2002 05 Echo and The Bunnymen Credit Card Hall SP 01

« Au Brésil, Echo and the Bunnymen sont beaucoup plus célèbres qu’en Europe (hormis l’Angleterre, bien entendu), sans que l’on sache vraiment pourquoi leur musique brumeuse parle autant au cœur des Brésiliens. Peut-être est-ce le romantisme souriant des chansons de McCulloch/Sergeant qui a quelque chose à voir avec la « saudade » ? En tout cas, avec réciprocité, McCulloch déclare lui aussi bien fort sur scène sa passion pour le Brésil, le foot, la musique et les filles...

… Mais revenons au début de l’histoire. Moi qui ne suis jamais allé à un concert de rock à São Paulo (eh oui, il y en a !), je tombe par hasard sur l’annonce du passage de l’un de mes groupes préférés de tous les temps, et je me dis : « Tiens, et pourquoi pas ? ». C’est ainsi que je me retrouve billet en main à entrer dans les premiers dans le grand hangar (mais pas si mal conçu que cela, admettons-le) du Credicard Hall (pas très glamour, ni même rock’n’roll, ce nom…). Pas de problème pour être au premier rang, un peu sur la droite, mais pas très loin du micro de Ian McCulloch, sur une scène un tout petit peu trop haute à mon goût (mais c’est conçu pour que tout le monde voit). On est au Brésil, alors l’attente est évidemment des plus agréables, tout le monde discute, s’amuse, c’est bon enfant et sans agressivité. Et voilà, Echo and the Bunnymen sont là, devant moi, et j’ai quand même presque la larme à l’œil, tant j’aime leur musique depuis si longtemps. On me rétorquera qu’il ne s’agit plus vraiment de Echo and the Bunnymen, avec De Freitas mort et Les Pattinson parti, c’est en fait à un concert du duo McCulloch / Sergeant qu’on assiste… mais comme ce sont quand même eux deux l’âme et la voix du groupe, ça ne me paraît pas trop grave. Et de fait, même avec ces musiciens, jeunes, inconnus,  anonymes, pas toujours exactement dans le ton, qui sont autour d’eux, on retrouve quand même assez exactement les sensations et les sentiments que le groupe dégageait avant son split et sa reformation. McCulloch reste caché derrière ses lunettes noires, accroché à son micro, une clope au bec ou à la main, avec sa voix qui est la plus belle de ce côté de Leonard Cohen, et son arrogance hilarante (… un peu atténuée, je trouve quand même, ce soir…). Sergeant, lui, reste le moteur discret et anonyme de la musique, et livre toujours avec sa même guitare ces sonorités étranges et puissantes qui caractérisent le « psychédélisme » si singulier de Echo & The Bunnymen. Autour d’eux, d’épais rideaux de fumée qui se déverse régulièrement sur la scène… Et puis ces chansons, parmi les meilleures de la New Wave, qui auraient mérité que le groupe devienne U2 ou The Cure à la place de U2 ou de The Cure !

2002 05 Echo and The Bunnymen Credit Card Hall SP 04

Et comme le groupe (même dans cette formation à géométrie variable) est au sommet de sa puissance, ayant réalisé ce qui est sans doute le seul come-back valable de l'histoire du Rock, rien ne peut aller mal ce soir alors que des deux côtés de la fosse, il y a le désir, la volonté d'atteindre les sommets. Son au maximum, guitares psychédéliques en tourbillons, voix (un peu abimée par l’âge, les cigarettes – fumées donc l’une après l’autre, même en chantant - et l’alcool, mais...) qui a gagné en texture et en complexité ce qu’elle a perdu en puissance du Mac, le résultat est une petite extase d'une heure et demi. Les sommets : The Cutter (ah, ces sonorités arabisantes… !) ? Back of Love ? Dancing Horses (tout le monde chante, même sans connaître les paroles, c’est la chanson la plus consensuelle de Echo…) ? Do It Clean (toujours tétanisant et fracassant, Do It Clean !) ? Ça se discute… Du moins jusqu’à ce qu’une version pleine et apaisée de Ocean Rain en final éblouissant de beauté, vienne réconcilier tout le monde.

Voilà, c’était encore un concert mémorable de mon groupe fétiche des années 80, qui ne démérite toujours. Moi, j’aurais bien aimé entendre des extraits du magnifique « What Are You Going to Do with Your Life? », mais son aspect « album solo de McCulloch » ne convenait sans doute pas à une soirée (une tournée ?) pendant laquelle le groupe a plutôt tendance à sortir l’artillerie lourde. En tous cas, je reste fan de tout mon cœur… »

 

PS : les photos sont extraites d'autres concerts de la même tournée.