutôt euh... basique (je me suis vite fatigué de le photographier, vu qu'il ne connaît qu'une seule pose et une seule expression...) me laisse toujours aussi dubitatif ! »

 

Les musiciens de Beady Eye sur scène :

Liam Gallagher – vocals

Gem Archer – guitars

Andy Bell – guitars and bass

Chris Sharrock – drums

 

2011 03 Beady Eye La Riviera 039La setlist du concert de Beady Eye :

Four Letter Word (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Beatles and Stones (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Millionaire (Different Gear, Still Speeding – 2011)

For Anyone (Different Gear, Still Speeding – 2011)

The Roller (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Wind Up Dream (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Bring the Light (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Standing on the Edge of the Noise (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Kill for a Dream (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Three Ring Circus (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Man of Misery

The Beat Goes On (Different Gear, Still Speeding – 2011)

The Morning Son (Different Gear, Still Speeding – 2011)

Encore:

Sons of the Stage (World of Twist cover)